C'est entendu.
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mardi 13 décembre 2011

[Alors quoi ?] Interview : 2011, l'année des Snobs

Avec la sortie en Janvier de l'album solo de Duck Feeling, "Die Ewigkeit Lieder", celle en Mars de leur nouvel album, "Rhythms of Concrete", et enfin celle en Septembre d'une collaboration avec le poète Steve Dalachinsky, mais aussi une mini tournée printanière et la publication de nouveaux courts métrages de Mad Rabbit, les Snobs ont retrouvé en 2011 une intensité créative que l'on n'avait pas vue déployée chez eux depuis les débuts sur les chapeaux de roues de 2003-2004. Le timing parfait pour soutirer des réponses à toutes les questions que nous nous sommes posées pour vous, à propos de leurs albums, de leur méthode de composition et de leur rapport à la scène, aux médias. Un timing pas si parfait que ça dans la mesure où l'interview ici présentée a été réalisée à la fin du mois de Mars et ne parait qu'aujourd'hui, après la parution de "Massive Liquidity", sans y faire aucune référence. Les aléas des plannings de publication étant ce qu'ils sont, nous nous excusons de ce manque d'exhaustivité mais vous invitons à découvrir tout de même l'envers du décor des deux autres disques publiés par les Snobs cette année, et d'écouter à cette occasion quelques unes de leurs influences.




Les rythmes du béton



C' est Entendu : Vous avez une nouvelle méthode de travail sur cet album.

Duckfeeling : J'en avais parlé sur Internet et j'ai peut-être un peu exagéré parce que c'était déjà un peu le cas sur "Albatross". On a simplement été plus loin dans le fait de ne pas composer en amont les chansons avant de les enregistrer et d'essayer de tester de nouvelles idées de sons, afin d'en faire des chansons.

Mad : Quand on se lance dans un album, on ne prend pas les chansons une par une mais on essaie plutôt d'avoir une idée globale, un thème et une méthode de composition. Déjà dans "Albatross", ça n'était pas des riffs puis des mélodies qu'on enregistrait après. On avait des riffs mais on expérimentait aussi. Les structures n'étaient pas forcément prévues. Là c'est poussé encore plus loin : on n'avait d'idée précise d'aucune des chansons avant de les enregistrer.

Duck : Par exemple avec "Albatross", pour H.E.L.P. et Mothergoose les parties de piano et de guitares ont été faites en une seule prise et la structure était déjà définie quand j'ai joué le piano ou la guitare, alors que cette fois-ci pour Ha Ha Dance, c'était une improvisation de guitare avec du delay et c'est ensuite qu'on a ajouté des voix de basses et des grooves mais ils sont venus après les textures. Pour Last Sound par exemple l'idée était d'avoir des textures d'orgue qui tremblent donc on les a fait passer dans un magnétophone pour les faire trembler mais on n'avait pas de structure. On a alors testé plein de choses et au bout d'un moment on s'est fixé là-dessus mais ça aurait pu être autre chose.



CE : Mais si vous avez enregistré sans avoir de parties préalablement composées, comment se fait-il qu'une chanson comme Ha Ha Dance, connue en live sous le sobriquet Disco Queen ait été été jouée il y a déjà plusieurs mois sur scène ?

Duck : Elle était déjà enregistrée !

CE : Les morceaux sont organisés en trois parties, elles-même composées de trois sous parties et vous n'aviez peut-être pas encore enregistré les deux autres tiers accompagnant Ha Ha Dance...

Duck et Mad : Non non, on les a enregistrés en dernier.

CE : ... mais alors pourquoi avoir organisé les morceaux en triptyques ?

Mad : Pour le deuxième morceau, c'est plus évident, c'est une sorte de longue chanson. Un peu comme Mountains (NDLR : sur "Albatross"). Si on avait fait Mountains aujourd'hui, on l'aurait découpée en plusieurs pistes. Pour les autres, c'est par rapport aux ambiances et aux thèmes que ça évoquait pour nous. Ça n'est peut-être pas si évident que ça de rassembler 8 to 12 puis MidFlight Cabaret puis Last Sound sous une même bannière parce que ce sont des ambiances différentes mais pour nous, sur les cassures-même que cela provoquait, c'était intéressant de le voir comme un tout. Pour la dernière série de chansons, c'était la partie de l'album la plus inspirée par un certain nombre de trucs de funk au sens très large. En tout cas la partie la plus rythmée. Et du coup, même si Ha Ha Dance et les deux suivantes sont séparées par une cassure, il y a quand même une idée de musique qui groove.

CE : On avait l'impression que les deux parties suivant Ha Ha Dance avaient été composées ensemble.

Duck : le collage est moins brutal mais non, elles ont été produites séparément.

Mad : On avait dans la tête que le sitar et le riff de basse continuerait, c'est un enchainement avec une note persistante, contrairement à d'autres sur l'album, à la Faust, avec des cassures.

