C'est entendu.
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dimanche 25 décembre 2011

[Réveille-Matin] Tuxedomoon - Weihnachts Rap

Avez-vous déjà goûté du christmas pudding ? C'est un dessert anglais dense, quasiment noir, préparé avec des fruits secs, de la farine, souvent de l'alcool (bière, brandy, whisky)… et qui était à l'origine un mélange de plein de machins sucrés comme salés, et une façon de conserver la viande. Il peut toujours y avoir de la graisse de rognon dedans aujourd'hui, et la mixture se prépare volontiers plusieurs mois à l'avance. Ça vous rebute, dit comme ça ? Pourtant, c'est bon ! (Et oui, il en existe des versions végétariennes.)

Que diriez-vous maintenant, histoire de rester dans les mélanges insolites, d'écouter une joyeuse chanson de noël rappée en allemand par un groupe de post-punk expérimental glauque ? Ça peut rebuter aussi, dit comme ça. Et pourtant… c'est loin d'être aussi horrible que l'on pourrait se l'imaginer. C'est même accrocheur et joyeusement barré ! Jugez plutôt :


Weihnachts Rap est disponible sur la compilation synthpop/new wave "Ghosts of Christmas Past", éditée par Les Disques du Crépuscule en 1981 ; c'est le seul album de noël que j'aie jamais consenti à écouter en entier pour le moment(*), et je l'ai même fait avec plaisir. Quant à Tuxedomoon… je vous en reparlerai sans doute, vu à quel point j'aime ce groupe, mais en attendant je ne peux que vous recommander le génial "Desire" (surtout les éditions récentes accompagnées de l'EP "No Tears") : orchestrations décalées, mélange de dramatique, de ludique et de grotesque, avec des rythmes prenants et quelques vrais tubes pour âmes torturées ! Moins festif que Weihnachts Rap, sans doute… mais encore bien meilleur.

En attendant, que vous le fêtiez ou non, je souhaite que l'esprit de Noël vous réjouisse ou vous donne le cafard : Frohe Weihnachten !


— lamuya-zimina







(*) P.S. On vient de me signaler l'existence de ce disque (merci Nina !)… ça en fera donc bientôt deux !





P.P.S. Trois : Agoraphobic Nosebleed vient d'en sortir un aussi ! Et c'est gratuit ! Noël ! Joie !



(Je vous déconseille de l'offrir à vos grand-parents. Par contre, si vous êtes fan de grindcore, allez-y.)

vendredi 25 novembre 2011

[Fallait que ça sorte] Les Pourvoyeurs de Powerpoptimisme #4

Souvenez-vous, après l'énorme succès des Knack, tous les labels voulurent trouver LEUR groupe powerpop pour se lancer sur un marché de plus en plus saturé par des dandys à cravates fines... Il fallait que ça arrive : la crise ! Pour encore compliquer les choses les 80’s marquent un énorme bond en avant en matière de technologie dans la musique, le digital n'est plus très loin mais surtout les synthèses sonores ont beaucoup progressé en réalisme : la tentation de remplacer des musiciens payés par des machines est plus que séduisante dans la tête de nombreux pontes de l’industrie. Au début, les synthétiseurs étaient l'apanage de pionniers, de frondeurs, d’expérimentateurs, mais lorsque certains de ces aventuriers (The Human League, Depeche Mode…) parviennent à rencontrer le succès populaire avec des sonorités synthétiques modernes il n'en faut pas plus pour attirer dans l'arène les plus cyniques des producteurs.


(The Human League)

Loin de moi l'idée de vouloir confronter guitares et synthés, ce n'est pas du tout le propos : l'un et l'autre ont une personnalité propre et ne sont pas substituables. Or, c'est précisément dans ce travers que s'est engouffrée une bonne partie de la production 80’s mainstream : vouloir remplacer presque à l'identique des instruments analogiques par de l'électronique. Quand les premiers groupes électro-pop cherchaient à explorer de nouvelles sonorités, les opportunistes faiseurs de modes voulurent au contraire s'approcher des sons déjà existants, comme les trompettes ou les pianos électriques. On croit alors, dans les hautes sphères, dur comme fer à des productions qui ne nécessiteraient plus ces coûteux musiciens pour venir poser une batterie ou une ligne de basse, alors que suffisent un compositeur et une chanteuse, si possible bien gaulée, un peu de studio d'enregistrement et beaucoup de studio photo et vidéo... C'est l'ère de MTV, des premiers vidéo-clips couteux et élaborés, avec leurs mini-scénarios aux montages agressifs inspirés de la pub, histoire d'être efficace et de bien claquer. Les chaines musicales vidéos détrônent les radios dans le cœur des adolescents. Les groupes ne peuvent plus se contenter de faire de la super musique, il faut qu'ils présentent bien. Les Beatles étaient certes déjà en partie populaires pour les mêmes raisons mais avec MTV c'est comme si l'on passait de l'artisanat à l'industrie lourde : un énorme précipice.

(Donna Summer et Giorgio Moroder)

Ce contexte est difficile pour la pop à guitares. Il est presque devenu ringard alors que de faire jouer une 6 cordes sur un morceau ; désormais ce qu’il faut c’est un keytar, des reebok freestyle aux pieds et un brushing sur la tête. Pourtant, loin des grands médias la résistance va s'organiser. Le début des 80’s marque une sorte de rupture pour la pop à guitare : on a essayé de faire de la bonne musique et ça ne prend pas ? Tant pis, ne cherchons plus à séduire tout le monde et faisons les choses dans notre coin à notre petite échelle... REM et les Smiths ne sont certes pas les inventeurs de la démarche indie mais ils donnent une sorte de légitimité à cette musique ainsi qu'une relative popularité. Des tas de gens ne se reconnaissent pas dans la pop mainstream déshumanisée des Bananarama, Phil Collins et autres suppôts de la médiocrité, mais ils se retrouvent dans ces deux groupes qui deviennent une alternative crédible. En 1983 quel est le vrai défi ? Imiter des cuivres sur un DX7 ou bien tisser des arpèges carillonnants sur sa Rickenbacker ? Le début des années 80 marque l'émergence de multiples courants indie comme le Paisley Underground ou la twee-pop et si presque rien ne transpire jusqu'au grand public à part un tube de temps en temps (le Walk like an Egyptian des Bangles, par exemple), chez les passionnés c'est une ébullition de groupes. Sont-ils à la hauteur de leurs aînés ? Rien n'est moins sûr mais le propos n'est pas là. Ce qu'il faut, c'est monter des franchises, défendre la musique que l'on aime face à l'insipide soupe de MTV. Dans la tourmente, quelques francs tireurs mais aussi de véritables scènes vont voir le jour et assurer l'intérim entre les anciens et le futur. Ces héritiers feront plus que gérer les actifs de la powerpop, ils y incluront aussi leur propre sensibilité (souvent d'obédience 60's). Certains se révélant même être des formations essentielles du genre.



Powerpoptimisme #4 : "Résistance humaine au pays de MTV", les années 80


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LES FRANCS-TIREURS


(The Smithereens - Behind the Wall of Sleep)

Les Smithereens font figure d'exception dans le paysage musical des radios étudiantes 80's avec leur rock terriblement classique et pétri d'influences 60's. Pat Dinizio ne s'est jamais caché de son admiration pour les Fab Four et les Smithereens ont été d'excellents messagers du groupe liverpuldien. Dans un journal local le jeune Pat passe une annonce au début de la décennie, après avoir écumé des covers bands divers et variés (notamment des groupes de metal !) il veut monter une formation pour jouer une musique qui lui ressemble : Buddy Holly, Costello, Nick Lowe, les Clash. Fin 1980 sort le premier EP des nouvellement formés Smithereens, mais il faudra attendre 1986 et l'album "Especially for You" produit par Don Dixon (*1) pour que le groupe sorte de son statut de "favori-des-critiques-mais-inconnu-du-public". Ce disque est une totale réussite, tout comme son successeur le presque-aussi-bien "Green Thoughts" sorti en 1988. La suite est décevante mais le groupe continuera de sortir aux cours des années des albums fidèles à leurs racines et profondément honnêtes.




(The Sneetches - A Good Thing)

Autres outsiders dans l'univers college rock des années 80 les Sneetches sont pourtant l'un des plus beaux trésors cachés de cette époque. Ce groupe qui continuera d'exister au début de la décennie suivante sort plusieurs disques remarquables (*2) notamment sur le label Creation Records (*3) en Angleterre : excusez du peu ! Originaires de San Francisco mais fortement anglophiles (un batteur anglais, tout comme le second bassiste Alec Palao) , les Sneetches prennent forme vers 1985. Leur goût pour les reprises (Colin Blunstone, Buffalo Springfield, Easybeats, Monochrome Set, Zombies etc.) ne les empêche pas d'enregistrer des titres originaux qui n'ont pas à rougir face à ces monuments. Le succès les a éludé et c'est terriblement injuste car aussi bien sur des morceaux nerveux comme In your car que sur un terrain plus pop comme avec le très raffiné et particulièrement émouvant A good thing, les Sneetches étaient un vrai bijou qui n'a pas trouvé son écrin. Chose plutôt amusante Alec Palao (bassiste non-fondateur) fera par la suite carrière dans la réédition de vieux disques des années 60. Autre détail rigolo, Chris Wilson, membre éminent des Flamin Groovies (et des Barracudas) enregistrera aussi quelques morceaux avec eux.




