C'est entendu.
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lundi 19 décembre 2011

[Réveille-Matin] Yoko Ono et Jason Pierce - Walking on Thin Ice

Vous connaissez l'histoire. John et Yoko enregistraient Walking on thin ice le 8 décembre 1980 et en revenant du studio, John s'est fait flinguer. Le single, paru en février 81 était dédié à la mémoire de l'époux défunt et l'interprétation de Yoko, sur le fil, semblait presqu'autant prémonitoire de la fin imminente de John que la ridicule instrumentation qui accompagnait sa voix. Le malheur avait frappé John qui, le même jour, devait laisser tomber sa femme physiquement et artistiquement. Mais c'est pour ça qu'on a inventé le remix.




En 2007, quelques artistes triés sur le volet (parmi lesquels les Flaming Lips, Peaches, Le Tigre ou encore Cat Power) furent invités à remixer Yoko sur l'album "Yes I'm a Witch". Pour cela, ils avaient le choix de la chanson et de la méthode. Jason Pierce, alias Jason Spaceman, alias Spiritualized, alias un ex de Spacemen 3, a choisi Walking on Thin Ice en ne retenant que l'essentiel : la voix de Yoko. A partir de là, et une construction émo-velvetienne (la marque de fabrique de Pierce) plus tard, on a droit à une relecture puissamment émotionnelle, à la manière du Hurt de NIN repris par Johnny Cash. De quoi faire pleurer dans les chaumières sur la tombe spirituelle de feu-John, bien comme il faut.


Joe Gonzalez

mardi 15 novembre 2011

[Réveille-Matin] Nine Inch Nails - Survivalism

Les indignés sont des cons. Ils sont les anticorps contaminés qui pensent lutter contre une maladie qu'ils alimentent par leur action. Ils sont l'immobilisme, ils sont réactionnaires. Si au lieu de s'indigner pacifiquement ils faisaient quelque chose, proposaient quelque chose, je les respecterais. Stéphane Hessel a contribué à cette stupide idée de l'indignation et pour ça, ce vieux débris salué par tous et dont on peut lire un slogan jauni dans le métro parisien ne mérite que notre mépris. L'indignation ? Allons-bon ! Le nouveau Nouvel Ordre Mondial est sur le point d'être établi et pour l'instant on sait pas à quoi le Monde ressemblera après coup, une fois que la Crise sera vaincue. On aura peut-être une Europe fédérale, une fédération unie de peuples renonçant à leur petit confort nationaliste, peut-être le premier pas vers une fédération internationale, une union mondiale, qui sait (pas moi) ? On aura peut-être une montée des nationalismes, un éclatement de l'Europe, des États Unis, de la Ligue Arabe, et pourquoi pas de graves conflits ! On aura peut-être la guerre d'Iran, la guerre de Syrie, la guerre civile de Grèce, la guerre froide d'avec la Chine.

Indignez-vous.

Quoi qu'il en soit, nous sommes à la croisée de grands chemins et personne ne semble s'en soucier parmi le petit peuple, celui des grands nombres. A part ces indignés, peut-être, mais immobilistes de nature, ils ne sont en aucune façon une solution. Leur inaction symbolise notre attentisme, leur indignation face au Nouvel Ordre Mondial s'oppose à la Révolution voulue avant le précédent. On en est là. Indignation sonne comme résignation et qui va nous proposer une alternative à ce qui se trame dans les coulisses des pouvoirs ? Aucun leader d'opinion, aucun mouvement internationaliste, aucune idée, même ; la Révolution d'Octobre n'a décidément pas eu lieu et nous voilà à nouveau seuls face à notre propre intention. Quelle est la votre ? Ferez-vous face si la situation devient telle qu'il faut prendre les armes, se rationner, quitter le navire, survivre ? Vous sacrifierez-vous pour la suite ? Saurez-vous couper le courant, l'eau, les vivres, les choix pour l'humanité et son avenir ? Ou bien serez-vous comme les indignés : à rechigner, à miauler en silence, à vous faire déloger pacifiquement après avoir pacifiquement tenu vos positions alors que tout autour de vous bouge. Serez-vous des moutons ? Pire, serez-vous des moutons qui croient penser, des moutons revêches ? Ou vous battrez-vous pour survivre ?



Trent Reznor a depuis longtemps choisi son camp, celui du survivalisme. Je parie qu'il a fait comme moi et qu'il s'est acheté une dizaine de paquets de Muesli choco, les œuvres complètes de Christian Gailly et Céline et des piles Duracell et qu'il se terre en attendant la Fin d'un Monde le coutelas entre les canines, prêt à en découdre, limite impatient.


Joe Gonzalez

mardi 8 novembre 2011

[Réveille-Matin] Psychic TV - New York Story (et une fois n'est pas coutume, nous vous conseillons d'aller au cinéma !)

En 2005, Genesis Breyer P-Orridge, le meneur de COUM Transmissions dans les années 70, de Throbbing Gristle au tournant des années 80 et de Psychic TV jusqu'à il y a trois ans, apparaissait comme commentateur privilégié dans le rockumentaire "Dig!". Là, avec un naturel frappant et des allures de vieille femme, il déclarait son amour pour le Brian Jonestown Massacre et les Dandy Warhols lorsqu'au milieu des années 90, ces deux groupes étaient pour lui la seule chose à voir. Je me suis régulièrement demandé comment le chanteur de Throbbing Gristle (soit l'inventeur de la musique industrielle, si vous préférez), comment un type comme lui pouvait se retrouver dans le psychédélisme rock d'Anton Newcombe et Courtney Taylor... jusqu'à comprendre (grâce à l'excellent ouvrage d'histoire de Simon Reynolds, "Rip it up and start again") que la musique industrielle de TG ne pouvait être comprise qu'à condition de la considérer à sa juste valeur : comme un psychédélisme brutal, urbain, mais un psychédélisme tout de même.

Genesis P-Orridge (à gauche), à l'époque de Throbbing Gristle

Plus tard, j'ai découvert le groupe suivant de P-Orridge, Psychic TV et tout était plus clair. Né au début des années 80 à la mort de TG, cette entité s'est tout de suite montrée plus ouvertement inspirée par un héritage velvetien sans regret et une passion pour la transe et le psychédélisme sous toutes ses formes. P-Orridge avait tout essayé avec TG, des drogues en tous genres aux pratiques sexuelles les plus étonnantes et la musique de Psychic TV embaumait la liberté. Les premiers disques que j'écoutai étaient lunatiques et les écouter revenait à s'adresser à quelqu'un souffrant d'un déficit d'attention et changeant de sujet de façon irrégulière. Sur "Trip Reset" (publié justement au même moment que les premiers disques du BJM et des Dandys), il y avait une reprise de Pink Floyd, une ode à un chat noir prenant la forme d'une comptine pour enfants hallucinés, de lentes et insidieuses persuasions à la façon de TG et d'autres choses encore. Toutes ces grimaces différentes sur le même visage difforme (celui du très laid et paradoxalement très beau, et très "glam" Genesis, le charisme fait vampire angliche), pacifié par l'empirisme des substances mais derrière lequel se cache, encore aujourd'hui, une terrible rébellion à l'envers du déterminisme, toutes ces grimaces se révélaient être une vision définitive de la musique psychédélique. Rien de surprenant alors à découvrir, plus tard, qu'en 1988 avait paru un "Towards thee Infinite Beat" prédatant quasiment la house anglaise, roulant sur une transe électronique, jouée par un groupe de rock.




