C'est entendu.
Affichage des articles dont le libellé est 1988. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1988. Afficher tous les articles

vendredi 25 novembre 2011

[Fallait que ça sorte] Les Pourvoyeurs de Powerpoptimisme #4

Souvenez-vous, après l'énorme succès des Knack, tous les labels voulurent trouver LEUR groupe powerpop pour se lancer sur un marché de plus en plus saturé par des dandys à cravates fines... Il fallait que ça arrive : la crise ! Pour encore compliquer les choses les 80’s marquent un énorme bond en avant en matière de technologie dans la musique, le digital n'est plus très loin mais surtout les synthèses sonores ont beaucoup progressé en réalisme : la tentation de remplacer des musiciens payés par des machines est plus que séduisante dans la tête de nombreux pontes de l’industrie. Au début, les synthétiseurs étaient l'apanage de pionniers, de frondeurs, d’expérimentateurs, mais lorsque certains de ces aventuriers (The Human League, Depeche Mode…) parviennent à rencontrer le succès populaire avec des sonorités synthétiques modernes il n'en faut pas plus pour attirer dans l'arène les plus cyniques des producteurs.


(The Human League)

Loin de moi l'idée de vouloir confronter guitares et synthés, ce n'est pas du tout le propos : l'un et l'autre ont une personnalité propre et ne sont pas substituables. Or, c'est précisément dans ce travers que s'est engouffrée une bonne partie de la production 80’s mainstream : vouloir remplacer presque à l'identique des instruments analogiques par de l'électronique. Quand les premiers groupes électro-pop cherchaient à explorer de nouvelles sonorités, les opportunistes faiseurs de modes voulurent au contraire s'approcher des sons déjà existants, comme les trompettes ou les pianos électriques. On croit alors, dans les hautes sphères, dur comme fer à des productions qui ne nécessiteraient plus ces coûteux musiciens pour venir poser une batterie ou une ligne de basse, alors que suffisent un compositeur et une chanteuse, si possible bien gaulée, un peu de studio d'enregistrement et beaucoup de studio photo et vidéo... C'est l'ère de MTV, des premiers vidéo-clips couteux et élaborés, avec leurs mini-scénarios aux montages agressifs inspirés de la pub, histoire d'être efficace et de bien claquer. Les chaines musicales vidéos détrônent les radios dans le cœur des adolescents. Les groupes ne peuvent plus se contenter de faire de la super musique, il faut qu'ils présentent bien. Les Beatles étaient certes déjà en partie populaires pour les mêmes raisons mais avec MTV c'est comme si l'on passait de l'artisanat à l'industrie lourde : un énorme précipice.

(Donna Summer et Giorgio Moroder)

Ce contexte est difficile pour la pop à guitares. Il est presque devenu ringard alors que de faire jouer une 6 cordes sur un morceau ; désormais ce qu’il faut c’est un keytar, des reebok freestyle aux pieds et un brushing sur la tête. Pourtant, loin des grands médias la résistance va s'organiser. Le début des 80’s marque une sorte de rupture pour la pop à guitare : on a essayé de faire de la bonne musique et ça ne prend pas ? Tant pis, ne cherchons plus à séduire tout le monde et faisons les choses dans notre coin à notre petite échelle... REM et les Smiths ne sont certes pas les inventeurs de la démarche indie mais ils donnent une sorte de légitimité à cette musique ainsi qu'une relative popularité. Des tas de gens ne se reconnaissent pas dans la pop mainstream déshumanisée des Bananarama, Phil Collins et autres suppôts de la médiocrité, mais ils se retrouvent dans ces deux groupes qui deviennent une alternative crédible. En 1983 quel est le vrai défi ? Imiter des cuivres sur un DX7 ou bien tisser des arpèges carillonnants sur sa Rickenbacker ? Le début des années 80 marque l'émergence de multiples courants indie comme le Paisley Underground ou la twee-pop et si presque rien ne transpire jusqu'au grand public à part un tube de temps en temps (le Walk like an Egyptian des Bangles, par exemple), chez les passionnés c'est une ébullition de groupes. Sont-ils à la hauteur de leurs aînés ? Rien n'est moins sûr mais le propos n'est pas là. Ce qu'il faut, c'est monter des franchises, défendre la musique que l'on aime face à l'insipide soupe de MTV. Dans la tourmente, quelques francs tireurs mais aussi de véritables scènes vont voir le jour et assurer l'intérim entre les anciens et le futur. Ces héritiers feront plus que gérer les actifs de la powerpop, ils y incluront aussi leur propre sensibilité (souvent d'obédience 60's). Certains se révélant même être des formations essentielles du genre.



Powerpoptimisme #4 : "Résistance humaine au pays de MTV", les années 80


-----
LES FRANCS-TIREURS


(The Smithereens - Behind the Wall of Sleep)

Les Smithereens font figure d'exception dans le paysage musical des radios étudiantes 80's avec leur rock terriblement classique et pétri d'influences 60's. Pat Dinizio ne s'est jamais caché de son admiration pour les Fab Four et les Smithereens ont été d'excellents messagers du groupe liverpuldien. Dans un journal local le jeune Pat passe une annonce au début de la décennie, après avoir écumé des covers bands divers et variés (notamment des groupes de metal !) il veut monter une formation pour jouer une musique qui lui ressemble : Buddy Holly, Costello, Nick Lowe, les Clash. Fin 1980 sort le premier EP des nouvellement formés Smithereens, mais il faudra attendre 1986 et l'album "Especially for You" produit par Don Dixon (*1) pour que le groupe sorte de son statut de "favori-des-critiques-mais-inconnu-du-public". Ce disque est une totale réussite, tout comme son successeur le presque-aussi-bien "Green Thoughts" sorti en 1988. La suite est décevante mais le groupe continuera de sortir aux cours des années des albums fidèles à leurs racines et profondément honnêtes.




(The Sneetches - A Good Thing)

Autres outsiders dans l'univers college rock des années 80 les Sneetches sont pourtant l'un des plus beaux trésors cachés de cette époque. Ce groupe qui continuera d'exister au début de la décennie suivante sort plusieurs disques remarquables (*2) notamment sur le label Creation Records (*3) en Angleterre : excusez du peu ! Originaires de San Francisco mais fortement anglophiles (un batteur anglais, tout comme le second bassiste Alec Palao) , les Sneetches prennent forme vers 1985. Leur goût pour les reprises (Colin Blunstone, Buffalo Springfield, Easybeats, Monochrome Set, Zombies etc.) ne les empêche pas d'enregistrer des titres originaux qui n'ont pas à rougir face à ces monuments. Le succès les a éludé et c'est terriblement injuste car aussi bien sur des morceaux nerveux comme In your car que sur un terrain plus pop comme avec le très raffiné et particulièrement émouvant A good thing, les Sneetches étaient un vrai bijou qui n'a pas trouvé son écrin. Chose plutôt amusante Alec Palao (bassiste non-fondateur) fera par la suite carrière dans la réédition de vieux disques des années 60. Autre détail rigolo, Chris Wilson, membre éminent des Flamin Groovies (et des Barracudas) enregistrera aussi quelques morceaux avec eux.




