C'est entendu.
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mercredi 25 janvier 2012

[Réveille Matin] Tortoise - Eden 2

Le Paradis, parfois, ça ne tient qu'à une chose, une seule chose. Celle-là quand vous la trouvez, vous avez gagné le pompon. Trêve de Curlismes, cependant. Ce dont il est question ce matin c'est du concept d'exception délicieuse. Contrairement à ce que l'on a l'habitude d'appeler une "porte d'entrée", l'exception délicieuse n'est pas un son, une chanson, un disque ou même une vidéo par lequel ou laquelle vous parvenez (au bout du compte ou sans vous y attendre) à comprendre l'univers d'un artiste et à y adhérer. L'exception délicieuse est souvent plus insaisissable, plus unique et tient à peu de choses, c'est souvent un son particulier, une piste précise, qui attire votre attention alors que tout ce qui l'entoure vous laisse de glace. En l'occurrence, je n'ai rien contre Tortoise mais leur œuvre ne m'a jamais beaucoup intéressé... en dehors de la courte mais intense piste que je vous propose d'écouter tout de suite.





Sur la plupart de leurs disques, Tortoise jouent une sorte de proto-post-rock (ça ne veut rien dire, je sais, mais il faut comprendre ça comme "ils jouent une musique qui a influencé tous les post-rockers de la fin des années 90 et du début des années 00") un brin cérébral, sec, un peu froid, et parfois jazzy sur les bords. Si vous n'y connaissez rien, ça tombe bien puisque le label Thrill Jockey (on vous en causait il y a pas très longtemps) s'apprête à rééditer une partie de la discographie de Tortoise et de quelques autres de ses poulains. Toujours est-il qu'aucun de leurs disques ne m'a jamais vraiment enthousiasmé et que si je n'avais pas un jour entendu vibrer l'espèce de basse mutante et l'électronique extraterrestre d'Eden 2, si je n'avais pas trouvé refuge dans sa signature rythmique osseuse et bancale et dans les interventions inopinées de sa guitare, je n'aurais jamais eu l'idée de vous parler de Tortoise. J'espère que vous aussi vous prendrez votre pied avec ce son mais si ça n'est pas le cas, ne perdez pas espoir. Vous trouverez votre coin de Paradis éphémère et superficiel ailleurs. Il suffit d'une chose, d'une seule chose.


Joe Gonzalez

samedi 10 septembre 2011

[Alors quoi ?] La bande son estivale de Hugo Tessier






Ya no estoy des vacaciones, volví a la vida habitual ! Alors que le mois d'août s'achève tout juste et que le pénible retour sur la capitale et son périphérique saturé est relégué au stade de dernier souvenir de vacances (ou premiers symptômes de rentrée, selon la logique adoptée), j'ai envie de faire le point sur ma petite bande-son aoutienne bien à moi. Quel album, quel morceau fera mélancoliquement revivre à ma mémoire teintée de surexposition et de grain épais, ces chaudes journées oisives et tant regrettées d'août 2011 passées aux quatre coins de la France ? De quel bois était faite la malle à CDs et vinyles que je me trimballais alors, prenant la forme d'un petit rectangle d'environ onze centimètres sur six ? Sans plus attendre, sans vraie logique conductrice et en toute simplicité, voici ce qui a résonné dans mes oreilles tout au long de l'été.





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Tokimonsta - "Creature Dreams" (2011)










(Bright Shadow)


Le dernier EP en date de Jennyfer Lee, alias Tokimonsta, qui officie chez Brainfeeder (le label de Flying Lotus) ! Sept morceaux, soit un peu moins d'une demie heure d'écoute en somme, mais quelle demie heure ! Entre les basses vrombissantes, les claviers planant haut, très haut et le chant tout aussi aérien de la charmante coréenne, "Creature Dreams" esquisse une bienheureuse parenthèse au milieu de tout l'embrouillamini du quotidien, du prosaïque, du routinier, du pré-mâché et vous fait léviter au gré de son travail fouillé sur la rythmique hip-hop archi-structurée qu'elle a désormais pour habitude de composer. Je ne vous cache pas que j'ai énormément bloqué sur Bright Shadow, morceau d'ouverture que je trouve éblouissant, tant dans le choix des sonorités que dans l'atmosphère qu'il dégage.





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Pastor T.L. Barett & The Youth for Christ Choir - "Like A Ship (Without A Sail)" (1971)




(Like A Ship...(Without A Sail))






Vous avez bien lu, ce gars-là est un pasteur. Un pasteur noir américain avec du coffre, une voix, et un réel talent de compositeur. Il semble que tout l'album ait été enregistré dans une église (la sienne ?), ou du moins est-ce ce que j'en déduis, car l'ensemble des huit morceaux baigne dans une réverbération assez atypique, et puis, quoi de mieux que d'enregistrer des chœurs gospel là où ils résonnent de la manière la plus authentique ? Gageons donc que cet album provienne directement d'un lieu saint. Une grosse basse groovy, des paumes claquant dans l'air et beaucoup de tambourin : bien que je ne sois pas un grand fan de gospel en temps normal, je dois dire que j'ai été conquis par cette vigueur, par ce pasteur crooner et convaincu, par sa jeune chorale enthousiaste et par ce piano tout simple et très beau.





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Bibio - K is For Kelson EP (2011)




(Don't Summerize My Summer Eyes)






Bibio qu'on ne vous présente désormais plus cumule pour l'instant un album et un EP en 2011. Ici, cinq morceaux, pas de déchet (mais une mention spéciale pour Don't Summerize My Summer Eyes que je trouve absolument brillante). Stephen James Wilkinson reste fidèle à lui même et on retrouve avec plaisir les sonorités folk qui lui sont chères, ses soupçons de hip-hop et son chant haut perché. Bibio transforme l'essai et confirme qu'il est dans une très bonne année.







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Declaime - Andsoitisaid (2001)




(2MC Or Not 2MC)










On y vient nécessairement, au gros hip-hop west-coast, doucement mais surement. Declaime est californien, donc cool, et en plus d'autres talents il est doté d'une voix et d'un flow inimitables (un de ces types que l'on ne peut pas manquer de reconnaitre instantanément) qui, alliés à des instrumentations assez épurées, débouche sur un hip-hop marquant, agréable et peu répétitif. De nombreux featurings plus tard, on a entre les mains un album qui respire la bonne ambiance détendue de la côte ouest des États-Unis. Par contre, pour se faire "Andsoitisaid" d'une traite, il faut avoir une grosse faim : ce ne sont pas moins de trente morceaux qui vous attendent. Et ça ne se refuse clairement pas.






