C'est entendu.
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mardi 24 janvier 2012

[Réveille-Matin] Himanshu - You Have to Ride the Wave (feat. Mr Muthafuckin' eXquire + Danny Brown)

Dans le tumulte des publications hebdomadaires de mixtapes hip hop d'un bout à l'autre du globe, et particulièrement du côté des États Unis d'Amérique, trier le bon grain de l'ivraie, l'anecdotique du sensationnel, la street cred(ibilité) du simple riprizent n'est pas tâche aisée. En guise de prélude à notre bilan hip hop 2011 (à paraitre dans quelques jours), voici déjà une piste solide pour les plus paumés d'entre vous : méfiez-vous du hip dans hip hop. Das Racist est un trio (dont l'un des membres est plus ou moins un faire-valoir) qui traine ses guêtres à Brooklyn et s'est fait une place au soleil des blogs et webzines musicaux favoris des hipsters depuis deux ou trois ans, déjà. Voilà un groupe qui n'est pas issu de la rue mais de la "culture hip hop". Leurs raps un peu idiots, leurs instrus calibrées pour parler aux indie kidz et leur humour un peu lourdingue les ont amené à tourner dans les festivals que fréquentent vos groupes indés favoris. Pourquoi pas mais pour quoi faire ? Ou comme aime à le formuler quelqu'un qui m'est cher : "¿ porqué no ma porqué si ?". C'est la question qui m'est venue à chaque fois que j'ai écouté leurs singles. En 2011, un premier album a vu le jour, qui était produit par Patrick Wimberly (la moitié de Chairlift) et que je n'ai pas écouté par méfiance. Peut-être ai-je eu tort ?





Parce que You Have to Ride the Wave est un morceau énorme. En moins d'un mois de janvier 2012, deux des membres de Das Racist ont délivré une mixtape solo et "Nehru Jackets", celle de Heems (alias Himanshu Suri à cette occasion), que vous pouvez télécharger gratuitement ici, ne déroge pas à la règle qui a fait de Das Racist ce qu'ils sont : Mr Muthafuckin' eXquire et Danny Brown, soit deux des rappeurs les plus appréciés par les faiseurs de talents indépendants, sont ainsi invités à poser leur voix et leur riprizent là où il faut. Pourtant, le travail sur l'instru est méchamment convaincant et si la majorité de la mixtape est d'un niveau somme toute inférieur en termes de tension et d'occupation du son, il faut reconnaitre que si les mecs de Das Racist sont aussi bons quand ils laissent tomber une partie de leur attitude, il faudrait peut-être que vous et moi écoutions la mixtape de Kool A.D. et l'album paru il y a quelques mois.


Joe Gonzalez

jeudi 7 avril 2011

[Quitte ou Double] Odd Future tout tracé ?

Le hip hop se vend toujours très bien. En France, La Fouine (photo ci-contre) est n°1 des ventes et aux Etats Unis, Jay Z et Kanye West sont toujours aussi riches et influents. Cependant, le hip hop a vieilli et tout le monde le sait, de Jay Z, qui en 2009 assistait avec Beyonce à des concerts de Grizzly Bear en prétendant que l'indie rock était un exemple d'originalité, de diversité et d'expérimentation à suivre, à Kanye (qui ne s'est pas privé d'écouter Jay et a récolté en 2010 la 1ère place de nombreux tops albums en piochant allègrement dans les autres genres musicaux) en passant par La Fouine dont le nouvel album est double : un disque idiot, trash et vulgaire pour la crédibilité et un autre plus soft, variétisant, pour convaincre les parents. Dans ce marasme bling bling de plus en plus déconnecté de toute réalité sociétale et de moins en moins culturellement intéressant, nous étions nombreux (même si je crois que personne ne l'avait expressément formulé) à attendre un sursaut... Autre chose. Shazam, voilà donc Odd Future.



