C'est entendu.
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jeudi 2 février 2012

[Vise un peu] Lou Reed & Metallica - Lulu

Allons droit au but : "Lulu" n'est pas une belle collection de chansons, ça n'est pas un bon album, ce n'est pas de la musique respectable. Pour autant, "Lulu" n'est pas non plus le pire album de l'année 2011, de la décennie, ou de tous les Temps, comme certains se sont plu à le clamer à qui voulait l'entendre (et adhérer, parce que c'est toujours amusant de taper sur la même jument malade). "Lulu" est un projet ambitieux et excitant qui a abouti à un album raté. Ni plus, ni moins.

L'idée consistant à rassembler un papy du rock dépourvu d'organe et des papys du metal dépourvus d'inspiration pour adapter sur disque un opéra d'Alban Berg lui-même inspiré par une pièce de Frank Wedekind, cette idée-là était intéressante sur le papier, parce que l'on ne pouvait s'empêcher d'anticiper le résultat, mais une grande part de l'excitation qui avait emballé le web à l'annonce du projet résultait justement dans l'expectative d'un échec annoncé. Or donc, comment ne pas se sentir gêné pour l'ensemble des participants de ce massacre lorsque résonnent les rugissements sans aucune originalité de Tallica et que la voix de Lou (ou ce qu'il en reste) s'évertue à... lire des textes, sans intensité ni interprétation...


(Iced Honey, jouée à la télévision américaine)

Qui plus est, l'échec ne tient pas à l'idée de départ, plutôt couillue, de faire cohabiter cette histoire de déchéance (très proche d'ailleurs de celle qui sous-tendait le "Berlin" de Lou, en 1973) avec du spoken word et une double pédale frénétique. Même en 2011, le spoken word est un exercice non dénué d'attrait, pas forcément si casse-gueule que ça (à moins que l'on ne tende vers le slam bien sûr) et auquel de nombreux musiciens se sont essayés avec succès, de Steve Dalachinsky à Laurie Anderson (la femme de Lou, qui intervient sur le dernier album de Colin Stetson) en passant par Matana Roberts. La difficulté du spoken word arrive lorsqu'il est rendu obligatoire par la mort des cordes vocales et du mojo de son praticien. Lou s'est mis à parler plutôt que de chanter très tôt dans sa carrière, mais à l'époque c'était une posture, ça collait à son personnage, c'était cool et de rigueur et surtout il pouvait se remettre à chanter si l'envie le prenait. Aujourd'hui, le vieil homme qu'il est ne semble pas avoir le choix et lorsqu'il force le chant (Iced Honey), nos gorges souffrent au diapason de la sienne tandis qu'il demande à sa voix l'impossible et se perd dans une fausse énergie et de fausses notes. Sans conviction et sans une interprétation séduisante, le spoken word est le chemin le plus facile vers la voie de garage.

De la même façon, on sait fort bien que le metal est loin d'être mort à l'heure qu'il est. C'est sans doute l'un des arbres musicaux qui produit encore le plus de fruits et dont la récolte n'est pas sans rapporter de beaux petits pécules à ses acteurs. Le style de Tallica, le groupe tel qu'il était dans les années 80 sur disque et durant les années 90 sur scène, en tout cas, a été reproduit et fermenté par d'innombrables descendants. Rien qu'en 2011, Vektor (pour ne citer qu'un groupe) a prouvé que le thrash metal était encore viable avec son album "Outer Isolation". Ça n'est pas une question de style, ni même de son (on avait reproché à Metallica le son de "St Anger") mais d'inspiration : les musiciens tournent en rond sur les trois quarts de la longueur de "Lulu". Certains morceaux, en plus d'être dépourvus de toute surprise, tournent désespérément en rond (The View, Branderburg Gate, Frustration). Les guitares peinent à dénicher le moindre riff (Kirk Hammett aurait-il oublié qu'il est là pour jouer autre chose que des power chords ?) et on a l'impression d'entendre jammer des métalleux de seconde zone qui n'auraient pour toute idée que celle de jouer de faire du bruit avec leurs amplis et l'idiote double pédale de leur batteur.


(The View)

Relativisons cependant car tout n'est pas à jeter. Parfois Lou Reed se révèle touchant et parvient à faire son boulot, surtout lorsque les décharges soniques se calment (Junior Dad). Parfois c'est Metallica qui se réveille et offre quelque chose de viable, hors de tout pilotage automatique (Cheat on Me, avec son synthé étrange), malgré les vains babillages de Lou. A deux occasions, on a même l'impression de ressentir une véritable dynamique de groupe. Avec Mistress Dead, Metallica oublie son nouveau chanteur et se lance dans une cavalcade thrash sans foi ni loi, à fond la caisse, et ça fait du bien... à Lou qui du coup, parle à côté de la plaque, semble ne même pas essayer de raccrocher au wagon métallique et survole la scène avec le coucou flingué qui lui sert de gorge. Little Dog est l'occasion pour LouTallica de délivrer quelque chose valable : guitares acoustiques et feedback en papier peint et un vieillard qui marmonne des insanités : on colle au concept.

L'album est cependant trop long, trop répétitif et trop inégal pour vraiment fonctionner. Surtout, James Hetfield n'aurait jamais dû chanter sur ce disque tant ses interventions confinent au ridicule. Estimons-nous heureux, en tout cas, puisque nous avons eu exactement ce que nous espérions, ce que nous demandions, par la grâce de ces cinq musiciens : un pathétique échec éclatant.










ATTENDEZ
Allons un peu plus loin avant d'en finir.




Je me demande sérieusement à quel point Lou et Metallica étaient sérieux en jetant leur projet aux lions. Les uns comme les autres souffrent depuis toujours d'égos surdimensionnés et de ce point de vue, il est probable qu'ils aient vraiment pensé que leur musique était bonne, que leur association avait une chance de produire un chef d’œuvre et que le public allait adorer. Mais comment ne pas s'attendre à l'échec ? Comment ne pas faire preuve d'un minimum (un gros minimum) d'auto-dérision en publiant un tel enregistrement ? Ce qui est finalement le plus intéressant avec "Lulu", ça n'est pas la musique mais l'attitude des musiciens qui l'ont enregistrée : comment en effet survivre à un projet surmédiatisé, à un supergroupe raté d'avance, à une cagade publique ? Les méthodes divergent mais pas tant que ça.


Lou Reed a connu tellement d'échecs retentissants tout au long de sa carrière, la plupart lui étant entièrement imputables, qu'il doit avoir l'habitude et lorsque "Lulu" a vu le jour, n'a convaincu (presque) personne et s'est même vu affublé du titre de "pire disque de tous les temps" par des internautes zélés, Lou a réagi comme il a l'habitude de réagir : en sur-dramatisant. On l'a ainsi entendu dire à qui voulait l'entendre (USA Today, notamment) que les fans de Metallica en avaient après lui et que lui, de toute façon, n'avait plus aucun fan depuis "Metal Machine Music" en 1975. Ça n'était peut-être pas vrai alors, mais après les claques successives de "Berlin" (considéré par Lou comme son premier véritable chef d’œuvre, largement snobbé par le public et la presse), "MMM" (du bruit), "Take Shelter" (un double album live où on l'entendait provoquer le public) et une majorité de ses albums pendant les années 80, Lou a appris à relativiser : même s'il lui reste des fans, il a prévu de faire tout ce qui est en son pouvoir pour les faire fuir. Depuis la sortie de "Lulu" le 27 septembre 2011, et après les quelques déclarations de Lou, de l'eau a coulé sous les ponts et qui peut croire que son prochain projet ne sera pas largement attendu par la sphère des amateurs de musique pour lesquels il est toujours "l'homme du Velvet" ? "Lulu" est le genre d'échec dont beaucoup ne se seraient pas relevé, mais Lou Reed n'est pas n'importe qui et à côté de "Metal Machine Music", finalement, son dernier méfait n'est pas siiii grave, n'est-ce pas ?