Duck : D'ailleurs tout ça n'est pas une règle absolue et sur le CD on a séparé les pistes parce que ça fonctionnait aussi comme de courtes chansons. Depuis "Albatross" on a continué sur l'envie de composer des choses plus longues...

Mad : ... pour être moins dans l'instantané et le côté rapide des chansons que l'on faisait avant. Ce n'est pas faire long pour faire long mais plutôt que les idées qu'on avait fonctionnaient mieux sur un format long.

Duck : En réaction à "Albatross" on avait essayé de soigner les enchainements pour qu'ils soient les plus fluides et naturels possibles. On avait envie que l'album soit un peu plus froid, violent, plus sec.

CE : Ah tiens, nous on avait l'impression que sur "Rhythms of Concrete", les chansons s'enchainaient toutes assez bien. Mieux que dans "Albatross" qui était encore un album "à chansons", même si vous aviez fait ce genre d'emboitements dans une chanson comme Carribean.

Duck : Oui, cette chanson était une première étape vers le nouvel album.

Mad : Et puis même si les enchainements fonctionnent, sur "Rhythms of Concrete", c'est davantage sur des contrastes que sur quelque chose de mouvant. Par exemple, sur Carribean, contrairement à n'importe laquelle des suites de "RoC", il y a des résonances, des fade in, des sons qui naissent et amènent à d'autres, comme des magmas de sons.

CE : En ce sens, Carribean est plus "prog" que "Rhythms of Concrete" : il y a des thèmes qui se répondent. Alors que cette fois-ci, les enchainements sont plus classiques.

Mad : Oui, et en même temps il y a quand même des choses qui se répondent, même si c'est moins évident, en tout cas dans notre esprit.

Duck : Ça vient de plus loin, c'est extra-musical, ça fait sens pour nous mais pas forcément pour l'auditeur.

Mad : Ça n'est pas tel motif qui répond à tel autre, c'est plutôt une histoire racontée avec un début, un milieu, une fin.

CE : Question subsidiaire. Vous avez tout composé sur le moment : avez-vous des outtakes ?

Duck : Non.

Mad : On garde tout ce qu'on a, et si des bouts doivent aller à la poubelle, ils y vont vraiment.

CE : Question ultra subsidiaire : pensez-vous encore produire des Dustbin (NDLR : En parallèle de leurs disques "officiels", les Snobs entretiennent une discothèque secondaire regroupant leur enregistrements les plus foutraques, un peu à la manière des Sonic Youth Recordings) ? En effet, le nouvel album solo de Duck Feeling, contrairement à son premier essai, n'est plus un Dustbin.

Duck : En fait si ! Il est tout de même référencé comme tel. Les dustbin étaient au départ destinés aux déchets de The Snobs mais au final c'est pour tous les trucs affiliés aux Snobs auxquels au moins un Snobs a participé mais qui ne sont pas un album de The Snobs.

Mad : Il y aura donc d'autres dustbin (NDLR : le disque enregistré avec Steve Dalanchinsky et paru en Septembre est un dustbin).

CE : N'est-il pas dur pour vous d'envisager le live alors que vous devenez de plus en plus un "groupe de studio" ? Vous arrive-t-il, quand vous enregistrer de penser à la scène ("Celle-là, pourra-t-on la faire ?") ?

Mad : Jamais. Au moment où on crée en studio, on n'a absolument pas en tête le live. C'est ensuite quand on se dit "que va-t-on jouer ?" que l'on regarde ce qu'on a et on réapprend notre chanson pour la jouer devant un public, en général en la simplifiant et en mettant en avant un aspect particulier de la chanson parce que l'on n'a pas les moyens, à deux, de tout reproduire.

Duck : Et ça c'est vrai depuis les débuts du groupe. Parfois on a de bonnes surprises et la chanson est faisable, même avec seulement une guitare et une voix. Par exemple sur "Rhythms of Concrete", on avait l'envie de mettre moins de couches qu'auparavant, d'avoir un son plus nu.

Mad : En tout cas on ne veut pas créer en fonction de ce que l'on peut jouer parce que ça serait une limitation.

Duck : Un peu comme dire, en exagérant, qu'on créerait une chanson pour qu'elle ait du succès.

Mad : Disons créer une chanson en ne se fixant pas comme objectif la réussite artistique de la chanson mais sa potentielle viabilité en live.

Duck : On pourrait transformer ça en contrainte artistique volontaire mais naturellement on se trouve d'autres contraintes qui nous correspondent davantage, comme le fait de ne pas chercher à composer avant le processus d'enregistrement et aussi le fait de s'interdire toute explosion avec des couches successives qui se rajoutent. Ou en tout cas à exploser de façon plus froide et nue qu'on aurait fait avant.




A PROPOS DU CANARD




CE : Dans les notes de pochette de "Die Ewigkeit Lieder", Madrabbit est remercié. Quid ?