(Yonkers)


Actif depuis 2007, le collectif avait déjà publié quelques disques et autres mixtapes mais c'est le clip de Yonkers (le single annonçant "Goblin", le second LP de Tyler, The Creator, qui sortira le 10 Mai) qui a véritablement créé le buzz et donné à Odd Future une visibilité. Parue sur la toile le 11 Février 2011, cette vidéo a projeté au visage des médias branchés l'information selon laquelle un jeune noir bouffait un cafard dans un clip travaillé et scénarisé et qu'entre les couplets d'une psychothérapie publique à l'instru minimale, on le voyait vomir le-dit cafard. C'est à dire que venait d'apparaitre (ou de ré-apparaitre) l'exact opposé du single hip hop tel qu'il est aujourd'hui conçu par tout un chacun (et dans le clip duquel apparait presque nécessairement Kanye dans un feu d'artifice de couleurs) et ce buzz tout chaud, branché parce que d'origine underground, cool parce que d'origine noire, s'est répandu très vite partout, de Pitchfork à MagicRPM en passant par le plateau de Jimmy Fallon et la bouche de Tania Bruna-Rosso.

Tyler pourrait tout aussi bien faire caca là où se termine la phrase précédente.


La question alors n'est pas de savoir s'il est bon ou pas que hype se fasse, ni si le collectif amène(ra) vraiment un renouveau au hip hop, ni même si cet enchainement un peu rapide dans l'escalade de la célébrité de ces très jeunes gens (Tyler n'a que 20 ans - il en parait 15) n'est pas un risque pour eux (d'attraper le melon, de se brouiller...). Ce qui est en question aujourd'hui, c'est l'intégrité d'Odd Future. Mais remettons-nous en contexte :




Le 16 Février, Odd Future faisait sa première télé américaine, chez Jimmy Fallon, où Hodgy Beats et Tyler, entourés par The Roots et une sorte de zombie féminin foutaient un gros dawa très prometteur, entre dark metal et hip hop hardcore. Une ambiance pas étonnante lorsque l'on sait que Tyler a écouté Slipknot quand il était gamin (il n'y a pas si longtemps, donc). Après avoir joué (c'est le mot) Sandwitches, Tyler revenait sauter au cou de Fallon, excité et mignon, tel un minot ravi de son nouveau jouet.





Un peu plus tard, début Mars, l'ensemble du collectif était invité à participer à un sketch sur le site internet "Funny or Die !" mettant en scène la signature fictive d'Odd Future sur un label quelconque et dans lequel ces braves jeunes gens "jouaient" les méchants rappeurs, grossiers, agressifs, violents et caricaturaux. Le sketch n'est pas follement drôle (mis à part peut-être la toute fin) mais tout le monde s'est alors réjoui de (re)voir Odd Future aussi vite "à la téloche".




Le 16 Mars, Odd Future faisait une nouvelle apparition TV à l'occasion des Woodie Awards, une cérémonie organisée par la radio mtvU, destinée aux adolescents. A cette occasion, en plus d'amuser le public avec leur habituelle énergie négative communicative, leurs masques, la casquette verte de Tyler et... un nain, les rappeurs acceptaient à la fois de combiner Sandwitches et Yonkers en un medley ET de se laisser censurer (ce qui donne pour qui écoute les paroles l'équivalent d'un texte à trous).





Et puis fin Mars, pendant le festival South by SouthWest à Austin (où le groupe jouait), un dénommé Nardwuar a décidé d'interviewer Tyler et Hodgy Beats en leur montrant bien qu'il connaissait leurs moindres goûts et en leur offrant des tas de cadeaux (LPs, savon au bacon, casquettes, sacs à merde, etc). Ce qu'il en ressort, outre l'aspect sympatoche de l'approche, c'est à la fois l'attention démesurée portée envers Tyler (vis à vis des autres membres du groupe) et l'attitude de Nardwuar face à eux/lui consistant à les/le couvrir de présents. Comme si gâter Tyler avait du sens parce que Yonkers. Comme s'il le méritait.


