C'est entendu.
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mardi 17 janvier 2012

[Réveille-Matin] The Smiths - The Queen is Dead

Il est évidemment plus facile d'entonner des borborygmes que d'enchainer les aphorismes, tout comme il est plus simple de faire rugir idiotement des guitares que d'user la wah à bon escient et de la surmonter d'un clavecin mais je me fais tout de même régulièrement la remarque que ce single des Smiths était finalement bien plus audacieux que le God Save the Queen des Pistols, et que même dix ans après, même des lustres après l'oubli général de l'idée-même de punk-rock en Angleterre, le texte de Morrissey aurait mérité mieux que d'être l'apanage des amateurs éclairés de l'un des rares groupes indispensables du ventre mou des années 80 (avouez que la période courant de fin 83 à début 87 n'est franchement pas la Caverne d'Ali Baba du chineur en quête de pépites vintages !). Il est amusant qu'aujourd'hui, alors que la Reine est vieille de 25 années supplémentaires et d'autant plus proche de la tombe, plus personne n'ose chanter de tels vers que "Her Very Lowness with Her head in a sling, I'm trully sorry but it sounds like a wonderful thing", appelant ainsi de ses vœux la fin du règne éternisant d'Elizabeth. God Save the Queen était une bravade bas-de-plafond (quand on sait ce qu'a pu écrire Lydon par la suite) certes séduisante, mais ça n'était qu'un pet de l'esprit à côté du pamphlet véritablement britannique des Smiths.





Quatre albums pour faire passer le temps et puis les Smiths se sont séparés juste à temps pour éviter de devenir ringos quand les nineties ont débarqué en Angleterre vers 1988 (avec les scènes baggy/madchester, shoegaze et l'imbrication de la dance dans la pop). On ne le dit pas assez mais ça compte énormément dans la réputation d'un groupe, de s'arrêter au bon moment (que ça soit un choix délibéré ou la naturelle conséquence d'un désaccord commun). Regardez les Pixies (et priez pour qu'ils n'enregistrent pas de nouvelles chansons) si vous voulez un autre bel exemple. Ou alors pensez à U2 si vous voulez la preuve par le contraire. Morrissey s'en est d'ailleurs plutôt bien tiré tout seul (je n'ai jamais écouté ses disques avec passion mais il faut avouer que les premiers n'étaient pas de la daube). Johnny Marr (le guitariste) n'a pas toujours fait les meilleurs choix, mais il s'est toujours dégotté des groupes pas trop mauvais. Tiens, si vous n'avez rien de mieux à faire, écrivez-moi quel est votre album préféré des Smiths, et surtout POURQUOI.


Joe Gonzalez

mardi 10 janvier 2012

[Réveille-Matin] Trash Kit - Pig Cat

On se réveille, on allume l'ordinateur, on clique sur un favori, il se trouve qu'il s'agit du dernier tumblr rigolo du moment (où il s'agit de proposer des recettes de cuisine à base de chatons, le genre de recoin du web totalement inoffensif, gentiment phénoménal et totalement tendance, la routine. Seulement voilà, le lien est mort. Pourquoi ? Parce que la SPA l'a fait fermer. Le tumblr n'avait pas trois semaines. Y'a de quoi se flinguer. Qu'est-ce qui est le plus difficile à encaisser dans tout ça ? Que la SPA n'ait rien de mieux à faire que de "protéger les animaux" en obligeant tumblr à fermer une page à portée humoristique ? Que des débiles profonds (il fallait voir le niveau intellectuel et orthographique des commentaires furieux de ces neuneus sans humour) aient une telle influence sur un tel organisme ? Que le "Bien" triomphe une fois de plus sur la rigolade ? Ou bien que la fermeture d'un tumblr ne choque personne ? Bah. C'est pas les cleps qu'on devrait abandonner au mois d'Août en Espagne, si vous me demandez. Je sens comme un vide, remets-moi du Trash Kit.



