C'est entendu.
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lundi 21 novembre 2011

[Réveille Matin] Front 242 — Headhunter

EBM : ces trois lettres vous disent-elles quelque chose ? L'abréviation signifie "Electronic Body Music" et désigne la fusion de rock industriel et de dance music, surtout populaire dans les années 80, qu'on a pu entendre notamment chez Deutsch Amerikanische Freundschaft, Nitzer Ebb, Front Line Assembly… ou Front 242. L'expression fut utilisée pour la première fois par l'un des membres de Kraftwerk pour décrire le son de leur album "Die Mensch-Maschine" ("The Man-Machine"), mais ne devint le nom d'un genre musical qu'après avoir été reprise six ans plus tard par les membres du Front (qui font partie des pionniers du genre).

Basé sur des sons ultra-synthétiques et des beats machiniques et agressifs, l'EBM n'est pas un genre réputé pour sa subtilité (bien qu'il y eut des exceptions, comme l'atmosphère lourde et fascinante de "Buried Dreams" par Clock DVA) — mais quand les compositions sont bonnes, il s'en dégage une vraie puissance. L'excellent album "Front by Front" du trio belge en est un bel exemple, avec ses mélodies diablement efficaces : c'est de la musique industrielle débridée, des machines à danser qui tournent à plein régime… et malgré ce que disent les membres sur la non-humanité de leur musique, ils font preuve d'un son bien personnel !


Le plus grand tube de l'album — et du groupe — s'intitule Headhunter ; kitsch par certains aspects mais irrésistible, il résume parfaitement l'esthétique du genre. Les paroles, comme beaucoup d'autres du groupe, décrivent un monde déshumanisé et cruel, où le profit est maître et où le plus fort gagne. Ici, c'est le "chasseur de têtes", prédateur capitaliste moderne qui est à l'honneur, avec son mantra-chant de guerre (Lock the target — Bait the line — Spread the net — Catch the man) implacable… et furieusement accrocheur. (Ce qui ne veut pas dire que le groupe soit toujours sérieux, noir ou dénué d'humour : sachez par exemple que l'image récurrente des œufs dans le clip vient du fait que le réalisateur avait mal compris le titre de la chanson… et était parti pour tourner le clip d'une piste qui se serait appelée Egghunter !)

Pour le reste, laissons la parole au groupe, qui explique dans ce mini (extrait de) documentaire les raisons et les ambitions du mouvement :



(Et si jamais vous avez la nationalité belge et que viennent des élections, vous pourrez peut-être voter pour l'un des membres du groupe : Richard Jonckheere est membre du parti Ecolo !)


— lamuya-zimina

mercredi 22 juin 2011

[Réveille Matin] Clock DVA — The Hacker

Sony, Gmail, CitiGroup, Nintendo, la CIA, le FMI, Bethesda, Sega, RSA Security… je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a eu une belle quantité de cyber-attaques ces derniers temps. Bien sûr, entre les catastrophes nucléaires, les révolutions, scandales, crises et autres bactéries tueuses, tout ça est passé un peu à l'arrière-plan, et je doute fort que les hackers soient votre première préoccupation aujourd'hui (à moins de travailler dans le milieu). Mais on commence à en parler. Ou plutôt, on commence à s'en inquiéter plus sérieusement.

La figure du hacker dans la culture populaire a souvent bénéficié d'un certain charisme, entre la figure-archétype du petit génie qui fait tomber des organisations énormes grâce à son seul ordinateur et quelques véritables pirates emblématiques (Kevin Mitnick, vous vous rappelez ?), on en viendrait presque à les considérer comme des Arsène Lupin de l'ère numérique (le charme du gentleman en moins). Le cyberpunk, les romans de William Gibson (notamment la trilogie Neuromancer/Count Zero/Mona Lisa Overdrive) et autres Ghost in the Shell de Masamune Shirow ont dû aider aussi ; dès qu'on se met à imaginer un futur souvent hyperdigitalisé et où le mot "réalité virtuelle" prend une toute autre dimension, le hacker devient une figure quasi-incontournable, soit celui qui prend le pouvoir, soit celui qui se bat contre.


(Attention à la migraine ou à la crise d'épilepsie.)

C'est un peu cet univers-là que le groupe de post-punk/EBM britannique Clock DVA évoque avec The Hacker, piste finale de l'album "Buried Dreams", sorti en 1989. L'esthétique a en partie vieilli aujourd'hui, et le groupe en a même peut-être toujours fait un peu trop (avec cette voix menaçante et ces arrangements grandiloquents), mais l'idée de la menace du piratage dans un monde informatisé à l'extrême est toujours pertinente et présente aujourd'hui dans l'imaginaire collectif — et surtout, la chanson est toujours aussi réussie, avec ses sons à la fois électroniques, agressifs mais aussi très cinématographiques (tout l'album "Buried Dreams" pourrait faire office de bande son pour un film qui se passerait dans un futur dystopique), culmination d'un album à ambiance unique, évocatrice d'un univers noir et artificiel ; un disque peut-être un peu surchargé par moments, mais qui mérite largement le détour.


— lamuya-zimina