C'est entendu.
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mercredi 4 janvier 2012

[Vise un peu] Réflexes et Réflexions, une cartographie de la musique électronique et électroacoustique en 2011, Troisième Partie

James Ferraro - Far Side Virtual

Le moins étonnant de la part de cet ex-membre du duo The Skaters (spécialiste des drones et bruits en tous genres), c'est qu'il ait aisément déniché un public de niche (*) pour sa musique, parce qu'en dehors de ça, il eut été balaise d'anticiper le style qui serait le sien avec ce nouvel album. "Far Side Virtual" repose sur l'idée selon laquelle il est possible de créer une musique viable à partir de samples exclusivement tirés de bandes sonores de logiciels d'usage commun (Skype, Windows, etc) et surtout de la franchise vidéoludique The Sims. Le résultat est un objet kitsch à la limite du tangible, une pièce pour laquelle le metteur en scène n'aurait pas dirigé des acteurs mais des cartes Panini, des idées, des sons imaginaires, un objet virtuel post-moderne.




(Écoutez l'intégralité de "Far Side Virtual")

Outre l'évidence de la critique (ou plutôt constatation) du tout-digital/tout-virtuel, on hésite entre interpréter la musique résultante (une chaine de collages plus ou moins réussis) comme une bonne blague ou plutôt comme une sérieuse tentative de dépasser le concept et d'atteindre une respectabilité new-new-age. Tout bisounours que soient les morceaux, il leur arrive de toucher à quelque chose d'étonnamment palpable, compréhensible, voire de vivant. Une invraisemblable chimie concrétisée à partir de trois fois rien, et qui à elle seule vaut que l'on ne traite pas Ferraro comme un simple publicitaire en quête de reconnaissance. Raisonnablement, cet élan compositionnel ne déchainera pourtant aucune foule, même une foule de niche, tant on a l'impression passées quelques pistes de tourner en rond (ce qui fait probablement partie du dessein conceptuel de Ferraro). On se prend alors à repenser aux compositions d'il y a quelques semaines de Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), dont la visée était analogue mais qui se révélaient bien plus émouvantes, complexes et travaillées. De la différence entre un compositeur et un petit malin.


Joe Gonzalez










Rustie - Glass Swords

Une chose est sûre, Warp ne se laisse pas vieillir. Le label anglais ne manque jamais de nous servir de belles sorties mais cette année, il aura proposé, avec Rustie, un étalon de la musique électronique à tendance populaire. Oubliez le concept d'intelligent dance music (ou "idm", un terme qui a plus ou moins été défini par les premières sorties du label, il y a plus de vingt ans), il n'y a rien d'intelligent dans la dance électronique de Rustie, c'est un amas de couches plutôt grasses de sons plutôt gras, un bouillon de culture dont la recette barbare avait déjà été testée par d'autres (Hudson Mohawke, en 2009 sur le même label, par exemple) et que certains critiques (Simon Reynolds le premier) ont définie comme du "maximalisme digital". Le terme est approprié pour décrire cette tambouille sonore faite de bric et de broc synthétiques empilés jusqu'à plus soif comme dans une bataille sans relâche contre le silence.


(Ultra Thizz)

Saluer le mouvement (quelle que soit sa direction) n'exclut pas d'en critiquer les atours et force m'est de constater que le maximalisme (en général) fait rarement bon ménage avec l'idée de violence qui me semble nécessaire pour qu'un mouvement ne soit pas qu'une mode. La critique par la surenchère du monde digital nous entourant (telle que peut la proposer James Ferraro) ne semble pas être ce qui sous-tend "Glass Swords" et le premier degré de cette avalanche de sons tous plus écoeurants les uns que les autres, toute tournée vers l'avant qu'elle soit, m'apparait davantage comme un exercice de style intéressant que comme une passionnante direction à suivre. Une fois l'intérêt clinique dissipé, il ne reste malheureusement plus qu'un monstre sonique en perpétuelle mutation, dont la durée de vie ne dépassera pas le stade de l'éphémère curiosité.


Joe Gonzalez








Tenkah - Feddy EP

Tout a commencé avec le duo The Noizy Kids (deux jeunes du Sud de la France) qui s’est finalement séparé fin 2009 pour donner naissance à Tenkah, autour du membre restant Joan Laudric. Cela fait quelque temps déjà que Tenkah a commencé à faire parler de lui sur la toile, en particulier grâce à des remixes de Radiohead ou Mondkopf. Après "Stalingrad" et "The Walk", il démontre à nouveau son talent avec "Freddy", un nouvel EP dont le bel artwork est signé LeBureau92.

Disons-le tout de suite, Nocturne est le morceau essentiel de l’EP. Violons et piano offrent un préambule orchestral du plus bel effet, avant que les beats ne viennent frapper avec force et explosent en éclats de verre. Tenkah cisèle et martèle une électronica puissante et céleste, glitchée, flirtant souvent avec l’IDM.


(Nocturne (Original Mix))

Vient ensuite Freddy avec le chanteur Loris, un morceau abouti, qui ajoute une tonalité hip-hop à l’ensemble. Après une version instrumentale de Freddy ce sont cinq remixes bien ficelés qui achèvent l’EP. L’un sort clairement du lot, le dernier, par le bordelais Mindthings, qui s’empare du morceau éponyme pour le transporter vers une electronica profondément onirique. Tenkah offre ses morceaux en téléchargement libre, qui plus est. Allez jeter une oreille sur son Soundcloud, et arrêtez-vous par exemple sur Harmonie, petit bijou urgent et bouillonnant taillé pour la piste de danse.