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Raashan Ahmad - For What You've Lost (2010)





(Pain On Black)





Toujours dans le hip hop californien, si vous cherchez du son chaleureux, tout en détente et que vous voulez aussi de la qualité, Raashan Ahmad, originaire de Pasadena, est l'homme qu'il vous faut. Plus sérieusement, "For What You've Lost" est bourré de featurings, de passages instrumentaux à la cool et très joyeux dans l'ensemble. Une de ces œuvres qui ne connait pas le succès qu'elle mérite. Personnellement, cet album me met dans de très très bonnes dispositions, je ne vous en dit pas plus.


Voilà, vous avez un aperçu de ce qui a accompagné mes pérégrinations aoutiennes cette année. J'espère que vous y trouverez de quoi aborder la rentrée de la façon la plus posée possible, si c'est, comme moi, ce que vous recherchez !

mardi 15 mars 2011

[Fallait que ça sorte] Michel Houellebecq - Présence Humaine

La poésie et la musique ont toujours entretenu un lien ténu, une complicité parfois caricaturée par l'idée que la poésie c'est "de la musique avant toute chose" ainsi que le disait Paul Verlaine en 1884. Il suffit de relire les plus beaux vers de Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire dans lesquels les mots aiment à siffloter dans l'air avec la beauté d'un cuivre mélancolique. Cette musicalité des vers, Michel Houellebecq l'a comprise et a réalisé, en 2001, un objet atypique dans le paysage musical français : "Présence Humaine". Cette pièce est un mélange audacieux de mauvais gout, de poésie troubadour, de grandiloquence postmoderniste et de spleen adolescent, bref, une œuvre affreusement belle.

Cet album vieux de dix ans donne l'impression d'être millénaire. Le terme "rock" est difficile à accepter mais semble être ce qui convient le mieux pour décrire ces guitares méphitiques. Véritable cliché kitch, les mélodies sont grotesques. Quant à la basse qui vomit ses lignes gâtées, on ne peut que s'émerveiller devant une dose aussi disproportionnée de mauvais gout. Au final, on a l'impression d'entendre l'étron de quelques amis enivrés qui, sur un coup de bouffonneries alcoolisées, ont attrapé leurs guitares, sans gène et sans prétention. C'est comme de se retrouver devant le regard naïf d'une belle fille ingénue, on ne peut s'empêcher de trouver du charme à ces mélodies candides.

Le talent littéraire de Houellebecq, symbole du postmodernisme français - que vous l'aduliez ou le détestiez, n'est pas en question ici. Son chant (apparenté à un sprechgesang bashungnien, toutes proportions gardées) est imagé et se développe en aphorismes :


Nous sommes réunis, nos derniers mots s'éteignent
La mer a disparu
Une dernière fois, quelques amants s'étreignent,
Le paysage est nu

(La chanson Présence Humaine)


La voix de Houellebecq, presque amusicale, donne l'impression déroutante d'entendre une lecture publique accompagnée inopinément par un orchestre intrus, lequel se fatiguerait vainement à créer une présence musicale rapidement oubliable.

Michel Houellebecq n'a pas la prétention d'être mélomane (du moins il me le semble) et encore moins d'être musicien (du moins je l'espère). "Présence Humaine" est pareil à ces architectures délabrées, ratées dont la laideur donne à nos villes leur essence. Cet album est mauvais, terriblement mauvais, et c'est précisément ce qui lui donne sa légitimité, sa place et sa valeur...


Julien Masure


P.S. : voyez cette "très belle" interprétation de Présence Humaine sur le plateau de Michel Drucker.

mercredi 19 janvier 2011

[Réveille Matin] The Strokes - The Modern Age

Les Strokes reviennent avec un nouvel album en Mars 2011 et ça en fait frémir plus d'un mais pas moi. Pourquoi ? Pas par inimitié, non, mais parce que les Strokes, avant d'être un grand groupe de rock, c'est un concept.

(La pochette du maxi "The Modern Age" sorti au printemps 2001)

Il y a dix ans (déjà), la presse musicale "rock" s'extasiait devant une ribambelle de groupes dont la principale caractéristique commune était d'avoir tous plus ou moins emmené avec eux des guitares et des amplis, et c'était très bien et de bonnes choses en sont sorties mais aucun ne représentait mieux cette "sensation" que les Strokes.



Certains (souvent les plus jeunes d'entre nous) pensent encore que le troisième album du groupe est leur meilleur disque, ce à quoi je réponds généralement que si c'est leur disque le plus abouti artistiquement, ça n'est absolument pas leur meilleur disque puisqu'en 2006, le mythe Strokes était désuet. Ce qui compte, ce qui fait que ces mecs-là méritent leur place dans n'importe quel "panthéon du rock" c'est l'excitation qu'ils ont provoquée à leur arrivée, et le tout début, ce sont les singles du premier album, en 2001, puis, très vite, les prestations live à la télévision américaine qui s'en sont suivies où toute une génération de jeunes gens fatigués par les boys bands, les comédies musicales et le trip hop purent découvrir ce qu'était un groupe de rock, et pas avec des images d'archive. On avait l'impression de tout découvrir en voyant Fabrizio Moretti cogner ses fûts, en voyant Albert Hammond Jr. tenir sa guitare si haut et remuer ses bouclettes... L'attitude de Casablancas, entre alcoolémie et détachement, sa façon de tenir le micro si près de sa bouche, nous rendait jaloux, et puis le clou du spectacle était quand même le solo de guitare de Nick Valensi, qui pour les gamins que nous étions relevait de l'acte d'héroïsme, à tel point que je le dis, je l'affirme, ce solo est la clé, c'est là, pile là, que se situe l'excitation, le frémissement, le tremblement de nos genoux, l'envie de faire de la musique de toute une génération, elle est là. Brian Eno aurait dit du premier album du Velvet Underground que "cent personnes seulement l'ont écouté à sa sortie, mais ces cent personnes ont toute monté un groupe ensuite". Imaginez le nombre de groupes formés autour du solo de Nick Valensi à une époque où la télévision et Internet permettaient à tout le monde d'écouter les Strokes...