Pour Metallica, les choses sont sensiblement différentes et pourtant elles sont sensiblement les mêmes. Le groupe n'a peut-être pas le statut de véritable Dieu vivant du rock dont profite le vieux Lou, mais malgré leurs propres échecs successifs (dans le même numéro de USA Today, Lars Ulrich disait "In 1984, when hard-core Metallica fans heard acoustic guitars on "Fade to Black", there was a nuclear meltdown in the heavy-metal community. There have been many more since then. This is something they’ve never heard." Metallica n'a pas cessé de surprendre ses fans, d'en paumer au passage et d'en récupérer d'autres. Le procès contre Napster, la parution de "St Anger" et "Some Kind of Monster" il y a dix ans, les albums "Load" et "Reload", autant d'apparitions médiatiques qui n'avaient pas fait l'unanimité, et c'est justement là la force de Metallica, sa survie. Pour un vieux groupe de metal, c'en est un qui a appris à se conserver en sachant faire parler de lui, ne se contentant pas de sortir de bons ou mauvais albums passables suivant la formule, comme d'autres vieux de la vieille continuent de le faire (et on s'en fiche pas mal que Guns'n Roses, Megadeth ou Van Halen sortent de nouveaux disques). Metallica continue d'essayer de nouveaux trucs, de se lancer dans des projets insensés, d'exister en somme, hors de l'image figée qui pourrait être la sienne s'il n'était que "ce groupe de thrash qui a fait Nothing Else Matters". Pour eux, l'échec de "Lulu" n'en est pas un, c'est encore un peu de d'existence grapillée, et tant pis (pour lui) si James Hetfield n'a pas su s'empêcher de pousser la gueulante aux côtés de Reed, il en ressort seule victime effective de la bataille, catégorisé ringard par sa propre faute (en hurlant "I am the taaaaable" sur The View, à quoi s'attendait-il ? cf. le meme ci-contre et les nombreux autres).

Comme Kanye et Jay Z ont eux aussi pu le démontrer, lorsque deux monstres en mal d'existence se rencontrent, le choc est rarement salutaire pour l'Art, mais il a le mérite de permettre à ceux qui se sont rencontrés d'exister encore le temps d'une belle tentative foireuse.


Joe Gonzalez

lundi 30 janvier 2012

[Vise un peu] Nisennenmondai - Nisennenmondai Live!!!

Vous allez me dire que j'ai encore rien compris, mais je n'ai jamais dansé sur une musique quasi-exclusivement électronique avec autant d'enthousiasme que sur une musique produite par des instruments, lorsqu'il existe un véritable contact physique entre le musicien et ce qui émet du son. C'est peut-être que les sons électroniques parlent moins à mon corps, mais si c'est ça, alors, j'ai toute une vie pour mieux les appréhender. Je crois plutôt que de savoir le travail humain - au sens physique - à la source de pulsations et de rythmes me conduit à animer mon propre corps, comme par empathie, comme si ressentir la même sensation physique que le musicien était la clé de l'appréciation par la communion. C'est pour cette raison que Nisennenmondai fonctionne aussi bien sur moi.

Nisennenmondai ("bug de l'an 2000" en japonais), c'est un trio de japonaises qui font de la techno avec les instruments du rock : de longues pistes lentement évolutives qui suivent des plans d'une rigueur martiale. Enchaînées à leurs instruments, dès qu'un morceau commence, elles sont destinées à le jouer jusqu'à sa fin, faisant abstraction de la douleur et du temps pour s'abandonner à la transe, pour mieux séparer corps et esprit. Nisennenmondai sont celles que l'on jette au Moloch et sur les cendres desquelles le monde continue à danser, les yeux fermés, en union charnelle, les tambours battant à 150bpm.



Depuis que j'ai entendu Tirésias dire à Zeus ce qu'il pensait du plaisir sexuel féminin, j'ai tendance à être frustré d'avoir des roustons quand je suis au lit - mieux vaut être neuf fois comblé plutôt qu'une, non ? En revanche, je suis ravi que lorsqu'il s'agit de musique, ma féminité se dévoile quand, pris en embuscade entre un beat aliénant et la poigne d'une bonne de ligne de basse, mes jouissances se succèdent : souffles de joie à chaque lever de charleston dans Destination Tokyo, d'autres pendant Mirrorball, lorsque mon cerveau se balance à gauche avec la basse, à droite avec la guitare, expurgeant enfin mon ardeur bouillonnante en un cri lorsque la basse s'accorde une montée brève mais ravageuse, comme un joli sourire qu'on se remémore avec un frisson le soir avant de s'endormir. Nisennenmondai a un sens du détail impressionnant, et le recours à la transe place ces détails sous le projecteur, où ils brillent de mille feux.


On pourrait représenter la musique de ce groupe avec des lignes : verticales pour les sons structurants (souvent, la batterie statique, la basse et les boucles), horizontales pour ce qui s'étale plutôt dans la durée (nappes, mélodies, et les sons de la rue environnante, qui s'accordent magiquement en brossant les cordes verticales tendues par les rythmes). Les morceaux les plus réussis sont les plus perpendiculaires : la structure y est souvent marquée, immuable, et quelques sons y évoluent élégamment (Appointment, Mirrorball, Destination Tokyo, Ijen Urusuozuos). C'est lorsque les sons se diagonalisent que l'on perd en puissance : Ikkyokume et 44, plus bruyantes et libres que techno et krautrock, frappent moins fort, même si les mélodies sont clairement là.


(Un aperçu de Mirrorball en live)

Appliquons cette théorie pour aborder Mirrorball, le véritable chef-d’œuvre de la galette : les premières minutes ne sont qu'une ascension vers le ciel, avant que la guitare n'explose dans les nuages, puis aille et vienne dans un cycle vaporisation/condensation étourdissant, tandis que la machine s'emballe et que notre batteuse se dote d'ubiquité et frappant partout, nous rattrapant de justesse par la main à chaque beat de grosse caisse. Et pendant quelques minutes de grâce, nous sommes dans ce chaos organique, ce flipper géant où les boucles continuent à tisser des nœuds dans notre cerveau. Peut-être que le rythme ne s'arrête jamais et continue dans une autre dimension, où il idéalise le déroulement des choses en le réduisant à une succession linéaire d'événements qui se juxtaposent, sans que rien ne s'efface jamais...


Maxime C.

vendredi 27 janvier 2012

[Vise un peu] Rome - Die Æsthetik der Herrschaftsfreiheit

“Es lebe die Freiheit!”
·
“Leuchtet das Leben uns denn nicht?”

