C'est entendu.

samedi 6 février 2010

[Fallait que ça sorte] Keith Cross & Peter Ross - Bored Civilians

La question qui vous vient à l’esprit, c’est probablement « Mais qui sont-ils, ces deux-là? ». C’est légitime. J’y viens.

Keith Cross, guitariste, a tout d’abord fait partie, durant un an, de Bulldog Breed, un groupe vaguement psychédélique qui n’a jamais connu un franc succès, puis de T2 (photo à droite, Keith est au milieu) une formation early prog assez brillante, en compagnie de Peter Dunton et de Bernard Jinks (un membre des Breed également). Sur le premier (et fameux) album de T2 en 1970, "It Will All Work Out In Boomland," et alors qu’il n’a que 17 ans, Keith Cross apparaît déjà comme un prodige incontestable des six cordes. T2 dura deux ans pour Cross, qui s’en alla en 72 vers de nouveaux horizons. La pop avait, semble-t-il, remplacé le rock progressif dans son esprit, et il entendait déjà les longs soli au bottleneck et les violons l’appeler, pour remplacer le tapping et les triples croches. Et quand il eut définitivement décidé de s’y atteler, il le fit avec un certain monsieur Ross.

Peter Ross, très exactement. Malgré une carrière un peu méconnue, on sait qu’il chantait et jouait de l’harmonica dans Hookfoot, un groupe anglais, entre 70 et 74 dont les membres ont servi, chez DJM Records, de musiciens studio sur bon nombre d’albums du label (faisant aussi leur apparition sur certains CDs de Clapton). Ross a par ailleurs participé ultérieurement à un album réunissant pas moins de 17 musiciens, "Richard Thompson," un projet de 1976 du-dit Richard Thompson, qui après s’être éloigné de sa vie de producteur, voulait reprendre du service.

Le constat au préalable est donc qu’en 72, l’un s’était lassé de concocter ses longs et furieux soli progressifs, tandis que l’autre poursuivait sa route tranquille d’harmoniciste. La rencontre avait, comme de juste, tout pour aboutir.

C’est d’ailleurs en 1972 que la collaboration des deux hommes débutera et s’achèvera, aussitôt après la sortie de "Bored Civilians." Oui, mais quelle sortie. Qui aurait pu penser que deux hommes venant d’horizons aussi différents puissent tomber d’accord sur une musique pop si brillante, si précisément définie ? Personne, bien évidemment, pas même ces savants messieurs de Decca Records, chez qui étaient déjà sortis deux singles, plus tôt dans l’année, avant l’album parachevé. C’était chez Decca, oui, et ça se passait donc un an après que l’échec commercial de "Time Of The Last Persecution" d’un certain Bill Fay, ait permis à ces messieurs de rompre leur contrat avec ce dernier. Voilà pour l’anecdote. Deux singles donc, qui laissaient entrevoir l’ampleur du travail derrière le chef d’œuvre à venir.


(Bored Civilians)

Oui, n’ayons pas peur des mots, car c’est véritablement un chef d’œuvre de la pop anglaise des années 70 que concoctèrent les deux hommes...

L’album s’ouvre sur The Last Ocean Rider, un morceau de presque sept minutes, épique, d’un aboutissement rare. La première partie reste assez fidèle à une composition pop presque banale, bien que de fort bon goût, et le tout s’inscrit dans une grande oisiveté, assez onirique, très planante. Mais soudain, vers le milieu du morceau, le tout s’élève encore d’un cran, et on reste bouche bée devant le long, le très long finish instrumental, d’un cool indescriptible, d’un relâchement presque intraduisible à l’écrit. Les guitares harmonisent, les percussions s’additionnent et offrent ce petit quelque chose de plaisant, qui suscite chez l’auditeur un grand sentiment de bien être. C’est une entrée en matière des plus accrocheuses, elle définit assez lisiblement l’ambiance qui règnera tout au long de l’album. Tout de suite après, on trouve le titre éponyme, les fameux citoyens ennuyés (ou civils, choisissez) sont arrivés. Et Bored Civilians est un rubis. Il met grandement en valeur un travail sur la voix des plus soignés, se superposant délicatement à une guitare sans orgueil dont on se délecte, elle-même régulièrement rejointe par de subtils violons. Même si l’écoute pourrait nous laisser sombrer dans une agréable absence, il subsiste toujours une certaine précision qui ancre l’auditeur à la musique; c'est l'une de ces chansons prônant le doux survol sans jamais discréditer le port d’attache. On retrouve d’ailleurs plus tard dans l’album, un titre, au patronyme aérien, Fly Home, qui s’inscrit dans le même crédo. Là encore, la raffinerie Cross & Ross se surpasse. Épuré de toute percussion, le titre se trouve être léger, détaché, haut perché, apportant sa dose de calme et de sérénité à l’ensemble. La mise à profit des violons et des chœurs s’y déroule à la perfection, et ce sont ainsi encore sept minutes et quelque de bonheur auréolées d’une douce aura qui viennent s’additionner au tout.

(Can You Believe It)

Cependant, ce qui fait la force d’un long morceau envolé peut également faire celle d’un tube au sens strict. La preuve en est, sur la réédition fort appréciable de "Bored Civilians" (l’album) en 2007, par Can You Believe It, morceau absent de la tracklist à l’origine, et qui se positionne maintenant juste après la dernière piste de l'ordre original. Changement de décor, donc. Batterie, basse essentielle, et deux minutes cinquante six. Changement, certes, mais à bien y réfléchir, on retrouve le tandem chœurs + violons, déjà vainqueur, et qui dans ce cadre aussi, fonctionne à merveille. Le résultat se montre donc vigoureusement pop, plein de vie, et témoigne d’un certain prodige. On reçoit la petite claque dosée au gramme près qu’il nous faut pour redescendre de nos précédentes considérations d’horizons lointains et d’espaces vierges à perte de vue. Blind Willie Johnson, second titre ajouté sur la réédition, parachève efficacement tout cela, à sa manière, plus intimiste que le précédent, chose sans doute imputable à « l’effet » harmonica au coin du feu additionné au « fade in » initial, amorçant une chaleureuse guitare sèche. Et malgré l’excellence de l'album original, on peut dire que ces deux morceaux, préalablement sortis sous forme de single quelques mois plus tôt, trouvent leur place, et ne témoignent d’aucune rupture avec l’ensemble. Ce ne sont sûrement pas les deux titres greffés à la va-vite en fin de disque, dans un but alimentaire, pour relancer les ventes, mais bien au contraire ils démontrent une louable intention de donner aux auditeurs la possibilité de redécouvrir, 35 ans après, les débuts du duo.

