C'est entendu.
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lundi 9 janvier 2012

Microcosme #15 - Janvier 2012

par Joseph Karloff
art par Jarvis Glasses

Microcosme fait peau neuve en 2012, et troque son habillage de mini-magazine contre une formule plus concise, plus immédiate. A la manière d'un Vidéodimanche, l'idée de cette rubrique est de faire le tri parmi les oeuvres qui nous sont envoyées via centendu@gmail.com, afin de vous en livrer la substantifique moelle.





Oliveray voit l'association de deux musiciens pas vraiment inconnus : Nils Frahm d'un coté, Peter Broderick de l'autre. On pouvait s'attendre à une collaboration 100% ambient, mais "Wonders" est aussi l'occasion de savourer quelques ballades folk délicates dans la veine de You Don't Love. S'il n'en atteint jamais les sommets, l'album n'est pas sans rappeler le "Diamond Mine" de Jon Hopkins et King Creosote, récemment chroniqué par nos soins.



Souvenirs, souvenirs : il y a un an et demi naissait la rubrique Microcosme, dont le premier numéro vantait les mérites du EP d'un groupe dénommé... Yeti Lane. Avec un membre en moins mais toujours chez Clapping Music, le groupe s'apprête aujourd'hui à sortir son deuxième album, intitulé "The Echo Show" et prévu pour le mois de mars. Le moins que l'on puisse dire est que ce premier single sonne rudement bien et ravira les amateurs de pop ET de kraut-rock.




"Hi there. I stumbled upon your blog searching Jandek albums and wanted to share an unreleased track with you. I hope you enjoy it. :) Marc". Voilà comment s'y prendre pour figurer en bonne place dans notre listing indie mensuel. Un mot gentil, une référence bien chtarbée, et le tour est joué. Accessoirement, si le morceau en question, extrait d'un album à paraitre le 17 janvier (mais déjà dispo en téléchargement libre) qui s'appellerait, par exemple, "NREM", se trouve être un bon shoegaze des familles, avec ce fameux son lourd/léger qui plaisait tant au siècle dernier, ça aide aussi.



Un petit plaisir coupable pour conclure ce numéro. Spécial dédicace à toutes les bécasses pour qui on se décarcasse, toutes les câtins qui ne nous veulent rien, toutes les pintades qui nous laissent en rade, bref, à toutes les biches dont on s'entiche. C'est pour vous, les filles.



(le groupe s'appelle Câlin, émanation loufoque des formidable RiEN, et Black Chinese II est leur deuxième album, toujours à télécharger, gratuitement ou pas, sur le site de l'Amicale Underground)

jeudi 20 octobre 2011

[45 Tours] Spiritualized - If I were with Her now

Chez Spacemen 3, trio anglais majeur dans le renouveau psychédélique médicamenteux de la fin des années 80 (aux côtés de Jesus&Mary Chain et autres Flaming Lips et Stone Roses, ce renouveau a notamment permis l'existence des Dandy Warhols, Brian Jonestown Massacre et autres - plus récents - Wooden Shjips, Black Angels et compagnie), l'élément le plus instable était Peter 'Sonic Boom" Kember, tout le monde le sait, et ses sorties suivantes (sous cet avatar ou en tant que Spectrum) ont prouvé que le bruit, le DIY et l'esprit adolescent du trio étaient son tribut (*). De l'autre côté du spectre, c'est Jason "Spaceman" Pierce, alias Spiritualized qui semblait dépositaire des velléités psycho-spatiales du groupe. En clair, s'ils étaient tous deux des enfants légitimes de Lou Reed, l'un était un dealer de crack pour junkies dégueulasses et l'autre préférait fournir la haute société avec des pilules qui vous entourent de coton. Beaucoup considèrent "Ladies & Gentlemen we are floating in space" comme le meilleur disque de Spiritualized, et ils ne sont pas à côté de la plaque. Sorti en 1997, c'était un parfait compagnon de route pour "OK Computer", un autre antidépresseur à s'envoyer massivement pour combattre la tension pré-millénaire. Cependant, l'album le plus abouti de Jason m'a toujours paru être "Lazer Guided Melodies", le premier album de Spiritualized, paru en 1992.