(Pig Cat)


(Cadets)


Ce trio de post-punk primal féminin avait publié un premier et unique album plutôt pas mal, il y a deux ans. On y trouvait des morceaux très courts, d'inspiration Slits/Raincoats, avec à la basse nulle autre que Ros Murray (la bassiste d'Electrelane). J'avais eu la chance de les voir jouer à l'International, en Juin 2010 et c'était sauvage, le public était majoritairement lesbien et mes copains et moi on se touchait les fesses par solidarité. Seulement voilà, l'International (un rade près de Ménilmontant, à Paris, les concerts y sont gratuits), j'y étais il y a quatre jours, et si j'ai bien un conseil à vous donner c'est de ne jamais y foutre les pieds un Samedi soir. Les kidz s'y entassent et ça devient un endroit vraiment horrible.


Joe Gonzalez

dimanche 25 décembre 2011

[Réveille-Matin] Tuxedomoon - Weihnachts Rap

Avez-vous déjà goûté du christmas pudding ? C'est un dessert anglais dense, quasiment noir, préparé avec des fruits secs, de la farine, souvent de l'alcool (bière, brandy, whisky)… et qui était à l'origine un mélange de plein de machins sucrés comme salés, et une façon de conserver la viande. Il peut toujours y avoir de la graisse de rognon dedans aujourd'hui, et la mixture se prépare volontiers plusieurs mois à l'avance. Ça vous rebute, dit comme ça ? Pourtant, c'est bon ! (Et oui, il en existe des versions végétariennes.)

Que diriez-vous maintenant, histoire de rester dans les mélanges insolites, d'écouter une joyeuse chanson de noël rappée en allemand par un groupe de post-punk expérimental glauque ? Ça peut rebuter aussi, dit comme ça. Et pourtant… c'est loin d'être aussi horrible que l'on pourrait se l'imaginer. C'est même accrocheur et joyeusement barré ! Jugez plutôt :


Weihnachts Rap est disponible sur la compilation synthpop/new wave "Ghosts of Christmas Past", éditée par Les Disques du Crépuscule en 1981 ; c'est le seul album de noël que j'aie jamais consenti à écouter en entier pour le moment(*), et je l'ai même fait avec plaisir. Quant à Tuxedomoon… je vous en reparlerai sans doute, vu à quel point j'aime ce groupe, mais en attendant je ne peux que vous recommander le génial "Desire" (surtout les éditions récentes accompagnées de l'EP "No Tears") : orchestrations décalées, mélange de dramatique, de ludique et de grotesque, avec des rythmes prenants et quelques vrais tubes pour âmes torturées ! Moins festif que Weihnachts Rap, sans doute… mais encore bien meilleur.

En attendant, que vous le fêtiez ou non, je souhaite que l'esprit de Noël vous réjouisse ou vous donne le cafard : Frohe Weihnachten !


— lamuya-zimina







(*) P.S. On vient de me signaler l'existence de ce disque (merci Nina !)… ça en fera donc bientôt deux !





P.P.S. Trois : Agoraphobic Nosebleed vient d'en sortir un aussi ! Et c'est gratuit ! Noël ! Joie !



(Je vous déconseille de l'offrir à vos grand-parents. Par contre, si vous êtes fan de grindcore, allez-y.)

mercredi 2 novembre 2011

[Réveille-Matin] Factory Floor - A wooden box

A (chaque) génération dégénérée, musique dégénérée. Le mot n'est peut-être pas juste, il faudrait peut-être plutôt dire "déviant" et l'expliquer en précisant que le chemin tracé duquel les musiciens concernés aiment à dévier est celui de la morale judéo-islamo-chrétienne plus ou moins bien pensante et politiquement correcte qui régit le "Bien" (et la poursuite du Bonheur) depuis au moins deux ou trois cents ans, maintenant.

Aujourd'hui, la disco est un Bien rétromaniaque de plus, et elle a le visage de ce type.

De ce point de vue bienveillant, même la disco, une musique associée à l'homosexualité, au sexe libidineux et à tout un tas de pratiques dites "déviantes" (comme l'usage forcené de drogues dures) en son temps (il y a trente ans) parait aujourd'hui consensuelle et inoffensive. Tout comme la techno, qui l'a remplacée dix ans plus tard, d'ailleurs, dans l'espace laissé vacant de la transe sonore dégénérée. Si la disco a disparu en tant que mœurs c'est avant tout qu'elle s'était fait des ennemis (les punks, les rockers, les intellectuels, les ouvriers, etc) et que de part son aspect esthétique, elle ne pouvait représenter un mode de vie, et encore moins, à l'opposé de la techno (qui elle a su perdurer à travers les décennies) ne disposait-elle d'un attrait intemporel, futuriste, que l'électronique de la techno et de la house, bien plus poussées que celle de la disco, permettaient d'atteindre.

