C'est entendu.
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dimanche 5 février 2012

Vidéodimanche #66



par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses





Drake - Practice

Le clip de la semaine, c'est ce plan fixe hypnotique d'une fille que le bon Dieu et Macdo ont doté d'un cul monumental et qui l'agite devant un miroir en regardant la caméra que tient Drake. Aaaaaaawkward et pourtant, difficile de décrocher.







Madonna (ft. M.I.A. et Nicki Minaj) - Give Me All Your Luvin'



M.I.A. - Bad Girls

Madonna revient avec un nouvel album, une nouvelle gueule, de nouveaux cheveux et, croit-elle sans doute, une nouvelle jeunesse puisqu'on dirait presque qu'elle est plus jeune que ses deux acolytes (qui sont là avant tout pour l'adoubement offert par la Reine en échange de la hype qu'elles trimballent). La chanson n'est pas si mal, m'enfin... Oh puis, allez, si elle a aussi peur que ça de vieillir, qu'elle fasse sa vie. J'imagine l'ambiance à la maison avec Lourdes (qui doit faire quinze ans de plus que sa mère) et je pense "alerte au dysfonctionnel!"

De son côté M.I.A. continue de bosser avec Romain Gavras mais cette fois, rien de très choquant, à moins bien sûr de s'offusquer de voir des "musulmanes" (ce sont des actrices) jouer avec des fusils mitrailleurs et proclamer leur "mauvaise" féminité. En cherchant moins à choquer qu'à vendre M.I.A. en popstar impliquée (les femmes, la religion, le Moyen-Orient, trois thèmes forts !), Gavras fait son job mieux que lorsqu'il zigouillait des rouquins.







Die Antwoord - I Fink U Freeky

Vous avez loupé l'expo Diane Arbus et vous l'avez mauvaise ? Pas de soucis, voici le remède. Comme je vous l'annonçais la semaine dernière, Die Antwoord a le chic pour faire du medium vidéo leur terrain de jeu favori. Cette fois-ci on a droit à un pénisserpent, un casque "BEATS" écrabouillé et des freaks, des tonnes de freaks. Un régal. Et le morceau est bien. Si si.







Shabazz Palaces - Are You... Can You... Were You ? (Felt)

Comme leur hip hop, les vidéos de Shabazz Palaces ont pour elle d'être très travaillées et d'exclure l'impression d'entendre ou de voir quelque chose pour la soixante millième fois. En plus, on a l'occasion de voir Butterfly sortir d'une voiture et tout hétéro que je sois, j'ai succombé à une bromance secrète avec ce mec-là. Le temps de vous parler de "Black Up" viendra. Bientôt.







M. Ward - The First Time I Ran Away

Avec un nouvel album prévu pour avril, Ward va peut-être enfin stopper son idylle artistique gnan-gnan avec Zooey Deschanel et se remettre à écrire de vraies bonnes chansons. Voici un extrait un peu mou du genou animé comme qui va bien.







The Darkness - Nothing's Gonna Stop Us

Si comme moi vous pensiez que ses enfants de Queen étaient morts après leur éphémère succès de phénomène en 2003, détrompez-vous. Un album semble-t-il raté en 2005 et un retour en 2012 et voilà-t-y-pas qu'on va encaisser à nouveau les vocalises premier degré et les soli même pas chiqués. Sauf que le clip est marrant et la chanson pas trop horripilante, ouais, OK.







Coldplay - Charlie Brown

Pourquoi ici ? Parce que c'est drôle ! Ces couleurs fluo un peu partout et les musiciens qui s'extasient de leur pop de stade non pas dans un stade justement mais dans une boite, avec en plus l'apparition de la fille qui jouait Alisha dans la série TV anglaise Misfits, et voilà comment on racole le jeune public, merci, bonsoir.







Liturgy - True Will

Bienvenue en Amérique !







Eleanor Friedbeger - Heaven

Une très chouette petite scénette indé pour nous rappeler que non, l'innocence pour trentenaires bobos telle qu'elle a pu prospérer pendant les années 00 n'est pas morte ! Je dis ça mais vous savez que je l'aime bien, Eleanor.








Björk était de passage chez Stephen Colbert où elle a interprété Cosmogony habillée en Tina Turner et munie de son gilet de sauvetage (on ne sait jamais !). Colbert l'a ensuite interviewée avec des questions idiotes, histoire de démystifier tout le bazar.







Bonnie "Prince" Billy continue son bonhomme de chemin sur les sentiers de la folk américaine, et si l'on s'est désintéressé de ses aventures depuis oh au moins quatre ans, l'écouter pousser la chansonnette de temps à autres ne fait pas de mal. Le voici dans un taxi noir avec son Black Captain.







Si vous n'avez pas pris une dose suffisante de japonaises faiseuses de bruit avec Nisennenmondai, voici OOIOO, que nos confrères de The Drone ont interviewées bien comme il faut !







Et puisqu'on parle de The Drone, remercions-les de nous avoir mis sur la piste de "Press Pause Play", un documentaire faisant intervenir acteurs de l'industrie musicale, musiciens (Moby...), théoriciens (Bill Drummond, de the KLF !) et journalistes musicaux autour d'un thème fort intéressant de l'ambigüité des peurs et des espoirs suscités au sein du milieu musical par Internet et la prolifération de l'offre, la rapidité et la facilité d'accès au contenu.
Vous pouvez regarder le documentaire ci-dessus dans son intégralité ou le télécharger sur le site officiel.







Et pour les vrais passionnés, les durs à cuire, anglophones et patients, voici une vidéo tirée du festival Off the Page, qui réunit chaque année, sous la bienveillance du magazine anglais The Wire, des théoriciens musicaux et des journalistes pour des conférences. Ici, on voit Kodwo Eshun, qui écrit pour The Wire, disserter autour d'articles consacrés à la musique.

mardi 31 janvier 2012

[Alors quoi ?] "Pop Culture en bandoulière", un entretien avec Chairlift


Trois ans et demi séparent le premier album de Chairlift de "Something" et ce temps-là n'a pas été perdu. Collaborations extérieures, projets externes et réalisation de clips ont été au menu, tout comme tournées et écriture, bien entendu, mais quelque chose a changé. Aaron Pfenning a quitté le groupe et les deux musiciens restants, Caroline Polachek et Patrick Wimberly, se sont mis à écrire ensemble et plus séparément.