Aurélie Scouarnec







BONUS : Le sixième et dernier volet des compilations Origami Sound est en téléchargement libre depuis novembre dernier. Le premier morceau de Borealis (Jesse Somfay) est un diamant d’électronica glacée et rythmée par les résonances d’un électrocardiogramme. Magie.



(*) : nommément les amateurs de neuf à tout prix, et par exemple la rédaction de The Wire.

mercredi 2 novembre 2011

[Réveille-Matin] Factory Floor - A wooden box

A (chaque) génération dégénérée, musique dégénérée. Le mot n'est peut-être pas juste, il faudrait peut-être plutôt dire "déviant" et l'expliquer en précisant que le chemin tracé duquel les musiciens concernés aiment à dévier est celui de la morale judéo-islamo-chrétienne plus ou moins bien pensante et politiquement correcte qui régit le "Bien" (et la poursuite du Bonheur) depuis au moins deux ou trois cents ans, maintenant.

Aujourd'hui, la disco est un Bien rétromaniaque de plus, et elle a le visage de ce type.

De ce point de vue bienveillant, même la disco, une musique associée à l'homosexualité, au sexe libidineux et à tout un tas de pratiques dites "déviantes" (comme l'usage forcené de drogues dures) en son temps (il y a trente ans) parait aujourd'hui consensuelle et inoffensive. Tout comme la techno, qui l'a remplacée dix ans plus tard, d'ailleurs, dans l'espace laissé vacant de la transe sonore dégénérée. Si la disco a disparu en tant que mœurs c'est avant tout qu'elle s'était fait des ennemis (les punks, les rockers, les intellectuels, les ouvriers, etc) et que de part son aspect esthétique, elle ne pouvait représenter un mode de vie, et encore moins, à l'opposé de la techno (qui elle a su perdurer à travers les décennies) ne disposait-elle d'un attrait intemporel, futuriste, que l'électronique de la techno et de la house, bien plus poussées que celle de la disco, permettaient d'atteindre.

La techno pouvait ainsi évoluer sans cesse par le biais de la technologie et ne jamais s'enliser. Il y a cependant un autre aspect de la techno qui explique sa survie : son âge. Née au crépuscule des années 80, elle a su récupérer la déviance propre à la disco (consommation de drogues dures, lien étroit avec les mouvements homosexuels, transe abrutissante, danse, sexe et même une nouveauté : les rassemblements secrets en rase campagne ou en banlieue, hors de tout contrôle, que l'on a appelés raves) et ne pas s'en défaire parce qu'au même moment, les années 90 amenaient leur lot de reconnaissance-à-tout-va, d'acceptation bienveillante sans compromis, de valorisation de la différence et de la jeunesse. Certes les drogues étaient encore mal vues par la communauté mais l'homosexualité, la jeunesse, la rébellion, et même les looks horribles qui faisaient alors fureur chez les ravers, tout ça fut "accepté". On créa même une Techno Parade en France. Et puis une Gay Pride. La messe était dite : la techno ne mourrait pas de causes naturelles, la société l'ayant branchée sur respirateur artificiel, et la déviance de se fondre dans le moule.

Au milieu des années 90, la banalisation de la techno était déjà effective.

Aujourd'hui, les jeunes gens en mal de mal-danse et de mal-transe n'ont plus beaucoup d'alternatives. La techno ne crée rien de très intéressant en dehors de quelques disques intellectualisants dont le beat sert moins la cause d'un mouvement que celle d'une pensée. Le dubstep est en fin de vie et n'a jamais été aussi internationalement reconnu comme une (d/tr)anse viable que ses illustres ainés, alors que reste-t-il ?



Les derniers amateurs de transe de qualité semblent venir en grand nombre d'un métissage de la musique électronique, que cela soit avec la synth pop (pour les plus cotonneux d'entre eux, comme Le Révélateur, Mountains, ou autres descendants de Tangerine Dream), le psychédélisme (The Oscillation, The Black Angels, etc) ou pour les plus radicaux, du post-punk, et surtout dans la veine du funk électronique industriel chère à Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle.

C'est le cas, vous l'aurez compris, de Factory Floor, quatuor londonien qui monte qui monte, et que C'est Entendu n'avait déjà pas manqué de mentionner il y a bientôt un an, sur le Peu Importe Vol. 3, notre compile défricheuse de fin d'année.

Après un EP et quelques sorties très souterraines, le groupe a publié fin 2010 un album de quatre longues pistes électro-industrielles (+ une vidéo d'une heure) et a enchainé en 2011 avec de nombreux concerts (dont Dour, l'ATP...). Impossible de savoir si ces musiciens, qui ne semblent pas vraiment du genre à être des renards de studio ou de prolixes bâtisseurs, vont aller beaucoup plus loin que ces quatre morceaux, dont trois sont de puissantes transes électro-industrielles addictives, mais ils ont réussi à créer quelque chose d'aussi prenant que leurs ainés post-punk, d'aussi remuant que de la techno et de fondamentalement déviant. Reste à savoir si amener plus loin cette transe-là ferait sens ?


Joe Gonzalez

mercredi 28 septembre 2011

[Vise un peu] Emptyset - Demiurge

L'évolution de la technique doit-elle dicter l'évolution de la musique électronique ? Je ne le crois pas. Pas seulement en tout cas. De toute façon, aujourd'hui on peut en faire tellement avec le matériel existant. Ça n'est plus comme dans le temps, lorsque l'apparition d'un nouveau Moog, d'un nouveau Roland, amenait forcément l'émergence d'un nouveau son et par là, d'une nouvelle mentalité. Aujourd'hui il s'agit davantage de conceptualiser les possibilités offertes par la technique. Ou en tout cas je le conçois ainsi, et James Ginzburg et Paul Purgas, deux artistes de Bristol, dans le Sud de l'Angleterre semblent s'accorder à ma vision des choses.