(The Barracudas - His last Summer)

Formés quelque part à Londres autour du duo Jeremy Gluck et Robin Wills et de leur amour pour le garage rock à la fin des 70's, les Barracudas sortent leur premier single en 1979. Au début des années 80 ils se lancent dans la surf music dynamitée à la powerpop à mi chemin entre le punk et les Beach Boys et ils obtiennent un petit succès dans leur île avec le délicieusement rétro Summer fun. En 1982 leur premier album "Drop out with" parachève le délire surf avec des titres comme His last Summer ou Surfers are back. A coté de ses délires plagistes, le groupe signe des classiques powerpop comme le génial I wish it could be 1965 again ou I can't pretend et des titres plus sombres et garage comme I saw my death in a dream last night (*4). Les albums suivants sans être aussi irrésistiblement catchy et addictifs sont très bons, mais ils sont plus sérieux, le délire surf a été abandonné, les Barracudas officient alors dans un style powerpop / garage aux teintes folk rock. Robin Wills produira en parallèle quelques disques dont l'excellente compilation françaises "Snapshots" qui comporte des titres de Gamine, Coronados, ou encore les géniales Calamités.

------
OCEANIE


Si ces trois groupes étaient assez isolés ou à part dans leur environnement, l'Australie peut se targuer d'avoir développé quelque chose se rapprochant d'une scène, ou du moins d'un tir groupé de groupes powerpop de bonne tenue.



(Sunnyboys - Alone with you)

Les Sunnyboys débarquent au début des années 80 avec deux albums sous le bras (1981 et 1982) qui rentreront tous les deux dans le top 30 australien. Leur musique est élégante et fière, et touche au sublime sur des titres comme Alone with you tonight. Ils sont les cousins éloignés géographiquement mais pas musicalement de formations comme les dB's ou les Bongos, capables de mettre un peu d'angle dans les rondeurs de la powerpop sans en trahir la substance. Trois ans plus tard, les Hoodoo Gurus sortiront aussi deux albums populaires et réussis, remplis de tubes powerpop aux refrains imparables. C'est ensuite Dom Mariani qui va se révéler être l'une des grandes figures du genre via ses projets successifs. Les Stems démarrent très garage mais dévient progressivement vers le grand amour de l'australo-italien : la powerpop, et leur premier et unique album ("At First Sight Violets Are Blue" sorti en 1987) confirme cette dualité. Deux bombes feront fondre les cœurs les plus froids: le morceau titre At first sight et son riff carillonnant de rickenbacker et le non moins génial For always. Ensuite Dom Mariani va multiplier les projets comme DM3 ou les Someloves, peut-être sa contribution la plus notable à la powerpop, aidé par Darry Mather et Mitch Easter (à la production) le groupe sort un unique et excellent album en 1989 ("Something or other"), à recommander aux amateurs.


(The Stems - At first sight)



-----
ETATS UNIS


(The dB's - Black & White)

Je ne m'en suis aperçu que très récemment : le second album de Big Troubles (chez Slumberland) est produit par Mitch Easter. A l'écoute pas de doute possible, le son Easter dans toute sa gloire et son emphase : une grosse production qui, loin de dénaturer la musique, donne puissance et éclat à ces (très bonnes) mélodies pop. Autant dire que Mitch n'est pas le genre de producteur à laisser indifférent, on aime ou on déteste mais dans tous les cas on ne peut pas nier que le bonhomme a un son bien à lui. Après s'être fait un nom en produisant le premier EP de REM, Mitch Easter parvient à faire signer son propre groupe, Let's Active sur IRS. Suivront trois albums, tous intéressants, qui exposent les principes de production et la conception de la pop d'Easter. Ces disques un peu inégaux contiennent de jolis moments et méritent que l'on s'y penche. Avant d'avoir son propre groupe, Easter fut aussi dans les Sneakers avec un certain Chris Stamey, qui allait par la suite fonder l'un des plus beaux groupes powerpop des 80s' : les merveilleux dB's. Les dB's jouent dans la cour des grands, et Black & white est une chanson absolument géniale avec cette guitare à la fin (qui me rend littéralement fou, c'est pour moi l'un des meilleurs titres à faire écouter lorsque me vient l'envie de démontrer ce qui me fait vibrer à propos des six cordes). Le groupe se forme à la fin des années 70 et le premier single (crédité à Chris Stamey & the dB's) parait en 1978. Cette même année, Peter Holsapple rejoint Stamey et c'est comme si Lennon avait trouvé son Macca : Holsapple amènera les mélodies mémorables, en passeur d'une certaine tradition tandis que Stamey sera l'avant-gardiste, l'aventureux. L'association de ces deux talents fait des étincelles et deux magnifiques albums : "Stands for Decibels" (1981) et "Repercussion" (1982). Puis Stamey part et Holsapple garde le cap avec deux autres disques, réussis mais pas aussi mémorables. Le premier figure encore aujourd'hui dans les grands classiques de l'indie rock. Figurez-vous que pas plus tard qu'il y a un mois, un mec de Clap your hands and Say Yeah le citait comme l'un de ses disques fétiches : il faut dire que les dB's ont su trouver un équilibre fascinant entre modernité et mélodies intemporelles, créant une musique nouvelle mais consciente de l'héritage qu'elle porte dans ses gènes.

Les Bongos, d'Hoboken (*6) sont un peu moins connus et cités mais leur premier album "Drums along Hudson" est un chef d'œuvre de pop moderne, pas si loin spirituellement que ça des dB's. Si l'architecture de ces derniers est construite autour de deux personnalités distinctes, l'ossature des Bongos repose en grande partie sur les épaules du talentueux Richard Barone. Le groupe tourne dans les mêmes clubs que les Feelies et partage avec eux une philosophie oblique et déviante de la pop, mais les Bongos gardent peut être plus d'affinité avec le format ramassé, ces chansons balancées dans la gueule en trois minutes montre en main. La musique des Bongos est fascinante, elle garde toute sa hargne sans jamais négliger les mélodies ni l'inventivité. "Drums along Hudson" souffre de ne pas toujours être cohérent (le disque est la réunion de plusieurs singles et EPs), mais ce petit défaut est bien vite compensé par l'avalanche de chansons monstrueuses comme In the Congo, Clay midget, Glow in the dark ou Zebra Club (*7). La suite ne sera pas aussi exceptionnelle mais peu importe car ce premier album est un véritable trésor caché de la pop 80's qui ne demande qu'à être redécouvert.

Mitch Easter a aussi l'occasion de travailler (tout comme Richard Barone des Bongos d'ailleurs !) avec les Windbreakers une formation de Jackson dans le Missouri. Autour du duo de songwritters Bobby Sutliff et Tim Lee le groupe a sorti 5 albums entre 1985 et 1991 dont les meilleurs morceaux sont compilés sur la très bonne anthologie "Time Machine" sortie chez Paisley Pop en 2003. Les Windbreakers y proposent une power/jangle-pop de très bonne qualité qui plaira aux amateurs du son Mitch Easter bien que tous les morceaux ne soient pas produits avec la contribution de ce dernier.