A 61 ans, Genesis P-Orridge est toujours actif et c'est peu de le dire. Après avoir reformé Psychic TV en 2003 et y avoir mis un terme en 2007, P-Orridge a tourné avec un nouveau groupe du nom de Thee Majesty, avant de reformer Throbbing Gristle ces dernières années (le groupe prévoit de publier prochainement leur version - déjà enregistrée - du "Desertshore" de Nico). Mais ça n'est pas tout.


(La bande annonce du film de Marie Losier, actuellement sur vos écrans)

Depuis la fin octobre, dans vos cinémas d'art et d'essai, un film de Marie Losier rend hommage à l'homme et à l'artiste. De la même manière que "Dig!" retraçait 7 années de la vie de deux hommes et de leurs groupes, "The Ballad of Genesis and Lady Jaye" raconte six années de la vie de Genesis et de sa femme, performeuse new yorkaise, artiste engagée idéologiquement, et finalement membre de la dernière incarnation de Psychic TV (New York Story est la chanson la plus marquante, la plus touchante, écrite par Genesis à cette époque). On y explore le quotidien de ce couple hors du commun, tandis que Genesis explique à la fois son historique (de son enfance à COUM à TG à PTV), son approche de l'art (notamment par la technique du cut-up) et son amour pour Lady Jaye Breyer, sa femme et sa moitié, et le mot est un euphémisme.

En effet, le couple Breyer P-Orridge avait pour objectif de devenir un seul et même être, par amour absolu pour l'autre, un être nommé pandrogyne. Le film dévoile ainsi les différentes opérations de chirurgie esthétiques qui devaient donner à Genesis des seins et rendre les deux êtres en tous points similaires. Si l'attitude empiri-centrée de P-Orridge, sa haine du déterminisme du corps et son apparent besoin d'exposition publique le vouaient à ce type de projet, il reste étonnant de le voir évoluer tout au long du film, avec un naturel et une naïveté bluffants, à tel point qu'il provoque l'empathie. La réalisatrice ayant adapté son montage à l'univers de P-Orridge (le film n'est pas "facile" à voir, il est sans cesse découpé, collé, et les séquences les plus inattendues s'y voient accolées, entre une approche documentaire et des séquences scénarisées, des photos et des images d'archive, le tout avec l’œil d'un voyeur), le film touche au but et ne se complait jamais dans le regard clinique ou pire, l'attendrissement. On éprouve à la fin du film un sentiment réel pour Genesis, qui transcende sa musique, ses idées ou son courage. Mine de rien, il est de plus en plus rare aujourd'hui de ressentir ce genre de choses devant un documentaire, qui plus est un rockumentaire, et c'est pourquoi je vous encourage à ne pas tarder à trouver un cinéma diffusant ce court film (1h12) et à découvrir de façon inhabituelle une musique fantastique, des personnages extraordinaires, et des idées, de belles idées.


Joe Gonzalez

mardi 22 mars 2011

[Réveille-Matin] Le Aids - Do

Il y a maintenant quelques mois qu'Emilien Villeroy a quitté C'est Entendu. La peine est grande et, chaque matin, lorsque mes yeux croisent son bureau immaculé, j'ai le vague à l'âme. Là où s'empilaient CDs, vinyles, vieilleries et autres photos de presse d'Animal Collective parfaites de moustaches, points noirs et pénis atrophiés, il ne reste qu'un bois pâle sur lequel est gravé "Le Aids was here". Lorsque je repense avec nostalgie à nos bitures faites d'élucubrations musicales et de pantalonnades juvéniles, j'ai besoin d'un remontant et m'emploie alors à réécouter un morceau qui a l'effet sur moi d'un coït démentiel : Do, l'un des tubes de Le Aids, le one-man-band contagieux de l'ex-rédacteur.

Long EP sorti en 2007, "Not Enough Too Much", sur lequel est présent ce Reveille Matin, est une œuvre conceptuelle pour la composition et l'enregistrement de laquelle Le Aids, dans un élan ultra lo-fi, n'utilisa qu'un seul instrument, à savoir un PSS-595, synthétiseur cheap tout droit sorti des années 90. Do est le point culminant de cet EP ô combien surprenant et efficace.




Quelques notes descendent avec nonchalance, vite portées par des chœurs saturés, et Do s'emballe avec "Go Get A Life !" comme leitmotiv. Les paroles des chansons sur l'EP sont à mourir de rire et voient s'enchainer les péripéties d'un couple improbable. Le refrain de Do évoque la pop de Blur à son meilleur et envoie inlassablement quelques influx nerveux aux triceps qui deviennent, du coup, incontrôlables. Il est, pour moi, un symbole du lo-fi et d'une musique home-made parfaitement maîtrisée. Malheureusement certains n'y entendront que des sons cheaps, mal audibles, et passeront à coté sans esquisser un sourire. Qu'importe, comme Emilien l'aurait dit lui-même, "si vous n'aimez pas, allez vous encrasser les oreilles avec MGMT, Animal Collective ou The National !"


Murray

mercredi 23 février 2011

[Fallait que ça sorte] L'inventaire #2


Après la pop/folk/bossa (en résumé) de la dernière fois, ce coup-ci, c'est au tour du hip-hop d'investir les lieux. Expérimental, instrumental, qu'importe la forme qu'il revêt du moment qu'il est là, avec ses beats destructeurs où au contraire apaisants et cette fascinante capacité à nous faire voyager, à nous impliquer. Cet inventaire touchera bien entendu aux rivages anglo-saxons, mais également à la vague plus ou moins récente venue d'Asie.


Tout d'abord, il y a MF Doom. Grand ponte du hip-hop indé et ami inséparable de Madlib, Daniel Dumile de son vrai nom est un musicien influencé par nombre d'expériences : ses différents déménagements (né à Londres, il partira pour New York puis Atlanta), la mort de son frère, ou encore ses difficultés avec l'industrie du disque. Son œuvre est ainsi variée et profondément personnelle, à l'image de "MM Food", son deuxième album daté de 2004. Samples, cassures rythmiques, bon gros rap avec cette voix à mi-chemin entre l’agression et la tape amicale, et le tout sur fond d'insurrection sociale et de magouilles politiques. Un tourbillon d'informations, de données qui vient abreuver nos tympans pour notre plus franc plaisir. "We shall now vote for our new world leader !"