(Sidewalk Safari, sur "Something")

Ces longs mois les ont vus favoriser l'expérimentation et un travail acharné en direction d'une dynamique de groupe plus uni que jamais. D'une certaine façon, leurs fans le savaient et ceux qui les avaient découverts à travers le single Bruises et la pub pour Apple avaient compris qu'il ne s'agissait pas que d'un énième buzz band. Évoquer le "succès" de Bruises ne ravit d'ailleurs pas le groupe, qui nous corrige tout de suite : "Les gens ne se rendent pas compte à quel point on gagne mal sa vie avec la musique. Si nous avons mis aussi longtemps pour enregistrer le second LP, ça n'est pas parce que nous avions gagné avec le contrat Apple suffisamment d'argent pour en vivre quelques temps, c'est parce que nous avons voulu faire ça bien." Rien de plus louable quand tant de groupes se dépêchent d'enchainer les disques presqu'autant que Woody Allen se dépêche d'enchainer les films (*). Le processus a été long, beaucoup de chansons ont vu le jour, ont été retravaillées, écartées, ajoutées mais les voilà enfin qui sont disponibles et l'impression attendue est celle ressentie : une somme de travail vaut souvent mieux qu'une impulsion fortuite. "C'est un peu comme si on publiait notre troisième album".




(Isabelle Antena - Naughty Naughty, sur "Hoping for Love", 1987)


(Strawberry Switchblade - Since Yesterday, 1984)

Les années 80 jouent un rôle considérable dans le son de maintes musiques populaires actuelles et Chairlift ne déroge pas à la règle en faisant le choix de s'orienter encore plus franchement vers une synth pop non pas revivaliste mais qui instrumentalise les codes et les sons passés. Caroline évolue à Brooklyn et, à Hipsterville, la référence obscure est de rigueur. Pourtant, toute musicienne branchée qu'elle puisse être, la musique dont elle prétend se nourrir n'est pas de la poudre aux yeux. On entend bel et bien Isabelle Antenna, Mylène Farmer, Bryan Ferry et Strawberry Switchblade en écoutant "Something". On n'entend aucun de leurs gimmicks, bien sûr, et ils ne pèsent pas lourdement sur l'identité sonore de Chairlift, mais leurs fantômes sont autant de mécanismes semi-tangibles utilisés par le groupe pour bâtir sa maison.


(Mylene Farmer - Maman a tort, 1984)

Caroline dit aussi écouter Current 93 et Death in June, mais ces musiques-là, bien plus ténébreuses (au moins dans leur contenu), n'ont pas vraiment fait le trajet jusqu'à "Something" et on s'en félicite. Non pas qu'une synth pop influencée par David Tibet soit inconcevable ou irrecevable mais un tel concept serait pour le moins trop dangereux pour que l'on s'y risque si tôt dans une carrière. Pour la suite, par contre, on ne peut qu'espérer qu'à l'aube de l'enregistrement de son troisième ou quatrième album, Polachek se souvienne de ce qu'elle a perçu dans la neofolk industrielle et qu'elle réinvente les singles synthétiques des années 2010 à l'aune des observations pessimistes de ces musiciens-là. Pour l'heure, c'est d'Anika et de Violens (le groupe de son petit ami) que Caroline se sent proche. Plus directement que des différents revivals synthétiques qui ont parsemé les derniers mois.


(Anika - Yang Yang, sur "Anika", 2010)


Selon elle, la chillwave n'est pas un revival synthétique, d'ailleurs. C'est davantage une dérive indie du hip hop. Le revival synth pop le plus défini(tif) à ses oreilles est celui, très sérieux, de groupes pour qui la coldwave semble être le saint Graal : Automelodi, Autre ne Veut, Cold Cave, Xeno & Oaklander... Ceux-là ne sont pas seulement sous influence, ils jouent le jeu synthétique comme si 1986 n'était jamais survenue et comme si Visage et Yazoo venaient de faire paraitre leurs nouveaux singles.



(Automelodi - Schema corporel, sur "Automelodi", 2010)

Chairlift ne s'inscrit pas dans cette lignée-là et ne pense pas comme ces musiciens qui, toute respectable que puisse être leur musique, pensent comme on pensait en 1980, en deux dimensions : la musique et l'instrument. Pour Caroline Polachek, les choses ont changé et la musique est l'instrument."La musique enregistrée est l'instrument de notre génération. Ça n'est pas la guitare et ça n'est pas le synthétiseur. Le synthé est l'instrument de la vieille génération tandis que la musique enregistrée et le DJing sont le format de la notre. Je pense que même les gamins qui sont dans des petits groupes incorporent de fait des éléments de DJing dans leurs chansons. Nous en sortirons à terme, bien sûr, et quelqu'un débarquera sans doute avec cet équivalent super progressif et futuriste de ce qui est arrivé dans les 90's à Londres avec Prodigy et tous ces autres musiciens. Ça arrivera. Mais je n'ai aucune idée de ce à quoi ça pourra ressembler." Patrick Wimberly a son avis sur la question : "ça viendra probablement d'un gamin avec un laptop en Chine, ça ne viendra pas de NYC". Souhaitons qu'il ait raison, la musique populaire occidentale se porterait sans doute bien mieux si elle virait mondiale.


