Le Paradis, parfois, ça ne tient qu'à une chose, une seule chose. Celle-là quand vous la trouvez, vous avez gagné le pompon. Trêve de Curlismes, cependant. Ce dont il est question ce matin c'est du concept d'exception délicieuse. Contrairement à ce que l'on a l'habitude d'appeler une "porte d'entrée", l'exception délicieuse n'est pas un son, une chanson, un disque ou même une vidéo par lequel ou laquelle vous parvenez (au bout du compte ou sans vous y attendre) à comprendre l'univers d'un artiste et à y adhérer. L'exception délicieuse est souvent plus insaisissable, plus unique et tient à peu de choses, c'est souvent un son particulier, une piste précise, qui attire votre attention alors que tout ce qui l'entoure vous laisse de glace. En l'occurrence, je n'ai rien contre Tortoise mais leur œuvre ne m'a jamais beaucoup intéressé... en dehors de la courte mais intense piste que je vous propose d'écouter tout de suite.
Sur la plupart de leurs disques, Tortoise jouent une sorte de proto-post-rock (ça ne veut rien dire, je sais, mais il faut comprendre ça comme "ils jouent une musique qui a influencé tous les post-rockers de la fin des années 90 et du début des années 00") un brin cérébral, sec, un peu froid, et parfois jazzy sur les bords. Si vous n'y connaissez rien, ça tombe bien puisque le label Thrill Jockey (on vous en causait il y a pas très longtemps) s'apprête à rééditer une partie de la discographie de Tortoise et de quelques autres de ses poulains. Toujours est-il qu'aucun de leurs disques ne m'a jamais vraiment enthousiasmé et que si je n'avais pas un jour entendu vibrer l'espèce de basse mutante et l'électronique extraterrestre d'Eden 2, si je n'avais pas trouvé refuge dans sa signature rythmique osseuse et bancale et dans les interventions inopinées de sa guitare, je n'aurais jamais eu l'idée de vous parler de Tortoise. J'espère que vous aussi vous prendrez votre pied avec ce son mais si ça n'est pas le cas, ne perdez pas espoir. Vous trouverez votre coin de Paradis éphémère et superficiel ailleurs. Il suffit d'une chose, d'une seule chose.
J'accuse ! J'accuse l'opposition politique française dans son ensemble, et plus particulièrement le Parti de François Hollande (qui d'autre en effet aurait les moyens de mettre en œuvre les faits que je m’apprête à reprocher ? Le MODEM ? J'ai participé à une réunion municipale des sympathisants oranges l'autre soir, et la galette ne venait pas de chez Ladurée...), d'avoir monté de toutes pièces l'affaire du Costa Concordia. Si vous n'avez pas l'habitude d'allumer la télévision ou la radio, de tendre la main lorsqu'un jeune encasquété vous tend du papier ou de consulter le très laid site internet du Parisien, vous ignorez peut-être qu'il s'agit là d'un bateau. Un gros bateau. Le fleuron de la boite Costa Croisières. Lequel s'est échoué près de l'île du Giglio en Italie. La grande affaire médiatique autour de ce navire est que son capitaine aurait apparemment décidé de changer le cap pour satisfaire un ami et membre du personnel et de s'approcher dangereusement de l'île au point d'amener son navire droit au naufrage. Suite à quoi le capitaine aurait quitté le navire avant les passagers et n'aurait pas souhaité y revenir pour les aider. Bon. Moi je n'y crois pas. Une telle histoire ? A moins de 100 jours des présidentielles ? C'est forcément une métaphore grandeur nature imaginée par l'opposition pour critiquer le Président Sarkozy. C'est une image forte, certes, une synthèse qui fait avec violence le portrait du leadership mondial (ou de sa fuite) comme d'autres "œuvres" l'ont fait auparavant (le dernier film de Nanni Moretti, le dernier disque de PJ Harvey, la dernière fiction de BFM.TV) mais j'accuse le Parti Socialiste de Monsieur Hollande d'y être allé trop fort, cette fois-ci. Des vies ont été perdues, nom de Dieu ! N'y a-t-il pas des façons plus conventionnelles et moins tapageuses de faire campagne ? Qu'est-ce que ce sera ensuite ? Le capitaine du Concorde qui saute en parachute après avoir dirigé le nez de son appareil contre la Tour Montparnasse ?
Certes, il y a bientôt dix ans que le Concorde ne vole plus. Mais il fut un temps où il passait et repassait encore au-dessus de nos têtes. Un temps où il était un mythe populaire comme un autre. En 1980, quatre ans après sa mise en service, un duo londonien le prenait même pour sujet de son absurde single expérimental. Une "chanson" vraiment atypique qui attira l'attention de John Peel et que ce dernier passa suffisamment sur les ondes pour qu'elle atteigne la cinquième place des charts indés anglaises. La chose serait tout bonnement impensable aujourd'hui, en Angleterre ou ailleurs mais je ne m'en plains pas non plus. Loin de moi l'idée de m'offusquer que "plus personne ne porte aux nues (ou presque) des compositions aussi bizarres que celle-là", ce serait exagéré. Une chanson aussi longue, minimaliste, bancale et a-mélodique que celle-ci est une bonne nouvelle pour la démarche de recherche inhérente à la musique pop, mais ne nous leurrons-pas, ça n'est rien d'autre qu'une bizarrerie, une anomalie. Vouloir la multiplication des anomalies et leur acceptation massive ne serait pas très sérieux. Tout comme il n'est pas très sérieux d'envoyer par le fond des navires de la taille d'une petite ville, pas vrai Monsieur Hollande ?
