C'est entendu.
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vendredi 23 décembre 2011

[Tip Top] Le fin du fin : les chouchous de la Rédaction en 2011

Vous avez pu vérifier votre taux de compatibilité avec le Top 2011 des Lecteurs de C'est Entendu. Voici le moment venu de vous signifier nos chouchous ultimes toutes catégories confondues, puis de préciser aux plus curieux d'entre vous le détail de nos choix, afin que vous puissiez nous cerner individuellement. Découvrez aussi les artistes que nous avons trouvés les plus convaincants sur les scènes de France et d'ailleurs, nos chansons et nos vidéos préférées.



Nous avons choisi


Les Meilleurs Albums de 2011, le vote de la Rédaction :



#1 Ex Æquo
PJ Harvey - Let England Shake
Duck Feeling - Die Ewigkeit Lieder




#3 Tim Hecker - Ravedeath, 1972





#4 Ex Æquo
Bill Callahan - Apocalypse
EMA - Past Life Martyred Saints


Attendez jusqu'à Janvier pour lire nos sentiments vis à vis de l'"Apocalypse"
Lisez le coup de poing dans le plexus reçu par Joe Gonzalez à l'écoute de "Past Life Martyred Saints"





#7 Ex Æquo
Handsome Furs - Sound Kapital
Radiohead - The King of Limbs





#9 St Vincent - Strange Mercy


Encore quelques jours avant la parution d'une critique de "Strange Mercy"



#10 Master Musicians of Bukkake – Totem III


Lisez l'étude clinique de l'aspect "populaire" de "Totem 3" par Joe Gonzalez



Avec l'installation à des postes stratégiques de fins gourmets du bruit, du silence, de l'expérimentation et de la désolation chez C'est Entendu, la Rédaction a naturellement développé une symbiose surprenante entre les sons agréables des sirènes pop et les tortures sonores de l'intellect ou des entrailles par des artistes peut-être plus en phase avec leur temps, que nous appelions de nos vœux depuis des mois déjà, et qui se partagent sans surprise les belles places de ce classement avec les attendus coups de cœur(s) de l'année. Ne soyons pas pour autant réducteurs car rien n'est bien léger de ceux que l'on rangerait dans les rayons pop/rock du mégastore : EMA nous a tiraillé et tiré des larmes, PJ, Bill et le duo Handsome Furs ont vivement teinté leurs disques d'une saveur politique et Annie, oh, Annie, on sait tous fort bien que sous le vernis blanc de sa pochette se cachent les crocs d'une guitariste au propos mordant et aux notes qui caressent à rebrousse-poil. Pas de Metronomy, pas de Gaga et en dehors du plaisir coupable de Radiohead, l'année 2011 a produit exactement ce que nous en attendions : critique, réflexions et hypertension.



Les Meilleurs Albums de 2011 selon chacun :
(et les pires choses survenues, tant qu'on y est)

Certains membres de la rédaction ont tenu à exprimer dans le détail leur point de vue sur l'année écoulée, de façon à vous aider à mieux les cerner. Avec des tops albums regroupant 5 disques qui nous ont particulièrement touchés (ce ne sont pas forcément les 5 pour lesquels nous avons votés pour le top général) et un état des pires trucs de l'année, voici à quoi ressemble la rédaction, dans le détail !


  1. Rome - Die Aesthetik der Herrschaftsfreiheit
  2. Grails - Deep Politics
  3. Nick Storring - Rife
  4. Yu Miyashita - Noble Niche
  5. Rain Drinkers - Springtide
Les Rain Drinkers (n°11 de mon top) m'ont séduit avec leur musique belle, secrète, inclassable et intemporelle… Inspirée par des esprits et des fantômes ? J'y croirais presque. Par des rêves, des souvenirs et des environnements loin des villes ? Je n'en doute pas une seconde. Yu Miyashita (n°5), c'est par son équilibre parfait entre sons électroniques "sauvages" et maîtrisés, ses nappes et formes musicales belles, nouvelles, étonnantes et séduisantes qu'il m'a conquis. Nick Storring (n°4) m'a convaincu par son travail fascinant sur des sons agressifs, tactiles et cristallins, et ses mélodies inattendues venues des quatre coins du monde musical.
J'ai aimé Grails (
n°3) pour leur pot-pourri de genres et d'influences rétro assumées, leur son qui va au-delà de tout ce que le post-rock avait en réserve, et surtout leurs mélodies qui font de l'album un "classique immédiat". Enfin, Rome est mon n°1 parce que c'est le seul album de l'année qui peut vraiment prétendre au titre de chef-d'œuvre ; une odyssée en trois volumes qui va au-delà de ce que tous les autres disques de 2011 ont proposé en termes d'ambition, à la fois très politique et très personnelle, superbe que ce soit dans les chansons ou les "scènes" plus abstraites.

Les pires trucs de l'année :
J'ignore facilement tous les trucs qui me gonflent dans l'actualité. Ce qui m'a le plus déplu au niveau musical cette année, je crois que c'est les horreurs qui passent au supermarché quand j'achète mes paquets de céréales… En 2012, si on garde cette question je répondrai peut-être "la décision qu'ont pris les majors d'arrêter de produire des CD". Mais ils ont encore le temps de revenir dessus.

lamuya-zimina
Comité Rédactionnel



  1. Mondkopf - Rising Doom
  2. Hauschka & Hildur Gudnadottir - Pan Tone
  3. Landscape - Landscape
  4. Stendeck - Scintilla
  5. Active Child - You are all I see

L'album de Mondkopf est celui qui m'a laissé le plus bel hématome de l'année. Construits autour de montées en tension, d'une rage inouïe puisant dans le métal, les titres se succèdent et écorchent le corps pris au piège dans cette noirceur. J'ai aussi trouvé mon bonheur dans la rencontre entre la violloncelliste islandaise Hildur Gudnadottir et le pianiste allemand Volker Bertelmann (Hauschka) qui improvisaient autour du thème de l'eau. Les albums que j'ai aimés m'ont accompagné toute l'année pour leur douceur et/ou les improbables rencontres des genres qu'ils ont occasionnées.

Les pires trucs de l'année : Le décès de Dj Mehdi.


Aurélie Scouarnec
la petite nouvelle spécialiste en électronique



  1. Little Dragon- Ritual Union
  2. DuckFeeling - Die Ewigkeit Lieder
  3. St Vincent - Strange Mercy
  4. EMA - Past Life Martyred Saints
  5. Handsome Furs - Sound Kapital
Année Orgasmique.

Les pires trucs de l'année : La disparition de Trish Keenan.

MLE
graphiste



  1. Radiohead - The King Of Limbs
  2. Sea Oleena - Sleeplessness
  3. Shabazz Palaces - Black Up
  4. Grouper - A I A
  5. The Dø - Both Ways Open Jaws
J'ai écouté du hip hop pour indie kidz avec Shabazz Palaces, dormi (ça n'est pas péjoratif) et accompagné mes trajets de bus avec Grouper, j'ai été estomaqué que cet EP de Sea Oleena n'ait pas suscité autant d'attention que le premier, car il le surpasse en tous points, j'ai VRAIMENT aimé cet album de The Dø et quant au Radiohead, aaaaah... Le Radiohead est un numéro un obligatoire parce que quoi que j'en dise ou que j'en pense, c'est l'album que j'ai le plus écouté cette année sous toutes ses formes. Pas vraiment réussi, avec un gros goût d'inachevé c'est vrai, mais au moins Radiohead sait encore faire ça, pondre un album qui ne satisfait personne. Cela prouve à mes yeux qu'ils sont encore dans la course, que leur U2isation n'est pas pour demain. (Cela dit, quand Björk fait la même chose, ma réaction est tout autre).

