C'est entendu.
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lundi 17 octobre 2011

[Réveille-Matin] Sonic Youth - The Empty Page

La nouvelle est tombée ce weekend, éclipsant pour certains les élections gauchistes, Kim Gordon (58 ans) et Thurston Moore (53 ans) se séparent. L'un des couples les plus pérennes de l'histoire du rock'n roll (ils sont mariés depuis 1984) touche à sa fin, laissant derrière lui une fille, Coco, 17 ans, et un groupe, Sonic Youth, 30 ans et des brouettes. La nouvelle semble en avoir déjà attristé plus d'un des deux côtés de l'Atlantique. A ceux-là, je veux dire "N'ayez crainte ! Ne désespérez pas !" car si le couple Gordon-Moore prend fin, ça n'est tout d'abord pas une preuve universelle que l'amour éternel n'existe pas. Thurston et Kim n'ont jamais été très communicatifs vis à vis de leur couple et il n'a jamais été question de leurs sentiments l'un pour l'autre, qui sont peut-être entamés depuis des années pour ce que nous en savons. Leurs sentiments sont leur affaire. Quant à Sonic Youth, ceux qui pensent que la rupture amoureuse va forcément entrainer la séparation du groupe ne lisent pas les journaux. Combien de groupes ont-ils perduré malgré la séparation du couple qui en formait le noyau ? Et combien d'autres ont continué à tourner quand bien même deux de ses membres se haïssaient ? Pensez aux Pixies ! Et puis si vous croyez que le Parti Socialiste Français va splitter parce que Martine et François se sont disputés l'investiture, rhabillez-vous ! Même le divorce pas jojo de Royal-Hollande n'aura pas empêché la première de se rallier au premier (OK, là, j'exagère, mais vous voyez où je veux en venir). Sonic Youth n'a pas interrompu sa tournée américaine pour autant et rien ne présage qu'il n'y aura plus jamais de disque de notre groupe d'indie rock 90's préféré.




Et quand bien même Sonic Youth se séparerait, cela serait-il si abominable ? Je ne crois pas. Chacun des membres du groupe a prouvé depuis de longues années qu'il ou elle pouvait se débrouiller de son côté. Lee Ranaldo excelle en collaborations inattendues et en projets étranges, Steve Shelley sait choisir les disques sur lesquels il trimballe ses fûts, Kim Gordon a joué dans plusieurs groupes de filles gueuleuses, et Thurston Moore, en plus de divers projets, nous a fait sa petite crise de la cinquantaine discographique qui va bien cette année, pas vrai ? Pas la peine de s'en faire, ils sauraient rebondir. Et puis après tout, malgré une chouette BO il y a quelques mois, Sonic Youth ne reste-t-il pas sur deux albums très moyens ? Il vaut peut-être mieux s'arrêter lorsque la facture n'est pas encore trop salée. Avant de VRAIMENT vieillir. C'est sans doute le moment rêvé pour tourner la page, pour en entamer une nouvelle, vierge, avant qu'il ne soit trop tard pour essayer autre chose que ce (bon) vieux Sonic Youth.


Joe Gonzalez

mardi 28 juin 2011

[Vise un peu] Sonic Youth - SYR 9 - Simon Werner a Disparu

C'est un peu facile de réserver aux Sonic Youth Recordings (SYR donc) la place d'étrangetés inégales que l'amateur découvre après avoir fait trois fois le tour de la discographie pléthorique du groupe. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, depuis 1997 cette série d'albums parallèles à la carrière des héros soniques laisse principalement place à leurs velléités expérimentales et instrumentales, parfois sous la forme de projets particuliers (une improvisation live avec entre autres Merzbow, des reprises de musiciens d'avant-garde, une collaboration avortée avec Agnès B...). Cette dynamique de création est d'ailleurs libérée de toute contrainte puisque les SYR sont distribués par un label du même nom créé par le groupe. On pourrait dire que le "Whitey Album" de Ciccone Youth, dont le confrère lamu vous avait causé un brin, est en quelque sorte un projet du même type que les SYR, mais qui les précède de dix ans.

("Original Enregistrement Sonore", vraiment ?)

Cette fois-ci, le neuvième épisode de la série est dédié à la bande originale du premier film du français Fabrice Gobert, "Simon Werner a disparu", sorte de thriller lycéen qui malgré quelques maladresses est tout de même une vraie bonne surprise, mais là n'est pas le sujet. Sonic Youth n'en est pas à sa première bande originale (entre autres, on pense surtout à "Demonlover" d'Olivier Assayas), mais c'est la première à occuper une telle place dans la carrière du groupe. Car en réalité c'est un peu plus qu'une bande-originale : le film est loin d'utiliser tout le matériel réuni ici, et il se permet d'emprunter tout autant à la carrière antérieure du groupe (Schizophrenia, sur "Sister" (1987)). A partir des thèmes composés pour chaque personnage, Sonic Youth va tirer de cette ambiance pleine de frustration, de silence et d'ennui, près d'une heure de musique habitée.