Ces lignes (“Vive la liberté !” ; “La vie ne nous éclaire-t-elle pas ?”) au dos du livret de "Masse Mensch Material" (le magnum opus précédent de Rome, sorti en 2008) présentaient déjà en bonne partie, si ce n'est l'idéologie du groupe, du moins son esthétique : une musique éminemment idéaliste, poétique et politique. Des chansons inspirées par des idéaux et des événements qui ont marqué l'histoire. Un projet qui a déjà fait ses preuves par le passé, mais qui prend une autre ampleur sur "Die Æsthetik der Herrschaftsfreiheit", “cycle de chansons” en trois volumes dont le titre est une référence à L'Esthétique de la Résistance de Peter Weiss et qui se voit inspiré par "l'esprit de révolte", la "joie de combattre pour la liberté", ainsi que des idées de Bertolt Brecht, Pablo Neruda, Abel Paz, Friedrich Nietzsche, Georg Büchner…

Certes, l'idée d'un triple album conceptuel et politique de neofolk (cette "nouvelle musique folk" européenne, aux tendances expérimentales et qui prend ses racines dans la musique industrielle) peut faire imaginer une œuvre intimidante et une écoute difficile. Pour ma part, je n'écoute que peu de neofolk ; et si je m'intéresse parfois à la politique, c'est franchement plus par devoir que par goût. Mais je crois que l'art peut sensibiliser à tout, et Jérôme Reuter (le compositeur, chanteur et musicien derrière Rome) a réussi à m'émouvoir d'une manière que je n'attendais pas, à me faire partager des passions que je consignais jusque là à d'autres lieux ou d'autres temps, aux journaux ou aux livres d'histoire, sans imaginer vraiment les ressentir.

"Die Æsthetik der Herrschaftsfreiheit" est une œuvre-fresque, ambitieuse, mais qui laisse assez d'espace à l'auditeur pour respirer et laisser courir son imagination. Chacun des trois disques (intitulés "Aufbruch", "Aufruhr" et "Aufgabe", soit respectivement : départ/renouveau, émeute/agitation, devoir/mission/reddition) contient des ballades, des chansons élégiaques (To Each His Storm ; The Death of Longing) ou remplies d'espoir (Seeds of Liberation), des pistes plus rythmées, martiales (Sons of Aeeth ; Our Holy Rue) mais aussi des plages quasi-ambient, qui évoquent certaines musiques et chants traditionnels (Red Years, Black Years ; The Brute Engine ; The Chronicles of Kronstadt). Les chansons, plus directes qu'à l'accoutumée, y compris dans les sons (Rome a fait le choix du tout analogique sur cet album) sont bien souvent violentes et mélancoliques à la fois, avec des lignes particulièrement marquantes (la voix grave, sévère et pourtant chaude de Jérôme n'est pas pour rien dans l'effet produit) ; on peut y entendre hymnes, chants de guerre, lamentations, poésies et plus encore. Les pistes instrumentales ou avec spoken word sont quant à elles tout aussi intéressantes et importantes pour se représenter l'univers de l'album : plus discrètes à première écoute, elles n'en forment pas moins une riche toile sans laquelle ces chansons ne seraient que des moments forts pris hors contexte. Elles capturent un état d'esprit, des moments d'agitation ou d'incertitude, peut-être le journal d'une personne dans son pays pris à feu et à sang, ou encore une évocation des terres (imaginaires, semble-t-il : cherchez donc la rivière "Aeeth" sur une carte…) où se déroulent les événements. Il ne fallait pas moins de trois disques pour représenter tout cela !

On peut reprocher à Jérôme Reuter d'utiliser encore un peu trop d'effets parfois ; on peut ne pas aimer l'accordéon sur Years of Abalone, et les longs passages de spoken word en allemand à la fin de chaque disque ne seront accessibles qu'à ceux qui maîtrisent bien la langue. Mais "Die Æsthetik der Herrschaftsfreiheit" dans son ensemble est trop beau pour ne pas provoquer l'admiration (n'y allons pas par quatre chemins : pour moi, c'est nettement le meilleur album de 2011). Toutes les idées présentées dans cet album ne feront pas l'unanimité (par exemple le fameux discours anarchiste de Pierre-Joseph Proudhon, cité sur To Be Governed) ; on peut toujours dire que la liberté totale est inaccessible et que l'anarchie, en pratique, est plus un danger qu'un idéal. Mais s'arrêter à cela serait confondre l'œuvre et un message. Ce que célèbre Rome ici, ce n'est pas un combat particulier, ni même la lutte en tant que telle (qui n'est d'ailleurs pas glorifiée) ; c'est l'humain et la liberté, une vision sans doute idéaliste, peut-être hélas utopiste, mais qui touche et qui peut être, comme ici, sacrément belle. Les photos de résistants et combattants qui illustrent les textes dans la première édition de "Die Æsthetik der Herrschaftsfreiheit" (en trois livres contenant les disques) vont dans ce sens : elles sont présentées sans commentaire ni contexte, simplement des visages, des attitudes, des tenues, des femmes et des hommes animés par un même esprit… Ce n'est pas là un documentaire, ni un manifeste, mais un superbe hommage à cette humanité, pas forcément innocente, mais toujours bien vivante.


— lamuya-zimina


N.B. Les extraits prévus initialement pour illustrer cet article ont été supprimés par le label en raison de violation de copyright. La première édition de l'album est désormais épuisée (même si vous pouvez encore la trouver chez quelques vendeurs en cherchant bien… si vous avez le porte-monnaie bien rempli !) ; mais chaque volume est disponible séparément en digipak. Inutile de vous dire que la trilogie forme un tout et qu'il faut écouter les trois !

mercredi 25 janvier 2012

[Vise un peu] Chairlift - Something

Trois ans et demi après un album séduisant, inégal mais sous-estimé, une collaboration avec Apple et des accointances avec toute la scène indépendante bouillonnante de Brooklyn, Chairlift revient avec "quelque chose". Un euphémisme que l'on accordera aux deux musiciens bien conscients d'avoir là l'occasion de dévoiler le fond de leur pensée. En effet, "Something" n'est pas une collection de chansons enregistrées ça et là au fil des longs mois le séparant de son prédécesseur ("Does You Inspire You", 2008), c'est la déclaration d'intention pop-culturelle d'un duo qui a mis le temps mais qui a défini les contours de son personnage.

D'abord, il y a eu le départ d'Aaron Pfenning (guitariste et parfois chanteur aux débuts du groupe et qui officie désormais sous l'alias Rewards) et la personnification de l'image du groupe autour de la seule Caroline Polachek. Ensuite, il y a eu de nombreuses aventures extracurriculaires. Pour Polachek, la réalisation de clips (pour Violens, le groupe de son petit ami Jorge Elbrecht, entre autres), la création d'une chorale féminine à Brooklyn, la collaboration avec Washed Out ou Holy Ghost! et toujours plus de séances photos à croquer. Pour Patrick Wimberly (multri-instrumentiste et producteur), la mise en forme du premier album de Das Racist, "Relax". Toutes ces expériences ont affiné la volonté et les désirs de Chairlift au point que lorsqu'est survenu le clip du premier single de "Something", Polachek a mis d'un clin de fesses en justaucorps tout le monde d'accord.