L’album n’a cependant pas épuisé son stock d’efficacité. Ces messieurs Cross & Ross interprètent par exemple une sorte de All You Need Is Love, le fameux Peace In The End, chanté par Sandy Denny à l'origine, et choisi lui aussi pour être révélé au public, en qualité de second single en 72, reluisant de sympathie et de fraternité (les chœurs !), et qui constitue un morceau clef, très premier degré et vraiment accrocheur. Notons que "Peace in the End," le single, était accompagné à l’origine de Prophets Guiders, absent sur la réédition.

En sixième position, Pastels est une autre pure merveille pop. La composition simple et limpide rend la chanson paisible. Ce sont tout d’abord des guitares finement doublées à l’enregistrement qui accompagnent un chant aérien (encore un, lui aussi doublé, comme souvent sur l’album), puis le déclic, l’éblouissement, l’apparition de la batterie après plus de deux minutes sans la moindre percussion. Effet garanti : on est surpris, et pourtant cela coule de source. Et ce n’est pas fini. On peut encore s’arrêter sur une charmante ballade teintée de Far-West et de Stetsons, avec une envergure bien à elle, The Dead Salute. Sans empiéter sur le territoire de la musique country, exploration est faite de la possible frontière séparant cette dernière de la pop, et cela rend le morceau, à priori issu d’une composition plutôt courante, assez intéressant et cela lui confère un aspect cool qui l'ancre finement dans l’ensemble.


On aura évidemment pu remarquer que les deux comparses excellaient dans l’art de la fabrication de popsongs, mais ils ne s’en tinrent bien sûr pas qu’à cela. D’où un morceau tel que Story To A Friend, de plus d’onze minutes, dans lequel alternent passages chantés, avec forces chœurs, et passages instrumentaux contenant de longs soli de flûte, construisant sur une rythmique enrichie par des tams-tams une ambiance assez entraînante, mais aussi très relâchée. Un succès tout de même entaché de quelques longueurs, que l’on ne ressent pas forcément aux mêmes endroits, au fil des écoutes, ce qui est saisissant. Il faut en tout cas noter la basse, discrète, mais qui remplit bien son rôle, qui groove à souhait, et on sait combien c’est essentiel. Avec ce morceau, Cross & Ross expérimentent sur la durée une composition changeante, et le résultat mérite l’attention de l’auditeur. On pourrait même y voir un petit retour aux sources progressives de Cross, mais cela reste discutable, dans l’absolu.

Enfin, le morceau le plus court de l’album, et qui de surcroît ne se trouve même pas en dernière position, Bo Radley, ne représente pas un hypothétique et interminable adieu aux auditeurs, avec un fade out d’une minute (j’exagère), mais c’est LE morceau piano-voix, rempli d’émotion, simple et beau, triste même, dans un sens et c’est aussi l’un des morceaux les plus discrets de l’ensemble.

"Bored Civilians," pour faire court, est donc strictement incontournable pour tout amateur de pop, de folk, d’orchestrations planantes, de longues embardées lyriques, de compositions riches et soutenues et de productions plus qu’abouties. Le spectre est vaste, et la liste non exhaustive, bien entendu. Tenter de quantifier les richesses de cet album s’avèrerait sans doute plus vain que d’essayer d’imaginer Jandek faire un live drums & bass & flanger. Quoi ?! Comment ça ? Il l’a fait ?!


Hmm, enfin, vous m’avez compris.


Hugo.

vendredi 5 février 2010

[Alors Quoi?] C'est Entendu présente : Le Peu Importe, Volume 2

Chers lecteurs, nous y voilà, la bannière est en fête et les cœurs sont en joie : cela fait maintenant un an que C'est Entendu existe. Un an, près de 350 articles, des tas de commentaires, des heures sacrifiées pour vous offrir des octets et des octets de musique à découvrir, et nous ne regrettons absolument rien. Au contraire, vous êtes bien loin d'en avoir fini avec nous, oh ça non, et comptez sur nous pour souffler les bougies à nouveau l'année prochaine ayant, on l'espère, grandi encore un peu. Quoi qu'il en soit, même si c'est notre anniversaire, on a décidé d'inverser les rôles et de vous offrir un cadeau, pour vous remercier de nous lire, et même de nous dire parfois qu'on est des nullards à travers moult commentaires. Marquons le coup, sabrons le champagne, ouvrez vos pavillons, car voici pour vous :

LE PEU IMPORTE, VOLUME DEUX.