Les pires choses de l'année :
La sénilité. Lou Reed, David Lynch.


Joseph Karloff
Comité rédactionnel



  1. The Sea and Cake - Moonlight Butterfly
  2. The Flaming Lips - Strobo Trip
  3. Youth Lagoon - The Year of Hibernation
  4. EMA - Past Life Martyred Saints
  5. Chad VanGaalen - Diaper Island
Tout en haut de mon top personnel trônent deux disques qui attestent de la vivacité créatrice rassurante et même rafraichissante de deux groupes vétérans. Il faut écouter avec attention le neuvième album des chicagoans menés par Sam Prekop et Archer Prewitt, peut-être le plus abouti du groupe ; et il serait fort dommage d'être seulement agacé par les nouvelles expériences de la bande à Wayne Coyne, sans y abandonner ses deux écoutilles. On retrouve ensuite l'album de Youth Lagoon dont je n'attendais rien de spécial et qui fut une agréable découverte, la meilleure de l'année en ce qui me concerne, d'où sa présence ici. Un disque un brin emo, où je suis apparemment le seul à entendre les plus beaux restes de la non-regrettée chillwave. Enfin, pour clore mon top, deux albums qui prouvent que le rock indé n'est pas tout à fait mort et que si on veut encore en trouver la preuve, il vaut mieux s'intéresser à des œuvres personnelles, d'où émanent une sincérité forte et un propos infiniment plus pertinent que chez des groupes de plagieurs opportunistes et sans saveur tels que Yuck, Cymbals Eat Guitars, WY Lyf et consorts.

Les pires trucs de l'année : Je suis pas trop du genre à être dégouté des hypes, car je sais m'en tenir éloigné, j'évoquerai donc seulement la déception suscitée par le "sophomore effort" de Real Estate, groupe sur lequel j'avais placé quelques espoirs et dont j'avais bien plus apprécié le premier album. Ils ont l'air de s'être engagé dans une bien triste voie. L'album de Girls fait partie des pires trucs que j'ai écoutés cette année, aux côtés de certains morceaux de la BO de Fifa 12.

Félix
pigiste indie



  1. Mehdi Zannad - Fugue
  2. Proper Ornaments - Who Thought?
  3. Triptides - Psychic Summer
  4. Vivian Girls - Share the Joy
  5. Dreamdate - Melody Walk
Cet album (en français) de Medhi est plus assumé, plus frais, léger et vivant, il est superbe et se conclue sur le magnifique Paresse dans lequel on ressent presque l'esprit d'un Big Star ou d'un Emitt Rhodes. Alors parfois certains morceaux ne sont pas aussi parfait que cela, mais globalement ce disque a une fière allure, et c'est comme si un rêve se réalisait pour moi : de la pop de qualité chantée en français. Un disque que je n'attendais pas, et qui m'a conquis, tout comme l'EP des Proper Orniaments, et surtout la chanson Who Thought qui va à l'essentiel sans s'encombrer de gênantes parures. Les Triptides me font l'effet de Real Estate qui s'énerverait un peu mais ce disque mérite mieux qu'une suite de comparaison, c'est un plaisir simple frais et enjoué, et dans un registre encombré (les trucs un peu surf) il tire son épingle du jeu. Les Vivian Girls, elles, ont su cette fois-ci se mettre en danger: une qualité que trop rare de nos jours. On sent qu'elles essaient des trucs, parfois ça ne passe pas, mais quand ça fonctionne ça a quelque chose de grandiose. Quant à Dreamdate, c'est un disque "indie-pop" tout ce qu'il y a de plus classique a priori, mais sans que je sache au juste pourquoi, il a quelque chose en plus, une sorte de justesse et de sincérité qui en font un beau disque tout simplement, attachant et authentique.

Les pires trucs de l'année : Il y en a eu beaucoup, mais globalement je regrette que la musique soit chaque jour plus dématérialisée. Il ne s'agit pas de faire dans le "rétro" mais simplement du plaisir d'apprécier un disque, de la quête pour le trouver, du désir que l'on peut éprouver pour la musique. La dématérialisation est une démarche pragmatique et raisonnée mais la musique a besoin de passion et de fantaisie.

Alex Twist
spécialiste "rétropop à guitares"



  1. Handsome Furs - Sound Kapital
  2. PJ Harvey - Let England Shake
  3. Metronomy - The English Riviera
  4. Moon Duo - Mazes
  5. Born Bad Records (Cheveu, The Feeling of Love, Frustration, Magnetix...)
Handsome Furs mérite toute votre attention pour sa pertinence en 2011. J'ai été globalement déçu par le manque criant de lien entre la musique et la situation politique et sociale dans laquelle nous sommes plongés qu'on le veuille ou non, déçu aussi par la vacuité abyssale de ce qu'est devenu une grande partie de l'Indie-Rock. Face à ça Dan Boeckner et Alexei Perry ont la décence de s'attaquer de front à toute la merde qui nous étouffe et l'élégance de noyer le bon gout sous plusieurs couches de punk synthétique et franchement dégueulasse. La vulgarité plutôt que la reddition: enfin une vision crédible de notre époque. PJ Harvey reste dans le haut du panier avec un album exceptionnel et moderne, réappropriation de tout le folklore anglais pour une ode mélancolique à une Grande Bretagne fantasmée, vieil archipel isolé au large de l'Europe. Inégalé en 2011. Metronomy a publié un exemple rare et salvateur d'album pop intelligent parvenant à atteindre un niveau de popularité qu'auraient mérités beaucoup d'autres en leur temps. Moon Duo et son avatar Wooden Shijps ont été cette année les meilleurs représentant de l'alternative Indie-Rock psyché-heavy-shoegaze actuelle, ce qui justifie leur présence ici et enfin je tire mon chapeau au label Born Bad Records qui fut mon disquaire attitré avant de se s'affirmer comme l'un des meilleurs label de l'année avec notamment The feeling Of Love (écouté sur le tard) et les superbes Cheveu.

Les pires choses de l'année : Longtemps je voulais écrire ici "Animal Collective en 2009" (groupe que j'aime profondément) pour toute l'étendue de la médiocrité de ses suiveurs. Depuis j'ai trouvé pire: Le rayon musique de "l'espace culturel" Leclerc à Montceau-les-Mines. On ne se rend pas compte de la merde qui est encore de nos jours fourguée à nous autres masses prolétaires . Absolument affligeant.

Arthur Graffard
rédacteur



  1. Duck Feeling - Die Ewigkeit Lieder
  2. Bill Callahan - Apocalypse
  3. The Flaming Lips - Strobo Trip
  4. Handsome Furs - Sound Kapital
  5. Gang Gang Dance - Eye Contact
J'ai vécu une belle année musicale puisque tout ce que j'aspirais de mes vœux est arrivé. Des disques excitants, touchants, personnels certes, d'autres novateurs dans leur forme et leus structures (les Lips et Gang Gang Dance, notamment), et puis les musiciens se sont enfin remis à parler du Monde dans lequel ils vivent et j'ai aimé être d'accord avec certains textes, en trouver d'autres simplistes et d'autres encore complètement irritants, j'ai adoré. Et surtout, quelqu'un m'a demandé l'autre jour "mais en 2011, y'a-t-il eu des disques plus grands que nature ?" et je suis heureux de dire oui, il y en a eu. Les trois premiers de mon top sont d'ailleurs pour moi des classiques instantanés et je pense que je les écouterai toujours dans trente ans, si je ne suis pas clamsé à cause des mayas.