C'est sans doute futile et superficiel (ceci est un magazine consacré à la musique populaire, what did you expect ?) mais j'adore, vous le savez, disserter autour de thèmes aussi creux que "qui mérite la couronne de Roi de la Pop ces jours-ci ?". Ergo l'élection annuelle de la POPsonnalité de l'année. Depuis que Michael Jackson est mort (je ne parle pas de sa mort clinique mais de celle de l'artiste en lui), la bataille a fait rage, inlassablement, et s'il est difficile d'élire un seul et unique héritier du titre, il n'est pas secret que j'ai mon idée sur la question. Seulement voilà, un Roi de la Pop se doit d'être le plus connivent, le plus séducteur possible. Il doit à la fois se placer bien au-dessus de la mêlée, et continuellement impressionner. Il doit être surhumain. De ce point de vue-là, il lui existe des antagonistes, des revers de médaille noircis, des artistes au moins aussi impressionnants que lui, mais dont l'aura ne pourra jamais satisfaire les masses (bien-pensantes). Des puissances de l'ombre dont le pouvoir s'exerce sur ceux qui se veulent perpétuellement en opposition. Je ne parle pas, bien entendu, de Jean-Luc Mélenchon, mais plutôt d'une noblesse artistique n'ayant jamais fait allégeance à la Royauté, et plus particulièrement d'un leader séditieux, alcoolique, romantique, expérimentateur, usé et malpropre, le Roi de la Jungle, Tom Waits.
Réapparue en 2006 sur la triple compilation "Orphans" (constitué de raretés et d'inédits de Waits), King Kong était originellement destinée à participer d'un effort commémoratif du "petit génie schizo de la pop", Daniel Johnston. La compilation "The Late Great Daniel Johnston : Discovered Covered" était une fantastique occasion pour le jeune homme que j'étais en 2004 de se faire une éducation indie. Sur l'un des deux CDs, il y avait pléthore d'artistes, du plus anecdotique groupuscule amerloque (Thistle) aux plus grands. Mercury Rev, Flaming Lips, Sparklehorse, Teenage Fanclub, Jad Fair, Starlight Mints, Eels, Vic Chesnutt, Beck et même TV on the Radio reprenaient des chansons de Daniel Johnston et ils les reprenaient avec panache ! Je ne savais pas très bien qui était ce Daniel Johnston, mais en voyant le titre du disque et la pochette, j'imaginais un obscur songwriter "classique" (à la Randy Newman) récemment décédé. Sauf que sur le second CD, on pouvait trouver les versions originales des morceaux, chantés par Daniel Johnston de sa voix de crécelle chancelante, plutôt plus que moins lo-fi, et le type n'était même pas mort, il continuait même à enregistrer des disques. Une sorte de livre d'histoire de l'indie-rock fait sur mesure dans lequel je me suis plongé mille fois, pile au moment où le genre atteignait ses derniers sommets. A la toute fin de la playlist, Daniel Johnston chantait a-capella le scénario du long-métrage "King Kong", avec les mots qu'aurait choisi un gamin de 8 ans. Ces mots-là, grognés par le Roi Tom depuis le fond de sa caverne, tandis que de sa voix samplée il bâtit le décor du film, ces mots n'ont plus rien d'enfantin et quiconque refuserait de courber l'échine devant un tel suzerain se verrait à coup sûr tabassé à mort puis jeté du haut d'un building pointu.
Je prends le pari que d'ici quelques mois ou quelques années, vous entendrez parler des Legendary Pink Dots. Comme c'est arrivée à tant d'autres avant eux, l'un ou l'autre des grand manitous de l'organisation de festivals finira par tomber sur l'un de leurs disques et il les invitera au BBMix, à Hyères ou au Lieu Unique, ou bien ce sera un gourou des médias musicaux (Jean Vic Chapus, sans doute, Jean-François Le Puil, peut-être) qui leur consacrera un dossier entier sous prétexte de "reformation". Façon de parler, bien entendu puisque le groupe mené par Edward Ka-Spel n'a jamais cessé de s'activer depuis le début des années 80. Les Pink Dots doivent avoir une quarantaine de disques à leur actif et pourtant la meilleure chose qui pourrait leur arriver serait de se séparer quelques années, pour mieux annoncer, après une pause suffisante, leur "reformation". C'est en général le signal qu'attendent les re-découvreurs sus-cités (ça ou bien la mort d'un musicien) pour s'imposer comme des sauveurs de la Grande Mémoire des Oubliés de la Pop. Oh ne me prêtez pas de fausses intentions, je m'inclus bien volontiers dans le lot des opportunistes ! Seulement voilà, les Legendary Pink Dots n'ont pas splitté et si j'ai récemment fait l'acquisition de leur dernier album (paru en 2010) je n'ai pas pris le temps de l'écouter. L’œuvre pléthorique de Ka-Spel et consorts est d'une certaine façon difficile à aborder et encore plus ardue à digérer. Nous y viendrons un jour et nous ferons l'inventaire de tout ce grand bazar mais en attendant que les Pink Dots ne suivent l'exemple de Blur (2009), Pavement (en 2010), My Bloody Valentine (2011), Happy Mondays, Van Halen, At the Drive-In, Refused, Black Tambourine, Codeine (tous reformés entre le 1er et le 15 janvier 2012) ou LCD Soundsystem (la reformation arrivera sans doute en 2013), célébrons leur passé sans autre raison que celle de mentionner une princesse.