(Amanaemonesia)


Le parti-pris de Polachek en tant que parolière rejoint celui de Chairlift en tant qu'entité sonore : en pur produit de la pop-culture (celle de MTV, de Bowie et Lady Gaga), les paroles, les mélodies et les sons du groupe servent un tout, l'entité Chairlift. L'album est ainsi bien plus homogène et direct que son prédécesseur. Les relations amoureuses des divers avatars de Polachek sont le sujet et le quelque chose ressenti à l'écoute du disque a sans doute quelque chose à voir avec l'universalité de son propos, qui à travers ces différentes saynètes (Caro roule sur les trottois, Caro ressent un apaisement tel qu'elle en oublie tout, Caro compare une relation à un procès, Caro assume tout...) ne peut que toucher tout un chacun.

De la même façon, le son plus puissant et plus tangible (essayez un peu d'écouter l'album à un volume sonore élevé et vous comprendrez en quoi les introductions de Met Before ou Sidewalk Safari ont tendance à vous paraitre physiquement présents dans la pièce) est marqué par de superbes basses vivantes, qui semblent chanter des mélodies tout autant que Caroline. Parallèlement, les batteries de Wimberly offrent une propulsion aux popsongs de Polachek et couplées à une propension bienvenue à remplir l'espace (sans donner dans l'ennuyeux shoegaze), donnent à l'auditeur la sensation d'être enseveli sous les mélodies et les arrangements.


Pourtant, c'est de façon assez simple que sont construites les chansons. Les mélodies sont surtout assurées par des synthétiseurs qui rappellent les années 80 sans jamais les évoquer tout à fait : le son est si moderne qu'il s'agit davantage d'une synthèse réussie de l'indie pop synthétique moderne que d'une tentative de recracher le passé. Le chant de Polachek, lui, lui confère enfin la place à laquelle on l'imaginait depuis des mois, voire des années (et on n'était pas les seuls : c'est Columbia qui a signé le groupe pour ce nouvel album et qui a réédité le précédent) : celle d'une popstar. Virtuose de la mélodie, surprenante mais toujours dans le sens du poil, Polachek explore tous les registres vocaux qui lui étaient permis, du spoken word déshumanisé d'Amanaemonesia aux volutes embrumées de Turning, de la voix suave de Guilty as Charged aux hauteurs évoquant le R&B sur Take it Out on Me. On pense même à Feist avec Ghost Tonight .

L'identité forte que s'est trouvée le groupe ne passe d'ailleurs pas que par le son, l'image et la voix et "Something" est une profession de foi pop-culturelle au même titre que le troisième album de St Vincent en était une (*), un dictionnaire pop personnel, une démonstration d'aisance à travers des variations sur un même thème.



(Met Before. Notez les "Palala Pa Paaa" indispensables à tout bon disque de pop. Ils y sont !)


Tout comme "Strange Mercy", sans être un véritable chef d’œuvre, a pu affirmer Annie Clark comme une artiste accomplie, Chairlift n'a pas encore produit la perfection faite album (mais encore une fois, il est si rare de trouver de tels joyaux dans le jardin de la synth-pop !) et quelques uns de ses atours manquent peut-être d'éclat, mais en parlant de façon aussi directe à nos oreilles, nos tripes et nos cœurs, le groupe a su se bâtir en même temps qu'il a su si superbement ciseler un disque qui méritait que ses créateurs prennent le temps de le travailler et de savoir où ils voulaient en venir parce qu'aujourd'hui, une chose est certaine, Chairlift a réussi quelque chose.


Joe Gonzalez


(*) : On trouve d'ailleurs une certaine similarité dans la démarche vocale des deux chanteuses, même si leurs styles sont très différents, et à ce titre, le Guilty as Charged de l'une pourrait évoquer le Dilettante de l'autre, tout comme l'usage d'un maximalisme synthétique est une constante sur les deux albums.

lundi 23 janvier 2012

[Vise un peu] Chercher le Futur dans le Passé : UK garage #2

Si le dubstep a vraiment dit son dernier mot significatif et underground il y a quelques mois, et si des dérivés ont assez rapidement fait surface, qui ont amené le genre vers une accessibilité nouvelle (que ce soit le brostep de Skrillex, le r&b teinté de future garage de The Weeknd ou bien une quelconque variante pop, comme nous l'avons vu avec SBTRKT et James Blake dans le premier numéro de cette rubrique), qu'en est-il alors de ceux qui en ont été les acteurs pendant ses années de vache maigre et malgré tout bienheureuse ? Jamie Teasdale et Roly Porter se sont rencontré à Londres et ont formé Vex'd à Bristol aux alentours de 2005 et dans la mesure où ils ont écumé (ensemble ou bien sous les alias Jamie et Roly Vex'd) ce que le genre a pu faire comme remous, ils représentent un sujet d'étude particulièrement intéressant dans l'optique de délimiter ce que des vieux de la vieille du dubstep peuvent avoir comme avenir en s'extrayant du genre.



#2 : En finir avec le dubstep, oui, mais pour aller où ?


Vex'd a effectivement accouché de deux écoles. Le duo donnera-t-il suite à "Cloud Seed" (son dernier album, paru en 2010), rien n'est moins sûr. Ce qui était il y a encore quelques mois un duo travaillant activement à rendre le dubstep plus "intelligent" (*) a subi une mitose particulièrement visible en 2011 puisque chacun des deux musiciens s'est engagé dans une voie nouvelle, faisant l'un et l'autre un le choix de publier, sous un patronyme inusité, des albums très différents.

Signé sur le label Planet Mu, Jamie Teasdale est ainsi devenu Kuedo et a publié en Octobre dernier l'album "Severant", une nette prise de distance vis à vis du dubstep. En lieu et place des sursauts intenses et des basses dansantes et futuristes de ses précédents travaux en solitaire, Teasdale/Kuedo s'est ainsi donné pour cahier des charges d'organiser la rencontre entre les rythmes (et sons associés) du footwork et les synthétiseurs des années 70. Un pari risqué tant les deux éléments ont pu être décriés.



(Flight Path)


Le footwork est un sous-genre musical issu de la ghetto-house de Chicago, et qui est surtout reconnaissable à son utilisation massive de riffs et de breaks rythmiques tout en caisses claires, handclaps et autres toms. A ne pas confondre avec le juke (dont le footwork est une variante et qui s'en démarque essentiellement par sa signature rythmique en 4/4), le footwork est aussi marqué par l'utilisation de courts samples vocaux. Ce style a particulièrement connu un gain d'intérêt en 2011, d'ailleurs, et a traversé l'Atlantique grâce notamment à la compilation "Bangs & Works Vol. 1: A Chicago Footwork Compilation", parue en 2010 chez Planet Mu, justement. Mis en avant par quelques DJ's (Machine Drum et DJ Rashad, essentiellement), le footwork n'est pas vraiment devenu en quelques mois un successeur tangible du dubstep (même si le juke tend à se démocratiser Outre-Manche) et il est plutôt à envisager comme une application un brin snob et un maximum poseuse des principes de la ghetto house. On pourrait certes laisser le bénéfice du doute à Teasdale, mais le choix de coupler footwork et synthétiseurs à un moment où les synthétiseurs vintage (et particulièrement ceux de Tangerine Dream, dont semble raffoler Kuedo) sont on ne peut plus tendance, voilà qui a de quoi agacer, même les plus tenaces. Et pourtant, la question n'est pas qu'il s'agisse ou non d'un disque de hipster snobinard pour hipsters snobinards et le problème n'est même pas que la rencontre des deux éléments soit ratée. Il y a quelques idées dans "Severant" et un peu de diversité (Flight Path ressemble à un rip off de Vangelis sous acide, tandis que Onset (Escapism) est tout ce qu'il y a de plus moderne - et laid). Le véritable problème est que rien de véritablement intéressant ne surgit, à aucun moment, de la tambouille rétro-futuriste un peu vaine de Kuedo. Personne ne dansera sur son semi-footwork trop cérébral, tout comme personne ne pourra laisser son esprit divaguer et se perdre entre les notes de ses synthétiseurs parasités par des handclaps assommants. Le courage nécessaire pour fomenter un tel projet est louable mais parfois foncer dans la mêlée vous amène à vous empaler sur un sabre et si Kuedo a le mérite d'avoir surpris son monde (et d'avoir, malgré tout, conquis une certaine frange de la presse musicale et quelques autres), n'était-ce pas là qu'une façon détournée de caresser la tendance dans le sens du poil ?