La techno pouvait ainsi évoluer sans cesse par le biais de la technologie et ne jamais s'enliser. Il y a cependant un autre aspect de la techno qui explique sa survie : son âge. Née au crépuscule des années 80, elle a su récupérer la déviance propre à la disco (consommation de drogues dures, lien étroit avec les mouvements homosexuels, transe abrutissante, danse, sexe et même une nouveauté : les rassemblements secrets en rase campagne ou en banlieue, hors de tout contrôle, que l'on a appelés raves) et ne pas s'en défaire parce qu'au même moment, les années 90 amenaient leur lot de reconnaissance-à-tout-va, d'acceptation bienveillante sans compromis, de valorisation de la différence et de la jeunesse. Certes les drogues étaient encore mal vues par la communauté mais l'homosexualité, la jeunesse, la rébellion, et même les looks horribles qui faisaient alors fureur chez les ravers, tout ça fut "accepté". On créa même une Techno Parade en France. Et puis une Gay Pride. La messe était dite : la techno ne mourrait pas de causes naturelles, la société l'ayant branchée sur respirateur artificiel, et la déviance de se fondre dans le moule.

Au milieu des années 90, la banalisation de la techno était déjà effective.

Aujourd'hui, les jeunes gens en mal de mal-danse et de mal-transe n'ont plus beaucoup d'alternatives. La techno ne crée rien de très intéressant en dehors de quelques disques intellectualisants dont le beat sert moins la cause d'un mouvement que celle d'une pensée. Le dubstep est en fin de vie et n'a jamais été aussi internationalement reconnu comme une (d/tr)anse viable que ses illustres ainés, alors que reste-t-il ?



Les derniers amateurs de transe de qualité semblent venir en grand nombre d'un métissage de la musique électronique, que cela soit avec la synth pop (pour les plus cotonneux d'entre eux, comme Le Révélateur, Mountains, ou autres descendants de Tangerine Dream), le psychédélisme (The Oscillation, The Black Angels, etc) ou pour les plus radicaux, du post-punk, et surtout dans la veine du funk électronique industriel chère à Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle.

C'est le cas, vous l'aurez compris, de Factory Floor, quatuor londonien qui monte qui monte, et que C'est Entendu n'avait déjà pas manqué de mentionner il y a bientôt un an, sur le Peu Importe Vol. 3, notre compile défricheuse de fin d'année.

Après un EP et quelques sorties très souterraines, le groupe a publié fin 2010 un album de quatre longues pistes électro-industrielles (+ une vidéo d'une heure) et a enchainé en 2011 avec de nombreux concerts (dont Dour, l'ATP...). Impossible de savoir si ces musiciens, qui ne semblent pas vraiment du genre à être des renards de studio ou de prolixes bâtisseurs, vont aller beaucoup plus loin que ces quatre morceaux, dont trois sont de puissantes transes électro-industrielles addictives, mais ils ont réussi à créer quelque chose d'aussi prenant que leurs ainés post-punk, d'aussi remuant que de la techno et de fondamentalement déviant. Reste à savoir si amener plus loin cette transe-là ferait sens ?


Joe Gonzalez

mardi 1 novembre 2011

[Vise un peu] Circle of Ouroborus — Eleven Fingers

Nitsuh Abebe (*) posait une question toute simple et apparemment sans grande conséquence à la fin de l'une de ses critiques : « Préférez-vous écouter quelque chose d'"intéressant" ou quelque chose de "bon" ? ». À choisir, comme on ne trouve pas des chefs d'œuvre tous les jours, préférez-vous écouter des "valeurs sûres", des groupes qui fournissent des albums de qualité même s'ils ne brillent pas toujours par leur originalité, ou explorer des bizarreries qui recèlent d'idées à creuser et ouvrent des territoires inconnus malgré une qualité parfois plus inégale ?

Posez-vous maintenant une autre question : qu'est-ce qui fait qu'un disque mérite d'être discuté ? Tout bon disque classique dans la forme est-il forcément intéressant au point de mériter de longues dissertations ? Tout disque original n'est-il pas, en quelque mesure, bon à présenter ?