Les pires choses de l'année : Lana Del Rey, Bon Iver, WU LYF et le décès de Trish Keenan.

Joe Gonzalez
rédacteur en chef



  1. Jean Louis Murat - Grand Lièvre
  2. Philippe Poirier - Les Triangles Allongés
  3. Arnaud Rebotini - Someone Gave Me Religion
  4. Timber Timbre - Keep on Creeping On
  5. Daphné - Bleu Venise
La chanson française, les enfants, oui oui oui. Géométrie des sentiments, images surréalistes, envoutement des mots. C'est beau, ça nous occupe. Des merveilles, cette année. Des qui rappellent le premier album de Goldfrapp et l'essai de Beth Gibbons & Rustin Man ou les forêts sombres et immémoriales du rock, de celle dans lesquelles aime se perdrent les Laura Palmer. Bien plus qu'elles n'évoquent une chanson française familière Et puis Arnaud Rebotini, qui ne fait pas de chanson, mais qui creuse son sillon analogique et fait chanter ses vieilles machines. Techno rêveuse, mélancolique, sexuelle, menaçante, en rupture avec toute l'électro pour grosbills qui a pollué la dernière décennie. Organique (tiens donc…).

Les pires choses de l'année : Trop de hype toutes les semaines. Trop de nouveaux courants aux appellations débiles "Witch house ta mère". Trop de "rénovateurs de la pop" tous les deux mois.

D.E.L.
rédacteur



Les meilleurs vidéos musicales en 2011 :


#1 Radiohead - "The King of Limbs" Live From the Basement



Si Radiohead n'avait du donner qu'un seul concert autour de cet album, ça aurait été celui-ci. D'ailleurs, on préfèrera le visionner encore et encore que d'aller souffrir des cris fanatiques de leur horde de suiveurs dans une quelconque salle trop grande pour que s'exprime vraiment leur art.



#2 Connan Mockasin - Forever Dolphin Love



Pas de surprise, on l'a revu hier soir et les six premières minutes de cette vidéo phantasmagorique avec sa basse hypnotique et ses très belles images, est l'une des plus belles choses que l'on ait vidéodimanché en 2011.



#3 Ex Æquo
Colin Stetson en concert à emporter
"Better Than Something"
"The Ballad of Genesis and Lady Jaye"









On a découvert Colin Stetson avec ce concert à emporter de la Blogothèque et depuis, même s'il ne figure pas dans le tout haut de notre panier, on lui voue un amour sans faille, à lui, à son cuivre et à son souffle, tout comme on a appris à redécouvrir feu-Jay Reatard avec le documentaire présenté en avant-première cette année à la Gaité Lyrique et qui nous a littéralement rendus amoureux de l'artiste, qui était bien plus qu'un simple punk mort trop tôt. Tout comme Lady Jaye, dont le portrait touchant, accompagné d'une belle introduction posthume à Throbbing Gristle et Psychic TV dans ce très beau-car-laid-car-beau film de cinéma difficilement soutenable et difficile à oublier.



Les meilleures chansons/tracks/remixes de 2011, dans le désordre :

Voici les meilleurs one-shots musicaux de l'année, choisis par la rédaction et représentant donc forcément un très large panel de la musique pop, électronique, punk voire folk de cette année.

Radiohead - Separator



La Femme - Sur la planche



Ben Klock - Compression



The Sea and Cake - Inn Keeping



The War on Drugs - Best Night



The Feeling of Love - I am the Road



Thundercat - Fleer Ultra



Len Faki - Kraft und licht



Real Estate - It's real



tUnE-yArDs - Bizness



Tropic of Cancer - a color



Bill Callahan - One fine Morning



The Dø - Gonna Be Sick



Kurt Vile - Jesus Fever



Radiohead - Codex



CANT - Too late, too far



SBTRKT - Wildfire



The Field - Looping State of Mind



Chairlift - Met Before



Charlotte Gainsbourg - White Telephone



Handsome Furs - Serve the people



Martyn - Masks



Proper Ornaments - Who Thought?



Kangding Ray - Or




Nos espoirs pour 2012 :

Il y en a eu suffisamment de nouveaux groupes intéressants, cette année, pour que nous ne parvenions pas à nous mettre d'accord pour en élire un, ou deux, ou trois en particulier à qui décerner notre pouce levé en direction d'une future élévation artistique. Pour cette raison, nous vous proposons une liste des groupes ou artistes qui nous semblent les plus à même de produire du bon son en 2012 :


La Femme, Elephant (ceux qui ont publié l'EP "Assembly"), Django Django (en espérant qu'ils publient ENFIN un album), Alligator, Sandwell District (des gens qui bossent honnêtement mais qui sont lourds à ne publier que des "limited 100 vinyl edit"), EMA (dont on espère très vite un second LP), Factory Floor (s'ils évitent de se faire bouffer par leur nouveau label DFA, et qu'ils conservent un peu du danger de leurs débuts)



Les Meilleurs concerts vus en 2011 :



Les concerts qui auront le plus fait l'unanimité ont été ceux de Handsome Furs (à la Flèche d'Or puis au Point Éphémère, à Paris), tels qu'ils vous ont d'ailleurs été racontés ici. L'énergie communicative du duo, les mimiques et les jambes levées d'Alexei Perry et la sueur dégoulinante de son mari, ça nous a donné des palpitations comme pas possible, croyez-nous. En 2012, vous n'aurez aucune excuse pour rater une telle occasion de vous défouler.


On a aussi aimé voir : Mondkopf à l'ouverture de la Gaîté Lyrique, Kyuss Lives (Bataclan 25/06), St Vincent (au Café de la Danse), Tim Hecker, Low, l'Avènement du label l'Oeil Sourd, anbb, Patti Smith & Lenny Kaye à l'Olympia le 21 novembre, Electrelane à la Route du Rock, etc...



/////


N'hésitez pas à commenter nos choix, et à nous demander pourquoi diable tel ou tel album ne figure pas dans cette liste ou à nous dire pourquoi vous avez trouvé le concert de Handsome Furs à Tartempion-lès-Flots complètement naze. On vous donnera des raisons absurdes et des arguments indéfendables, et après on ira manger une glace, tous ensemble.


La Rédaction

jeudi 22 décembre 2011

[Tip Top] Le choix des lecteurs pour 2011

Cette année nous avons choisi de ne pas attendre les premiers jours de l'an neuf pour vous révéler ce qui, selon vous les lecteurs, a été le meilleur et le pire de la musique en 2011. Nous aurons en effet bien assez de surprises à vous proposer en début d'année et c'est en cette semaine de Noël que les festivités commenceront avec ce premier jalon.

Nous avons été heureux de recevoir davantage de participations à ce grand sondage annuel et de vous trouver si surprenants, par la nature de vos choix et la dualité de vos opinions. En ces temps de fête avant le naufrage, vous avez été très nombreux à exprimer votre amour éternel pour la culture pop.



Vous avez choisi


Les 10 Meilleurs Albums de 2011



#1 PJ Harvey - Let England shake

Il a fait l'unanimité. Les fans de Polly Jean, ceux qui ne la connaissaient pas, ceux qui avaient apprécié son virage "auto-harpe" il y a quatre ans et même ceux qui attendaient, ENFIN, un album au propos politique, en 2011, ENFIN, même s'ils ne l'attendaient pas de la part d'une presque-quarantenaire retraitée du rock. Il faut avouer que nous sommes fiers de vous voir opter pour cet album-ci en guise de cerise sur votre gâteau 2011.