/////



Moins tapageur que son confrère, Roly Porter a choisi de conserver son patronyme et de publier, sans trop de remous, son album "Aftertime", sur le label Subtext (celui de Vex'd) en Septembre. Plus réaliste, plus conventionnelle et moins ambitieuse que celle de son (ex) confrère, la musique de Porter est aussi beaucoup moins casse-gueule.


(Tleilax)


En faisant le choix de combiner drone et noise dans un mix dark-ambient, Porter suit la voie de camarades musiciens de plus en plus nombreux et dont la sourde cacophonie est le bruit de fond de la tension pré-21/12/12 qui fait écho celle du pré-millénaire dernier (souvenez-vous de Tricky, Unkle, et tous ces avatars des scènes électroniques et hip hop britanniques à l'aube de l'an 2000 qui ne voyaient pas le futur d'un œil serein) et dont vous avez pu entendre un aperçu effrayant sur le second disque du dernier volume du Peu Importe, la mixtape gratuite de fin d'année de C'est Entendu. Tantôt proche du rapprochement technoise qui a tant convaincu ces derniers mois (Andy Stott, Emptyset, Pete Swanson) comme sur Corrin, où les aléas mécaniques schizophrènes amènent in fine vers une rédemption synthétique, la musique de Porter est majoritairement noire, sourde, striée de samples angoissants et parasitée par des grésillements lourds (Tleilax). Pourtant, on sent la tension prête à se relâcher par moments, comme une volonté de Porter de trouver refuge dans des pensées rassurantes ou en tout cas dans des chimères évacuant la réalité (Caladan, le nom de la planète d'origine de la dynastie des Atréides, dans l'univers de Dune). Je serais le premier ravi d'associer "Aftertime" à cette tendance générale du dark-ambient prophétique et à lui prêter des intentions mystico-sociologiques qui en feraient une pierre supplémentaire apportée à un édifice bien différent du dubstep et bien plus concret que la pose de Kuedo, mais il n'en est rien. En réalité, "Aftertime" est tout entier consacré à l'univers de Dune, créé par Frank Herbert et peut ainsi être pris comme un album-concept ou une bande-son imaginaire. Un objet pop-culturel détaché du réel en quelques sorte. De ce point de vue, c'est un album réussi, d'ailleurs, alors que s'il avait eu des prétentions critiques ou prophétiques, son minimalisme l'aurait peut-être desservi. Je ne peux m'empêcher de penser que Porter pourrait cependant créer un objet plus tangible, quelque chose de plus complet, de plus fort et de plus réel.

Je ne crois pas qu'il y ait de voix royale pour s'extraire du dubstep. Les directions prises par Porter et Teasdale ont le mérite de ne pas trop leur donner la facilité de conserver un pied dans le passé, mais il y en a d'autres. En règle générale, j'imagine que la danse (footwork, juke et dérivés) ou les charts (les dérives populaires de SBTRKT ou même Wiley, même si ce dernier n'a jamais été un dubstepper) seront les solutions les plus prisées par les ex-activistes underground du dubstep, car après une décennie souterraine auront sans doute envie de toucher un plus large public et de gagner un plus important pécule. Les plus intéressants seront cependant les musiciens et DJ's qui chercheront à aller de l'avant et Kuedo et Roly Porter, malgré leurs défauts respectifs, empruntent en effet des chemins dignes d'intérêt.


Joe Gonzalez


(*) : Selon le sens du terme IDM.

mercredi 18 janvier 2012

[Vise un peu] Rocket from the Tombs - Barfly

Soyons clairs, Rocket from the Tombs est un projet de David Thomas. L’article qui suit traitera principalement de ce Dernier. Restons clairs, le groupe n’a été actif qu’une seule année durant ce qui lui a permis d’avoir un certain rayonnement dans l’état d’Ohio, et à Cleveland pour être plus précis et d'acquérir une notoriété dans le petit monde des autistes. Rocket fom the Tombs a été le brouillon de la mouvance qualifiée de proto-punk. Ce terme, comme de très nombreux révérés en ces années, a été inventé bien après que le mal soit fait. Le punk est une imposture européenne une opération sous faux drapeau destiné à infiltrer le mouvement de la contre culture pour prostituer l’élan de l’expression adolescente et le soumettre à la dictature de la mode pour l’enlaidir. David Thomas était un journaliste qui a compris que l’ironie ne menait à rien. Avec le guitariste Peter Laughner il forma Rocket from the Tombs avant de se lancer dans Pere Ubu, un groupe qui aura une carrière digne de ce nom. Les Dead Boys de Cheetah Chrome (l'autre groupe né de la mort de Rocket from the Tombs, NDLR) sont une imposture également. Ce dernier d’ailleurs vient tout juste d’annoncer qu’il ne tournerait plus avec RFTT. Le groupe s’était reformé en 2003 pour enregistrer l’album qu’ils n’avaient jamais mis en boite dans les années 70, "Rocket Redux" (paru en 2004), lequel reprend les classiques de Rocket from the Tombs dont les chansons de Thomas et Laughner qu’ils enregistrèrent avec Père Ubu pour leurs premiers singles : Final Solution, 30 Seconds Over Tokyo et Life Stinks (qui apparaît aussi sur "Modern Dance", le premier album de Pere Ubu, sorti après la mort de Laughner).


(I Sell Soul)

C'est Richard Lloyd (de Television) qui remplace alors Laughner (photo ci-contre). Lui qui avait rêvé de faire partie de Rocket from the Tombs après les avoir entendus ouvrir pour Television à Cleveland en 1975 : "Ce groupe est effrayant, je veux jouer avec eux !" aurait-il pensé. Belle leçon de patience. Richard Lloyd ne fait cependant plus partie de Rocket From the Tombs car il est aujourd'hui remplacé par Garo Siperko depuis le début de la tournée américaine de 2011.




Dixit David Thomas : "Un groupe, c’est une idée et non pas une collection de personnes spécifiques identifiées au travers d’une association historique".

Voilà, c’est dit et rien n’est plus clair. Un groupe c’est avant tout une plateforme promotionnelle de chansons. Oui de Chansons. Ça vous dit quelque chose "des chansons" ? Aujourd’hui ça ne veut plus rien dire et c’est DOMMAGE. Car les chansons sont les seules choses qui survivent au temps et qui permettent que l’on se souvienne des musiciens un peu plus longtemps qu’une saison. Ces musiciens sont des individus qui jouent et qui se plaignent s’ils ne sont pas d’accord avec le chanteur. Et lorsqu'ils ne sont pas contents, ils vont jouer ailleurs et parfois ils meurent.