En attendant, malgré leur goût pour les aventures extérieures, les désirs des deux musiciens restent intimement liés à la musique. Patrick a produit l'album de Das Racist et Caroline a pour projet de réaliser d'autres clips. Ceux de ses propres singles bien entendu mais aussi ceux des autres. Elle a travaillé pour Violens mais ne s'arrêtera pas là : "Il y a un clip que j'ai très envie de faire, pour un groupe de Philadelphie. En fait, je ne leur ai même pas parlé de mon idée mais dans ma tête elle est aboutie." Mais alors pourquoi ne pas sauter le pas ? Y'a-t-il des envies extra-musicales là-derrière ? Est-ce un prétexte pour aller vers le cinéma ? "Non, le medium me plait vraiment. Il m'arrive d'avoir une idée de clip et ensuite seulement d'avoir envie de composer une musique qui irait avec. Je suis toujours influencée par de nouvelles chose. J'adore David Lynch, comme tout le monde mais depuis un an je suis un peu obsédée par un film d'horreur japonais, "House". j'aime bien les choses qui sont en même temps bizarres, affreuses et sexy."


(Trailer du film "House", 1977)


Pour eux, la musique n'est pas davantage un prétexte ou une voie d'accès pour aller vers d'autres médias (comme la danse) : "Quand j'étais gosse, j'ai été immédiatement attirée par la pop music parce que quand tu es gamin et que tu regardes MTV ça n'est pas parce que la musique t'obsède, c'est un tout. Kurt Cobain qui écrase sa guitare sur scène, avec sa super coupe de cheveux et son attitude, sa manière de s'exprimer quand on l'interviewe, c'est un tout. La musique n'est pas un prétexte vers la popularité. Ce qui m'attire chez des artistes comme Bowie ou Prince c'est que la musique n'est qu'un élément de l'ensemble, d'un monde. Même Lady Gaga. Sa musique est certes un prétexte pour toucher le public mais elle fait partie de ces artistes qui me paraissent les plus convaincants et qui présentent un univers complet. Nous avons toujours voulu faire ce genre de chose."

Justement, on se demandait si la moutarde ne leur était pas montée au nez après avoir signé chez Columbia et avec la proto-hype qui les entourait déjà depuis quelques mois : deux concerts au Silencio en un mois, était-ce un choix ? L'endroit (très select, très étroit, très mal fréquenté) ne se prêtant pas vraiment à un véritable concert de musique avec une véritable public de fanatiques, on était en droit de ronger notre frein devant de faux rendez-vous, de toute façon manqués. "Ils nous ont invité, on voulait jouer. C'est un lieu très beau et un peu triste qui effectivement n'est pas une salle de concert mais encore une fois, on n'était pas en tournée, on ne faisait que se rôder, on apprenait à jouer les morceaux ensemble, en quintet. Lorsqu'on va lancer notre tournée et qu'on passera à Paris (le 29 février, NDLR), les fans seront évidemment tous les bienvenus, pas de sélection au programme." Nous irons confirmer ça pour vous et vérifier que le Chairlift scénique 2012 vaut mieux que son avatar 2009, un brin décevant si vous vous en souvenez comme nous.



Depuis le début, Chairlift est un groupe "de Brooklyn", la ville où depuis cinq ans au moins, on a vu fleurir une part non négligeable des plus passionnants acteurs indépendants, où une scène artistique hétérogène s'est formée autour de musiciens qui pour la plupart se connaissaient d'une façon ou d'une autre. TV on the Radio, Dirty Projectors, Grizzly Bear, Liars et compagnie, ils ont été nombreux à sortir du giron de l'Est new yorkais mais tandis que les temps changeaient, Chairlift a pris son temps. Que se passera-t-il lorsque le centre de création arty le plus actif se sera déplacé ailleurs ? Suivront-ils le mouvement ? Iraient-ils à Munich, à Austin ou à Sheffield si l'effervescence venait à y naitre ? "Non, nous ne sommes pas allés à NYC pour ça. Caroline y est allée pour suivre ses études. C'est génial de vivre ça, tous ces groupes, ces nouveaux groupes, il y en a tant et tant sont bons, et surtout beaucoup de ces musiciens sont nos amis. C'est génial de voir nos amis qui pendant des années ont galéré, qui n'arrivaient pas à faire tourner leurs groupes et là cinq ans plus tard ils cartonnent enfin. Mais nous ne déménagerions pas pour nous rapprocher de la hype. D'ailleurs, ça ne sera pas là où vous pensez. Ce sera sans doute une ville totalement inattendue, comme Abou Dabi (aux Émirats Arabes Unis, NDLR) ou quelque chose comme ça." Qui vivra verra.


Propos recueillis par MLE et Joe Gonzalez en Novembre 2011 dans le 9ème arrondissement parisien. Texte de Joe Gonzalez. Article mis en forme par MLE et Joe Gonzalez.



(*) : Quand bien même je suis nostalgique du rythme de parution des albums tel qu'il existait dans les années 70, par exemple, lorsqu'un artiste majeur (Lou Reed, Van Morrison, Elton John comme des dizaines d'autres) pouvait publier un disque de (grande) qualité par an, voire deux, il est indispensable que des groupes de pop music comme Chairlift prennent ce temps et ne se pressent pas pour se presser, ne cherchent pas à remplir leur CV et à vendre des disques à tout prix, qu'ils travaillent leur art (qui, il est vrai, nécessite de toute façon beaucoup plus de temps pour atteindre le raffinement souhaité qu'un album de songwriter paru en 1971, nous n'en sommes pas au même point sur l'échiquier des pratiques de composition et des modes).

dimanche 29 janvier 2012

Vidéodimanche #65



par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses


Cette semaine, la cliposphère nous offre de bien piètres images et m'oblige à adopter un ton cynique au possible et une mauvaise foi gratuite à l'encontre des idiots qui réalisant la majeure partie des clips musicaux depuis quelques années.