(The Barracudas - His last Summer)

Formés quelque part à Londres autour du duo Jeremy Gluck et Robin Wills et de leur amour pour le garage rock à la fin des 70's, les Barracudas sortent leur premier single en 1979. Au début des années 80 ils se lancent dans la surf music dynamitée à la powerpop à mi chemin entre le punk et les Beach Boys et ils obtiennent un petit succès dans leur île avec le délicieusement rétro Summer fun. En 1982 leur premier album "Drop out with" parachève le délire surf avec des titres comme His last Summer ou Surfers are back. A coté de ses délires plagistes, le groupe signe des classiques powerpop comme le génial I wish it could be 1965 again ou I can't pretend et des titres plus sombres et garage comme I saw my death in a dream last night (*4). Les albums suivants sans être aussi irrésistiblement catchy et addictifs sont très bons, mais ils sont plus sérieux, le délire surf a été abandonné, les Barracudas officient alors dans un style powerpop / garage aux teintes folk rock. Robin Wills produira en parallèle quelques disques dont l'excellente compilation françaises "Snapshots" qui comporte des titres de Gamine, Coronados, ou encore les géniales Calamités.

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OCEANIE


Si ces trois groupes étaient assez isolés ou à part dans leur environnement, l'Australie peut se targuer d'avoir développé quelque chose se rapprochant d'une scène, ou du moins d'un tir groupé de groupes powerpop de bonne tenue.



(Sunnyboys - Alone with you)

Les Sunnyboys débarquent au début des années 80 avec deux albums sous le bras (1981 et 1982) qui rentreront tous les deux dans le top 30 australien. Leur musique est élégante et fière, et touche au sublime sur des titres comme Alone with you tonight. Ils sont les cousins éloignés géographiquement mais pas musicalement de formations comme les dB's ou les Bongos, capables de mettre un peu d'angle dans les rondeurs de la powerpop sans en trahir la substance. Trois ans plus tard, les Hoodoo Gurus sortiront aussi deux albums populaires et réussis, remplis de tubes powerpop aux refrains imparables. C'est ensuite Dom Mariani qui va se révéler être l'une des grandes figures du genre via ses projets successifs. Les Stems démarrent très garage mais dévient progressivement vers le grand amour de l'australo-italien : la powerpop, et leur premier et unique album ("At First Sight Violets Are Blue" sorti en 1987) confirme cette dualité. Deux bombes feront fondre les cœurs les plus froids: le morceau titre At first sight et son riff carillonnant de rickenbacker et le non moins génial For always. Ensuite Dom Mariani va multiplier les projets comme DM3 ou les Someloves, peut-être sa contribution la plus notable à la powerpop, aidé par Darry Mather et Mitch Easter (à la production) le groupe sort un unique et excellent album en 1989 ("Something or other"), à recommander aux amateurs.


(The Stems - At first sight)



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ETATS UNIS


(The dB's - Black & White)

Je ne m'en suis aperçu que très récemment : le second album de Big Troubles (chez Slumberland) est produit par Mitch Easter. A l'écoute pas de doute possible, le son Easter dans toute sa gloire et son emphase : une grosse production qui, loin de dénaturer la musique, donne puissance et éclat à ces (très bonnes) mélodies pop. Autant dire que Mitch n'est pas le genre de producteur à laisser indifférent, on aime ou on déteste mais dans tous les cas on ne peut pas nier que le bonhomme a un son bien à lui. Après s'être fait un nom en produisant le premier EP de REM, Mitch Easter parvient à faire signer son propre groupe, Let's Active sur IRS. Suivront trois albums, tous intéressants, qui exposent les principes de production et la conception de la pop d'Easter. Ces disques un peu inégaux contiennent de jolis moments et méritent que l'on s'y penche. Avant d'avoir son propre groupe, Easter fut aussi dans les Sneakers avec un certain Chris Stamey, qui allait par la suite fonder l'un des plus beaux groupes powerpop des 80s' : les merveilleux dB's. Les dB's jouent dans la cour des grands, et Black & white est une chanson absolument géniale avec cette guitare à la fin (qui me rend littéralement fou, c'est pour moi l'un des meilleurs titres à faire écouter lorsque me vient l'envie de démontrer ce qui me fait vibrer à propos des six cordes). Le groupe se forme à la fin des années 70 et le premier single (crédité à Chris Stamey & the dB's) parait en 1978. Cette même année, Peter Holsapple rejoint Stamey et c'est comme si Lennon avait trouvé son Macca : Holsapple amènera les mélodies mémorables, en passeur d'une certaine tradition tandis que Stamey sera l'avant-gardiste, l'aventureux. L'association de ces deux talents fait des étincelles et deux magnifiques albums : "Stands for Decibels" (1981) et "Repercussion" (1982). Puis Stamey part et Holsapple garde le cap avec deux autres disques, réussis mais pas aussi mémorables. Le premier figure encore aujourd'hui dans les grands classiques de l'indie rock. Figurez-vous que pas plus tard qu'il y a un mois, un mec de Clap your hands and Say Yeah le citait comme l'un de ses disques fétiches : il faut dire que les dB's ont su trouver un équilibre fascinant entre modernité et mélodies intemporelles, créant une musique nouvelle mais consciente de l'héritage qu'elle porte dans ses gènes.

Les Bongos, d'Hoboken (*6) sont un peu moins connus et cités mais leur premier album "Drums along Hudson" est un chef d'œuvre de pop moderne, pas si loin spirituellement que ça des dB's. Si l'architecture de ces derniers est construite autour de deux personnalités distinctes, l'ossature des Bongos repose en grande partie sur les épaules du talentueux Richard Barone. Le groupe tourne dans les mêmes clubs que les Feelies et partage avec eux une philosophie oblique et déviante de la pop, mais les Bongos gardent peut être plus d'affinité avec le format ramassé, ces chansons balancées dans la gueule en trois minutes montre en main. La musique des Bongos est fascinante, elle garde toute sa hargne sans jamais négliger les mélodies ni l'inventivité. "Drums along Hudson" souffre de ne pas toujours être cohérent (le disque est la réunion de plusieurs singles et EPs), mais ce petit défaut est bien vite compensé par l'avalanche de chansons monstrueuses comme In the Congo, Clay midget, Glow in the dark ou Zebra Club (*7). La suite ne sera pas aussi exceptionnelle mais peu importe car ce premier album est un véritable trésor caché de la pop 80's qui ne demande qu'à être redécouvert.

Mitch Easter a aussi l'occasion de travailler (tout comme Richard Barone des Bongos d'ailleurs !) avec les Windbreakers une formation de Jackson dans le Missouri. Autour du duo de songwritters Bobby Sutliff et Tim Lee le groupe a sorti 5 albums entre 1985 et 1991 dont les meilleurs morceaux sont compilés sur la très bonne anthologie "Time Machine" sortie chez Paisley Pop en 2003. Les Windbreakers y proposent une power/jangle-pop de très bonne qualité qui plaira aux amateurs du son Mitch Easter bien que tous les morceaux ne soient pas produits avec la contribution de ce dernier.


(The Bongos - Clay Midget)


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EPILOGUE

Durant les années 80 la powerpop s'est aussi vu associée à l'éphémère mais passionnante scène Paisley Underground. Les groupes de ce tout petit mouvement étaient basés à Los Angeles et ses alentours, ils étaient tous fanatiques à des degrés divers de pop 60’s et s'en sont donc tous inspirés. Si certains sont allés du coté du Velvet Underground (comme les géniaux The Dream Syndicate) ou vers le country-rock terroir (comme les Long Ryders en bons héritiers de Gram Parsons) d'autres ont exploré des voies plus proches de la powerpop et notamment les 3 O' Clock de Michael Quercio (*8) sur des titres comme Jet Fighter, ou encore les Bangles. Ces dernières étaient gagas des Beatles, des Merry-Go-Round d'Emitt Rhodes (*9) ou encore de Big Star (*10) et leur premier album est précisément la rencontre de tout ces sons, un très très bon disque de pop, loin de l'image "papier glacé" que l'on peut se faire du groupe généralement. La suite est il faut le dire plus aléatoire mais Susanna Hoffs n'a jamais cessé d'aimer la bonne musique comme en témoigne sa collaboration avec Matthew Sweet (*11).