Aussi le disque dont je vais vous parler a du mal à me convaincre, et pourtant il mérite mon attention. "Eleven Fingers" est un disque hybride, un mélange de black metal et de post-punk… dont l'agressivité semble diluée dans une production non pas brute de décoffrage et/ou bruitiste (comme souvent dans le black metal), mais floue au possible : la voix et tous les instruments semblent lointains, noyés dans un effet qui résulte en un magma sonore à évolution aussi lente que la batterie est léthargique. C'est un peu comme comater sur son lit après avoir pris des analgésiques puissants tout en entendant un concert lointain ou des voisins qui écoutent un disque, sans arriver à discerner précisément le genre musical en question.


(Warpath)

Pour cette raison, les pistes sont difficiles à appréhender aux premières écoutes : on n'y distingue rien clairement, au point qu'on peut écouter tout l'album sans n'en retenir rien à part une vague impression. Ça n'est pas ça qui m'arrête en principe : j'aime les productions qui présentent une résistance à l'auditeur, du moins quand elles sont justifiées ou intéressantes — le noise rock, le shoegaze, le black metal ont la plupart du temps toute mon approbation avec leurs bruitismes rugueux auxquels il faut se frotter pour en dégager les chansons, leurs jungles sonores surabondantes, dans les meilleurs des cas écrasantes et sublimes. Mais sur "Eleven Fingers", l'effet est à l'opposé et semble aller directement à l'encontre des compositions : le nihilisme et le désespoir se mettraient presque à ressembler à de la douce paresse, l'agressivité est enfouie sous une impression de langueur. Ce qui peut être carrément frustrant (je ne vais pas vous le cacher, j'ai parfois eu l'impression que la production gâchait tout et j'aurais bien aimé écouter les pistes avec un autre son — soit plus clair, soit plus agressif), mais fait indéniablement partie de l'esthétique du disque… et finit par faire sens.

Du moins en partie. Lors des premières pistes, on se rend compte que les deux genres mélangés par les Finlandais ont plus de points communs qu'on ne pourrait le croire, et seules certaines mélodies évidentes ne semblent appartenir qu'à l'un des deux genres. (À vrai dire, le seul passage qui fait réellement metal est le solo sur Shadows Lead.) Mais ces pistes-là n'ont quasiment aucune cohérence avec le son du disque, deviennent lourdingues au fil des écoutes et ce n'est qu'à partir de la quatrième piste qu'"Eleven Fingers" dépasse le stade de la simple curiosité : Staining the Paper to Create pourrait se décrire comme du black metal/post-punk qui serait isolationniste à la manière d'un sous-genre de l'ambient, le mal-être du chanteur émane tout droit d'un son d'outre-tombe que l'on imagine provenir d'un Styx embrumé, le son est distant et pourtant enveloppe l'auditeur. C'est la piste la plus courte de l'album mais c'est aussi celle qui m'a donné envie de persévérer (si elle avait été comme les trois premières, j'aurais jeté l'éponge). La deuxième moitié de l'album a des tempos plus lents, des allures plus mélancoliques, moins agressives malgré la voix du chanteur, et acquiert une certaine beauté sur Magenta Chambers. L'osmose commence à se faire, le sentiment de brouillard sonore, narcotique et doucement toxique que diffuse ce disque finit presque par convaincre… presque.

Car le disque reste trop inégal, trop poussif, les mélodies et les voix se ressemblent un peu trop souvent — et on peut trop souvent voir dans le son inhabituel du groupe un gimmick superficiel, un écran de fumée (qui a poussé certains critiques à crier au génie, d'ailleurs) voire un cache-misère sur la première moitié du disque. Une seconde moitié plus réussie ne suffit pas à faire un bon album. Dommage : il y avait de l'idée… juste assez pour que j'aie peut-être envie d'y revenir, une fois de temps en temps. Sans me repasser l'album en entier. Reste à voir maintenant si quelqu'un d'autre n'avait pas eu une idée similaire mais mieux réalisée…


— lamuya-zimina



(*) : Nistuh Abebe est critique musical au sein d'un webzine américain tellement connu qu'on ne le présente plus (oui, ce webzine-là)

lundi 12 septembre 2011

[Réveille Matin] Public Image Ltd. — Death Disco (a.k.a. Swan Lake)

Pas toujours facile, quand on n'a pas vécu une certaine période, de s'imaginer le climat qui y régnait. Et si cours (*) et/ou livres restent sans doute irremplaçables pour connaître les faits (je ne sais jamais quelle confiance accorder aux films historiques et autres histoires romancées), j'ai toujours gardé un souvenir bien plus marquant des médias de l'époque pour avoir une idée de son atmosphère.