Ne lâchons pas de noms-composés qui fâchent, il ne s'agit pas ici de post-techno. La musique d'Emptyset est une techno qui n'est ni vraiment minimale, ni de l'Intelligent Dance Music. C'est une musique de textures et de sons, introspective et violente, à sa façon. Qu'il convient d'écouter à un volume suffisant pour la ressentir car elle est insidieuse et terriblement facile à comprendre si l'on s'en donne les moyens. "Demiurge" est linéaire et universel, il raconte l'histoire d'une création, de la domestication d'un son naissant (Departure) par l'artiste. Ce son ne sera pas beau, qu'on se le dise, c'est une terre glaise aride et peu commode née du néant et dotée seulement d'une violence réglée. Une non-vie automatisée que l'on pourrait décrire par le terme industriel. Son rythme est semblable à la cadence hachée d'une machine de grande production et les sons qu'elle émet sont a-mélodieux et robotiques, ceux d'un outil (Function), et non pas l'expression humaine d'une psyché. Pourtant, ce paysage inhumain se voit graduellement façonné, et au fil des minutes, la succession imprévisible de 1 bruyants et de 0 d'un silence assourdissant paraissent s'éveiller à un certain degré de conscience, d'intelligence (l'envol se fait avec Plane). A partir de là, un assemblage sonore qui semblait incapable de produire transe, groove ou mélodie prend enfin de l'ampleur et les deux musiciens insufflent à leur création une intelligence et une sensibilité ascendante de la répétition ordonnée qui amène la danse (Point).


(Function)

La créature-objet qu'expose le duo reprend alors temporairement ses droits sur le scénario de développement qui lui est imposé et l'on assiste à un retour non pas à l'animalité de l'être domestiqué mais, puisqu'il s'agit d'une créature de sons, un mécanisme ou une mécanique, à une résurgence de l'automatisme du geste, une "bête" cadence dont l'absence de réflexion impose un bruit assourdissant d'usine (Return). C'est cependant le démiurge, c'est à dire le Créateur (ici l'Homme, ou bien l'Art) qui reprend la main en donnant forme à l'objet de Sa réflexion, une forme tangible, acceptable car discernable (Sphere, puis Structure où l'on a l'impression d'entendre le son changer, se transformer avec violence). Lorsque la créature atteint un degré suffisant de plénitude, elle peut alors s'élever avec confiance et avancer d'un pas lourd et fier, autonome (Tangent). Pourtant, le cœur du discours d'Emptyset se loge dans l'ultime chapitre de leur scénario, Void, où l'on observe la créature de son dériver d'autonome vers automate, un pantin articulé d'un nouveau genre, libéré par le Créateur, libre de n'être rien, rien que rien. Cette dernière piste, volontairement terne, démoralisante, tourne en rond, ne va nulle part et brise tout l'élan pris par le démiurge et sa protégée, comme un symbole fort, peut-être trop naïf, de la nature fondamentalement avilissante de toute domestication d'une création, qu'il s'agisse de la foi meurtrière des hommes, de la démocratie et de son Empire du Bien ou de la propagation d'un son, d'une idée ou d'un style et de son inévitable récupération corrompue subséquente. "Demiurge" raconte une idée, une vie, de son émergence à sa décadence, sans user d'autres mots que quelques titres indicatifs et sans autre medium qu'une série de sons hors de toute idée de mode, d'attractivité ou de gimmick. Des bruits, des silences, une histoire.



(Sphere)

La techno minimale a souvent tendance à capitaliser sur les acquis d'une musique électronique presque centenaire tout en ne se focalisant que sur les trente dernières années de son existence. Ainsi naissent des créations minimalistes, visions personnelles (parfois trop) de ce que l'electro peut être une fois sortie du cadre club. Ce sont souvent de petits tableaux et même lorsqu'ils sont jolis, rarement ceux-là ont-ils valeur de toile de maître. "Demiruge" ne mérite peut-être pas davantage le qualificatif mais l'accomplissement d'Emptyset réside dans la tentative ; la tentative de dépasser le strict cadre du canevas minimal, personnel, petit. Tout comme d'autres artistes de la même génération, Emptyset transcende la création électronique par le simple (mais apparemment hors de la portée du plus grand nombre) fait de s'essayer à une plus ambitieuse peinture. Une œuvre plus large, plus universelle et plus intéressante. Est-ce là encore de la techno ? Je crois que oui. Une techno futuro-situationniste, qui doit autant à Luigi Russolo qu'à Guy Debord et qui propose plus qu'une "simple" musique électronique.


Joe Gonzalez

vendredi 10 juin 2011

[Vise un peu] Kangding Ray — OR

David Letellier est un artiste qui vaut le détour à plus d'un titre. Architecte de formation mais également auteur de nombreuses œuvres plastiques et installations en plus de son projet musical sous le nom de Kangding Ray, chacune de ses réalisations (visuelles, musicales ou les deux) fait preuve d'un minimalisme jamais austère ni dénué de sensibilité : formes géométriques élégantes, rythmes méticuleusement travaillés… un univers qui n'est pas seulement formaliste mais également conceptuel, et où l'humain n'est pas si loin qu'il n'y paraît.