(Kon Keso)



On embraye direction l'archipel nippon. Shigeto (Zachary Saginaw) a choisi son nom de scène d'après celui de son grand-père, et rien que ça, à mon sens, c'est franchement cool de sa part. Il suffit ensuite d'écouter l'EP "What We Held On To" (2010), et vous aurez pris le phénomène en pleine face, dans son intégralité. Cinq morceaux, cinq histoires, parfois quelques mots prononcés de-ci de-là en français (le bougre doit avoir un faible pour la langue de Molière), en somme, une abstraction quasi totale menée par des arrangements soignés, bien évidemment des samples et une rythmique élaborée, parfois même déroutante, mais dans le bon sens du terme. Le travail de Shigeto est peut-être la bouffée d'oxygène dont on a tous besoin le soir venu, ou alors ce qui va guider notre être indécis dans ses premiers pas vers le sommeil, ou encore le compagnon d'un long après-midi d'oisiveté. À vous de choisir. Mystique.

(Spring Textures)



Pendant qu'on est au Japon, autant rentabiliser le voyage au maximum et jeter une oreille sur un autre prédicateur hip-hop: Eccy. Copain de Shing02, il fait partie de toute une clique de DJs indépendants assez talentueux et très peu médiatisés qui multiplient les featurings et les collaboration en cercle fermé. "Floating Like Incense", sorti en 2007, est un incontournable pour tout amateur de hip-hop, RnB et rap anticonformistes. Un album avec du relief et sur lequel des piliers d'efficacité inébranlables cohabitent avec des ornements plus discrets (on retrouve à toute berzingue le schéma de construction tubes/interludes), et au final, on en ressort enthousiasmé. Allons, pas de manières entre nous, goûtez-y et finissez l'assiette avec les doigts.

(Bluebird Classic feat. Haiiro de Rossi)



Il est temps de quitter les japonais, mais ne vous en faites pas, on ne part pas bien loin: le temps de traverser la Mer du Japon, et on se retrouve en Corée ! Rendez-vous est pris avec Tokimonsta (Jennifer Lee), coréenne ET américaine dont on vous avait déjà touché deux mots. "Cosmic Intoxication", sorti en 2010 tout comme le reste de la discographie de l'artiste (2010 est vraiment l'année qui l'a révélée et durant laquelle elle a commencé à s'exprimer) s'inscrit parfaitement dans la ligne directrice du travail de la charmante dame : expérimentations électroniques sur fond de hip-hop métaphorique. On peut dire que le le lapin (toki en coréen)-monstre sait nous faire planer. Ajoutez à cela un mixage précis, et il semble que tout soit réuni pour faire de "Cosmic Intoxication" un album riche de par sa présence sonore et ses multiples références, Flying Lotus en pôle position.

(Doing It My Way)



Son nom a été prononcé, vous me connaissez : c'est que je vais forcément vous parler de Flying Lotus, et de son premier album, "1983", sorti en 2006. Comme toujours, de l'abstraction, des constructions à étages multiples, et un fantastique boulot sur l'expérimentation, la prise de risque et le son. "1983" est un album assez cosmique, et peut-être un peu moins facile à écouter que ses successeurs "Los Angeles" et "Cosmogramma", bien que les précédant de quelques années. C'est une œuvre qui fait doublement sens pour Ellison, puisque 83 correspond à son année de naissance, et que certains morceaux sont agrémentés de sons nintendo/sega vintage au gré desquels l'homme a grandi. En plus de nous éclairer quelque peu sur les racines de l'angeleno, "1983" est tout simplement un très bon moment musical, n'allons pas chercher midi à quatorze heures pour dire les choses telles qu'elles sont !

J'ai préféré ce clip de 1983 au lecteur Youtube habituel.

C'est tout pour l'instant, les amis, j'espère que vous aurez pu y trouver votre compte d'une manière ou d'une autre, et si un album un seul vous convainquait, sachez que j'en serais le plus heureux !


Hugo Tessier

vendredi 31 décembre 2010

[Réveille Matin] Shellac - The end of radio

Certains mal-en-veine parmi nous sommes encore pour un jour soumis à la trépidante routine du métro-boulot et s'il est peu probable que notre prochaine nuit soit riche en dodo, il nous reste ce dernier jour de turbin à compléter avant de fêter l'arrivée de la 2012ème année depuis le Christ. A CET EFFET, dans l'optique de donner la pèche, la hargne à tous les prolétaires de France, de Navarre et de Wallonie (et du Monde), tout en rendant un double hommage, je vous propose ce matin de célébrer soniquement la fin de la radio.



En 2007, Shellac revenait après sept années d'absence et avec un sobriquet (Shellac of North America) et enfonçait à nouveau le clou d'un rock puissant dans le bois du cercueil des années 90, qui n'auraient pas été les mêmes sans Steve Albini. Le nouvel album de son trio s'ouvrait alors sur cette longue série d'invectives proférées par voie de micro, de guitare et via les fûts de Todd Trainer, au rythme des deux notes jouées par la basse imperturbable de Bob Weston.

Oh putain le rock, quoi !

Le sujet de la chanson, certains l'auront déjà compris, n'est autre que John Peel, le légendaire DJ anglais, décédé en 2004 et avec qui s'est éteinte (en tout cas une certaine ère de) la radio. Rendons à Steve ce qui est à Steve : on n'entend guère de rock aussi bourru que celui-ci sur nos ondes. Les anglophones peuvent se targuer d'avoir des Gilles Peterson ou des Mary Anne Hobbs, nous nous contentons de nos radios locales, faute de mieux. Rêvons au changement (puis provoquons-le) si vous le voulez bien.


Joe Gonzalez

vendredi 17 décembre 2010

[Réveille-Matin] Kiiiiiii - Hello Darkness

Ne commencez pas cette matinée en vous tripotant sur la photo ci-contre, car ces deux filles n'ont rien de lolicons offertes à vos désirs les plus tordus : elles sont tout simplement complètement chtarbées, et, à moins que vous n'aimiez vous faire marteler les parties à coups de toy piano pendant qu'on vous hurle l'hymne australien dans une oreille et le thème de Darth Vader dans l'autre, vous n'êtes pas leur genre.

Cependant, aussi dingues soient-elles, U.T. et Lakin' (Utako Tayama et Reiko Tada dans le civil) savent, entre deux délires hystériques, calmer le jeu et proposer une pop délicieusement fraîche, comme ce Hello Darkness issu de leur seul LP à ce jour, le délirant "Al & Bum", un album que j'ai découvert via notre camarade Emilien Villeroy et que je vous recommande chaudement.




Ca commence par un métronome, une ligne de chant qui résonne comme une berceuse, et la seconde d'après, nous voilà plongés dans un univers pop éthéré et lo-fi à la Electrelane : avant même de l'avoir réalisé, on est entièrement sous le charme de cette ballade kawaii.