Les 80’s furent donc vous l'avez compris une période de transition pour la powerpop, une époque de changements, de nouvelles approches en guise de transition avant un second âge d'or. Mais qui se serait douté qu’il surviendrait en 1989 ?


Alex Twist


(*1) : Don Dixon est un des grands producteurs indie des années 80. Outre les Smithereens il a contribué au son de REM, Guadalcanal Diary ou encore Let's Active.

(*2) : Discographie principale du groupe:
- "Lights Out with The Sneetches" (1988)
- "Sometimes that's all we have" (1989)
- "Slow" (1990)
- "Blow out the Sun" (1994)

(*3)
: Creation Records fut par la suite le label qui relança la pop britannique grand public avec notamment les Stone Roses (et plus tard Oasis).

(*4)
: J'offre un caramel mou à celui qui a capté la référence !

(*5)
: Où est Charly ?

(*6)
: Comme les Feelies ou les Individuals (ces derniers ayant été produits par l'un des dB's justement) ou Yo La Tengo plus tard.

(*7)
: Dont il existe une excellente reprise par le groupe bordelais Gamine.

(*8)
: Danny Bennair, le batteur du premier album n'est autre que celui des fameux The Quick. Jason Falkner sera dans le line-up vers la fin du groupe avant de contribuer à former Jellyfish.

(*9)
: Les Bangles ont repris Live qui est sur le premier album, dans une super version, largement à la hauteur de l'originale.

(*10)
: Les Bangles ont repris September gurls sur leur second album, dans une version pas trop mal, mais en dessous de l'originale. Elles ont connu Big Star par l'intermédiaire du groupe angelno The Pop que nous avions mentionné dans une précédente partie.

(*11)
: Dont on va reparler dans notre prochaine partie consacrée aux 90's !



Résistance humaine dans les années 80, la mixtape :

01 Three O Clock - Jet Fighter
02 The Sneetches - In my Car
03 Let's Active - Everyword means No
04 Hoodoo Gurus - I want you back
05 The Stems - at first sight
06 Sunnyboys - alone with you tonight
07 The dB's - black & white
08 The Bongos - Clay Midget
09 The Barracudas - I Can't Pretend
10 Windbreakers - I'll Be There

jeudi 24 novembre 2011

[Réveille-Matin] The Human League - The Sound of the Crowd

J'ai peut-être été un peu dur avec les Indignés, l'autre jour, je l'avoue. Il est vrai que par leur action, ils stimulent l'esprit démocratique. Il est vrai qu'il leur faut du courage, de l'abnégation (et une dose pas croyable de retenue) pour ne pas broncher sous les jets de gaz au poivre de la vilaine police. Il est vrai que leur entêtement va sans doute faire grimper ce genre d'incidents inacceptables et cristalliser petit à petit l'opinion publique autour de l'idée qu'il faut se révolter. Il est vrai aussi qu'avec des slogans marrants et un gimmick aussi facilement détournable qu'Occupy ce que l'on voudra, ils nous apportent leur lot de vannes faciles et de rigolades à peu de frais, comme par exemple celle consistant à offrir une bonne conscience à nos chers artistes adorés, de Sonic Youth à Jello Biafra en passant par John Zorn, qui ont apposé leurs patronymes (et leurs armes : guitare, composition, que sais-je) sur un mur digital immaculé, qu'ils ont nommé bien évidemment Occupy Musicians.

"Mon bro Russell Simmons approuve mes Z-shirts alors ferme ta conscience, dog !"

Bien entendu ces deux mots n'ont aucune raison sémantique de se voir ainsi accolés mais l'occasion était trop belle d'Occupy Bon Sens. Certains de ces musiciens ont certes bougé leurs fions sur les barricades (Jeff Tweedy de Wilco, pour y prononcer de grandes phrases d'encouragement, Jeff Mangum de Neutral Milk Hotel pour y jouer des chansons sur sa guitare acoustique et attirer l'attention des hipsters, JAY-Z pour y vendre des t-shirts - pour son propre compte, pas question de reverser les revenus à une quelconque association ou aux indignés eux-mêmes !) mais la plupart (la liste est longue !) se sont contentés d'ajouter leur nom à la newsletter du bienfait, sans apporter davantage de pierres à l'édifice des Indignés. Ça vous parait culotté, opportuniste, révoltant (dans ce dernier cas, c'est que l'objectif est atteint !), n'en faites pas une montagne, c'est bien naturel, et attendu. Je trouve ça amusant, pour ma part. Ils ont osé. Bravo. Aujourd'hui lorsqu'un musicien ose, voilà ce que ça donne. Il y a des millions d'années (= 30 ans), un groupe anglais appelé The Human League a publié un album (incontournable) de synth-pop intitulé "Dare!" ("Pas chiche !") et on y trouvait une chanson qui vous paraitra sans doute osée, mais qui résumait plutôt bien le bruit qui entoure l'idée directrice des Indignés, celle, louable, d'un nécessité de signifier son mécontentement (je vous l'accorde, c'est déjà un début).



Get around town
No need to stand proud
Add your voice to the sound of the crowd


Note aux curieux : fuyez comme la peste le disque publié en 2011 par le trio survivant de la League et penchez-vous plutôt sur leurs trois premiers albums publiés entre 1979 et 1981, et plus particulièrement "Dare!" qui est l'une des professions de foi de ce que l'on a appelé synth-pop à une époque où il ne s'agissait pas simplement de jouer sur des synthés, mais de le faire en réaction aux guitares, avec un style vestimentaire... différent, de l'humour, de la critique sociale et un paquet de glamour suranné.


Joe Gonzalez

mercredi 16 novembre 2011

[Réveille-Matin] Einstürzende Neubauten - Kollaps

Prétendre sans y croire vraiment que le R&B peut se voir justifié ne m'empêche pas de souhaiter de tout mon être que le glissement qui semble se profiler pour les mois à venir dans nos vies se propage d'une façon ou d'une autre à la musique populaire et que, pendant la transition du moins, des sons plus à-propos s'insinuent sur l'échiquier du quotidien. Or, quoi de plus à-propos aujourd'hui que le bruit, la confusion et la violence incompréhensible de la machinerie industrielle dont le glas sonne en même temps que ses cheminées fument de plus belle ? La musique industrielle a commencé avec Throbbing Gristle en Angleterre et s'est propagée au début des années 80 à toute l'Europe (et au monde). Lorsque ses graines ont été plantées en Allemagne, c'est un certain Blixa Bargeld, un anti-dandy maigrelet à la voix caverneuse et éraillée qui s'en imprégna. Pardonnez-moi donc de vous imposer les hurlements de ce jeune avatar humain du rouage métallique et de sa bande de cogneurs-sur-des-matériaux-de-constructions mais il est l'heure de vous réveiller et de tendre l'oreille en direction de ce qui vous entoure.




Avec une conviction que l'on aurait bien du mal (*) à trouver dans les productions radiophoniques, télévisuelles, téléphoniques, ou dans la plupart des disques de noise-rock sortis ces derniers temps, Bargeld hurlait il y a 30 ans d'une façon incantatoire des "Kollaps !" (soit, si mon allemand n'est pas trop mauvais "Effondre toi !" ou bien "Meurs !") ponctués de gueulements inhumains et suppliait son auditeur (qu'il soit un individu, une machine, un bâtiment ou une civilisation, après tout peu importe) de circonvenir à sa demande par des "Bitte ! Bitte !" désespérés, tandis que le reste d'Einstürzende Neubauten (qui signifie : "L'effondrement de nouveaux bâtiments") cognait sur ce qui lui passait dans les mains, guitares comme bidons. A ce niveau-là ça n'est plus de l'indignation, on appelle ça vivre ses idées et vivre son art et c'est quelque chose qui devrait inspirer plus d'un mécontent. Alors, cognez ! Hurlez ! Exprimez votre colère ! Le pacifisme ça n'a jamais produit de très bons disques.


Joe Gonzalez

(*) : à part peut-être chez The Snobs.

jeudi 13 octobre 2011

[Réveille-Matin] The Cure - Primary

C'est comme de demander au rosbif du commun, en 81, si pour déloger la droite dure de Thatcher, il préférait choisir la gauche molle tranquille de Robert Smith et The Cure ou la gauche dure sans concession d'Andy Gill et son Gang of Four. La primaire est faussée d'avance lorsque c'est l'adversaire qui en motive le résultat. Tout comme Thatcher, imbattable pilier de la droite anglaise, imposait à son plus féroce adversaire musical (le punk funk engagé de Gang of Four, le post punk arty de Wire, l'anarchopunk de Crass, etc) de concentrer ses attaques sur une brève période de temps, façon guérilla, sans espoir de vaincre sur la durée. Pendant ce temps, les plaintes moins ouvertement opposantes et la critique molle des Cure gagnait un public bien plus large et s'insinuait de façon pérenne dans l'Histoire, pas vraiment LE mais UN remède possible au mal d'alors.