Cinq avant son breakthrough, Spaceman avait déjà tous les éléments en main : un savant dosage de ballades dream-pop, un brin d'ambient mollement rêveur, un tambourin de temps à autres et des guitares qui savent créer une transe psychédélique bruyante, à la façon du shoegaze mais avec un impact plus direct, plus pop. Si en prime la basse peut créer du groove et si les mélodies universelles sont au rendez-vous, que demander de plus à du rock psychédélique en 1992 ? Le succès était assuré, même si Pierce ne devait toucher un public plus large que cinq années plus tard, "Lazer Guided Melodies" amena tout un tas de passionnés de shoegaze vers un disque au son plus élégant, où les arrangements de cordes habillaient les allusions à la drogue, où les douzes morceaux étaient réunis en quatre imposantes suites immersives à souhait, et le shoegaze mourrait d'une belle mort tandis que la musique de Spiritualized illustrait à la télévision anglaise une publicité pour les barres sucrées Toffee Crisp.



Joe Gonzalez


(*) : Je triche un peu parce que les sorties de Peter Kember sous l'alias Experimental Audio Research (E.A.R.) sont d'une toute autre trempe : expérimentales, électroniques et plutôt réussies d'ailleurs.

lundi 10 octobre 2011

[Vise un peu] The Horrors - Skying / The Psychic Paramount - II

The Horrors - Skying

Je l'ai dit et je le répète, j'éprouve de la sympathie pour Faris Badwan. Une tendre pitié. Une charitable tendresse. J'éprouve de la difficulté à croire qu'un jour The Horrors publieront un classique, un grand album, un disque qui compte. Mais ce ne sont pas de mauvais bougres, pas du tout, au contraire même. Je loue leurs efforts et vous invite à faire de même. Ces jeunes gens ont commencé par lancé leur propre scène, dans une petite ville anglaise, et puis leurs propres soirées underaged, et les voilà qui continuent, quatre ou cinq ans plus tard à explorer ce que la musique a de mieux à leur offrir et ça n'est pas un retour au garage des débuts mais bien la suite logique de "Primary Colours" qui est arrivée cette année dans les bacs. Et par suite je n'entends pas redite. Badwan et ses horreurs découvrent l'histoire de la musique populaire, à leur rythme et à rebours, ce qui fait qu'après le shoegaze empreint de post-punk d'il y a deux ans, on a aujourd'hui abordé une sorte de pop psychédélique vivement influencée par les mouvements gothiques de la première moitié des années 80 (Chameleons, The Birthday Party) et par les géants de la Big Music de la même période (U2 et surtout Echo & the Bunnymen).


(I can see through you)

Il reste encore à cette musique suffisamment d'inventivité pour ne pas sombrer dans l'arnaque. Quelques refrains amusants (I can see through you), quelques morceaux de pop plutôt bien foutus (Changing the rain), d'autres tendant vers la transe psychédélique (Moving further away), le tout avec une base rythmique toujours au garde-à-vous, et c'est grâce à tout cela que l'on ne s'ennuie pas en ré-entendant des plans imaginés il y a déjà une trentaine d'années par d'autres avec plus d'authenticité. Avec un son plus massif, des ambiances plus variées, les Horrors peuvent viser un public encore plus large et tant mieux pour eux, mais il est vrai que si l'album n'est pas raté il n'apporte absolument rien de neuf. C'est un essai plus constant mais plus consensuel aussi que "Primary Colours", une tentative de plus pour ce groupe de fanatiques de musique pop. L'attitude mérite le respect, le résultat peut se targuer d'être décent, mais où est l'ambition ? Où sont les idées ?