Vous avez compris l'enjeu ? Aujourd'hui, je vous ai filé des billes pour que vous soyez le plus COOL au bureau ; et face aux collègues qui ne manqueront pas d'évoquer, des étoiles dans les yeux, les Rihanna, Ke$ha et autres Florrie, murmurez simplement "Kiiiiiii" et contemplez leurs visages stupéfaits : vous avez déjà gagné. La minute d'après, ils se disputeront pour vous offrir le café.


Joseph Karloff

mardi 7 décembre 2010

[Réveille-Matin] Sea Oleena - Winter Wonder Land

C'est l'hiver. On se gèle les nougats, tous les jours c'est la fin du monde pour les uns (les cons) et la perspective de joies simples pour les autres (mes chouchous), tandis que les voitures roulent au pas en arborant fièrement la coupe de cheveux de Lionel Jospin.

On s'en fout nous, on est à l'intérieur. Installons-nous donc au coin du feu. Tout près, si près qu'on se brûle presque le visage. Laissons l'odeur du bois nous pénétrer, remonter jusqu'au cerveau.

Près de la cheminée, il y a un piano. Une jeune fille s'y installe, et comme dans les films, se met à jouer, fredonnant un air de Noël qui arrête le temps. Sauf que ce Noël-là a quelque chose de néo-psychédélique. Le chant de Noël en question étant une reprise des fous furieux d'Animal Collective.


Et là où l'original est complètement hystérique et insensé, cette version est une grasse matinée de mélancolie sereine, celles où l'on reste au lit en regardant le plafond avec un petit sourire aux lèvres. Elle permet aussi de s'arrêter sur un texte incompréhensible dans la bouche d'Avey Tare, et d'en révéler la beauté pure et naïve. Je vous laisse, le chocolat chaud de ma mamie va refroidir.


Joseph Karloff

P.S. : trois articles mentionnant Sea Oleena en 3 mois, appelez-ça de l'obsession)

jeudi 4 novembre 2010

[Fallait que ça sorte] Un corps qui se bat est un corps qui aime (ou Comment j'ai réhabilité "Baby 81" suite à une attaque grippale)

Il y a deux choses qui valent de l'or à mes yeux et vers lesquelles tout mon être se tend lorsque la maladie atteint ce stade vicelard, ce climax terrible, ce moment où les symptômes sont à leur comble, où le corps est si croulant que la Direction InterCorporelle des Ponts et Chaussées recrute sa main d'œuvre en Europe de l'Est afin de faire gravir à votre carcasse la pente dévalée durant les heures précédentes jusqu'à atteindre le sommet de votre forme. La première de ces deux choses consiste en un gros paquet de bonbecs. Des schtroumpfs, des rouleaux de réglisse, quelques crocos fluos, des dragibus, tout ce qui est bon en somme. Ça n'a pas de prix dans ces moments-là. Comme de s'envoyer son repas préféré puissance mille à chaque bouchée. La seconde chose, c'est le "retour de la musique", le retour à la musique. En effet, si ma consommation quotidienne de décibels mélodiques est proprement gargantuesque en temps normal, lorsque je suis souffrant, mon cerveau ne peut encaisser aucune sorte de rythme, aucun genre de larsen et mes oreilles en profitent alors pour siffler leurs acouphènes adolescentes perpétuelles. Jusqu'à ce que, de façon totalement imprévisible, le déclic ne se fasse et que tout mon être ne réclame DU SON. Ce qui une minute auparavant relevait du supplice devient alors instantanément une ambroisie et l'heureux élu dont la musique sera la première à me contenter se verra accordée une place spéciale dans le cœur qui bat derrière ces lignes.


Je me souviens, il y a quelques années, avoir entendu à mon "réveil" post-traumatique la chanson Pledging my time de Bob Dylan. Comprenons-nous bien : j'adorais déjà Dylan à ce moment-là, mais j'ai l'impression de pouvoir dater mon obsession (qui aura bien duré deux ans) pour Bob à cet instant précis. C'est ce qui vient de m'arriver à nouveau mais cette fois, c'est différent : je n'ai rien découvert que je ne connaissais déjà ni n'ai ajouté une cerise sur le gâteau d'un amour préalable. J'ai réécouté un disque que je n'aimais pas beaucoup et dont je vous avais parlé brièvement lors de la critique de "Beat the Devil's Tattoo" (*), le dernier album en date du Black Rebel Motorcycle Club. Je parle de leur LP précédent, "Baby 81", sorti en 2007 et auquel j'ai dès sa sortie reproché une production plan-plan et un son étouffé. Je l'avais mis au placard, vraiment, et ne lui avais pas donné de seconde chance depuis trois ans... Rude. Les étranges lubies qui s'abattent sur les âmes tourmentées par la maladie (ou la grossesse parait-il, mais, espérons-le, je n'aurai jamais à connaitre celles-ci, en tout cas pas directement) étant ce qu'elles sont, le seul disque que mes méninges migrainés daignaient entendre fut celui-ci.



(Berlin)


Je ne vais pas revenir sur le son, je l'ai déjà dit, il n'est pas à mon goût ou plutôt il n'est pas au niveau des ambitions des chansons (dont un certain nombre revêtent - pour la première fois avec ce groupe - quelque discours politique, de Weapon of Choice à American X en passant par le titre-même de l'album, faisant référence à un survivant du tsunami de 2004 dans l'Océan Indien) qui auraient mérité un traitement plus rêche, sale, comme leurs petites sœurs parues en 2010 sur "Beat the Devil's Tattoo". Simplement, cette fois-ci, je suis passé outre les atours et après un coup d'œil sous la jupe des morceaux, j'ai compris que "Baby 81" était non seulement intéressant pour son propos politique (inhabituel chez la clique des rockeurs de la Côte Ouest - BJM, Dandy Warhols, Warlocks, etc) mais aussi parce qu'en 2007, Peter Hayes, la moitié du duo créateur et guitariste de talent, n'était pas encore replié sur sa guitare, laissant la scène et le micro à son double Robert Turner. En clair : les guitares sont toujours aussi bonnes en 2010, bruyantes et envahissantes, superbement rock'n roll, mais Hayes, qui sur les trois premiers albums du groupe occupait la place prépondérante de leader/chanteur, semble fatigué et les meilleures chansons de "BTD'sT" sont chantées par Turner. J'ai ainsi été heureux de retrouver le bonhomme en pleine forme sur ce cliché pris il y a trois ans, comme lorsque l'on tombe sur la photo de quelqu'un en train de courir en sachant que cette personne est aujourd'hui dans un fauteuil. Dites moi si je vais trop loin.