Voici la track-list (au cas où vous ayez mal vu la pochette au-dessus n'est-ce pas), préparée avec soin par Joe et moi-même :

SIDE A : Goodbye 2009

1. Calculator - Micachu & The Shapes
2. Madagascar - LAKE
3. Running Sheep - Elfin Saddle
4. Trehorne Beach Song - Wetdog
5. Mulatu - Mulatu Astatke & The Heliocentrics
6. Mirrored And Reverse - White Denim
7. Goodbye for Now - Jeffrey Novak
8. Save The Day - Huck Notari
9. Beach comber - Real Estate

SIDE B : Hello 2010

10. Repulsion - Quasi
11. Strolling Past The Old Graveyard - Gigi
12. Icarus - White Hinterland
13. Hold Out - Washed Out
14. No Barrier Fun - Liars
15. Blessa - Toro Y Moi
16. I'm New Here - Gil Scott-Heron

Disposant d'un artwork classieux et original dessiné par l'ami Benjamin, a.k.a. Baby Genius, Le Peu Importe Volume 2 vous offre pas moins de 52 minutes de musiques diverses et variées, passant du funk le plus cool au rock le plus garage, le tout avec de la chillwave pour faire plaisir à Joe, et même un peu de country pour faire plaisir à personne. Et le tout est carrément prog puisque c'est une compile concept. Sur une Face A imaginaire, vous trouverez des artistes dont on aurait pu, dont on aurait dû vous parler l'année dernière, mais que des raisons plus ou moins extérieures nous ont empêchés de traiter. Et puis sur une autre face B tout aussi virtuelle, vous trouverez des groupes qui sont quelques uns de nos espoirs pour 2010, même si l'on admet que la liste est loin d'être exhaustive et que certains d'entre eux sont déjà bien confirmés (je le dis maintenant pour que vous évitiez de nous dire en commentaires "QUOI, LIARS, UN ESPOIR, VOUS ÊTES DÉBILES OU QUOI? ET C'EST QUOI CE TOP DES ANNÉES 2000 LÀ, NON MAIS FAUT EN PARLER!" etc). Et si vous voulez plus d'informations sur certains artistes présents sur la compile, n'hésitez pas à nous le demander bien sûr.

Enfin, nous rappelons aux retardataires que le premier volume du Peu Importe est toujours disponible dans l'article qui lui était consacré. Une chance pour vous, si vous découvrez C'est Entendu d'avoir un bon panorama de ce que 2009 nous aura inspiré.

Maintenant, c'est votre tour, allez écouter ça et supportez les artistes sans lesquels on n'aurait rien à vous dire. Merci à vous et bonne écoute!


Émilien

Nota Bene : Si vous faites partie de l'un des groupes compilés ou que vous êtes associés d'une façon ou d'une autre au label ou à la maison de disques de l'un de ces artistes et que vous désirez que nous retirions le mp3 concerné du téléchargement, il vous suffit pour cela de nous contacter et de nous en faire la demande. Les mp3s proposés ne le sont que dans le cadre de la promotion des artistes et nous conseillons à nos lecteurs d'acheter les disques des artistes qu'ils auraient découverts grâce à ce medium.

jeudi 4 février 2010

[Réveille Matin] The Tallest Man on Earth - King of Spain

Bonjour à tous ! Ce matin, ou oublie deux minutes la chillwave, les tops de fin d'année, l'expérimentation et les querelles d'opinion pour se relaxer avec une chanson qui n'a rien d'original, écrite par un Grand Suédois qui n'a pas grand chose d'original non plus, et qui vous fera autant penser à Bob Dylan sur son second album, "The Wild Hunt," (à paraitre bientôt) que sur son premier, le plutôt bon "Shallow Graves" paru en 2008. Le Tallest Man on Earth revient donc avec sa folk simple et traditionnelle, une guitare, une voix et rien d'autre.


King of Spain, que vous pouvez aussi télécharger en cliquant ici.

Un constat s'impose pour qui connaissait déjà le bonhomme : il s'est dégotté un studio d'enregistrement cette fois-ci, et la chanson y gagne en puissance (et notamment sur le dernier refrain). Si comme nous vous êtes soucieux de terminer la semaine sur une note plus sereine qu'elle n'a commencée, vous prendrez avec le sourire ce premier pas vers la très bonne franquette que se révèleront proposer les jours à venir.


Joe

mercredi 3 février 2010

[Comptez Pas Sur Moi] Arnaud Fleurent-Didier - La Reproduction

C'est dur de ne pas avoir l'air d'être sadique et/ou aigri quand on dit du mal d'Arnaud Fleurent-Didier. Le garçon semble tendre tellement de bâtons pour qu'on le déteste qu'on tombe tout de suite dans la facilité, dans les trop grosses ficelles de la critique anti-chanson française du XXIème siècle, et ses fans de rappliquer en disant qu'on n'a rien compris, qu'on a tout pris au premier degré, qu'on n'aime pas la chanson française en fait, qu'on caricature bêtement et fait des comparaisons caduques, bref qu'on est à la ramasse en gros. Et pourtant, il va bien falloir qu'on le dise : "La Reproduction," annoncé par certains comme le premier grand album de la décennie, ou bien plus sobrement comme un excellent essai de pop à texte dans la langue de Molière est un disque proprement ridicule et creux qui prolonge la mort cérébrale dans laquelle la musique Française à texte semble être plongée depuis une éternité à grand coup de soliloques vains et d'influences d'outre-tombe.

En soi, en se penchant avec tant d'insistance sur ce qu'on imagine être sa vie, ou du moins la représentation de la mentalité des gens qui lui ressemblent, Arnaud Fleurent-Didier nous offre une sorte de blog mis en musique, et face à ces grands articles semi-ironiques mais avec toujours un fond de sérieux, on reste un peu pantois, se disant que certaines personnes ont vraiment l'air d'avoir quelque chose à dire sur leur vie. Arnaud blogue, avec ce langage toujours un peu littéraire mais jamais non plus éloigné de l'oral, comme un discours intime dont on aurait voulu faire du roman, façon Éditions de Minuit mais sans le style, et les mots finalement semblent ne jamais transmettre quoi que ce soit d'autre qu'une sorte d'altérité inimaginable. Qu'est ce qui se passe quand on ne se reconnait pas dans ces textes, et qu'ils nous semblent être de simples successions de banalités décortiquées qui tentent vainement de toucher l'auditeur et échouent à avoir une vraie profondeur émotionnelle? Si l'on n'aime pas Arnaud Fleurent-Didier, est-ce parce que l'on n'en a pas les moyens?