("Altiz", installation audiovisuelle)

Avec une telle esthétique, pas étonnant de retrouver l'artiste sur le label raster-noton, aux côtés d'Alva Noto (cf. anbb), Ryoji Ikeda, COH ou encore Mika Vainio (a.k.a. Ø, de feu Pan Sonic). Les albums de Kangding Ray sont formés de compositions de glitch délicates et parfaitement maîtrisées, loin du sentiment d'aléatoire qu'on peut avoir parfois avec ce genre (à l'origine basé sur des sons d'erreurs mécaniques, électroniques et informatiques), d'une beauté formelle qui ne vire quasiment jamais à l'hermétisme. "Stabil", le premier disque de Kangding Ray, présentait déjà un bel exemple d'équilibre, tout en délicatesse et retenue, avec un son déjà très réussi et original ; le climat d'"Automne Fold" était plus sombre, avec des contrastes plus forts — mais aussi plus mélancolique, et qui comprenait cette fois plusieurs voix, discrètes, chants presque à mi-voix, mais qui sublimaient véritablement les chansons où elles apparaissaient.


(Athem)

Pourtant, même en prenant en compte cette évolution entre les deux albums précédents, "OR" est une surprise. Rien que le titre, en grandes majuscules sur un fond doré, et le concept de l'album (la non-viabilité de la société de consommation à outrance, l'économie qui s'écroule, les systèmes politiques qui ne fonctionnent pas — "OR" est à comprendre à la fois en français, se référant au métal signe de richesse et seul élément chimique à ne pas perdre de sa valeur, et en anglais : la conjonction "ou", suggérant une alternative) annoncent un disque ambitieux, sans détours, voire engagé. Non, je vous rassure, on peut très bien ignorer ce concept à l'écoute — mais la musique d'"OR" est effectivement plus affirmative qu'avant, et même aggressive, là où les deux albums précédents ne mettaient pas un son plus haut que l'autre (ou alors quelques nappes sur "Automne Fold"). Ici, les percussions sont au premier plan, parfois dansantes mais surtout percutantes ; ce sont elles qui mènent l'album, même si la finesse des compositions des deux premiers albums est toujours là. Quant aux voix, elles sont toujours là mais paraissent nettement moins prédominantes que sur "Automne Fold" (alors qu'il y en a autant sinon plus — à noter que Pruitt Igoe, sorti l'année précédente sous forme d'EP, est ici présente sous forme différente, plus atmosphérique et avec plus de chant ; plus réussie aussi, à mon avis). On est ici plus proche de certaines formes de techno que du glitch ; "OR" est un disque presque explosif, cru, radical.


(Or)

Pourtant, après la piste-titre (le point de bascule et l'apogée de l'album), Mirrors superpose des nappes plus ou moins bruitistes et abandonne presque les beats ; contrairement au début où tout semble en violence et en construction, la fin d'"OR" est plus évocatrice d'une certaine déliquescence et — à nouveau — d'une certaine mélancolie, mais d'une mélancolie plus proche d'un sentiment de manque, d'érosion, que du sentiment de beauté fragile et humaine qui habitait "Automne Fold". Le changement est subtil (et peut-être est-ce moi qui interprète à tort ; peut-être aussi à cause de l'influence de l'EP Pruitt Igoe, où les mixes étaient intitulés respectivement Rise, Remodel, Fall et Demolition — "Pruitt-Igoe" étant le nom d'un projet d'habitation ayant dégénéré très rapidement et qui fut détruit après à peine vingt ans). Mais les mélodies ont plus de place à la fin (cf. Leavalia Scheme), tout comme les voix (cf. Coracoid Process), et même quand les percussions reviennent au premier plan sur Monster, elles sont plus lentes et accompagnées d'une certaine étrangeté — et se font éparses sur le final, La Belle, qui semble érodée, usée, venant de loin. Et tout le long, ces percussions finissent par rappeler des coups de marteau — qui construisent ou/puis détruisent.

Dans tous les cas, "OR" est une nouvelle réussite de la part de Letellier ; un disque peut-être moins directement émouvant qu'"Automne Fold" mais pas moins puissant, et réalisé avec le même talent et la même méticulosité. Un album à ne pas manquer.


— lamuya-zimina


N.B. Le portrait est de Krijn van Noordwijk (©) ; les œuvres sont de David Letellier.

mardi 8 mars 2011

[They Live] Carte Blanche à Moritz Von Oswald @ Recyclart (Bruxelles)

Moritz Von Oswald, c'est comme une équation mathématique du 3ème degré : ça fait peur, ça intrigue et une fois qu'on l'a comprise, on se sent surpuissant. Le Goethe Institut de Bruxelles Meakusme ont choisi le Recyclart pour donner à cet Einstein de la musique électronique une carte blanche le temps d'une soirée exceptionnelle. Une audace qui n'est pas passée inaperçue. L'ancienne gare lugubre de Bruxelles grouillait de mélomanes et de curieux qui voulaient voir le maître berlinois.


On connait finalement peu Moritz Von Oswald. Lui qui est pourtant l'un des précurseurs et toujours l'un des chefs de file d'une musique électronique intellectuelle. Considéré comme l'un des créateurs du prestigieux label Basic Channel, on le connait désormais surtout pour sa nouvelle formation Moritz Von Oswald Trio. C'est d'ailleurs eux qui ouvrirent le bal par leurs expériences soniques déroutantes. Accompagné par deux comparses, le berlinois s'installe dans son fauteuil, face à des centaines de putters et de boutons. Habillé en Gary Numan des années 2010, Moritz Von Oswlad hoche à peine la tête et jette quelques maigres coups d'œil autour de lui.