Joe Gonzalez

mardi 16 novembre 2010

[Nuit noire] Khanate — Pieces of Quiet



Accablante, étouffante, malsaine, dissonante, monstrueuse, abominable, la musique de Khanate est la bande son parfaite pour une séance de torture. Si vous hésitez à appuyer sur le bouton lecture ci-dessus, vous voilà prévenu(e)s.

Khanate est un groupe de doom metal, ce genre particulièrement lent, aux guitares sales, aux infrabasses d'outretombe et aux thèmes complètement désespérés. Si vous avez déjà entendu parler de doom, le nom de Sunn O))) vous vient peut-être à l'esprit ; ce groupe, qui tire son nom d'une marque d'amplificateurs (et fait aussi référence à Earth, les pionniers du genre), s'est vite imposé comme la référence en matière de… hum, de drones très graves au son crade qui s'étirent pendant des lustres, éventuellement accompagnés de voix caverneuses. Il paraît que c'est une expérience très puissante en live, où le groupe joue à un volume extrêmement élevé, mais d'habitude Sunn O))) me frustre et m'ennuie passablement (pourtant j'aime le drone et le dark ambient)…

Il me faut quelque chose de plus pour apprécier le doom, que ce soit le son paradoxalement onirique et lumineux (qui ferait presque — presque — penser au shoegaze par certains aspects) de Nadja ("Touched" est un excellent album), ou au contraire, cette descente aux enfers qu'est Khanate, poussant à son paroxysme tout ce qu'il peut y avoir de noir, de malsain et de torturé dans le genre.


Les chansons de Khanate s'étirent sur une dizaine de minutes en général, avec les cris dérangés et agressifs d'Alan Dubin, la guitare du fameux Stephen O'Malley (qui joue dans de nombreux groupes de doom et s'occupe aussi de l'artwork), la basse de James Plotkin (dont le projet Phantomsmasher est un OMNI quasi-inclassable), et la batterie aux tempi lents et implacables de Tim Wyskida.

Sur le premier album, "Khanate" (dont provient Pieces of Quiet), les compositions maintiennent encore un certain équilibre entre l'inexorable (les battements et hurlements quasi-inhumains que l'on prend plaisir à endurer pendant de longues minutes) et l'inattendu (ces ouvertures, ou plutôt déchirures, qui infligent de nouvelles dissonances à l'auditeur (-trice), qui en redemande). Sur le deuxième album, "Things Viral", tout se disloque, les structures classiques s'écroulent, la voix devient encore plus torturée et l'auditeur (-trice) doit réellement s'accrocher pour suivre la logique de ces décombres labyrinthiques, pistes à la géométrie lovecraftienne qui ne semblent plus aller nulle part et ramènent parfois l'auditeur (-trice) à son point de départ sans qu'on comprenne pourquoi (ce qui peut être frustrant). J'avoue ne pas avoir encore écouté "Capture & Release", mais le dernier album (post-séparation) du groupe, "Clean Hands Go Foul", incorpore plus de manipulations et modulations électroniques et sonne presque moins noir que les deux autres albums (les deux premières pistes semblent partager des caractéristiques avec le rock, la troisième avec l'ambient, même si les différences sont subtiles et que tout reste du Khanate),… jusqu'au final complètement nihiliste, une demi-heure éparpillée, quasiment vidée — et à mon avis moins convaincante que d'habitude.

Certes, il faut soit être d'une humeur très particulière (suicidaire ? meurtrière ?), soit se forcer un peu pour s'envoyer du Khanate… mais en insistant, l'horreur de Khanate se révèle être particulièrement prenante, étonnamment jouissive et, par certains aspects, admirable.


— lamuya-zimina

jeudi 9 septembre 2010

[Réveille Matin] of Montreal - Mimi Merlot

Bonjour à tous ! Ce matin, je ne vais pas vraiment aider certains à se débarrasser de l'idée que nous ne sommes qu'un tas de ronchons qui crachent sur tout ce qui est plus ou moins hype, puisque je vais causer de of Montreal du temps où le groupe était encore écoutable. Non mais comprenez moi, j'ai du respect pour vous et je ne voulais pas que votre journée commence avec ce genre de choses (Si vous cliquiez sur ce lien avant d'écouter le morceau de ce matin non seulement vous vous feriez du mal mais en plus vous me donneriez tort. Un peu de sérieux.) Écoutez plutôt : en 2001 le groupe sortait "Coquelicot Asleep in the Poppies : A Variety of Whimsical Verse," un monument bordélique de pop complètement jetée, nourrie d'influences sixties avec ces suites d'accords tordues sur lesquelles pianos rencontrent guitares fuzz, percussions obscures ou flûtes et violons timbrés, le tout dans un foisonnement incroyable puisque rares sont les morceaux qui, passées quelques mesures, ne se retournent pas comme un gant pour nous surprendre là où l'on s'y attend le moins. Une sorte de pop psychédélique moderne incontrôlable créée par un groupe tout à fait à l'aise dans son foutoir et capable de vous faire chantonner à tue-tête des jours durant le bon million de mélodies fulgurantes qui parsème cette heure de musique sans temps mort.


(of Montreal - Mimi Merlot)

of Montréal ne va pas seulement chercher dans les années soixante un style d'écriture ou de production, mais aussi cette idée vaguement conceptuelle de personnages absurdes qui prennent vie le temps d'un morceau comme on pouvait en croiser en 67 au détour des albums des Beatles (Le Sgt Pepper's et ses acolytes Lucy, Mr. Kite ou Billy Shears) et de Pink Floyd (The Gnome, Emily, Lucifer Sam). Au milieu des aventures sous acide de Mr. Edmington, Isabell, Rose Robert et du détective Dulllight, le morceau de ce matin vous parle de Mimi Merlot, "the most convincingly non-fictictious character that i know," et vous raconte comment celle-ci a séquestré son ami Manuel dans la penderie avant de lui faire des propositions graveleuses. C'est un véritable montagne-russe pop qui n'a aucun complexe à enchaîner des idées brillantes et hilarantes en une poignée de secondes, et si rien là-dedans ne vous arrache ne serait-ce qu'un franc sourire, et bien n'allez plus jamais nous taxer d'aigris, non mais !