On la voit venir de loin ma métaphore mais peu importe. Je me dédouanerai et me discréditerai tout à la fois en l'affirmant : je ne voterai pas dimanche prochain, tout comme je n'ai pas voté dimanche dernier. La faute à un renouvellement tardif d'inscription sur les listes, mais encore une fois peu importe. Je ne suis pas un socialiste, je n'ai pas ma carte et n'ai d'ailleurs voté qu'une seule fois PS à des élections présidentielles (premier et deuxième tours confondus), et à contrecœur, en 2007, car tout valait mieux alors que Monsieur le Président. Dans la mesure où je le pense encore, plus que jamais, et qu'après deux cuisantes désillusions je n'ai pas l'intention de me laisser enfler, et par le même, non mais, j'estime que s'il était en mon pouvoir de donner de la voix dans trois jours, c'est à François Hollande que j'aurais accordé la mienne, par pure logique citoyenne, républicaine même. Parce qu'il est celui qui semble le mieux placé pour gagner, pour battre l'Autre. J'ai entendu son programme, il y a du bon et du moins bon, ni plus ni moins que dans celui de son adversaire, mais surtout il est à l'exact opposé de celui de Monsieur le Président, et c'est pour cela que j'ai décidé de faire fi de mes rêves, de mes idéaux, de mon utopisme, pour de bon, pour une fois, et de voter utile, de voter contre et dans la mesure où je ne pourrai aller le faire moi-même, de voter par voie de billet d'humeur matinal à faible portée, quitte à choquer les puristes parmi vous pour qui opinioner tout en écoutant les Cure est un loisir d'oisif irresponsable ou d'une bêtise sans répercussion. D'un autre côté, je me souviens d'une époque où les musiciens s'engageaient, et je ne parle pas des Faudel, Macias et autres Montagné ralliant le puissant vainqueur, ni des suiveurs de stars politiques, mais bien des chanteurs à voix, des porteurs de messages, des Dylan, des Colin Newman, des Cantat, des Zebda (sic mais vrai). Cette époque est plus ou moins révolue depuis au moins dix ans. Pourquoi laisser à l'abandon cette vieille tradition de critique sociale citoyenne ? Par peur du politiquement incorrect, de la censure, du jugement ? Chacun ici a le droit, et le devoir d'ailleurs, de s'exprimer, que ce soit pour donner son avis sur Lana Del Rey et MGMT ou sur François Hollande et Martine Aubry. Sans ça, on passera cinq années de plus dans un pays qui n'est pas le nôtre, et ça n'est plus supportable. Allez voter, et soyez logiques, je vous en prie. Ne votez pas avec votre cœur, ne cédez pas au social-idéalisme ou à l'attrait du Bien (combien de fois entend-on ces derniers temps, comme on l'avait déjà entendu en 2007, "une femme à l’Élysée ça serait sexy !"), votez avec votre tête, votez contre Nicolas Sarkozy. Faites ça pour la France, pour vous, et surtout pour moi parce que perso j'irai pas voter, j'ai prévu un basket avec des copains.


Joe Gonzalez

vendredi 19 août 2011

[Fallait que ça sorte] Psychobilly #3 (1981 - 1988)


(The Meteors - Rockabilly Psychosis)

Si les Cramps et le Gun Club étaient les plus charismatiques représentants du psychobilly, ils n'en étaient pas les inventeurs reconnus, ce rôle étant attribué aux Meteors par à peu près tout le monde. Il peut paraitre étonnant à posteriori de voir un groupe anglais engendrer la genèse d'un sous-genre musical majoritairement américain (le rockabilly descendait de toute façon des racines country et blues mais il suffit simplement de jeter un oeil à la liste des groupes psychobilly : une écrasante majorité est née sur la Côte Ouest et dans le Sud des Etats Unis) mais les Meteors lorgnaient sans vergogne vers les années 50 (comme énormément de musiciens, de stylistes, de cinéastes, etc durant la première moitié des années 80) et c'est certainement à cause de la chanson Rockabilly Psychosis que le mot est né. Bien que moins dangereux que ses homologues californiens, les Meteors baignaient déjà dans la même ambiance de zombies, de mutants et de vampires de séries B ou Z qui devaient illustrer les premiers disques du genre, et après un premier album plutôt réussi ("In Heaven", en 1981), leur son devait s'alourdir quelque peu et pendant quelques albums encore (et notamment "Wreckin' Crew" en 1983), les Meteors continuèrent de faire vivre le rock'n roll ténébreux du côté de Londres avec une énergie et une foi plus qu'honorables tandis que d'autres britanniques suivaient le mouvement (le groupe Guana Batz, en 1985, par exemple).

C'est aussi en 1981 que les Cramps et le Gun Club se firent les dents sur le public américain et au même moment, trois autres formations californiennes cousines se faisaient remarquer. Les Blasters n'étaient... pas un groupe de psychobilly. Ils n'en arboraient aucun des signes (pochettes, looks, paroles) distinctifs, ne donnaient pas l'impression de sortir d'une mauvaise BD fantastique et si leur nom évoquait une certaine violence, l'attitude des frères Phil et Dave Alvin et de leurs acolytes n'était nullement aussi provocatrice que celle de Jeffrey Lee Pierce ou de Lux Interior. Pourtant, leur musique descendait elle aussi du rockabilly et ils tournaient régulièrement avec Black Flag. Leur influence sur le psychobilly viendrait de différents métissages et apporterait quelque chose de plus sage, de plus rétro, de plus adulte à un genre musical d'ados attardés. Toujours en 1981, Dave Alvin, le guitariste du groupe, enregistra avec d'autres musiciens le deuxième album des Flesh Eaters, le groupe de Chris D., un adepte du punk blues à la Blasters qui cette année-là s'entoura fort bien pour produire l'un des albums les plus intéressants et variés du genre.



(The Flesh Eaters - River of Fever)

"A minute to pray, a second to die" ralentissait la cadence imposée par ses prédécesseurs mais se complaisait dans une imagerie de mauvais goût vaguement morbide, avec en prime du saxophone, le chant foutraque de Chris D. et la basse de John Doe, le leader de X. Avec son groupe principal, Doe, un beau brun charismatique, flirtait avec le punk hardcore sans jamais véritablement se risquer à abandonner mélodies, soli et un amour discernable pour le rockabilly. Mêlant sa voix à celle d'Xene Cervenka en une charmante dissonance pendant que Billy Zoom se prenait pour Chuck Berry, ils avaient publié en 1980 un premier album ("Los Angeles") de punk rock reflétant à merveille l'évolution du style, trois ans après les Pistols et un continent plus loin. En 1981, leur deuxième album, "Wild Gift" se voulait beaucoup plus ouvert à la tradition américaine et l'influence des Blasters devait les entrainer de plus en vers le traditionalisme jusqu'à fonder The Knitters (avec Dave Alvin, des Blasters) des années plus tard, un groupe parallèle de country alternative. Les Flesh Eaters ne seraient jamais aussi passionnants qu'en 81 avec Alvin et Doe aux postes clés et avec quelques excentricités assez originales pour un groupe du genre lors de l'enregistrement du disque, ils enregistrèrent ce qui ressemblait le plus à un concurrent éventuel aux intouchables Cramps et Gun Club.

(Les Flesh Eaters, en 1981. A gauche, John Doe, à droite Chris D. et au fond, Dave Alvin)




(Elvis Hitler - Live fast, Die young)


De nombreux autres groupes fleurirent un peu partout qui adoptaient l'esthétique psychobilly. Batmobile en Hollande (vers 1983), Demented are Go's en Angleterre (circa 1986), les allemands de Mad Sin (en 1987) ou les danois de Nekromantix (en 89), et tous connurent leur petit succès local (le psychobilly n'a jamais été une musique pour le grand public, vous en conviendrez) mais c'est un groupe de Detroit qui selon moi symbolise le mieux la tournure qu'avait pris le psychobilly après une décennie d'activité.

Elvis Hitler était un quatuor mené par Jim Leedy, un punk grassouillet qui se faisait appeler Elvis Hitler et qui donnait vaguement d'air à P. Paul Fenech, le chanteur des Meteors. Imaginant des zombies à Memphis, Tennessee, Elvis avait la particularité d'être moins mesuré encore que les pionniers américains. Son groupe jouait plus vite, plus fort et voulait choquer davantage. En reprenant le Live fast, Die young des Circle Jerks, un groupe hardcore, ils ne faisaient pas de mystère de leur philosophie et de leur goût pour les chansons coup-de-poing. "Disgraceland" parut en 1988 et malgré l'imagerie Priestleyienne, c'était véritablement Detroit (la ville d'Iggy, du MC5, etc) que l'on entendait prendre possession du psychobilly et en faire une machine de guerre sonore à vocation infernale (certains en vinrent d'ailleurs à appeler leur musique du hellbilly). L'album s'embourbait parfois (une reprise inutile du Purple Haze d'Hendrix) mais avec une telle pochette accolant les mots Elvis et Hitler, il FALLAIT l'écouter, et je ne doute pas une seconde qu'un certain Jimmy Lee Lindsey Jr., A.K.A. Jay, alors âgé de huit ans, soit un jour tombé sur cette pochette et qu'il ait été convaincu instantanément.