(The Bongos - Clay Midget)


-----
EPILOGUE

Durant les années 80 la powerpop s'est aussi vu associée à l'éphémère mais passionnante scène Paisley Underground. Les groupes de ce tout petit mouvement étaient basés à Los Angeles et ses alentours, ils étaient tous fanatiques à des degrés divers de pop 60’s et s'en sont donc tous inspirés. Si certains sont allés du coté du Velvet Underground (comme les géniaux The Dream Syndicate) ou vers le country-rock terroir (comme les Long Ryders en bons héritiers de Gram Parsons) d'autres ont exploré des voies plus proches de la powerpop et notamment les 3 O' Clock de Michael Quercio (*8) sur des titres comme Jet Fighter, ou encore les Bangles. Ces dernières étaient gagas des Beatles, des Merry-Go-Round d'Emitt Rhodes (*9) ou encore de Big Star (*10) et leur premier album est précisément la rencontre de tout ces sons, un très très bon disque de pop, loin de l'image "papier glacé" que l'on peut se faire du groupe généralement. La suite est il faut le dire plus aléatoire mais Susanna Hoffs n'a jamais cessé d'aimer la bonne musique comme en témoigne sa collaboration avec Matthew Sweet (*11).

Les 80’s furent donc vous l'avez compris une période de transition pour la powerpop, une époque de changements, de nouvelles approches en guise de transition avant un second âge d'or. Mais qui se serait douté qu’il surviendrait en 1989 ?


Alex Twist


(*1) : Don Dixon est un des grands producteurs indie des années 80. Outre les Smithereens il a contribué au son de REM, Guadalcanal Diary ou encore Let's Active.

(*2) : Discographie principale du groupe:
- "Lights Out with The Sneetches" (1988)
- "Sometimes that's all we have" (1989)
- "Slow" (1990)
- "Blow out the Sun" (1994)

(*3)
: Creation Records fut par la suite le label qui relança la pop britannique grand public avec notamment les Stone Roses (et plus tard Oasis).

(*4)
: J'offre un caramel mou à celui qui a capté la référence !

(*5)
: Où est Charly ?

(*6)
: Comme les Feelies ou les Individuals (ces derniers ayant été produits par l'un des dB's justement) ou Yo La Tengo plus tard.

(*7)
: Dont il existe une excellente reprise par le groupe bordelais Gamine.

(*8)
: Danny Bennair, le batteur du premier album n'est autre que celui des fameux The Quick. Jason Falkner sera dans le line-up vers la fin du groupe avant de contribuer à former Jellyfish.

(*9)
: Les Bangles ont repris Live qui est sur le premier album, dans une super version, largement à la hauteur de l'originale.

(*10)
: Les Bangles ont repris September gurls sur leur second album, dans une version pas trop mal, mais en dessous de l'originale. Elles ont connu Big Star par l'intermédiaire du groupe angelno The Pop que nous avions mentionné dans une précédente partie.

(*11)
: Dont on va reparler dans notre prochaine partie consacrée aux 90's !



Résistance humaine dans les années 80, la mixtape :

01 Three O Clock - Jet Fighter
02 The Sneetches - In my Car
03 Let's Active - Everyword means No
04 Hoodoo Gurus - I want you back
05 The Stems - at first sight
06 Sunnyboys - alone with you tonight
07 The dB's - black & white
08 The Bongos - Clay Midget
09 The Barracudas - I Can't Pretend
10 Windbreakers - I'll Be There

lundi 21 novembre 2011

[Réveille Matin] Front 242 — Headhunter

EBM : ces trois lettres vous disent-elles quelque chose ? L'abréviation signifie "Electronic Body Music" et désigne la fusion de rock industriel et de dance music, surtout populaire dans les années 80, qu'on a pu entendre notamment chez Deutsch Amerikanische Freundschaft, Nitzer Ebb, Front Line Assembly… ou Front 242. L'expression fut utilisée pour la première fois par l'un des membres de Kraftwerk pour décrire le son de leur album "Die Mensch-Maschine" ("The Man-Machine"), mais ne devint le nom d'un genre musical qu'après avoir été reprise six ans plus tard par les membres du Front (qui font partie des pionniers du genre).

Basé sur des sons ultra-synthétiques et des beats machiniques et agressifs, l'EBM n'est pas un genre réputé pour sa subtilité (bien qu'il y eut des exceptions, comme l'atmosphère lourde et fascinante de "Buried Dreams" par Clock DVA) — mais quand les compositions sont bonnes, il s'en dégage une vraie puissance. L'excellent album "Front by Front" du trio belge en est un bel exemple, avec ses mélodies diablement efficaces : c'est de la musique industrielle débridée, des machines à danser qui tournent à plein régime… et malgré ce que disent les membres sur la non-humanité de leur musique, ils font preuve d'un son bien personnel !


Le plus grand tube de l'album — et du groupe — s'intitule Headhunter ; kitsch par certains aspects mais irrésistible, il résume parfaitement l'esthétique du genre. Les paroles, comme beaucoup d'autres du groupe, décrivent un monde déshumanisé et cruel, où le profit est maître et où le plus fort gagne. Ici, c'est le "chasseur de têtes", prédateur capitaliste moderne qui est à l'honneur, avec son mantra-chant de guerre (Lock the target — Bait the line — Spread the net — Catch the man) implacable… et furieusement accrocheur. (Ce qui ne veut pas dire que le groupe soit toujours sérieux, noir ou dénué d'humour : sachez par exemple que l'image récurrente des œufs dans le clip vient du fait que le réalisateur avait mal compris le titre de la chanson… et était parti pour tourner le clip d'une piste qui se serait appelée Egghunter !)

Pour le reste, laissons la parole au groupe, qui explique dans ce mini (extrait de) documentaire les raisons et les ambitions du mouvement :



(Et si jamais vous avez la nationalité belge et que viennent des élections, vous pourrez peut-être voter pour l'un des membres du groupe : Richard Jonckheere est membre du parti Ecolo !)


— lamuya-zimina

vendredi 19 août 2011

[Fallait que ça sorte] Psychobilly #3 (1981 - 1988)


(The Meteors - Rockabilly Psychosis)

Si les Cramps et le Gun Club étaient les plus charismatiques représentants du psychobilly, ils n'en étaient pas les inventeurs reconnus, ce rôle étant attribué aux Meteors par à peu près tout le monde. Il peut paraitre étonnant à posteriori de voir un groupe anglais engendrer la genèse d'un sous-genre musical majoritairement américain (le rockabilly descendait de toute façon des racines country et blues mais il suffit simplement de jeter un oeil à la liste des groupes psychobilly : une écrasante majorité est née sur la Côte Ouest et dans le Sud des Etats Unis) mais les Meteors lorgnaient sans vergogne vers les années 50 (comme énormément de musiciens, de stylistes, de cinéastes, etc durant la première moitié des années 80) et c'est certainement à cause de la chanson Rockabilly Psychosis que le mot est né. Bien que moins dangereux que ses homologues californiens, les Meteors baignaient déjà dans la même ambiance de zombies, de mutants et de vampires de séries B ou Z qui devaient illustrer les premiers disques du genre, et après un premier album plutôt réussi ("In Heaven", en 1981), leur son devait s'alourdir quelque peu et pendant quelques albums encore (et notamment "Wreckin' Crew" en 1983), les Meteors continuèrent de faire vivre le rock'n roll ténébreux du côté de Londres avec une énergie et une foi plus qu'honorables tandis que d'autres britanniques suivaient le mouvement (le groupe Guana Batz, en 1985, par exemple).