The Psychic Paramount - II

Les rues de New York ne sont plus les mêmes aujourd'hui qu'elles n'étaient en 1979. Elles sont plus propres, on y croise moins de clodos, de drogués et de grandes folles et forcément le noise-rock d'aujourd'hui s'en ressent. Le bruit new-yorkais n'est plus non plus aussi sale qu'auparavant, plus aussi négatif, il n'est à vrai dire plus négatif du tout. Si l'on prend The Psychic Paramount comme exemple de ce vers quoi a tendu le bruit, alors il ne s'agit plus du tout de faire hurler des guitares à l'agonie en signe de révolte, mais comme la pochette de "II" le sous-entend, c'est davantage dans une démarche psychédélique et détendue que les volumineuses strates vagabondes d'électricité se déploient en 2011. Du noise-rock joué par des putains de hippies.


(DDB)

Dans une formation classique, avec des progressions rythmiques et mélodiques empruntant notamment au post-rock, au psychédélisme 70's et au non-sens propre à des confrères bruitistes (tels les Branca, Rallize Dénudés et autres amateurs de déflagrations guitaristiques - mais pas Sonic Youth ! Ou alors sur les S.Y.R. à la limite...), ce groupe ne propose rien d'autre qu'une bonne dose de raffut mental, que l'on se doit d'écouter à un volume maximal pour en apprécier la qualité (sinon ne perdez même pas votre temps, vous n'y entendrez rien), à vocation psychédélique ou d'exutoire. Bien que plutôt réussi dans son genre, ne vous attendez pas à trouver en ce disque un double-fond ou une couche supplémentaire de violence, il n'y en a pas, ça n'est pas prévu au menu. En 2011 voilà ce que l'on appelle un "bon" disque de noise-rock. Faut-il s'en réjouir ?






Joe Gonzalez

mercredi 24 août 2011

[Vise un peu] The War on drugs - Slave Ambient

Pour le pire ou pour le meilleur, le groupe d'Adam Granduciel s'est calmé. "TAME !" comme disait Franck Black. Paradoxalement, depuis que Kurt Vile a quitté le navire (officiellement, car en réalité il reste le meilleur ami de Granduciel et a collaboré à l'enregistrement de l'album), le son de The War on drugs semble s'être exponentiellement rapproché de celui de son ex-guitariste. En réalité c'est seulement la mise à l'écart de deux éléments parmi les trois qui faisaient la réussite de "Wagonwheel Blues" (2008) qui est responsable de ce rapprochement sonore.

Adios lo-fi pour commencer, certainement parce que le groupe s'est dégoté un meilleur matos et on n'aura donc pas droit à un nouveau Barrel of Batteries grinçant. Adios adolescence ensuite, certainement parce qu'en trois ans le groupe a eu le temps de grandir et ça implique une maturation des paroles et aucun "before we grow o o o o o o ld" lancé vers l'infini, même si quelques batteries endiablées résonnent encore (Your love is calling my name). Sans Vile, le groupe reste cependant un grand bastion de la guitare et avec un bond en avant de la qualité du son, la beauté des guitares acoustiques et électriques, parfois accompagnées d'un très beau piano (I was there) éclate au grand jour et rapproche le groupe de la trinité guitaristique de cette année (Thurston/Mascis/Vile).


(Come to the City)

Cet éloignement d'un psychédélisme folk lo-fi était déjà sensible sur l'EP paru en 2010, en même temps qu'une envie de faire muter les envolées lyriques en implosions contrôlées dans des bulles d'ambient. Cette fois-ci par contre, le titre "Slave Ambient" peut se révéler trompeur et c'est davantage dans la direction du shoegaze que les musiciens de Philadelphie ont fait évoluer leur musique. Si ambient il y avait dans l'idée de départ, le groupe en a fait son esclave, sa chienne, et l'a transformé en mur de son (Original Slave) métissé par un harmonica récurrent, toujours réminiscent de Springsteen.



(Black Water)

Les amateurs d'americana guitaristique enveloppée dans le son comme dans un duvet pour aller camper sur les hauteurs risquent d'être déçus mais même pour un amoureux des débuts lo-fi comme moi, cette évolution semble logique. La différence entre The War on Drugs et beaucoup de descendants du folk-rock ou du shoegaze tient à deux choses primordiales : Granduciel sait écrire des chansons et lui et ses comparses, dans la lignée de leur ancien guitariste, font montre d'un talent certain pour les enregistrer. Ce "Slave Ambient" est un petit bijou de guitares entrelacées et superposées, mineur certes, mais réussi.