(Le MVO Trio en 2009, pour vous faire une idée)


Les mélodies s'installent lentement et le beat percute en douceur. Les morceaux de MVOT ont tendance à tâter le terrain avant de s'engager. L'oreille doit s'acclimater, se mettre au diapason d'un son atypique. L'auditeur n'en est que plus enivré lorsque, sans crier gare, l'enveloppe sonore se déchire sous le poids des déferlements percussionnistes que le batteur crée au moyen d'instruments étranges pour nous amener vers des émotions que l'on n'imaginait pas ressentir. Tout en subtilité, le trio voyage des grands espaces sibériens vers les rues new-yorkaises acides. La musique s'arrête, le choc est là. On en arrive à scruter le silence, comme s'il était un prolongement.

Moritz Von Oswlad se retrouve alors seul. Puis, face à lui apparait Paul St. Hilaire, mieux connu sous le nom de Tikiman, cet homme étrange qui aime poser sa voix bercée par le reggae sur des beats techno (il a, par exemple, collaboré avec le groupe Moderat pour la chanson Slow Match). Le mélange est étrange. Sur scène, un allemand froid, rigide, enfermé dans son costume-cravate donne la réplique techno à un chanteur reggae, enflammé, agrippant le micro comme s'il s'agissait d'un bon gros bédo. La musique de MVO s'impose plus rapidement que lors de sa prestation précédente, en cause le swag et la voix de l'excellent Tikiman. Cette étrange mixture est aussi surprenante qu'addictive. En plus de l'efficacité de telles mélodies, on reste ébahi devant la structure complexe qu'adopte la musique de MVO. Le rythme évolue et se transforme. D'un beat simple, il passe, sans peine et sans gène, à une rythmique dub pour ensuite revenir à un battement binaire. Tikiman et son flow gracieux évanouit ceux qui restent encore debout. A la fin du live, le public en redemande. Moritz est un peu géné, Tikiman semble surpris. Un rappel (imprévu ?) retournera une dernière fois l'encéphale des bruxellois.


(Toutes les photos sont de Caroline Lessire)

Pour clôturer avec gout cette carte blanche, Moritz Von Oswald a choisi Mala, ingénieur dub. Le beat tape plus grassement et crée une atmosphère dubstep des plus raffinées. Les corps se tordent et les têtes se secouent. Les infrabasses prennent place et mettent un point final à une soirée d'exception. Le public est conquis et a pu entrer dans une musique qui peint avec subtilité des paysages abstraits. L'espace d'une soirée, la techno et la musique électronique en général se sont imposées comme un langage, certes complexe, mais cohérent et enivrant.


Julien Masure

samedi 25 septembre 2010

Nerd Auditif #3

par Julien Masure
art par Jarvis Glasses


Carl Craig & Moritz Von Oswald - Recomposed

Ne dites plus musique "classique"


Deutsche Grammophon fait partie des monuments de la musique, ces grattes-ciel de la grand ville sonique, ceux que l'on observe avec admiration et qui donnent l'impression d'avoir toujours été là. En 2009, l'éditeur fêtait ses 111 ans (!) et sortait d'ailleurs un coffret anniversaire intitulé "111 Years Of Excellence" où sont regroupées cent-et-une perles (un must have pour les néophytes curieux). C'est de l'audace d'un disque en particulier qu'il est question aujourd'hui, un disque à part (*) dans l'histoire de la musique classique et moderne, signé chez Deutsche Grammophon : "Recomposed By Carl Craig & Moritz Von Oswald."


L'idée était ambitieuse, peut-être périlleuse. L'espace d'un disque, l'éditeur allemand offre à des contemporains l'opportunité de revisiter quelques pièces classiques et de les reformuler comme ils l'entendent. C'est ainsi qu'en 2008, Carl Craig et Moritz Von Oswald se sont vu proposer de triturer à leur guise les mélodies de Maurice Ravel et Modest Mussorgsky, le Boléro (ci-dessous) du premier et les Tableaux d'une Exposition du second. Pour beaucoup d'entre-nous, le mariage entre la musique classique et une musique dite "moderne" pourrait se résumer aux sonneries de GSM monophoniques qui ont, à chaque nouvel appel, poignardé nos respectés Mozart et Beethoven (même si en fin de compte, cela prouve l'efficacité de leurs mélodies). On pensera aussi peut-être aux quelques artistes qui se sont frottés à cet exercice périlleux, comme par exemple Unkle et leur pas trop mal Trouble In Paradise (Variation On A Theme) qui a été, par ailleurs, remixé par Carl Craig.

Le Bolero de Ravel (et sa rythmique si répétitive)

Carl Craig est non seulement l'une des figures de proue de la techno minimale, mais également l'un de ses talentueux créateurs. Grand passionné de jazz, ce mélomane américain originaire de Détroit excelle aussi bien dans l'art de la production que dans celui du remix. Il est par ailleurs (excusez du peu) le fondateur du label Planet E (qu'il créa en 1991). Oscillant toujours entre une minimale fine et une techno envoutante, Carl Craig était le candidat idéal pour ce projet unique.

A ses cotés, il pouvait compter sur Moritz Von Oswald. Si le berlinois est moins connu que son comparse américain, il n'en est pas pour autant moins talentueux. Membre du duo de qualité Basic Channel (et fondateur du label du même nom), il est également la moitié de Maurizio ainsi que de nombreux autres projets parallèles et fait, lui aussi, partie des polisseurs sonores dont la subtilité musicale dépasse de loin les abrutissements soniques qui rythment trop souvent la techno.