Lisez la chronique énamourée de "Let England Shake" par Joseph Karloff



#2 Björk - Biophilia

Nous ne l'avons pas aimé, vous si. Agree to disagree !




#3 Connan Mockasin - Forever Dolphin Love

Nous ne vous en avons pas encore parlé dans les détails (et ça ne saurait tarder) mais pour notre défense, nous l'avons découvert après la guerre cet album hors du commun. "Pour le coup, c'est original" comme dirait l'autre ! La voix de canard malade de Connan et ses instrumentations entre élégance et psychédélisme sont autant de raisons qui vous ont fait accrocher à cet étrange disque.



#4 Radiohead - The King of Limbs

Que dire ? Tout l'a été. Vous l'avez détesté, adoré, seulement aimé, mécompris, vous en avez pris en tout cas ce qui comptait et vous avez trouvé que... ça suffisait à en faire l'un des albums de l'année. On ne change pas une équipe qui gagne même lorsqu'elle déçoit.




#5 The Snobs - Rhythms of Concrete

Nous n'avons jamais caché notre amour pour ce duo (auteur de deux albums et demi cette année) et les voir figurer dans vos coups de cœur nous ravit. Quels musiciens français peuvent se vanter d'avoir publié un disque aussi puissant, fou, ingénieux et hors sujet que celui-ci en 2011 (ou depuis des années, d'ailleurs) ? Rappelons que le disque en question est gratuitement téléchargeable, ça n'est pas rien.




#6 Metronomy - The English Riviera


On s'attendait évidemment à le retrouver dans votre top vu qu'il a trainé ses guètres PARTOUT cette année, ce disque. En couverture de pratiquement tous les magazines (presse musicale non exclusive), écouté par tous les blogs, encensés par les radios, assortis de tas de clips (pour la plupart très réussis), c'est sans conteste l'album de musique pop (absolument pas anglo-anglaise) le plus réussi de l'année, qui ne nous aura pas seulement accompagné le temps d'une chaude saison, mais que l'on écoute aujourd'hui encore sans bouder son plaisir.




#7 Evangelista - In Animal Tongue

Le deuxième album de Carla Bozulich sous l'avatar Evangelista, paru sur le label Constellation, nous n'en avons pas parlé car les mots nous manquaient pour décrire sa musique, une sorte de folk désespérée, très noire mais moins par pose (suivez mon regard en direction de Zola Jesus et Chelsea Wolfe) que par réelle souffrance. Il vous en coûtera sans doute de vous y essayer mais si c'est le sentiment que vous désirez entendre, vous ne serez pas déçus du coup de pied dans les entrailles.



#8 Lady Gaga - Born this way

Certains partisans parmi vous (des guérilleros, je vous jure !) seront parvenu à hisser jusque dans le top 10 un album de Gaga, qui est, reconnaissons-le, une bête à singles avant tout. Pas forcément au top des ventes, ledit album, qui plus est, mais les "connaisseurs" de Gaga, les vrais fans, m'ont soufflé qu'il était peut-être le seul album de popstar (souvenez-vous que Britney, entre autres, a elle aussi publié un album en 2011) cette année, à vraiment tenir la route.




#9 Bill Callahan - Apocalypse

L'Apocalypse de Bill Callahan est à vrai dire tellement crédible que l'on n'a pas trouvé les mots, tous les mots, pour la décrire en temps et en heure, et pourtant vous avez écouté et aimé cet album au point de lui faire une place ici. Preuve de votre bon sens. L'exégèse de ce chef d’œuvre aura tout de même sa place ici, à l'heure des grands bilans de Janvier, c'est promis.



#10 Duck Feeling - Die Ewigkeit Lieder


Sa valeur (inestimable de ce côté-ci du web) n'aura pas été reconnue que par nous. Un petit nombre de fanatiques aura permis de le hisser de justesse jusqu'aux portes du top et il le mérite ! L'album solo du guitariste des Snobs est une totale réussite et il ne dépareille pas le moins du monde aux côtés des disques d'Evangelista et Connan Mockasin, la touche industrielle en plus.






Les 5 Meilleures Vidéos de 2011


# 1 Radiohead - Lotus Flower



Depuis dix ans, Radiohead avait perdu de sa superbe vidéastique (on se souvient dans les 90's des clips de Street Spirit, No Surprises ou Paranoid Android, qui faisaient les beaux jours du MTV pré-millénaire) avec des albums fourre-tout qui s'y prétaient peut-être moins. Avec Lotus Flower, haï par nombre d'entre vous mais aimé par plus encore, Thom Yorke a battu les popstars indie ou mainstream sur leurs terrains et avec un seul et unique clip pour lancer l'album, il a fait encore mieux que le Yonkers de Tyler. La clé du succès : abandonner l'idée de "droit de l'image" et se prêter à la memification du tout web.



# 2 Radiohead - The King of Limbs From the Basement



Et tant qu'à faire, autant enfoncer le clou avec un équivalent moderne au Live in NPA qui avait mené le groupe sur les plateaux de Canal+ il y a dix ans pour jouer les morceaux de "Kid Amnesiac". Ce sont donc toutes les chansons (faces B, singles et inédits compris) de l'ère "The King of Limbs" qui ont été joués dans une "cave" par un groupe bien entouré (cuivres à l'appui), inspiré (bien plus que sur scène, stade et dans les festivals) et sur un ton très différent de celui d'antan. Aujourd'hui, Radiohead est un groupe cool. Pour le meilleur et pour le pire.



# 3 St Vincent - Cruel



Avouez, avant de voter pour le clip, son scénario, son lien avec la musique ou son message, vous avez surtout aimé voir Annie à l'écran, pas vrai ? On ne s'en lasse pas.



#4 Lady Gaga - Judas



Que serait un top vidéo sans un clip aussi extravagant que celui-ci ?



#5 Ex Æquo Connan Mockasin - Forever Dolphin Love / Odd Future - Sandwitches (Jimmy Fallon)





L'un nous a révélé (sur le tard d'ailleurs) le talent et l'univers très beau de Connan Mockasin, que l'on imaginait jusque là confiné au rôle d'amuseur "bizarre" des vieilles gens de la variété (il avait été invité chez Nagui en début d'année), l'autre a été la révélation non pas de Tyler, que l'on avait déjà remarqué avec Yonkers, mais du collectif Odd Future et de son envie, qui saute aux yeux à la fin de la vidéo, de dévorer le public, de le faire sien.





La POPsonnalité 2011

L'élection de la POPsonnalité de l'année, inaugurée en 2010 (c'est Sufjan Stevens qui avait remporté votre adhésion, face notamment au mastodonte Kanye West) revient cette année et nous avons décidé de l'inclure aux votes de fin d'année plutôt que de vous demander votre avis début Janvier. Nous ne vous avons pas non plus proposé de liste parmi laquelle choisir votre champion, histoire de déterminer vers qui iraient vos choix. Sans trop de suspense ni de surprise, la réponse est... double :



Ex-Aequo : Tyler, the Creator / Lady Gaga


Ils auraient tous les deux fait partie de nos propositions, évidemment, et entre les frasques à répétition de Tyler, dont le seul clip de Yonkers n'aurait peut-être pas suffi à vous le faire élire mais qui a très vite montré à quel point Youtube et les featurings vidéos faisaient part de son attirail, et les multiples clips grand-spectacle, les apparitions publiques et la parution d'un nouvel album de Gaga, il était bien entendu que ces deux-là devaient se retrouver au sommet du POP stardom, même le votre. On souhaite au premier de faire encore mieux en 2012 (et de publier un album un peu moins inégal) et à la seconde de ne pas (déjà) chuter de son piédestal (on dit que ses ventes chutent et que ses robes sont moins sensass' qu'avant, il ne tient qu'à elle de faire taire ces on-dit).