Aujourd’hui on écoute "Barfly", le nouvel album de Rocket from The Tombs paru en octobre 2011 et le premier constitué de nouvelles compositions depuis 1975. Bonne nouvelle, elles sont toutes chantées par David Thomas car c’est bien le seul chanteur de cette bande de vieux mecs. On avait été suffisamment tolérants pour supporter sur "Rocket Redux" les voix de Cheetah Chrome ou Graig Bell miauler, mais là, on est sérieux et l'on ne retrouve quasiment plus rien du Rocket from the Tombs originel. On pense plutôt au Père Ubu période Fontana pour la structure à la fois évidente et judicieuse des morceaux. J'en profite pour noter qu'au final, les albums "Cloudland", "Worlds in Collision" et "Story of my Life" parus sur le label Fontana entre 1989 et 1992 sont les meilleurs de Pere Ubu. Oui, oui, je vous assure, il m’a fallu presque dix ans pour me rendre à l’évidence mais c’est un fait. On est certes bien loin des jeunes de Cleveland qui reprenaient le Velvet Underground et les Stooges parce qu’ils n’étaient pas encore assez bons pour jouer du Captain Beefheart. On se retrouve ici avec une collection de chansons modernes qui nous parlent du dilemme de tous les jeunes et les vieux attardés. Des chansons d’amour et de frustration pour poètes si vous préférez. Du David Thomas pur jus (il a beau être génial il chante toujours la même chose), mis à part l’expression de son nationalisme folk disséminée dans son répertoire solo et les albums de la "période moderne" de Pere Ubu. Les titres parlent d’eux même : I Sell Soul, Butcherhouse, Romeo and Juliet... Sans rentrer dans les détails insignifiants je citerais les paroles les plus explicites et poétiques du disque, celles de Maelstrom sans les traduire par respect pour ce génie minimaliste :


« I got a phone call
It was a girl call
It was confused
It was confused
I said: Hello?
I got a phone call
I said: yes
And I said: yes
And I said: maybe…
I said: all right,
Allright baby…
I got a phonecall
It was girl call
It was from you
It was from you…”

Tout est dit. L’album se termine avec une merveilleuse chanson d’amour : Prett. Un vrai bon riff de guitare au début qui se répète avant le deuxième couplet et avant le couplet instrumental de fin qui dispose d’un vrai solo épique. Au centre du disque, il y a deux versions d’une même chanson Sister Love Train et Train Love Express, la seconde est jouée plus rapidement et sans trompette. Bonne idée. Le batteur est Steve Melhman de Pere Ubu est c’est le meilleur du monde et le plus mignon. Ce très bon album est vivement conseillé à tous les jeunes qui ne savent pas quoi écrire lorsqu'ils se retrouvent à devoir trouver des paroles et qui en ont marre des groupes de jeunes qui font la gueule et je le conseille à tous les vieux qui ne savent plus quoi prêcher, en attendant le prochain album orienté dance de Père Ubu dans quelques mois…


St. Joseph Holc
(anciennement connu sous le nom de Joe Chicago)

mardi 17 janvier 2012

[Vise un peu] Prurient - Bermuda Drain

Dominick Fernow est un homme qui regarde des photos de chaises électriques avec un ami dans un bar miteux le jour de la saint Valentin. Dominick Fernow est le fondateur du label Hospital Productions, qui édite disques et cassettes abrasives et hurlantes de Kevin Drumm ou Wolf Eyes, mais aussi le groupe de post-punk/synth-pop/cold wave Cold Cave. Dominick Fernow fait justement partie des membres de Cold Cave, ainsi que du groupe de black metal Ash Pool, et possède un projet entre industriel et techno minimale du nom de Vatican Shadow. Mais notre homme est avant tout un musicien de noise music, connu sous l'alias Prurient ("lubrique" en français) pour ses albums violents, synthétiques, se basant volontiers sur des thèmes glauques et dérangeants. (On vous en avait déjà parlé, ainsi que de Kevin Drumm et Wolf Eyes d'ailleurs : si vous avez raté l'article ou que vous voulez vous rafraîchir la mémoire, c'est ici !)

Dominick Fernow a plutôt bonne presse parmi les fans de noise music… ou plutôt était-ce le cas jusqu'à présent. Car "Bermuda Drain" a provoqué de nombreux froncements de sourcils chez les aficionados. Il faut dire que cet album, ostensiblement hybride, est nettement plus accessible que les précédents : mélodies et percussions évidentes, synthés plus présents que le bruit, des tendances dark wave/cold wave qui évoquent les années 80, toujours un son proche des power electronics mais également ici quelque chose de dancefloor — ce qui n'a pas été du goût de tout le monde. "Bermuda Drain" n'est pourtant pas un changement de style complètement inattendu : ces influences et mélodies synthétiques pouvaient déjà s'entendre sur d'autres albums de l'artiste, comme "Cocaine Death" ou "Pleasure Ground"… Elles sont simplement passées au premier plan ici, échangeant leur place avec les déferlantes de bruit.


(A Meal Can Be Made)

Ce qui n'est pas forcément une mauvaise idée, puisque Prurient — comme tout bon artiste noise ? — n'a pas que des saignements de tympans à offrir aux auditeurs. Pourquoi ne pas mettre en avant les ambiances, mélodies et instruments qui ont toujours (ou presque toujours) fait partie des compositions de l'artiste ? C'était un coup à tenter, et le résultat a effectivement de quoi séduire qui aime à la fois le bruit et la plupart des genres qui commencent par "synth" et/ou finissent par "wave" : le spoken word aux accents glauques de Many Jewels Surround The Crown, sur sa mélodie rétro évoquant à la fois la vie trépidante des villes et quelque chose de sordide, suivi du tube chargé à bloc A Meal Can Be Made et du bel ambient évoquant (au niveau du son) une chambre d'hôpital paisible au milieu de l'apocalypse sur Bermuda Drain sont un départ du tonnerre. Pas de doute pour moi : Fernow prouve sur ces pistes que son nouveau son a de quoi faire mouche.

Aussi ne manque-t-il ne manque pas grand-chose à "Bermuda Drain" pour être une réussite totale ; que l'on considère ce disque de synth-noise comme un album de dark wave particulièrement agressif, de noise particulièrement pop et mélodique, ou que l'on se fiche des genres et des classifications pour simplement écouter la musique, le disque ne pêche ni par ses idées ni par ses compositions. L'album est intéressant et accrocheur… et pourtant il y a quelque chose de théâtral, de cliché — peut-être volontairement — mais aussi d'un peu guindé dans certains passages, comme sur Palm Tree Corpse où l'artiste répète, d'abord en parlant, puis en hurlant, "If I could / I would take a tree branch / and ram it inside you / … but it's already been done" (la phrase aurait atteint son but prononcée une fois ; répétée et criée, elle tourne presque au ridicule). La seconde moitié du disque est généralement moins impressionnante que le première, et il manque quelque chose aux deux dernières pistes pour être aussi efficaces qu'elles le voudraient — ce qui peut faire regretter l'effet qu'il y avait sur "Pleasure Ground", dont l'écoute des deux premières pistes était quasiment une épreuve, et dont le final Apple Tree Victim faisait l'effet d'une révélation a(ba)sourdissante.