(L'album fut orné de deux pochettes différentes)

Il n'y a pas grand chose de plus à dire sur "Baby 81", c'est un album du Club, il ressemble donc à tous les autres albums du Club (excepté "Howl" bien entendu, qui était une exception notable) et alterne d'épiques moments de rock'n roll gras, noir et mouvementé avec quelques ballades folk d'inspiration divine. Il s'étire (American X dure plus de neuf minutes), s'étale de tout son long et se fout un peu de l'époque à laquelle il parait. Les guitares y grondent, les voix y sont nasillardes, rien de neuf à l'horizon mais que ferait-on d'un autre Club ?


(American X)

C'est un peu dommage de se priver d'une demi douzaine de chansons lorsque l'on aime un groupe, et pour des raisons discutables en plus. Je ne vous dis pas de ne pas le faire, mais si, comme moi, vous aimez vraiment la musique de ce groupe, saisissez la première occasion qui se présente et changez d'avis, ouvrez vos bras à ces chansons qui n'attendent que ça pour vous guincher comme de vieilles amies, ne laissez pas un stupide entêtement vous priver de bonne musique.


Joe Gonzalez


P.S. : Si l'expérience de la "première écoute post-traumatique" ne vous est pas étrangère, racontez-moi vos propres anecdotes en commentaire.


vendredi 3 septembre 2010

[Comptez pas sur moi] Interpol - Interpol

En 2002, un grand album sortait de chez Matador Records, enregistré par un groupe alors inconnu. La pochette aux couleurs rouge et noir annonçait un disque à l'ambiance unique : "Turn On The Bright Lights." Il n'aura fallu que ces onze chansons pour déjà rendre Interpol culte (*1) et en faire une séquelle depuis si longtemps ardemment désirée de feu Ian Curtis et de sa Division de la Joie. Malheureusement, trois albums ont suivi et à chaque fois, ce fut une nouvelle déception et un rendez-vous supplémentaire pris chez l'oto-rhino. "Our Love To Admire" (2007), le troisième LP, sonnait le glas d'un groupe duquel on n'attendrait plus rien (*2), auquel on ne croirait plus, qui n'était plus qu'un magnifique souvenir, révolu.

"The new record falls back towards the first. [...] There was an effort in Daniel's guitar tone ; he rediscovered it playing in his loft space for a year without anybody.[...] It's back." (*3)
(Sam Fogarino, batteur d'Interpol, en 2009)


Malgré les airs flagrants de marketing publicitaire que peut laisser entrevoir cette déclaration, on osait redonner du crédit à ce groupe, une chance, une ultime chance ! C'est qu'il est difficile de les oublier et de les renier, de se dire que "Turn On the Bright Lights" n'était qu'un coup de chance. Cependant, une très mauvaise nouvelle est tombée quelques temps plus tard : Carlos Dengler, le génial bassiste junkie à qui l'on doit le riff de basse d'Evil ou encore celui d'Obstacle 1, quittait le groupe. Même si l'on peut lui reprocher une imagination de moins en moins fertile au fil des albums, il restait le membre le plus intéressant du groupe... si l'on oublie bien sûr qu'il est censé avoir eu le temps de signer (toutes ?) les lignes de basse de ce futur opus avant de partir.

Ce truc horrible est la pochette de l'album.

L'une des forces du groupe est qu'il a toujours su ouvrir ses albums de belle façon. Untitled, Next Exit et Pioneer To The Fall (seule chanson intéressante de "OLTA" ?) tapaient toutes juste. Success, la première track de ce nouvel opus n'a d'intéressant que l'ironie de son nom. Voilà une chanson qui ressemble à une parodie de ce qu'Interpol a fait de moins bon ; rien ne se dégage, aucune couleur ne s'installe. Peu après, Lights (premier single promo de ce LP) fait son apparition ; ses guitares lui permettent de sortir du lot, sa montée vers un climax jamais atteint lui offre une odeur particulière. Elle ne parvient pourtant pas à s'imposer au sein d'un album trop chaotique où, si l'on ose poursuivre son chemin, on tombe sur des inaudibles (Always Malaise, Safe Without) et on enjambe le cadavre qu'est All Of The Ways. Où Paul Banks et ses comparses veulent en venir avec cette pièce sans âme, je n'en ai aucune idée.

Lights, la seule chanson valable de cet album

Cet album vient confirmer une idée que j'avais depuis longtemps sur ce groupe. "Turn On the Bright Lights" était un album empli d'incertitude, de jeunesse, de craintes et d'une authenticité palpable. Voilà peut-être la raison pour laquelle on les a tant comparés à Joy Division : cet oubli de l'artifice, cette qualité dans la simplicité, cette pudeur qui se met à nu. Plus les années ont passé et plus Paul Banks donnait l'impression d'assumer sa voix (ce qui paradoxalement la rendait moins belle), Daniel (le guitariste), quant à lui, semblait prendre des cours chez Coldplay. Le groupe laissait derrière lui l'influence post punk qu'on lui supposait à ses débuts pour offrir une presque-pop indie digne des bacs de supermarché.

Barricade, une chanson (et un clip) à l'image de l'album

"Interpol" est un mauvais album. Les New Yorkais sont, en effet, retournés vers leur débuts mais en s'auto-caricaturant grossièrement. Voilà un album que n'importe quel fanatique de l'Interpol original aurait pu enregistrer dans son garage après quelques bitures. Voilà un album qui aurait du rester dans le garage du groupe. Voilà un groupe qui est définitivement mort et qui
n'est plus qu'un agréable souvenir.


Julien Masure







(*1) Entre autre bonne presse, à travers l'internet et la presse papier, et pour donner un exemple précis, Pitchfork, qui a donné un 9,5/10 à "Turn On The Bight Lights" l'a également choisi comme meilleur album 2002 et 20ème meilleur album des années 2000.
(*2) Le groupe lui-même a déclaré avoir légèrement renié OLTA, reconnaissant sa faible qualité.
(*3) Traduction : Le nouvel album retombe dans la direction du premier. Il y a eu une avancée dans la tonalité du jeu de guitare de Daniel ; il l'a redécouverte en jouant dans son loft, pendant un an, sans personne. C'est de retour.

mardi 13 juillet 2010

[Réveille Matin] St Vincent - Your lips are red

Bonjour à tous ! Si vous nous lisez depuis un bout de temps vous savez que ma relation avec Annie Clark n'a pas toujours été très claire. Lorsque je l'ai découverte à la sortie de son second LP, "Actor," en 2009, j'étais loin d'être convaincu (le clip d'Actor out of work, pas terrible, n'y était pas étranger) alors que mes collègues étaient déjà conquis. Cependant, avec le temps et surtout grâce au clip de Marrow, je m'étais finalement laissé convaincre par la jolie Annie, et aujourd'hui j'aimerais vous réveiller avec une chanson issue de son plus méconnu premier album, "Marry me."



S'il était besoin de le démontrer, déjà en 2007, Annie Clark démontait la baraque en parsemant ses morceaux de bruyantes déflagrations soniques et de dangereuses cascades au piano qui me rappellent toujours autant Nine Inch Nails sans pourtant jamais entacher la personnalité de son jeu ou de son son.