Thelonius H.

mercredi 7 avril 2010

[Réveille Matin] Stephen Malkmus - Pink India

Bon, alors, concentrez-vous chers lecteurs. C'est le matin, mais la culture ne fait pas de mal. On est au 19ème siècle. Ça fait déjà une paie que l'Asie est devenue une zone où les Européens font des ronds dans l'eau pour faire du commerce, voire s'installer tant qu'on y est. Depuis Vasco de Gama, cette zone immense a changé, beaucoup, ce qui a créé au fil des ans certaines tensions qui n'iront d'ailleurs pas vraiment en s'améliorant. Mais le 19ème siècle en Asie, c'était une rivalité particulière entre deux géants. D'un côté, l'empire Britannique, puissant, ayant colonisé l'Inde et comptant bien conserver sa sphère d'influence sur les alentours. De l'autre, un empire Russe qui désirait prendre de l'importance dans la région et consolider les territoires fraichement acquis auprès d'un empire Ottoman sur le déclin. Pour nos deux puissances, une seule solution pour parvenir à leurs fins : prendre la tête de l'Asie Mineure, de toutes ces zones autour de l'Afghanistan qui n'étaient que sous des contrôles locaux. On a appelé cela "The Great Game." Une sorte de mini-guerre froide qui parcourra tout le siècle, avec des accords, des pactes, jamais vraiment de guerre déclarée, mais la peur des Anglais qui voulaient protéger leur Inde colonisée face à "l'ours Russe."

Les relations entre les Indes Anglaises et l'Afghanistan avaient été difficiles depuis les années 1830, avec déjà deux guerres. De surcroit, le pays était tiraillé par ce conflit entre les Russes et les Anglais, chacun essayant de marquer son territoire, quitte à piquer un peu de territoire afghan. On a donc forcé l'émir afghan Abdur Rahman Khan (photo ci-dessus) à marquer clairement les frontières de chaque côté dans l'optique de faire de l'Afghanistan un état-tampon entre les deux puissances. C'est là qu'intervient le diplomate anglais Mortimer Durand, né aux Indes en 1850, qui fait la pose sur la photo à gauche. Ce brave gars a été en charge des affaires étrangères en Inde de 1884 à 1894, et c'est à cette période qu'il s'est fait connaître en écrivant un chapitre de ce "grand jeu," puisqu'il a délimité en 1893 la frontière entre les Indes Anglaises et l'Afghanistan, un tracé qu'on a appelé la ligne Durand, toujours d'usage (sauf que c'est une frontière avec le Pakistan aujourd'hui), et qui délimitait clairement les zones d'intervention politique entre les deux pays, même si ça ne tenait pas vraiment compte des réalités du terrain et des peuples qui y vivaient. C'est un sujet complexe bien sûr dont je ne vous donne qu'un résumé très bref et qui élude les questions des territoires récupérés par les deux pays et de ce que pensait Abdur Rahman Khan de cette frontière qu'il voyait plutôt comme purement politique mais pas concrète, ou du fait que cela n'a pas empêché une troisième guerre entre les deux pays en 1919, que ce n'était pas non plus la fin du "Great Game" etc.

Quoi ? Vous n'aimez pas l'Histoire peut être ? Ça ne vous intéresse pas les enjeux géopolitiques d'il y a 120 ans ? Pfff. Ok. Mais si c'est Stephen Malkmus qui en cause ? Ah, là, tout de suite, ça change un peu les choses non ? On l'oublie souvent, mais Malkmus, avant d'être le mec le plus cool du monde, était un étudiant qui avait fini major en Histoire. Ça n'a l'air de rien, mais il a parfois réutilisé ses connaissances pour les remodeler, très librement, et les utiliser dans ses paroles. Sous la forme de références, le plus souvent. Parfois, un peu plus. Si je vous dis que Conduit For Sale! parle de la situation de la ville de Turin sous l'autorité de la Maison de Savoie au 18ème siècle, vous me croyez ? Quoiqu'il en soit, issu de son incroyable premier album solo sorti en 2001, Pink India raconte ce dont j'ai causé précédemment. Avec peut-être moins de détails. Beaucoup moins en fait. Et avec des erreurs (Mortimer ne vient pas de Stoke-On-Trent, c'est du RÉVISIONNISME). Mais il en parle, et le résultat est absolument magique, un sommet de composition douce-amère dans lequel Malkmus chantonne à propos de Mortimer, de l'Inde, de l'Afghanistan, d'alcool sur une petite mélodie entachée par une mélancolie lointaine doublée à la guitare acoustique. Et, je ne cherche pas à vous spoiler le morceau avant que vous ne l'écoutiez dans le lecteur sur votre gauche, mais sachez que vers 3m30, il y a un petit changement, très léger, quelque chose qui se modifie délicatement, et que ce simple passage là suffit à justifier toute cette histoire de frontière là-bas en Asie, vraiment, un éclat de génie pur. Et un bel espoir pour les gens qui vont avoir une licence d'histoire qui ne leur servira à rien. Comme votre serviteur. Ahem, bonne journée.


Emilien.


Bibliographie :
- Jacques Sapir et Jacques Piatigorsky (dir.), Le Grand Jeu, enjeux géopolitiques de l'Asie centrale, Autrement, Paris, 2009.

(Non c'est faux, j'ai utilisé Wikipédia comme une tâche, mais si ça vous intéresse...)

jeudi 18 mars 2010

[Fallait que ça sorte] The Avalanches - Since I Left You


Cette semaine, j’ai décidé de ressortir un classique du début du siècle, l’un des albums hip hop les plus réputés en matière de sampling et d’arrangements : je veux parler de "Since I Left You," du duo australien The Avalanches.

Avec une première sortie (australienne) en novembre 2000, puis une seconde en 2001 pour le Royaume-Uni et l’Amérique du nord, "Since I Left You" s’était propagé au point de devenir l’un des albums les plus populaires de l’année.