La Princesse Coeurdeglace est une caricature de la beauté parfaite que mille prétendants tous mieux armés les uns que les autres ne peuvent déloger de sa tour et que l'idiot du village épouse et ils vécurent heureux pour toujours. Une charmante métaphore du loser magnifique que l'on comprend chère à un Ka-Spel dont la passionnante discographie n'a jamais intéressé grand monde... à tort ! "The Crushed Velvet Apocalypse", paru en 1990, était déjà le dixième LP du groupe en moins de dix ans et pourtant il regorge d'autant de passion que de souci du détail dans une dynamique de popsongs et de psychédélisme ornementé de touches électroniques. Sans jamais s'embarrasser d'une conscience trop précieuse (certains arrangements sont osés et quelques autres donneront l'impression d'avoir pris la poussière mais qu'importe s'ils servent une cause), le groupe ne sonne comme personne d'autre et Ka-Spel chante ses petits contes étranges et paranoïaques avec des voix diverses et un sens aigu de ce qui peut, en termes "pop", favoriser la connivence (malgré une nette tendance à la noirceur) : explosions de sons, montées en puissance, et surtout codas parfaitement fédératrices, comme c'est le cas avec l'histoire de la Princesse Coeurdeglace.
D'ailleurs je ne résiste pas à vous offrir l'opportunité d'écouter une autre chanson issue du même album, afin de vous offrir un (tout petit) aperçu du domaine d'action de ces musiciens de l'ombre pour vendre les disques desquels votre disquaire ne possède aucun rayon dédié.
(Green Gang)
Joe Gonzalez
P.S. : Je vous conseille de consulter le site internet du groupe et de lire l'auto-présentation absolument tordue qu'ils produisent. Vous y trouverez aussi plus d'informations sur leur discographie et leurs récents projets.
Depuis la naissance il y a quarante ans de Faust dans la ville d'Hambourg, de l'eau a coulé sous les ponts. D'abord, le groupe a participé au mouvement krautrock au début des années 70 puis a disparu pendant une bonne dizaine d'années avant qu'une série d'enregistrements inédits ne paraisse dans les années 80. Après 20 ans d'absence, le groupe se reformait alors, en 1993 autour de trois musiciens présents dès ses débuts : Hans-Joachim Irmler, Jean-Hervé Peron et Werner Diermaier. Depuis la créativité du groupe n'a pas failli mais s'est par contre divisée. Depuis 2005, Faust est doté d'ubiquité puisque des disques ont paru qui étaient composés par le seul Irmler, tandis que d'autres nous venaient de Peron et Diermaier. La dernier album en date, en 2010, "Faust is last", qui semble être le chant du cygne de la première de ces deux incarnations, a été suivie moins d'un an après sa sortie par la réponse négative de la seconde : Faust n'est pas terminé (pour tout le monde). Au contraire, les expérimentations (kraut)rock du duo franco-allemand se poursuivent, avec l'assistance de deux membres du groupe français Ulan Bator, Amaury Cambuzat et Olivier Manchion, et cette fois-ci, Faust nous sert quelque chose de sale.
Par là, il faut comprendre que les guitares ont tendance à cracher du venin à la moindre occasion, mais pas que l'album est un condensé de bruit, loin de là. C'est plutôt dans le son du disque qu'il faut chercher l'idée. On n'est pas dans le lo-fi, ni dans le garage-rock, le son n'est pas vraiment malpropre, mais on sent bien que l'idée était (ou que le résultat fortuit est) un son tout sauf propre, sur lequel est dressé une fine pellicule de poussière qui "fait" authentique. Et ça l'est. Ces mecs-là continuent de créer 40 ans après leurs débuts et leur album, s'il souffre peut-être de quelques longueurs (on s'amuse bien plus lorsque Peron ou Cambuzat chantent/scandent des insanités/bétises que lorsque le chant est confié à la gent féminine). La meilleure façon de résumer l'intérêt de "Something Dirty" est probablement d'affirmer (et je le pense) que ceux que la séparation de Thurston et Kim a autant déçus que le dernier album de Sonic Youth, et qui n'ont pu se contenter du dernier Sonic Youth Recording : Faust a enregistré un album "à guitares" sur lequel l'instrument digresse avec stridence, tandis que les expérimentations rythmiques et sonores (la batterie en retrait, le vacarme de cordes, sur Pythagoras, par exemple), les bêtises touchantes dignes de gamins (Save the last one), et quelques vagues transes psychédéliques (Herbststimmung) dignes du IVème Reich (celui du rock allemand, ja !) nous permettent de croire encore qu'il est encore temps de croire en le rock'n roll, son potentiel, sa stupidité et son pouvoir, même quand on est d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, quitte à publier un disque imparfait et quitte à ce qu'une poignée seulement l'écoute.