Les années 80 marquèrent l'Age d'Or du psychobilly mais après sa mutation vers quelque chose de toujours plus violent, gras et... américain, en quelque sorte, d'autres allaient lui offrir quelques derniers coups d'éclat pendant les années 90. Vous en saurez plus la semaine prochaine avec la quatrième et dernière partie de ce dossier !


Joe Gonzalez

mardi 2 août 2011

[Réveille-Matin] Psychobilly #2 : The Gun Club - Preaching the Blues

Tout comme les Cramps, le Gun Club ramenait les morts à la vie. En plein mouvement punk rock, ces jeunes hommes de Los Angeles pratiquaient leur vaudou non pas sur les cendres d'Elvis et Dick Dale mais sur la tombe de Robert Johnson, le bluesman de la légende, celui qui est sensé avoir vendu son âme au Diable un soir sur les bords du Mississippi pour qu'il lui offre de jouer de la guitare comme personne, et qui connut une fin tragique à un jeune âge.

Ces Frankenstein du blues partageaient beaucoup avec les Cramps, à commencer par Kid Congo Powers, le guitariste fondateur du Gun Club aux côtés du chanteur et guitariste Jeffrey Lee Pierce. Powers quitta le groupe pour rejoindre les Cramps au tout début des années 80 avant d'y revenir en 1984. Et puis ce look destroy proto-grunge dont Pierce se fit un parangon, et dont la mèche blonde, les mauvaises habitudes (l'alcool, les drogues) et le parcours difficile (après le Gun Club et quelques bons albums solos, Pierce se retrouve fauché et malade avant de mourir à 37 ans d'une hémorragie cérébrale) en font une sorte de Kurt Cobain avant l'heure.


(Les deux pochettes alternatives du premier album, "Fire of Love", 1981)


Jeffrey Lee Pierce tenait cependant moins du gamin emo encombré par son rôle de star (ce que Cobain allait se révéler être) que de la rock star assumée et empreinte d'un charisme sexuel certain, ce qui le rapprocherait peut-être plus de Jim Morisson. Si les musiciens du Gun Club contribuaient à rendre ses blues violents et énergiques avec force bottlenecks, Pierce leur donnait avec sa voix de gamin sûr-de-lui-même-s'il-chante-faux une tension sexuelle palpable (sur For the love of Ivy, par exemple, où il est entièrement maitre de l'Acte) et ses hurlements juvéno-canins sur Preaching the Blues sont à mille lieues de Johnson et convaincront le dernier des ennemis du blues de jeter les armes.


Joe Gonzalez


P.S. : Quoi écouter ? Les deux premiers albums du Gun Club (le second date de 82 et s'intitule "Miami") son des classiques sans aucun faux pas. Les deux suivants valent qu'on s'y attarde et notamment "Las Vegas" en 1984 avec le retour de Powers à la guitare. L'album "Wildweed" de Pierce en 1985 est aussi une pièce de choix. Enfin, sachez qu'un documentaire sur Pierce a été tourné mais qu'il est difficile à se procurer, contrairement à "The Jeffrey Lee Pierce Sessions Project", une compilation de reprises des chansons de Jeffrey Lee par une palanquée d'artistes tels Nick Cave, Debbie Harry, Mark Lannegan et d'autres, sortie en CD en 2009.

mercredi 9 février 2011

[Réveille Matin] The Passions - I'm in love with a german film star

Bonjour à tous ! A vrai dire je n'ai pas grand chose à vous dire ce matin alors plutôt que de broder trois paragraphes sur un groupe de synth pop que je pourrai résumer en une phrase à la fin du présent article je vais vous raconter une anecdote sans aucun rapport.

Hier, en sortant de chez moi, j'ai suivi un chemin qui me conduit en bordure d'un hangar de la RATP dans lequel je suppose sont stockées des rames de métro. Ce hangar est taggé jusqu'à la garde, recouvert de graffiti depuis aussi longtemps que je me souvienne, et lorsque j'ai longé ses murs, de jeunes graffeurs étaient occupés à détruire le travail éphémère de leurs pairs afin de déposer leur vision colorée provisoire, comme souvent.
*
A mon retour, les jeunes gens étaient toujours occupés mais ils n'étaient plus seuls : des passants s'étaient arrêtés pour les regarder faire. Couple avec enfants, vieux, il y avait même un musicien qui s'était installé face au mur, de l'autre côté de la rue, avait sorti son violon et improvisait des airs.
*
La morale de l'histoire ? Oh je ne vais pas aller jusqu'à vous la servir sur un plateau. A vous de vous décider. La culture hip hop et graff originelle avait notamment pris sa source dans l'aventure de ces artistes de rue new yorkais prenant à chaque fois de considérables risques pour tagger les wagons du métro (et pas les murs du hangar stockant les rames) et dont le travail, tout signé d'alias qu'il était par essence, se faisait dans la clandestinité et à l'abri des regards. Peut-être graffer un hangar (paumé je le précise dans la petite rue des Maraichers du 20ème arrondissement parisien) devant un public familial au son d'un violon est-il une autre mort culturelle ? Ou peut-être est-ce une ouverture ? Je n'arrive pas à me décider.




The Passions ont joué une new wave proche de Siouxsie et The Cure mais sans l'aspect gothique, sans véritable fond du tout, d'ailleurs, de 1978 à 1983 et leur chanteuse Barbara Gogan a écrit ce single (leur unique réel tube) en pensant à un roadie occasionnel des Clash et des Pistols qui avait fait des apparitions dans des films allemands. C'est l'exemple typique d'un "groupe-à-un-hit" et puis c'est tout. La chanson est jolie, non ?


Joe Gonzalez

mercredi 26 janvier 2011

[Nuit Blanche] This Heat - Makeshift Swahili

Il est tard et comme moi, vous êtes peut-être chez vous, québlos devant BFM ou i-télé, à grimacer sans même vous en rendre compte alors que le Maghreb flambe pendant que les chefs d'État chers à nos cœurs prennent des vacances en Suisse. Et comme moi, vous n'y comprenez peut-être plus rien et vous avez coupé la téloche, dépités après avoir senti monter en vous une envie de meurtre devant deux débiles mentaux se coupant la parole sans s'écouter (on appelle ça "débattre").



Makeshift Swahili, soit dans la langue de Molière du swahili improvisé, c'est exactement ce que l'on peut avoir l'impression d'entendre venant de la voix des médias et celle de nos politiciens, vous ne trouvez pas ? Avec cette chanson, issue de leur second album (l'expérimental et extraordinaire "Deceit", sorti en 1981), les anglais de This Heat n'essayaient même plus ("it's too late now to start complaining") de s'insurger contre la complexité d'une langue qu'ils auraient aimé plus simple et moins retorse ("monosyllabic, hieroglyphic, etcetera, etcetera"), mais leurs collages et les beuglements anxieux du batteur Charles Hayward en guise de sur-texte obligent à se demander s'ils n'avaient pas raison.


Joe Gonzalez

vendredi 30 juillet 2010

[Réveille Matin] Mission Of Burma - That's When I Reach For My Revolver

Je ne connais pas Mission of Burma. J'ai vaguement écouté leur album "Vs." dont tout le monde parle sans savoir vraiment trop quoi en penser, ce qui doit surement signifier que je n'en pense absolument rien. J'ai aussi écouté leur premier e.p. qui est plus propre et un peu mieux à mes oreilles, mais, pareil, là, ce serait un exercice digne d'un partiel de fin d'année que d'oser écrire plus de cinq lignes dessus vu l'état de mes connaissances. J'aimerais vous mentir en étalant ma science pompée sur wikipedia comme je l'ai fait mille et une fois par le passé dans moult réveille matin, mais non, je suis désarmé, alors je vais juste vous raconter la seule anecdote que je sais sur eux, qui est super connue, mais c'est pas grave, les choses répétées plaisent comme disait Horace : ce groupe s'est séparé au début des années 90 après leur premier album juste parce que le chanteur/guitariste avait des gros problèmes d'acouphènes en raison du volume beaucoup trop élevé du son à leurs concerts. Je trouve ça chouette comme histoire, quoiqu'un peu tragique. C'est vraiment se tuer à petit feu quand même que d'être musicien dans un groupe de rock. Enfin, je sais pas, je trouve ça fort. J'imagine soudain un guitariste qui déciderait de se donner pleinement dans son art, sachant bien que ses oreilles siffleront jusqu'à la fin de sa vie, en sacrifiant totalement ses tympans dans un dernier concert durant lequel il déciderait volontairement de devenir sourd, allant au delà de toutes les limites, en collant son oreille à un mur d'amplis qui auraient tous leurs boutons sur 11, ce serait une espèce de mort artistique surpuissante. Bon, les mecs de Mission of Burma, ils ont juste splitté. Ils ont reformé le groupe récemment d'ailleurs.