C'est aussi en 1981 que les Cramps et le Gun Club se firent les dents sur le public américain et au même moment, trois autres formations californiennes cousines se faisaient remarquer. Les Blasters n'étaient... pas un groupe de psychobilly. Ils n'en arboraient aucun des signes (pochettes, looks, paroles) distinctifs, ne donnaient pas l'impression de sortir d'une mauvaise BD fantastique et si leur nom évoquait une certaine violence, l'attitude des frères Phil et Dave Alvin et de leurs acolytes n'était nullement aussi provocatrice que celle de Jeffrey Lee Pierce ou de Lux Interior. Pourtant, leur musique descendait elle aussi du rockabilly et ils tournaient régulièrement avec Black Flag. Leur influence sur le psychobilly viendrait de différents métissages et apporterait quelque chose de plus sage, de plus rétro, de plus adulte à un genre musical d'ados attardés. Toujours en 1981, Dave Alvin, le guitariste du groupe, enregistra avec d'autres musiciens le deuxième album des Flesh Eaters, le groupe de Chris D., un adepte du punk blues à la Blasters qui cette année-là s'entoura fort bien pour produire l'un des albums les plus intéressants et variés du genre.



(The Flesh Eaters - River of Fever)

"A minute to pray, a second to die" ralentissait la cadence imposée par ses prédécesseurs mais se complaisait dans une imagerie de mauvais goût vaguement morbide, avec en prime du saxophone, le chant foutraque de Chris D. et la basse de John Doe, le leader de X. Avec son groupe principal, Doe, un beau brun charismatique, flirtait avec le punk hardcore sans jamais véritablement se risquer à abandonner mélodies, soli et un amour discernable pour le rockabilly. Mêlant sa voix à celle d'Xene Cervenka en une charmante dissonance pendant que Billy Zoom se prenait pour Chuck Berry, ils avaient publié en 1980 un premier album ("Los Angeles") de punk rock reflétant à merveille l'évolution du style, trois ans après les Pistols et un continent plus loin. En 1981, leur deuxième album, "Wild Gift" se voulait beaucoup plus ouvert à la tradition américaine et l'influence des Blasters devait les entrainer de plus en vers le traditionalisme jusqu'à fonder The Knitters (avec Dave Alvin, des Blasters) des années plus tard, un groupe parallèle de country alternative. Les Flesh Eaters ne seraient jamais aussi passionnants qu'en 81 avec Alvin et Doe aux postes clés et avec quelques excentricités assez originales pour un groupe du genre lors de l'enregistrement du disque, ils enregistrèrent ce qui ressemblait le plus à un concurrent éventuel aux intouchables Cramps et Gun Club.

(Les Flesh Eaters, en 1981. A gauche, John Doe, à droite Chris D. et au fond, Dave Alvin)




(Elvis Hitler - Live fast, Die young)


De nombreux autres groupes fleurirent un peu partout qui adoptaient l'esthétique psychobilly. Batmobile en Hollande (vers 1983), Demented are Go's en Angleterre (circa 1986), les allemands de Mad Sin (en 1987) ou les danois de Nekromantix (en 89), et tous connurent leur petit succès local (le psychobilly n'a jamais été une musique pour le grand public, vous en conviendrez) mais c'est un groupe de Detroit qui selon moi symbolise le mieux la tournure qu'avait pris le psychobilly après une décennie d'activité.

Elvis Hitler était un quatuor mené par Jim Leedy, un punk grassouillet qui se faisait appeler Elvis Hitler et qui donnait vaguement d'air à P. Paul Fenech, le chanteur des Meteors. Imaginant des zombies à Memphis, Tennessee, Elvis avait la particularité d'être moins mesuré encore que les pionniers américains. Son groupe jouait plus vite, plus fort et voulait choquer davantage. En reprenant le Live fast, Die young des Circle Jerks, un groupe hardcore, ils ne faisaient pas de mystère de leur philosophie et de leur goût pour les chansons coup-de-poing. "Disgraceland" parut en 1988 et malgré l'imagerie Priestleyienne, c'était véritablement Detroit (la ville d'Iggy, du MC5, etc) que l'on entendait prendre possession du psychobilly et en faire une machine de guerre sonore à vocation infernale (certains en vinrent d'ailleurs à appeler leur musique du hellbilly). L'album s'embourbait parfois (une reprise inutile du Purple Haze d'Hendrix) mais avec une telle pochette accolant les mots Elvis et Hitler, il FALLAIT l'écouter, et je ne doute pas une seconde qu'un certain Jimmy Lee Lindsey Jr., A.K.A. Jay, alors âgé de huit ans, soit un jour tombé sur cette pochette et qu'il ait été convaincu instantanément.

Les années 80 marquèrent l'Age d'Or du psychobilly mais après sa mutation vers quelque chose de toujours plus violent, gras et... américain, en quelque sorte, d'autres allaient lui offrir quelques derniers coups d'éclat pendant les années 90. Vous en saurez plus la semaine prochaine avec la quatrième et dernière partie de ce dossier !


Joe Gonzalez

lundi 20 juin 2011

[Fallait que ça sorte] Gum — Vinyl Anthology

"Endtroducing…" de DJ Shadow est encore aujourd'hui reconnu (par le Guiness des Records, entre autres) comme le premier album à être entièrement constitué de samples. Pourtant, ce n'était pas la première œuvre à être composée exclusivement à partir d'enregistrements existants : Andrew Curtis et Philip Samartzis avaient déjà enregistré "Vinyl", un album composé uniquement à partir de vinyles manipulés, en 1987… et ça n'avait rien à voir avec le hip-hop. C'était beaucoup plus inécoutable que ça.

Le concept de base de Gum était tout simple : faire des expérimentations avec des tourne-disques et des microsillons rayés ou défectueux, et Curtis et Samartzis n'ont pas dû être les premiers à le faire. L'idée était venue à Philip Samartzis à partir d'un vinyle de Brian Eno qui bloquait sur un sillon — ce même Brian Eno qui, sur une carte de ses "Oblique Strategies" (jeu de cartes conceptuel confectionné en collaboration avec Peter Schmidt et comportant, sur chaque carte, une instruction ou une idée pouvant aider à résoudre un dilemme), reprenait l'adage de John Cage : "La répétition est une forme de changement"…


(Stormy Weather)

"La répétition est une forme de changement", et c'est ce qui fait en grande partie l'intérêt de la musique de Gum — la découpe, la répétition mais aussi la superposition et toutes sortes d'autres altérations (on imagine que Gum a dû maltraiter un important nombre de platines et de disques), fondements d'une esthétique plutôt punk et parfois provocatrice. Mais il ne s'agit pas que d'actes de création par la destruction : le bruit de surface et autres sons inhérents à la manipulation des disques et platines font partie intégrante de la musique et en deviennent même l'un des éléments principaux. La première piste de "Vinyl", Stormy Weather, semble ainsi entièrement faite de textures : celles de la pluie et du tonnerre enregistrés sur le disque original, celle du bruit de surface du disque, au final une superposition de matières sonores qui semblent incroyablement présentes. Ailleurs sur l'album, on croirait entendre des machines tourner à fond (Sporadic Acts of Violence, Involuntary Orgasms During the Cleaning of Automobiles) ; d'autres pistes encore pourraient passer pour du dark ambient (Outfits for Agony, Fear). La variété de sons est tout à fait appréciable et en fait un disque à la fois difficile d'accès (ça reste du bruit et des disques qui sautent) et, l'absurdité quasi-comique de certaines superpositions aidant, étonnamment ludique.