The War on Drugs - Brothers

Je me demande vraiment, et ce toutes les semaines bien entendu, s'il y a des types qui prennent leur pied devant les courts-métrages au ralenti de ce genre-là. Vous le savez comme moi : les clips dans ce genre, qui nous racontent une histoire très hollywoodienne, mais au ralenti, pullulent sur la toile depuis des mois et des mois. La plupart du temps, il n'y a derrière le "film" qu'une seule idée. Un ressort scénaristique, un trucage, un maquillage ou un plan choquant. Parfois on peut se marrer (c'est rare) mais en général je m'ennuie autant que si je regardais Derrick chez ma mémé. J'espère que vous ressentez pareil parce que ces mini-films sont vraiment la chienlit et de la cliposphère et du cinéma. Tous ces micro-réalisateurs en herbe, là, ils ne se prennent pas pour des moins que rien, sachez-le ! A une époque, les clips (indés) étaient peut-être réalisés par des fanatiques de la musique mais aujourd'hui c'est presque comme si la musique se mettait au service des "metteurs en scène" (laissez moi rigoler) dont les noms ne sont plus inconnus. Les webzines américains citent le nom de tel ou tel réalisateur lorsqu'un clip parait. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Il y a de bons réalisateurs de clips et on a par le passé attendu leurs prochaines œuvres (Cunningham, Gondry et compagnie), mais d'une part, ces gars-là n'ont pas une once du talent de la vieille garde et d'autre part, dans la mesure où les clips qu'ils réalisent sont souvent des sortes de galops d'essai avant de pouvoir se lancer dans le cinéma, il faudrait leur rappeler que même les grands réalisateurs de clips n'ont jamais fait de grands cinéastes (vous direz ce que vous voudrez, Gondry et Jonze ne sont pas de grands cinéastes). Où est-ce que je voulais en venir déjà ? Ah oui ! Qu'on arrête de nous GONFLER avec ces ébauches d'idées sans aucune maitrise ou sensibilité et qu'on se remette à filmer les musiciens en train de faire les cons. C'est tout ce qu'on demande à voir, bon Dieu !







Wilco - Dawned on me

Cette fois-ci, le réalisateur espère sans doute être repéré pour ses talents d'animation. Cela dit, Popeye, ça n'a pas fait gagner de l'argent à quelqu'un depuis plus de soixante ans, non ?







Xiu Xiu - Hi

Jamie Stewart n'a pas un rond alors il passe le clip à bouffer des fruits à même l'arbre. Le réalisateur, qui qu'il soit, ne fera sans doute jamais carrière à Hollywood.







Jonathan Fitoussi - Pluralis

Au moins, avec des images dignes des visualisations du Lecteur Windows Media Player, on ne peut pas dire que la vidéo nous empêche de nous concentrer sur la musique (on reparlera de Fitoussi et de son album, prochainement). Ça n'est pas intéressant mais ça n'a rien d'agaçant.







On vous a dit le plus grand bien de Chairlift, les voici dans un taxi noir qui nous jouent Ghost Tonight.







PBS vous propose de revivre les concerts intégraux de Joanna Newsom et Fleet Foxes lors du festival Austin City Limits.









On vous avait déjà montré Tyler en plein délire avec BADBADNOTGOOD sur son morceau Seven, voici Fish et Orange Juice, tirés de la même session.







Die Antwoord, voilà des gens qui ont compris que l'image comptait et que c'était LEUR image qui comptait, pas celles que quelque réalisateur de pacotille voudrait mettre en musique. Le nouvel album du groupe parait début février, et ceci en est un avant-goût.







Comme d'habitude, l'interview vidéo de la semaine est assurée par nos confrères de The Drone et c'est à Demdike Stare qu'ils ont cette fois-ci posé leurs questions.







Et enfin pour les anglophones parmi vous, voici une interview de Vangelis réalisée par un journaliste un peu à côté de la plaque de la chaine Al Jazeera.

samedi 28 janvier 2012

Swing Spleen #1


par Bertrand Bruche
art par Jarvis Glasses


Et que ça swingue !


Ce que monde de la nuit propose en 2012 me laisse quelque peu dubitatif. Je vomis les mauvaises boites de nuit qui accueillent des centaines de clubbeurs trop bien coiffés chaque vendredi soir. En quoi un bain de foule moite aux arômes de Red Bull et de vodka offre-t-il la possibilité de se changer les idées ? Quel plaisir retire-t-on d'une nuit passée à se trémousser, malgré les chaussures qui collent au sol plaquant, évitant de justesse la transpiration du voisin, tandis que le dernier tube de Rihanna déchire les oreilles?

Ah, nous sommes bien loin des années fastes du swing, lorsque les new-yorkais sortaient se défouler sur les pistes de danse des différents clubs de la grosse pomme, un verre de whisky -sans glace- à la main et le cigare aux lèvres. Ils pouvaient y danser frénétiquement, swinguant sur la musique des grands big bands de l'époque, ceux de Benny Goodman, Count Basie et de Duke Ellington, par exemple.


(Le mythique Cotton Club, NYC)

C'est dans le courant des années 30 que ces big bands ont pris le contrôle des pistes de danse américaines. Composés d'une quinzaine de musiciens, ils jouaient, sous la conduite du chef d'orchestre, les tubes généralement arrangés par ce dernier. De manière générale, ils étaient composés d'une section rythmique (basse, batterie, piano, guitare) et de trois sections mélodiques (trompettes, sax, trombones) sagement alignées en gradins. Cette musique est bien différente du jazz né à la Nouvelle-Orléans. Le swing, ça transpire le chic, les musiciens sont magnifiquement sapés, gominés et les décors sont somptueux. Au milieu des strass, la musique est codée, écrite et préparée. Rien n'est laissé au hasard, hormis les libertés accordées aux musiciens lors de leurs improvisations. La raison d'être de cette musique se trouve dans les tourbillons des danseurs, en majorité blancs, qui s'amusent en l'écoutant.

(Le Benny Goodman Orchestra)

Benny Goodman, surnommé "le roi du swing", est celui qui donnera au style ses premiers titres de noblesse. Il crée son big band en 1934 et répand cette musique partout aux USA en se faisant enregistrer pour l'émission de radio, "Let's Dance". Le clarinettiste s'entoure de musiciens de qualité, notamment le déménageur Gene Krupa, auteur du mythique solo de batterie du célèbre Sing, sing, sing.