Par exemple France Culture, ce morceau qui parle apparemment à tous les trentenaires ayant eu une enfance pas trop défavorisée, que cherche-t-il à montrer? Rien, sans doute, juste des vides, des absences, ce qui a manqué, ce que les aïeux n'ont pas transmis : on le voit aussi dans d'autres morceaux de l'album. Mais Arnaud Fleurent-Didier fait de ce sujet qui pourrait être vaguement universel une dissertation assez vide à l'horizon limité, avec des successions de phrases en vrac comme seul moyen de définir ce qu'il est aujourd'hui et qui placent finalement ses morceaux dans une époque, un lieu, un contexte précis, alors que le sujet aurait mérité sans doute plus de hauteur, moins d'acharnement à vouloir tomber dans le concret, le petit, le quotidien. Le pire est atteint quand il teinte ses chansons d'un peu d'ironie, comme sur My Space Oddity (un morceau qui parle de Myspace, oui, sans rire), avec sa prose qui se veut acide et pas dupe vis à vis de notre époque ("Sur Myspace on rigole bien/On se fait des blagues et plein de copains"). C'est non seulement affligeant et pas drôle du tout, mais ça crée un univers un peu second degré dans lequel l'auditeur ne sait plus très bien ce qui est de l'humour, et ce qui n'en est pas. Ce flou est peut-être ce que l'on peut faire de pire en guise de paroles de chansons, c'est un procédé à la fois paresseux et insupportable.

Arnaud blogue, et à la fin de chacun de ses posts, il met le morceau qu'il est en train d'écouter en ce moment. Sous France Culture, il y a "Currently Listening : Serge Gainsbourg - Initials B.B.". Sous Mémé 68 (oui, il y a un jeu de mot), on peut lire "Currently Listening : Michel Polnareff" et le résultat donne l'un des pires refrains de l'album. Les influences sont tellement évidentes, les ficelles tellement grosses que l'on se demande où il veut en venir, si c'est une volonté de déférence face à des artistes qui ont du marquer sa jeunesse ou bien une vraie naïveté qui serait donc proprement terrifiante. Je vais au cinéma est un tel pastiche de William Sheller que l'on se demande si ce n'est pas un exercice de style. Il affirme que non en interview, on ne sait pas quoi en penser. Et là encore, la frontière ténue entre premier et second degré qui rend cet album si insupportable. Ces instrumentations qui sont d'un kitsch 70's outrancier sur des morceaux comme l'ignoble Risotto aux Courgettes (avec ses bruits de fouets en bonus qui suivent les paroles pour un effet horripilant), comment les prendre, comment les interpréter? Pris avec sérieux, l'album semble s'effondrer souvent sous une laideur infinie venue d'un passé que l'on aimerait ne jamais avoir à exhumer. Pris avec humour, on a le spectacle peu reluisant de la blague jaune musicale qui cache l'espèce de plaisir semi-honteux d'écouter des choses pareilles. Là où un artiste comme Katerine, auquel Arnaud fait parfois penser, a réussi à créer un univers bien à lui tout en incorporant ses influences (sur un album comme "Mes Mauvaises Fréquentations" par exemple, il y a 14 ans...), "La Reproduction" semble in-foutu d'avoir un style, une originalité, une présence, et sonne comme un catalogue générique d'ambiances vieillottes venues des années 60 et 70, incorporant des bribes d'actualité en la présence de synthétiseurs ignobles et d'une production lisse et molle.

En fait, l'album d'Arnaud Fleurent-Didier ressemble à un film de Christophe Honoré. Noyé dans ses influences qu'il ressasse sans aucun effort mais avec le secret espoir que les gens y verront sa propre patte, il se penche, se courbe et s'effondre sur lui-même en cherchant naïvement à y trouver un sens qui puisse porter chez chaque auditeur. Mais au final, ne restent que des voix monocordes qui ne transmettent rien et ennuient doucement quand elles ne provoquent pas des rires nerveux face à tant de bruit pour rien. Voilà un album qui voulait se pencher sur l'infra-ordinaire, magnifier l'intime, décortiquer la parole inutile, et qui finalement échoue lamentablement et sans style. Comme une conversation à sens-unique avec un mec auquel on n'a de toute façon rien à dire.


Émilien

[Réveille Matin] Stereolab - Olv 26

Bonjour à tous ! Hier, pendant que vous étiez tous captivés par notre top de la décennie et son débat inattendu et virulent, un lecteur a ressuscité un vieil article d'Émilien et n'y est pas allé de main morte pour nous faire comprendre nos différends. Et du même coup, il nous a semble-t-il reproché d'être des lecteurs assidus de Baudrillard. Ni une ni deux, j'enfonce le clou : sur C'est Entendu, on est plutôt Guy Debord, la société du spectacle c'est notre truc à nous, et je le prouve en évoquant le meilleur groupe de pop situationniste au monde, a.k.a. Stereolab, avec un extrait de "Emperor Tomato Ketchup," sorti en 1996 et qui a la solide réputation de meilleur album du groupe, même si pour tout vous dire, nous on lui préfère tout de même "Sound-Dust" sorti en 2001, dont Joe vous avait parlé un de ces quatre matins.

Sans pour autant nous laisser avoir par leurs revendications, le groupe y va fort sur cet album. La regrettée Mary Hansen nous parle de l'aliénation d'une société vampirisée par ses institutions dans Tomorrow is Already Here tandis que sur Motoroller Scalatron, Laetitia Sadier se demande sans cesse sur quoi celle-ci est construite. Et dans le morceau de ce matin, Olv 26, petit groove sucré qui part d'une transe minimaliste à la Suicide avant de décoller vers le cosmos en guitare timide et synthés tournoyants, le discours sur l'illusion du concept de paradis ("C'est un appel sourd, une promesse aveuglante qui noie la conscience") est complètement sublimée par l'intervention d'un spoken word qui vient nous susurrer à l'oreille "Le paradis est derrière moi, dans le ventre de ma maman". Voilà, vous lisez cette petite phrase et je suis sûr que derrière votre écran, vous pouffez vilement. Pourtant, ces quelques mots d'une innocence et d'une naïveté absolues, aux syllabes gentiment appuyées, ne font pas que me coller un sourire pas possible sur la tronche : ils donnent au morceau un aspect de petit nuage mélancolique où le temps s'étire et semble sans fin.