Joe Gonzalez

lundi 14 février 2011

[Vise un peu] Seefeel — Seefeel

Seefeel dans sa première incarnation aura été à la croisée des chemins, entre shoegaze, IDM et ambient techno ; un groupe à la fois étonnant et facilement émouvant, dont les boucles répétitives et les mélodies tour à tour aériennes ou subaquatiques, toujours enveloppantes, auront marqué leur époque malgré une carrière plutôt courte (de 1992 à 1996).


(Moodswing, sur "Pure, Impure" ou "Polyfusia")


Seefeel aura aussi été un groupe en perpétuelle évolution : leurs premiers disques (dont le premier album, "Quique", et plusieurs EPs qui sortiront regroupés sur la non moins indispensable compilation "Polyfusia") étaient portés par la voix de Sarah Peacock et laissaient encore une grande part aux guitares et aux mélodies ; paradoxalement, ce sont aussi ces disques-là où la répétitivité des pistes se faisait le plus sentir, même si des morceaux tels que Polyfusion, Moodswing ou Time to Find Me étaient parfaites, entre mélodies ensoleillées, presque aériennes, et sentiment d'être en autarcie, en sécurité, dans une bulle de son agréable dont on voudrait ne pas sortir. Le son du groupe est par la suite devenu de plus en plus électronique, ambient et sombre au fil des albums : "Succour" avait une ambiance beaucoup plus nocturne et intérieure que "Quique", et la voix de Sarah, d'alanguie et nonchalante sur "Quique", devenait quasi-fantômatique et semblait résonner à travers de grandes machines et des paysages à moitié visibles dans le noir. ("Succour" est excellent et reste à ce jour l'un de mes albums préférés à écouter la nuit.) Le dernier disque du groupe avant sa séparation, "(CH-VOX)", supprimait quasi-totalement la voix et virait complètement vers l'ambient, au risque de sonner trop dépouillé, trop sombre, comme si le groupe n'était plus que l'ombre de lui-même ; un opus moins convaincant, qui reflétait peut-être les tensions qui ont fini par déchirer le groupe original… puis ce fut le hiatus, le silence radio pendant pas moins de douze ans. Seul un remix de Spangle par Autechre sortit en 2003 vint nous rappeler à quel point le groupe nous manquait…

Et puis, Seefeel s'est reformé en 2008 avec de nouveaux membres : le leader Mark Clifford et la chanteuse Sarah Peacock sont toujours là, mais Daren Seymour et Justin Fletcher ont été remplacés par Shigeru Ishihara (a.k.a. DJ Scotch Egg) et Iida Kazuhisa (ex-batteur des Boredoms). Après la sortie l'an dernier d'un EP ("Faults") prometteur mais un peu trop statique et qui laissait l'auditeur sur sa faim, c'est un album à la fois surprenant et dans la suite logique de son parcours que nous propose Seefeel : attendu car les éléments qui avaient fait la renommée du groupe sont là, les boucles entre guitares et électronique, la voix de Sarah, un son intérieur et prenant… et surprenant, car dès la première piste, le groupe semble avoir emprunté un chemin où on ne l'attendait pas : un son quasi-aggressif, qui semble jouer sur des "erreurs" volontaires et met plus que jamais les sons électroniques en avant.




(Dead Guitars)



Est-ce pour se renouveler ou par l'influence des nouveaux membres que le groupe a pris cette nouvelle direction ? La courte intro O-on One commence par ce qui ressemblerait presque à de la noise music, et Dead Guitars enchaîne avec un rythme sec et complexe, de fortes distortions, des sons tranchés net ou qui semblent endommagés… c'est un Seefeel teinté de glitch, qui semble tirer son inspiration des albums récents d'Autechre, que l'on entend là — même si, malgré tout cela, la musique évolue souvent vers le même schéma qui a fait le succès du groupe auparavant : une luminosité, une beauté sous-jacentes, enfouies sous un écran de bruit (cette fois décidément électronique — l'esthétique shoegaze traduite par des sons électroniques ?). Dead Guitars et Faults (qui, en contexte, apparaît nettement comme la piste la plus proche du Seefeel des débuts) sont en tout cas très réussies ; on retiendra également Rip-Run avec son rythme quasi-dansant (qui rappelle celui de Gatha sur "Succour", en plus moderne).