Ont aussi été cités : Katy Perry, Julien Fernandez (Chevreuil/ label Africantape), Amy Winehouse, Sufjan Stevens, Gil Scott-Heron, The Flaming Lips, et bien d'autres !





Les Pires Choses Arrivées à la Musique en 2011 :

Le sujet était large et les réponses ont été diverses et variées mais il y a tout de même eu consensus. Voici les trois pires choses qui selon vous ont frappé la Musique avec un grand M du sceau de l'infamie en 2011. Je n'ai pas pu résister à la tentation de faire suivre ce flop par quelques unes de vos propositions, qui n'ont pas manqué de nous faire rire :


Radiohead

Avec deux de ses vidéos dans votre top, son album aussi d'ailleurs, et pourtant ils sont premier du flop. Pourquoi ? Sans doute parce que d'une part les lecteurs de C'est Entendu sont partagés entre adorateurs de tous temps et indifférents ou ennemis farouches de la réputation du groupe d'Oxford. Le pire c'est que même parmi les fans, il y a eu cette année beaucoup de déçus. La faute à un album trop court, à l'absence de CD bonus ou de virage artistique et à une surmédiatisation habituelle mais un brin lourdingue, Radiohead (et le clip de Lotus Flower) se retrouve, de loin, en tête des pires choses arrivées à la musique en 2011. Qui l'eût cru ?



Lady Gaga / St Vincent

Deux popstars que tout ou presque oppose, coude à coude, représentantes elle aussi de l'étrange ambigüité qui habite le lectorat de C'est Entendu : certains aiment leur popstar chaude, blonde, exubérante et mainstream tandis que d'autres préfèrent les brunes cultivées, sensationnelles et indépendantes. Ca n'est bien évidemment pas une règle d'or, certains d'entre vous succombant au charme des deux !


Vous avez aussi cité, dans la catégorie "pire chose de l'année arrivée à la musique" : The Strokes, The Snobs, le dubstep, David Guetta, les articles suffisants de Pitchfork, les "nouveaux groupes" encensés par la presse, Facebook, Youtube, Twitter, Lana Del Rey, les articles teintés d'idées politiques sur C'est Entendu, James Blake ("pour toute cette hype autour d'un disque très, très décevant. Et d'après certains c'est lui l'avenir du Dubstep !!!!"), voir le groupe de witch-house, Unison, en première partie de Mansfield TYA, "un mélange de Mylène Farmer, de bruits et de Philippe Manœuvre pour le "guitariste", un calvaire," et bien d'autres !





Et maintenant, place au courrier des lecteurs :


Vous avez été nombreux à nous envoyer de gentils mots, de brefs "Continuez !" ou autres messages d'amour et nous avons attendu, en vain, des critiques constructives (en dehors de celle formulée ci-dessous). Nous ne vous en voulons pas. C'est vrai qu'on est bons.

Adrien C-B nous a adressé un message d'encouragement.

Bon sinon j'ai découvert C'est Entendu il y a moins d'un mois, et je passe un peu mes journées dessus, surtout que vous arrêtez pas de vous auto-citer, alors on ouvre une autre page dans un autre onglet, une autre page qui va nous emmener vers d'autres pages etc.. Terriblement chronophage, J'ai eu envie de remonter tout 2011 pour connaître votre avis sur chaque sortie d'album. Mais j'apprends surtout beaucoup de choses, c'est bien écrit, c'est subjectif, c'est pertinent, vous évitez la facilité, c'est génial. Le site est très moche malgré quelque bonnes idées. Je suis très heureux d'avoir découvert votre site, il est vraiment au dessus de la mêlée. Bonne continuation les gars.



FNC a voté, seul contre tous, pour Mark McGuire comme POPsonnalité de l'année. Il explique son choix ainsi.

Le guitariste virtuose et électronicien Mark McGuire pour avoir sorti pas moins de trois disques différents cette année : En début 2011, une compilation 2CD regroupant divers morceaux épuisés déjà sortis sur K7 ou CD-R + avec le groupe Trouble Books l'album "Trouble Books & Mark McGuire", puis apothéose, son magnifique disque solo (guitare acoustique, électrique + claviers et machines) "Get Lost". Pour cette triple actualité, je l'élis Popsonnalité 2011 !!!!!


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Il nous reste à vous remercier encore une fois, à vous encourager à commenter ces choix (qui ne sont pas forcément les vôtres, mais sachez que chacune de vos réponses, si éloignés qu'aient été vos choix de ceux de la majorité, a été lue par nous avec plaisir et intérêt), et à vous informer que les tops de la rédaction seront publiés dès demain, avec moult commentaires. A dans douze mois pour un nouveau sondage.


La Rédaction


P.S. : N'hésitez pas à nous réclamer les catégories (Top Chansons, Révélations, Meilleur Groupe, Meilleur/pire Article sur C'est Entendu de l'année, Source de News Musicales de l'année, ou n'importe quoi d'autre) que vous aimeriez voir représentées ici dans un an, celles que vous aimeriez voir exposées et pour lesquelles vous aimeriez faire entendre votre voix, et celles que vous avez trouvées obsolètes ce coup-ci. Dites-nous aussi si vous avez préféré nous envoyer des mails ou répondre à notre sondage web tout prêt. Vous n'en serez que mieux servis.

mardi 13 décembre 2011

[Alors quoi ?] Interview : 2011, l'année des Snobs

Avec la sortie en Janvier de l'album solo de Duck Feeling, "Die Ewigkeit Lieder", celle en Mars de leur nouvel album, "Rhythms of Concrete", et enfin celle en Septembre d'une collaboration avec le poète Steve Dalachinsky, mais aussi une mini tournée printanière et la publication de nouveaux courts métrages de Mad Rabbit, les Snobs ont retrouvé en 2011 une intensité créative que l'on n'avait pas vue déployée chez eux depuis les débuts sur les chapeaux de roues de 2003-2004. Le timing parfait pour soutirer des réponses à toutes les questions que nous nous sommes posées pour vous, à propos de leurs albums, de leur méthode de composition et de leur rapport à la scène, aux médias. Un timing pas si parfait que ça dans la mesure où l'interview ici présentée a été réalisée à la fin du mois de Mars et ne parait qu'aujourd'hui, après la parution de "Massive Liquidity", sans y faire aucune référence. Les aléas des plannings de publication étant ce qu'ils sont, nous nous excusons de ce manque d'exhaustivité mais vous invitons à découvrir tout de même l'envers du décor des deux autres disques publiés par les Snobs cette année, et d'écouter à cette occasion quelques unes de leurs influences.




Les rythmes du béton



C' est Entendu : Vous avez une nouvelle méthode de travail sur cet album.

Duckfeeling : J'en avais parlé sur Internet et j'ai peut-être un peu exagéré parce que c'était déjà un peu le cas sur "Albatross". On a simplement été plus loin dans le fait de ne pas composer en amont les chansons avant de les enregistrer et d'essayer de tester de nouvelles idées de sons, afin d'en faire des chansons.