Thelonius.

mardi 2 février 2010

[Réveille Matin] Quasi - Simple Simon

On a l'air d'insister à vous parler d'eux tout le temps, mais l'album American Gong de nos chouchous absolus Quasi est sans doute l'album de rock qu'on attend le plus cette année. A tort ou à raison, on le saura seulement quand il sortira le 26 février, mais d'ici là, on a de plus en plus de preuves à charge pour dire qu'il sera sans doute le grand retour de ces mini-héros des 90's. La preuve d'aujourd'hui, c'est un morceau issu d'un petit E.P. sorti sur l'iTunes Store, intitulé "Repulsion," comme le fameux morceau qui sert de premier single à l'album. Et sur ce petit E.P., qu'est-ce qu'on trouve en face-b à côté d'une reprise de The Who? Simple Simon.



Et Dieu que ce morceau est bon, portant en lui tout ce qu'on peut aimer chez Quasi. La voix un peu fatiguée de Sam Coomes embuée dans un léger effet d'écho, portée par un piano qui martèle et balance des petites dissonances d'un cool extrême, et c'est comme si on n'avait jamais quitté ce groupe pourtant indispensable. Les solos sont épiques, y'a des chœurs drôles, un passage bizarre au milieu, et le plus fou, c'est que ce n'est qu'une face b. Quand un groupe en arrive au point de ne pas mettre un morceau pareil sur l'album, c'est forcément bon signe. Écoutez-ça tout de suite, et devenez impatient. Il le faut.


Sinon, vous savez quoi? Quasi passe le 24 Mai à Paris au Point Ephémère. Réservez votre soirée. Vous êtes obligés.


Emilien.

lundi 1 février 2010

[Tip Top] Les années zéro

Il était temps, le temps est venu, voici enfin le top 30 des albums les plus appréciés par la Rédaction de C'est Entendu au cours de la décennie fraichement close. Plus qu'une liste (de plus), nous espérons que ce récapitulatif sera aussi pour vous l'occasion de découvrir (ou redécouvrir) quelques pépites que l'on peut désormais appeler sans sourciller "classiques."



30. Eels - Souljacker (2001)

Après des albums doux et tellement tristes dans les 90's, Mark Oliver Everett, a.k.a. E avait décidé de commencer la décennie en se mettant au rock après une thérapie et une nouvelle copine. Le résultat? Un album proprement jouissif où les "ballades indé" très marquées du style Eels (pillé ensuite par toute une plâtrée de musiciens qui se croyaient intéressants) sont entrecoupées de véritables tubes avec grosses guitares, groove d'enfer et, encore et toujours, shakers. Depuis, E s'est fait larguer et ses derniers albums sentent la vieillesse. "Life ain't pretty for a dog faced boy".


29. Liars - Drum's Not Dead (2006)

Ces trois mecs avaient débuté la décennie comme "un autre groupe de la vague disco-punk" et même l'un des meilleurs, à vrai dire, mais rien ne laissait présager qu'à chacun de leurs essais ils franchiraient un pallier supplémentaire dans l'expérimentation sonore et rythmique. Sur "Drum's not dead" troisième LP, le stade de l'album concept (centré autour de l'énigmatique personnage appelé Drum) plus vraiment disco, ni même punk, d'ailleurs, était atteint. Si l'on en croit Liars, le "post disco-punk" est une sorte de transe tribale schizophrène menée tambour battant par des dingues enfermés dans une cave sordide.


28. Madvillain - Madvillainy (2004)

Le seul album de hip-hop de notre top est l'un de ceux qui ont réussi à acquérir un statut culte chez les indie rockeurs les plus convaincus. En gros, un album de hip-hop pour ceux qui n'aiment pas vraiment le hip-hop. Mais franchement, qui pourrait résister à ce gros foutoir enfumé au foisonnement d'idées étourdissant? Sur les instrus en forme de collages imprévisibles de Madlib se pose la grosse voix caoutchouteuse de MFDOOM, et le résultat parfois franchement hilarant et surtout étonnamment accessible apparaît alors comme l'évidence même : le cool fait musique.


27. Tool - Lateralus (2001)

Maynard est un sale con, et Tool est un (vieux) groupe de Métal Progressif. A partir de là, vous pouvez soit tracer la route, soit avoir confiance en nous et jeter une oreille curieuse à ce que le Métal a fait de plus intéressant, de moins bête, et de plus geek depuis... le précédent album de Tool, "Aenema" (en 96). Notez qu'au moment des faits, le meilleur batteur du monde était derrière les futs.


26. Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

La folk a parcouru un sacré chemin dans les années 2000, ça c'est sûr, et cet album est un peu le témoin de ce que certains ont su en tirer au bout du compte : une musique capable d'un psychédélisme retenu, au son dense, organique, et qui dévoile sa force et sa richesse avec les écoutes jusqu'à nous engloutir totalement.



25. The Strokes - Room On Fire (2003)

Les Strokes sont meilleurs sur "Room on Fire", c'est un fait. On peut les préférer en gamins rentre-dedans un peu niais mais terriblement efficaces, c'est clair, mais ils sont meilleurs lorsqu'ils assument toutes leurs influences (power pop et reggae, on est clairement entre 76 et 78 ici), qu'ils prennent leur temps et qu'ils tirent de leurs guitares toute une variété de sons en laissant à leur chanteur le loisir de démontrer qu'il n'est pas seulement l'auteur de NYC Cops. Le meilleur album du "Retour du Rock" donc.