(Sporadic Acts of Violence)

Si le modus operandi de Gum peut paraître irrévérencieux vis-à-vis des enregistrements originaux (cf. TV Eye), on peut aussi y entendre une sorte de vénération du format vinyle, du son et de la matière même des disques, traités comme autant de matériaux par les deux musiciens. (On pourra d'ailleurs voir d'autres références à la matière du vinyle dans les noms mêmes du disque et du groupe, voire dans le fait que les deux premières éditions de "Vinyl" comportaient — gimmick racoleur ou parallèle malin ? les deux ? — des photocopies de photos fétichistes éditées dans un magazine du même nom que le groupe.)


(TV Eye : Foutage de gueule éhonté ou réinvention mutine ?)


(La version originale des Stooges.)

"Vinyl" est épuisé depuis belle lurette, mais le label 23five a eu la bonne idée de rééditer l'intégrale des enregistrements de Gum (y compris des inédits) sur le double CD "Vinyl Anthology". Le premier CD comprend l'album "Vinyl", deux pistes tirées des mêmes sessions d'enregistrement, ainsi qu'un live d'une vingtaine de minutes qui commence et finit par Stayin' Alive des Bee Gees, avec énormément de bruit entre les deux, incitant quelqu'un dans le public à lancer "Play some music!" — exemple de l'esprit un peu potache du groupe. Lequel se retrouve sur le deuxième CD (où le groupe se met à utiliser d'autres sources que les disques), notamment sur 1-800-GUM (inédite basée sur un enregistrement de téléphone rose et des musiques qui pourraient provenir de films érotiques — conceptuellement marrante, mais pas la plus intéressante du lot) et sur une déconstruction du TV Eye des Stooges qui bloque sur les premières secondes de la piste, changeant le "LOOOOORD!" d'Iggy Pop en une sorte de drone et coupant court à toute l'instrumentation rock, qui n'apparaît que massacrée et par soubresauts (la piste fut envoyée à Au Go Go Records pour figurer sur la compilation-hommage "Hard to Beat" — et fut rejetée par le label. On comprend aisément pourquoi). "Vinyl Anthology" comprend également l'excellente Banning, qui ne dure pas moins de vingt minutes, mais aussi le deuxième et dernier album du groupe, "20 Years in Blue Movies and Yet to Fake an Orgasm", composé de deux pistes d'un quart d'heure chacune, la dernière étant une reprise de Blood on the Floor de Throbbing Gristle (Curtis et Samartzis s'étaient à l'origine rencontrés à travers leur passion commune pour la musique industrielle), plus bruitiste et dix fois plus longue que l'originale. (Dommage que la voix du chanteur n'égale pas celle de Genesis P-Orridge.)

On pourra trouver que la musique de Gum était parfois inégale voire un peu facile (et "20 Years in Blue Movies and Yet to Fake an Orgasm" est moins bon que "Vinyl") ; mais si l'on aime le son lui-même, les expérimentations et les textures, il y a largement de quoi se réjouir sur cette collection, une belle trouvaille pour les amateurs !


— lamuya-zimina

mardi 10 mai 2011

[Réveille Matin] Ministry — Stigmata

Si vous avez envie de délicatesse et d'harmonies douces en cette belle matinée de mai, passez votre chemin — le réveille-matin d'aujourd'hui ne fait pas dans la dentelle. Sinon, dites bonjour à Al Jourgensen, Paul Barker et leurs acolytes !

Histoire de faire les présentations, Ministry était à ses débuts un groupe de synthpop, et a sorti deux premiers albums que Jourgensen a pratiquement renié aujourd'hui (apparemment, le genre leur avait été plus ou moins imposé par leur maison de disques). Si l'on pouvait déjà discerner des traces d'EBM sur le deuxième album, "Twitch", on était encore très loin du coup de poing que Ministry allait nous administrer avec "The Land of Rape and Honey" — et surtout Stigmata, le single qui ouvre le disque et démarre véritablement la carrière du groupe en tant que force majeure du métal indus. Le genre de force qui fonce à toute blinde sans s’embarrasser de subtilités (selon les albums, ça passe ou ça casse).

Stigmata est une piste incroyablement simple : deux riffs (voire un seul, l'un étant la version "longue" de l'autre), trois notes, des paroles répétitives ; il ne manque plus qu'une batterie qui cogne, un sample mécanique infatigable, une dose de bruit et le tour est joué ! La simplicité de la piste ne fait que la rendre plus percutante, et la frustration qui s'accumule dans chaque couplet pour se déverser en flots de bile dans chaque "You've run out of lies !" du refrain en rend la répétitivité carrément jouissive. Stigmata est un parfait défouloir, un torrent d'énergie négative chargée à bloc, et dans le genre, peu de chansons lui arrivent à la cheville.



… et si la version studio ne vous suffit pas, l'album live "In Case You Didn't Feel Like Showing Up" vous balance une version massive de dix minutes, qui culmine en une tirade débilo-jouissive de "Fuck me ! Fuck you ! Fuck everyone ! Fuck the church ! […] Fuck George Bush (*1) ! Fuck his ugly wife ! […]" ad libitum — aussi fine qu'un bulldozer dans une boutique de porcelaine et donc tout à fait appropriée.


Toutes les pistes de "The Land of Rape and Honey" (*2) ne sont pas aussi efficaces, et si l'album vaut le coup d'être écouté, on remarque que le groupe tâtonnait encore un peu par moments ; si vous voulez ce qui est à mon avis le meilleur album de Ministry, je vous recommande "ΚΕΦΑΛΗΞΘ" (surnommé "Psalm 69"), bourrin à souhait et avec aussi quelques idées bien trouvées. En attendant, je vous souhaite une bonne journée !


— lamuya-zimina


(*1) : Père (on est en 1988). Le fils a, lui, tellement énervé le groupe qu'ils ont carrément sorti une trilogie d'albums sur (ou plutôt contre) lui avant de se saborder.