Duck : Deux raisons : d'abord c'est lui qui s'est occupé des réglages pour les photographies de l'artwork, et puis d'autre part j'avais envie de le remercier, tout comme Schizoid Fox qui joue du violoncelle sur la première chanson. Remercier mes deux frères faisait sens quand j'ai sorti l'album.

CE : Avait-il accès en temps réel à la musique de ton album, au cours de son enregistrement ?

Duck : Pas vraiment, si ce n'est que j'avais décidé avec cet album de mettre ma voix davantage en avant et qu'il m'a fallu du coup lui demander son opinion en lui proposant de très courts extraits. Je ne voulais pas lui gâcher la surprise.

Mad : J'ai d'ailleurs découvert l'album à sa sortie, comme tout le monde. Et je n'ai absolument pas participé à la conception de la musique, ni même donné de conseils.

CE : Les Snobs n'ont donc pas inspiré l'album de Duck ?

Mad : A partir du moment où Duck est le guitariste des Snobs... Et puis "Die Ewikgeit Lieder" a été enregistré alors que nous travaillions sur notre album. Forcément il y a eu influence.

CE : Les deux ayant cohabité, l'un a-t-il plus influencé l'autre ? Par exemple cet orgue sur "Die Ewigkeit Lieder" que l'on retrouve sur "Rhythms of Concrete"...

Duck : Ça c'est facile : dès que l'on récupère un nouvel instrument, on en met partout. Tout le monde doit fonctionner comme ça. C'est la même chose pour l'idée d'utiliser du métal pour les percussions. Et puis on pense un peu de la même façon, on écoute la même musique, il y a donc des connections qui se font naturellement.

Mad : L'orgue et les bruits de métal se retrouvent aussi sur la musique de mon dernier film, qui a été enregistrée au même moment.

Duck : J'en ai mis beaucoup sur mon disque parce que c'est quelque chose que j'aimais particulièrement et puis parce que "Die Ewigkeit Lieder" n'a pas du tout été composé comme "Rhythms of Concrete". Les chansons étaient composées avant l'enregistrement mais sur les deux albums les envies de sons étaient les mêmes et les deux se sont nourris l'un l'autre.

CE : Allez-vous jouer des chansons de Duck ensemble ?

Duck : Ça n'est pas prévu parce que l'on considère qu'il est important de ne jouer que nos chansons à tous les deux. Et même si l'on a joué des reprises par le passé, c'étaient des chansons que l'on aimait tous les deux. De plus, techniquement, Mad n'est pas instrumentiste et ce serait bizarre si je chantais et jouais les chansons de voir Mad dans un rôle fantôme. Par contre, j'aimerais bien jouer des morceaux de mon disque et il faudrait alors augmenter avec d'autres musiciens comme Devil Sister ou d'autres personnes. Mais alors dans des cadres particuliers. Il faudrait une installation avec des bidons, ça ne pourrait pas se faire dans un cadre rock. Il faudrait un lieu spécial, comme cet atelier-grange où l'on avait joué à Montreuil. j'en ai envie mais pour l'instant ça n'est qu'à l'étape d'idée.

CE : Tu disais que dans ton album, la voix était davantage mise en avant. J'ai l'impression qu'il y a aussi plus de fond, à travers les paroles, et que quelque chose passe par elles, plus qu'avec The Snobs.

Duck : S'il y a plus de sens dans les paroles, il n'y a pas forcément plus de fond.

CE : Par fond, entendons "un point de vue, une sorte d'idéologie".

Duck : En fait je pense surtout être moins subtil que nous ne le sommes à deux. Les thèmes sont sensiblement les mêmes d'ailleurs mais ils se disséminent plus dans la musique et la façon que nous avons de la jouer dans The Snobs alors que c'est plus "classique" quand je suis seul, c'est à dire une ambiance instrumentale et les paroles qui vont avec.

CE : Mais vraiment, la question tenait essentiellement aux paroles.

Duck : C'est surtout qu'avec mon précédent disque, les paroles étaient du n'importe quoi et cette fois-ci je voulais essayer d'être... Pas forcément sérieux... Mais de raconter des choses et puis aussi parce que c'était une période où j'avais envie de dire des choses particulières. C'est une forme de catharsis. C'est effectivement plus direct que The Snobs puisque Mad est super détaché de ses paroles.

Mad : Quand j'écris des paroles, même si j'aime ce que j'écris, ça n'est jamais autobiographique et ça aide à être plus détaché. C'est comme d'écrire un scénario.


CE : Et nous entendons d'ailleurs souvent les paroles des Snobs comme si on regardait un film de genre. Tout comme dans les films de Mad, c'est quasi-systématiquement le même thème.

Mad : Du coup, j'imagine qu'il est moins facile de s'identifier, comme on aime le faire avec des chanteurs.