24. Stephen Malkmus & The Jicks - Real Emotional Trash (2008)

Je me souviens d'une interview de Malkmus datant de 1994 qui parlait de "Crooked Rain, Crooked Rain" (de Pavement donc), et dans laquelle il disait quelque chose comme "Avec cet album, on a enfin assumé nos côtés un peu classic rock". Il lui aura fallu 14 ans et un groupe en béton (avec Janet Weiss à la batterie, forcément) en fait pour finalement faire un album de classic rock. Des morceaux fleuves qui sont comme des leçons de guitare électrique, mais qui n'oublient jamais d'être pop et délicatement tordus. Certes, vous allez me dire, "mais Malkmus a fait ça un peu toute sa vie non?". Oui, mais là, c'est du très haut niveau. Et c'est pas Joe qui dira le contraire dans sa review sur le sujet.


23. Fever Ray - Fever Ray (2009)

Sorte de messe noire étrange mêlant l'électronique de The Knife, l'excentricité de Kate Bush et les sonorités de Vangelis au chant disco-emo de Karin Dreijer Andersson, "Fever Ray" est une perle noire faisant de l'oeil à quiconque a un jour rêvé d'une artiste electro qui ait à la fois une voix et des idées à elle.



22. My Feet In The Air - Hoshi Mushi (2008)

Vous ne connaissez sans doute pas My Feet In The Air, mais avec deux petits E.P. et une discographie qui fait en tout 19 minutes, cette jeune française venue de toute la scène bazar autour de The Snobs a créé un univers particulier absolument unique, où tout est réduit à une échelle magique de façon à ce que quelques petits glockenspiel et un petit ukulélé suffisent à vous transporter ailleurs. C'est d'une richesse et d'une inventivité incroyable et c'est fait avec des petits bouts de ficelles.


21. Herman Düne - Giant (2006)

Le dernier album rassemblant toute la famille Herman Düne. Un disque de pop lalala, deux songwriters complémentaires, des arrangements moelleux, poppy et réservés à la fois, des refrains singalongs et une ambiance homogène et confortable...



20. Final Fantasy/Owen Pallett - He Poos Clouds (2006)

Owen Pallett est un génie, il l'a encore prouvé récemment, mais ce n'est pas son premier chef d'œuvre, loin de là. Pour se le prouver, il faut écouter "He Poos Clouds", deuxième album sous le pseudo Final Fantasy, enregistré avec un quatuor à cordes et dont les morceaux sont basés conceptuellement sur les écoles de magie de Donjons & Dragons, si si. Le résultat est d'une splendeur étrange et d'une profondeur qu'on ne se lasse pas de sonder, avec des dissonances et autres polyrythmies qui troublent autant qu'elles fascinent.


19. Elliott Smith - From A Basement To A Hill (2004)

Posthume, ce qui devait être un double album monumental, n'est au final qu'une collection de chansons assemblées par les proches d'Elliott. Empreint d'une violence implicite ne débordant pas sur les mélodies, et doté d'arrangements toujours aussi délectables et classieux que sur "Figure 8", "From a Basement on a Hill" n'est peut-être pas ce qu'avait imaginé Elliott Smith, mais il reste néanmoins un album rempli de bonnes chansons, d'émotion et de bonnes idées.


18. Jim O'Rourke - Insignificance (2001)

D'abord la free-folk de papa John Fahey. Puis la pop orchestrale de tonton Van Dyke Parks. Et au début de la décennie, Jim O'Rourke, pour son troisième album pop sur Drag City se lance finalement dans un essai de rock 70's absolument magnifique. Sur des compositions inventives aux paroles hilarantes et misanthropes, Jim déploie tout son talent d'arrangeur génial et pop, et le résultat est époustouflant, que ce soit sur les ballades matinées de steel guitares crépusculaires ou bien sur les morceaux plus efficaces et rock que sa voix nonchalante rendent plus-que-parfaits.


17. Joanna Newsom - Ys (2006)

Après un album de vignettes rêveuses harpe/voix qui montrait déjà un sacré talent d'écriture, Joanna Newsom livre sans prévenir en 2006 un monolithe fascinant qui emmène la folk plus loin qu'elle n'a sans doute jamais été à travers cinq longues fresques lyriques. Soutenue par les arrangements orchestraux sublimes du vétéran Van Dyke Parks, sa voix maligne maîtrisée jusque dans ses grincements nous entraîne dans les multiples détours et rebonds d'un grand voyage à l'imaginaire foisonnant.



16. Blur - Think Tank (2003)

Après avoir écrasé toute concurrence pop dans les années 90, après avoir matiné ses hymnes plus anglais qu'une pause thé au milieu d'une partie de cricket d'indie-rock américain, après avoir repoussé les limites de la pop sans avoir l'air d'y toucher avec le chef d'œuvre "13", Blur revient amputé de son guitariste génial dans un chant du cygne qui conjugue, entre autres, la lubie d'Albarn pour la pop expérimentale et sa récente passion pour la world music. Le résultat est un métissage fascinant et imprévisible, empreint d'une lassitude et d'une mélancolie extrêmes.


15. Blonde Redhead - Melody For Certain Damaged Lemons (2000)

Une fois qu'ils eurent bien digéré leurs influences (principalement Sonic Youth), le trio italo-japonais (?!) Blonde Redhead transforma son rock agressif et froid à guitares désaccordées en quelque chose de beaucoup plus pop, mais une pop hybride et sombre aux milles influences typiquement 00's qu'ils ont été les seuls à pouvoir faire aboutir comme sur cet album addictif.


14. Department Of Eagles - In Ear Park (2008)

Oui oui, on sait, Grizzly Bear, mais il ne faudrait pas non plus oublier Department of Eagles, le projet de Daniel Rossen et un ami à lui. "In Ear Park", par rapport à la beauté un peu froide de "Veckatimest" semble être un album plus humain, plus touchant peut -être, et c'est ce qui fait sa force sans doute. En tout cas, le mélange d'une folk riche et complexe avec des arrangements doucement surannés donne un résultat éblouissant, avec des passages lyriques qui vous tireraient des larmes.