Du haut de ses 18 morceaux, "Since I Left You" offre un vaste spectre d’exploration musicale. Bien que le style dominant soit clairement le hip hop, on retrouve par petites touches une multitude d’ambiances différentes, finement insérées dans les morceaux, qui s'en trouvent souvent chargés, mais sans aucune problème de lourdeur. Ils semblent plutôt se prolonger les uns les autres, et se répondre d'une façon homogène.

Techniquement, l’album est très riche en arrangements de toutes sortes. Les deux australiens sont bel et bien passés maîtres dans l’art du réaménagement de chansons originales au sein d’un cadre totalement différent. Ainsi, le hip hop se mélange à de petites guitares bossa nova, à du funk (Radio) ou à du blues. Sans oublier bien sûr un peu d’electro (Two Hearts in 3/4 Time) et même un (bon gros) accent gangsta (sur Avalanche Rock). Agrémentés de sons variés, tels que le chant des oiseaux, entre autres, "Since I Left You" semble se reposer dans sa douce omniprésence, embrasser d’un regard une urbanité marquée, les ambiances de fêtes branchées des lofts New Yorkais, mais il suggère également des havres de paix, de temps à autre, temporisant ainsi l’écoute. La prépondérance revient tout de même à l’urbanité, il faut le dire, l’auditeur est comme englobé dans cette sphère "party," et il s’y sent très bien.

The Avalanches, en concoctant son premier album, a pointé différents aspects intéressants. Les deux australiens se sont tout d’abord révélés être empreints d’un grand sens du détail. "Since I Left You" est tout sauf foutraque, ce n’est pas une masse de bruits, non, l’album relève au contraire d’une maîtrise des plus précises, c'est en quelque sorte un élégant patchwork possédant un fil conducteur solide. En cela, je trouve que l'entreprise ressemble un tantinet à celle de La Classe Américaine, ce film-détournement des films de la Warner, réalisé par Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette (à la propre initiative de WB), composé de centaines de scènes extraites de leurs contextes. Les deux œuvres développent en effet une manière assez semblable d'atteindre le but recherché: réutiliser des "morceaux," des "parties" d'un tout, pris hors de leur contexte, et leur donner un nouveau rôle, cohérent et original. Donner une seconde vie à John Wayne, alias Georges Abitbol, passé du cowboy stoïque à l'homme le plus classe du monde, ou offrir une seconde vie au Saïan Supa Crew, ce collectif de rap/reggae français alors en pleine actualité en 2001, et que l'on peut entendre sur Flight Tonight.



(le fameux clip du morceau éponyme, qui mixe lui aussi des éléments spatiotemporels différents en un tout attachant et séducteur)

"Since I Left You" est un album dynamique mais il sait aussi calmer le jeu, se poser le temps de quelques morceaux. Ainsi, l'auditeur pourra se décontracter au son de Tonight, de ETOH ou encore de Summer Crane et d'Extra Kings, situés davantage en fin d'album. Il en va de même pour Little Journey, titre assez cosmopolite qui regroupe certains des multiples visages de l'album à lui seul.


(Little Journey)

The Avalanches livre un travail d'une grande richesse, emblématique d'une certaine vision hype des expériences de clubbing, et surtout très ouvert. C'est agréable, tonique et cosy. Je ne sais pas vous, mais personnellement j'y retourne.


Hugo

jeudi 4 mars 2010

[Réveille Matin] Russell Watson - Faith of the Heart / Gavin DeGraw - I don't Wanna Be

Chers lecteurs, nous vous avons entendus. Certains parmi vous ont laissé entendre en début de semaine que notre évaluation du "potentiel honteux" des œuvres dont nous traitions était exagéré. Avec Jacques Chirac, hier, Thelonius a probablement mis les points sur vos i, mais je m'apprête à vous briser les côtes avec un double Réveille Matin qui ravira les amateurs de séries télévisuelles et foutra le cafard aux autres.

Commençons avec Russell Watson, inconnu au bataillon, mort au champ d'honneur pour ce qu'on en sait, qui a été choisi par des producteurs véreux/visionnaires pour composer le générique de la dernière série en date basée sur l'univers Star Trek : Enterprise. Il faut savoir que d'habitude (en sus de la série originale avec Spock, Kirk et compagnie, trois autres "spin off" avaient été créés avant l'avènement d'Enterprise) le générique d'une série estampillée Star Trek, ça donne une variation sur ce thème-là. Pour une raison que Monsieur Spock lui-même ignore, les tarés qui s'occupaient de gérer Enterprise ont pourtant confié leur générique à Russell Watson, un piètre songwriter doublé d'un rocker américain post-emo, soit la plus triste espèce de musicien imaginable à l'époque (2001, la série ayant pris fin en 2005). Lorsque, trekkie invétéré (déjà c'est un peu la honte), j'ai entendu pour la première fois cet outrage surprenant, j'ai maudit Watson et tout l'hémisphère Nord de l'Amérique de toutes mes forces.



Et pourtant, après une saison, je m'y suis fait. Mieux j'en suis venu à aimer le moment où l'introduction de l'épisode fond au noir et où les premières notes de guitare retentissent, au point de finir par chanter chaque vers issu de l'esprit malade et peu inspiré de Russell Watson. Je ne vais pas aller jusqu'à prétendre que j'avais trop vite jugé la chanson - elle est bel et bien mauvaise - mais j'aime ce générique (la chanson existe en version "longue," je vous l'épargne, une minute et vingt trois secondes étant bien suffisante) et j'en suis venu à considérer les producteurs d'Enterprise avec beaucoup de respect pour leur analyse si juste dans cette affaire.


Passons maintenant à Gavin DeGraw. Vous ne le connaissez certainement pas, mais il a eu sa petite carrière de rockeur bien nullard aux States, et son plus gros succès fut le générique de la série One Tree Hill (connue en France sous le titre "Les Frères Scott"). Guilty as charged d'avoir vu toutes les saisons de One Tree Hill... Bref, si vous aussi vous avez déjà posé les yeux sur cette (pas très bonne) série adolescento-basketballo-middleclasso-musico-nunuche, vous avez peut-être déjà entendu I don't wanna be, le gros gros succès de Gavin, qui illustrait à merveille l'univers de ces ricains trop jeunes pour avoir connu le punk mais fans de punk quand même et donc de Gavin DeGraw (what da ?!).