Pendant longtemps, à part deux ou trois albums sans liens entre eux et quelques singles universellement connus que je situais vaguement dans ces eaux-là, la fin des années 70 ne m'ont pas évoqué grand chose. Il m'aura fallu plusieurs chocs musicaux pour me rendre compte que ces années — entre la fin de la guerre du Vietnam et le début des années Thatcher — n'étaient pas que "Never Mind the Bollocks", "Low" et "Heroes", Y.M.C.A et Stayin' Alive ; c'était aussi les premiers albums — plus glauques, flippants et déprimants les uns que les autres — de Suicide, Throbbing Gristle, Joy Division et Jandek pour ne citer qu'eux. (Sans oublier "The Wall" de Pink Floyd, les morts de Nancy Spungen et Sid Vicious, et la naissance du post-punk.)


Il peut être surprenant d'apprendre qu'une piste telle que Death Disco de Public Image Ltd. a réussi à figurer au hit-parade et sur le plateau de Top of the Pops en 1979. Le single finit à la vingtième place en Grande-Bretagne — ce qui n'était pas assez pour battre les Bee Gees, bien sûr, mais pour une chanson post-punk avec des paroles telles que "Watch her slowly die / Saw it in her eyes / Choking on a bed / Flowers rotting dead", que John Lydon avait écrit à sa mère victime du cancer, c'était quand même pas mal.

Ces percussions et cette ligne de basse dansantes (sans doute est-ce pour cela que la piste a eu du succès ?) sur la voix tremblante et en tourment perpétuel de Lydon ont créé une sorte de hit empoisonné, aussi accrocheur que déprimant, et ce n'est pas le rappel de la mélodie mélancolique du "Lac des Cygnes" de Tchaïkovsky qui apaise les choses. La chanson mérite parfaitement son titre en tout cas (pourquoi s'appelle-t-elle Swan Lake sur la "Metal Box" ?) : une danse macabre, le son d'un dernier souffle qui ne veut pas s'arrêter, quand l'âme est au bout du rouleau mais que le corps continue de bouger.

Ça a dû être une drôle d'époque.


— lamuya-zimina


(*) Dans mes souvenirs du collège et du lycée : cinq cours sur la première guerre mondiale, cinq sur la révolution industrielle, cinq sur la seconde guerre mondiale et plein de trous de mémoire à côté. Des heures passées à s'ennuyer et à dessiner des calamars de l'espace, des sorcières des forêts, des astronautes naïfs et des dieux-escargots dans les marges. Soit autant de lacunes au final que de caries dans la bouche de Johnny Rotten avant son opération.

vendredi 2 septembre 2011

[Vise un peu] Sons & Daughters - Mirror Mirror

En 2011 il est sans doute futile que de continuer à suivre des groupes que l'on savait mineurs et voués à s'essouffler stylistiquement à grande vitesse dès leurs débuts. Cependant, appelez-ça de l'attachement sentimental, ou bien un manque de courage mais je ne suis pas parvenu à totalement me désintéresser de Sons & Daughters. Pourtant il y a eu de quoi. Lorsque ces anglais se sont fait connaitre en 2004 alors qu'ils tournaient avec Franz Ferdinand, ils avaient déjà enregistré leur meilleur disque, le mini-LP "Love the Cup" (2003) et probablement leur meilleure chanson (Johnny Cash). Adele Bethel, la chanteuse, avait quitté l'une des incarnations d'Arab Strap avec le batteur David Gow pour former un quatuor ne surfant sur aucune vague en particulier et batissant ses chansons sur la tension des voix chargées de phéromones de Bethel et du chanteur Scott Paterson. La formule n'a d'ailleurs jamais varié d'un pouce. Avec ce genre de groupe ce qui compte avant tout ce sont les chansons. Si les chansons vont tout va. Le premier véritable album chez Domino, "Repulsion Box" (2005) n'allait pas bien loin et bâtissait sur la même recette mais il contenait de bonnes chansons et le travail était fait. A l'inverse, le suivant, "This gift", était médiocre, tout en conservant les mêmes caractéristiques. Alors quoi de neuf sur ce quatrième album ?