(Thème de Simon)

Car ce neuvième SYR est un disque hanté. Les harmonies sont lumineuses, mais blafardes, inconfortables, comme ces quelques notes de piano en arpèges irréguliers qui viennent suspendre le temps comme dans un songe incertain. Les thèmes, comme les personnages du film, semblent se croiser, se louper de peu, se tourner autour, et on peut entendre à la fin d'un morceau le riff d'un autre commencer à prendre place avant de s'évanouir dans le fade out, rythmiques et harmonies converger de manière obsédante. Ce qui fait qu'un nouveau disque de Sonic Youth reste excitant même sans jamais vraiment être un revers stylistique, c'est qu'il sonne toujours aussi bien : des crachats et grésillements parasites de saturation aux accords ouverts égrenés dans la brume, de la rigueur sèche des rythmiques de Shelley au piano poussiéreux et délicat, chaque élément est à sa place avec une précision clinique. Le disque vaut évidemment beaucoup pour le morceau qui le clôt, le Thème d'Alice et ses écrasantes treize minutes qui se déroulent avec un sens de la narration qu'on n'avait pas entendu chez le groupe depuis presque dix ans. Cette cavalcade héroïque, traversée par l'un des thèmes les plus beaux et mélancoliques de leur carrière, voit Kim, Thurston, Lee et Shelley avancer tel un seul homme vers la lumière avec une liberté et un naturel symbiotiques.

(Thème d'Alice)

En fait, il est vraiment enthousiasmant d'entendre le groupe prendre plaisir à dépasser franchement le cadre de l'exercice demandé et suivre jusqu'au bout son inspiration dans une totale liberté, et de ce fait réaffirmer le vrai talent mélodique de ses membres, ce qui est d'autant plus fort que cette heure de musique est entièrement instrumentale. Et mine de rien, sans en avoir l'air, ce SYR pose des questions sur ce qui va suivre : même si le piano a déjà été utilisé par Sonic Youth auparavant (je pense à la douce mélodie mélancolique de Secret Girl sur "EVOL" (1986), mais je doute que ce soit le seul exemple qu'on puisse trouver), il occupe ici une place inédite qui apporte beaucoup aux ambiances éthérées et mystérieuses tissées par les habituelles guitares, et l'on espère bien l'entendre à nouveau dans un LP futur (j'espère qu'on est d'accord, la carrière de Sonic Youth ne s'arrêtera bel et bien jamais, je l'affirme avec fermeté).

J'ajoute que personne ne l'a remarqué, mais Mark Ibold, l'ex-bassiste de Pavement qui avait rejoint le groupe sur scène (dès 2007) puis en studio au moment de "The Eternal" (2009) pour pallier aux problèmes de poignet de Kim Gordon, n'apparaît pas dans les crédits. Pourquoi donc ? Va-t-il revenir ? Le groupe aurait-il retrouvé un équilibre de quatuor ? J'en sais fichtre rien, mais en tout cas j'ai pris la liberté de re-tagger l'album "Mark Ibold a disparu" dans mon iTunes en guise d'hommage. Faites ce que vous voulez de cette vanne.


Thelonius H.

vendredi 1 avril 2011

[Réveille Matin] Sonic Youth — Funky Fresh

Oui, je sais : Sonic Youth. Si vous vous demandez pourquoi nous ne vous avons pas [correction : presque pas] parlé de Sonic Youth auparavant, c'est tout simplement parce que si vous êtes ici, vous en avez sans aucun doute déjà entendu parler. Toute personne qui s'intéresse un tant soit peu au rock indépendant écoute ce groupe un jour ou l'autre, et s'il y a largement de quoi débattre et écrire à leur sujet (tout le monde semble avoir SON album préféré), difficile de prétendre vous faire découvrir quoi que soit avec un réveille-matin sur Sonic Youth…

…mais bon, on ne sait jamais. (Et au pire, ça ne serait pas la première fois que l'on reviendrait sur un artiste connu.) Avez-vous déjà tout écouté de Sonic Youth ? Leur discographie recèle quand même pas mal de disques intéressants ou surprenants, entre la collection des SYR, les EPs plus ou moins expérimentaux, des faces B particulièrement sympathiques sur certains singles, ou même des albums plus marginaux comme le "Whitey Album" signé Ciccone Youth (que je préfère sérieusement à "Daydream Nation", mais c'est sans doute parce que j'ai des goûts ridicules et que je préfère le bruit à la pop).

Non, je n'ai pas tout écouté de Sonic Youth non plus, mais au cas où, j'avais quand même envie de vous présenter une facette peu connue du groupe, qui se trouve sur l'un de ces disques un peu à l'écart dans leur discographie, et qui mérite largement l'écoute.

Funky Fresh est, comme son nom l'indique, une piste d'inspiration funk, carrément dansante, composée par Thurston Moore. On est ici à des kilomètres du rock classique ou des expérimentations bruitistes coutumières du groupe, et le résultat est incroyable : paroles quasi-rappées, rythme torride, solo de beatbox de Thurston ; de quoi enflammer toute piste de danse et gagner une énergie folle le matin ! Écoutez ça, je vous garantis que ça va vous électriser :


Funky Fresh, ainsi que plein d'autres petits bijoux, se trouve sur l'EP "Master-Dik". Sérieux, c'est pas sur "Daydream Nation" que vous entendrez ça.


— lamuya-zimina