(Palm Tree Corpse)

Ces bémols n'empêchent pas l'album d'être une écoute réjouissante, avec de multiples influences bien intégrées (les rythmes dansants sur There Are Still Secrets, les mélodies subaquatiques sur Let's Make a Slave…) et un son personnel et accompli. Cet album était un pari assez risqué, celui de mettre à nu ce qui n'était auparavant qu'un accent secondaire dans un style qui avait fait ses preuves ; il est toujours réjouissant de voir un tel projet réussir.

Dominick Fernow recommande d'écouter "Bermuda Drain" au casque, en conduisant à travers des tunnels en Europe ; la sécurité routière risque d'en pâtir, mais ça doit faire son effet.


— lamuya-zimina

jeudi 12 janvier 2012

[Vise un peu] Session de rattrapage 2011, deuxième partie

On continue notre découverte éclectique de 2011 à travers les genres, entre majors et petits labels, incontournables et inconnus ! Si vous avez raté le début de ce dossier, n'hésitez pas à revenir ici pour découvrir six autres disques d'horizons tout aussi divers. Sur ce :


The Necks – Mindset

Je n'ai découvert les Necks que tout récemment, grâce à cet album ; mais je peux déjà affirmer que c'est l'une des meilleures découvertes que j'ai faites dans le genre depuis longtemps. Ce groupe de jazz australien existe depuis 1989 et excelle dans l'art de maintenir l'équilibre entre grooves, ambiances et improvisations sur de longues pistes (vingt minutes, quarante minutes, volontiers une heure entière) au charme immédiat. Avec Rum Jungle et ses contrastes entre entrelacs de percussions métalliques, rythmes rapides et une certaine paisible mélancolie, et Daylights, qui reprend en partie ces éléments mais au second plan, jouant d'un clair-obscur de notes lumineuses et calmes au-dessus d'un bouillonnement d'énergie, "Mindset" est un de mes coups de cœur tardifs de l'année et m'a tout de suite donné envie de découvrir le groupe. (Puis-je vous conseiller particulièrement "Aquatic", moins facile à trouver mais encore meilleur que "Mindset" ?) À écouter tranquille, l'esprit ouvert, c'est souverain.


(Les 15 premières minutes de Rum Jungle)





Ron Anderson/Pak – Secret Curve

Après l'excellent "Iridule" de Yugen l'an dernier, c'est au tour de Ron Anderson de me convaincre que le rock inopposition peut être un genre fantastique. Et pourtant, c'est une musique qui paraît par nature difficile à avaler : frénétique, expérimentale, souvent dissonante… mais aussi jouissive et sans pareille quand elle est accrocheuse à ce point ! "Secret Curve" est un bel exemple de mélange expérimental de rock et de jazz survitaminé qui ne sacrifie pourtant pas les mélodies aux rythmes fous : si la piste en écoute ci-dessous vous convainc, sachez que le reste est tout aussi bon et intéressant, une chaîne de pétards aux formes toujours inattendues qui donnent mille choses à écouter en une piste.


(Let Me Tell You Something)





Subrosa – No Help for the Mighty Ones

Subrosa est un groupe de sludge (stoner, doom…) presque entièrement féminin, mais ça, vous pouvez toujours dire que vous vous en fichez. Par contre, si je vous dis que Subrosa est un groupe de sludge qui utilise des violons électriques, ça vous intéressera peut-être ? "No Help for the Mighty Ones" tire son épingle du jeu grâce à cette particularité sonore mais aussi grâce à la voix de la chanteuse (parfaite) et à une ambiance particulièrement désespérée, qui atteint son paroxysme lors de la reprise a capella de la chanson traditionnelle House Carpenter… Mais avant toute cette noirceur, il y a Borrowed Time, Borrowed Eyes, premier morceau inspiré par le roman post-apocalyptique The Road de Cormac McCarthy ; la meilleure piste que j'ai entendue dans le genre cette année.


(Borrowed Time, Borrowed Eyes)





Submerged – Before Fire I Was Against Other People

Je n'ai pas pour habitude d'écouter beaucoup de drum'n'bass ni de breakcore, tout simplement parce que ces genres se répètent souvent (et ont tendance à m'agacer avec leur abus de drum machines). Du moins, c'est souvent l'impression que j'ai… Mais "Before Fire I Was Against Other People" est une autre histoire : on retrouve certes ici la violence brute inhérente au genre, mais catalysée en de nouvelles formes, très bien construites. Kurt Gluck s'y entend pour faire monter la tension, et ses contrastes font que les rythmes effrénés rageurs ne fatiguent jamais mais sont toujours ressentis de plein fouet. Le disque est aussi agréablement varié, entre les mélodies arabisantes de Space Arabs, le hip-hop de Nowhere to Hide, les rythmes lents mais menaçants de Death Sentence, les guitares metal sur No One… Cerise sur le gâteau : Dead, qui clôt l'album de façon magistrale avec ses montées en puissance, explosions et mélodies annonçant — et délivrant — quelque chose d'épique. Si cette piste ne vous fait pas bouger, je ne sais pas ce qu'il vous faut.


(Alive)





Jacaszek – Glimmer

Si vous avez aimé les belles dégradations et les sublimations bruitistes des mélodies sur "Ravedeath, 1972" de Tim Hecker et que vous cherchez d'autres disques dans le même genre, voici un album à ne pas manquer. Nettement plus intimistes et mélancoliques, les compositions de ce musicien polonais (dont le nom se prononce à peu près "ya-tsa-schek") sont de belles pièces où les sons électroniques font partie intégrante des instrumentations — il y a certes des tensions et des frictions, mais quand bruit il y a, celui-ci peut se comparer à une couche de neige ou à un coup de vent sur un paysage, plutôt qu'à une lumière vive qui mord, érode et diffuse les sons chez Hecker. J'ai toujours une préférence pour Hecker, mais Jacaszek ne manquera pas de vous émouvoir et de vous tenir compagnie durant les longues nuits glaciales de février si vous êtes sensible à ce genre de musique (et si l'hiver se réveille un peu).


(Dare-Gale)





Pendra Gon — Lupsam Regnatra

Enfin, voici un petit EP d'un quart d'heure que personne ne considérera comme un disque majeur de 2011, et qui pourtant mérite l'attention. "Lupsam Regnatra", avec ses sons synthétiques rétro (l'artiste tire son inspiration de vieux jeux vidéo) et ses compositions un peu foutraques, semble cultiver un certain amateurisme — mais cette petite musique, dans ses heurts et ses dissonances d'abord amusants, puis intrigants et qui font au final tout l'intérêt du disque, prend une autre direction et se révèle à double, voire triple lecture. Le côté enjoué des mélodies aux allures chiptune se retrouve déformé, subverti par des dissonances et des incursions dans un quasi-dark ambient en arrière-plan et d'autres mélodies qui évoquent un voyage en lieux inconnus, raconté de manière résolument peu commune ! (La musique de Pendra Gon est éditée par Auris Apothecary, un label qui se spécialise dans les packagings imaginatifs et improbables ; vous pouvez acheter "Lupsam Regnatra" ici.)





Voilà, c'est tout… du moins pour le moment ! Il nous reste encore plusieurs grands albums à vous faire découvrir en attendant les nouveautés de 2012 ; mais d'ici là, j'espère que vous aurez trouvé musique à votre oreille, dans cette sélection ou dans les autres articles que nous continuerons à publier. Gageons que les découvertes ne s'arrêteront pas là. Bonnes écoutes !