Aussi unique soit-elle, aucune musique n'est entièrement dénuée d'influences extérieures — et quand plusieurs artistes semblent suivre les mêmes traces, il peut être intéressant de voir là où ils divergent, voir comment ils interprètent une même source d'inspiration ou un même matériau. Cette nouvelle rubrique, intitulée [Parallèles], est donc consacrée à l'étude comparative de plusieurs pistes ou albums ayant à chaque fois un point commun — que ce soit un thème, un son, une même composition ou autre chose encore ! Ce premier numéro est consacré au sampling, avec pour source sonore commune un film que vous connaissez tous (au moins de nom)…
“What's wrong?”
L'univers clinique, aseptisé et immaculé de THX 1138 reste à ce jour (quarante ans après la sortie du film) non seulement une référence, mais une vision qui n'a rien perdu de son actualité. Sans vouloir tomber dans la paranoïa classique qui consiste à considérer comme prophétiques toutes les œuvres majeures présentant des futurs dystopiques (même s'il est vrai que les designs blancs et minimalistes, les numéros ou codes associés à chaque personne, les voix électroniques aimables qui nous assistent, sont de plus en plus nombreuses ces dernières années), sans vouloir insinuer qu'on s'approcherait d'un tel univers aujourd'hui à moins de rentrer dans un Apple Store, le futur de THX 1138 paraît toujours, quelque part, en partie crédible(*). Et nous parle toujours autant, si ce n'est de plus en plus.
Le minimalisme de ce long métrage en rend chaque détail signifiant — et certains éléments ont acquis un statut culte, renvoyant immanquablement au film et à ce qu'il (re)présente. Ainsi, dès l'ouverture du film, le fameux "What's wrong?" synthétique, faussement aimable et inquisiteur, de l'armoire à pharmacie est une fantastique métonymie pour son univers — ou tout futur dystopique, ou tout monde où nous serions assistés par des machines pour masquer la solitude et le mal-être que ce même monde nous inflige. Une mine d'or pour les musiciens amateurs de sampling.
Je n'ai pas cherché volontairement les utilisations de ce sample en musique à l'origine : je suis tombé dessus par hasard, sur une piste, puis deux, puis trois… La curiosité s'installant, j'ai commencé à vouloir toutes les dénicher et à en faire un petit inventaire afin de comparer l'effet obtenu à chaque fois. Voici le résultat (merci au bon vieux site ésotérico-informatif techno-psychédélique fUSION Anomaly, qui contenait pour le coup plus de références que Wikipedia ou même que les sites spécialisés !). Sept pistes, sept artistes, sept sens différents, et toujours la même voix qui hante. Peut-être pas de quoi en tirer une thèse ou une conclusion irrévocable sur l'évolution du sens de cette voix (même si on peut dégager certaines tendances), mais au moins de quoi entendre à quel point un matériau sonore aussi lourd de sens peut être remodelé, réutilisé et réinterprété par les artistes…
(*) Si l'on excepte le fait que le sexe puisse devenir illégal, peut-être.
Artiste : Front 242 Piste : GVDT Album : "Geography" Date : 1982
Sur ce premier album des pionniers de l'EBM (Electronic Body Music : un genre basé sur un croisement de dance music et d'industriel, on vous en a parlé il y a quelques jours), la fameuse phrase était utilisée de manière presque ironique : le groove frénétique et les sons presque amusants de cette piste subvertissent le sens du sample. Ici, on se réapproprie tout ce qui est mécanique et froid, on danse dessus, on se gausse presque. Il paraît d'ailleurs que la chanson fut inspirée, tout bêtement, par l'attente interminable d'un journaliste qui devait interviewer le groupe et qui n'arrivait pas ! Même si la froideur du son et la référence au film peuvent faire poindre quelque humour noir (l'influence de la musique industrielle est bien là, après tout), c'est presque un tube léger que l'on a là…
Artiste : Ryoji Ikeda Piste : What's Wrong? Album : "Channel X" ; "1000 Fragments" Date : Inconnue (entre 1985 et 1995)
Les univers cliniques, Ikeda connaît. C'est même un spécialiste du genre. Les pochettes de ses disques sont toutes blanches et ultra-minimalistes, avec des règles, des croix, des code-barres disposés de façon parfaitement régulière (les deux photos présentes sur celle-ci ont disparu lors de la réédition de l'album) — et les sons que contiennent sa musique sont "parfaits", méticuleusement disposés de manière à produire le maximum d'effet avec le minimum de sons et une présence humaine proche de zéro. Des travaux impressionnants sur l'espace, des fréquences glaciales qui forment des espaces abstraits… ou bien qui — contre toute attente— peuvent être follement dansants dans certains cas. Mais sa première série d'enregistrements, "Channel X" (incluse sur l'album "1000 Fragments"), était bien plus frénétique et chaotique, juxtaposition de courtes pistes présentant de nombreux instantanés de diverses visions de la famille d'univers dans lequel il entrera par la suite. Une piste très peu représentative de l'esthétique de l'artiste, mais un document intéressant. Ce sample introduit le premier rythme réellement techno de la série…
Artiste : Doubting Thomas Piste : F862 Album : "The Infidel" Date : 1991