(*2) : Pour l'anecdote, il s'agit de la véritable devise de la ville de Tisdale au Canada, qui se vante ainsi de sa production de colza ("rape" ou "rapeseed" en anglais) et de miel… je ne sais pas s'ils ont l'esprit tordu ou s'ils sont vraiment innocents là-bas.

vendredi 1 avril 2011

[Réveille Matin] Sonic Youth — Funky Fresh

Oui, je sais : Sonic Youth. Si vous vous demandez pourquoi nous ne vous avons pas [correction : presque pas] parlé de Sonic Youth auparavant, c'est tout simplement parce que si vous êtes ici, vous en avez sans aucun doute déjà entendu parler. Toute personne qui s'intéresse un tant soit peu au rock indépendant écoute ce groupe un jour ou l'autre, et s'il y a largement de quoi débattre et écrire à leur sujet (tout le monde semble avoir SON album préféré), difficile de prétendre vous faire découvrir quoi que soit avec un réveille-matin sur Sonic Youth…

…mais bon, on ne sait jamais. (Et au pire, ça ne serait pas la première fois que l'on reviendrait sur un artiste connu.) Avez-vous déjà tout écouté de Sonic Youth ? Leur discographie recèle quand même pas mal de disques intéressants ou surprenants, entre la collection des SYR, les EPs plus ou moins expérimentaux, des faces B particulièrement sympathiques sur certains singles, ou même des albums plus marginaux comme le "Whitey Album" signé Ciccone Youth (que je préfère sérieusement à "Daydream Nation", mais c'est sans doute parce que j'ai des goûts ridicules et que je préfère le bruit à la pop).

Non, je n'ai pas tout écouté de Sonic Youth non plus, mais au cas où, j'avais quand même envie de vous présenter une facette peu connue du groupe, qui se trouve sur l'un de ces disques un peu à l'écart dans leur discographie, et qui mérite largement l'écoute.

Funky Fresh est, comme son nom l'indique, une piste d'inspiration funk, carrément dansante, composée par Thurston Moore. On est ici à des kilomètres du rock classique ou des expérimentations bruitistes coutumières du groupe, et le résultat est incroyable : paroles quasi-rappées, rythme torride, solo de beatbox de Thurston ; de quoi enflammer toute piste de danse et gagner une énergie folle le matin ! Écoutez ça, je vous garantis que ça va vous électriser :


Funky Fresh, ainsi que plein d'autres petits bijoux, se trouve sur l'EP "Master-Dik". Sérieux, c'est pas sur "Daydream Nation" que vous entendrez ça.


— lamuya-zimina

jeudi 17 février 2011

[Réveille-matin] Skinny Puppy — Dogshit

Bonjour ! Les prévisions météorologiques pour ce Jeudi 17 Février sont : ciel gris mousse orageux, visible dans certaines sections des secteurs nord et nord-est ; émanations moyennes ; niveau de bruit ambiant : 7 sur l'échelle d'Akita ; variance de température : -2°C par rapport à la norme dans les étages supérieurs, jusqu'à +10°C dans les étages inférieurs. Chutes de pluie à prévoir dans les étages supérieurs de la section nord-est, taux d'acidité : 44,78%. Taux de corrosion : 52,65%. Taux d'entropie : 68,12%. N'oubliez pas de sortir avec votre masque, votre protection et vos cartes électroniques.

…bon, j'arrête là mes élucubrations ridicules, mais vous aurez compris que c'est à peu près le type de réveil auquel vous auriez droit si votre monde ressemblait aux sons de Dogshit de Skinny Puppy. Sans le "Bonjour !" et les informations. Un réveil dans un univers cyberpunk dégénéré et hostile, un gigantesque monde-machine bruyant qui donne le tournis, mal à la tête, la nausée. Tenez, si vous avez déjà jeté un œil à (un exemple parmi tant d'autres possibles) Blame ! de Tsutomu Nihei, on peut comparer en partie l'architecture monstrueuse, glauque et tentaculaire dans lequel évoluent les personnages à la musique de Skinny Puppy. Les deux sont d'ailleurs tout aussi hermétiques pour le néophyte. (Sinon vous pouvez imaginer vous réveiller dans un coin d'une gigantesque usine en état de délabrement après avoir pris certaines substances psychotropes, ça doit marcher aussi.)


Mais si l'univers de Blame ! est toujours froid, noir et limite déprimant, il se cache un véritable tube au cœur de ce foutu Dogshit, sous ce qui peut ressembler à du bruit amorphe et des cris stériles. Si, si. Il s'agit d'une piste-monstre dans les deux sens du terme, monstre sonique comme structurel (pas de couplets ni de refrain ici, et les paroles sont un flux quasi-incompréhensible, un stream-of-consciousness cauchemardesque expliqué seulement par "(A DREAM)" dans le livret), mais aussi monstrueux par son efficacité. Après une minute d'un sample tranché qui tourne en boucle et de guitares électriques passées sous un kärcher de distorsion tel que le son n'est pas loin de virer au bruit pur, la machine rythmique se met à tourner, violente, les mots se répondent via une voix éraillée — et le groove apparaît, se fait de plus en plus présent, de plus en plus dansant même, dans le débit ("TURNS / TWO / AGAINST / THREE / PENNY / SAVE / A PENNY / WORTH"), autant au niveau du rythme qu'au niveau de la mélodie qui émerge progressivement ("DREAMS AMAZE ME / TIME ESCAPES ME"), jusqu'à atteindre un pic lorsque les paroles sont scandées avant de laisser la place à un break puis un riff, un autre riff qui lui répond, une nappe éthérée avant que les paroles n'achèvent le tout… Bon Dieu, si vous n'avez jamais entendu ce genre de musique avant et que vous percevez et appréciez tout ça dès le départ, à travers les miasmes sonores que vous balance le groupe dans les oreilles — et qui font partie intégrante du charme de la piste —, vous avez mon respect. Sinon je vous aurai peut-être flanqué un bon gros mal de crâne avec ce réveille-matin…

Quand vous aurez des implants et plein de drogues dans le corps, des yeux bioniques, une crête punk, que vous prierez pour l'avènement d'une nouvelle déité biomécanique ou bien que vous ne croirez plus en rien, vous serez peut-être allés trop loin — mais un peu de dystopie industrielle dansante pour se réveiller, surtout si vous avez une sale journée devant vous, franchement, ça fonctionne. Quatre minutes pour Dogshit, d'ailleurs, c'est trop peu… Allez, perdez toute foi en C'est Entendu ce matin si vous voulez, mais je me la repasse en boucle.



— lamuya-zimina

jeudi 13 janvier 2011

[Nuit blanche] Nurse With Wound — Soliloquy for Lilith

Il y a des musiques qui glacent le sang, d'autres qui donnent envie de se flinguer. Il est des musiques encore qui semblent accueillir la personne qui les écoute dans un cocon de pénombre… Mais il y a peu de musiques qui ressemblent à "Soliloquy for Lilith" de Nurse With Wound, une œuvre abyssale, atemporelle, apparemment impénétrable et qui pourtant attire irrémédiablement par son étrangeté et sa noirceur. Six pièces sans titre (*1) qui semblent pouvoir durer éternellement et sont étrangères à toute évolution ou toute distinction entre harmonie et dissonance.

(Soliloquy for Lilith, part V)

Pas que le disque soit particulièrement bien (ou mal) composé, ou joué par un malade mental, ou quoi que ce soit. En fait, il s'agit simplement d'un synthétiseur défectueux qui s'est mis à agir comme un theremin et avec lequel Steven Stapleton a expérimenté… encore une preuve que parfois, des concepts extrêmement simples peuvent donner des résultats puissants. Et finalement, le fait que cette musique provienne d'une erreur, d'une anomalie, paraît presque approprié — comme si ce disque était une aberration, avec ses drones d'une inquiétante étrangeté (*2) qu'on croirait entendus à travers un rêve malade. ("Soliloquy for Lilith" est d'ailleurs un disque à part dans la discographie de Nurse with Wound, dont je vous reparlerai sans doute.)