CE : Pas forcément puisqu'à t'écouter, on t'entend, toi, t'identifier à d'autres chanteurs qui t'ont influencé et on peut très bien perpétuer la chaine.

Mad : Je ne sais pas si je suis le meilleur placé pour parler de mes paroles parce que pour moi, ce processus est important mais ça n'est pas l'essentiel et les mots ont des sens moins abstraits que la musique. J'en ai déjà dit bien assez en disposant les mots tels qu'ils sont mais je préfère me concentrer sur la musique pour "dire quelque chose". Sur "Rhythms of Concrete", tous les mots sont là où je les voulais et où ils ont un sens pour moi. Pour autant, ça n'est pas ce que l'on mettra en avant, ni au mixage, ni lorsque nous parlons de notre musique.

CE : Il me semble que le nouvel album est celui où la voix est le plus traitée. Il y a beaucoup de passages où il est quasiment impossible d'entendre les paroles. Notamment le trémolo sur la voix dans le deuxième morceau. On se demande s'il y a vraiment des paroles.

Mad : Pour le coup, il y en a.

Duck : On tenait à saboter les voix sur ce morceau. C'est une entreprise de sabotage.

Mad : De toute façon dans cette chanson, il y a suffisamment d'indices dans les paroles du début pour avoir l'essentiel, même si l'on ne comprend pas la fin.

CE : Dans l'album de Duck, les paroles semblaient être dans l'idée de départ du disque.

Duck : Clairement, certains thèmes l'étaient.

CE : Est-ce que le succès critique (NDLR : en tout cas auprès de C'est Entendu) de "Die Ewigkeit Lieder" te donne envie d'enregistrer autre chose en solo ?

Duck : Quand j'ai fini l'album j'avais déjà d'autres idées. Ce ne seront peut-être pas les thèmes que je garderai mais ce sera pour un autre disque tout seul. Comme on avait d'autres choses à faire avec The Snobs, j'ai mis ça de côté mais je réenregistrerai. Je n'ai aucune idée de quand, par contre. Quand j'ai sorti "I like to kraut", j'avais prévu de faire un disque après, c'est juste que je n'ai pas réussi et qu'il m'a fallu deux ans pour que ça arrive. Cette fois-ci j'espère y arriver plus vite.





Du futur et des influences


CE : L'enregistrement de "Rhythms of Concrete" a commencé en Octobre 2009, soit 5 mois après la sortie d'"Albatross". Qu'avez vous fait pendant cinq mois ?

Mad : Les grandes vacances sont le moment où je peux tourner mes films. Après ça, on enregistre les musiques de film, on prépare les ciné-concerts...

Duck : On a aussi réfléchi à ce que l'on voulait faire. On a toujours marché comme ça. Avec "Brûle en Bikini" on voulait faire notre album "pop" avec des chansons courtes et des refrains, etc.

Mad : Et puis entre deux chansons de "Rhythms of Concrete", il y a parfois eu trois mois pendant lesquels nous n'avons rien fait d'autre.

Duck : C'est normal, plus on avance et plus on met de temps à essayer de se renouveler. Tout comme on a mis très longtemps avant de se lancer dans "Albatross".

CE : D'ailleurs "Albatross" était votre album sur lequel il y avait le moins de sample. Le premier avec une vraie batterie. J'ai l'impression que sur "RoC" il y a davantage de samples.

Mad : En fait on les entend peut-être davantage mais il n'y en a pas plus.

Duck : Il y a un sample de trompette mais il y en avait un aussi dans "Albatross", voire deux. Peut-être que les samples étaient plutôt là comme des cassures sur "Albatross" alors qu'ils sont davantage intégrés à la composition cette fois-ci mais en terme de quantité, ça revient au même. Sur Carribean, toute la partie du milieu fonctionnait sur un sample de voix de György Ligeti (NDLR : compositeur roumano-hongrois du 20ème siècle proche de Stockhausen), mais ça s'entend sûrement moins qu'un sample de trompette chez Miles Davis, c'est vrai.



(Ligeti - Lux Aeterna)

CE : On se demandait d'ailleurs s'il y avait du Ligeti dans MidFlight Cabaret.

Duck : Les voix ? Non, c'est Land Of Kush (NDLR : un groupe signé sur le label canadien Constellation Records), pas tel quel mais ça vient de là.


(Land of Kush's Egyptian Light Orchestra - Monogamy, 2010)

CE : On a aussi pensé à Olivier Messiaen, ou plutôt à la réinterprétation de Messiaen par Jonny Greenwood, lorsque le piano arrive.

Duck : On n'y avait pas pensé mais c'est une comparaison valable. Il y a un côté "Quatuor pour la fin du Temps" dans les ambiances.


(Jonny Greenwood - Moon Trills, sur "Bodysong", 2003)

Mad : On aime Messiaen mais on ne l'écoute pas énormément.