L'un des tous meilleurs disques que j'ai pu entendre de la part du cercle des membres de Skinny Puppy (Download, ohGr, The Tear Garden…), "The Infidel" de Doubting Thomas (soit cEvin Key et Dwayne Goettel) est un album instrumental aux sonorités sombres mais chaudes, travaillé comme une cathédrale à la beauté complexe et inquiétante, construite sur des ruines industrielles. F862 semble décrire une scène d'une histoire qui se passerait justement dans un monde dystopique, un monde dont une certaine héroïne tenterait de s'échapper — il ne faut pas grand chose pour évoquer cela, juste quelques samples qui décrivent la situation (le "What's wrong?" lointain, que l'on pourrait presque rater, évoque la fuite) et une progression qui la fait ressentir, en progressant d'un début plutôt froid et hostile à une montée en puissance de plus en plus chaude, mélancolique et de plus en plus humaine…
Artiste : Laibach Piste : Regime of Coincidence, State of Gravity Album : "Kapital" Date : 1992
Laibach, groupe slovène lui aussi axé industriel (il semble que seuls des groupes électroniques ou industriels aient fait usage du sample — à moins que quelqu'un ne connaisse un exemple de son utilisation dans un autre genre ?), est surtout connu pour ses reprises de chansons pop (genre Life is Life ou The Final Countdown), plutôt comiques et aussi subtiles qu'un bulldozer… Il est ici aussi question d'humour, mais d'un humour grinçant. La pochette de l'album, le nom, le titre de la piste et surtout les sonorités sont sans appel : c'est un monde futuriste martial et totalitaire que Laibach nous présente, et son caractère grandiloquent et grotesque (avec la superposition de certains sons) ne le rend pas moins inquiétant. Pas plus que sa fin abrupte, qui conclut d'ailleurs l'oeuvre, et que l'on pourra interpréter de diverses manières.
Artiste : F.U.S.E. Piste : Theychx Album : "Dimension Intrusion" Date : 1993
Cette piste de F.U.S.E. (= Further Underground Sound Experiments), premier alias de Richard Michael Hawtin avant qu'il ne prenne le nom Plastikman, présente une utilisation sensiblement différente et d'autant plus mémorable du sample. Étonnamment apaisante et agréable, Theychx est une piste d'(ambient) techno à progression très lente, qui s'étale sur treize minutes presque hypnotiques… Qu'est-ce qui ne va pas ici ? Rien, tout va bien, tout est immuable, identique à lui-même, peut-être engourdissant mais si rassurant. On se croirait dans un univers technologique futuriste parfait, dans un hôpital qui fait réellement du bien. L'image de ce monde (version idéale de THX 1138 ?) est du coup immanquablement présente à l'esprit de l'auditeur — plus que dans n'importe quelle autre piste présentée ici. Et si vous ressentez malgré tout un certain malaise, une envie de vous échapper de cet univers sonore (ça n'est pas mon cas), cela ne viendrait-il pas que de vous ?
Artiste : Orbital Piste : Out There Somewhere? (Part One) Album : "In Sides" Date : 1996
Orbital, fameux groupe de musique électronique des années 90, aura enregistré son chef-d'œuvre sans l'avoir entièrement voulu. "In Sides" était censé être un album de dance music, mais l'humeur des membres n'étant pas au rendez-vous lors des sessions d'enregistrement, le disque a fini par devenir un album à thèmes, aux pistes longues et remplies de tensions et d'une tristesse sous-jacente… Out There Somewhere?, final de l'album en deux parties (24 minutes au total et pas une de trop), est la partie la plus personnelle de l'album, les moments où ces sentiments se ressentent le plus. L'angoisse transparaît, tout semble tourner de travers, et la piste ne se "libère" qu'au bout de longues minutes… Rarement une musique électronique aura été aussi humaine.
Artiste : UNKLE Piste : I Need Something Stronger Album : "Never, Never, Land" Date : 2003
Ah, UNKLE… Beaucoup penseront que le projet aurait dû s'arrêter après le superbe "Psyence Fiction" et le départ de DJ Shadow, tant il est vrai que James Lavelle n'aura jamais atteint les sommets touchés par ce premier album. "Never, Never, Land" sort ainsi après l'un des disques qui exprimait le mieux l'angoisse de fin de siècle qui imprégnait tout le genre ; mais avec un membre important en moins, cinq ans après, autant dire considérablement affaibli. "Never, Never, Land", c'est presque l'équivalent de retourner voir le prédicateur défait qui avait annoncé la fin du monde il y a trois ans — et que plus personne n'écoute. C'est un disque imparfait, larmoyant, parfois maladroit, sans doute dispensable pour qui n'est pas fan du genre… et pourtant, il reste touchant. I Need Something Stronger se repose presque entièrement sur le sample de THX 1138 (dont plus personne ne semble avoir envie de rire aujourd'hui). C'est une piste mineure de l'album, mais elle reste représentative et symptomatique : inquiétante au début, elle devient douce quelques moments puis repart dans cette angoisse de début de millénaire digital, aseptisé, qui n'a à offrir qu'une voix synthétique pour s'occuper du mal-être. Un sédatif, une pilule pour se sentir bien, pendant une courte durée. Et qui ne guérit rien des causes profondes.