Quant au titre, il se réfère au mythe de Lilith, démone associée à la nuit, au vent et à certains animaux (son nom peut apparemment se traduire par "chouette" ou "oiseau de nuit" dans certains cas). Lilith aurait été à l'origine la toute première femme, créée en même temps qu'Adam voire avant lui, et elle se serait rebellée contre ce premier homme (on peut donc voir en elle un symbole du féminisme, mais c'est là une autre histoire… enfin, je crois). La fille de Steven Stapleton s'appelle aussi Lilith. (Si Steven lui a joué cette musique comme berceuse quand elle était petite, euh… j'aimerais bien savoir ce qu'elle écoute aujourd'hui.)

"Soliloquy for Lilith" n'est pas un disque à écouter tous les jours, mais si jamais vous avez une longue nuit de solitude devant vous et que vous aimez l'étrange et/ou l'occulte, c'est une musique à nulle autre pareille ! Préparez-vous simplement à avoir des rêves inhabituels…


— lamuya-zimina



(*1) À noter que les éditions récentes de l'album (depuis 2003) rajoutent aux deux CDs de l'édition précédente un troisième disque de deux pistes, plus complexes et plus évolutives, très belles également.

(*2) À lire si ce n'est pas déjà fait : Das Unheimliche de Freud. Ça n'est pas très long et c'est intéressant !

lundi 20 décembre 2010

[Réveille-Matin] On a Friday - Happy Song

C'est un peu l'histoire du crapaud qui se transforme en princesse. Un crapaud rigolo et une princesse qui se taille les veines dans sa baignoire. Dans l'intervalle, pas de prince charmant, seulement du temps, ainsi qu'une gestion difficile du succès. Eh oui, avant de devenir docteur es mélancolie de la musique moderne, Radiohead a été une bande de post-ados boutonneux et rigolards qui avaient foot le mercredi et répète le vendredi.




Car c'est bel et bien la même formation qui remettra plus tard tous les poissons bizarres des limbes de la Liffey à leur bonne place ; c'est bien cette galerie de freaks tout droit sortis d'un film de Lynch qui a commis ce titre primesautier et sautillant. Première chanson "officielle" du groupe (*), Happy Song n'est ni plus ni moins que l'antithèse du Radiohead d'aujourd'hui. Fraiche, naïve, et gavée de tas de petits gimmicks débiles qui font sourire : la petite frise de xylophone, le yodel de Thom sur le refrain, le soutien de Ed sur ce même refrain, les cuivres pas inspirés, les breaks de percussions, le solo de guitare... C'est pas Radiohead, c'est Vampire Weekend !

Alors certes, c'est une chanson qui a plus d'intérêt historiquement que musicalement, mais ne me dites pas qu'en cette morne matinée elle ne vous a pas filé la banane. Je vous aurais mis In Limbo à la place, vous ne seriez même pas allés au bout de cet article, déjà fatigués de vivre avant l'heure de la Ricoré. Petits veinards.


Joseph Karloff


(*) Si l'on excepte cette mystérieuse cassette datant de 1986, que son possesseur rechigne tant à dévoiler, probablement parce qu'il y a du cash à la clé.

mercredi 11 août 2010

[Réveille Matin] Fugazi - Waiting Room

Il y a deux mois je suis tombé sur cette vidéo et depuis j'ai cherché inlassablement un prétexte pour en parler. Un truc, une accroche, n'importe quoi qui permette d'étaler Fugazi tout en haut de la home-page de C'est Entendu, qui justifierait un article forcément élogieux, forcément malhonnête, sans doute irrémédiablement pathétique. Et pour être franc les raisons objectives de mettre un lien vers l'adresse Youtube de Waiting Room en Août 2010 sont nulles ; pas d'actualité, pas de descendance en vue, pas même une banale réédition numérique de l'ensemble de leur discographie avec panneaux publicitaires géants dans les allées de la Fnac et 5% de réduction sur les t-shirts, rien. Tant pis.



Il y a parfois des morceaux qui s’imposent à vous plus que vous ne les choisissez. Quelles étaient les probabilités pour que celui-ci bénéficie d’une rotation en boucle sur Winamp ? A l’examen de mon patrimoine génétique, un certain passif de punk en sortie de lycée mais pas davantage. Surtout la conviction naïve qu’on entre en rock comme en religion, qu’on ne peut aimer la musique uniquement parce qu’on trouve jolie une chanson lorsqu'un do enchaine sur un la mineur (sans doute la combinaison la plus banale en pop music) et passer ensuite aussi sec à un épisode de Gossip Girl. L’intégrité punk, politique de Fugazi explose tout ça, renforce leurs morceaux d’une aura mystique. Rappelle que si on ne peut pas toujours changer le cours des choses on peut au moins essayer, ou se mettre tous autour d'une scène et hurler nos frustrations.


Arthur Graffard

mercredi 9 juin 2010

[Réveille Matin] The Coachmen - Thurston's Song

Hé, vous vous souvenez de ce groupe que vous aviez monté quand vous étiez plus jeunes, genre au lycée, ou un peu plus tard ? Vous jouiez quelques reprises d'une manière bien à vous - c'est à dire en les copiant mal - et puis quelques compos originales, et puis vous avez joué à une fête devant des amis, croyant vraiment que vous étiez bons, vous avez pas mal rêvé à un avenir doré avant de finalement splitter pour des raisons quelconques dans une indifférence générale assez méritée. Moi je me souviens. Mais même si vous ne l'avez pas fait, laissez moi vous dire qu'après une telle expérience, il y a peu de chance que vous ayez décidé de monter un truc comme Sonic Youth. Thurston Moore l'a pourtant fait, avec un petit groupe qui s'appelait The Coachmen en 1978. De ce groupe, il n'est resté qu'une année de musique répartie sur cinq petits morceaux sortis pour la première fois en 1988 en un nombre très limité d'exemplaires - pour les fans hardcore.



A l'époque, Thurston était encore un type soft, il n'avait pas écouté de no wave, il ne connaissait pas Glenn Branca, accordait sa guitare de manière normale, et il jouait dans un groupe de rock tout ce qu'il y a de plus classique, qui avait écouté avec trop d'attention le Velvet Underground période "Loaded" et essayait tant bien que mal d'en copier les codes, les ambiances. Et si le résultat est en grande partie maladroit, bancal, très imparfait, on doit tout de même à Thurston l'écriture d'un bien beau morceau qui porte son nom et que je vous propose d'écouter ce matin. Tout est dans le solo en fait, et la manière lumineuse dont il s'écoule et s'élance sur le milieu du morceau pour atteindre des moments de pure beauté. Après, la journée peut enfin s'avancer, grave mais lumineuse, éclairée souvent en pleine figure par la simplicité déroutante d'autant de nonchalance délicieuse.