(Benny Goodman & his orchestra - Sing, sing, sing)

C'est à Kansas City que l'orchestre du comte, "Count" Basie, fit ses premières armes. Après un passage remarqué à la radio, un manager propose à Count de se produire dans d'autres grandes villes des USA : Chicago, New-York,… L'orchestre accueillera en son sein bon nombre de musiciens et chanteurs talentueux, notamment Lester Young et Billie Holiday. Aucune équivoque possible, ça balance ferme ! Ça swingue et ça déménage, au sens propre comme au figuré, car quand les habitués du Roseland Ballroom de New-York se plaignent de la puissance de jeu de son orchestre, Basie décide simplement de déplacer ses pupitres dans un autre établissement. Notons encore le jeu de wha-wha que les trompettistes de l'orchestre effectuent à l'aide de leur chapeaux dans cet enregistrement de Swingin' the Blues.

(Count Basie - Swingin' the Blues)

Le Duc, c'est le summum de la classe ! Ce sont les costumes blancs, la gomina dans toute sa splendeur, le Cotton Club, Caravan, It don't mean a thing (if you ain't got that swing) et bien d'autres ! It don't mean a thing, comme la majorité des tubes de Duke Ellington, est né de la collaboration entre le Duc et son ami Billy Strayhorn. Take the A Train est sans aucun doute le morceau le plus connu de l’œuvre ellingtionienne. Il sera en effet la chanson phare de l'orchestre, le morceau inévitable, qui débutera chaque concert. Il s'agit d'ailleurs d'une composition de Billy Strayhorn dont le titre, anecdotique et amusant, provient directement du quotidien de la vie new-yorkaise. Strayhorn avait en effet pris l'habitude de rappeler, aux amis qui venaient le voir, de "prendre le train A", plutôt que la ligne B, qui changeait de direction juste avant son arrêt. Ainsi, né le long des rails new-yorkais, le titre a fait le tour du monde, repris par bon nombre de formations dans des styles divers et variés.

(Duke Ellington & his orchestra - Take the A train)

J'échangerais cent fois ma place sur les guestlists des plus prestigieuses boites de nuit du monde pour sortir m'encanailler dans un de ces clubs sautillants, à grands coups de scotch, au bras d'une minette emplumée à moitié nue. Peut-être là, aurais-je alors pu apprendre à danser, armé d'un costume trois pièces et d'un chapeau. Peut-être aurais-je dû naître 70 ans plus tôt, car, in fine, au vu de la situation actuelle, crise financière pour crise financière, les années 30, ça avait quand même du bon !

mercredi 25 janvier 2012

[Vise un peu] Chairlift - Something

Trois ans et demi après un album séduisant, inégal mais sous-estimé, une collaboration avec Apple et des accointances avec toute la scène indépendante bouillonnante de Brooklyn, Chairlift revient avec "quelque chose". Un euphémisme que l'on accordera aux deux musiciens bien conscients d'avoir là l'occasion de dévoiler le fond de leur pensée. En effet, "Something" n'est pas une collection de chansons enregistrées ça et là au fil des longs mois le séparant de son prédécesseur ("Does You Inspire You", 2008), c'est la déclaration d'intention pop-culturelle d'un duo qui a mis le temps mais qui a défini les contours de son personnage.

D'abord, il y a eu le départ d'Aaron Pfenning (guitariste et parfois chanteur aux débuts du groupe et qui officie désormais sous l'alias Rewards) et la personnification de l'image du groupe autour de la seule Caroline Polachek. Ensuite, il y a eu de nombreuses aventures extracurriculaires. Pour Polachek, la réalisation de clips (pour Violens, le groupe de son petit ami Jorge Elbrecht, entre autres), la création d'une chorale féminine à Brooklyn, la collaboration avec Washed Out ou Holy Ghost! et toujours plus de séances photos à croquer. Pour Patrick Wimberly (multri-instrumentiste et producteur), la mise en forme du premier album de Das Racist, "Relax". Toutes ces expériences ont affiné la volonté et les désirs de Chairlift au point que lorsqu'est survenu le clip du premier single de "Something", Polachek a mis d'un clin de fesses en justaucorps tout le monde d'accord.



(Amanaemonesia)


Le parti-pris de Polachek en tant que parolière rejoint celui de Chairlift en tant qu'entité sonore : en pur produit de la pop-culture (celle de MTV, de Bowie et Lady Gaga), les paroles, les mélodies et les sons du groupe servent un tout, l'entité Chairlift. L'album est ainsi bien plus homogène et direct que son prédécesseur. Les relations amoureuses des divers avatars de Polachek sont le sujet et le quelque chose ressenti à l'écoute du disque a sans doute quelque chose à voir avec l'universalité de son propos, qui à travers ces différentes saynètes (Caro roule sur les trottois, Caro ressent un apaisement tel qu'elle en oublie tout, Caro compare une relation à un procès, Caro assume tout...) ne peut que toucher tout un chacun.

De la même façon, le son plus puissant et plus tangible (essayez un peu d'écouter l'album à un volume sonore élevé et vous comprendrez en quoi les introductions de Met Before ou Sidewalk Safari ont tendance à vous paraitre physiquement présents dans la pièce) est marqué par de superbes basses vivantes, qui semblent chanter des mélodies tout autant que Caroline. Parallèlement, les batteries de Wimberly offrent une propulsion aux popsongs de Polachek et couplées à une propension bienvenue à remplir l'espace (sans donner dans l'ennuyeux shoegaze), donnent à l'auditeur la sensation d'être enseveli sous les mélodies et les arrangements.


Pourtant, c'est de façon assez simple que sont construites les chansons. Les mélodies sont surtout assurées par des synthétiseurs qui rappellent les années 80 sans jamais les évoquer tout à fait : le son est si moderne qu'il s'agit davantage d'une synthèse réussie de l'indie pop synthétique moderne que d'une tentative de recracher le passé. Le chant de Polachek, lui, lui confère enfin la place à laquelle on l'imaginait depuis des mois, voire des années (et on n'était pas les seuls : c'est Columbia qui a signé le groupe pour ce nouvel album et qui a réédité le précédent) : celle d'une popstar. Virtuose de la mélodie, surprenante mais toujours dans le sens du poil, Polachek explore tous les registres vocaux qui lui étaient permis, du spoken word déshumanisé d'Amanaemonesia aux volutes embrumées de Turning, de la voix suave de Guilty as Charged aux hauteurs évoquant le R&B sur Take it Out on Me. On pense même à Feist avec Ghost Tonight .