Si ces dernières années, les Snobs avaient pu donner l'impression d'avoir posé le pied sur le frein après des débuts frénétiques (12 disques entre 2003 et 2007, sans parler des concerts et des courts métrages de Mad Rabbit), en 2011, la machine semble relancée à fond la caisse. Après un excellent album solo de Duck Feeling et un huitième album (officiel) dans la foulée (*1), après une série de concerts printaniers fort plaisants, et avant la publication d'un nouveau court métrage (annoncé comme le chef d'œuvre de Mad Rab' et dont la première est prévue pour la fin Septembre), les Snobs ont trouvé le temps de collaborer avec le poète New Yorkais Steve Dalachinsky et d'enregistrer un "Anti-Opera Post-Apocalyptique Asurréel en Deux Actes".
Imaginée par le label bordelais Bam.Balam Records(*2), la rencontre visait à offrir un environnement "rock" au poète, après de nombreuses expériences dans le monde du jazz. Et de ce point de vue, la rencontre est un semi-échec dans le sens où les Snobs ne sont plus un groupe de "rock" depuis longtemps. Semi-échec seulement puisque la participation de Dalachinsky n'a sans doute pas été tellement influencée par le groupe en face de lui. C'est en effet à l'occasion d'un passage en France que le poète a rencontré les Snobs et qu'il a mis en boite sa part de l’œuvre, sur laquelle les musiciens ont pu par la suite travailler, à leur rythme, afin de mettre en musique la linguistique agile de leur "invité". Si les Snobs n'avaient pas pour but de parasiter l'idée du label, ils n'ont pas forcément mis du leur pour amener Dalachinsky sur le chemin du rock. En effet, ni les instruments utilisés par Duck Feeling et arrangés et mixés par Mad Rabbit ni leur méthode de composition ne s'approchent ici de la stylistique rock. Sitar, meuleuse, bidons et seaux métalliques, guitares, orgue et un vieux magnétophone, tous mis à profit dans une démarche post-industrielle (si l'indus était la musique de l'urbanisme envahissant, alors les percussions des Snobs créent le son d'une banlieue semi-rurale spatialement étouffante) et post-moderne où le groove africain rencontre le bruit et la construction cérébrale européenne. La démarche est résolument ambitieuse et l'expérimentation sur le son, quelle qu'en soit la part d'improvisation, rappelle davantage la folie free des disques les plus aventureux du label SST Records (à l'époque où l'avant-garde rock se concentrait sous l'étiquette "post hardcore").
(Écoutez ci-dessus les deux actes composant l'album) (Puis commandez le disque ici, pour une somme modique et dans un bel emballage)
Descendant direct de la poésie beat (et notamment de William Burroughs et Allen Ginsberg), Dalachinsky est un ami du son avant d'être un amant du mot. Le sens derrière ses choix linguistique est fort et c'est important (on évite les babillages onanistes que j'ai tendance à reprocher à une partie des praticiens du verbe) mais c'est avant tout parce que leurs sons l'envoutent qu'il choisit des syllabes. Il peut alors paraitre tour à tour magnifique et charismatique puis agaçant et dépourvu d'inspiration lorsqu'il répète mots et sons, en invente, en mélange (in Ah mores) et se lance avec un sérieux déroutant dans une énumération non pas de signifiés, de concepts mais de signifiants, de phonèmes. Débitant ses constructions phonétiques d'une voix grave, profonde, la voix d'un homme qui a vécu et qui me rappelle parfois la tessiture et le souffle de Mickey Rourke, tel qu'il s'exprime dans ses plus récents rôles ("The Wrestler", par exemple), Dalachinsky donne peut-être l'impression d'improviser, de lancer les premiers mots qui lui viennent, mais il n'en est rien. Le flot de conscience est un élément important de la poésie beat, mais pas au prix d'une construction servant un propos. Tout comme le free jazz n'est presque jamais une musique reposant entièrement sur l'affect instantané, les poètes beats tels que Dalachinsky sont pour la plupart bien plus que de simples émetteurs d'ondes sensorielles, incapables de comprendre ou de disséquer ces ondes. De cette façon, la fluidité massive de l'enregistrement, cet afflux pratiquement incessant de phonèmes vocaux et de sons instrumentaux, apparemment aussi libres de mouvement que d'apparence, cet afflux n'est pas aussi free qu'il en a l'air et le flot l'amène en une direction dictée par l'homme derrière le son.
Derrière le jeu des mots ("home follows the light / follow the light home / the light follows home / my belongings / belonging to no one" in The Garbage Man) il y a un homme qui ne rit pas et qui s'interroge. Le premier acte de cette anti-pièce pots-apocalyptique tourne autour de la supposition "Must have been abducted" (soit "on a du les kidnapper"), que le poète applique à un nombre infini de valeurs prétendument sûres : voitures, chiens, incantations, juristes, politiciens, sourires et ainsi de suite, que l'on a probablement du kidnapper puisqu'ils ne lui apparaissent plus. Critiquant ainsi de façon consumériste la perte de(s) valeur(s) de l'objet, du concept, en un mot du "bien", Dalachinsky n'évite même pas la finalité de la recherche d'une solution à la déroute sociétale qu'il décrit, il n'en a pas le temps. A mesure que le temps passe, le langage lui-même lui est enlevé et lorsque l'acte touche à sa fin, ses phonèmes ne sont plus que borborygmes.