Enfin, tout ça n'a rien à voir avec le morceau que je vous propose d'écouter ce matin et qui s'appelle That's When I Reach For My Revolver, qui est dans le player à gauche, extrait du premier e.p. du groupe, du temps où leurs oreilles ne faisaient aucun bruit la nuit (je repense moi-même parfois avec nostalgie à l'époque où je n'avais pas des petits "biiip" dans les oreilles, lorsque mes tympans étaient purs, ah la la) et qui est l'un de leur plus gros tubes. Ça a même été repris par l'ami Graham Coxon sur l'un de ses albums solos. Aussi par Moby dans une version dégueulasse d'ailleurs mais qui avait eu un petit succès. On comprend assez rapidement pourquoi en fait : il y a le refrain, et il écrase tout. Il est amené par la nonchalance un peu ado, un peu émo, un peu molle des couplets, dans lesquels le bassiste nous lance des "Once I had my heroes..." désabusés. Mais toute une colère sourde et désespérée arrive finalement quand ce post-ado à la voix tremblante vous hurle le titre du morceau, inspiré de la célèbre phrase faussement attribuée à Goering "quand j'entends le mot culture, c'est là que je sors mon revolver," ou quelle que soit la déformation que vous connaissez (c'est extrait d'une pièce de théâtre pro-nazie en fait, écrite en 1933), phrase symbole d'un mal-être, d'un rejet d'absolument tout et sur la déception infinie qui touche l'adolescent qui grandit et qui se rend compte que toutes ses jolies idées sur la vie sont faites pour tapisser le fond de sa poubelle qu'il sort les lundi et vendredi soir. Mais ce n'est pas non plus un appel con au nihilisme. Au contraire. "That's when it all gets blown away." C'est juste un appel au changement, quoique non, même pas un appel, juste la prise en compte du paramètre temporel dans nos vies qui crée du changement, qui viendra forcément, et qui n'est ni mauvais ni bon, juste différent. C'est la mort de quelque chose mais pas la mort d'absolument tout. C'est la destruction de ce que l'on croyait être vrai mais qui ne laisse aucun vide puisque tout cela est rempli par autre chose. Finalement, nous pensions être des héros et nous ne sommes que des esclaves. Ça semble triste, mais on peut prendre ça de façon positive d'une certaine manière. Pas vrai ? Après ça, il ne pourra y avoir que des bonnes nouvelles.


Emilien Villeroy

mercredi 23 juin 2010

[Réveille Matin] The Television Personalities - A Picture of Dorian Gray

Que Dieu pardonne à Dan Treacy. Qu'il prenne en pitié ce pauvre garçon fatigué qui n'aurait jamais dû vieillir. Qu'il ai une clémence infinie pour ce type qui aurait voulu boire du thé avec Syd Barrett et passer sa vie chez lui à composer des jolies chansons. Un peu de compassion s'il vous plaît pour ce songwriter un peu maudit, un peu triste, qui aura passé sa vie à essayer de survivre avec ses morceaux surannés et inspirés des 60's qu'il aurait voulu connaitre, au sein d'un projet bancal qu'il avait appelé les Television Personalities. Et s'il a sorti une pléthore d'albums ennuyeux, s'il est allé en prison pour vol après des années sans domicile dans les années 90, s'il n'est plus aujourd'hui sur scène que l'ombre de lui-même, donnant de tristes concerts mou, plats et alcoolisés où il massacre ses vieux chef d'oeuvre sous un bonnet miteux, Dan Treacy reste tout de même ce teenager à la voix fluette et un peu fausse qui a sorti, en 1981, un petit chef d'oeuvre lo-fi et bancal de pop douce qui résonne encore, après toutes ses années, dans de nombreuses chambres à coucher de jeunes gens pas très beaux et maigrichons qui lisent trop et ne sortent que rarement de chez eux : cet album s'appelle "...And don't the kids just love it", et il résonne à l'instant même chez moi, avec en lui les fantômes d'une jeunesse morte qui vibre encore au son des guitares électriques pas trop distordues et des suites d'accords pop.

Cette vision de la pop, elle est aujourd'hui devenue une culture commune pour beaucoup de gens, ayant lancée avec elle tous les groupes twee et C-86, mais aussi pas mal de petits ensembles lo-fi et amateurs qui n'ont pas eu peur d'enregistrer avec presque rien. Cet album, c'est l'expression la plus pure et douce-amère d'une jeunesse passée à trop rêver, à trop attendre, à trop lire, à trop croire en des choses qui ne sont pas arrivées. Mais si les paroles vont parfois dans des domaines sombres et déprimants, le ton général est plutôt à la joie, douce et un peu triste, un espèce de sourire niais mais tout à fait honnête venu d'un type à fleur de peau. Sur A Picture of Dorian Gray, Dan nous explique que quand il aura acheté un manoir, il y invitera plein de gens, et que tout le monde pourra y rester, à boire du thé citronné, manger des sandwichs aux concombre au bord de la rivière, et regarder un portrait de Dorian Gray, celui qui aurait voulu ne jamais vieillir, celui qui aurait voulu rester toujours beau, celui qui aurait voulu que le temps s'arrête pour toujours. C'est mélancolique et pourtant joyeux, le son un peu baveux et sale offrant une aura étrange à l'ensemble, l'inscrivant dans une époque inconnue, impénétrable, mélodies provenant d'un ailleurs littéraire plus beau dans lequel on voudrait ou aurait voulu parfois vivre un peu.

Emilien Villeroy.

mardi 11 mai 2010

[Réveille Matin] Klaus Nomi - Lightning Strikes

C'est l'histoire d'un Allemand qui avait un petit talent au niveau vocal, une tessiture de contre-ténor qui lui avait permis de se produire sur quelques scènes étant jeune, puis qui était allé à New York en 1972 pour participer à la scène arty de la ville, entre deux cours de chant et un métier de pâtissier, et qui a fini en tant que star underground. Avec une imagerie unique, il reprenait du Saint-Saëns lors de soirées, mais chantait aussi de la pop music baroque et outrée et il sortit deux albums et fait office de choriste pour David Bowie à la télévision avant de mourir finalement à 39 ans du Sida. Un destin bizarre, excentrique, brutal qui a fait de Klaus Nomi un artiste culte, reconnaissable entre mille, et dont la carrière a été si singulière et osée qu'on ne peut pas ne rien en penser. Ce costume en plastique, cette voix qui vient vous vibrer dans les tympans, cette ambiance 80's, tout semble venir d'ailleurs avec lui, pour le meilleur comme pour le pire, et c'est une attaque en règle contre vos préjugés en que ce cross-over téméraire entre l'opéra et la synth-pop. Le paradoxe du début de carrière de Klaus Nomi, c'est qu'il a été découvert par le biais de ses interprétations de "musique classique," mais que ses albums ont été remplis de chansons pop, comme pour faire passer la pilule, le label RCA se disant que cela pourrait attirer le public, avant de finalement le laisser se recentrer sur des œuvres d'opéra à la fin de sa vie, en comprenant que le public avait été davantage marqué par son Cold Song, composé par Purcell.

(Il faut aussi VOIR Klaus Nomi)

Il n'empêche que Klaus Nomi a tout de même chanté de la pop sur ses deux albums, et il devait aimer ça puisque l'on y trouve des originaux composés particulièrement pour lui (The Nomi Song ou le formidable I'm Wasting My Time), mais aussi des reprises de grands classiques et autres vieux tubes comme par exemple Lightning Strikes de Lou Christie, un morceau qui s'était vendu à un million d'exemplaires en 1966. Sauf que si c'est Klaus qui s'occupe d'une reprise, on est forcément loin d'une simple copie carbone de l'originale. Et d'une chanson un peu kitsch, on passe alors à un tube qui laissera tout le monde circonspect à la première écoute. Un accent allemand qui roule un peu les "rrrr," un couplet qui sonne désormais comme une chanson traditionnelle bavaroise et puis finalement l'explosion du refrain avec cette voix de tête qui va toucher des notes suraiguës insoupçonnées avec une audace folle, rien que ça, et c'est fascinant de voir une telle ré-appropriation aussi bien réalisée. C'est au-delà de l'outrance : ça va tellement loin que ça atteint tout naturellement des sommets. Et le pré-refrain est alors un moment magique et surpuissant, tout particulièrement dans la façon dont Klaus lâche ses "I can't stop ! I can't sssstop myseeeelf !" de plus en plus criés, de plus en plus forts, de plus en plus jouissifs.


