C'est entendu.
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mardi 31 janvier 2012

[Alors quoi ?] "Pop Culture en bandoulière", un entretien avec Chairlift


Trois ans et demi séparent le premier album de Chairlift de "Something" et ce temps-là n'a pas été perdu. Collaborations extérieures, projets externes et réalisation de clips ont été au menu, tout comme tournées et écriture, bien entendu, mais quelque chose a changé. Aaron Pfenning a quitté le groupe et les deux musiciens restants, Caroline Polachek et Patrick Wimberly, se sont mis à écrire ensemble et plus séparément.


(Sidewalk Safari, sur "Something")

Ces longs mois les ont vus favoriser l'expérimentation et un travail acharné en direction d'une dynamique de groupe plus uni que jamais. D'une certaine façon, leurs fans le savaient et ceux qui les avaient découverts à travers le single Bruises et la pub pour Apple avaient compris qu'il ne s'agissait pas que d'un énième buzz band. Évoquer le "succès" de Bruises ne ravit d'ailleurs pas le groupe, qui nous corrige tout de suite : "Les gens ne se rendent pas compte à quel point on gagne mal sa vie avec la musique. Si nous avons mis aussi longtemps pour enregistrer le second LP, ça n'est pas parce que nous avions gagné avec le contrat Apple suffisamment d'argent pour en vivre quelques temps, c'est parce que nous avons voulu faire ça bien." Rien de plus louable quand tant de groupes se dépêchent d'enchainer les disques presqu'autant que Woody Allen se dépêche d'enchainer les films (*). Le processus a été long, beaucoup de chansons ont vu le jour, ont été retravaillées, écartées, ajoutées mais les voilà enfin qui sont disponibles et l'impression attendue est celle ressentie : une somme de travail vaut souvent mieux qu'une impulsion fortuite. "C'est un peu comme si on publiait notre troisième album".




(Isabelle Antena - Naughty Naughty, sur "Hoping for Love", 1987)


(Strawberry Switchblade - Since Yesterday, 1984)

Les années 80 jouent un rôle considérable dans le son de maintes musiques populaires actuelles et Chairlift ne déroge pas à la règle en faisant le choix de s'orienter encore plus franchement vers une synth pop non pas revivaliste mais qui instrumentalise les codes et les sons passés. Caroline évolue à Brooklyn et, à Hipsterville, la référence obscure est de rigueur. Pourtant, toute musicienne branchée qu'elle puisse être, la musique dont elle prétend se nourrir n'est pas de la poudre aux yeux. On entend bel et bien Isabelle Antenna, Mylène Farmer, Bryan Ferry et Strawberry Switchblade en écoutant "Something". On n'entend aucun de leurs gimmicks, bien sûr, et ils ne pèsent pas lourdement sur l'identité sonore de Chairlift, mais leurs fantômes sont autant de mécanismes semi-tangibles utilisés par le groupe pour bâtir sa maison.


(Mylene Farmer - Maman a tort, 1984)

Caroline dit aussi écouter Current 93 et Death in June, mais ces musiques-là, bien plus ténébreuses (au moins dans leur contenu), n'ont pas vraiment fait le trajet jusqu'à "Something" et on s'en félicite. Non pas qu'une synth pop influencée par David Tibet soit inconcevable ou irrecevable mais un tel concept serait pour le moins trop dangereux pour que l'on s'y risque si tôt dans une carrière. Pour la suite, par contre, on ne peut qu'espérer qu'à l'aube de l'enregistrement de son troisième ou quatrième album, Polachek se souvienne de ce qu'elle a perçu dans la neofolk industrielle et qu'elle réinvente les singles synthétiques des années 2010 à l'aune des observations pessimistes de ces musiciens-là. Pour l'heure, c'est d'Anika et de Violens (le groupe de son petit ami) que Caroline se sent proche. Plus directement que des différents revivals synthétiques qui ont parsemé les derniers mois.


(Anika - Yang Yang, sur "Anika", 2010)


Selon elle, la chillwave n'est pas un revival synthétique, d'ailleurs. C'est davantage une dérive indie du hip hop. Le revival synth pop le plus défini(tif) à ses oreilles est celui, très sérieux, de groupes pour qui la coldwave semble être le saint Graal : Automelodi, Autre ne Veut, Cold Cave, Xeno & Oaklander... Ceux-là ne sont pas seulement sous influence, ils jouent le jeu synthétique comme si 1986 n'était jamais survenue et comme si Visage et Yazoo venaient de faire paraitre leurs nouveaux singles.



(Automelodi - Schema corporel, sur "Automelodi", 2010)

Chairlift ne s'inscrit pas dans cette lignée-là et ne pense pas comme ces musiciens qui, toute respectable que puisse être leur musique, pensent comme on pensait en 1980, en deux dimensions : la musique et l'instrument. Pour Caroline Polachek, les choses ont changé et la musique est l'instrument."La musique enregistrée est l'instrument de notre génération. Ça n'est pas la guitare et ça n'est pas le synthétiseur. Le synthé est l'instrument de la vieille génération tandis que la musique enregistrée et le DJing sont le format de la notre. Je pense que même les gamins qui sont dans des petits groupes incorporent de fait des éléments de DJing dans leurs chansons. Nous en sortirons à terme, bien sûr, et quelqu'un débarquera sans doute avec cet équivalent super progressif et futuriste de ce qui est arrivé dans les 90's à Londres avec Prodigy et tous ces autres musiciens. Ça arrivera. Mais je n'ai aucune idée de ce à quoi ça pourra ressembler." Patrick Wimberly a son avis sur la question : "ça viendra probablement d'un gamin avec un laptop en Chine, ça ne viendra pas de NYC". Souhaitons qu'il ait raison, la musique populaire occidentale se porterait sans doute bien mieux si elle virait mondiale.


En attendant, malgré leur goût pour les aventures extérieures, les désirs des deux musiciens restent intimement liés à la musique. Patrick a produit l'album de Das Racist et Caroline a pour projet de réaliser d'autres clips. Ceux de ses propres singles bien entendu mais aussi ceux des autres. Elle a travaillé pour Violens mais ne s'arrêtera pas là : "Il y a un clip que j'ai très envie de faire, pour un groupe de Philadelphie. En fait, je ne leur ai même pas parlé de mon idée mais dans ma tête elle est aboutie." Mais alors pourquoi ne pas sauter le pas ? Y'a-t-il des envies extra-musicales là-derrière ? Est-ce un prétexte pour aller vers le cinéma ? "Non, le medium me plait vraiment. Il m'arrive d'avoir une idée de clip et ensuite seulement d'avoir envie de composer une musique qui irait avec. Je suis toujours influencée par de nouvelles chose. J'adore David Lynch, comme tout le monde mais depuis un an je suis un peu obsédée par un film d'horreur japonais, "House". j'aime bien les choses qui sont en même temps bizarres, affreuses et sexy."


(Trailer du film "House", 1977)


Pour eux, la musique n'est pas davantage un prétexte ou une voie d'accès pour aller vers d'autres médias (comme la danse) : "Quand j'étais gosse, j'ai été immédiatement attirée par la pop music parce que quand tu es gamin et que tu regardes MTV ça n'est pas parce que la musique t'obsède, c'est un tout. Kurt Cobain qui écrase sa guitare sur scène, avec sa super coupe de cheveux et son attitude, sa manière de s'exprimer quand on l'interviewe, c'est un tout. La musique n'est pas un prétexte vers la popularité. Ce qui m'attire chez des artistes comme Bowie ou Prince c'est que la musique n'est qu'un élément de l'ensemble, d'un monde. Même Lady Gaga. Sa musique est certes un prétexte pour toucher le public mais elle fait partie de ces artistes qui me paraissent les plus convaincants et qui présentent un univers complet. Nous avons toujours voulu faire ce genre de chose."