Steve Dalanchinsky est un poète d'obédience beat : il est cynique et critique une société qu'il trouve dénaturée, dans laquelle plus personne n'est qui il devrait être ("we are all aliens / we must all have been abducted") mais il n'est pas aigre, son espoir d'un monde meilleur le pousse à croire que sa différence ("he calls me a GARBAGE MAN / failed baby of the rhythm of the world / failed child of the universe’s plan") n'est pas une tare, et qu'il n'est pas seul. Nous sommes avec lui, en décalage ("we are dressed for the aftermath of the party / and come from a neighborhood of broken promises / and pride / we are failed rhythm babies / and have more rhythm than we need") et gâtés, trop, et nous n'en profitons pas assez car s'il faut retenir une formule du poète ici, c'est bien "favorite recipes of the unknown" (recettes favorites de l'inconnu). C'est ainsi qu'il décrit les infinies possibilités de recherche de connaissance, de découverte personnelle et c'est une idée que l'album semble refléter d'un bout à l'autre de l'anti-opera. Une idée que l'on voit reflétée dans la soif de sons de Dalachinsky comme dans le saut en avant des Snobs, qui avaient certes déjà une belle expérience de mise-en-musique (les nombreux courts métrages de Mad Rabbit ont eu droit à des bandes sons personnelles et même à des diffusions sur le mode du ciné-concert) mais qui trouvent ici à illustrer des mots étrangers.
(Les snobs font leurs courses de tambours à la décharge, une démarche écolo-industrielle)
C'est d'une façon linéaire et évolutive tout à la fois que Duck Feeling a choisi de procéder. Comme s'il avait voulu déposer sur bande l'étendue de ses possibles, tout en sonorisant le parcours émotionnel, sonore et idéologique de Dalachinsky. Ainsi, les constatations effrayantes de disparition des repères du poète sont elles accompagnées par une sorte de nappe cuivrée, tendue, stressante, lentement réveillée par une motif de guitare correspondant à l'épiphanie progressive que l'on sent se profiler dans la voix de Dalachinsky quand il prononce ses "over and over and... ov...er a...gaiiin". La guitare de Duck entame alors une boucle psychédélique tandis que l'énumération reprend et que l'esprit sombre dans un tourbillon qui l'amènera finalement vers le néant. Pendant le second acte, l'esprit réflexif est accompagné par un sitar contemplatif jusqu'à ce que tout ne s'écroule et qu'un noise rock fiévreux, doublé d'un groove aphteux, ne s'installe tandis que la folie semble gagner une digression verbale tournant en boucle autour des concepts de symétrie estropiée, d'espaces vides et de reflets viciés et alors, suivant la basse et les percussions dans une ronde infinie, la guitare semble offrir un mime dérangé à la spirale de Ah mores. La patte de producteur de Mad Rabbit ne pèse alors jamais autant que sur le climax démentiel de What the hell is it Ethel ? lorsque la voix se dématérialise, comme en un dub psychotique hanté, tandis que l'orgue lance des oscillations psychédéliques et que des grincements apparaissent de part et d'autre de l'écran sonore, tandis que tout bascule et avant que ne se termine la réflexion, après toute activité ("after thinking").
Sans être aussi radical que le manifeste artistique de Duck Feeling et sans même réussir aussi franchement à coupler le plaisir cérébral de l'expérimentation au régal physique du groove comme "Rhythms of Concrete" a pu le faire, cette collaboration étonnante est une totale réussite. Un enregistrement exigeant, dont la profonde recherche (sonore, psychique et d'inconnu) n'aura pas fait chou blanc. Comme le dit Steve Dalachinsky lui-même à chaque fois qu'il tend la main vers l'inconnu : on en revient toujours avec quelque chose de neuf.
Joe Gonzalez
(*1) : "Rhythms of Concrete", dont nous vous toucherons deux mille mots d'ici peu puisque c'est l'un des meilleurs disques de l'année.
(*2) : à qui l'on doit déjà le "Cometary Orbital Drive" des japonais psyché-chtarbés d'Acid Mothers Temple.
* Keiji Haino — “C'est parfait” endoctriné tu tombes la tête la première n'essayant pas de comprendre quelque chose si tu te prépares à la décision d'accepter tout compris / Entre en toi-même cela se résoudra
Avec son apparence androgyne, sa frange soignée, ses habits noirs et les lunettes de soleil qu'il ne quitte jamais, photographié en noir et blanc sur presque toutes les pochettes de ses disques, Keiji Haino fait déjà une certaine impression avant même de jouer la moindre note. Veut-il exhiber son élégance et imposer son image ? Ou en répétant cette image et en ne se montrant jamais autrement l'artiste se fabrique-t-il un masque ? Poseur ou homme-mystère ?
L'écoute de ses disques laisse imaginer que, comme on pouvait s'y attendre, Keiji Haino est un peu des deux. Le plus souvent seul à jouer de sa guitare et à chanter, à faire du bruit et à éructer, à maltraiter son instrument et à hurler, Haino joue une musique à la fois très expressive, délivrée des conventions habituelles et que l'on imagine cathartique… mais aussi hermétique, à tel point que l'on peut se demander parfois si ce que l'on entend est bien une expression lyrique ou plutôt de pures expérimentations formalistes. Ainsi, plusieurs disques de Keji Haino sont intéressants mais difficiles à saisir ou à vraiment aimer.
(extrait)
Ce n'est pas le cas de celui-ci. Ce dix-neuvième (?) album solo, enregistré live, est une œuvre sans pareille : composition ou improvisation de trois quarts d'heure en plusieurs parties, à la fois toujours étonnante et qui suit parfaitement sa propre logique, rarement si ce n'est jamais entendue ailleurs. Ce qui fait la différence, c'est la structure et surtout les rythmes ; les paroles, parfois chantées en douceur (mais toujours quelque peu angoissantes), souvent découpées en courtes exclamations, parfois hurlées, se superposent à des percussions viscérales, endiablées, formant un contraste étonnant et prenant. Folie contrôlée, expressionnisme du rythme, le résultat est saisissant.
"Keiji Haino vs. Keiji Haino", résume un auditeur : on pourrait même aller plus loin et dire "Keiji Haino vs. Keiji Haino vs. Keiji Haino vs. Keiji Haino vs…", tant l'artiste semble s'accompagner et rivaliser avec lui-même simultanément tout le long du disque. On imagine la performance quasi-théâtrale. La musique l'est, en tout cas !
Apprrrrrrochez, apprrrrochez, mesdemoiselles, mesdames, messieurs et tous les autres ! Bienvenue au grand cirque de Mr. Bungle ! Vous aimez les clowns rigolos qui font peur ? Les montagnes russes qui grisent et font vomir ? Les freak shows ? Les joyeux lurons masqués de Mr. Bungle sont là pour vous divertir !
Mr. Bungle (“to bungle” signifie littéralement “bâcler”, le nom vient de cette vidéo éducative tout à fait instructive qui vous ordonne de METTRE PLUS DE SAVON SUR VOS MAINS PLUS DE SAVON TOUJOURS PLUS DE SAVON IL N’Y A JAMAIS ASSEZ DE SAVON @2:40 ne regardez pas tout sinon vous allez vous rendormir, oh et si vous venez d’apprendre un nouveau mot anglais vous n’aurez pas perdu votre journée en lisant cet article) était un groupe composé de Mike Patton, Trevor Dunn, Trey Spruance, Vlad Drac, Danny Heifetz, Mike Patton, Scummy, Trevor Dunn, Bär McKinnon, Theobald Brooks Lengyel, Mike Patton, Uncooked Meat Prior to State Vector Collapse, Clinton McKinnon, Mort & Robby Roy, Trey Spruance, Trevor Dunn, Jed Watts, Mike Patton, Hans Wagner, I Quit et Davec Worykz!Z[L#2@(tb)...] (il a depuis splitté).
De gauche à droite: Mr. Bungle, Mr. Bungle, Mr. Bungle, Mr. Bungle, Mr. Bungle et Mr. Bungle.
Le groupe a commencé par sortir des démos quand ses membres étaient au lycée, avec des noms de chansons élégants comme Anarchy Up Your Anus (littéralement : Petite musique de nuit en ré mineur) ou Fart in a Bag (littéralement : Ô ma dulcinée que tes lèvres sont douces), puis quelqu’un chez Warner Bros, soit complètement défoncé, soit sérieusement séduit par leur humour potache et leur musique déjantée, a consenti à publier trois de leurs albums. (Vous me direz, les Boredoms ont été signés par Warner Bros aussi, donc bon.)
Donc. Donc ; donc, Mr. Bungle était le groupe principal de Mike P— oh et puis zut, vous ne lisez déjà probablement plus qu’en diagonale (ou alors vous êtes sur le point de mettre une aspirine dans votre café), donc autant balancer la sauce maintenant:
Le seul clip du groupe, refusé par MTV. (La piste s'appelait Travolta à l'origine, le nom fut changé en Quote Unquote pour des raisons légales)
Mike Patton, donc, a commencé avec Mr. Bungle avant de devenir chanteur de Faith No More (et de fonder Fantômas et Ipecac Records, de collaborer avec John Zorn, The Dillinger Escape Plan, Dan the Automator, The X-ecutioners, etc). Cet homme est capable d'alterner entre un chant de crooner et un scat effréné en un quart de seconde en passant par une voix pop nasillarde, un gueulement rauque de metalleux et une bonne dizaine d’autres styles de chant à volonté. Ça tombe bien, Mr. Bungle fait pareil et passe du thrash metal au ska en passant par la pop, le free jazz, les instrumentaux rétro-kitsch, la surf music et le funk rock dans la même piste (j’exagère à peine), quand ils ne se paient pas la tête des Red Hot Chili Peppers en massacrant joyeusement leurs chansons lors de concerts-blagues ou ne jouent pas des thèmes de Super Mario Bros ou de Star Wars. Les thèmes abordés par le groupe vont de l'incongru aléatoire (un ornithorynque, un œuf) au sérieux morbide (la violence domestique) en passant par l'humour gras (la masturbation sur des magazines porno), en ignorant toute notion de décence ou de bon goût. Je vous en reparlerai à l'occasion pour présenter "Disco Volante", un disque qui casse cinq pattes à un canard puis les recolle à l'envers en hurlant de rire...