(Breaking Fun)

Oh rien de spécial. Quelques effets de style intéressants, oui, qui lorgnent vers le début des années 80. On croirait entendre une version tous publics de Siouxsie & the Banshees sur certains titres. L'introduction, Silver Spell, est limite un rip off de John Carpenter, avec pour tout habillage une boite à rythme inquiétante et un synthé insistant. Adele et Scott étant moins nerveux qu'auparavant, il arrive que leur chant combiné rappelle vivement celui des Kills (Rose Red), le minimalisme d'une partie des morceaux aidant (Ink free). Ces velléités post-punk (voire gothiques) encore plus affirmées qu'auparavant poussent le groupe sur un terrain où ils n'ont jusque là pas excellé puisque leurs meilleures chansons étaient des popsongs remontées et efficaces, mais c'est pourtant lorsque les gimmicks empruntés au passé (la guitare crissant au début de Rose Red rappelle Eno, voire Bauhaus, celle de The Model rappelle The Cure) que le groupe est le plus convaincant. Comme la révélation que les timbres vocaux (un minimum) ténébreux de ses chanteurs destinaient depuis longtemps Sons & Daughters à suivre cette voie. Comment alors conjuguer ces éléments, relevant d'une certaine ambition (de recyclage, apparemment), avec la formule usitée depuis des lustres ? Même habillées de répliques des bijoux que l'on portait il y a déjà trente ans, les chansons continuent de suivre le même genre de ligne directrice très simple, le couplet/refrain avec accroches, sans apporter rien de neuf. On finit par conséquent par ne plus savoir sur quel pied danser. Les popsongs les plus réussies (Breaking fun en tête, menée par la voix de Scott Paterson, laquelle est probablement la raison pour laquelle j'écoute encore ce groupe) ne semblent pas coller totalement à l'univers ambitionné et le métissage étant ici rarement heureux (le fiasco Axed actor), ce sont réellement les morceaux les plus jusqu'au-boutistes, les plus minimaux, qui sont les plus intéressants, soit Ink free et Silver spell.

Que cela soit un effet secondaire post-The XX ou simplement l'ordre naturel des choses, "Mirror Mirror" est un disque pas vraiment déplaisant, plutôt confortable, et ces musiciens ont probablement les albums qu'il faut dans leur discothèque, mais à moins de vainement espérer qu'un jour les qualités du quatuor (la voix de Scott Paterson) ne soient exploitées à meilleur escient, il n'y a pas grand intérêt à croire en Sons & Daughters, ni aujourd'hui, ni probablement la prochaine fois.


Joe Gonzalez

jeudi 14 avril 2011

[Fallait que ça sorte] Cabaret Voltaire - Three Mantras

Cabaret Voltaire fait partie de ces noms qui deviennent vite incontournables à partir du moment où l'on s'intéresse un peu à la musique industrielle et/ou au post-punk.

Le groupe de Sheffield, qui tire son nom du fameux lieu de naissance du mouvement Dada à Zürich, a acquis sa renommée grâce à des pistes à la fois dansantes et glauques, répétitives et nihilistes, sublimées par une voix agressive, souvent embourbées dans un son carrément vaseux et des paroles souvent inintelligibles. Selon votre sensibilité, ces morceaux "classiques" du groupe (dont le style a beaucoup évolué par la suite : leur dernier album, "The Conversation", est de l'ambient techno qui n'a plus rien à voir avec les débuts) peuvent être de vrais tubes ou des bouillies informes quasi-inécoutables.