Mad : Quand on se lance dans un album, on ne prend pas les chansons une par une mais on essaie plutôt d'avoir une idée globale, un thème et une méthode de composition. Déjà dans "Albatross", ça n'était pas des riffs puis des mélodies qu'on enregistrait après. On avait des riffs mais on expérimentait aussi. Les structures n'étaient pas forcément prévues. Là c'est poussé encore plus loin : on n'avait d'idée précise d'aucune des chansons avant de les enregistrer.

Duck : Par exemple avec "Albatross", pour H.E.L.P. et Mothergoose les parties de piano et de guitares ont été faites en une seule prise et la structure était déjà définie quand j'ai joué le piano ou la guitare, alors que cette fois-ci pour Ha Ha Dance, c'était une improvisation de guitare avec du delay et c'est ensuite qu'on a ajouté des voix de basses et des grooves mais ils sont venus après les textures. Pour Last Sound par exemple l'idée était d'avoir des textures d'orgue qui tremblent donc on les a fait passer dans un magnétophone pour les faire trembler mais on n'avait pas de structure. On a alors testé plein de choses et au bout d'un moment on s'est fixé là-dessus mais ça aurait pu être autre chose.



CE : Mais si vous avez enregistré sans avoir de parties préalablement composées, comment se fait-il qu'une chanson comme Ha Ha Dance, connue en live sous le sobriquet Disco Queen ait été été jouée il y a déjà plusieurs mois sur scène ?

Duck : Elle était déjà enregistrée !

CE : Les morceaux sont organisés en trois parties, elles-même composées de trois sous parties et vous n'aviez peut-être pas encore enregistré les deux autres tiers accompagnant Ha Ha Dance...

Duck et Mad : Non non, on les a enregistrés en dernier.

CE : ... mais alors pourquoi avoir organisé les morceaux en triptyques ?

Mad : Pour le deuxième morceau, c'est plus évident, c'est une sorte de longue chanson. Un peu comme Mountains (NDLR : sur "Albatross"). Si on avait fait Mountains aujourd'hui, on l'aurait découpée en plusieurs pistes. Pour les autres, c'est par rapport aux ambiances et aux thèmes que ça évoquait pour nous. Ça n'est peut-être pas si évident que ça de rassembler 8 to 12 puis MidFlight Cabaret puis Last Sound sous une même bannière parce que ce sont des ambiances différentes mais pour nous, sur les cassures-même que cela provoquait, c'était intéressant de le voir comme un tout. Pour la dernière série de chansons, c'était la partie de l'album la plus inspirée par un certain nombre de trucs de funk au sens très large. En tout cas la partie la plus rythmée. Et du coup, même si Ha Ha Dance et les deux suivantes sont séparées par une cassure, il y a quand même une idée de musique qui groove.

CE : On avait l'impression que les deux parties suivant Ha Ha Dance avaient été composées ensemble.

Duck : le collage est moins brutal mais non, elles ont été produites séparément.

Mad : On avait dans la tête que le sitar et le riff de basse continuerait, c'est un enchainement avec une note persistante, contrairement à d'autres sur l'album, à la Faust, avec des cassures.

Duck : D'ailleurs tout ça n'est pas une règle absolue et sur le CD on a séparé les pistes parce que ça fonctionnait aussi comme de courtes chansons. Depuis "Albatross" on a continué sur l'envie de composer des choses plus longues...

Mad : ... pour être moins dans l'instantané et le côté rapide des chansons que l'on faisait avant. Ce n'est pas faire long pour faire long mais plutôt que les idées qu'on avait fonctionnaient mieux sur un format long.

Duck : En réaction à "Albatross" on avait essayé de soigner les enchainements pour qu'ils soient les plus fluides et naturels possibles. On avait envie que l'album soit un peu plus froid, violent, plus sec.

CE : Ah tiens, nous on avait l'impression que sur "Rhythms of Concrete", les chansons s'enchainaient toutes assez bien. Mieux que dans "Albatross" qui était encore un album "à chansons", même si vous aviez fait ce genre d'emboitements dans une chanson comme Carribean.

Duck : Oui, cette chanson était une première étape vers le nouvel album.

Mad : Et puis même si les enchainements fonctionnent, sur "Rhythms of Concrete", c'est davantage sur des contrastes que sur quelque chose de mouvant. Par exemple, sur Carribean, contrairement à n'importe laquelle des suites de "RoC", il y a des résonances, des fade in, des sons qui naissent et amènent à d'autres, comme des magmas de sons.

CE : En ce sens, Carribean est plus "prog" que "Rhythms of Concrete" : il y a des thèmes qui se répondent. Alors que cette fois-ci, les enchainements sont plus classiques.

Mad : Oui, et en même temps il y a quand même des choses qui se répondent, même si c'est moins évident, en tout cas dans notre esprit.

Duck : Ça vient de plus loin, c'est extra-musical, ça fait sens pour nous mais pas forcément pour l'auditeur.

Mad : Ça n'est pas tel motif qui répond à tel autre, c'est plutôt une histoire racontée avec un début, un milieu, une fin.

CE : Question subsidiaire. Vous avez tout composé sur le moment : avez-vous des outtakes ?

Duck : Non.

Mad : On garde tout ce qu'on a, et si des bouts doivent aller à la poubelle, ils y vont vraiment.

CE : Question ultra subsidiaire : pensez-vous encore produire des Dustbin (NDLR : En parallèle de leurs disques "officiels", les Snobs entretiennent une discothèque secondaire regroupant leur enregistrements les plus foutraques, un peu à la manière des Sonic Youth Recordings) ? En effet, le nouvel album solo de Duck Feeling, contrairement à son premier essai, n'est plus un Dustbin.

Duck : En fait si ! Il est tout de même référencé comme tel. Les dustbin étaient au départ destinés aux déchets de The Snobs mais au final c'est pour tous les trucs affiliés aux Snobs auxquels au moins un Snobs a participé mais qui ne sont pas un album de The Snobs.

Mad : Il y aura donc d'autres dustbin (NDLR : le disque enregistré avec Steve Dalanchinsky et paru en Septembre est un dustbin).

CE : N'est-il pas dur pour vous d'envisager le live alors que vous devenez de plus en plus un "groupe de studio" ? Vous arrive-t-il, quand vous enregistrer de penser à la scène ("Celle-là, pourra-t-on la faire ?") ?

Mad : Jamais. Au moment où on crée en studio, on n'a absolument pas en tête le live. C'est ensuite quand on se dit "que va-t-on jouer ?" que l'on regarde ce qu'on a et on réapprend notre chanson pour la jouer devant un public, en général en la simplifiant et en mettant en avant un aspect particulier de la chanson parce que l'on n'a pas les moyens, à deux, de tout reproduire.

Duck : Et ça c'est vrai depuis les débuts du groupe. Parfois on a de bonnes surprises et la chanson est faisable, même avec seulement une guitare et une voix. Par exemple sur "Rhythms of Concrete", on avait l'envie de mettre moins de couches qu'auparavant, d'avoir un son plus nu.

Mad : En tout cas on ne veut pas créer en fonction de ce que l'on peut jouer parce que ça serait une limitation.

Duck : Un peu comme dire, en exagérant, qu'on créerait une chanson pour qu'elle ait du succès.

Mad : Disons créer une chanson en ne se fixant pas comme objectif la réussite artistique de la chanson mais sa potentielle viabilité en live.