— lamuya-zimina

mercredi 11 janvier 2012

[Vise un peu] Session de rattrapage 2011, première partie

Découvertes tardives et trop nombreuses, manque de temps, manque de mots face à un disque complexe à assimiler ou au contraire trop simple, ou encore appartenant à un genre que l'on connaît peu… autant de raisons qui nous laissent parfois avec un paquet d'albums "en retard" à traiter. Surtout en décembre et janvier, avec certains tops qui peuvent nous faire découvrir dix albums en même temps (pas vraiment dans les "tops collectifs", trop consensuels, mais dans certains tops personnels).

Parce qu'un ou deux paragraphes peuvent parfois suffire à faire une belle découverte, voici une petite sélection de bons disques sortis en 2011, découverts au hasard des listes et des recommandations : noise-rock, jazz, ambient, sludge, expérimental, quelques albums majeurs, quelques disques certes mineurs mais intéressants, il y a un peu de tout là-dedans. Y compris certains des meilleurs disques de l'année selon moi ! Mais jugez par vous-mêmes :



Gum Takes Tooth – Silent Cenotaph

Vous aimez le noise-rock, les surprises et les musiques hybrides ? Vous êtes bien parti pour aimer "Silent Cenotaph" ! Ce premier album particulièrement étonnant du duo londonien démarre d'une façon violente et hurlante (qui rappelle tout de suite Lightning Bolt) avant de bifurquer vers un étrange passage électronique, d'introduire des saxophones, de se rapprocher de Tobacco sur une troisième piste et de virer à l'ambient tribal de façon totalement inattendue sur une quatrième… Moins frénétique que Lightning Bolt, certes, mais tout à fait réjouissant et prometteur, "Silent Cenotaph" est un très bon album !






Tartar Lamb II – Polyimage of Known Exits

Tartar Lamb II est un side-project de membres de Kayo Dot, mais ce n'est pas ce qui m'a fait découvrir le groupe : à vrai dire, je n'ai jamais vraiment accroché à Kayo Dot. "Polyimage of Known Exits" est un disque hybride à tendances jazz et dark-ambient, qui n'est pas sans rappeler (comme l'a fait justement remarquer un auditeur) Bohren & Der Club of Gore en plus expérimental… Bohren faisait lentement apparaître des reflets cuivrés dans une nuit d'un noir d'encre ; Tartar Lamb II, lui, joue une musique plus crépusculaire, plus inattendue, avec des influences variées. Voyage de nuit à travers divers paysages éclairés d'une même lumière, "Polyimage of Known Exits" est un très bel album, riche et séduisant, à recommander vivement pour les écoutes nocturnes.






Altar of Plagues – Mammal

Il y a quelques mois, la découverte de cet album m'a sérieusement donné envie de me mettre au black-metal (et j'en ai effectivement écouté pendant des semaines). Aujourd'hui, je ne m'y connais toujours que trop peu en black-metal pour vous en parler correctement, mais je ne peux que vous dire du bien de ce deuxième album des Irlandais d'Altar of Plagues : une musique noire, violente, mais baignée dans une ambiance quelque part paisible et triste… qui, quelque part, m'a rappelé celle d'"Oceanic" d'Isis. Pour être honnête, malgré les classifications utilisées par la plupart des auditeurs, Altar of Plagues me paraît tout aussi — sinon plus — proche du sludge que du black-metal (où ils se retrouvent sans doute classés parce que leur son ressemble aussi à celui de Wolves in the Throne Room). Mais qu'importent les classifications, après tout ! "Mammal" est un excellent album, qui débute par deux pistes violentes et atmosphériques comme il se doit — qui ne préparent pas au choc de la troisième, When the Sun Drowns in the Ocean, où le metal s'efface entièrement pour laisser la place à un chant gaélique irlandais dans un environnement à la fois beau et incroyablement sinistre…


(Neptune Is Dead)





Rale – Some Kissed Charms That Would Not Protect Them

Le minimalisme possède une beauté particulière qui peut être étonnamment évocatrice. Sur cet album de Rale (William Hutson), ce sont de belles et puissantes vagues, d'un son pur, qui ouvrent le tableau ; d'abord une seule, suivie d'un long silence, puis un concert où chaque note semble s'épanouir à son rythme, dans toute son ampleur. Et puis, au fil du disque, des parasites se mettent à troubler cette danse : une vie apparaît, des insectes ou bactéries affluent, grouillent, crissent, ravinent ces ondes (aidés par le format du disque lui-même : les minimes bruits de surface, grains de poussière, qui peuvent se déposer à la surface du vinyle font partie intégrante de l'œuvre) et changent irrémédiablement le cours de la musique… On peut penser à la paradoxale beauté que peuvent avoir la pollution, la patine ou la rouille, ou repenser à l'aphorisme de René Char « Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » (je n'ai jamais été entièrement d'accord avec… mais il y a tout de même quelque chose à en tirer). Toujours est-il que le seul défaut de ce disque est qu'il se finisse bien trop tôt. (Pour se procurer le disque et en découvrir d'autres du label Isounderscore, c'est ici !)






Steven Wilson – Grace for Drowning

Je sais bien que certains vont froncer les sourcils en voyant cet album mentionné dans une liste où vous vous attendiez sans doute à trouver des disques moins connus. Pourtant, je l'ai découvert exactement comme les autres albums de cette sélection, en toute naïveté — et surtout en parfaite ignorance du fait qu'il s'agissait d'un album solo du leader de Porcupine Tree. Ce qui n'est sans doute pas plus mal, vu que je n'ai jamais accroché à ce groupe ; alors que ce "Grace for Drowning" m'a enchanté dès la première écoute et n'a cessé de tourner dans ma platine depuis. Ce qui est paradoxal sur "Grace for Drowning", c'est que, peut-être plus encore que ses explosions rock et jazz (sur Sectarian), malgré ses structures pourtant loin des chansons pop habituelles et malgré le côté sombre voire glauque de certaines pistes (Index, Remainder the Black Dog), c'est avant tout la douceur du son, chaud, planant qui me séduit, et ses mélodies parfaites qui me font très facilement oublier le côté un peu grandiloquent de certains passages. "Grace for Drowning" divise au sein de la rédaction, et il faut sans doute aimer le prog-rock pour l'apprécier ; mais pour moi, c'est l'un des tous meilleurs albums de 2011.


(Sectarian)





A Winged Victory for the Sullen – A Winged Victory for the Sullen

Un bel album d'ambient, avec piano, violoncelle et autres instruments classiques, tout en blancheur et en douceur… parfois, c'est exactement ce dont on a besoin. Pas besoin d'en dire beaucoup plus : "A Winged Victory for the Sullen" est un album qui parle de lui-même, avec ses atmosphères à la fois extrêmement douces et en même temps élégiaques, parfaites pour les calmes journées d'hiver — mais aussi pour apaiser un spleen ou se remettre d'une grande tristesse. Il s'agit d'un projet d'Adam Wiltzie (membre de Stars of the Lid, ce qui s'entend tout de suite) et de Dustin o'Halloran.


(Steep Hills of Vicodin Tears)




Avez-vous trouvé votre bonheur quelque part sur ces six albums ? Que ce soit le cas ou non, n'hésitez pas à revenir bientôt : on continue cette série très vite avec six autres disques !


— lamuya-zimina