L'album est composé de six mouvements (quatre pour Ravel et deux pour Mussorgsky) entrecoupés par un interlude et annoncés par une introduction. Dès les premières minutes s'installent les fameux tambourins du Bolero, ces caisses claires (comme on le dirait maintenant) au rythme répétitif, militaire et carré qui s'assimile étrangement à celui de la techno.

Movement 2 - la rythmique du Bolero est reconnaissable

Si certains élément musicaux sont identifiables (la mélodie dans l'intro, les cuivres, la caisse claire, etc.), le clin d'oeil reste toujours discret et subtil, les mélodies connues du Bolero ne sont qu'évoquées, jamais vulgairement citées. Les minutes s'écoulent et les mélodies s'évaporent en nappes sonores synthétiques. Carl Craig (qui s'est le plus penché sur les mélodies) développe, avec finesse et subtilité, un thème qui semble chuter, petit à petit, des arcs-en-ciel classiques pour atterrir sur les miasmes de la techno. Moritz Von Oswald, quant à lui plus concentré sur les basses du morceau, va, tout en finesse également, proposer des lignes de plus en plus lourdes et profondes. L'apogée est atteinte pendant le 4ème mouvement qui offre ce que ce disque a de plus techno. La caisse claire est étouffée par les basses et les mélodies ne deviennent que des échos à peine descriptibles.


Movement 4 (extrait) - le plus sombre

Movement 5 (extrait) - le premier concernant Modest Mussorgsky

Ce disque est un pont entre deux musiques qui cherchent trop souvent à s'ignorer, l'une savante et l'autre populaire. Cet album bouscule les conventions et les styles (l'anticonformisme est d'ailleurs la signature de Carl Craig) : les caisses claires épousent à merveille une rythmique techno soutenue par les basses berlinoises sur-vitaminées et prouve qu'un lien, aussi discret soit-il, peut exister entre ces musiques. Ce LP, au delà de sa qualité musicale, est le manifeste d'une création audacieuse, sans limites données, profondément personnelle et pourtant jamais prétentieuse. Un disque comme il en existe trop peu.



(*) Recomposed est en fait une série de disques sortis sur DG où les classiques sont revisités. Ce "Recomposed de Carl Craig et Moritz Von Oswald" est, probablement, le plus abouti et intéressant.

lundi 2 août 2010

[They Live] Fuse On The Beach

Les vacances d'été, c'est la saison des festivals musicaux. Ils se multiplient et sont, chaque année, un peu plus importants. Les affiches s'étirent, les line-up deviennent de plus en plus impressionnants et les prix, de plus en plus chers. C'est Entendu s'est coupé du monde sain et propre pendant un mois et s'est enfermé dans des campings brulants et transpirants. De la Mer du Nord aux plaines de Dour, faisons le point sur quelques festivals majeurs de Belgique ! On coupe les bracelets et on se souvient !



FUSE ON THE BEACH, trop beau pour ne pas être vrai !

3 juillet, ZeeBrugge

L'idée est audacieuse, osée voire risquée. Douze heures de musique déployées sur le sable de la Mer du Nord. L'idée avait de quoi plaire. Imaginez la déception générale lorsque les premières gouttes d'une pluie moqueuse s'affalèrent sur la plage de ZeeBrugge ! Après un début de festival malheureusement un peu entaché par ce mauvais temps, nous pûmes malgré tout compter sur la magie de ces instants où le soleil finit par reprendre ses droits pour offrir un ciel magnifique, à l'image de cette journée.


Deux scènes, une plage, quelques milliers de personnes, des DJ's de renom, comment le Fuse On The Beach aurait-il pu être un rendez-vous médiocre ? Une fois l'entrée (et son organisation parfois un peu chaotique) passée, les beats de Seth Troxler ouvrirent le bal, offrant un début de set très housy, doté d'un groove imbattable. Malgré la pluie, ce sont bien des éclaircies qui illuminent la scène principale. Les choses commencèrent à s'emballer à partir du moment où Seth se mit à lancer bombe après bombe pour nous amener dans un registre plus druggy. Très belle prestation, personnelle et subtile !


Robert Dietz prend la relève sous la plus grosse pluie de cette journée. Son but est simple, la rendre salvatrice et rafraîchissante ! Malheureusement, son set ne tiendra pas sur la longueur et pèchera par son conformisme. Au contraire de Seth Troxler, Robert n'a pas pris de risques et se contente d'un set efficace mais répétitif et sans réelle âme.

Reboot enchaîne alors avec un live act très intéressant doté d'une finesse et d'une efficacité remarquable. Le soleil veut être de la fête et réapparaît sur ce groove en son honneur. Un live act qui a tenu ses promesse ! Il achève les clubbers avec son désormais culte "Caminando", la chaleur qu'il commençait à manquer à cette journée.

Sur les coups de 17H30, Luciano fait son entrée. Après le live de Reboot, on aurait pu s'attendre à une suite tout aussi énergique et pourtant, Luciano nous prend à contre pied et nous montre ce que tout dj se devrait de faire : oser ! Il introduit son set par un sublime track (nouveau morceau de son nouveau projet "Lucien-n-Luciano" ?), très douce, jazzy et vaporeuse pour ensuite s'amuser a nous rendre fou pendant deux heures en offrant des "plaques" tantôt old school, tantôt teintées d'influences latines. Le Fuse On The beach prend avec ce set tout son sens : une musique solaire totalement festive !