Et pourtant, il y a des choses qui gênent dans ce nouvel album (homonyme, comme si ça signifiait quoi que ce soit) : tout d'abord, ces sons semi-glitch semblent un peu trop dans l'air du temps, avoir été (souvent) entendus ailleurs, et font perdre au groupe un peu de son originalité (l'hybridation avec ce genre de sons peut donner des résultats intéressants, comme sur "Year Zero" de Nine Inch Nails où les erreurs volontaires se greffaient sur des chansons pop/rock/indus, mais il s'agissait là de l'hybridation d'un son avec une écriture ; chez Seefeel, il s'agit plutôt d'un son qui semble lorgner vers un autre, et qui du coup tombe en position de faiblesse).

Ensuite, beaucoup des pistes de l'album semblent favoriser un peu trop la forme au fond, les textures aux mélodies, et finissent par se ressembler toutes et à perdre de leur âme et de leur effet. Comme si le groupe avait un problème au niveau de l'écriture et tentait de masquer cette faiblesse par un écran de bruit (le même à travers tout l'album). "Seefeel" manque de moments et de mélodies mémorables comme il y en avait sur "Polyfusia", "Quique" et "Succour", et si l'album reste honorable, s'il contient toujours de beaux éléments qui poussent à continuer l'écoute, il faut bien avouer qu'il souffre de la comparaison avec les disques précédents.



(Rip-Run)


Malgré tout cela, "Seefeel" reste un meilleur album que "(CH-VOX)" ou l'EP "Faults" ; c'est un disque imparfait mais qui vaut le coup d'être écouté, un retour bienvenu de la part d'un groupe à la réputation méritée, qui n'a pas eu peur d'avancer et de proposer un son nouveau, tout en gardant une bonne partie de ses qualités (qui n'ont à ma connaissance pas été surpassées par un autre groupe). Espérons que le groupe évoluera vers d'autres directions dans l'avenir, tout en gardant cette esthétique qui fait leur charme… on les suivra avec bonheur.


— lamuya-zimina

vendredi 13 novembre 2009

[Réveille Matin] My Bloody Valentine - Lose My Breath

Bonjour à tous ! Franchement, certaines choses me foutent un peu en rogne. Tenez par exemple*, on cantonne un peu trop souvent My Bloody Valentine au poste de figure de proue du mouvement Shoegaze, et bien que ma culture en ce qui concerne le sujet ne soit pas bien grande, j'ai un petit peu de mal à associer "Loveless" à des albums comme "Nowhere" de Ride ou "Souvlaki" de Slowdive sous prétexte d'une densité de son dont la nature diffère quand même beaucoup selon les groupes. Je trouve même bien plus de liens entre "Isn't Anything", premier album des irlandais qui ne souffre absolument pas de la comparaison à son chef d'œuvre de successeur, et certains albums de Sonic Youth comme "Washing Machine" par exemple.

Allez, on va profiter un peu de la réanimation du groupe l'an dernier (Ils l'ont promis juré, ils ne nous font pas le coup de la reformation qui se cantonne à la tournée des festivals histoire de se remplir les poches, on aura le droit à un album, qui aura traversé sans doute deux décennies si ce n'est plus avant de paraître... Non mais vous y croyez, vous ? Pff...) pour causer un peu du génial "Isn't Anything", un peu trop souvent mis de côté. En 1987, My Bloody Valentine a déjà un mini-LP et un EP à son actif quand leur chanteur Dave Conway claque la porte. Bilinda Butcher, qui deviendra la moitié du guitariste Kevin Shields, rejoint donc le groupe en tant que co-vocaliste (éthérée) et guitariste (saturée). Dans la foulée ils sortent la même année un EP, "Strawberry Wine", et un mini-LP "Ecstasy", tous deux sympathiques mais assez mineurs. L'année 88 sera donc celle des sessions qui donneront naissance à "Isn't Anything" mais également à deux EPs tout aussi essentiels, "Feed Me With Your Kiss" et "You Made Me Realise". Le groupe n'était alors pas encore engagé dans le gouffre humain et financier de "Loveless" (petit rappel des faits : près de trois ans et demi de travail, dix-neuf studios successifs, un budget total estimé à 250.000 dollars qui faillit entraîner la faillite du label Creation, un batteur dans un si piteux état qu'il sera samplé sur 9 des 11 pistes, et la liste est loin d'être finie), mais les irlandais aimaient déjà se fixer des contraintes cocasses, par exemple sur "Isn't Anything", l'idée était d'éviter de dormir, ou alors pas plus de deux-trois heures.