L'identité forte que s'est trouvée le groupe ne passe d'ailleurs pas que par le son, l'image et la voix et "Something" est une profession de foi pop-culturelle au même titre que le troisième album de St Vincent en était une (*), un dictionnaire pop personnel, une démonstration d'aisance à travers des variations sur un même thème.



(Met Before. Notez les "Palala Pa Paaa" indispensables à tout bon disque de pop. Ils y sont !)


Tout comme "Strange Mercy", sans être un véritable chef d’œuvre, a pu affirmer Annie Clark comme une artiste accomplie, Chairlift n'a pas encore produit la perfection faite album (mais encore une fois, il est si rare de trouver de tels joyaux dans le jardin de la synth-pop !) et quelques uns de ses atours manquent peut-être d'éclat, mais en parlant de façon aussi directe à nos oreilles, nos tripes et nos cœurs, le groupe a su se bâtir en même temps qu'il a su si superbement ciseler un disque qui méritait que ses créateurs prennent le temps de le travailler et de savoir où ils voulaient en venir parce qu'aujourd'hui, une chose est certaine, Chairlift a réussi quelque chose.


Joe Gonzalez


(*) : On trouve d'ailleurs une certaine similarité dans la démarche vocale des deux chanteuses, même si leurs styles sont très différents, et à ce titre, le Guilty as Charged de l'une pourrait évoquer le Dilettante de l'autre, tout comme l'usage d'un maximalisme synthétique est une constante sur les deux albums.

mardi 24 janvier 2012

[Réveille-Matin] Himanshu - You Have to Ride the Wave (feat. Mr Muthafuckin' eXquire + Danny Brown)

Dans le tumulte des publications hebdomadaires de mixtapes hip hop d'un bout à l'autre du globe, et particulièrement du côté des États Unis d'Amérique, trier le bon grain de l'ivraie, l'anecdotique du sensationnel, la street cred(ibilité) du simple riprizent n'est pas tâche aisée. En guise de prélude à notre bilan hip hop 2011 (à paraitre dans quelques jours), voici déjà une piste solide pour les plus paumés d'entre vous : méfiez-vous du hip dans hip hop. Das Racist est un trio (dont l'un des membres est plus ou moins un faire-valoir) qui traine ses guêtres à Brooklyn et s'est fait une place au soleil des blogs et webzines musicaux favoris des hipsters depuis deux ou trois ans, déjà. Voilà un groupe qui n'est pas issu de la rue mais de la "culture hip hop". Leurs raps un peu idiots, leurs instrus calibrées pour parler aux indie kidz et leur humour un peu lourdingue les ont amené à tourner dans les festivals que fréquentent vos groupes indés favoris. Pourquoi pas mais pour quoi faire ? Ou comme aime à le formuler quelqu'un qui m'est cher : "¿ porqué no ma porqué si ?". C'est la question qui m'est venue à chaque fois que j'ai écouté leurs singles. En 2011, un premier album a vu le jour, qui était produit par Patrick Wimberly (la moitié de Chairlift) et que je n'ai pas écouté par méfiance. Peut-être ai-je eu tort ?





Parce que You Have to Ride the Wave est un morceau énorme. En moins d'un mois de janvier 2012, deux des membres de Das Racist ont délivré une mixtape solo et "Nehru Jackets", celle de Heems (alias Himanshu Suri à cette occasion), que vous pouvez télécharger gratuitement ici, ne déroge pas à la règle qui a fait de Das Racist ce qu'ils sont : Mr Muthafuckin' eXquire et Danny Brown, soit deux des rappeurs les plus appréciés par les faiseurs de talents indépendants, sont ainsi invités à poser leur voix et leur riprizent là où il faut. Pourtant, le travail sur l'instru est méchamment convaincant et si la majorité de la mixtape est d'un niveau somme toute inférieur en termes de tension et d'occupation du son, il faut reconnaitre que si les mecs de Das Racist sont aussi bons quand ils laissent tomber une partie de leur attitude, il faudrait peut-être que vous et moi écoutions la mixtape de Kool A.D. et l'album paru il y a quelques mois.


Joe Gonzalez

dimanche 22 janvier 2012

Vidéodimanche #64



par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses





Le clip de la semaine est sans conteste la dernière oeuvre de Hype Williams (pas le duo expérimental anglais qui a splitté - je crois, le réalisateur) qui illustre le Stupid Hoe de Nicki Minaj. Vous ne connaissez pas Nicki Minaj ? C'est la dernière freak star américaine au visage (et aux seins et au cul) improbable et qui rappe très très vite sur des compositions pop teintées d'électronique. En plus d'avoir le meilleur nouveau nom de freak star, elle a aussi le meilleur cul ! Et puis ce single n'est vraiment pas mal du tout.







Lilacs & Champagne est le duo formé par deux membres de Grails qui ont décidé de réunir de bons gros samples et de les monter en neige pour le meilleur. Un peu comme avec les images de cette vidéo. Everywhere, Everyone est tirée de leur premier album, qui parait à la fin du mois de janvier.







Voici à quoi ça ressemble un couple de hipsters qui danse sur du math-rock mouligasse. Si vous vous identifiez à ces deux personnes gesticulant au son de Honey For Petzi, repentez-vous vite !








St Vincent est passée chez Conan, à la télé américaine, pour jouer Cheerleader (avec une petite blague en préambule). Et tant qu'à faire, voici aussi la captation de sa reprise du She's Beyond Good and Evil du Pop Group lors du récent concert parisien, une captation que l'on doit à nos confrères de chez Hartzine.







Neon Indian a investi le studio de la radio KEXP pour une session de quatre chansons : Polish Girl, Hex Girlfriend, 6669 (I Don't Know If You Know) et Mind, Drips.

dimanche 15 janvier 2012

Vidéodimanche #63



par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses




La vidéo pour Marienbad, le nouveau single de Julia Holter, n'est pas folichonne, mais la chanson est drôlement bien et ça en fait la vidéo de la semaine. Le nouvel album de Holter paraitra le 8 mars.