Emilien Villeroy

mercredi 5 mai 2010

[Réveille Matin] Grauzone - Eisbær

J'ai beau abandonner sur une chaise le journal du matin, attendant que vous vous réveilliez et que vous vous leviez enfin, soufflant sur les braises pour qu'elles prennent, non, je ne garderais pas pour moi ce dont je veux vous causer ce matin, même si vous voulez déjeuner en paix... Parce qu'on va directement en Suisse, l'année étant 1981, pour retrouver un groupe de post-punk. Oui, je sais ce que vous pensez. "Quoi, quoi, la Suisse et le post-punk, vraiment ?" Eh bien oui, que ce soit avec les excellentes Kleenex, qui changèrent ensuite leur nom pour LiLiPut, et dont il faudra vraiment vous reparler un jour, ou encore les Young Gods, la Suisse recèle de trésors musicaux injustement insoupçonnés. Parmi eux, on trouve Grauzone, de jeunes garçons qui avaient décidé d'enregistrer une new wave bizarre et sombre, chantée en allemand, le temps d'un album très inégal, d'une poignée de singles et de seulement dix concerts. Et s'ils ne vous disent rien, vous serez sans doute surpris d'apprendre que l'un des membres de ce groupe n'était autre que Stephan Eicher, accompagné de son frère qui était le compositeur principal. Ce même Stefan Eicher que vous connaissez peut-être contre votre volonté. Mais avant de produire une chanson française que l'on entend passer en bruit de fond à la Gare du Nord, Eicher chantait dans Grauzone, et ce matin nous nous intéressons à leur deuxième single, leur plus gros tube qui a fait danser de nombreux helvètes underground dans les boites branchées à l'époque, Eisbær.


Il faut dire que c'est le genre de morceau d'une efficacité redoutable, qui vous prend en traitre à la première écoute avec son air de ne pas y toucher et ses trois accords qui tournent en boucle. Oh oui, ça n'a l'air de rien : une rythmique froide et métronomique sur laquelle un jeune suisse pas très bien dans sa peau vous chante faux "je voudrais être un ours polaire, comme ça je n'aurais plus à pleurer, tout serait enfin clair... Les ours polaires ne doivent jamais pleurer" avec tout le sérieux du monde. Et puis soudain, à la fin du couplet, ex-nihilo, boum, des guitares qui convulsent devant vous, accordée très approximativement, et des synthétiseurs malsains qui font des "bip" qui puent le mal-être, avant qu'un saxo complètement free n'achève le morceau n'importe comment. Le groove est morbide, déprimé, addictif. Et soudain, ce qui n'était qu'une chanson post-punk devient un genre de monstre, et l'un des meilleurs trucs jamais venus de nos voisins confédérés. C'est tellement bon d'ailleurs que ça a été repris. Pour des remixes dance ignobles. Par les adeptes de la bossa-nova ronflante de Nouvelle Vague. Mais aussi plus récemment. Enfin, c'est pas vraiment une reprise. Plutôt un type qui a totalement pompé la suite d'accord et la rythmique pour son morceau You Wanted A Hit sur son dernier album là. Ah, comment il s'appelle ce type déjà ? Heu... Attendez... AH OUI ! James Murphy ! Forcément ! Suis-je bête !


Emilien Villeroy

lundi 5 avril 2010

[Réveille Matin] Depeche Mode - New Life

Bonjour à tous ! Ce matin, j'aimerais vous réveiller avec la première chanson du premier album ("Speak and Spell," 1981) de Depeche Mode, l'increvable groupe de synth pop britannique (équivalent outre-Manche avoué de nos Indochinois préférés) que l'on espère toujours voir mettre un terme à leur carrière... et qui reviennent régulièrement se rappeler à note bon souvenir, avec plus ou moins de nuance.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'avant d'être ringards, avant que Martin Gore ne tourne à vide et que Dave Gahan ne soit "désintoxiqué," et avant que Vince Clarke ne quitte le groupe (juste après cet album, pour ensuite former Yazoo), Depeche Mode avait débuté comme l'un des plus grands succès de la vague synth pop britannique (qui dura grosso modo de 1979 à 1983), et ce sous la forme d'un boys band issu de Basildon, patelin à l'Est de la banlieue Est de Londres.


Observez attentivement les pas de danse de Dave Gahan, vous apprendrez un ou deux "trucs."

"Boys band ?!" me direz-vous, et vous aurez raison car il serait plus judicieux de décrire le groupe comme un "kids band" tant les musiciens, alors âgés de 18 à 20 ans, ont l'air de collégiens dans leurs costumes trop grands et avec leurs visages poupons (je portais les mêmes bouclettes blondes que Gore lors de mon troisième anniversaire, j'ai ensuite très vite laissé tomber ce style).

Je leur donne douze ans, pas plus.

Mais alors, pourquoi cette chanson et pas une autre ? Just can't get enough, sur le même LP, est bien plus connue, entrainante, pourquoi choisir New Life ? Tout simplement parce que c'est la seule chanson du groupe que je trouve vraiment chouette : sous couvert d'être pop ET synthétique, elle ne sacrifie pas à la vulgarité d'un refrain dégoulinant, ni aux effets désuets sur les voix qui se chargeraient par la suite de faire de Depeche Mode ce qu'ils sont devenus. Sa simplicité et l'absence de démesure dans choix des sons synthétiques en font l'une des plus humbles et des plus naïves chansons du groupe. Le beat, lui, devrait vous faire remuer les fesses dans votre lit.


Joe Gonzalez

mardi 26 janvier 2010

[Fallait que ça sorte] Laurie Anderson : sons, paroles et vestiges de "United States"

Quand O Superman (For Massenet) est arrivée en deuxième position des charts singles britanniques en 1981, le grand public ne connaissait pas Laurie Anderson, ne voyait pas comment elle avait atterri là, ni très bien où elle voulait en venir. On peut très bien les comprendre tant cela reste une étrangeté de l'histoire : que faisait ce long morceau minimaliste, répétitif à l'excès, sans refrain ni mélodie accrocheuse, plutôt axé spoken-word sous vocoder, dédié au compositeur français Jules Massenet et son opéra Le Cid bref cet essai complètement incompréhensible de 8 minutes au milieu de morceaux pop dans le top des meilleures ventes de singles ? Certes, il avait eu droit à des diffusions obstinées de la part de John Peel et offrait une imagerie plus qu'intrigante, mais rien n'expliquait un tel engouement. C'est le genre de bizarreries sur lesquelles les majors se jettent pour essayer de les exploiter, sans comprendre pourquoi - mais tant pis, du moment que ça semble fonctionner - et Laurie Anderson de signer grâce à cela un contrat pour 6 albums avec Warner Bros la même année. Mais il fallait bien voir que Laurie Anderson n'était pas une musicienne; en tout cas, pas seulement. Il fallait envisager ce morceau dans un ensemble plus grand, trop grand encore pour qu'on puisse le concevoir clairement cette année-là. Car Laurie Anderson était plutôt connue dans le milieu arty new-yorkais pour ses performances expérimentales que ses morceaux pop, et avait travaillé tout au long des 70's avec des gens comme John Giorno ou William Burroughs. On voyait bien que ce morceau n'était qu'un avant-gout, la première réalisation concrète d'une vision plus large.


Ce contrat avec Warner lui donnera les moyens de sortir l'année suivante l'immense "Big Science" sur lequel on trouvera O Superman et qui assurera son statut d'originale passionnante. Neuf morceaux étranges et d'une modernité curieuse pour un album qui deviendra rapidement culte, et à raison. A l'écouter aujourd'hui, cet album semble être marqué par les stigmates des expérimentations synthétiques des années 80 (malgré la présence d'une cornemuse ou d'une chanteuse d'opéra par moment...), avec sa masse de claviers et de vocoder qui semblent si dépassés, si laids, ayant mal vieillis, et ses morceaux si bêtement intellos qui semblent risibles. Mais peu à peu, "Big Science" devient un album hypnotisant, fascinant, dans lequel la force de la narration (toujours ce spoken word omniprésent, dès le premier morceau, le fascinant From The Air, en écoute dans le player à gauche) et les ambiances vous hantent peu à peu et vous forcent à y revenir, encore et encore. Car finalement, cet album est toujours d'actualité, que ce soit dans ses idées ou ses thèmes, qui dépeignent un monde futuriste gris et aseptisé où l'être humain ne semble plus vivre que par automatismes. Et ces instrumentations qui semblent si poussiéreuses au premier abord rendent finalement l'album absolument unique, créant avec des sonorités électriques une espèce d'univers rétro-futuriste, comme quand on regarde comment les gens des 60's envisageaient l'an 2000 ; un futur dépassé qu'on a jamais connu, une modernité rêvée qui n'aura jamais été la notre. Dans Let X=X, elle dit "I can see the future, and it's a place about 70 miles east of here". Aujourd'hui, c'est comme si nous n'y étions jamais allés dans ce futur, que nous avions bifurqué, et "Big Science" d'apparaitre comme une voie alternative, qui touche justement par son futurisme utopique.