(Lose My Breath)


En résulte sur pas mal de titres un sentiment d'extrême lassitude qui culmine dans Lose My Breath, morceau complètement épuisé, porté à bout de bras par le frottement rêche et lancinant de cordes de guitares qui n'y croient plus et duquel s'étend comme un long soupir sonore ininterrompu. D'un fracas sourd et indistinct s'élève le chant de Butcher, qui développe des mélodies lumineuses et mélancoliques qui viennent s'éteindre doucement dans le flottement fascinant des dissonnances et des textures. Si si, promis.

Thelonius.

* Si vous vous posiez la question, oui, je suis titulaire au prix du Parpaing d'or 2009 de la pire introduction d'article.

vendredi 7 août 2009

La cité des tags perdus (N-Z)

Salutations, cher ami lecteur ou chère amie lectrice !


Si vous êtes ici, c'est probablement que vous avez cliqué sur une branche liée à un genre musical dont nous avons parlé dans un article regroupant de multiples disques, artistes et genres — le genre d'article qui ne nous permet pas (à l'heure actuelle) de rajouter tous les tags nécessaires. Histoire de ne pas laisser totalement tomber ces tags, voici la liste des liens où trouver les paragraphes dans les articles correspondants !

>> Plunderphonics :
cf. Lapizjack, "Lapizjack"

>> Psychédélisme :
cf. Flying Saucer Attack, "Further"
cf. Pelt, "Ayahuasca"
cf. Samsara Blues Experiment, "Long Distance Trip"
cf. The Soundcarriers, "Celeste"
cf. Spacemen 3, "Dreamweapon"

>> Rock in Opposition :
cf. Yugen, "Iridule"

>> Shoegaze :
cf. Flying Saucer Attack, "Further"

>> Slowcore :
cf. Low, "Do You Know How to Waltz?"

>> Stoner Rock :
cf. Samsara Blues Experiment, "Long Distance Trip"

>> Sunshine Pop :
cf. The Soundcarriers, "Celeste"

>> Techno :
cf. Peter van Hoesen, "Entropic City"

>> Thrash Metal :
cf. The Force, Possessed by Metal

jeudi 4 juin 2009

[Vise un peu] The Horrors - Primary Colours

On ne peut pas reprocher à The Horrors d'être un groupe d'affreux branleurs. Ces jeunes anglais ont créé leur propre scène dans la petite ville de Southend on Sea, sur la côte, à l'est de Londres, aux côtés de These New Puritans, The Violets ou Neils Children et fondée sur la base du Junk Club, à la fois salle de concert et association libre de fêtards fanatiques de garage/punk bien sale.
Après un premier album en 2007, inspiré par The Sonics et autres groupes garage mais incluant (chose alors pas si ordinaire) des claviers et lorgnant vers la cold wave, le groupe a connu une hype assez prononcée dans la presse anglaise (NME, Rolling Stone), notamment vis à vis de leurs looks de "freaks" (leur terme, pas le mien) et du Junk Club.

Deux ans plus tard, le groupe revient avec un album auquel ont participé Geoff Barrow, de Portishead, et Chris Cunningham, le réalisateur de clip, et avec des acquaintances nouvelles avec Damon Albarn et un discours porté sur l'évolution de leur style vers la cold wave et le shoegaze.