Joe Gonzalez

mardi 16 mars 2010

[Réveille Matin] Black Violin - Brandenburg

Le réveille matin d'aujourd'hui conviendra non seulement à ceux qui se lèvent pour aller bosser mais aussi à ceux qui vont à peine se coucher, encore un peu saouls ! Semaine street cred' oblige, laissez-moi vous présenter les deux mecs de Black Violin.

Brandenburg est la plage introductrice de l'album éponyme du groupe sorti en 2007 dont les 16 pistes voient les beats les plus hip hop se mélanger aux cordes des violons. La grande force de cet album réside dans la surprise qu'il crée chez l'auditeur (ce mariage improbable entre le hip hop et une composition plus classique est assez efficace) mais peu de pistes marquent l'esprit et les oreilles sinon ce Brandenburg (une des seules pistes uniquement instrumentales de l'album). Il est vrai que si l'auditeur peut aisément se laisser happer par cette introduction, plus on avance dans l'album et plus il perd de sa force.




Le violon est l'un des instruments dont la tessiture s'approche le plus de la voix humaine. Il est donc de ces instruments qui font directement écho à nos sens, il est l'instrument du pathos, du sentimentalisme, de l'affect... Je ne rechigne pour ma part jamais a écouter les suites pour violoncelle de Bach ou le concerto pour violons Opus 35 de Tchaikovsky ; les violons y sont les plus beaux jamais entendus et vous arrachent les larmes des yeux. Mais le violon, parce qu'il est tellement lié à l'affect, peut également

devenir vulgaire, romantico-puéril, pseudo-intellectualisant. On pensera par exemple à la b.o. de "Requiem For A Dream" qui a dépassé le stade de musique de film pour devenir musique
d'ado pré-pubère en mal d'amour. Tout y est trop sentimental, trop fort, sans retenue et le violon y perd sa richesse et sa force. Je vous parle de ça parce qu'il existe plusieurs groupes dans la même veine que Black Violin (Nuttin but Stringz, Escala, etc.) qui n'ont pas compris ce qu'il fallait faire de cette union insolite. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dis, je ne me permettrais pas de comparer Black Violin à Bach ou Tchaikovsky, mais on peut au moins leur accorder qu'ils ne sombrent pas dans le pathétique.


Alors, maintenant, sortez votre Ghetto-Blaster du placard, descendez dans la rue avec vos potes et allez zoner au son des violons hip hop, vous aurez trop de swag!

Julien


Et si vous préférez les violons les plus beaux, procurez-vous l'une des meilleures interprétations des suites pour violoncelle de J.S. Bach


lundi 1 février 2010

[Tip Top] Les années zéro

Il était temps, le temps est venu, voici enfin le top 30 des albums les plus appréciés par la Rédaction de C'est Entendu au cours de la décennie fraichement close. Plus qu'une liste (de plus), nous espérons que ce récapitulatif sera aussi pour vous l'occasion de découvrir (ou redécouvrir) quelques pépites que l'on peut désormais appeler sans sourciller "classiques."



30. Eels - Souljacker (2001)

Après des albums doux et tellement tristes dans les 90's, Mark Oliver Everett, a.k.a. E avait décidé de commencer la décennie en se mettant au rock après une thérapie et une nouvelle copine. Le résultat? Un album proprement jouissif où les "ballades indé" très marquées du style Eels (pillé ensuite par toute une plâtrée de musiciens qui se croyaient intéressants) sont entrecoupées de véritables tubes avec grosses guitares, groove d'enfer et, encore et toujours, shakers. Depuis, E s'est fait larguer et ses derniers albums sentent la vieillesse. "Life ain't pretty for a dog faced boy".


29. Liars - Drum's Not Dead (2006)

Ces trois mecs avaient débuté la décennie comme "un autre groupe de la vague disco-punk" et même l'un des meilleurs, à vrai dire, mais rien ne laissait présager qu'à chacun de leurs essais ils franchiraient un pallier supplémentaire dans l'expérimentation sonore et rythmique. Sur "Drum's not dead" troisième LP, le stade de l'album concept (centré autour de l'énigmatique personnage appelé Drum) plus vraiment disco, ni même punk, d'ailleurs, était atteint. Si l'on en croit Liars, le "post disco-punk" est une sorte de transe tribale schizophrène menée tambour battant par des dingues enfermés dans une cave sordide.


28. Madvillain - Madvillainy (2004)

Le seul album de hip-hop de notre top est l'un de ceux qui ont réussi à acquérir un statut culte chez les indie rockeurs les plus convaincus. En gros, un album de hip-hop pour ceux qui n'aiment pas vraiment le hip-hop. Mais franchement, qui pourrait résister à ce gros foutoir enfumé au foisonnement d'idées étourdissant? Sur les instrus en forme de collages imprévisibles de Madlib se pose la grosse voix caoutchouteuse de MFDOOM, et le résultat parfois franchement hilarant et surtout étonnamment accessible apparaît alors comme l'évidence même : le cool fait musique.


27. Tool - Lateralus (2001)

Maynard est un sale con, et Tool est un (vieux) groupe de Métal Progressif. A partir de là, vous pouvez soit tracer la route, soit avoir confiance en nous et jeter une oreille curieuse à ce que le Métal a fait de plus intéressant, de moins bête, et de plus geek depuis... le précédent album de Tool, "Aenema" (en 96). Notez qu'au moment des faits, le meilleur batteur du monde était derrière les futs.


26. Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

La folk a parcouru un sacré chemin dans les années 2000, ça c'est sûr, et cet album est un peu le témoin de ce que certains ont su en tirer au bout du compte : une musique capable d'un psychédélisme retenu, au son dense, organique, et qui dévoile sa force et sa richesse avec les écoutes jusqu'à nous engloutir totalement.



25. The Strokes - Room On Fire (2003)

Les Strokes sont meilleurs sur "Room on Fire", c'est un fait. On peut les préférer en gamins rentre-dedans un peu niais mais terriblement efficaces, c'est clair, mais ils sont meilleurs lorsqu'ils assument toutes leurs influences (power pop et reggae, on est clairement entre 76 et 78 ici), qu'ils prennent leur temps et qu'ils tirent de leurs guitares toute une variété de sons en laissant à leur chanteur le loisir de démontrer qu'il n'est pas seulement l'auteur de NYC Cops. Le meilleur album du "Retour du Rock" donc.


24. Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash (2008)

Je me souviens d'une interview de Malkmus datant de 1994 qui parlait de "Crooked Rain, Crooked Rain" (de Pavement donc), et dans laquelle il disait quelque chose comme "Avec cet album, on a enfin assumé nos côtés un peu classic rock". Il lui aura fallu 14 ans et un groupe en béton (avec Janet Weiss à la batterie, forcément) en fait pour finalement faire un album de classic rock. Des morceaux fleuves qui sont comme des leçons de guitare électrique, mais qui n'oublient jamais d'être pop et délicatement tordus. Certes, vous allez me dire, "mais Malkmus a fait ça un peu toute sa vie non?". Oui, mais là, c'est du très haut niveau. Et c'est pas Joe qui dira le contraire dans sa review sur le sujet.


23. Fever Ray - Fever Ray (2009)

Sorte de messe noire étrange mêlant l'électronique de The Knife, l'excentricité de Kate Bush et les sonorités de Vangelis au chant disco-emo de Karin Dreijer Andersson, "Fever Ray" est une perle noire faisant de l'oeil à quiconque a un jour rêvé d'une artiste electro qui ait à la fois une voix et des idées à elle.



22. My Feet In The Air - Hoshi Mushi (2008)

Vous ne connaissez sans doute pas My Feet In The Air, mais avec deux petits E.P. et une discographie qui fait en tout 19 minutes, cette jeune française venue de toute la scène bazar autour de The Snobs a créé un univers particulier absolument unique, où tout est réduit à une échelle magique de façon à ce que quelques petits glockenspiel et un petit ukulélé suffisent à vous transporter ailleurs. C'est d'une richesse et d'une inventivité incroyable et c'est fait avec des petits bouts de ficelles.


21. Herman Düne - Giant (2006)

Le dernier album rassemblant toute la famille Herman Düne. Un disque de pop lalala, deux songwriters complémentaires, des arrangements moelleux, poppy et réservés à la fois, des refrains singalongs et une ambiance homogène et confortable...



20. Final Fantasy/Owen Pallett - He Poos Clouds (2006)

Owen Pallett est un génie, il l'a encore prouvé récemment, mais ce n'est pas son premier chef d'œuvre, loin de là. Pour se le prouver, il faut écouter "He Poos Clouds", deuxième album sous le pseudo Final Fantasy, enregistré avec un quatuor à cordes et dont les morceaux sont basés conceptuellement sur les écoles de magie de Donjons & Dragons, si si. Le résultat est d'une splendeur étrange et d'une profondeur qu'on ne se lasse pas de sonder, avec des dissonances et autres polyrythmies qui troublent autant qu'elles fascinent.


19. Elliott Smith - From A Basement To A Hill (2004)

Posthume, ce qui devait être un double album monumental, n'est au final qu'une collection de chansons assemblées par les proches d'Elliott. Empreint d'une violence implicite ne débordant pas sur les mélodies, et doté d'arrangements toujours aussi délectables et classieux que sur "Figure 8", "From a Basement on a Hill" n'est peut-être pas ce qu'avait imaginé Elliott Smith, mais il reste néanmoins un album rempli de bonnes chansons, d'émotion et de bonnes idées.


18. Jim O'Rourke - Insignificance (2001)

D'abord la free-folk de papa John Fahey. Puis la pop orchestrale de tonton Van Dyke Parks. Et au début de la décennie, Jim O'Rourke, pour son troisième album pop sur Drag City se lance finalement dans un essai de rock 70's absolument magnifique. Sur des compositions inventives aux paroles hilarantes et misanthropes, Jim déploie tout son talent d'arrangeur génial et pop, et le résultat est époustouflant, que ce soit sur les ballades matinées de steel guitares crépusculaires ou bien sur les morceaux plus efficaces et rock que sa voix nonchalante rendent plus-que-parfaits.


17. Joanna Newsom - Ys (2006)

Après un album de vignettes rêveuses harpe/voix qui montrait déjà un sacré talent d'écriture, Joanna Newsom livre sans prévenir en 2006 un monolithe fascinant qui emmène la folk plus loin qu'elle n'a sans doute jamais été à travers cinq longues fresques lyriques. Soutenue par les arrangements orchestraux sublimes du vétéran Van Dyke Parks, sa voix maligne maîtrisée jusque dans ses grincements nous entraîne dans les multiples détours et rebonds d'un grand voyage à l'imaginaire foisonnant.



16. Blur - Think Tank (2003)

Après avoir écrasé toute concurrence pop dans les années 90, après avoir matiné ses hymnes plus anglais qu'une pause thé au milieu d'une partie de cricket d'indie-rock américain, après avoir repoussé les limites de la pop sans avoir l'air d'y toucher avec le chef d'œuvre "13", Blur revient amputé de son guitariste génial dans un chant du cygne qui conjugue, entre autres, la lubie d'Albarn pour la pop expérimentale et sa récente passion pour la world music. Le résultat est un métissage fascinant et imprévisible, empreint d'une lassitude et d'une mélancolie extrêmes.


15. Blonde Redhead - Melody For Certain Damaged Lemons (2000)

Une fois qu'ils eurent bien digéré leurs influences (principalement Sonic Youth), le trio italo-japonais (?!) Blonde Redhead transforma son rock agressif et froid à guitares désaccordées en quelque chose de beaucoup plus pop, mais une pop hybride et sombre aux milles influences typiquement 00's qu'ils ont été les seuls à pouvoir faire aboutir comme sur cet album addictif.


14. Department Of Eagles - In Ear Park (2008)

Oui oui, on sait, Grizzly Bear, mais il ne faudrait pas non plus oublier Department of Eagles, le projet de Daniel Rossen et un ami à lui. "In Ear Park", par rapport à la beauté un peu froide de "Veckatimest" semble être un album plus humain, plus touchant peut -être, et c'est ce qui fait sa force sans doute. En tout cas, le mélange d'une folk riche et complexe avec des arrangements doucement surannés donne un résultat éblouissant, avec des passages lyriques qui vous tireraient des larmes.


13. Portishead - Third (2007)

Il ne reste plus grand chose ici des vétérans de l'indé des années 90 et pourtant, ceux parmi eux qui ont su aller au-delà de leurs acquis ont donné naissance à de vrais chef d'œuvres. "Third" est de ceux-là, et après dix longues années de silence, Portishead a su réinventer totalement son trip-hop froid et sombre sans faire la moindre concession en terme d'exigence et de recherche pour accoucher d'un album désespéré dans lequel se heurtent textures hantées, percussions crues et bruitisme sous delay. Et tout ceci en parvenant à faire la couverture de 20 minutes, ce qui est un sacré tour de force.


12. Electrelane - The Power Out (2003)

Elles étaient 4. Elles étaient anglaises. Elles aimaient le kraut rock, les orgues farfisa et les longues jams psychédéliques. Après un premier album enthousiasmant, elles avaient décidé d'aller voir Steve Albini et de faire des morceaux plus pop. Et ça a donné "The Power Out", un pur chef d'œuvre de rock alternatif, vraiment alternatif. Le résultat est bordélique, les morceaux sont tour à tour émouvants, jouissifs, épiques à grand coups de chorale ou minimalistes au piano, mais tout se tient pour former un ensemble unique et intelligent, dont on peut tomber amoureux facilement.


11. The Notwist - Neon Golden (2002)

Production nickel chrome, légère et sans accroc pour l'un des albums les plus pompés de la décennie. Malgré la mélancolie fatiguée qui le parcourt, il y a toujours cette envie de chanter les refrains et cette surprenante introduction d'un refrain COLLEGE ROCK inattendu sur One with the freaks, qui dégomme tout ce qu'ont fait les Smashing Pumpkins dans la même décennie.


10. Deerhoof - Apple O' (2003)

Le groupe le plus original de la décennie, peut-être même le groupe de la décennie tout court. Que ce soit avec la voix enfantine de Satomi, les guitares ultra complexes de John ou la batterie épileptique de Greg, Deerhoof a crée son propre style : de la pop noisy sans concession, à la fois très accessible et très riche. Sur "Apple O'", c'est un festival de tubes bizarres et d'une inventivité qui confine à la folie. Deerhoof est un groupe qui fait avancer la musique dans le bon sens, celui de la recherche permanente de l'idée tordue mais géniale qui fera d'un morceau déjà formidable un véritable chef d'œuvre. Et le mieux, c'est qu'ils y arrivent presque tout le temps.


9. Godspeed You! Black Emperor - Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas To Heaven (2000)

On n'a pas fini de se laisser ensevelir par les deux impressionnants chef d'oeuvre avec lesquels cette maison-mère du label montréalais Constellation a annihilé toute forme de concurrence dans la musique instrumentale pendant la décennie, avant d'exploser en presque autant de groupes passionnants que la formation avait de membres. Le premier de ces albums essentiels, "Lift yr. skinny fists like antennas to heaven", développe déjà en deux disques et quatre mouvements toutes les facettes d'une musique surpuissante, dévastatrice, qui réduit l'auditeur et ses émotions en miettes.


8. LCD Soundsystem - Sound Of Silver (2007)

James Murphy, son truc, c'est de mêler disco et punk et, en conservant la même base, d'ajouter les quelques détails à son morceau-témoin pour vous fasse danser d'une façon différente. C'est aussi le seul mec qui aura, dans un même album, utilisé à la fois des cowbells, Steve Reich et l'autodérision patriotique, pour faire groover deux ou trois accords qui n'en demandaient pas tant.


7. The Breeders - Title TK (2002)

Title TK EST les Breeders. Et peu de disques peuvent se vanter d'être plus COOLS que celui-ci. Avec un minimum d'arrangements, de chichis et de boucan. L'essentiel, rien de plus. Un MUST HAVE pour quiconque prétend aimer le rock.



6. Gorillaz - Gorillaz (2001)

Sacré Damon Albarn, vous ne pensiez tout de même pas que sa présence dans notre top allait s'arrêter là, non ? Parce que le lascar arrive dans la décennie bourré d'idées, et dans ses bagages, ce faux groupe animé plus cool que la mort qui lui servira surtout de salle de jeu avec assez d'espace pour faire venir les copains, car le bonhomme a le featuring facile. Un album de pop moderne foutraque et bancale, qui va chercher tant chez Bowie que dans le hip-hop, mais qui finit par tordre tous les codes et tout réinventer avec une innocence folle dans une orgie de sons tordus.


5. The Snobs - Albatross (2009)

En sept ans de carrière, et autant d'albums (sans compter les moult E.P.), le duo français The Snobs a réussi à se créer une univers unique qui mêle tout dans un grand capharnaüm magnifique, de la pop sixties la plus raffinée au noise rock le plus brutal. Un parcours exemplaire et inspirant qui s'est couronné l'année dernière par un album-somme, "Albatross", pur chef d'œuvre dans lequel on ne se lassera sans doute jamais de se plonger et de se perdre.


4. Arcade Fire - Funeral (2004)

Si l'on oublie deux minutes les dizaines de suiveurs minables qui ont copié à tort et à travers la recette "pop chorale de fin du Monde avec le désespoir comme refrain", on se souviendra que c'est avec un disque comme celui-ci (entre autres, mais celui-ci plus particulièrement) que l'indie pop a pu gagner la popularité (impensable il y a encore six ans) qui est la sienne aujourd'hui (on en entend partout et tout le temps à la téloche, on en passe en radio...). Ajoutez à cela le talent de songwriting du couple Chassagne/Butler, les batteries disco et les circonstances très à propos de l'enregistrement et vous obtenez un disque profondément touchant et révolté, véritable mine d'or pour quiconque aime chanter en chœur avec ses haut parleurs.


3. A Silver Mt. Zion - 13 Blues for Thirteen Moons (2009)

Héros déprimés des années 2000, les canadiens d'A Silver Mt. Zion sont passés progressivement d'un rock instrumental dépouillé à de grands albums de chorales limite punk sur murs du son post-apocalyptiques. Et si "Horses In The Sky" était déjà un immense album de tristesse collective, "13 Blues For Thirteen Moons" poussait la véritable nature rock du groupe à son paroxysme, avec des morceaux plus épiques que tout où la noirceur de certaines compositions fleuves de toujours plus de 10 minutes vient toujours être éclairée finalement par un espoir lumineux et mis en musique avec passion. Peut-être le groupe le plus sincère de la décennie. Et dont les codas auront donné le plus de frissons.


2. Radiohead - Kid A (2000)

Ce n'est évidemment une surprise pour personne tant Radiohead aura simplement dominé la première moitié de la décennie en redéfinissant la marche à suivre pour n'importe quel groupe aux ambitions expérimentales dans une trilogie parfaite qui fascine encore. Un peu hâtivement qualifié à sa sortie de "virage électronique" pour le groupe, "Kid A" défriche avant tout les possibilités d'une avant-garde accessible sans être jamais démonstratif dans ses idées tant la symbiose entre écriture et production est parfaite. Chaque morceau y est une perle indispensable dont la puissance désespérée nous touche encore.


1. Sonic Youth - NYC Ghosts and Flowers (2000)

C'est non seulement le meilleur disque sorti par Sonic Youth lors de cette décennie, mais aussi, selon une partie de la rédaction, le meilleur disque de Sonic Youth tout court. Première collaboration entre le groupe et Jim O'Rourke, c'est aussi un sommet de production. Le boucan, habituel chez Sonic Youth, n'est pas en reste, mais le rock bruyant des années 90 laisse ici la place à un groove froid, expérimenté sur de longues pistes compliquées comme sur des brûlots post-dadas. En guise de cerise, le final éponyme chanté par Lee Ranaldo plante le dernier clou sur l'édifice poético-musical New Yorkais le plus accompli depuis longtemps.



Évidemment, à cette liste peuvent s'ajouter quelques grands absents, on pense notamment à Stereolab ou, surtout, les Fiery Furnaces pour lesquels le choix d'un album en particulier aurait divisé la Rédaction au point d'occasionner coups, blessures et contusions. Mais au final il ne peut en rester que trente, et ce sont ces trente-là.


La Rédaction