Wiley n'en a plus rien à foutre, il publie un album tous les six mois, il laisse quasiment tomber le grime pour sortir des disques (limite brit)pop et tourne des clips. Celui de Boom Blast colle bien au son qui, lui, navigue entre un minimalisme post-grime de bon aloi et des choix esthétiques douteux. Nous parlerons bientôt de son nouvel album "Evolve or be Extinct" et nous en aurons le cœur net.







Austra continue d'illustrer son album et se balade en forêt avec Spellwork.







Dustin Wong était le guitariste-prodige de feu-Ponytail. Son nouvel album solo paraitra bientôt et en voici déjà un extrait halluciné, Diagonally Talking Echo. Attention les yeux !







The War on Drugs, l'ex-groupe de Kurt Vile, faisait ses débuts télévisuels chez Jimmy Fallon l'autre soir, avec Baby Missile.







LCD Soundsystem, c'est terminé, mais la célébration continue avec la parution prochaine d'un documentaire chroniquant la fin annoncée du groupe, son dernier show et autres tribulations de James Murphy. Sortez les mouchoirs, on va tous pouvoir se seiguer !







Et enfin, retrouvez nos confrères de The Drone dans leur exercice favori, l'interview d'un américain de passage. Cette fois-ci c'est Dean Wareham (Galaxie 500, Luna, Dean & Britta) qui nous raconte les débuts de la scène indé aux USA à la fin des années 80.

lundi 9 janvier 2012

Microcosme #15 - Janvier 2012

par Joseph Karloff
art par Jarvis Glasses

Microcosme fait peau neuve en 2012, et troque son habillage de mini-magazine contre une formule plus concise, plus immédiate. A la manière d'un Vidéodimanche, l'idée de cette rubrique est de faire le tri parmi les oeuvres qui nous sont envoyées via centendu@gmail.com, afin de vous en livrer la substantifique moelle.





Oliveray voit l'association de deux musiciens pas vraiment inconnus : Nils Frahm d'un coté, Peter Broderick de l'autre. On pouvait s'attendre à une collaboration 100% ambient, mais "Wonders" est aussi l'occasion de savourer quelques ballades folk délicates dans la veine de You Don't Love. S'il n'en atteint jamais les sommets, l'album n'est pas sans rappeler le "Diamond Mine" de Jon Hopkins et King Creosote, récemment chroniqué par nos soins.



Souvenirs, souvenirs : il y a un an et demi naissait la rubrique Microcosme, dont le premier numéro vantait les mérites du EP d'un groupe dénommé... Yeti Lane. Avec un membre en moins mais toujours chez Clapping Music, le groupe s'apprête aujourd'hui à sortir son deuxième album, intitulé "The Echo Show" et prévu pour le mois de mars. Le moins que l'on puisse dire est que ce premier single sonne rudement bien et ravira les amateurs de pop ET de kraut-rock.




"Hi there. I stumbled upon your blog searching Jandek albums and wanted to share an unreleased track with you. I hope you enjoy it. :) Marc". Voilà comment s'y prendre pour figurer en bonne place dans notre listing indie mensuel. Un mot gentil, une référence bien chtarbée, et le tour est joué. Accessoirement, si le morceau en question, extrait d'un album à paraitre le 17 janvier (mais déjà dispo en téléchargement libre) qui s'appellerait, par exemple, "NREM", se trouve être un bon shoegaze des familles, avec ce fameux son lourd/léger qui plaisait tant au siècle dernier, ça aide aussi.



Un petit plaisir coupable pour conclure ce numéro. Spécial dédicace à toutes les bécasses pour qui on se décarcasse, toutes les câtins qui ne nous veulent rien, toutes les pintades qui nous laissent en rade, bref, à toutes les biches dont on s'entiche. C'est pour vous, les filles.



(le groupe s'appelle Câlin, émanation loufoque des formidable RiEN, et Black Chinese II est leur deuxième album, toujours à télécharger, gratuitement ou pas, sur le site de l'Amicale Underground)

dimanche 8 janvier 2012

Vidéodimanche #62



par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses






En attendant le prochain EP de Matthew Dear, voici une illustration de son titre principal, Headcage, par l'anglais Morgan Beringer. Les épileptiques s'abstiendront et les amateurs d'abstraction organique en prendront plein la vue.







Celui-ci n'est pas tout neuf mais mieux vaux tard que jamais. On a découvert Julia Holter très récemment, et on vous invite d'ailleurs si ça n'est pas encore fait à écouter l'autre pièce maitresse (Goddess Eyes) de son album "Tragedy", qui figure sur Le Peu Importe Vol. 4, notre compilation-cadeau-de-Noël qui est toujours en téléchargement libre. Nous vous parlerons aussi de l'album de cette jeune femme dont Try to Make Yourself a Work of Art est une belle représentation, et un beau slogan.







Les Flaming Lips ne sont jamais à l'abri de reprendre un classique à leur façon. Voici que les Beatles passent à la moulinette de leur rock idiot avec I am the Walrus.







Et c'est parti pour 23 minutes de rock psychédélique en live dans les locaux de la radio KEXP où Wooden Shjips étaient invités.







Les amoureux de sludge-metal seront heureux de retrouver les Melvins pour 15 minutes de live captées lors de leur récent passage à Paris, au Glazart.







Comme toujours avec nos confrères de The Drone, nous voici gâtés avec une interview/live de l'un des groupes en lesquels nous avons placés nos plus grands espoirs pour 2012 (on les attendait déjà en 2011), Factory Floor.







Amateurs de post-hardcore réjouissez-vous, le documentaire définitif sur le meilleur groupe du genre (Fugazi) est en ligne et vous pouvez le visionner dans son intégralité (mais sans sous-titres). Il s'appelle "Instrument" et présente l'histoire du groupe, avec de nombreuses (excellentes) séquences live.