CE : Alors à quoi pensiez-vous ?

Mad : Au niveau du pastiche, ça ne s'entend même pas dans le résultat mais par exemple les premières paroles font référence à Schoenberg.



(Arnold Schoenberg - Pierrot Lunaire, extrait)

Duck : C'est un peu potache, c'est pour ça. Schoenberg a créé le sérialisme, comme chacun sait, avec une série de douze demi-tons, et j'ai voulu enregistrer une voix de basse comme ça mais je n'ai pas réussi et il n'y en a que huit. Les paroles disent que huit ça n'est pas assez et qu'il faut aller jusqu'à douze...

CE : Sinon, outre le fait que vous ayez beaucoup écouté Miles Davis...


(Miles Davis - One on One, sur "On the Corner")

Duck : Oui ! Et surtout "In the corner". On a été très marqué le fait que ça groove sans jamais partir. C'est anti-efficace comme groove avec beaucoup d'attente, mais des soli aussi, et du coup l'efficacité est là malgré tout. On aussi beaucoup écouté Magma. C'est toujours la même idée de transe rythmique rock. Avant on écoutait que ça, mais là la dynamique jazz-rock a du s'insinuer.

Mad : En terme d'influence, il y a les sons industriels, de bidons cognés ou autres, qui nous vient de Einstürzende Neubauten, et d'autres, et qui s'entend surtout sur le disque solo de Duck, mais que l'on peut aussi entendre en ouverture de "Rhythms of Concrete", avec ce yiiiiiii agressif, que l'on retrouve d'ailleurs aussi chez Miles Davis, parfois.



(Einstürzende Neubauten - Halber Mensch)

Duck : Il y a aussi Broadcast et la trilogie berlinoise de Bowie, bien sûr, comme d'habitude, qui nous ont permis de rester sur des idées de sons cosmiques.

CE : Justement nous nous demandions si vous étiez encore influencés par un groupe "pop" ou si vous étiez définitivement passés "de l'autre côté".

Mad : Stereolab est notre groupe pop préféré, on les écoute toujours autant.

Duck : Récemment, c'est plutôt le dernier Evangelista qui nous a plu. Des choses intenses.

Mad : De manière générale je n'aime pas la pop, mais la pop sixties et ses descendants. Une certaine façon d'envisager les choses. Même Blur descendent des Kinks.

Duck : Cela dit ce que je préfère chez Blur ou Radiohead, c'est ce moment un peu magique où c'est plus de la pop mais ça reste des chansons. C'est ça qu'on recherche. On peut toujours facilement s'y retrouver grâce au format.

CE : D'ailleurs, c'est la première fois que l'on pense autant à Portishead à l'écoute de l'un de vos disques.

Duck : Merci ! On les écoute encore plus que Stereolab. "Third" était plus qu'un grand disque, c'était un modèle de renouvellement.

Mad : Souvent, quand on aime un groupe, on se rend compte que leur démarche nous correspond.

CE : Comment envisagez-vous l'album par rapport à vos précédents ?

Duck : On est très fiers de ce qu'on a fait depuis "Brûle en Bikini". Avant ça, il y avait un son moins parfait. On ne trouve pas le nouvel album plus abouti mais il représente davantage ce qu'on est maintenant, alors on l'aime plus, maintenant. On aime toujours autant "Albatross" et on n'y changerait rien mais on n'avait pas envie de refaire "Albatross".

CE : Avez-vous déjà envisagé de splitter ?

Duck : Jamais. Pour tout te dire, j'ai un souvenir d'un moment un peu tendu en 2003 quand j'étais petit parce qu'il avait fait tout seul les pianos sur Louie Louie et ça m'avait un peu énervé.

CE : Votre meilleure chanson d'ailleurs ! (rires)

Duck : C'est pour dire qu'il arrive que nous ne soyons pas d'accord mais on discute et puis au fond, on est frères, alors il ne peut pas y avoir d'amitié qui se casse.

CE : Certes mais vous ne vivez plus ensemble, Mad a un boulot et est marié.

Duck : Ça ne change que le rythme de travail, puisque c'est moins pratique, mais ce qui pourrait changer, c'est surtout que l'on ne soit plus sur la même longueur d'onde.

Mad : Et puis quand on n'est pas d'accord on relativise parce que je n'ai pas de souvenir où, sur un point de désaccord, la solution commune n'a pas été meilleure que celle individuelle. L'autre a toujours bien fait de mettre la mauvaise idée de l'un à la poubelle. C'est l'idéal d'une collaboration. L'autre solution c'est quand les gens convergent vers une solution médiane (et moyenne) parce que l'idée originale de l'un ne plait pas à l'autre.

Duck : Et puis c'est trop important pour nous pour qu'on arrête. On a déjà l'idée pour un autre album. On va toujours de l'avant. j'ai beaucoup apprécié de faire mon disque tout seul mais je ne pourrais pas faire que ça. On a la même vision. On est complémentaires et on se ressemble assez pour avoir les mêmes envies globales.