Nous attendions beaucoup de Peter Van Hoesen. Présent sur la "petite" scène, c'est discrètement que l'auteur du très bon "Entropic City" prend place devant la foule de clubber. Son dernier album étant très peu dansant, un gros point d'interrogation était a mettre à coté de ce nom. Et, il faut le dire, c'est peu convaincu que l'on a quitté le bruxellois. Incohérent avec son temps et son espace (fin d'après-midi, aux premières lueurs d'un soleil timide), Peter Van hoesen a offert une techno trop sombre, trop froide. Idéal dans les sombre recoin du Fuse un samedi de fin de nuit, ce live fût décevant et a contre-temps des Luciano et autre Villaloboss. La déception n'est que minime car on sait qu'il sera facile de le revoir entre les murs du club de Bruxelles pour lui redonner sa chance.

C'est Raresh, suivit d'un back-to-back avec son père spirituel, Ricardo Villalobos, qui achèveront les milliers de jambes fatiguées. Agréable découverte, le jeune Raresh rappelle d'ailleurs Villalobos autant dans son style que dans ses mimiques. Ce dernier, comme a son habitude, a proposé un set de qualité. Même si l'on peut déplorer quelque baisses de régimes par moment. Quoi qu'il en soit, ces deux-là étaient exactement ce qu'il fallait pour achever cette soirée.

Il est 01h00, la musique s'évanouit. C'est fatigué que les quelques milliers de clubbers quittent la plage endolorie de Zeebrugge. Certains cherche une voiture pour rentrer, d'autre en veulent encore et cherchent une boite voire un café ... on a même pu apercevoir certain se baigner dans l'eau glacée de la Mer du Nord. Peut importe comment on l'aura finie, cette journée et ce festival restera l'un des meilleurs de l'été 2010 ! On espère à l'année prochaine ...


Prochain article : "Les Ardentes de Liège"


Julien Masure et Diego Cortez Salas

vendredi 25 juin 2010

[Alors quoi ?] Fuse on the Beach

Parmi les meilleurs clubs de la capitale Belge, le Fuse est le centre névralgique de l'univers électronique bruxellois. C'est le point de passage obligé lorsque la soif de beats et de stroboscopes se fait ressentir. Royaume de la techno (sous toutes ses formes), le Fuse jouit d'une réputation qui n'est d'ailleurs plus a faire (cf. leurs "wall of fame") et d'un public toujours plus large. Cette année, le Fuse prend le pari d'emmener son public à Zeebruge le temps d'une journée pour faire trembler le sable de la Mer du Nord. Pari osé auquel C'est Entendu répond bien évidemment présent.


Line-up du festival :

Ricardo Villalobos / Luciano / Ben Klock / Raresh / Marcel Dettmann / Reboot live / Robert Dietz / Seth Troxler / Shed live / Nick Hoppner / Peter Van Hoesen live / Pierre / Deg / Fader


De quoi faire pâlir, voire jouir les plus précoces amateurs de musiques électroniques parmi vous. On prend cependant le temps de s'arrêter sur quelques noms en particuliers (même si tous méritent le coup d'oreille) :


Présent derrières les platines depuis maintenant un bon bout de temps, Luciano fait partie de ceux que l'on admire et que l'on admirera toujours. En effet, non seulement patron de l'excellent label Cadenza (Michel Cleis, Mirko Loco, etc.), il est également producteur de talent. En témoigne son dernier album "Tribute To The Sun", un petit bijou tout en finesse où une foule d'influences s'entrecroisent, se frôlent sans jamais se froisser. Luciano, c'est aussi un DJ hors pair (son mix/compilation pour le célèbre (presque) disparu club londonien Fabric le prouve). A moins de vous acheter des bouchons pour oreilles, il sera difficile de rester impassible au groove du Chilien ! Dans la même veine, on retrouvera l'incontournable Ricardo Villalobos, dont la renommée sur la scène mondiale n'est plus a mettre en doute. On se souvient de son set au Fuse, justement, où l'homme (?) avait joué pendant des heures et des heures sans jamais vouloir s'arrêter. Épic !

Écoutez Celestia de Luciano,
et si vous ne connaissez pas Ricardo Villalobos, écoutez Dexter.


Ses prestations live font déjà l'unanimité, ses productions sont jouées et rejouées par les plus grands. Reboot (en live) sera l'un des artistes à ne surtout pas rater sur la plage de Zeebrugge ! Signé sur le label Candenza (le label de Luciano, voir ci-dessus), le premier LP de Frank Heinrich (alias Reboot), "Shunyata" (2010), est une œuvre très intéressante. Il y distille une musique riche et complexe sous le signe d'une justesse maîtrisée. C'est cependant en live que Reboot mérite l'oreille la plus attentive tant son univers y paraît plus accessible et cohérent.

Écoutez Caminando.


Jeune mais déjà reconnu par toute la scène house/techno, Seth Troxler est devenu en peu de temps une valeur sûre. L'américain a à son actif des sorties sur les prestigieux labels Gosthly, Circus Company ou encore Crosstown Rebel bref "la crème de la crème" ! Du haut de ses 25 ans, le petit Seth offre une musique dangereusement addictive : savant mélange de house et de techno hypnotique, sensuelle voire totalement psychédélique. On frissonne déjà à l'idée de voir cet audacieux DJ enivrer la plage belge de son univers si particulier.

Écoutez Aphrika.



"Entropic City" est le premier LP du bruxellois Peter Van Hoesen. Dévoilé au monde il y a quelques mois de cela, avec une discrétion surprenante, cet album, dont l'épaisseur se dévoile à chaque écoute un peu plus, légitime à lui seul ce jeune DJ/producteur. Connaisseur du Fuse et de son public, la performance live (!) de Van Hoesen risque de ne laisser personne indifférent. Il remue les tripes, touche les points sensibles et surprend d'inventivité.