Duck : On pourrait transformer ça en contrainte artistique volontaire mais naturellement on se trouve d'autres contraintes qui nous correspondent davantage, comme le fait de ne pas chercher à composer avant le processus d'enregistrement et aussi le fait de s'interdire toute explosion avec des couches successives qui se rajoutent. Ou en tout cas à exploser de façon plus froide et nue qu'on aurait fait avant.




A PROPOS DU CANARD




CE : Dans les notes de pochette de "Die Ewigkeit Lieder", Madrabbit est remercié. Quid ?

Duck : Deux raisons : d'abord c'est lui qui s'est occupé des réglages pour les photographies de l'artwork, et puis d'autre part j'avais envie de le remercier, tout comme Schizoid Fox qui joue du violoncelle sur la première chanson. Remercier mes deux frères faisait sens quand j'ai sorti l'album.

CE : Avait-il accès en temps réel à la musique de ton album, au cours de son enregistrement ?

Duck : Pas vraiment, si ce n'est que j'avais décidé avec cet album de mettre ma voix davantage en avant et qu'il m'a fallu du coup lui demander son opinion en lui proposant de très courts extraits. Je ne voulais pas lui gâcher la surprise.

Mad : J'ai d'ailleurs découvert l'album à sa sortie, comme tout le monde. Et je n'ai absolument pas participé à la conception de la musique, ni même donné de conseils.

CE : Les Snobs n'ont donc pas inspiré l'album de Duck ?

Mad : A partir du moment où Duck est le guitariste des Snobs... Et puis "Die Ewikgeit Lieder" a été enregistré alors que nous travaillions sur notre album. Forcément il y a eu influence.

CE : Les deux ayant cohabité, l'un a-t-il plus influencé l'autre ? Par exemple cet orgue sur "Die Ewigkeit Lieder" que l'on retrouve sur "Rhythms of Concrete"...

Duck : Ça c'est facile : dès que l'on récupère un nouvel instrument, on en met partout. Tout le monde doit fonctionner comme ça. C'est la même chose pour l'idée d'utiliser du métal pour les percussions. Et puis on pense un peu de la même façon, on écoute la même musique, il y a donc des connections qui se font naturellement.

Mad : L'orgue et les bruits de métal se retrouvent aussi sur la musique de mon dernier film, qui a été enregistrée au même moment.

Duck : J'en ai mis beaucoup sur mon disque parce que c'est quelque chose que j'aimais particulièrement et puis parce que "Die Ewigkeit Lieder" n'a pas du tout été composé comme "Rhythms of Concrete". Les chansons étaient composées avant l'enregistrement mais sur les deux albums les envies de sons étaient les mêmes et les deux se sont nourris l'un l'autre.

CE : Allez-vous jouer des chansons de Duck ensemble ?

Duck : Ça n'est pas prévu parce que l'on considère qu'il est important de ne jouer que nos chansons à tous les deux. Et même si l'on a joué des reprises par le passé, c'étaient des chansons que l'on aimait tous les deux. De plus, techniquement, Mad n'est pas instrumentiste et ce serait bizarre si je chantais et jouais les chansons de voir Mad dans un rôle fantôme. Par contre, j'aimerais bien jouer des morceaux de mon disque et il faudrait alors augmenter avec d'autres musiciens comme Devil Sister ou d'autres personnes. Mais alors dans des cadres particuliers. Il faudrait une installation avec des bidons, ça ne pourrait pas se faire dans un cadre rock. Il faudrait un lieu spécial, comme cet atelier-grange où l'on avait joué à Montreuil. j'en ai envie mais pour l'instant ça n'est qu'à l'étape d'idée.

CE : Tu disais que dans ton album, la voix était davantage mise en avant. J'ai l'impression qu'il y a aussi plus de fond, à travers les paroles, et que quelque chose passe par elles, plus qu'avec The Snobs.

Duck : S'il y a plus de sens dans les paroles, il n'y a pas forcément plus de fond.

CE : Par fond, entendons "un point de vue, une sorte d'idéologie".

Duck : En fait je pense surtout être moins subtil que nous ne le sommes à deux. Les thèmes sont sensiblement les mêmes d'ailleurs mais ils se disséminent plus dans la musique et la façon que nous avons de la jouer dans The Snobs alors que c'est plus "classique" quand je suis seul, c'est à dire une ambiance instrumentale et les paroles qui vont avec.

CE : Mais vraiment, la question tenait essentiellement aux paroles.

Duck : C'est surtout qu'avec mon précédent disque, les paroles étaient du n'importe quoi et cette fois-ci je voulais essayer d'être... Pas forcément sérieux... Mais de raconter des choses et puis aussi parce que c'était une période où j'avais envie de dire des choses particulières. C'est une forme de catharsis. C'est effectivement plus direct que The Snobs puisque Mad est super détaché de ses paroles.

Mad : Quand j'écris des paroles, même si j'aime ce que j'écris, ça n'est jamais autobiographique et ça aide à être plus détaché. C'est comme d'écrire un scénario.


CE : Et nous entendons d'ailleurs souvent les paroles des Snobs comme si on regardait un film de genre. Tout comme dans les films de Mad, c'est quasi-systématiquement le même thème.

Mad : Du coup, j'imagine qu'il est moins facile de s'identifier, comme on aime le faire avec des chanteurs.

CE : Pas forcément puisqu'à t'écouter, on t'entend, toi, t'identifier à d'autres chanteurs qui t'ont influencé et on peut très bien perpétuer la chaine.

Mad : Je ne sais pas si je suis le meilleur placé pour parler de mes paroles parce que pour moi, ce processus est important mais ça n'est pas l'essentiel et les mots ont des sens moins abstraits que la musique. J'en ai déjà dit bien assez en disposant les mots tels qu'ils sont mais je préfère me concentrer sur la musique pour "dire quelque chose". Sur "Rhythms of Concrete", tous les mots sont là où je les voulais et où ils ont un sens pour moi. Pour autant, ça n'est pas ce que l'on mettra en avant, ni au mixage, ni lorsque nous parlons de notre musique.

CE : Il me semble que le nouvel album est celui où la voix est le plus traitée. Il y a beaucoup de passages où il est quasiment impossible d'entendre les paroles. Notamment le trémolo sur la voix dans le deuxième morceau. On se demande s'il y a vraiment des paroles.

Mad : Pour le coup, il y en a.

Duck : On tenait à saboter les voix sur ce morceau. C'est une entreprise de sabotage.

Mad : De toute façon dans cette chanson, il y a suffisamment d'indices dans les paroles du début pour avoir l'essentiel, même si l'on ne comprend pas la fin.

CE : Dans l'album de Duck, les paroles semblaient être dans l'idée de départ du disque.

Duck : Clairement, certains thèmes l'étaient.

CE : Est-ce que le succès critique (NDLR : en tout cas auprès de C'est Entendu) de "Die Ewigkeit Lieder" te donne envie d'enregistrer autre chose en solo ?

Duck : Quand j'ai fini l'album j'avais déjà d'autres idées. Ce ne seront peut-être pas les thèmes que je garderai mais ce sera pour un autre disque tout seul. Comme on avait d'autres choses à faire avec The Snobs, j'ai mis ça de côté mais je réenregistrerai. Je n'ai aucune idée de quand, par contre. Quand j'ai sorti "I like to kraut", j'avais prévu de faire un disque après, c'est juste que je n'ai pas réussi et qu'il m'a fallu deux ans pour que ça arrive. Cette fois-ci j'espère y arriver plus vite.





Du futur et des influences


CE : L'enregistrement de "Rhythms of Concrete" a commencé en Octobre 2009, soit 5 mois après la sortie d'"Albatross". Qu'avez vous fait pendant cinq mois ?