Concrètement, l'album voit les Horreurs suivre la tendance actuelle, purement et simplement, à savoir s'orienter vers un son shoegaze (mur de son des guitares à la My Bloody Valentine), tout en accentuant leur image de "freaks" (toujours selon eux) par le biais d'une plus grande ouverture aux groupes phares des débuts de la Cold Wave (Joy Division, Siouxsie & The Banshees, Suicide et surtout The Cure, cités en exemples par le groupe) au détriment de leur facette garage. Incorporant chacune de ces influences, l'album se veut avant tout un Pornography-wannabe ou Pornography-revival, comme vous voudrez. Et si The Cure est porté en si haute estime du côté de Southend, c'est parce que ce qui intéresse surtout The Horrors, c'est leur look.

Voici donc un florilège de certaines phrases des plus insolites dites par et à propos des membres de The Horrors :

Je me fous de ne jamais avoir connu les Sex Pistols. Ma génération a ses Sex Pistols, ils s'appellent The Horrors. [...] Ce n'est pas de la provocation à deux balles pour les magazines de mode ! C'est l'underground, le vrai !
Sam Kilcoyne, inventeur des soirées underage (réservées aux mineurs)



Il n'y a rien de préfabriqué dans notre look. [...] C'est d'ailleurs pour ça que tant de personnes se retournent sur mon passage, se foutent de ma gueule parfois. Il m'est même arrivé une fois de voir une petite fille pleurer car sa mère me montrait du doigt.
Faris "Rotter" Badwan, chant, The Horrors (photo ci-contre)

Nous sommes conscients d'avoir une identité visuelle forte. [...] Quand on regarde certaines de nos photos, on se dit qu'on est très lookés. Trop, peut-être...
Rhys "Spider" Webb, basse et claviers, The Horrors




L'image de The Horrors pue la crise.
Voxpop


Tout ceci, confronté à la réalité du look de The Horrors, se révèle d'un comique inépuisable. De "freaks" ils n'ont que l'idée. Habillés comme des pop stars, "mal" coiffés à la Robert Smith, mascara affiché, bottines et écharpes, on comprend difficilement ce qui a bien pu faire pleurer la petite fille. The Horrors sont en couverture de Voxpop, le magazine s'intéressant à la musique à travers le prisme de l'image, et ont une interview dans Modzik, le magazine s'intéressant à la mode à travers le prisme de la musique. Faris Rotter est sorti un moment avec la lolita Peaches Geldof, fille de. The Horrors sont portés aux nues par le New Musical Express. Vous l'aurez compris, The Horrors sont des poseurs.



Cependant cette facette peu réjouissante de la personnalité du groupe n'est pas forcément rédhibitoire. A une époque où tout est image, comment reprocher à ces provinciaux anglais d'aller au bout de leur ambition de devenir des pop stars ? Si l'on part sur ce postulat, peu nombreux seront ceux que nous ne mépriserons pas. The Horrors sont des gosses, avant tout. Ils veulent jouer, et c'est cela qui importe. Jouer de leur image, jouer de la musique, et ils sont suffisamment débrouillards pour en être arrivés là sans trop s'avilir, c'est plutôt une bonne nouvelle pour le rock anglais. D'autant plus que leur musique n'est pas simplement une copie conforme de leurs influences, comme peut l'être celle de beaucoup de groupes actuels (Pains of Being Pure At Heart les premiers), et qu'ils ont de la ressource, quelques idées (Mirror's image, ou encore Sea within a sea, en écoute dans le lecteur), et pas mal d'énergie (Do you remember).



Finalement l'on retiendra d'avantage leur envie d'enregistrer le Pornography de leur génération, sombre et violent, que celle de faire revivre les années 90 (surtout audible sur la pas-si-ratée Three Decades), et malgré un album loin d'être un chef d'oeuvre, on notera la tentative et on les encouragera à continuer dans cette voie (celle de l'évolution et de l'envie de révolution) en espérant qu'ils grandissent vite.




NB : Toutes les citations ci-dessus sont extraites du magazine Voxpop # 10 (Juin-Juillet 2009)