L'un des albums majeurs du groupe est "Red Mecca", une réussite du début à la fin, entre la dissonance déstabilisante d'A Touch of Evil, le rythme accrocheur et presque relaxant de Landslide, la tension irrésolue répétée sur dix minutes d'A Thousand Ways, et les tubes incisifs et rythmés que sont Red Mask et Spread the Virus ; si vous ne connaissez pas encore le Cabaret, c'est sans doute par là qu'il faudrait commencer…


(Red Mask, sur "Red Mecca")

… mais l'EP dont il est question aujourd'hui, s'il est un peu moins représentatif du son "classique" du groupe et reste relativement difficile d'accès, est aussi particulièrement intéressant — et pas seulement au niveau des sons et des chansons, mais aussi vis à vis de la structure du disque et de son concept. Publié en 1980 sur le label Rough Trade, "Three Mantras" est composé de deux pistes de vingt minutes (une sur chacune des faces du vinyle), quasi-opposées, complémentaires, chacune donnant l'impression de pouvoir continuer indéfiniment, et respectivement intitulées Western Mantra et Eastern Mantra. Ou Eastern Mantra et Western Mantra (*)

Western Mantra est basée sur un beat rapide particulièrement entraînant, accompagné d'une basse efficace ; des voix à demi paniquées répètent des mots aussi difficilement intelligibles que d'habitude (on comprend au moins "Signal of a symptom / soon to be exhausted"), d'autres sons voguent presque en roue libre par-dessus, avec une mélodie synthétique au son acide accrocheuse qui rend la piste carrément dansante — si ce n'est que les sons utilisés donnent l'impression d'être dégradés, usés, laissant imaginer une machine effrénée qui tournerait inlassablement, un système qui aurait dégénéré depuis longtemps et serait devenu inarrêtable.

L'Eastern Mantra, quant à lui, est beaucoup plus étrange : des paroles déformées sont répétées inlassablement au premier plan alors que le morceau semble tour à tour enfler puis désenfler, empreint d'une sorte de respiration régulière presque inquiétante — sur lequel se superposent divers instruments (une percussion à l'arrière-plan, beaucoup moins "mécanique" que sur l'autre piste) et des enregistrements de voix et de chants… C'est la face à la fois la plus "humaine" et la plus dérangeante (l'image qui me viendrait en tête à l'écoute de cette "chanson" serait celle d'un homme dans un état second déambulant à travers une ville mais se sentant complètement détaché d'elle, perdu dans ses pensées, incapable de se libérer de ces voix obsédantes, de ce trouble intérieur).

Les deux faces sont aussi ambivalentes que réellement hypnotiques, et peuvent toutes deux amener à une sorte de transe, chacune d'une manière différente (presque opposée). Quant à l'interprétation que l'on peut faire de chaque "mantra", elle est en fin de compte aussi subjective que subvertie par le doute quant au titre des pistes… et par le titre du disque.

"Three Mantras", par certains aspects, est une énigme : y a-t-il une symbolique, un sens à ces morceaux (un monde "occidental" et un monde "oriental", qui fonctionneraient selon différents rythmes et tourneraient selon leurs propres codes à l'infini) ? Où est, ou qu'est le "troisième mantra" annoncé par le titre ? Pourquoi cette confusion au niveau des titres des pistes ? Toujours est-il que ce disque est une belle réussite, troublante, dansante et intéressante à la fois ; l'un de ces EPs qui, s'ils ne sont pas des disques aussi variés et "majeurs" que des albums, sont de petits bijoux parfaits en leur genre.


— lamuya-zimina


(*) : Le disque n'indique pas clairement quelle piste est le Western Mantra ou laquelle est l'Eastern Mantra, ce qui donne lieu à une certaine confusion… Personnellement, je fais plus confiance aux notes qui indiquent la présence d'enregistrements du marché de Jérusalem sur l'Eastern Mantra (que l'on entend sur la seconde piste de l'édition CD) qu'au fait que l'Eastern Mantra soit indiquée en premier au dos de la pochette. La confusion est-elle volontaire ? Allez savoir… À noter que, sur l'édition vinyle, il n'y a aucune indication permettant de distinguer une face de l'autre.

mercredi 27 octobre 2010

[Fallait que ça sorte] Lydia Lunch — Queen of Siam

Lydia Lunch… si vous ne la connaissez pas déjà, vous avez sans doute déjà entendu parler d'elle quelque part ; sinon par ses albums solo, peut-être par son groupe no wave Teenage Jesus and the Jerks (présent sur la fameuse compile “No New York” de Brian Eno), peut-être encore par ses collaborations avec Sonic Youth, Einstürzende Neubauten, Nick Cave, Omar Rodriguez-Lopez, J.G. Thirlwell (Foetus), j'en passe et j'en oublie, peut-être enfin par ses livres, ses films, ses photos..? Je vais être honnête avec vous, je serais bien incapable de vous dresser un panorama de sa carrière tentaculaire.