Et ça, c'est cadeau, de la part de Joe Chicago & the Supercherries, qui ont donné un très chouette concert de fin d'époque hier soir à l'International et qui reviendront bientôt avec de nouveaux disques et une nouvelle formation. Merci pour cette belle vidéo.

jeudi 5 janvier 2012

[45 Tours] The Weeknd - Initiation

En plus d'un goût certain pour sélectionner et arranger l'artwork de ses disques (ou en tout cas pour trouver quelqu'un d'assez compétent pour le faire), le canadien Abel Tesfaye a su imposer ses premières mixtapes (publiées en 2011, la dernière en date, "Echoes of Silence", date du 21 décembre) au public à travers son amitié avec la nouvelle superstar du r&b moderne, j'ai nommé Drake. L'aide de ce compatriote (qui n'est pas vraiment en odeur de sainteté par chez nous) n'est pourtant pas la seule raison du succès grandissant de The Weeknd ces derniers mois. Avant toute chose, Tesfaye est plutôt malin. Un remix de Gaga par-ci, un featuring (chez Drake) par-là et surtout un choix rigoureux pour les bandes-sons de ses mixtapes. C'est ainsi que l'on retrouve Siouxsie & The Banshees, Beach House ou Cocteau Twins sur "House of Balloons" (la première partie de sa trilogie de mixtapes), Martina Topley-Bird et Thieves Like Us sur "Thursday" (la seconde partie) et Michael Jackson et France Gall sur "Echoes of Silence". De quoi renforcer la nature populaire référentielle de la musique de Tesfaye et lui offrir, en attendant un premier album original, un potentiel de séduction accru vis à vis de ceux que le r&b moderne ne comble pas d'emblée.



Je n'avais pas été si convaincu que ça par les deux premiers essais de The Weeknd mais avec "Echoes of Silence", la chimie s'est produite aussi rapidement qu'avec la "Nostalgia, Ultra" de l'autre petit génie du r&b moderne, Frank Ocean. Sa réinterprétation du Roi de la Pop (à travers le titre épique Dirty Diana) d'entrée de jeu donne le ton et expose son énorme travail de production (vocoders bien choisis, synthétiseurs glacés et boites à rythme inattendues). Il se dégage une ambiance très particulière des titres présentés ici (et que vous pouvez bien entendu télécharger gratuitement), quelque chose entre la profonde mélancolie (le "Laisse Tomber les Filles" de Gall sonne sur Montreal comme un triste constat), une épique conquête du terrain de jeu de ses concurrents à la force de la voix, jusqu'au climax The Fall et la lente et glaciale descente émotionnelle qui termine le disque. Tout comme Ocean, Tesfaye a encore beaucoup à prouver, mais si l'on doit parier sur des canassons dans les prochains mois de la course à la popularité, on a déjà en tête deux noms pleins de promesses.


Joe Gonzalez

lundi 2 janvier 2012

[Alors quoi ?] Bilans 2011

Chers lecteurs, toute la rédaction de C'est Entendu se joint à moi pour vous souhaiter une année 2012 aussi belle et longue que possible. Si les Mayas nous envoient tous six pieds sous terre dans moins d'un an, nous vous aurons en tout cas renseignés jusqu'à la dernière minute et nous profiterons tous ensemble du meilleur (et du pire) de la musique en 2012.


En attendant, comme de coutume, le mois de Janvier sera consacré aux bilans et aux rattrapages. L'occasion pour nous de revenir sur des disques essentiels de l'année écoulée dont nous n'avons pas eu le temps de vous parler, d'établir des synthèses théoriques et de vous gaver jusqu'à plus soif de bons disques à écouter. Ce faisant, nous transiterons en douceur vers des sorties estampillées "12" et vers des nouveautés qui vont changer votre façon de lire C'est Entendu, mais je ne vous en dis pas plus, vous aurez la surprise en temps et en heure. Pour l'heure, voici un récapitulatif (qui sera complété au rythme des parutions) des divers bilans de fin d'année, pour vous aider à vous y retrouver :



(les albums, concerts, clips et chansons préférés de la rédaction pour cette année)


(les albums et clips préférés des lecteurs, l'élection de la POPsonnalité de l'année et des pires choses arrivées à la musique en 2011)


C'est Entendu Présente : Le Peu Importe, Volume 4
(notre compilation-cadeau vous offre de découvrir les artistes underground de 2011 et nos espoirs pour 2012)


L'Oeil Sourd Présente : We're Only in It for the Presents, Volume 5
(les artistes affiliés au label L'Oeil Sourd et quelques invités vous proposent une compilation gratuite de compositions inédites et hivernales)


Champagne, Nostalgie et Réveil des Consciences
(le bilan de fin d'année du Rédacteur en Chef)


Sacred Bones Records, bilan 2011
(une revue des effectifs de ce label de Brooklyn qui monte qui monte)


Thrill Jockey Records, bilan 2011
(une revue des effectifs du label Chicagoan, tous genres confondus)


Réflexes et Réflexions, une cartographie de la musique électronique et électroacoustique en 2011
(un large panel des sorties électroniques les plus intéressantes de l'année et dont nous n'avions pas encore parlé)
Première Partie
Deuxième Partie
Troisième Partie

Quatrième Partie



Hausse de Tension, Vers un Hip Hop Indé Convaincant ?
(la résurgence de vieux de la vieille et l'apparition de nouveaux talents aura enfin insufflé un peu d'excitation dans un genre moribond depuis des années)


Session de Rattrapage 2011
(lamuya-zimina et Joe Gonzalez vous proposent une bonne vingtaine de disques intéressants, dont il n'a pas été question en 2011 et qui, à leur façon, résument l'année)
Première Partie
Deuxième Partie
Troisième Partie
Quatrième Partie


L’Étrange Cas de la Famille Friedberger, Deuxième Partie
(la seconde partie d'une étude des parutions des (ex-) membres des Fiery Furnaces, cette fois-ci consacrée au projet de Matthew de publier 8 albums en 2011)


La Biennale Psychédélique des Bouffons, ou "Quid du Cru 2011 des Flaming Lips ?"
(les Flaming Lips ont publié des tas de disques en 2011, dont un EP de 6h et une chanson de 24h, nous avons tout écouté et interprété pour vous)



La Rédaction