Emilien Villeroy

lundi 7 juin 2010

[Réveille Matin] Galaxie 500 - Don't let our Youth go to Waste

On a souvent dit de Dean Wareham qu'il était le digne successeur de Lou Reed. Par là, je suppose que personne n'entendait qu'il était à sa façon un nouveau porte-étendard de la Sainte Cause des freaks et des junkies, ni non plus qu'il s'était démarqué par une carrière en dents de scie aux allures de perpétuel suicide commercial et certainement pas qu'il était une nouvelle icône punk. Immigré Néo-Zélandais, Wareham était avec Damon Krukowski (batterie) et Naomi Yang (basse) le représentant à la fin des années 80 d'une certaine idée du rock'n roll urbain, de la poésie des rues de New York, directement dessinée par le Velvet Underground et quelques autres.

Dean Wareham, à gauche, est devenu extrêmement charmant avec les années. Mais c'était après cette photo, donc.

En l'espace de trois ans, Galaxie 500 publia trois albums entre 1988 et 1990 (date à laquelle ils se séparèrent pour former Luna et Damon&Naomi) et sur chacun d'entre eux figure au moins une reprise de l'un ou l'autre de ces artistes qui ont eu une influence sur la création du trio (qui créa lui-même un paquet de vocations, notamment en Angleterre et en Océanie pendant la première moitié des années 90) avec par exemple le Ceremony de Joy Division/New Order ou le Here She Comes Now du Velvet. Ce matin, c'est avec une reprise de Jonathan Richman, lui-même fanatique convaincu de Lou Reed et consorts, que je vous propose de vous réveiller.

Il ne vous reste plus qu'à vous ruer sur les rééditions récemment parues des trois albums (accompagnées de bonus connus des fans depuis bien longtemps, certes) et à vous envoyer Don't let our Youth go to Waste tant que ce genre de formule veut encore dire quelque chose pour vous, ou si ça a jamais été le cas d'ailleurs.


Joe Gonzalez

mardi 25 mai 2010

[Tip Top] 4 Disques Inécoutables - Vos étalons pour les semaines à venir





1) The Shaggs - Philosophy of the World (1968)

Tout le monde aime The Shaggs. Frank Zappa ("Un des meilleurs groupes du monde!"), Lester Bangs ("Better than the Beatles and DNA too" disait-il), Kurt Cobain, Deerhoof. Tout le monde. Et c'est normal. Parce que trois adolescentes qui montent un groupe de rock sous l'impulsion de leur papa autoritaire à qui l'on avait dit quand il était jeune en lui lisant les lignes de la main "vous aurez des filles et elles formeront un groupe de musique populaire" et sortent un album en 1968 complètement inécoutable, c'est forcément merveilleux. Les sœurs Wiggin ne savaient pas jouer de leurs instruments, il vous faudra 20 secondes pour vous en rendre compte. Tout l'album est hors-rythme, avec des harmonies vocales un peu fausses et des guitares accordées et jouées très sommairement. Mais ça, The Shaggs ne le ressentaient pas. Pour elles, tout allait bien, elles faisaient ça avec soin, c'était leur manière de jouer : en chantant qu'il faut aimer ses parents ou que c'est bientôt Halloween et ça donne ce chef d'œuvre de pur amateurisme qui, après une première écoute atterrée, devient finalement un naufrage terriblement attachant, original et brut, la version la plus primaire du rock&roll mais aussi peut-être la plus douce, un beau massacre dans son ultime naïveté.


(My Pal Foot Foot)








2) Lou Reed - The Bells (1979)

La carrière discographique de Lou Reed n'est pas une ligne droite, et si "The Bells" devait être qualifié vis à vis de la psyché de Lou, il serait un trouble bipolaire aigu. Imaginez un peu le chanteur maniéré de Walk on the Wild Side produire son disque le plus écrit (et probablement celui qui descend le moins directement du Velvet Underground), y chanter faux sur la moitié des chansons et s'inspirer autant d'Edgar Poe que des Stranglers, des Bowie/Iggy berlinois que du rock gothique anglais, tout en ayant la jugeotte nécessaire pour SAVOIR que vous bondirez de dégoût dès les premiers mots chantés, qui, en conséquence ne pouvaient être que "Stupid Man."


(Stupid Man)








3) Muslimgauze - Jaal Ab Dullah (1997)

Bryn Jones était originaire de Manchester, et de 83 jusqu'à sa mort en 99 (puis par voie posthume) il a publié une infinie quantité de musique aux antipodes de ce que le nord de l'Angleterre est habitué à produire. Jones n'est, je crois, jamais sorti du pays, et pourtant ses disques semblent tous avoir été enregistrés aux quatre coins du Moyen Orient par un illuminé vaguement politisé. Sur cet album-là (et pourquoi pas un autre - parce que c'est celui par lequel j'ai découvert Muslimgauze, et merci à Mark Richardson), Jones propose à qui ose l'entendre (et parvient à se la procurer) une musique instrumentale faite de beats électroniques saturés lorgnant parfois vers le hip hop, de sonorités orientales (on entend des instruments traditionnels et notamment de nombreuses percussions et du sitar, mais aussi des samples de voix, comme captées sur un marché à Kaboul) profondément encrassées par de violentes distorsions, parfois aux limites de la nosie music, et tout ça porte des titres du genre Extreme Anti-Arab Zionist, Ultra Orthodox and No Cheating, ou encore Kabul is free under a veil, dont je vous propose d'écouter la jumelle :


(Kabul isn't free under a veil)








4) Syzygys - Eyes on Green (Syzygys Live at Roppongi Inkstick 1988)

Un peu de solfège : dans la gamme chromatique, qui va de demi-tons en demi-tons, il y a normalement 12 notes. Tout le monde les utilise. Mais cette division arbitraire des hauteurs n'est pas suffisante pour les deux japonaises de Syzygys, duo existant depuis 1985. Elles utilisent donc les règles de la microtonalité, c'est à dire qu'entre Do et Do#, il y a encore des notes impossibles à nommer, se basant sur les intervalles d'Harry Partch, avec des quarts de tons. Le groupe a créé pour l'occasion un clavier modifié qui couvre un octave (d'un Do à un autre) non pas sur 13 touches mais sur 43. Si tout cela peut sembler bien complexe et ennuyeux (je suis sur que j'ai perdu la moitié des lecteurs), ne partez pas tout de suite : Syzygys est un groupe POP. Ainsi, ce live si bien enregistré qu'on dirait un enregistrement studio est une suite de morceaux qui mêlent des mélodies efficaces sur une pop synthétique réjouissante, tout en offrant une certaine recherche avant gardiste qui, si elle peut ne pas frapper les oreilles du néophyte, donne tout de même une "impression" de décalage, de fausseté non-usuelle qui est passionnante.


(Eyes on Green)


Ne restez pas sur vos acquis ! Bousillez-vous les tympans ! Flinguez-vous les neurones sciemment ! La musique n'est pas une commodité, elle est une bataille ! Procurez-vous l'un de ces étalons et écoutez-le en entier, plus d'une fois, jusqu'à ce que du sang vous coule par les narines, jusqu'à ce que vous fassiez un pas conscient hors de votre carré de gazon, jusqu'à ce que vous ayez envie de vous en procurer un autre !


Emilien Villeroy & Joe Gonzalez