Propos recueillis par Thelonius H. et Joe Gonzalez le 23 mars 2011 dans l'appartement de Mad Rabbit (Paris, XIIIème)

vendredi 9 septembre 2011

[Vise un peu] Steve Dalachinsky & The Snobs - Massive Liquidity

Si ces dernières années, les Snobs avaient pu donner l'impression d'avoir posé le pied sur le frein après des débuts frénétiques (12 disques entre 2003 et 2007, sans parler des concerts et des courts métrages de Mad Rabbit), en 2011, la machine semble relancée à fond la caisse. Après un excellent album solo de Duck Feeling et un huitième album (officiel) dans la foulée (*1), après une série de concerts printaniers fort plaisants, et avant la publication d'un nouveau court métrage (annoncé comme le chef d'œuvre de Mad Rab' et dont la première est prévue pour la fin Septembre), les Snobs ont trouvé le temps de collaborer avec le poète New Yorkais Steve Dalachinsky et d'enregistrer un "Anti-Opera Post-Apocalyptique Asurréel en Deux Actes".

Imaginée par le label bordelais Bam.Balam Records (*2), la rencontre visait à offrir un environnement "rock" au poète, après de nombreuses expériences dans le monde du jazz. Et de ce point de vue, la rencontre est un semi-échec dans le sens où les Snobs ne sont plus un groupe de "rock" depuis longtemps. Semi-échec seulement puisque la participation de Dalachinsky n'a sans doute pas été tellement influencée par le groupe en face de lui. C'est en effet à l'occasion d'un passage en France que le poète a rencontré les Snobs et qu'il a mis en boite sa part de l’œuvre, sur laquelle les musiciens ont pu par la suite travailler, à leur rythme, afin de mettre en musique la linguistique agile de leur "invité". Si les Snobs n'avaient pas pour but de parasiter l'idée du label, ils n'ont pas forcément mis du leur pour amener Dalachinsky sur le chemin du rock. En effet, ni les instruments utilisés par Duck Feeling et arrangés et mixés par Mad Rabbit ni leur méthode de composition ne s'approchent ici de la stylistique rock. Sitar, meuleuse, bidons et seaux métalliques, guitares, orgue et un vieux magnétophone, tous mis à profit dans une démarche post-industrielle (si l'indus était la musique de l'urbanisme envahissant, alors les percussions des Snobs créent le son d'une banlieue semi-rurale spatialement étouffante) et post-moderne où le groove africain rencontre le bruit et la construction cérébrale européenne. La démarche est résolument ambitieuse et l'expérimentation sur le son, quelle qu'en soit la part d'improvisation, rappelle davantage la folie free des disques les plus aventureux du label SST Records (à l'époque où l'avant-garde rock se concentrait sous l'étiquette "post hardcore").

(Écoutez ci-dessus les deux actes composant l'album)
(Puis commandez le disque ici, pour une somme modique et dans un bel emballage)

Descendant direct de la poésie beat (et notamment de William Burroughs et Allen Ginsberg), Dalachinsky est un ami du son avant d'être un amant du mot. Le sens derrière ses choix linguistique est fort et c'est important (on évite les babillages onanistes que j'ai tendance à reprocher à une partie des praticiens du verbe) mais c'est avant tout parce que leurs sons l'envoutent qu'il choisit des syllabes. Il peut alors paraitre tour à tour magnifique et charismatique puis agaçant et dépourvu d'inspiration lorsqu'il répète mots et sons, en invente, en mélange (in Ah mores) et se lance avec un sérieux déroutant dans une énumération non pas de signifiés, de concepts mais de signifiants, de phonèmes. Débitant ses constructions phonétiques d'une voix grave, profonde, la voix d'un homme qui a vécu et qui me rappelle parfois la tessiture et le souffle de Mickey Rourke, tel qu'il s'exprime dans ses plus récents rôles ("The Wrestler", par exemple), Dalachinsky donne peut-être l'impression d'improviser, de lancer les premiers mots qui lui viennent, mais il n'en est rien. Le flot de conscience est un élément important de la poésie beat, mais pas au prix d'une construction servant un propos. Tout comme le free jazz n'est presque jamais une musique reposant entièrement sur l'affect instantané, les poètes beats tels que Dalachinsky sont pour la plupart bien plus que de simples émetteurs d'ondes sensorielles, incapables de comprendre ou de disséquer ces ondes. De cette façon, la fluidité massive de l'enregistrement, cet afflux pratiquement incessant de phonèmes vocaux et de sons instrumentaux, apparemment aussi libres de mouvement que d'apparence, cet afflux n'est pas aussi free qu'il en a l'air et le flot l'amène en une direction dictée par l'homme derrière le son.