Justement, on se demandait si la moutarde ne leur était pas montée au nez après avoir signé chez Columbia et avec la proto-hype qui les entourait déjà depuis quelques mois : deux concerts au Silencio en un mois, était-ce un choix ? L'endroit (très select, très étroit, très mal fréquenté) ne se prêtant pas vraiment à un véritable concert de musique avec une véritable public de fanatiques, on était en droit de ronger notre frein devant de faux rendez-vous, de toute façon manqués. "Ils nous ont invité, on voulait jouer. C'est un lieu très beau et un peu triste qui effectivement n'est pas une salle de concert mais encore une fois, on n'était pas en tournée, on ne faisait que se rôder, on apprenait à jouer les morceaux ensemble, en quintet. Lorsqu'on va lancer notre tournée et qu'on passera à Paris (le 29 février, NDLR), les fans seront évidemment tous les bienvenus, pas de sélection au programme." Nous irons confirmer ça pour vous et vérifier que le Chairlift scénique 2012 vaut mieux que son avatar 2009, un brin décevant si vous vous en souvenez comme nous.



Depuis le début, Chairlift est un groupe "de Brooklyn", la ville où depuis cinq ans au moins, on a vu fleurir une part non négligeable des plus passionnants acteurs indépendants, où une scène artistique hétérogène s'est formée autour de musiciens qui pour la plupart se connaissaient d'une façon ou d'une autre. TV on the Radio, Dirty Projectors, Grizzly Bear, Liars et compagnie, ils ont été nombreux à sortir du giron de l'Est new yorkais mais tandis que les temps changeaient, Chairlift a pris son temps. Que se passera-t-il lorsque le centre de création arty le plus actif se sera déplacé ailleurs ? Suivront-ils le mouvement ? Iraient-ils à Munich, à Austin ou à Sheffield si l'effervescence venait à y naitre ? "Non, nous ne sommes pas allés à NYC pour ça. Caroline y est allée pour suivre ses études. C'est génial de vivre ça, tous ces groupes, ces nouveaux groupes, il y en a tant et tant sont bons, et surtout beaucoup de ces musiciens sont nos amis. C'est génial de voir nos amis qui pendant des années ont galéré, qui n'arrivaient pas à faire tourner leurs groupes et là cinq ans plus tard ils cartonnent enfin. Mais nous ne déménagerions pas pour nous rapprocher de la hype. D'ailleurs, ça ne sera pas là où vous pensez. Ce sera sans doute une ville totalement inattendue, comme Abou Dabi (aux Émirats Arabes Unis, NDLR) ou quelque chose comme ça." Qui vivra verra.


Propos recueillis par MLE et Joe Gonzalez en Novembre 2011 dans le 9ème arrondissement parisien. Texte de Joe Gonzalez. Article mis en forme par MLE et Joe Gonzalez.



(*) : Quand bien même je suis nostalgique du rythme de parution des albums tel qu'il existait dans les années 70, par exemple, lorsqu'un artiste majeur (Lou Reed, Van Morrison, Elton John comme des dizaines d'autres) pouvait publier un disque de (grande) qualité par an, voire deux, il est indispensable que des groupes de pop music comme Chairlift prennent ce temps et ne se pressent pas pour se presser, ne cherchent pas à remplir leur CV et à vendre des disques à tout prix, qu'ils travaillent leur art (qui, il est vrai, nécessite de toute façon beaucoup plus de temps pour atteindre le raffinement souhaité qu'un album de songwriter paru en 1971, nous n'en sommes pas au même point sur l'échiquier des pratiques de composition et des modes).

mardi 3 janvier 2012

[Alors quoi ?] L'Oeil Sourd Présente : We're Only in It for the Presents, Volume 5

Si vous n'avez pas envie de vous remettre au boulot et de laisser derrière vous vos gras repas et vos vacances enneigées, rassurez-vous, nous non plus ! Écoutons plutôt une nouvelle mixtape gratuite et hivernale, la 5ème édition de la compilation We're Only in It for the Presents, qui a paru le 1er janvier et qui n'attend qu'un clic pour vous inonder les canaux auditifs.


TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT LA COMPILATION !

Setlist :

01. Heron Héron - Hipster Trance
02. Les Jolies Choses - Their Painting On Our Heads
03. ß - Landscape #4
04. Clou - Matière Première
05. My Feet In The Air - Le Trou Dans La Tête
06. Nephtalie - Soundtrack (Opening Scene)
07. Dan McHee - Faire Ses Courses De Noël Le 23 Décembre
08. JoieJoieJoie - Musique de Pub pour Compagnie d'Assurance
09. Pßriod - Poumon
10. Le Aids - Depleted
11. Morbier2 - Micro-ondes


Comme d'habitude, c'est parrainée par le collectif/label L'Oeil Sourd que cette sélection de compositions originales, spécialement enregistrées pour l'occasion, voit le jour en fin d'année pour s'ajouter à vos cadeaux de Noël et accompagner le difficile retour à la réalité. De quoi découvrir à quoi ressemble la vision d'une joyeuse bande d'artistes français très underground d'une fin d'année 2011.

Au programme, 11 chansons, en français, anglais et onomatopées et 29 minutes de musique, dans des styles et sur des tons très variés, avec des habitués du coin (Le Aids, Dan McHee) et une palanquée de visages familiers, dont certains ont pour l'occasion formé des "supergroupes" (Clou, dans lequel sont rassemblés Thelonius H., Dan McHee, Jon Lucien, Jooles Wolfenstone et Makuro lequel participe aussi à Morbier2 et à Pssriod). Un nouveau participant, JoieJoieJoie, s'ajoute aux habitués et se démarque en étant le seul artiste à participer aux deux compilations offertes sur C'est Entendu pendant les fêtes.

Très peu pour la pop-music, les artistes participants ont cette année pour la plupart orienté leurs sons vers quelque chose de plus bruyant, punk, voire nihiliste, il y en a pour tous les goûts et vous ne manquerez pas d'être surpris, alors à vos casques, montez le son au max.


Joe Gonzalez


P.S. : Comme souvent, une partie des membres de la rédaction participe de près ou de loin à certains de ces morceaux. Prenez-le comme notre humble participation à votre plaisir (espérons-le) auditif et à la Musique en général.

lundi 2 janvier 2012

[Alors quoi ?] Bilans 2011

Chers lecteurs, toute la rédaction de C'est Entendu se joint à moi pour vous souhaiter une année 2012 aussi belle et longue que possible. Si les Mayas nous envoient tous six pieds sous terre dans moins d'un an, nous vous aurons en tout cas renseignés jusqu'à la dernière minute et nous profiterons tous ensemble du meilleur (et du pire) de la musique en 2012.


En attendant, comme de coutume, le mois de Janvier sera consacré aux bilans et aux rattrapages. L'occasion pour nous de revenir sur des disques essentiels de l'année écoulée dont nous n'avons pas eu le temps de vous parler, d'établir des synthèses théoriques et de vous gaver jusqu'à plus soif de bons disques à écouter. Ce faisant, nous transiterons en douceur vers des sorties estampillées "12" et vers des nouveautés qui vont changer votre façon de lire C'est Entendu, mais je ne vous en dis pas plus, vous aurez la surprise en temps et en heure. Pour l'heure, voici un récapitulatif (qui sera complété au rythme des parutions) des divers bilans de fin d'année, pour vous aider à vous y retrouver :



(les albums, concerts, clips et chansons préférés de la rédaction pour cette année)


(les albums et clips préférés des lecteurs, l'élection de la POPsonnalité de l'année et des pires choses arrivées à la musique en 2011)


C'est Entendu Présente : Le Peu Importe, Volume 4
(notre compilation-cadeau vous offre de découvrir les artistes underground de 2011 et nos espoirs pour 2012)


L'Oeil Sourd Présente : We're Only in It for the Presents, Volume 5
(les artistes affiliés au label L'Oeil Sourd et quelques invités vous proposent une compilation gratuite de compositions inédites et hivernales)


Champagne, Nostalgie et Réveil des Consciences
(le bilan de fin d'année du Rédacteur en Chef)


Sacred Bones Records, bilan 2011
(une revue des effectifs de ce label de Brooklyn qui monte qui monte)


Thrill Jockey Records, bilan 2011
(une revue des effectifs du label Chicagoan, tous genres confondus)