Et puis, je dois vous avouer que je n'accroche pas à tout ce que j'ai entendu d'elle. Teenage Jesus and the Jerks, vous aimez ? Oui ? Non ? Peu importe, “Queen of Siam” n'a rien à voir !


Ne vous fiez pas trop aux pochettes (presque toutes kitsch) qui montrent Lydia en train de faire la moue habillée de cuir, allongée (aguicheuse ?) sur un canapé dans une salle enfumée ou en ondine nue dans un lac au milieu de nénuphars ; “Queen of Siam”, le premier album solo de Lydia Lunch, ressemble davantage à un disque écrit et chanté par une adolescente gothique surdouée qu'à un album véritablement sulfureux et sensuel*. Lydia y joue les droguées en psalmodiant d'une voix indolente sur Mechanical Flattery et Blood of Tin, les suicidaires sur une reprise de la célèbre Gloomy Sunday, les allumeuses sur Lady Scarface ou les ados insouciantes qui cherchent l'amourette le jour d'Halloween sur Spooky. Les mélodies et sonorités donnent à l'album une ambiance de cabaret jazzy, un peu sombre, parfois un peu dissonante (Tied and Twist), mais “Queen of Siam” est un album plus facétieux que véritablement torturé, faisant preuve d'une certaine légèreté et même d'un certain humour (cf. Carnival Fat Man, saynète comique malgré ses airs de freak show bizarre).


(Mechanical Flattery)

Le disque n'en est pas superficiel pour autant ; au contraire, Gloomy Sunday (judicieusement placée en deuxième piste) est aussi triste et touchante que l'on pourrait s'y attendre, et l'album sonne en réalité parfois comme un journal intime, avec ses moments de désespoir et d'amusement, ses références et ses visions personnelles. La légèreté de ton sur certaines pistes, dont je parlais auparavant, empêche justement l'album de tomber dans une noirceur trop solennelle ou dans un pathos larmoyant ; et la voix de Lydia sur ce disque, juvénile et imparfaite (parfois même carrément fausse), rend cet album véritablement attachant.


(Lady Scarface)

“Queen of Siam” est un album certes court (une demi-heure) mais rempli de qualités, plus facile d'accès mais pas moins intéressant que d'autres disques de Lydia Lunch ; si vous cherchez de bons disques à écouter pour Halloween, en voilà un !


— lamuya-zimina


* Lydia Lunch a aussi fait des disques sulfureux et sensuels.

mercredi 25 février 2009

[45 Tours] Magazine - The light pours out of me (1978)

Je suis un être plein de contradiction. Aussi ai-je attendu de vous avoir récapitulé l'ensemble des catégories d'articles, existantes et à venir, pour très vite en créer une nouvelle.
Ne vous en faites pas, rien de très compliqué, et cela risque même de devenir un type d'articles assez courant: il s'agit de vous proposer un single - ou 45 tours comme l'on disait jadis, avant que cela ne devienne "CD 2 titres" dans les années 90 puis "singôle" depuis quelques temps - via son clip, et de vous en toucher deux mots.
Je sens venir des questions, mais comme vous êtes encore timides sur les commentaires, je vais me la jouer précog et anticiper:

"Comment choisis-tu les singles ?"
>> Facile, ce seront les morceaux qui hantent régulièrement la caverne humide qui me sert de caboche. Par ailleurs, ce ne seront que des chansons poussiéreuses, souvent issues des années 70 et 80 (mais aussi des 60's et 90's, mais moins).
"Quel intérêt pour nous ?"
>> Ça vous fera une culture musicale ! (bam dans les dents)
" Et s'il n'existe pas de clip ?"
>> Dans ce cas, je vous la chanterai, non mais ça va aller, oui ?

On commence donc, tout de suite, avec une chanson issue du premier album de Magazine, groupe pionnier du mouvement post-punk en Angleterre, avec à sa tête un intellectuel au look glam ténébreux, Howard Devoto.
On est en 1978, Devoto explique en partie la "pulsion négative" qui le fait mener sa barque depuis qu'il a quitté les Buzzcocks, et cette lumière qui sort de lui, c'est à l'en croire la créativité issue d'une négativité emplie d'amour (noir)... euh...

The Light Pours Out Of Me: