C'est entendu.
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dimanche 25 décembre 2011

[Réveille-Matin] Tuxedomoon - Weihnachts Rap

Avez-vous déjà goûté du christmas pudding ? C'est un dessert anglais dense, quasiment noir, préparé avec des fruits secs, de la farine, souvent de l'alcool (bière, brandy, whisky)… et qui était à l'origine un mélange de plein de machins sucrés comme salés, et une façon de conserver la viande. Il peut toujours y avoir de la graisse de rognon dedans aujourd'hui, et la mixture se prépare volontiers plusieurs mois à l'avance. Ça vous rebute, dit comme ça ? Pourtant, c'est bon ! (Et oui, il en existe des versions végétariennes.)

Que diriez-vous maintenant, histoire de rester dans les mélanges insolites, d'écouter une joyeuse chanson de noël rappée en allemand par un groupe de post-punk expérimental glauque ? Ça peut rebuter aussi, dit comme ça. Et pourtant… c'est loin d'être aussi horrible que l'on pourrait se l'imaginer. C'est même accrocheur et joyeusement barré ! Jugez plutôt :


Weihnachts Rap est disponible sur la compilation synthpop/new wave "Ghosts of Christmas Past", éditée par Les Disques du Crépuscule en 1981 ; c'est le seul album de noël que j'aie jamais consenti à écouter en entier pour le moment(*), et je l'ai même fait avec plaisir. Quant à Tuxedomoon… je vous en reparlerai sans doute, vu à quel point j'aime ce groupe, mais en attendant je ne peux que vous recommander le génial "Desire" (surtout les éditions récentes accompagnées de l'EP "No Tears") : orchestrations décalées, mélange de dramatique, de ludique et de grotesque, avec des rythmes prenants et quelques vrais tubes pour âmes torturées ! Moins festif que Weihnachts Rap, sans doute… mais encore bien meilleur.

En attendant, que vous le fêtiez ou non, je souhaite que l'esprit de Noël vous réjouisse ou vous donne le cafard : Frohe Weihnachten !


— lamuya-zimina







(*) P.S. On vient de me signaler l'existence de ce disque (merci Nina !)… ça en fera donc bientôt deux !





P.P.S. Trois : Agoraphobic Nosebleed vient d'en sortir un aussi ! Et c'est gratuit ! Noël ! Joie !



(Je vous déconseille de l'offrir à vos grand-parents. Par contre, si vous êtes fan de grindcore, allez-y.)

vendredi 2 décembre 2011

[Réveille-Matin] Anal Cunt — Kyle from Incantation Has a Mustache

Parfois, je doute.

Notre société se dirige-t-elle vers la catastrophe et l'effondrement ? Se rebeller, oui, mais comment ? Et que proposer ? Devrais-je suivre des principes moraux stricts ? Vais-je finir sous les ponts ou exploité jusqu'à la moelle pour un salaire de misère ? Combien de temps un pot de sauce tomate ouverte se conserve-t-il au frigo ? Pourquoi ai-je tellement de mal à comprendre ce qui cause les bouchons sur les autoroutes alors que c'est tout simple ? Pourquoi ai-je tout autant de mal à comprendre ce qu'est exactement l'idée du Surhomme selon Nietzsche ? Dois-je m'efforcer de critiquer avec une part d'objectivité les disques que je note ou devrais-je plutôt assumer ma subjectivité à fond ? Pourquoi ai-je toujours envie de couper les cheveux en quatre et de donner des 3.25 ou des 3.75 ? Est-il d'ailleurs possible de juger de quoi que ce soit objectivement ? Dieu a-t-il une moustache ? Dieu est-il capable de se laisser pousser une moustache si longue que même lui ne puisse la couper ? Ai-je bien mis le réveil à 06:15 demain matin ? Pourquoi la société nous inflige-t-elle des horaires de merde qui m'obligent à me lever à 06:15 alors que le soleil est encore couché bien confortablement sous ses nuages ? Kierkegaard avait-il raison quand il disait "Putain, c'est chiant Coldplay quand même" ? Comment dit-on "Putain, c'est chiant Coldplay quand même" en danois ? Suis-je bien sûr d'avoir mis mon réveil à 06:15 ? Pourquoi suis-je seul à trouver Born This Way nettement plus plaisante que l'insupportable Poker Face, et pourquoi me fais-je cette réflexion vu que de toute façon je n'écoute jamais volontairement Lady Gaga ? Suis-je absolument sûr d'avoir mis mon réveil à 06:15 ? Et si mon réveil se met soudain à tomber en panne ? Pourquoi le stress de ne pas réussir à me réveiller demain matin m'empêche-t-il de m'endormir ? Pourquoi stresse-je tant, d'ailleurs ? Ça se dit, "stresse-je" ? Pourquoi le mot heavy dans le domaine du sludge rock est-il si pénible à traduire en français ? Où est le quoi si le quoi est en pourquoi ? Pourquoi le combat contre le démon Capra dans Dark Souls est-il si frustrant et mal foutu alors que le reste du jeu est excellent ? Quand aurai-je l'occasion d'écouter le "Strobo Trip" des Flaming Lips en entier ? Qu'adviendra-t-il du "printemps arabe" ? Que faire contre la crise économique actuelle ? Pourquoi n'ai-je pas réussi une seule fois à écouter "Let England Shake" en entier alors que d'habitude j'aime PJ Harvey ? Pourquoi ai-je soudain très envie de voir Søren Kierkegaard prononcer "Rødgrød med fløde" tout en mangeant du rødgrød med fløde ? Écrit-on "existentielles" ou "existencielles" ?

Bien sûr, la musique n'offre que rarement des réponses aux questions existen_ielles que l'on peut se poser. Aucun disque n'a jamais réussi à me convaincre durablement de l'existence de Dieu, d'une politique juste ou de l'Amour fou et éternel au premier regard (l'illusion peut marcher un temps, parfois…).

Et pourtant, il y a bien une chose que la musique m'a appris avec certitude, une chose à laquelle je crois, une vérité en laquelle j'ai une foi inébranlable.

C'est le fait que Kyle Severn, du groupe Incantation, a une moustache.






— lamuya-zimina



P.S. Ce réveille-matin ne comporte aucune référence gratuite et sans intérêt à La Moustache d'Emmanuel Carrère, sauf que maintenant si.

P.P.S. Je n'ai jamais lu ni vu La Moustache d'Emmanuel Carrère.

mercredi 17 novembre 2010

[Fallait que ça sorte] Genghis Tron — Board Up the House


Aloha ! La dernière fois, je vous avais parlé d'"Altered States of America", un trip ultraviolent et déjanté à travers 100 pistes de cybergrind ; aujourd'hui, je vais vous présenter un disque qui s'en éloigne beaucoup, malgré le fait qu'il soit classé dans le même genre et sorti sur le même label.

Genghis Tron est un groupe au son très particulier, un mélange suprenant de metal et d'électronique où les synthés au son quasi-16-bit peuvent jouer le rôle de guitares, où la basse est absente, et qui contient par moments des influences synthpop/new wave, voire IDM et même prog. Si ça vous paraît impossible à imaginer ou si vous imaginez quelque chose de complètement faux, c'est sans doute normal ; à ma connaissance, aucun autre groupe ne sonne vraiment comme Genghis Tron.


(Things Don't Look Good)

Pour ce groupe, le grind n'est donc qu'un élément de plus articulé dans un son résolument hybride ; "Board Up the House" ne commence ni par des hurlements ni par une batterie enragée, mais par un beat suivi par une boucle mélodique rapide et hypnotique au synthé. L'aggressivité n'est jamais bien loin, mais même quand on croit avoir cerné l'esthétique du groupe, l'album recèle toujours quelques surprises, comme l'électropop instrumentale Recursion, l'interlude au tempo instable Ergot, et surtout Relief, piste sludge de dix minutes au riff irrésistible qui finit l'album de façon parfaite…

Toutes les pistes de l'album sont très bien construites, à la hauteur du son du groupe ; les structures sont parfois inattendues mais toujours cohérentes, les tempos alternent en même temps que les styles, et les mélodies (une fois apprivoisées) restent facilement en tête.

Cette musique ne sera pas du goût de tout le monde, mais si vous accrochez au cocktail étonnant et détonant proposé par Genghis Tron, "Board Up the House" est un vrai bijou ! Et aussi une preuve — s'il en fallait — que le metal sait se renouveller et que les genres "extrêmes" ne produisent pas que des musiques unidimensionnelles.

P.S. Oh, et si vous voulez écouter une autre piste complètement improbable en plusieurs phases qui passe par l'électropop, le grind et le ???-???, écoutez Laser Bitch sur leur premier EP. Effet WTF garanti.


— lamuya-zimina

mardi 16 novembre 2010

[Fallait que ça sorte] Agoraphobic Nosebleed — Altered States of America

Hey ! C'est la semaine du metal sur C'est Entendu, et à cette occasion je vais vous balancer plein d'articles complètement subjectifs sur des disques plus chelous les uns que les autres ! Ça vous va ?

Bien ; on commence tout en douceur et en finesse avec Agoraphobic Nosebleed, groupe de cybergrind mené par le guitariste Scott Hull (Pig Destroyer, Japanese Torture Comedy Hour…) et signé chez Relapse Records.

Autant vous le dire tout de suite : le grindcore (genre de metal extrêmement agressif dont les pistes ne durent en général que quelques secondes), d'habitude, ça n'est pas ma tasse de thé. Les albums ont beau durer une demie heure en moyenne, en général ils me gavent au bout de cinq… Ce qui m'a fait écouter "Altered States of America" d'Agoraphobic Nosebleed, c'est sa tracklist complètement improbable : 100 pistes en 21 minutes (le disque tient sur un CD 3"). C'est plus fort que moi, j'ai toujours envie d'écouter ce genre de curiosités. Je n'aurais pas imaginé que j'écouterais encore cet album plusieurs années après l'avoir découvert…

(Ah ben oui, on parle de metal, forcément les pochettes ne sont pas toutes du meilleur goût.)

Oui, "Altered States of America" ressemble à une blague, et le disque en comporte d'ailleurs pas mal ; oui, "Altered States of America" peut être épuisant, tout empli qu'il est de hurlements, de vulgarité extrême et de bruit. Mais "Altered States of America" a aussi de vraies qualités qui font que cet album, contrairement à toute attente, vaut le coup d'être écouté.

Déjà, ANb (pour les intimes) n'est pas du grindcore pur mais du cybergrind, ce qui veut dire que le groupe utilise beaucoup de sons électroniques, de samples et de drum machines et cela se traduit par des percus à la rapidité impossible, mais aussi et surtout des sons ultra-violents synthétiques, déformés, altérés. Sur les 100 pistes, plusieurs s'éloignent du grind proprement dit pour dériver vers des bizarreries sonores inattendues (parfois drôles, parfois inquiétantes), interludes ou vignettes qui font finalement tout autant sens que les déferlantes de cris à 1,000,000 battements/minute. Et finalement, ce sont même ces pistes-là qui sont les plus intéressantes (sans elles le disque serait carrément inécoutable).


Ensuite, le groupe a de l'humour. Très crade et très provocateur, certes, mais aussi trop ridicule pour être pris au sérieux (ce que confirment les interviews) ; je vous laisse lire par exemple les paroles de la suite "The Twelve Days of Sodom", celles de Keeping a Clean Kennel If your ass is in this house it's my ass »), ou plus simplement le superbe titre Fuck Your Soccer Jesus (*)… Et quand le groupe ne fait pas dans la provoc' potache, les thèmes abordés (sectes, drogues, terrorisme, conspirations, etc.) donnent l'impression d'écouter un paranoïaque sous drogues dures qui hurle sa vision du monde à qui veut l'entendre, une sorte de panorama sous acide du monde actuel et de ses pires débordements.


Alice in La La Land.
(Évidemment, hors contexte ça ne ressemble pas à grand chose…)

Le format de l'album empêche toute écoute passive (sans quoi le disque devient très vite saoulant et incompréhensible) et oblige l'auditeur à écouter l'album en entier, si possible en suivant les paroles. De cette manière, "Altered States" prend toute son ampleur et se révèle comme une vision dantesque, grotesque et absurde, une bombe à fragmentation sous hallucinogènes.

"Altered States of America" n'est pas un chef d'œuvre, et on peut lui reprocher encore plusieurs choses (notamment la fin trop abrupte, contrairement au début qui est excellent — surtout si on peut lire la piste 0, accessible en "rembobinant" le CD avant la piste 1 sur certains lecteurs —). Mais c'est un disque hors du commun, avec des qualités qu'on trouve rarement ailleurs ; et pour un(e) auditeur(-trice) averti(e), c'est clairement une expérience à tenter.

Une photo récente du groupe : Katherine Katz, du groupe Salome, a remplacé
Carl Shultz à la voix pour le dernier album ("Agorapocalypse").
Elle s'en sort très bien.
L'album est plus conventionnel et plus abordable, mais tout de même très bon !


— lamuya-zimina




(*) Après, dans le genre “humour vulgaire de l'extrême”, les pires à ma connaissance restent Anal Cunt. Rien que le nom…