Derrière le jeu des mots ("home follows the light / follow the light home / the light follows home / my belongings / belonging to no one" in The Garbage Man) il y a un homme qui ne rit pas et qui s'interroge. Le premier acte de cette anti-pièce pots-apocalyptique tourne autour de la supposition "Must have been abducted" (soit "on a du les kidnapper"), que le poète applique à un nombre infini de valeurs prétendument sûres : voitures, chiens, incantations, juristes, politiciens, sourires et ainsi de suite, que l'on a probablement du kidnapper puisqu'ils ne lui apparaissent plus. Critiquant ainsi de façon consumériste la perte de(s) valeur(s) de l'objet, du concept, en un mot du "bien", Dalachinsky n'évite même pas la finalité de la recherche d'une solution à la déroute sociétale qu'il décrit, il n'en a pas le temps. A mesure que le temps passe, le langage lui-même lui est enlevé et lorsque l'acte touche à sa fin, ses phonèmes ne sont plus que borborygmes.

Steve Dalanchinsky est un poète d'obédience beat : il est cynique et critique une société qu'il trouve dénaturée, dans laquelle plus personne n'est qui il devrait être ("we are all aliens / we must all have been abducted") mais il n'est pas aigre, son espoir d'un monde meilleur le pousse à croire que sa différence ("he calls me a GARBAGE MAN / failed baby of the rhythm of the world / failed child of the universe’s plan") n'est pas une tare, et qu'il n'est pas seul. Nous sommes avec lui, en décalage ("we are dressed for the aftermath of the party / and come from a neighborhood of broken promises / and pride / we are failed rhythm babies / and have more rhythm than we need") et gâtés, trop, et nous n'en profitons pas assez car s'il faut retenir une formule du poète ici, c'est bien "favorite recipes of the unknown" (recettes favorites de l'inconnu). C'est ainsi qu'il décrit les infinies possibilités de recherche de connaissance, de découverte personnelle et c'est une idée que l'album semble refléter d'un bout à l'autre de l'anti-opera. Une idée que l'on voit reflétée dans la soif de sons de Dalachinsky comme dans le saut en avant des Snobs, qui avaient certes déjà une belle expérience de mise-en-musique (les nombreux courts métrages de Mad Rabbit ont eu droit à des bandes sons personnelles et même à des diffusions sur le mode du ciné-concert) mais qui trouvent ici à illustrer des mots étrangers.

(Les snobs font leurs courses de tambours à la décharge, une démarche écolo-industrielle)

C'est d'une façon linéaire et évolutive tout à la fois que Duck Feeling a choisi de procéder. Comme s'il avait voulu déposer sur bande l'étendue de ses possibles, tout en sonorisant le parcours émotionnel, sonore et idéologique de Dalachinsky. Ainsi, les constatations effrayantes de disparition des repères du poète sont elles accompagnées par une sorte de nappe cuivrée, tendue, stressante, lentement réveillée par une motif de guitare correspondant à l'épiphanie progressive que l'on sent se profiler dans la voix de Dalachinsky quand il prononce ses "over and over and... ov...er a...gaiiin". La guitare de Duck entame alors une boucle psychédélique tandis que l'énumération reprend et que l'esprit sombre dans un tourbillon qui l'amènera finalement vers le néant. Pendant le second acte, l'esprit réflexif est accompagné par un sitar contemplatif jusqu'à ce que tout ne s'écroule et qu'un noise rock fiévreux, doublé d'un groove aphteux, ne s'installe tandis que la folie semble gagner une digression verbale tournant en boucle autour des concepts de symétrie estropiée, d'espaces vides et de reflets viciés et alors, suivant la basse et les percussions dans une ronde infinie, la guitare semble offrir un mime dérangé à la spirale de Ah mores. La patte de producteur de Mad Rabbit ne pèse alors jamais autant que sur le climax démentiel de What the hell is it Ethel ? lorsque la voix se dématérialise, comme en un dub psychotique hanté, tandis que l'orgue lance des oscillations psychédéliques et que des grincements apparaissent de part et d'autre de l'écran sonore, tandis que tout bascule et avant que ne se termine la réflexion, après toute activité ("after thinking").

Sans être aussi radical que le manifeste artistique de Duck Feeling et sans même réussir aussi franchement à coupler le plaisir cérébral de l'expérimentation au régal physique du groove comme "Rhythms of Concrete" a pu le faire, cette collaboration étonnante est une totale réussite. Un enregistrement exigeant, dont la profonde recherche (sonore, psychique et d'inconnu) n'aura pas fait chou blanc. Comme le dit Steve Dalachinsky lui-même à chaque fois qu'il tend la main vers l'inconnu : on en revient toujours avec quelque chose de neuf.


Joe Gonzalez





(*1) : "Rhythms of Concrete", dont nous vous toucherons deux mille mots d'ici peu puisque c'est l'un des meilleurs disques de l'année.