Des violons froids de Born, Never Asked aux claviers s'étendant à perte de vue du très drôle Let X = X, "Big Science" est un véritable voyage avec des morceaux de bravoure qui n'ont pas perdu de leur force. En tête O Superman, qui est peut-être l'un des morceaux les plus touchants de Laurie Anderson. Avec son vocoder qui rend la voix humaine étrangère et sa boucle de voix bizarre qui se répète à l'infini comme une respiration saccadée, il y a dans ce morceau une désolation moderne désarmante qui en fait l'un des morceaux les plus profonds et les plus émouvants des années 80. Seulement deux accords qui se répètent, mais au final un véritable chef d'œuvre, unique en son genre et dont les paroles sont d'une beauté troublante. Des mots banals qui peuplent les répondeurs ("Hi. I'm not home right now. But if you want to leave a message, just start talking at the sound of the tone") jusqu'aux prophéties cryptiques qui semblent faire encore plus sens aujourd'hui ("Here come the planes. They're American planes. Made in America. Smoking or non-smoking ?"), Laurie Anderson dépeint les relations humaines brouillées dans une modernité où l'on se parle de machine à machine, et tout se suit dans une obscurité à la fois mélancolique et effrayante où il ne reste plus qu'à appeler la figure de la mère, du père, du retour à l'enfance protectrice qui n'est plus qu'électronique : "So hold me mom, in your long arms, in your automatic arms, your electronic arms, your petrochemical arms".

Mais là encore, son ambition était plus grande, son propos était plus large, tout était écrit dans le livret de l'album : les morceaux de Big Science n'étaient eux-mêmes que des extraits, des bribes d'un work-in-progress gigantesque auquel les succès du single et de l'album donnèrent un élan formidable et sur lequel elle travaillait depuis 1979 (bien qu'on peut faire remonter la généalogie du projet encore plus loin). Et après 4 ans de travail, en février 1983, "United States", spectacle multimédia de 7 heures environ fût enfin présenté au public


(Let X = X, version United States Live)

Ce gargantuesque "United States" se déroulait en 4 parties sur deux soirs et mêlait musique, vidéo, longs passages en spoken word et travail poussé sur la scénographie - lumières, gestuelle, décors, etc. Les thèmes étaient multiples : la modernité, la déshumanisation, la solitude, l'être humain et la machine, tout cela en même temps et dans une œuvre mastodonte qui cherchait à aller partout. Le titre préliminaire de la première partie de l'œuvre, "Americans on the Move," résumait finalement en quelques mots cette peinture étrange et ironique d'une civilisation américaine moderne perdue dans son époque et sa technologie, parlant, vivant par clichés. Le tout guidé par la présence omniprésente de Laurie, parlant plus souvent qu'elle ne chantait, mêlant art de la narration et musique expérimentales sur des projections multiples. Bref une œuvre forcément un peu agaçante par moments et trop indulgente sans doute rien que par sa durée, mais qui semblait passionnante et d'une richesse incroyable. Et dont il ne reste finalement rien. Le spectacle n'a jamais été filmé. Et de la densité de ce spectacle qui se voulait total, il ne nous reste que des vestiges : les textes, via un livre qui sert de descriptif du spectacle, et le son, sous la forme d'un live de 4h30 (5 vinyles à l'époque, en 1984), "United States Live," les passages purement visuels étant donc balayés et les morceaux parfois un peu écourtés. Certes, il y a déjà énormément de matière dans les 78 morceaux de l'album pour occuper n'importe qui pendant un bon bout de temps. Certes, on peut reconstituer une idée de ce qu'à été le spectacle en lisant ou écoutant ces fragments, voire en regardant le clip de O Superman ou différentes apparitions d'Anderson à la télévision à l'époque. Mais quel regret amer de ne pas avoir le contexte global de certains morceaux. De rester sur l'impression d'avoir affaire à un ensemble incomplet, amputé. De ne pas pouvoir saisir totalement ce tour de force créatif.

(O Superman)


Alors il faut faire avec ce qu'il reste, c'est à dire déjà pas mal. L'éprouvante écoute d'un pareil enregistrement au son d'une propreté chirurgicale est une épreuve musicale aussi excitante que passionnante pour l'auditeur qui peut se plonger dedans comme on lit un grand livre en plusieurs tomes, l'album se partageant entre passages narratifs parfaitement maitrisés et bizarreries pop avec homogénéité. Décrire par le menu tout ce qui se trouve dans cette enregistrement reviendrait à tout prendre morceau par morceau et rendrait le processus bien laborieux. Mais cette version orale de "United States" est composée de constantes et en premier lieu, l'utilisation du vocoder, très présent, mais dans une optique très différente que sur "Big Science" : Laurie Anderson cherche plutôt à changer sa voix, en la rendant sur-aiguë (Walk The Dog et sa parodie de Dolly Parton) ou alors très grave (sur beaucoup de morceaux...), répondant même parfois à sa vraie voix pour créer des dialogues absurdes qui parlent autant du quotidien bavard du monde artistique, d'avions qui s'écrasent, de gens perdus, de Tesla, bref de mille et une histoires curieuses, tordues. Souvent, le résultat est très drôle, comme sur le génial Yankee See, où elle n'hésite pas à lire la description de son propre spectacle, expliquant "In this brochure that they are handing out in the lobby, it says everything I wanted to say, only better", ou encore New Jersey Turnpike qui aligne des situations absurdes et des idées bêtes (exemple : "To be really safe, you should always carry a bomb on an airplane. Because the chances of there being one bomb are pretty small, but the chances of two bombs are almost miniscule."). Il y a parfois aussi, brusquement, une profondeur incroyable et très simple qui apparait, et qui montre un monde vraiment froid, vraiment triste, vraiment sombre, et qui fait passer le spectacle de la simple démonstration ironique à une véritable démarche touchante de dépeindre un monde toujours en mouvement qui ne sait pas bien où il va et où il est (Say Hello). Musicalement, Laurie Anderson tord les sons, multiplie les boucles, superpose des couches sonores, crée des orchestrations inédites, curieuses, qui offrent au spectacle des ambiances uniques, à la fois très arty et libérées de toute barrière artistique, mais toujours accessibles. Elle se lance parfois dans des morceaux instrumentaux, dans l'ensemble assez réussis bien que semblant venir de nulle part sans les images, tout en n'hésitant pas à se lancer dans les territoires de la pop music avec pas mal de talent (Langage Is A Virus) et tout se suit ainsi pendant 4 heures durant lesquelles la musique n'est qu'une partie de l'œuvre. Il est difficile ici de réfléchir en termes de morceaux, tant l'œuvre fait bloc et est imperméable à toute tentative de critique purement musicale.

(Performance télévisuelle de Mach 20, extrait de "United States")

Car en effet, que juge-t-on en écoutant ce live ? Les fragments d'un spectacle total ? Ce serait bien difficile. La simple qualité musicale de la chose ? Vue l'abondance du spoken-word, ce serait un peu passer à côté de la chose. Les longs textes ? Les ambiances ? Tout ça à la fois ? Évidemment, tout n'est pas de qualité équivalente, mais le simple fait d'assembler autant d'idées - souvent brillantes - au sein d'un même projet, autant de mélodies, autant de matière est déjà une réalisation telle que l'on ne peut qu'être admiratif de ce projet. "United States Live" déconcerte autant qu'il fascine, seule mémoire plus ou moins concrète d'un spectacle disparu sur lequel on ne peut vraiment se faire un avis. Restent des suppositions. Trouverait-t-on ce spectacle vieillot aujourd'hui ? Certainement, vue la période. Aurait-il perdu de sa pertinence ? Sans doute pas. Ce qu'il reste de ce spectacle perdu dans le temps, ce sont des documents sonores passionnants, que ce soit sous une forme purement musicale avec "Big Science," ou bien plus large et représentative de la volonté de narration avec "United States Live." Dans les deux cas, "United States" apparait comme un spectacle-somme qui consacre au moins Laurie Anderson comme l'une des artistes les plus douées de sa génération, et qui aura synthétisé avec humour, intelligence et originalité nos sociétés occidentales, technologiques, froides et paumées au sein desquelles nous nous agitons sans bouger.


Emilien.

nb : Si le sujet vous passionne réellement (j'en doute mais espérons-le), la lecture de cette étude critique très très poussée pourrait vous intéresser. J'ajoute que Laurie Anderson présentera son nouveau spectacle "Illusion," un "opéra en solo", les 30 et 31 mars 2010 à la cité de la musique de Paris.