Je ne dis pas qu'il ne mérite pas l'attention qu'on lui porte ou qu'il ne satisfera pas les attentes que l'on place en lui. Je ne dis pas grand chose, en fait, je vous tends le micro. C'est quitte ou double :

Faites-vous partie de ceux qui croient dur comme fer en l'avènement d'un hip hop nouveau, d'un retour aux racines de la dimension sociétale de cette musique ?

Trouvez-vous au contraire un brin simpliste cette hype momentanée dont les héros n'ont pas vraiment l'air de partager la supposée et utopiste intégrité ?


Tyler succombera-t-il lui aussi aux sirènes du bling² ?

Pour vous donner un élément de réponse supplémentaire avant de vous laisser répondre (via les commentaires, le forum et le sondage), voici un élément de réponse supplémentaire à ces questions, offert par le site internet The Drone qui a interviewé Tyler de façon plus intéressante et profonde que Nardwuar :




Je vous laisse juges. Convaincus ? Rien à fiche ? Déjà déçus ? Tyler n'est-il "qu'une" popstar de plus en devenir ou l'imaginez-vous en prophète du renouveau ? Le sondage sur votre gauche (dans la barre latérale) n'attend que votre vote. La boite des commentaires ne demande que vos avis détaillés. Et le forum est là pour les grands débats houleux idéolo-philosophico-hiphopistes.



Joe Gonzalez

mercredi 9 février 2011

[Réveille Matin] The Passions - I'm in love with a german film star

Bonjour à tous ! A vrai dire je n'ai pas grand chose à vous dire ce matin alors plutôt que de broder trois paragraphes sur un groupe de synth pop que je pourrai résumer en une phrase à la fin du présent article je vais vous raconter une anecdote sans aucun rapport.

Hier, en sortant de chez moi, j'ai suivi un chemin qui me conduit en bordure d'un hangar de la RATP dans lequel je suppose sont stockées des rames de métro. Ce hangar est taggé jusqu'à la garde, recouvert de graffiti depuis aussi longtemps que je me souvienne, et lorsque j'ai longé ses murs, de jeunes graffeurs étaient occupés à détruire le travail éphémère de leurs pairs afin de déposer leur vision colorée provisoire, comme souvent.
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A mon retour, les jeunes gens étaient toujours occupés mais ils n'étaient plus seuls : des passants s'étaient arrêtés pour les regarder faire. Couple avec enfants, vieux, il y avait même un musicien qui s'était installé face au mur, de l'autre côté de la rue, avait sorti son violon et improvisait des airs.
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La morale de l'histoire ? Oh je ne vais pas aller jusqu'à vous la servir sur un plateau. A vous de vous décider. La culture hip hop et graff originelle avait notamment pris sa source dans l'aventure de ces artistes de rue new yorkais prenant à chaque fois de considérables risques pour tagger les wagons du métro (et pas les murs du hangar stockant les rames) et dont le travail, tout signé d'alias qu'il était par essence, se faisait dans la clandestinité et à l'abri des regards. Peut-être graffer un hangar (paumé je le précise dans la petite rue des Maraichers du 20ème arrondissement parisien) devant un public familial au son d'un violon est-il une autre mort culturelle ? Ou peut-être est-ce une ouverture ? Je n'arrive pas à me décider.




The Passions ont joué une new wave proche de Siouxsie et The Cure mais sans l'aspect gothique, sans véritable fond du tout, d'ailleurs, de 1978 à 1983 et leur chanteuse Barbara Gogan a écrit ce single (leur unique réel tube) en pensant à un roadie occasionnel des Clash et des Pistols qui avait fait des apparitions dans des films allemands. C'est l'exemple typique d'un "groupe-à-un-hit" et puis c'est tout. La chanson est jolie, non ?


Joe Gonzalez