(*2) : à qui l'on doit déjà le "Cometary Orbital Drive" des japonais psyché-chtarbés d'Acid Mothers Temple.

jeudi 24 mars 2011

[Alors quoi ?] Avènement de l'Oeil Sourd

Nous y sommes. Demain, Vendredi 25 Mars 2011, l'Oeil Sourd sera présenté au public de façon officielle. Nous vous en parlons depuis le début de la semaine et ça n'est pas par hasard. Il faudra être là, demain soir, à l'Espace B, dans le 19ème arrondissement de Paris, à partir de 20h pour voir naître le plus prometteur des labels français, celui dont nous sommes gagas.



Concrètement, que se passera-t-il ?

Dans un Espace B redécoré pour l'occasion, et après une introduction mystique, vous aurez le plaisir de voir se déchainer les furies scéniques successives de

%




(I'm not dead, sur l'album "Opel Corsa Blues")


% (prononcé pourcent) représente la part punk de l'Oeil Sourd, sa composante DIY un peu dégueulasse. Autour de %, qui beugle en agitant sa guitare, on trouve un gourou-synthétique blond en habit de soirée et deux filles, à la basse et aux toms électroniques, dont les voix se font entendre au moment les plus inattendus. Derrière les "fûts", My feet in the air, qui officie sous son propre nom sur le label et vient de publier son premier album, "Déloger l'animal", dont vous risquez d'entendre un extrait au milieu du set de %. Ca ne sera pas le Velvet Underground, ni non plus Suicide, mais ça sera presque aussi sale, étrange, branlant et sexuel.



(Lecco mio ruga, soit "lèche mes rides", telle qu'elle fut jouée au Klub il y a quelques semaines)

Téléchargez gratuitement le premier album de % en cliquant ici.




Le Aids




(Mussel, sur "Cum to get her")


(Duplicata, sur "The lost opportunities to keep quiet)

Désormais doté d'une formation scénique plus complète et accompagné entre autres de notre ami et collègue Thelonius H. à la basse, Le Aids sera le Grand Défouloir de la soirée. La pop post-Blur post-lo-fi survitaminée de "Cum to get her" et les plus subtiles mais néanmoins efficaces popsongs issues de son nouvel album, "The lost opportunities to keep quiet" seront martelées avec l'énergie que l'on sait (pour avoir vu Le Aids aller au bout des possibilités de son larynx lorsqu'il jouait en formation réduite) et beuglées en chœur par l'assemblée, parce que c'est comme ça que se passe un concert de Le Aids : un trop plein d'émotion déversé sur le visage immaculé de l'establishment, et tout le monde se sent mieux ensuite.



(Santa Santa, why has thou forsaken me ?, à l'époque où le backing band de Le Aids était en mp3)
Lien
Lisez la chronique de "Cum to get her".
Lisez le réveille-matin sur Do, issue de l'EP "Not enough too much".
Lisez le réveille-matin sur Happy morning, issu du premier album "I like major chords very much".
Téléchargez gratuitement le nouvel album de Le Aids au format digital en cliquant ici et récupérez aussi ses trois premiers disques via Myspace.




The Snobs



(The murder of Jackie Kennedy, sur "Brûle en bikini")

Le duo le plus prolifique, prospère, et pro-expérimentation du label est composé de deux frères, d'une boite à rythmes et d'un paquet de chansons. Leur nouvel album (le 8ème si mes calculs sont bons), " The Rhythms of Concrete" vient tout juste de paraitre, faisant la part belle à un groove pas croyable affublé de sons métalliques, de samples funky, tout ça sans jamais oublier les refrains. En gros, un disque aussi proche de Ligeti que de Miles Davis. Et ils viennent le jouer coûte que coûte, quitte à y paumer un doigt ou deux, pour vous, avec du cuivre, du sitar et du rock'n roll.


(I want you so, à l'OPA Bastille en 2010)

Lisez le réveille-matin sur Dehli, issue de l'album "Albatross".
Téléchargez toute la discographie digitale des Snobs gratuitement.


Que faire après le concert ?

Une fois les ébats terminés, vos gorges dévastées par les hurlements et vos oreilles ravagées par les guitares et les applaudissements, il ne vous restera plus qu'à vous délester de quelques menus euros au stand de merchandising spécialement conçu pour l'occasion, où vous pourrez dégoter non seulement les disques des trois groupes présents, mais aussi les dernières productions de Treik Deeperheit, Dan McHee, et aussi le sampler de l'Oeil Sourd, une compilation rassemblant le meilleur des artistes du label, et il y aura aussi, clou du spectacle des posters signés Jarvis Glasses à s'arracher, en plus des flyers et stickers gratuits qui seront disponibles. Après quoi, une ou plusieurs gigantesques fiestas seront organisées. A vous de voir si vous nous accompagnez.


A demain soir !


La Rédaction