Finalement, ce qui fait que j'ai aimé cette chanson et que je l'aime encore, ça n'est pas l'incroyable bêtise déployée par Gavin dans les paroles ("All I have to do is think of me and have peace of mind (...) I don't want to be anything other than me") mais plutôt l'incroyable descente aux enfers qu'est la première phrase du refrain ("I don't wanna be anything other than what I've been trying to be lately") qui est à la fois une sorte de défi de diction (dans un genre différent de celui de Boby Lapointe) et une sorte d'improbable symétrie inversée de la montée rendue culte par Bruno Pelletier.

Pourquoi vous me regardez comme ça ?


Joe

lundi 1 février 2010

[Tip Top] Les années zéro

Il était temps, le temps est venu, voici enfin le top 30 des albums les plus appréciés par la Rédaction de C'est Entendu au cours de la décennie fraichement close. Plus qu'une liste (de plus), nous espérons que ce récapitulatif sera aussi pour vous l'occasion de découvrir (ou redécouvrir) quelques pépites que l'on peut désormais appeler sans sourciller "classiques."



30. Eels - Souljacker (2001)

Après des albums doux et tellement tristes dans les 90's, Mark Oliver Everett, a.k.a. E avait décidé de commencer la décennie en se mettant au rock après une thérapie et une nouvelle copine. Le résultat? Un album proprement jouissif où les "ballades indé" très marquées du style Eels (pillé ensuite par toute une plâtrée de musiciens qui se croyaient intéressants) sont entrecoupées de véritables tubes avec grosses guitares, groove d'enfer et, encore et toujours, shakers. Depuis, E s'est fait larguer et ses derniers albums sentent la vieillesse. "Life ain't pretty for a dog faced boy".


29. Liars - Drum's Not Dead (2006)

Ces trois mecs avaient débuté la décennie comme "un autre groupe de la vague disco-punk" et même l'un des meilleurs, à vrai dire, mais rien ne laissait présager qu'à chacun de leurs essais ils franchiraient un pallier supplémentaire dans l'expérimentation sonore et rythmique. Sur "Drum's not dead" troisième LP, le stade de l'album concept (centré autour de l'énigmatique personnage appelé Drum) plus vraiment disco, ni même punk, d'ailleurs, était atteint. Si l'on en croit Liars, le "post disco-punk" est une sorte de transe tribale schizophrène menée tambour battant par des dingues enfermés dans une cave sordide.


28. Madvillain - Madvillainy (2004)

Le seul album de hip-hop de notre top est l'un de ceux qui ont réussi à acquérir un statut culte chez les indie rockeurs les plus convaincus. En gros, un album de hip-hop pour ceux qui n'aiment pas vraiment le hip-hop. Mais franchement, qui pourrait résister à ce gros foutoir enfumé au foisonnement d'idées étourdissant? Sur les instrus en forme de collages imprévisibles de Madlib se pose la grosse voix caoutchouteuse de MFDOOM, et le résultat parfois franchement hilarant et surtout étonnamment accessible apparaît alors comme l'évidence même : le cool fait musique.


27. Tool - Lateralus (2001)

Maynard est un sale con, et Tool est un (vieux) groupe de Métal Progressif. A partir de là, vous pouvez soit tracer la route, soit avoir confiance en nous et jeter une oreille curieuse à ce que le Métal a fait de plus intéressant, de moins bête, et de plus geek depuis... le précédent album de Tool, "Aenema" (en 96). Notez qu'au moment des faits, le meilleur batteur du monde était derrière les futs.


26. Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

La folk a parcouru un sacré chemin dans les années 2000, ça c'est sûr, et cet album est un peu le témoin de ce que certains ont su en tirer au bout du compte : une musique capable d'un psychédélisme retenu, au son dense, organique, et qui dévoile sa force et sa richesse avec les écoutes jusqu'à nous engloutir totalement.



25. The Strokes - Room On Fire (2003)

Les Strokes sont meilleurs sur "Room on Fire", c'est un fait. On peut les préférer en gamins rentre-dedans un peu niais mais terriblement efficaces, c'est clair, mais ils sont meilleurs lorsqu'ils assument toutes leurs influences (power pop et reggae, on est clairement entre 76 et 78 ici), qu'ils prennent leur temps et qu'ils tirent de leurs guitares toute une variété de sons en laissant à leur chanteur le loisir de démontrer qu'il n'est pas seulement l'auteur de NYC Cops. Le meilleur album du "Retour du Rock" donc.


24. Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash (2008)

Je me souviens d'une interview de Malkmus datant de 1994 qui parlait de "Crooked Rain, Crooked Rain" (de Pavement donc), et dans laquelle il disait quelque chose comme "Avec cet album, on a enfin assumé nos côtés un peu classic rock". Il lui aura fallu 14 ans et un groupe en béton (avec Janet Weiss à la batterie, forcément) en fait pour finalement faire un album de classic rock. Des morceaux fleuves qui sont comme des leçons de guitare électrique, mais qui n'oublient jamais d'être pop et délicatement tordus. Certes, vous allez me dire, "mais Malkmus a fait ça un peu toute sa vie non?". Oui, mais là, c'est du très haut niveau. Et c'est pas Joe qui dira le contraire dans sa review sur le sujet.


23. Fever Ray - Fever Ray (2009)

Sorte de messe noire étrange mêlant l'électronique de The Knife, l'excentricité de Kate Bush et les sonorités de Vangelis au chant disco-emo de Karin Dreijer Andersson, "Fever Ray" est une perle noire faisant de l'oeil à quiconque a un jour rêvé d'une artiste electro qui ait à la fois une voix et des idées à elle.



22. My Feet In The Air - Hoshi Mushi (2008)

Vous ne connaissez sans doute pas My Feet In The Air, mais avec deux petits E.P. et une discographie qui fait en tout 19 minutes, cette jeune française venue de toute la scène bazar autour de The Snobs a créé un univers particulier absolument unique, où tout est réduit à une échelle magique de façon à ce que quelques petits glockenspiel et un petit ukulélé suffisent à vous transporter ailleurs. C'est d'une richesse et d'une inventivité incroyable et c'est fait avec des petits bouts de ficelles.