13. Portishead - Third (2007)

Il ne reste plus grand chose ici des vétérans de l'indé des années 90 et pourtant, ceux parmi eux qui ont su aller au-delà de leurs acquis ont donné naissance à de vrais chef d'œuvres. "Third" est de ceux-là, et après dix longues années de silence, Portishead a su réinventer totalement son trip-hop froid et sombre sans faire la moindre concession en terme d'exigence et de recherche pour accoucher d'un album désespéré dans lequel se heurtent textures hantées, percussions crues et bruitisme sous delay. Et tout ceci en parvenant à faire la couverture de 20 minutes, ce qui est un sacré tour de force.


12. Electrelane - The Power Out (2003)

Elles étaient 4. Elles étaient anglaises. Elles aimaient le kraut rock, les orgues farfisa et les longues jams psychédéliques. Après un premier album enthousiasmant, elles avaient décidé d'aller voir Steve Albini et de faire des morceaux plus pop. Et ça a donné "The Power Out", un pur chef d'œuvre de rock alternatif, vraiment alternatif. Le résultat est bordélique, les morceaux sont tour à tour émouvants, jouissifs, épiques à grand coups de chorale ou minimalistes au piano, mais tout se tient pour former un ensemble unique et intelligent, dont on peut tomber amoureux facilement.


11. The Notwist - Neon Golden (2002)

Production nickel chrome, légère et sans accroc pour l'un des albums les plus pompés de la décennie. Malgré la mélancolie fatiguée qui le parcourt, il y a toujours cette envie de chanter les refrains et cette surprenante introduction d'un refrain COLLEGE ROCK inattendu sur One with the freaks, qui dégomme tout ce qu'ont fait les Smashing Pumpkins dans la même décennie.


10. Deerhoof - Apple O' (2003)

Le groupe le plus original de la décennie, peut-être même le groupe de la décennie tout court. Que ce soit avec la voix enfantine de Satomi, les guitares ultra complexes de John ou la batterie épileptique de Greg, Deerhoof a crée son propre style : de la pop noisy sans concession, à la fois très accessible et très riche. Sur "Apple O'", c'est un festival de tubes bizarres et d'une inventivité qui confine à la folie. Deerhoof est un groupe qui fait avancer la musique dans le bon sens, celui de la recherche permanente de l'idée tordue mais géniale qui fera d'un morceau déjà formidable un véritable chef d'œuvre. Et le mieux, c'est qu'ils y arrivent presque tout le temps.


9. Godspeed You! Black Emperor - Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas To Heaven (2000)

On n'a pas fini de se laisser ensevelir par les deux impressionnants chef d'oeuvre avec lesquels cette maison-mère du label montréalais Constellation a annihilé toute forme de concurrence dans la musique instrumentale pendant la décennie, avant d'exploser en presque autant de groupes passionnants que la formation avait de membres. Le premier de ces albums essentiels, "Lift yr. skinny fists like antennas to heaven", développe déjà en deux disques et quatre mouvements toutes les facettes d'une musique surpuissante, dévastatrice, qui réduit l'auditeur et ses émotions en miettes.


8. LCD Soundsystem - Sound Of Silver (2007)

James Murphy, son truc, c'est de mêler disco et punk et, en conservant la même base, d'ajouter les quelques détails à son morceau-témoin pour vous fasse danser d'une façon différente. C'est aussi le seul mec qui aura, dans un même album, utilisé à la fois des cowbells, Steve Reich et l'autodérision patriotique, pour faire groover deux ou trois accords qui n'en demandaient pas tant.


7. The Breeders - Title TK (2002)

Title TK EST les Breeders. Et peu de disques peuvent se vanter d'être plus COOLS que celui-ci. Avec un minimum d'arrangements, de chichis et de boucan. L'essentiel, rien de plus. Un MUST HAVE pour quiconque prétend aimer le rock.



6. Gorillaz - Gorillaz (2001)

Sacré Damon Albarn, vous ne pensiez tout de même pas que sa présence dans notre top allait s'arrêter là, non ? Parce que le lascar arrive dans la décennie bourré d'idées, et dans ses bagages, ce faux groupe animé plus cool que la mort qui lui servira surtout de salle de jeu avec assez d'espace pour faire venir les copains, car le bonhomme a le featuring facile. Un album de pop moderne foutraque et bancale, qui va chercher tant chez Bowie que dans le hip-hop, mais qui finit par tordre tous les codes et tout réinventer avec une innocence folle dans une orgie de sons tordus.


5. The Snobs - Albatross (2009)

En sept ans de carrière, et autant d'albums (sans compter les moult E.P.), le duo français The Snobs a réussi à se créer une univers unique qui mêle tout dans un grand capharnaüm magnifique, de la pop sixties la plus raffinée au noise rock le plus brutal. Un parcours exemplaire et inspirant qui s'est couronné l'année dernière par un album-somme, "Albatross", pur chef d'œuvre dans lequel on ne se lassera sans doute jamais de se plonger et de se perdre.


4. Arcade Fire - Funeral (2004)

Si l'on oublie deux minutes les dizaines de suiveurs minables qui ont copié à tort et à travers la recette "pop chorale de fin du Monde avec le désespoir comme refrain", on se souviendra que c'est avec un disque comme celui-ci (entre autres, mais celui-ci plus particulièrement) que l'indie pop a pu gagner la popularité (impensable il y a encore six ans) qui est la sienne aujourd'hui (on en entend partout et tout le temps à la téloche, on en passe en radio...). Ajoutez à cela le talent de songwriting du couple Chassagne/Butler, les batteries disco et les circonstances très à propos de l'enregistrement et vous obtenez un disque profondément touchant et révolté, véritable mine d'or pour quiconque aime chanter en chœur avec ses haut parleurs.