Écoutez l'album Entropic City en intégralité.


Vous l'aurez compris, le Fuse On The Beach sera donc une journée (de 13 h à 01h) de musique techno à son meilleur passée sur le délicat oreiller du plus beau sable belge.


On ne vous laisse cependant pas ainsi. Notre générosité hors pair (et celle du Fuse) se manifestera très vite. Rendez-vous sur la page Concours pour savoir comment gagner l'une des 5 places offertes pour le FOTB.


DC Salas & Julien Masure

vendredi 28 mai 2010

[Vise un peu] James Holden - DJ-KICKS ou le Krautrock 2.0

A chaque fois qu'un "DJ-KICKS" sort, c'est un petit évènement en soi dans le milieu de l'électro. Cette idée du label !K7 consiste à donner carte blanche aux grands noms de l'électronique qui piochent dans leurs morceaux préférés pour réaliser une mixtape où se développe une ambiance, une couleur à chaque fois très particulière. Parmi ceux qui y sont passés, on peut citer, excusez du peu, Four Tet, Tiga, Burial ou encore Flying Lotus (le sien devrait paraître bientôt) et j'en passe.

James Holden est un DJ-producteur qui offre un savant mélange d'électro, de techno minimale, de post-rock et de krautrock. Personnage assez atypique, il est le créateur du prestigieux label Border Community (sur lequel est signé le génial Nathan Fake), qui se définit comme étant un label "about dance music that doesn't fit in a category, and about providing djs with tools to inovate" (concernant une dance musique qui ne rentre dans aucun catégorie, et qui fournit à des djs des outils pour innover). Il est aussi l'auteur de l'album "Idiots Are Wining" (2006) où l'on pouvait déjà constater son attrait pour une rythmique recherchée, intelligente et surprenante.

James Holden - Triangle Folds (DJ-KICKS)

Le travail rythmique est d'ailleurs le gros point fort de ce DJ-KICKS. Il ne tombe jamais dans la vulgarité d'un gros beat trop puissant pour être catchy ou d'un rythme trop binaire, gras comme du beurre et subtil comme un sketch de Jean-Marie Bigard. Holden se tient loin de toutes ces facilités que certains pratiquent à l'excès pour la seule raison que "ça fait danser !" (oui mais qui ?). Comme tout bon minimaliste qui se respecte, Holden n'hésite d'ailleurs pas à laisser planer l'auditeur de temps à autre en rendant les basses muettes. Si le rythme est le langage du corps, le sien bouge en finesse, caresse doucement l'air et connaît des phases hyperkinétiques.


"The dance you do lying in bed or driving your car or riding the bus is still a dance"
James Holden


L'autre force de cet album réside dans le choix des chansons. En tant que DJ, Holden a toujours été intéressé par une multitude de styles musicaux (on le voyait, par exemple, ouvrir ses sets avec My Girls d'Animal Collective et les fermer avec une minimale très dense). Sur cet album, on note par exemple la présence de Mogwai avec la chanson The Sun Smells Too Loud (remixée par Holden). Holden offre ici un Krautrock 2.0 un peu comme l'avait fait Henry Smithson en 2008 sous son pseudonyme de Ein Kleine Nacht Musiek (dont je vous recommande vivement l'écoute), la musique envoûte l'auditeur par ses itérations mélodiques soutenues pas des beats hachés et répétitifs. On assiste depuis quelques temps à une renaissance du krautrock, par le biais de ces artistes qui écoutaient Neu! et Can tout en découvrant les possibilités que leur offrait leur ordinateur. Holden enfonce ici un peu plus une porte imaginée par Smithson.

Ce "DJ-KICKS" n'est pas un album facile. L'IDM (Intelligent Dance Music) y est fièrement représentée tant ce disque est écoutable en soirée (pour un public un minimum subtil ceci dit) autant que chez soi, au calme. L'écoute est d'ailleurs un peu plus enrichissante à chaque fois tant le mix de Holden est de qualité (les transitions sont pratiquement invisibles). Voilà un album que beaucoup ne comprendront pas, espérant peut-être y trouver de quoi suer facilement. Les autres saisiront le talent et l'audace de James Holden.


Julien Masure

vendredi 7 août 2009

La cité des tags perdus (N-Z)

Salutations, cher ami lecteur ou chère amie lectrice !


Si vous êtes ici, c'est probablement que vous avez cliqué sur une branche liée à un genre musical dont nous avons parlé dans un article regroupant de multiples disques, artistes et genres — le genre d'article qui ne nous permet pas (à l'heure actuelle) de rajouter tous les tags nécessaires. Histoire de ne pas laisser totalement tomber ces tags, voici la liste des liens où trouver les paragraphes dans les articles correspondants !

>> Plunderphonics :
cf. Lapizjack, "Lapizjack"

>> Psychédélisme :
cf. Flying Saucer Attack, "Further"
cf. Pelt, "Ayahuasca"
cf. Samsara Blues Experiment, "Long Distance Trip"
cf. The Soundcarriers, "Celeste"
cf. Spacemen 3, "Dreamweapon"

>> Rock in Opposition :
cf. Yugen, "Iridule"

>> Shoegaze :
cf. Flying Saucer Attack, "Further"

>> Slowcore :
cf. Low, "Do You Know How to Waltz?"

>> Stoner Rock :
cf. Samsara Blues Experiment, "Long Distance Trip"

>> Sunshine Pop :
cf. The Soundcarriers, "Celeste"

>> Techno :
cf. Peter van Hoesen, "Entropic City"

>> Thrash Metal :
cf. The Force, Possessed by Metal