21. Herman Düne - Giant (2006)

Le dernier album rassemblant toute la famille Herman Düne. Un disque de pop lalala, deux songwriters complémentaires, des arrangements moelleux, poppy et réservés à la fois, des refrains singalongs et une ambiance homogène et confortable...



20. Final Fantasy/Owen Pallett - He Poos Clouds (2006)

Owen Pallett est un génie, il l'a encore prouvé récemment, mais ce n'est pas son premier chef d'œuvre, loin de là. Pour se le prouver, il faut écouter "He Poos Clouds", deuxième album sous le pseudo Final Fantasy, enregistré avec un quatuor à cordes et dont les morceaux sont basés conceptuellement sur les écoles de magie de Donjons & Dragons, si si. Le résultat est d'une splendeur étrange et d'une profondeur qu'on ne se lasse pas de sonder, avec des dissonances et autres polyrythmies qui troublent autant qu'elles fascinent.


19. Elliott Smith - From A Basement To A Hill (2004)

Posthume, ce qui devait être un double album monumental, n'est au final qu'une collection de chansons assemblées par les proches d'Elliott. Empreint d'une violence implicite ne débordant pas sur les mélodies, et doté d'arrangements toujours aussi délectables et classieux que sur "Figure 8", "From a Basement on a Hill" n'est peut-être pas ce qu'avait imaginé Elliott Smith, mais il reste néanmoins un album rempli de bonnes chansons, d'émotion et de bonnes idées.


18. Jim O'Rourke - Insignificance (2001)

D'abord la free-folk de papa John Fahey. Puis la pop orchestrale de tonton Van Dyke Parks. Et au début de la décennie, Jim O'Rourke, pour son troisième album pop sur Drag City se lance finalement dans un essai de rock 70's absolument magnifique. Sur des compositions inventives aux paroles hilarantes et misanthropes, Jim déploie tout son talent d'arrangeur génial et pop, et le résultat est époustouflant, que ce soit sur les ballades matinées de steel guitares crépusculaires ou bien sur les morceaux plus efficaces et rock que sa voix nonchalante rendent plus-que-parfaits.


17. Joanna Newsom - Ys (2006)

Après un album de vignettes rêveuses harpe/voix qui montrait déjà un sacré talent d'écriture, Joanna Newsom livre sans prévenir en 2006 un monolithe fascinant qui emmène la folk plus loin qu'elle n'a sans doute jamais été à travers cinq longues fresques lyriques. Soutenue par les arrangements orchestraux sublimes du vétéran Van Dyke Parks, sa voix maligne maîtrisée jusque dans ses grincements nous entraîne dans les multiples détours et rebonds d'un grand voyage à l'imaginaire foisonnant.



16. Blur - Think Tank (2003)

Après avoir écrasé toute concurrence pop dans les années 90, après avoir matiné ses hymnes plus anglais qu'une pause thé au milieu d'une partie de cricket d'indie-rock américain, après avoir repoussé les limites de la pop sans avoir l'air d'y toucher avec le chef d'œuvre "13", Blur revient amputé de son guitariste génial dans un chant du cygne qui conjugue, entre autres, la lubie d'Albarn pour la pop expérimentale et sa récente passion pour la world music. Le résultat est un métissage fascinant et imprévisible, empreint d'une lassitude et d'une mélancolie extrêmes.


15. Blonde Redhead - Melody For Certain Damaged Lemons (2000)

Une fois qu'ils eurent bien digéré leurs influences (principalement Sonic Youth), le trio italo-japonais (?!) Blonde Redhead transforma son rock agressif et froid à guitares désaccordées en quelque chose de beaucoup plus pop, mais une pop hybride et sombre aux milles influences typiquement 00's qu'ils ont été les seuls à pouvoir faire aboutir comme sur cet album addictif.


14. Department Of Eagles - In Ear Park (2008)

Oui oui, on sait, Grizzly Bear, mais il ne faudrait pas non plus oublier Department of Eagles, le projet de Daniel Rossen et un ami à lui. "In Ear Park", par rapport à la beauté un peu froide de "Veckatimest" semble être un album plus humain, plus touchant peut -être, et c'est ce qui fait sa force sans doute. En tout cas, le mélange d'une folk riche et complexe avec des arrangements doucement surannés donne un résultat éblouissant, avec des passages lyriques qui vous tireraient des larmes.


13. Portishead - Third (2007)

Il ne reste plus grand chose ici des vétérans de l'indé des années 90 et pourtant, ceux parmi eux qui ont su aller au-delà de leurs acquis ont donné naissance à de vrais chef d'œuvres. "Third" est de ceux-là, et après dix longues années de silence, Portishead a su réinventer totalement son trip-hop froid et sombre sans faire la moindre concession en terme d'exigence et de recherche pour accoucher d'un album désespéré dans lequel se heurtent textures hantées, percussions crues et bruitisme sous delay. Et tout ceci en parvenant à faire la couverture de 20 minutes, ce qui est un sacré tour de force.


12. Electrelane - The Power Out (2003)

Elles étaient 4. Elles étaient anglaises. Elles aimaient le kraut rock, les orgues farfisa et les longues jams psychédéliques. Après un premier album enthousiasmant, elles avaient décidé d'aller voir Steve Albini et de faire des morceaux plus pop. Et ça a donné "The Power Out", un pur chef d'œuvre de rock alternatif, vraiment alternatif. Le résultat est bordélique, les morceaux sont tour à tour émouvants, jouissifs, épiques à grand coups de chorale ou minimalistes au piano, mais tout se tient pour former un ensemble unique et intelligent, dont on peut tomber amoureux facilement.


11. The Notwist - Neon Golden (2002)

Production nickel chrome, légère et sans accroc pour l'un des albums les plus pompés de la décennie. Malgré la mélancolie fatiguée qui le parcourt, il y a toujours cette envie de chanter les refrains et cette surprenante introduction d'un refrain COLLEGE ROCK inattendu sur One with the freaks, qui dégomme tout ce qu'ont fait les Smashing Pumpkins dans la même décennie.


