C'est entendu.
Affichage des articles dont le libellé est Public Image Ltd.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Public Image Ltd.. Afficher tous les articles

lundi 12 septembre 2011

[Réveille Matin] Public Image Ltd. — Death Disco (a.k.a. Swan Lake)

Pas toujours facile, quand on n'a pas vécu une certaine période, de s'imaginer le climat qui y régnait. Et si cours (*) et/ou livres restent sans doute irremplaçables pour connaître les faits (je ne sais jamais quelle confiance accorder aux films historiques et autres histoires romancées), j'ai toujours gardé un souvenir bien plus marquant des médias de l'époque pour avoir une idée de son atmosphère.

Pendant longtemps, à part deux ou trois albums sans liens entre eux et quelques singles universellement connus que je situais vaguement dans ces eaux-là, la fin des années 70 ne m'ont pas évoqué grand chose. Il m'aura fallu plusieurs chocs musicaux pour me rendre compte que ces années — entre la fin de la guerre du Vietnam et le début des années Thatcher — n'étaient pas que "Never Mind the Bollocks", "Low" et "Heroes", Y.M.C.A et Stayin' Alive ; c'était aussi les premiers albums — plus glauques, flippants et déprimants les uns que les autres — de Suicide, Throbbing Gristle, Joy Division et Jandek pour ne citer qu'eux. (Sans oublier "The Wall" de Pink Floyd, les morts de Nancy Spungen et Sid Vicious, et la naissance du post-punk.)


Il peut être surprenant d'apprendre qu'une piste telle que Death Disco de Public Image Ltd. a réussi à figurer au hit-parade et sur le plateau de Top of the Pops en 1979. Le single finit à la vingtième place en Grande-Bretagne — ce qui n'était pas assez pour battre les Bee Gees, bien sûr, mais pour une chanson post-punk avec des paroles telles que "Watch her slowly die / Saw it in her eyes / Choking on a bed / Flowers rotting dead", que John Lydon avait écrit à sa mère victime du cancer, c'était quand même pas mal.

Ces percussions et cette ligne de basse dansantes (sans doute est-ce pour cela que la piste a eu du succès ?) sur la voix tremblante et en tourment perpétuel de Lydon ont créé une sorte de hit empoisonné, aussi accrocheur que déprimant, et ce n'est pas le rappel de la mélodie mélancolique du "Lac des Cygnes" de Tchaïkovsky qui apaise les choses. La chanson mérite parfaitement son titre en tout cas (pourquoi s'appelle-t-elle Swan Lake sur la "Metal Box" ?) : une danse macabre, le son d'un dernier souffle qui ne veut pas s'arrêter, quand l'âme est au bout du rouleau mais que le corps continue de bouger.

Ça a dû être une drôle d'époque.


— lamuya-zimina


(*) Dans mes souvenirs du collège et du lycée : cinq cours sur la première guerre mondiale, cinq sur la révolution industrielle, cinq sur la seconde guerre mondiale et plein de trous de mémoire à côté. Des heures passées à s'ennuyer et à dessiner des calamars de l'espace, des sorcières des forêts, des astronautes naïfs et des dieux-escargots dans les marges. Soit autant de lacunes au final que de caries dans la bouche de Johnny Rotten avant son opération.

mercredi 31 mars 2010

[Réveille Matin] Public Image Ltd. - Public Image

Bon, on vous l'avoue, même si ça nous arrive d'en parler de temps en temps, le punk c'est pas vraiment notre truc. C'est vrai, quand on met de côté le vernis dont certains ont enduit l'année 1977 en la considérant comme un nouvel an zéro, on se demande franchement si derrière le coup de pied au cul annoncé, il y a de vraies idées ou seulement une musique un brin passéiste qui cherche à se faire passer pour ce qu'elle n'est pas. Parlons franchement, "Nevermind the Bollocks," qu'on ne présente plus, c'est sympathique et il y a quelques bons morceaux gueulards à la production un peu lisse, mais c'est quand même difficile à s'enfiler en entier sans aspirine non ? Heureusement, pour tous ceux qui pensent que la voix baveuse et geignarde de Johnny Rotten méritait mieux que ça, ce dernier a eu la bonne idée de se rendre compte que le punk sentait déjà mauvais et de saborder son propre groupe tout en envoyant balader leur manager Malcolm McLaren. Entouré de deux amis animés par une passion commune pour le reggae et par le projet un peu cinglé d'un groupe en forme de SARL et dont il se faisait déjà une idée bien précise du son, Rotten redevenu John Lydon fonde alors Public Image Ltd.



(Public Image Ltd. - Public Image)


Même si on met d'ordinaire plus en avant le second album du groupe, "Metal Box," qui correspond davantage au projet initial de Lydon (ce qui le rend du même coup très difficile d'accès), le premier album éponyme qui sort en 1978 est une tentative réussie d'emmener plus loin le punk. En réalité, l'album sonne parfois comme le punk aurait toujours dû sonner, et c'est flagrant sur le morceau Public Image, moment de bravoure rageur mais lumineux porté par un riff de basse minimaliste joué sur des cordes distendues. La guitare brillante de Keith Levene, loin des textures tranchantes et dissonantes qui feront plus tard le style du groupe, semble occuper tout l'espace sonore et s'élève peu à peu en mélodies pures et euphorisantes, alors même que Lydon hurle sa paranoïa comme un possédé ("The public image belongs to me/It's my entrance, my own creation, my grand finale, my goodbye") avant d'envoyer tout balancer d'un coup sec une dernière fois dans ce qui sonne comme un adieu à son personnage incontrôlable de Johnny Rotten.


Thelonius.