Réflexes et Réflexions, une cartographie de la musique électronique et électroacoustique en 2011
(un large panel des sorties électroniques les plus intéressantes de l'année et dont nous n'avions pas encore parlé)
Première Partie
Deuxième Partie
Troisième Partie

Quatrième Partie



Hausse de Tension, Vers un Hip Hop Indé Convaincant ?
(la résurgence de vieux de la vieille et l'apparition de nouveaux talents aura enfin insufflé un peu d'excitation dans un genre moribond depuis des années)


Session de Rattrapage 2011
(lamuya-zimina et Joe Gonzalez vous proposent une bonne vingtaine de disques intéressants, dont il n'a pas été question en 2011 et qui, à leur façon, résument l'année)
Première Partie
Deuxième Partie
Troisième Partie
Quatrième Partie


L’Étrange Cas de la Famille Friedberger, Deuxième Partie
(la seconde partie d'une étude des parutions des (ex-) membres des Fiery Furnaces, cette fois-ci consacrée au projet de Matthew de publier 8 albums en 2011)


La Biennale Psychédélique des Bouffons, ou "Quid du Cru 2011 des Flaming Lips ?"
(les Flaming Lips ont publié des tas de disques en 2011, dont un EP de 6h et une chanson de 24h, nous avons tout écouté et interprété pour vous)



La Rédaction

dimanche 25 décembre 2011

[Alors Quoi?] C'est Entendu présente : Le Peu Importe, Volume 4

Joyeux Noël, amis lecteurs, musiciens et confrères blogueurs ! Toute l'équipe de C'est Entendu se joint à moi pour vous remercier. Votre soutien, vos commentaires et vos conseils ont été pour nous un présent quotidien tout au long de cette seconde année passée en votre compagnie, et afin de vous rendre (un peu) la monnaie de votre pièce, nous tenions à vous faire cadeau d'un chouette disque, tout de mp3 farci, avec lequel passer les fêtes de fin d'année. C'est gratuit, taggé, illustré et c'est l'occasion pour vous de découvrir ou re-découvrir les artistes et groupes undergrounds en lesquels nous plaçons nos espoirs ou dont nous n'avons pas pu vous parler avant aujourd'hui. Pas de grosses pépées ici, il s'agit de découverte, dans des genres très variés et pas toujours faciles à passer pendant les repas de familles, mais eh, si c'est ce que vous cherchez, je suis certain que des tonnes de best of d'Amy Winehouse courent les rues. Voici à quoi ça ressemble :





Passons à la setlist détaillée, pour ceux qui ne sauraient pas lire les .jpeg, mise au point par une partie de la rédaction de C'est Entendu (Joseph Karloff, lamuya-zimina et Joe Gonzalez) :

La setlist :

Face A : "Souvenirs de 2011..."

01 Hibou - Shaii
02 Mesita - Lone Wolf
03 Eyes Behind - Storm
04 Julia Holter - Goddess Eyes
05 Yamantaka // Sonic Titan - Queens
06 JoieJoieJoie - Les Iguanes
07 Triviale Beauté - Nameless Relation
08 Micah Buzan - Sow the Seed
09 Julian Lynch - Terra
10 Hubbell Mountain - Your Favourite Stars


FACE B : "... Fin du Monde en 2012"

01 Blackthread - I Got Lost
02 Andy Stott - Posers
03 POP.1280 - Bodies in the Dunes
04 Pete Swanson - Misery Beat
05 Necro Deathmort - In Binary
06 Death Grips - Beware
07 Prurient - Many Jewels Surround the Crown
08 Blues Control & Laraaji - Awakening Day
09 Rain Drinkers - Springtide


Muni d'un artwork original dessiné par Nataly (l'une de nos nouvelles graphistes), Le Peu Importe Volume 4 vous offre pas moins de 91 minutes de musiques diverses et variées, séparées pour le bien de vos synapses en deux faces opposées et complémentaires. Sur la première, retrouvez surtout le haut du panier des artistes microcosmés en 2011 par Joseph Karloff, et accompagnés de nouveaux talents undergrounds, tout ce beau monde officiant dans un registre suffisamment léger pour que vos tontons et tatas ne prennent pas la mouche si vous passez leur musique au repas de famille. Avec la seconde face (celle-ci, évitez de la jouer à vos mémés), vous pourrez vous foutre les jetons, vous barricader sous vos coussins et attendre le Jugement Dernier parce que nous avons mêlé dark-ambient, noise, punk, techno et hip hop hardcore pour vous rappeler que 2012 sera probablement, sinon la dernière année du Monde que nous connaissons, en tout cas riche en terreur et angoisse.

Nous avons pris soin de glisser des liens hypertexte (au niveau de la setlist, plus haut) sur les noms des artistes dont nous avons déjà un peu parlé mais si vous voulez plus d'informations sur certains d'entre eux, n'hésitez pas à nous le demander bien sûr.

Enfin, nous rappelons aux lecteurs les moins hardcore que le précédent volume du Peu Importe est toujours disponible dans l'article qui lui était consacré. Une chance pour vous, si vous découvrez C'est Entendu d'avoir un bon panorama de ce que 2010 nous aura inspiré.

Maintenant, c'est votre tour, allez écouter ça et supportez les artistes sans lesquels on n'aurait rien à vous dire. Merci à vous et bonne écoute !


Joe Gonzalez


Nota Bene : Si vous faites partie de l'un des groupes compilés ou que vous êtes associés d'une façon ou d'une autre au label ou à la maison de disques de l'un de ces artistes et que vous désirez que nous retirions le mp3 concerné du téléchargement, il vous suffit pour cela de nous contacter et de nous en faire la demande. Les mp3s proposés ne le sont que dans le cadre de la promotion des artistes et nous conseillons à nos lecteurs d'acheter les disques des artistes qu'ils auraient découverts grâce à ce medium.

lundi 19 décembre 2011

[Alors quoi ?] The Rolling Stones - Some Girls, un DVD pour la Noël !

A l'approche de Noël, les Pierres se rappellent à notre bon souvenir. Précisons qu'en matière d'actualité brûlante, il n'y a pas grand chose à attendre de nos maîtres à tous. Il est vaguement question d'un petit quelque chose pour les cinquante ans du groupe, mais bon...

Revenons donc à "Some Girls", paru en 78 à l'époque où les Rolling Stones songeaient à ériger un rempart contre les assauts des punks, et que beaucoup considèrent comme le dernier bon album du groupe. Rien de particulier à célébrer, cet album est sorti il y a trente-trois ans et, à moins d'y voir une allusion à la vie du Christ, rien ne justifiait, chronologiquement parlant, qu'on organise tout un tintouin autour de cette oeuvre estimable (cf la réédition de l'album d'origine avec des bonus).

A moins que Jagger et sa bande, irradiés tout-à-coup par les lumières de la lucidité, n'aient décidé que c'était là l'un des meilleurs témoignages de ce qu'ils étaient capables de faire au sommet de leur forme, pris à la moitié de leur carrière (car on peut considérer que celle-ci s'est arrêtée il y a près de dix ans), au bord du basculement dans le gigantisme des stades où ils iront défendre, à grands renforts d'effets spéciaux, des albums plus ou moins inécoutables. Pour une fois que l'on ne voit pas Richards et Wood à soixante mètres l'un de l'autre sur une scène grande comme un terrain de base-ball...


(La bande-annonce du DVD)

Il faut préciser qu'à cette époque, 78 je le rappelle, beaucoup considéraient que les Stones étaient déjà finis, bons pour la casse. Du balai, les vieux, place aux Pistols ! Quelle ironie ! Trente ans plus tard, Jagger paraît frais comme un gardon et en pleine possession de ses moyens. Qui, parmi le public de Fort Worth ce soir-là (Fort Worth ?! Le trou du cul du Texas !) aurait parié sur une telle longévité.

Ce 18 juillet-là, les Stones sont en ville et donnent une petite leçon de rock n'roll comme on les aime. Le répertoire est largement dévolu à "Some Girls" (six titres sur les dix de l'album) mais pas seulement. Les réserves stoniennes sont déjà largement constituées à l'époque et il n'y a qu'à se baisser pour ramasser des pépites déjà entendues cent fois mais dont, personellement, je ne me lasserai jamais. Rappelons qu'à l'époque, les Stones refusent de jouer Satisfaction mais pas Brown Sugar et Jumpin' Jack Flash, qui concluent le concert dans la frénésie. Les meilleurs moments ? A mon avis, un très grand Love in Vain, exhumé de "Let it Bleed", où Jagger, qui joue au possédé, se montre plus que convaincant, un Shattered festif, et Happy, qui donne l'occasion à Jagger, encore lui, de voler la vedette à Keith. Tout le reste étant par ailleurs d'une très bonne tenue.

Voir les choses dans une jauge moyenne change un peu de cette perspective faussée qu'on avait avec le grand Barnum de ce dernier quart de siècle (le terrain de base-ball). On arrive à voir le groupe à peu près ensemble dans le même plan, selon une disposition hiérarchique triangulaire au sommet de laquelle trône Jagger. Les fans du lippu vont mouiller étant donner que la prise de vue, émanant souvent des premiers rangs, est le plus souvent focalisée sur son auguste personne, d'où un véritable bréviaire de la gesticulation jaggerienne. A côté, Richards et Wood font le boulot. Keith tient debout et délivre quelques-uns de ces solos approximatifs dont il a secret. Woody assume benoîtement son rôle de souffre-douleur et se transcende à la slide. Derrière, dans l'ombre, la rythmique, et notamment un Bill Wyman impassible (tautologie), dont on s'aperçoit à la dix-neuvième minute du DVD qu'il a deux doigts de la main gauche bandés. Trop fort le Bill! Quand on pense que le groupe aurait pu déclarer forfait pour si peu... Pas un plan, hélas, sur le pauvre Ian Stewart, qui assure pourtant sa partie de piano tout au long du concert.


(Shattered)

Les conditions de restitution de l'événement sont admirables. Initialement filmée en 16mm, la chose a été impeccablement restaurée, conservant juste ce qu'il faut de la patine de l'époque. On a vraiment le sentiment d'être dans la salle, les cadreurs font du bon boulot (dans des conditions pas évidentes) et on est très loin de l'immixtion au sein du groupe que proposait Scorsese dans "Shine a Light". Le son, remixé par Bob Clairmountain, est monstrueux. Bref, une acquisition qui s'impose pour tout fan des Stones, même blasé que ce concert de feu, une routine pour le groupe à l'époque. Pourtant Jagger précise qu'ils sont crevés parce qu'ils ont passé la veille à baiser. Mais on n'est pas forcé de le croire.


A.G.M.

vendredi 16 décembre 2011

[Alors quoi ?] Réferaddendum 2011 : de l'aide pour vos tops de fin d'année !

Chers lecteurs,
Dans la mesure où nous avons décidé de clore les envois de vos tops 2011 le Lundi 19 décembre à 14h (soit dans 72 heures !!!), et au vus des premiers mails reçus (à l'adresse centendu@gmail.com) de la part des plus rapides parmi vous, il m'a semblé qu'il ne serait pas inutile de vous fournir quelques clés afin de faciliter votre tâche.

Ne vous inquiétez pas, il ne sera pas question de vous proposer une liste d'albums parmi lesquels choisir, cela ne ferait que réduire l'éventail de vos choix ou les orienter. De même, je ne reproduirai pas l'erreur de l'année dernière et ne vous proposerai pas une sélection de POPsonnalités parmi lesquelles choisir un vainqueur. On m'avait suffisamment reproché d'orienter votre choix vers Kanye West, en 2010 (alors que c'était Sufjan Stevens qui avait remporté le titre) ! Non, c'est plutôt pour deux catégories plus difficiles pour qui ne suit pas l'actualité musicale au jour le jour que je me propose de vous donner des pistes. J'espère ainsi permettre à la masse des lecteurs qui répondront au dernier moment (comme toujours et c'est bien naturel) de ne pas proposer qu'un top albums, mais aussi leurs choix dans les autres catégories !

Joe Gonzalez


Une sélection de flops musicaux en 2011

Pour rappel, voici donc une liste de faits survenus en 2011, que l'on pourrait aisément et objectivement considérer comme plus ou moins néfastes au paysage musical que nous aimons, sans ordre particulier, parmi lesquels vous aurez tout loisir de sélectionner votre flop 3 :

  • La hype "Lana Del Rey"
  • La hype "Bon Iver"
  • La hype "Wy LYF"
  • La collaboration entre Lou Reed et Metallica
  • Le retour de The Strokes
  • La scène du festival Pukkelpop s'effondre et fait des victimes
  • Les émeutes londoniennes enflamment les entrepots Sony/PIAS
  • L'album de Radiohead n'était pas accompagné d'un second CD
  • La pétition internet "Occupy Musicians"
  • La rétromanie et ses innombrables revivals
  • La mort de Trish Keenan (Broadcast)
  • La mort de Poly Styrene (X-Ray Spex)
  • La mort de Laura Kennedy (Bush Tetras)
  • La mort de Gil Scott-Heron
  • La mort de Clarence Clemons (saxophoniste de Bruce Springsteen)
  • La mort d'Amy Winehouse
  • La mort du folkeux anglais Bert Jansch
  • Le split des White Stripes
  • Le split de LCD Soundsystem
  • Le split de R.E.M.
  • Le split de Grinderman
  • Le split de Thurston Moore et Kim Gordon

... et bien sûr, les albums dont C'est Entendu vous a déconseillé l'achat, l'écoute et l'amour :



/////


Une sélection de vidéos musicales en 2011

La seconde catégorie est celle des vidéos. La liste est si longue qu'il est peu étonnant que beaucoup d'entre vous ne trouvent pas le courage de farfouiller dans chaque Vidéodimanche de l'année pour y (re)trouver son bonheur. Nous avons compilé pour vous ce qui nous semble faire partie du meilleur de la vidéo musicale de l'année. Évidemment, la liste est très très loin d'être exhaustive mais elle vous donnera peut-être des idées.

Film

Clip


Live


... et bien d'autres !


J'espère qu'avec ces quelques idées, vous vous sentirez plus à l'aise pour compiler vos flops 3 et vos tops 5 vidéos. Souvenez-vous qu'il ne vous reste que jusqu'à lundi 19, à 14h pour nous envoyer vos tops, selon les modalités compilées ici. Faites voter vos petites sœurs et vos copains, soyez durs envers les tocards et récompensez vos héros ! Et si vous avez déjà envoyé vos tops mais que vous souhaitez nous envoyer un addendum incluant les vidéos et les flops, faites-le (en précisant que c'est un ajout), ça sera pris en compte. A très bientôt pour la clôture des votes et les résultats (et bien d'autres surprises pour les trois ou quatre semaines à venir !).


La Rédaction

mardi 13 décembre 2011

[Alors quoi ?] Interview : 2011, l'année des Snobs

Avec la sortie en Janvier de l'album solo de Duck Feeling, "Die Ewigkeit Lieder", celle en Mars de leur nouvel album, "Rhythms of Concrete", et enfin celle en Septembre d'une collaboration avec le poète Steve Dalachinsky, mais aussi une mini tournée printanière et la publication de nouveaux courts métrages de Mad Rabbit, les Snobs ont retrouvé en 2011 une intensité créative que l'on n'avait pas vue déployée chez eux depuis les débuts sur les chapeaux de roues de 2003-2004. Le timing parfait pour soutirer des réponses à toutes les questions que nous nous sommes posées pour vous, à propos de leurs albums, de leur méthode de composition et de leur rapport à la scène, aux médias. Un timing pas si parfait que ça dans la mesure où l'interview ici présentée a été réalisée à la fin du mois de Mars et ne parait qu'aujourd'hui, après la parution de "Massive Liquidity", sans y faire aucune référence. Les aléas des plannings de publication étant ce qu'ils sont, nous nous excusons de ce manque d'exhaustivité mais vous invitons à découvrir tout de même l'envers du décor des deux autres disques publiés par les Snobs cette année, et d'écouter à cette occasion quelques unes de leurs influences.




Les rythmes du béton



C' est Entendu : Vous avez une nouvelle méthode de travail sur cet album.

Duckfeeling : J'en avais parlé sur Internet et j'ai peut-être un peu exagéré parce que c'était déjà un peu le cas sur "Albatross". On a simplement été plus loin dans le fait de ne pas composer en amont les chansons avant de les enregistrer et d'essayer de tester de nouvelles idées de sons, afin d'en faire des chansons.

Mad : Quand on se lance dans un album, on ne prend pas les chansons une par une mais on essaie plutôt d'avoir une idée globale, un thème et une méthode de composition. Déjà dans "Albatross", ça n'était pas des riffs puis des mélodies qu'on enregistrait après. On avait des riffs mais on expérimentait aussi. Les structures n'étaient pas forcément prévues. Là c'est poussé encore plus loin : on n'avait d'idée précise d'aucune des chansons avant de les enregistrer.

Duck : Par exemple avec "Albatross", pour H.E.L.P. et Mothergoose les parties de piano et de guitares ont été faites en une seule prise et la structure était déjà définie quand j'ai joué le piano ou la guitare, alors que cette fois-ci pour Ha Ha Dance, c'était une improvisation de guitare avec du delay et c'est ensuite qu'on a ajouté des voix de basses et des grooves mais ils sont venus après les textures. Pour Last Sound par exemple l'idée était d'avoir des textures d'orgue qui tremblent donc on les a fait passer dans un magnétophone pour les faire trembler mais on n'avait pas de structure. On a alors testé plein de choses et au bout d'un moment on s'est fixé là-dessus mais ça aurait pu être autre chose.



CE : Mais si vous avez enregistré sans avoir de parties préalablement composées, comment se fait-il qu'une chanson comme Ha Ha Dance, connue en live sous le sobriquet Disco Queen ait été été jouée il y a déjà plusieurs mois sur scène ?

Duck : Elle était déjà enregistrée !

CE : Les morceaux sont organisés en trois parties, elles-même composées de trois sous parties et vous n'aviez peut-être pas encore enregistré les deux autres tiers accompagnant Ha Ha Dance...

Duck et Mad : Non non, on les a enregistrés en dernier.

CE : ... mais alors pourquoi avoir organisé les morceaux en triptyques ?

Mad : Pour le deuxième morceau, c'est plus évident, c'est une sorte de longue chanson. Un peu comme Mountains (NDLR : sur "Albatross"). Si on avait fait Mountains aujourd'hui, on l'aurait découpée en plusieurs pistes. Pour les autres, c'est par rapport aux ambiances et aux thèmes que ça évoquait pour nous. Ça n'est peut-être pas si évident que ça de rassembler 8 to 12 puis MidFlight Cabaret puis Last Sound sous une même bannière parce que ce sont des ambiances différentes mais pour nous, sur les cassures-même que cela provoquait, c'était intéressant de le voir comme un tout. Pour la dernière série de chansons, c'était la partie de l'album la plus inspirée par un certain nombre de trucs de funk au sens très large. En tout cas la partie la plus rythmée. Et du coup, même si Ha Ha Dance et les deux suivantes sont séparées par une cassure, il y a quand même une idée de musique qui groove.

CE : On avait l'impression que les deux parties suivant Ha Ha Dance avaient été composées ensemble.

Duck : le collage est moins brutal mais non, elles ont été produites séparément.

Mad : On avait dans la tête que le sitar et le riff de basse continuerait, c'est un enchainement avec une note persistante, contrairement à d'autres sur l'album, à la Faust, avec des cassures.

Duck : D'ailleurs tout ça n'est pas une règle absolue et sur le CD on a séparé les pistes parce que ça fonctionnait aussi comme de courtes chansons. Depuis "Albatross" on a continué sur l'envie de composer des choses plus longues...

Mad : ... pour être moins dans l'instantané et le côté rapide des chansons que l'on faisait avant. Ce n'est pas faire long pour faire long mais plutôt que les idées qu'on avait fonctionnaient mieux sur un format long.

Duck : En réaction à "Albatross" on avait essayé de soigner les enchainements pour qu'ils soient les plus fluides et naturels possibles. On avait envie que l'album soit un peu plus froid, violent, plus sec.

CE : Ah tiens, nous on avait l'impression que sur "Rhythms of Concrete", les chansons s'enchainaient toutes assez bien. Mieux que dans "Albatross" qui était encore un album "à chansons", même si vous aviez fait ce genre d'emboitements dans une chanson comme Carribean.

Duck : Oui, cette chanson était une première étape vers le nouvel album.

Mad : Et puis même si les enchainements fonctionnent, sur "Rhythms of Concrete", c'est davantage sur des contrastes que sur quelque chose de mouvant. Par exemple, sur Carribean, contrairement à n'importe laquelle des suites de "RoC", il y a des résonances, des fade in, des sons qui naissent et amènent à d'autres, comme des magmas de sons.

CE : En ce sens, Carribean est plus "prog" que "Rhythms of Concrete" : il y a des thèmes qui se répondent. Alors que cette fois-ci, les enchainements sont plus classiques.

Mad : Oui, et en même temps il y a quand même des choses qui se répondent, même si c'est moins évident, en tout cas dans notre esprit.

Duck : Ça vient de plus loin, c'est extra-musical, ça fait sens pour nous mais pas forcément pour l'auditeur.

Mad : Ça n'est pas tel motif qui répond à tel autre, c'est plutôt une histoire racontée avec un début, un milieu, une fin.

CE : Question subsidiaire. Vous avez tout composé sur le moment : avez-vous des outtakes ?

Duck : Non.

Mad : On garde tout ce qu'on a, et si des bouts doivent aller à la poubelle, ils y vont vraiment.

CE : Question ultra subsidiaire : pensez-vous encore produire des Dustbin (NDLR : En parallèle de leurs disques "officiels", les Snobs entretiennent une discothèque secondaire regroupant leur enregistrements les plus foutraques, un peu à la manière des Sonic Youth Recordings) ? En effet, le nouvel album solo de Duck Feeling, contrairement à son premier essai, n'est plus un Dustbin.

Duck : En fait si ! Il est tout de même référencé comme tel. Les dustbin étaient au départ destinés aux déchets de The Snobs mais au final c'est pour tous les trucs affiliés aux Snobs auxquels au moins un Snobs a participé mais qui ne sont pas un album de The Snobs.

Mad : Il y aura donc d'autres dustbin (NDLR : le disque enregistré avec Steve Dalanchinsky et paru en Septembre est un dustbin).

CE : N'est-il pas dur pour vous d'envisager le live alors que vous devenez de plus en plus un "groupe de studio" ? Vous arrive-t-il, quand vous enregistrer de penser à la scène ("Celle-là, pourra-t-on la faire ?") ?

Mad : Jamais. Au moment où on crée en studio, on n'a absolument pas en tête le live. C'est ensuite quand on se dit "que va-t-on jouer ?" que l'on regarde ce qu'on a et on réapprend notre chanson pour la jouer devant un public, en général en la simplifiant et en mettant en avant un aspect particulier de la chanson parce que l'on n'a pas les moyens, à deux, de tout reproduire.

Duck : Et ça c'est vrai depuis les débuts du groupe. Parfois on a de bonnes surprises et la chanson est faisable, même avec seulement une guitare et une voix. Par exemple sur "Rhythms of Concrete", on avait l'envie de mettre moins de couches qu'auparavant, d'avoir un son plus nu.

Mad : En tout cas on ne veut pas créer en fonction de ce que l'on peut jouer parce que ça serait une limitation.

Duck : Un peu comme dire, en exagérant, qu'on créerait une chanson pour qu'elle ait du succès.

Mad : Disons créer une chanson en ne se fixant pas comme objectif la réussite artistique de la chanson mais sa potentielle viabilité en live.

Duck : On pourrait transformer ça en contrainte artistique volontaire mais naturellement on se trouve d'autres contraintes qui nous correspondent davantage, comme le fait de ne pas chercher à composer avant le processus d'enregistrement et aussi le fait de s'interdire toute explosion avec des couches successives qui se rajoutent. Ou en tout cas à exploser de façon plus froide et nue qu'on aurait fait avant.




A PROPOS DU CANARD




CE : Dans les notes de pochette de "Die Ewigkeit Lieder", Madrabbit est remercié. Quid ?

Duck : Deux raisons : d'abord c'est lui qui s'est occupé des réglages pour les photographies de l'artwork, et puis d'autre part j'avais envie de le remercier, tout comme Schizoid Fox qui joue du violoncelle sur la première chanson. Remercier mes deux frères faisait sens quand j'ai sorti l'album.

CE : Avait-il accès en temps réel à la musique de ton album, au cours de son enregistrement ?

Duck : Pas vraiment, si ce n'est que j'avais décidé avec cet album de mettre ma voix davantage en avant et qu'il m'a fallu du coup lui demander son opinion en lui proposant de très courts extraits. Je ne voulais pas lui gâcher la surprise.

Mad : J'ai d'ailleurs découvert l'album à sa sortie, comme tout le monde. Et je n'ai absolument pas participé à la conception de la musique, ni même donné de conseils.

CE : Les Snobs n'ont donc pas inspiré l'album de Duck ?

Mad : A partir du moment où Duck est le guitariste des Snobs... Et puis "Die Ewikgeit Lieder" a été enregistré alors que nous travaillions sur notre album. Forcément il y a eu influence.

CE : Les deux ayant cohabité, l'un a-t-il plus influencé l'autre ? Par exemple cet orgue sur "Die Ewigkeit Lieder" que l'on retrouve sur "Rhythms of Concrete"...

Duck : Ça c'est facile : dès que l'on récupère un nouvel instrument, on en met partout. Tout le monde doit fonctionner comme ça. C'est la même chose pour l'idée d'utiliser du métal pour les percussions. Et puis on pense un peu de la même façon, on écoute la même musique, il y a donc des connections qui se font naturellement.

Mad : L'orgue et les bruits de métal se retrouvent aussi sur la musique de mon dernier film, qui a été enregistrée au même moment.

Duck : J'en ai mis beaucoup sur mon disque parce que c'est quelque chose que j'aimais particulièrement et puis parce que "Die Ewigkeit Lieder" n'a pas du tout été composé comme "Rhythms of Concrete". Les chansons étaient composées avant l'enregistrement mais sur les deux albums les envies de sons étaient les mêmes et les deux se sont nourris l'un l'autre.

CE : Allez-vous jouer des chansons de Duck ensemble ?

Duck : Ça n'est pas prévu parce que l'on considère qu'il est important de ne jouer que nos chansons à tous les deux. Et même si l'on a joué des reprises par le passé, c'étaient des chansons que l'on aimait tous les deux. De plus, techniquement, Mad n'est pas instrumentiste et ce serait bizarre si je chantais et jouais les chansons de voir Mad dans un rôle fantôme. Par contre, j'aimerais bien jouer des morceaux de mon disque et il faudrait alors augmenter avec d'autres musiciens comme Devil Sister ou d'autres personnes. Mais alors dans des cadres particuliers. Il faudrait une installation avec des bidons, ça ne pourrait pas se faire dans un cadre rock. Il faudrait un lieu spécial, comme cet atelier-grange où l'on avait joué à Montreuil. j'en ai envie mais pour l'instant ça n'est qu'à l'étape d'idée.

CE : Tu disais que dans ton album, la voix était davantage mise en avant. J'ai l'impression qu'il y a aussi plus de fond, à travers les paroles, et que quelque chose passe par elles, plus qu'avec The Snobs.

Duck : S'il y a plus de sens dans les paroles, il n'y a pas forcément plus de fond.

CE : Par fond, entendons "un point de vue, une sorte d'idéologie".

Duck : En fait je pense surtout être moins subtil que nous ne le sommes à deux. Les thèmes sont sensiblement les mêmes d'ailleurs mais ils se disséminent plus dans la musique et la façon que nous avons de la jouer dans The Snobs alors que c'est plus "classique" quand je suis seul, c'est à dire une ambiance instrumentale et les paroles qui vont avec.

CE : Mais vraiment, la question tenait essentiellement aux paroles.

Duck : C'est surtout qu'avec mon précédent disque, les paroles étaient du n'importe quoi et cette fois-ci je voulais essayer d'être... Pas forcément sérieux... Mais de raconter des choses et puis aussi parce que c'était une période où j'avais envie de dire des choses particulières. C'est une forme de catharsis. C'est effectivement plus direct que The Snobs puisque Mad est super détaché de ses paroles.

Mad : Quand j'écris des paroles, même si j'aime ce que j'écris, ça n'est jamais autobiographique et ça aide à être plus détaché. C'est comme d'écrire un scénario.


CE : Et nous entendons d'ailleurs souvent les paroles des Snobs comme si on regardait un film de genre. Tout comme dans les films de Mad, c'est quasi-systématiquement le même thème.

Mad : Du coup, j'imagine qu'il est moins facile de s'identifier, comme on aime le faire avec des chanteurs.

CE : Pas forcément puisqu'à t'écouter, on t'entend, toi, t'identifier à d'autres chanteurs qui t'ont influencé et on peut très bien perpétuer la chaine.

Mad : Je ne sais pas si je suis le meilleur placé pour parler de mes paroles parce que pour moi, ce processus est important mais ça n'est pas l'essentiel et les mots ont des sens moins abstraits que la musique. J'en ai déjà dit bien assez en disposant les mots tels qu'ils sont mais je préfère me concentrer sur la musique pour "dire quelque chose". Sur "Rhythms of Concrete", tous les mots sont là où je les voulais et où ils ont un sens pour moi. Pour autant, ça n'est pas ce que l'on mettra en avant, ni au mixage, ni lorsque nous parlons de notre musique.

CE : Il me semble que le nouvel album est celui où la voix est le plus traitée. Il y a beaucoup de passages où il est quasiment impossible d'entendre les paroles. Notamment le trémolo sur la voix dans le deuxième morceau. On se demande s'il y a vraiment des paroles.

Mad : Pour le coup, il y en a.

Duck : On tenait à saboter les voix sur ce morceau. C'est une entreprise de sabotage.

Mad : De toute façon dans cette chanson, il y a suffisamment d'indices dans les paroles du début pour avoir l'essentiel, même si l'on ne comprend pas la fin.

CE : Dans l'album de Duck, les paroles semblaient être dans l'idée de départ du disque.

Duck : Clairement, certains thèmes l'étaient.

CE : Est-ce que le succès critique (NDLR : en tout cas auprès de C'est Entendu) de "Die Ewigkeit Lieder" te donne envie d'enregistrer autre chose en solo ?

Duck : Quand j'ai fini l'album j'avais déjà d'autres idées. Ce ne seront peut-être pas les thèmes que je garderai mais ce sera pour un autre disque tout seul. Comme on avait d'autres choses à faire avec The Snobs, j'ai mis ça de côté mais je réenregistrerai. Je n'ai aucune idée de quand, par contre. Quand j'ai sorti "I like to kraut", j'avais prévu de faire un disque après, c'est juste que je n'ai pas réussi et qu'il m'a fallu deux ans pour que ça arrive. Cette fois-ci j'espère y arriver plus vite.





Du futur et des influences


CE : L'enregistrement de "Rhythms of Concrete" a commencé en Octobre 2009, soit 5 mois après la sortie d'"Albatross". Qu'avez vous fait pendant cinq mois ?

Mad : Les grandes vacances sont le moment où je peux tourner mes films. Après ça, on enregistre les musiques de film, on prépare les ciné-concerts...

Duck : On a aussi réfléchi à ce que l'on voulait faire. On a toujours marché comme ça. Avec "Brûle en Bikini" on voulait faire notre album "pop" avec des chansons courtes et des refrains, etc.

Mad : Et puis entre deux chansons de "Rhythms of Concrete", il y a parfois eu trois mois pendant lesquels nous n'avons rien fait d'autre.

Duck : C'est normal, plus on avance et plus on met de temps à essayer de se renouveler. Tout comme on a mis très longtemps avant de se lancer dans "Albatross".

CE : D'ailleurs "Albatross" était votre album sur lequel il y avait le moins de sample. Le premier avec une vraie batterie. J'ai l'impression que sur "RoC" il y a davantage de samples.

Mad : En fait on les entend peut-être davantage mais il n'y en a pas plus.

Duck : Il y a un sample de trompette mais il y en avait un aussi dans "Albatross", voire deux. Peut-être que les samples étaient plutôt là comme des cassures sur "Albatross" alors qu'ils sont davantage intégrés à la composition cette fois-ci mais en terme de quantité, ça revient au même. Sur Carribean, toute la partie du milieu fonctionnait sur un sample de voix de György Ligeti (NDLR : compositeur roumano-hongrois du 20ème siècle proche de Stockhausen), mais ça s'entend sûrement moins qu'un sample de trompette chez Miles Davis, c'est vrai.



(Ligeti - Lux Aeterna)

CE : On se demandait d'ailleurs s'il y avait du Ligeti dans MidFlight Cabaret.

Duck : Les voix ? Non, c'est Land Of Kush (NDLR : un groupe signé sur le label canadien Constellation Records), pas tel quel mais ça vient de là.


(Land of Kush's Egyptian Light Orchestra - Monogamy, 2010)

CE : On a aussi pensé à Olivier Messiaen, ou plutôt à la réinterprétation de Messiaen par Jonny Greenwood, lorsque le piano arrive.

Duck : On n'y avait pas pensé mais c'est une comparaison valable. Il y a un côté "Quatuor pour la fin du Temps" dans les ambiances.


(Jonny Greenwood - Moon Trills, sur "Bodysong", 2003)

Mad : On aime Messiaen mais on ne l'écoute pas énormément.

CE : Alors à quoi pensiez-vous ?

Mad : Au niveau du pastiche, ça ne s'entend même pas dans le résultat mais par exemple les premières paroles font référence à Schoenberg.



(Arnold Schoenberg - Pierrot Lunaire, extrait)

Duck : C'est un peu potache, c'est pour ça. Schoenberg a créé le sérialisme, comme chacun sait, avec une série de douze demi-tons, et j'ai voulu enregistrer une voix de basse comme ça mais je n'ai pas réussi et il n'y en a que huit. Les paroles disent que huit ça n'est pas assez et qu'il faut aller jusqu'à douze...

CE : Sinon, outre le fait que vous ayez beaucoup écouté Miles Davis...


(Miles Davis - One on One, sur "On the Corner")

Duck : Oui ! Et surtout "In the corner". On a été très marqué le fait que ça groove sans jamais partir. C'est anti-efficace comme groove avec beaucoup d'attente, mais des soli aussi, et du coup l'efficacité est là malgré tout. On aussi beaucoup écouté Magma. C'est toujours la même idée de transe rythmique rock. Avant on écoutait que ça, mais là la dynamique jazz-rock a du s'insinuer.

Mad : En terme d'influence, il y a les sons industriels, de bidons cognés ou autres, qui nous vient de Einstürzende Neubauten, et d'autres, et qui s'entend surtout sur le disque solo de Duck, mais que l'on peut aussi entendre en ouverture de "Rhythms of Concrete", avec ce yiiiiiii agressif, que l'on retrouve d'ailleurs aussi chez Miles Davis, parfois.



(Einstürzende Neubauten - Halber Mensch)

Duck : Il y a aussi Broadcast et la trilogie berlinoise de Bowie, bien sûr, comme d'habitude, qui nous ont permis de rester sur des idées de sons cosmiques.

CE : Justement nous nous demandions si vous étiez encore influencés par un groupe "pop" ou si vous étiez définitivement passés "de l'autre côté".

Mad : Stereolab est notre groupe pop préféré, on les écoute toujours autant.

Duck : Récemment, c'est plutôt le dernier Evangelista qui nous a plu. Des choses intenses.

Mad : De manière générale je n'aime pas la pop, mais la pop sixties et ses descendants. Une certaine façon d'envisager les choses. Même Blur descendent des Kinks.

Duck : Cela dit ce que je préfère chez Blur ou Radiohead, c'est ce moment un peu magique où c'est plus de la pop mais ça reste des chansons. C'est ça qu'on recherche. On peut toujours facilement s'y retrouver grâce au format.

CE : D'ailleurs, c'est la première fois que l'on pense autant à Portishead à l'écoute de l'un de vos disques.

Duck : Merci ! On les écoute encore plus que Stereolab. "Third" était plus qu'un grand disque, c'était un modèle de renouvellement.

Mad : Souvent, quand on aime un groupe, on se rend compte que leur démarche nous correspond.

CE : Comment envisagez-vous l'album par rapport à vos précédents ?

Duck : On est très fiers de ce qu'on a fait depuis "Brûle en Bikini". Avant ça, il y avait un son moins parfait. On ne trouve pas le nouvel album plus abouti mais il représente davantage ce qu'on est maintenant, alors on l'aime plus, maintenant. On aime toujours autant "Albatross" et on n'y changerait rien mais on n'avait pas envie de refaire "Albatross".

CE : Avez-vous déjà envisagé de splitter ?

Duck : Jamais. Pour tout te dire, j'ai un souvenir d'un moment un peu tendu en 2003 quand j'étais petit parce qu'il avait fait tout seul les pianos sur Louie Louie et ça m'avait un peu énervé.

CE : Votre meilleure chanson d'ailleurs ! (rires)

Duck : C'est pour dire qu'il arrive que nous ne soyons pas d'accord mais on discute et puis au fond, on est frères, alors il ne peut pas y avoir d'amitié qui se casse.

CE : Certes mais vous ne vivez plus ensemble, Mad a un boulot et est marié.

Duck : Ça ne change que le rythme de travail, puisque c'est moins pratique, mais ce qui pourrait changer, c'est surtout que l'on ne soit plus sur la même longueur d'onde.

Mad : Et puis quand on n'est pas d'accord on relativise parce que je n'ai pas de souvenir où, sur un point de désaccord, la solution commune n'a pas été meilleure que celle individuelle. L'autre a toujours bien fait de mettre la mauvaise idée de l'un à la poubelle. C'est l'idéal d'une collaboration. L'autre solution c'est quand les gens convergent vers une solution médiane (et moyenne) parce que l'idée originale de l'un ne plait pas à l'autre.

Duck : Et puis c'est trop important pour nous pour qu'on arrête. On a déjà l'idée pour un autre album. On va toujours de l'avant. j'ai beaucoup apprécié de faire mon disque tout seul mais je ne pourrais pas faire que ça. On a la même vision. On est complémentaires et on se ressemble assez pour avoir les mêmes envies globales.



Propos recueillis par Thelonius H. et Joe Gonzalez le 23 mars 2011 dans l'appartement de Mad Rabbit (Paris, XIIIème)

jeudi 8 décembre 2011

[Alors quoi ?] Rappel historique et esthétique : le garage-rock 60's

"Garage" est un terme que l'on trouve souvent dans les chroniques, parfois avec un beau contre-sens à la clef d'ailleurs, et qui mérite donc quelques explications. Il faut d'abord préciser qu'ici, on évoquera le "garage-rock", à ne pas confondre avec la house-garage et le UK-garage. Ces deux sous-genres de la musique électronique tirent leur nom d'une célèbre boite de nuit qui passait de la house à New York : le Paradise Garage, un temple dédié à la musique électronique. Le garage qui nous intéresse ici tient son qualificatif de la légende selon laquelle de nombreux groupes amateurs des années 60 répétaient dans le garage de leurs parents, faute de mieux !



(The Count Five - Psychotic Reaction)

Historiquement, le garage-rock est un genre strictement nord-américain, tout au mieux on pourra éventuellement évoquer plus largement les pays du continent sud-américain et l'Australie... En effet, le rock des anglais de la même époque, celui des Kinks, Stones, Yardbirds, Who et compagnie n'est PAS du garage mais de la beat music ou si l’on veut être encore plus précis on pourra parler de mod, british-R&B, etc. En ce qui concerne le reste de l'Europe on parle également plus volontiers de beat music même si parfois les groupes sonnent davantage comme le garage-rock américain... C’est certes compliqué et un peu pointilleux sur les bords, mais vous allez comprendre le pourquoi du comment.



(The Kingsmen - Louie Louie)

Le garage-rock est la réponse du loup à la bergère. Qu'allaient pouvoir faire les ados américains buveurs de coca-cola face à l'invasion britannique ? Se laisser faire ou réagir? Ils ont décidé de prendre les armes (guitare-basse-batterie et clavier) et de combattre l'assaillant en essayant de placer des 45 tours dans les charts plutôt qu'en pratiquant la politique de l'autruche... Les anglais avaient été influencés par la Motown et Buddy Holly ? Les américains le seraient par les groupes anglais. Certains prennent les Beatles en modèle (Byrds ou Remains) mais la plupart des groupes seront surtout séduits par la musique sexuelle des Stones, les riffs vengeurs des Kinks et les délires proto-psyché des Yardbirds (groupe ayant beaucoup tourné sur les terres du Nouveau Monde). Forcément les américains digèrent ces influences et y ajoutent une couleur locale. En plus du rock’n roll il ne faut pas oublier le rôle fondateur du frat-rock (les Kingsmen, par exemple) ou du surf-rock (comme celui des Trashmen). Louie Louie est probablement le premier morceau garage rock : hyper facile à jouer et avec un texte possiblement cochon (*1), c'était alors la chanson parfaite en guise de bande son pour les beuveries étudiantes des fraternités.



(Remains - Why do I cry)

Le garage-rock démarre donc vers 1963 mais connaitra son pic artistique entre 1965 et 1967. C’est plus ou moins lorsque les autres genres en vogue à l’époque déclinent (surf et rock’n roll) que le garage fait ses classes et s’installe dans les cœurs. A son tour il laissera d’ailleurs sa place à des choses peut être plus chiadées mais nettement moins fun : le prog, la musique psyché, etc. Deux approches du garage-rock coexistent et se recoupent partiellement : historique et esthétique.

La biographie des musiciens est presque toujours la même : une bande de potes de lycée habitant dans le même quartier et répétant dans un garage ou dans le salon de la maison familiale. Le manager est souvent le papa du batteur tandis que le grand frère conduit le van pour mener le groupe à son concert pour le bal de promo du lycée de la ville d'à coté. De ce point de vue, des groupes très "pop" comme les Remains ou les Knickerbockers ont été considérés comme garage par ceux qui considèrent que ce qui compte c'est surtout l'origine géographique et l'époque.



(The 13th Floor Elevators - You're gonna miss me)

D’un point de vue esthétique, certains passionnés ont essayé de définir l'essence de ces groupes, ce qui faisait leur homogénéité : c'est un job loin d'être évident d'autant plus qu'à l'époque (au milieu des années 60), on n’avait aucune notion, aucune case dans laquelle ranger les groupes en question. On en est donc arrivé à une définition en terme de style : le garage est une musique directe et crue (pas de production trop policée ou d'arrangements compliqués), l'énergie très présente et pas tout à fait maitrisée (il faut que ce soit sauvage !), les guitares doivent être aigrelettes (présence d'une fuzz souhaitée), et enfin, élément très distinguant/distingué : un orgue-combo rital (*2).



(Love - My little Red Book)

Outre les sus-mentionnés groupes de la British Invasion, du rock’n roll et compagnie (surf, frat), le garage s'est enrichi au contact du folk-rock et de la musique psychédélique. Le premier album de Love est un bon exemple de cette fertilisation croisée, un pied dans le garage le plus brutal (leur reprise de My little red book) et l'autre dans le folk rock des Byrds.


(La compilation "Nuggets" de Lenny Kaye permettra au garage-rock d'inspirer les générations suivantes)

Vers 1967-68 le garage s'éteint de lui-même. Il y a eu l'évolution de certains musiciens vers une pratique onaniste de leur instrument (la technique au détriment de la spontanéité). Il y a eu les nombreux appelés au Viet'. Et puis il y a eu le passage du temps et les adolescents d’hier ont dû se trouver une responsabilité et un job régulier, et les rangs garagistes se sont épuisés. Cette rupture de stock fut néanmoins temporaire, car si en 1972 lorsque Lenny Kaye compile ses "Nuggets" (une compilation de singles plus ou moins obscurs de rock garage ou psychédélique et de beat-music et merseybeat, NDLR) sur le label Elektra tout le monde a l’air de l’ignorer, il n'en sera pas de même quand Sire rééditera les légendaires pépites en 1976. La seconde moitié des 70’s voit alors un regain d’intérêt pour le rock des 60’s (*3) tandis que dans les années 80, un revival s'organise autour de labels comme Voxx, Get Hip ou Moxie (*4). En 2011 le garage se porte très bien, merci pour lui.


Alex Twist



D'autres titres à écouter d'urgence :

? and the Mysterians - 96 Tears
The Sonics - Psycho
The Seeds - Don't push me too hard
Music Machine - Talk talk
Paul Revere and the Raiders - Just like me
The Standells - Dirty water
The Castaways - Liar, liar
The Electric Prunes - I had too much to dream last night
The Brogues - I ain't no miracle worker
The Chocolate Watchband - Sweet young thing
The Bob Seger system - 2+2=?
Thee Midnighters - Jump Jive & Harmonize
The Tamrons - Wild man
The Unrelated Segments - Cry, cry, cry
Teddy and his Patches - Suzy creamcheese
The Litter - Action woman
The Squires - Going all the way
The Jesters of Newport - Stormy
The Driving Stupid - The horror asparagus story
The Monks - I hate you
The Third Bardo - I'm five year ahead of my time
The Five Americans - I see the light
The Other Half - Mr Pharmacist
Mouse and the Traps - Maid of sugar maid of spice
The Sparkles - No friends of mine
The Leaves - Hey Joe




(*1) : Une chanson écrite par Richard Berry & the Pharaohs, elle était un "classique" des groupes du coté de Seattle en live et notamment les Wailers. Les Kingsmen en feront le tube que l'on connait lors d'une session d'une heure à la fin d'une journée de studio. Les paroles difficilement intelligibles ajoutent du piment, certains y entendant des paroles cochonnes ou des messages subliminaux... Le FBI malgré de nombreuses recherches fera cependant choux blanc. A noter que d'autres chansons de Richard Berry trouvèrent une seconde vie entre les mains de groupes garage du coin comme les Sonics (Have love will travel).

(*2) : Tels que le farfisa ou le voxx pour les plus riches. Il faut écouter par exemple 96 tears de ? and the Mysterians ou Liar liar des Castaways pour comprendre la nature profonde de ce son : bon marché, criard et agressif ! Ne dites jamais à un amateur de garage puriste que vous aimez le Hammond il vous rigolera au nez en vous mentionnant Deep Purple ou Emerson Lake & Palmer. Certes, le B3 est réservé aux bourgeois et un lycéen ne pouvait pas se le payer en 1965. On n’est pas là pour la chaleur mais bel et bien pour trouver un truc qui bourdonne dans les oreilles.

(*3) :
La série Pebbles voit le jour en 1978, son nom est une référence directe aux Nuggets (Pépites/Cailloux). Bam Caruso est fondé en 1983. Les Compilations "Back From The Grave" apparaissent en 1983. Le premier Ugly Things est édité en 1983.

(*4) :
Voxx est le label fondé par Greg Shaw après Bomp, avec une orientation 60’s. Get Hip est un label fondé par les Cynics de Pittsburgh, toujours en activité (et plutôt en forme). Moxie est le label des Miracle Workers. Quelques groupes du revival des années 80 : Droogs, Fleshtones, Fuzztones, Crawdaddys, Tell-Tale-Hearts, The Creeps, The Pandoras, The Lyres, DMZ, The Optic Nerve, Chesterfield Kings, Les Playboys, Los Negativos …