10. Deerhoof - Apple O' (2003)

Le groupe le plus original de la décennie, peut-être même le groupe de la décennie tout court. Que ce soit avec la voix enfantine de Satomi, les guitares ultra complexes de John ou la batterie épileptique de Greg, Deerhoof a crée son propre style : de la pop noisy sans concession, à la fois très accessible et très riche. Sur "Apple O'", c'est un festival de tubes bizarres et d'une inventivité qui confine à la folie. Deerhoof est un groupe qui fait avancer la musique dans le bon sens, celui de la recherche permanente de l'idée tordue mais géniale qui fera d'un morceau déjà formidable un véritable chef d'œuvre. Et le mieux, c'est qu'ils y arrivent presque tout le temps.


9. Godspeed You! Black Emperor - Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas To Heaven (2000)

On n'a pas fini de se laisser ensevelir par les deux impressionnants chef d'oeuvre avec lesquels cette maison-mère du label montréalais Constellation a annihilé toute forme de concurrence dans la musique instrumentale pendant la décennie, avant d'exploser en presque autant de groupes passionnants que la formation avait de membres. Le premier de ces albums essentiels, "Lift yr. skinny fists like antennas to heaven", développe déjà en deux disques et quatre mouvements toutes les facettes d'une musique surpuissante, dévastatrice, qui réduit l'auditeur et ses émotions en miettes.


8. LCD Soundsystem - Sound Of Silver (2007)

James Murphy, son truc, c'est de mêler disco et punk et, en conservant la même base, d'ajouter les quelques détails à son morceau-témoin pour vous fasse danser d'une façon différente. C'est aussi le seul mec qui aura, dans un même album, utilisé à la fois des cowbells, Steve Reich et l'autodérision patriotique, pour faire groover deux ou trois accords qui n'en demandaient pas tant.


7. The Breeders - Title TK (2002)

Title TK EST les Breeders. Et peu de disques peuvent se vanter d'être plus COOLS que celui-ci. Avec un minimum d'arrangements, de chichis et de boucan. L'essentiel, rien de plus. Un MUST HAVE pour quiconque prétend aimer le rock.



6. Gorillaz - Gorillaz (2001)

Sacré Damon Albarn, vous ne pensiez tout de même pas que sa présence dans notre top allait s'arrêter là, non ? Parce que le lascar arrive dans la décennie bourré d'idées, et dans ses bagages, ce faux groupe animé plus cool que la mort qui lui servira surtout de salle de jeu avec assez d'espace pour faire venir les copains, car le bonhomme a le featuring facile. Un album de pop moderne foutraque et bancale, qui va chercher tant chez Bowie que dans le hip-hop, mais qui finit par tordre tous les codes et tout réinventer avec une innocence folle dans une orgie de sons tordus.


5. The Snobs - Albatross (2009)

En sept ans de carrière, et autant d'albums (sans compter les moult E.P.), le duo français The Snobs a réussi à se créer une univers unique qui mêle tout dans un grand capharnaüm magnifique, de la pop sixties la plus raffinée au noise rock le plus brutal. Un parcours exemplaire et inspirant qui s'est couronné l'année dernière par un album-somme, "Albatross", pur chef d'œuvre dans lequel on ne se lassera sans doute jamais de se plonger et de se perdre.


4. Arcade Fire - Funeral (2004)

Si l'on oublie deux minutes les dizaines de suiveurs minables qui ont copié à tort et à travers la recette "pop chorale de fin du Monde avec le désespoir comme refrain", on se souviendra que c'est avec un disque comme celui-ci (entre autres, mais celui-ci plus particulièrement) que l'indie pop a pu gagner la popularité (impensable il y a encore six ans) qui est la sienne aujourd'hui (on en entend partout et tout le temps à la téloche, on en passe en radio...). Ajoutez à cela le talent de songwriting du couple Chassagne/Butler, les batteries disco et les circonstances très à propos de l'enregistrement et vous obtenez un disque profondément touchant et révolté, véritable mine d'or pour quiconque aime chanter en chœur avec ses haut parleurs.


3. A Silver Mt. Zion - 13 Blues for Thirteen Moons (2009)

Héros déprimés des années 2000, les canadiens d'A Silver Mt. Zion sont passés progressivement d'un rock instrumental dépouillé à de grands albums de chorales limite punk sur murs du son post-apocalyptiques. Et si "Horses In The Sky" était déjà un immense album de tristesse collective, "13 Blues For Thirteen Moons" poussait la véritable nature rock du groupe à son paroxysme, avec des morceaux plus épiques que tout où la noirceur de certaines compositions fleuves de toujours plus de 10 minutes vient toujours être éclairée finalement par un espoir lumineux et mis en musique avec passion. Peut-être le groupe le plus sincère de la décennie. Et dont les codas auront donné le plus de frissons.


2. Radiohead - Kid A (2000)

Ce n'est évidemment une surprise pour personne tant Radiohead aura simplement dominé la première moitié de la décennie en redéfinissant la marche à suivre pour n'importe quel groupe aux ambitions expérimentales dans une trilogie parfaite qui fascine encore. Un peu hâtivement qualifié à sa sortie de "virage électronique" pour le groupe, "Kid A" défriche avant tout les possibilités d'une avant-garde accessible sans être jamais démonstratif dans ses idées tant la symbiose entre écriture et production est parfaite. Chaque morceau y est une perle indispensable dont la puissance désespérée nous touche encore.


1. Sonic Youth - NYC Ghosts and Flowers (2000)

C'est non seulement le meilleur disque sorti par Sonic Youth lors de cette décennie, mais aussi, selon une partie de la rédaction, le meilleur disque de Sonic Youth tout court. Première collaboration entre le groupe et Jim O'Rourke, c'est aussi un sommet de production. Le boucan, habituel chez Sonic Youth, n'est pas en reste, mais le rock bruyant des années 90 laisse ici la place à un groove froid, expérimenté sur de longues pistes compliquées comme sur des brûlots post-dadas. En guise de cerise, le final éponyme chanté par Lee Ranaldo plante le dernier clou sur l'édifice poético-musical New Yorkais le plus accompli depuis longtemps.



Évidemment, à cette liste peuvent s'ajouter quelques grands absents, on pense notamment à Stereolab ou, surtout, les Fiery Furnaces pour lesquels le choix d'un album en particulier aurait divisé la Rédaction au point d'occasionner coups, blessures et contusions. Mais au final il ne peut en rester que trente, et ce sont ces trente-là.


La Rédaction