3. A Silver Mt. Zion - 13 Blues for Thirteen Moons (2009)

Héros déprimés des années 2000, les canadiens d'A Silver Mt. Zion sont passés progressivement d'un rock instrumental dépouillé à de grands albums de chorales limite punk sur murs du son post-apocalyptiques. Et si "Horses In The Sky" était déjà un immense album de tristesse collective, "13 Blues For Thirteen Moons" poussait la véritable nature rock du groupe à son paroxysme, avec des morceaux plus épiques que tout où la noirceur de certaines compositions fleuves de toujours plus de 10 minutes vient toujours être éclairée finalement par un espoir lumineux et mis en musique avec passion. Peut-être le groupe le plus sincère de la décennie. Et dont les codas auront donné le plus de frissons.


2. Radiohead - Kid A (2000)

Ce n'est évidemment une surprise pour personne tant Radiohead aura simplement dominé la première moitié de la décennie en redéfinissant la marche à suivre pour n'importe quel groupe aux ambitions expérimentales dans une trilogie parfaite qui fascine encore. Un peu hâtivement qualifié à sa sortie de "virage électronique" pour le groupe, "Kid A" défriche avant tout les possibilités d'une avant-garde accessible sans être jamais démonstratif dans ses idées tant la symbiose entre écriture et production est parfaite. Chaque morceau y est une perle indispensable dont la puissance désespérée nous touche encore.


1. Sonic Youth - NYC Ghosts and Flowers (2000)

C'est non seulement le meilleur disque sorti par Sonic Youth lors de cette décennie, mais aussi, selon une partie de la rédaction, le meilleur disque de Sonic Youth tout court. Première collaboration entre le groupe et Jim O'Rourke, c'est aussi un sommet de production. Le boucan, habituel chez Sonic Youth, n'est pas en reste, mais le rock bruyant des années 90 laisse ici la place à un groove froid, expérimenté sur de longues pistes compliquées comme sur des brûlots post-dadas. En guise de cerise, le final éponyme chanté par Lee Ranaldo plante le dernier clou sur l'édifice poético-musical New Yorkais le plus accompli depuis longtemps.



Évidemment, à cette liste peuvent s'ajouter quelques grands absents, on pense notamment à Stereolab ou, surtout, les Fiery Furnaces pour lesquels le choix d'un album en particulier aurait divisé la Rédaction au point d'occasionner coups, blessures et contusions. Mais au final il ne peut en rester que trente, et ce sont ces trente-là.


La Rédaction

Février 2010


Couverture par Baby Genius

A l'affiche :

Par la rédaction

Pour fêter la première année d'existence de C'est Entendu, une compilation à la pochette classe et légère qui fait le tour de ceux dont on a oublié de parler en 2009, et ceux dont il faudra parler en 2010. De l'histoire et de la prospective pour vos oreilles.


Par Joe Gonzalez

Un Joe en roue libre. Un article interminable. Un bilan de la décennie sans concessions. Des théories fumeuses. Du crachat et du câlin. C'est Entendu en un article.




Par la rédaction

Pour fêter dignement le passage de décennie, la rédaction de C'est Entendu a fait un top 30 de ses albums préférés des 00's. Nous avions juste oublié un peu que l'exercice du top pouvait porter à débat. Pour savoir ce qu'il en résulte, hmm, lisez donc les commentaires.



Vise un peu :

Album du Mois : Beach House - Teen Dream
4/5
Par Emilien Villeroy

Ni changement de direction, ni avancée, "Teen Dream" est avant tout un élargissement, comme si Beach House avait décidé de rester là où il était depuis deux albums pour simplement s'étendre et consolider son style, en toute honnêteté.

4/5
Par Emilien Villeroy

The Konki Duet a pris de l'envergure et a su mettre à profit ce nouveau statut, tout en restant ce groupe décalé, mystérieux, un peu bizarre, vraiment.


4/5
Par Joe Gonzalez

En 2009, Le Aids a voulu faire du bruit, et a prouvé de façon surprenante que le shitgaze américain pouvait avoir une influence non seulement intéressante mais aussi extrêmement efficace sur un artiste pop (français), ce qui n'était pas gagné d'avance.

4/5
Par Thomas Goo

2009 a été une année qui a vu la réputation de certains beatmakers se construire, parmi ceux là Samiyam, qui a commencé à sérieusement nous régaler de beats tous plus excellents les uns que les autres.


3,5/5
Par Emilien Villeroy

Aussi dévergondé qu'un Amish, aussi pop qu'un cercueil, et aussi coloré qu'un tableau de Pierre Soulages circa 00's. Scout Niblett décide de tout foutre en l'air en se débarrassant du superflu, et par superflu, elle entend tout ce qui n'est pas une guitare ou une batterie.

3,5/5
Par Joe Gonzalez

Chaz Bundick ne nous livre qu'un aperçu de ses talents avec ce premier album, et il est avéré qu'il est davantage un électronicien, dont l'aisance à travailler le son est bluffante


3/5
Par Emilien Villeroy

Sans être une véritable révélation, "Let's Burn" a valeur de belle introduction.



0,5/5
Par Joe Gonzalez

Epic Fail




0/5
Par Emilien Villeroy

En soi, en se penchant avec tant d'insistance sur ce qu'on imagine être sa vie, ou du moins la représentation de la mentalité des gens qui lui ressemblent, Arnaud Fleurent-Didier nous offre une sorte de blog mis en musique.


Fallait que ça sorte :

Par Hugo Tessier

A vrai dire, peu de choses ne fonctionnent pas sur "Would You Believe". Il y a chez le londonien cette propension à faire exploser subitement le rythme, à le transformer en quelque chose de très dansant, presque à la surprise générale, tout en conservant son immanquable aspect détendu et léger.

Par Hugo Tessier

Bored Civilians, pour faire court, est donc strictement incontournable pour tout amateur de pop, de folk, d’orchestrations planantes, de longues embardées lyriques, de compositions riches et soutenues et de productions plus qu’abouties.


Par Hugo Tessier

Accompagnant indirectement bon nombres d’heures de gloire de la télévision américaine aux côtés de Bugs Bunny et de Daffy Duck, les six hommes connurent une relative réussite.



Les réveille-matin et 45 tours :



C'est tout vu :

Les Fiery, enfin... (27 février)