Mad : Les grandes vacances sont le moment où je peux tourner mes films. Après ça, on enregistre les musiques de film, on prépare les ciné-concerts...

Duck : On a aussi réfléchi à ce que l'on voulait faire. On a toujours marché comme ça. Avec "Brûle en Bikini" on voulait faire notre album "pop" avec des chansons courtes et des refrains, etc.

Mad : Et puis entre deux chansons de "Rhythms of Concrete", il y a parfois eu trois mois pendant lesquels nous n'avons rien fait d'autre.

Duck : C'est normal, plus on avance et plus on met de temps à essayer de se renouveler. Tout comme on a mis très longtemps avant de se lancer dans "Albatross".

CE : D'ailleurs "Albatross" était votre album sur lequel il y avait le moins de sample. Le premier avec une vraie batterie. J'ai l'impression que sur "RoC" il y a davantage de samples.

Mad : En fait on les entend peut-être davantage mais il n'y en a pas plus.

Duck : Il y a un sample de trompette mais il y en avait un aussi dans "Albatross", voire deux. Peut-être que les samples étaient plutôt là comme des cassures sur "Albatross" alors qu'ils sont davantage intégrés à la composition cette fois-ci mais en terme de quantité, ça revient au même. Sur Carribean, toute la partie du milieu fonctionnait sur un sample de voix de György Ligeti (NDLR : compositeur roumano-hongrois du 20ème siècle proche de Stockhausen), mais ça s'entend sûrement moins qu'un sample de trompette chez Miles Davis, c'est vrai.



(Ligeti - Lux Aeterna)

CE : On se demandait d'ailleurs s'il y avait du Ligeti dans MidFlight Cabaret.

Duck : Les voix ? Non, c'est Land Of Kush (NDLR : un groupe signé sur le label canadien Constellation Records), pas tel quel mais ça vient de là.


(Land of Kush's Egyptian Light Orchestra - Monogamy, 2010)

CE : On a aussi pensé à Olivier Messiaen, ou plutôt à la réinterprétation de Messiaen par Jonny Greenwood, lorsque le piano arrive.

Duck : On n'y avait pas pensé mais c'est une comparaison valable. Il y a un côté "Quatuor pour la fin du Temps" dans les ambiances.


(Jonny Greenwood - Moon Trills, sur "Bodysong", 2003)

Mad : On aime Messiaen mais on ne l'écoute pas énormément.

CE : Alors à quoi pensiez-vous ?

Mad : Au niveau du pastiche, ça ne s'entend même pas dans le résultat mais par exemple les premières paroles font référence à Schoenberg.



(Arnold Schoenberg - Pierrot Lunaire, extrait)

Duck : C'est un peu potache, c'est pour ça. Schoenberg a créé le sérialisme, comme chacun sait, avec une série de douze demi-tons, et j'ai voulu enregistrer une voix de basse comme ça mais je n'ai pas réussi et il n'y en a que huit. Les paroles disent que huit ça n'est pas assez et qu'il faut aller jusqu'à douze...

CE : Sinon, outre le fait que vous ayez beaucoup écouté Miles Davis...


(Miles Davis - One on One, sur "On the Corner")

Duck : Oui ! Et surtout "In the corner". On a été très marqué le fait que ça groove sans jamais partir. C'est anti-efficace comme groove avec beaucoup d'attente, mais des soli aussi, et du coup l'efficacité est là malgré tout. On aussi beaucoup écouté Magma. C'est toujours la même idée de transe rythmique rock. Avant on écoutait que ça, mais là la dynamique jazz-rock a du s'insinuer.

Mad : En terme d'influence, il y a les sons industriels, de bidons cognés ou autres, qui nous vient de Einstürzende Neubauten, et d'autres, et qui s'entend surtout sur le disque solo de Duck, mais que l'on peut aussi entendre en ouverture de "Rhythms of Concrete", avec ce yiiiiiii agressif, que l'on retrouve d'ailleurs aussi chez Miles Davis, parfois.



(Einstürzende Neubauten - Halber Mensch)

Duck : Il y a aussi Broadcast et la trilogie berlinoise de Bowie, bien sûr, comme d'habitude, qui nous ont permis de rester sur des idées de sons cosmiques.

CE : Justement nous nous demandions si vous étiez encore influencés par un groupe "pop" ou si vous étiez définitivement passés "de l'autre côté".

Mad : Stereolab est notre groupe pop préféré, on les écoute toujours autant.

Duck : Récemment, c'est plutôt le dernier Evangelista qui nous a plu. Des choses intenses.

Mad : De manière générale je n'aime pas la pop, mais la pop sixties et ses descendants. Une certaine façon d'envisager les choses. Même Blur descendent des Kinks.

Duck : Cela dit ce que je préfère chez Blur ou Radiohead, c'est ce moment un peu magique où c'est plus de la pop mais ça reste des chansons. C'est ça qu'on recherche. On peut toujours facilement s'y retrouver grâce au format.

CE : D'ailleurs, c'est la première fois que l'on pense autant à Portishead à l'écoute de l'un de vos disques.

Duck : Merci ! On les écoute encore plus que Stereolab. "Third" était plus qu'un grand disque, c'était un modèle de renouvellement.

Mad : Souvent, quand on aime un groupe, on se rend compte que leur démarche nous correspond.

CE : Comment envisagez-vous l'album par rapport à vos précédents ?

Duck : On est très fiers de ce qu'on a fait depuis "Brûle en Bikini". Avant ça, il y avait un son moins parfait. On ne trouve pas le nouvel album plus abouti mais il représente davantage ce qu'on est maintenant, alors on l'aime plus, maintenant. On aime toujours autant "Albatross" et on n'y changerait rien mais on n'avait pas envie de refaire "Albatross".

CE : Avez-vous déjà envisagé de splitter ?

Duck : Jamais. Pour tout te dire, j'ai un souvenir d'un moment un peu tendu en 2003 quand j'étais petit parce qu'il avait fait tout seul les pianos sur Louie Louie et ça m'avait un peu énervé.

CE : Votre meilleure chanson d'ailleurs ! (rires)

Duck : C'est pour dire qu'il arrive que nous ne soyons pas d'accord mais on discute et puis au fond, on est frères, alors il ne peut pas y avoir d'amitié qui se casse.

CE : Certes mais vous ne vivez plus ensemble, Mad a un boulot et est marié.

Duck : Ça ne change que le rythme de travail, puisque c'est moins pratique, mais ce qui pourrait changer, c'est surtout que l'on ne soit plus sur la même longueur d'onde.

Mad : Et puis quand on n'est pas d'accord on relativise parce que je n'ai pas de souvenir où, sur un point de désaccord, la solution commune n'a pas été meilleure que celle individuelle. L'autre a toujours bien fait de mettre la mauvaise idée de l'un à la poubelle. C'est l'idéal d'une collaboration. L'autre solution c'est quand les gens convergent vers une solution médiane (et moyenne) parce que l'idée originale de l'un ne plait pas à l'autre.

Duck : Et puis c'est trop important pour nous pour qu'on arrête. On a déjà l'idée pour un autre album. On va toujours de l'avant. j'ai beaucoup apprécié de faire mon disque tout seul mais je ne pourrais pas faire que ça. On a la même vision. On est complémentaires et on se ressemble assez pour avoir les mêmes envies globales.



Propos recueillis par Thelonius H. et Joe Gonzalez le 23 mars 2011 dans l'appartement de Mad Rabbit (Paris, XIIIème)