C'est entendu.
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vendredi 2 décembre 2011

[Réveille-Matin] Anal Cunt — Kyle from Incantation Has a Mustache

Parfois, je doute.

Notre société se dirige-t-elle vers la catastrophe et l'effondrement ? Se rebeller, oui, mais comment ? Et que proposer ? Devrais-je suivre des principes moraux stricts ? Vais-je finir sous les ponts ou exploité jusqu'à la moelle pour un salaire de misère ? Combien de temps un pot de sauce tomate ouverte se conserve-t-il au frigo ? Pourquoi ai-je tellement de mal à comprendre ce qui cause les bouchons sur les autoroutes alors que c'est tout simple ? Pourquoi ai-je tout autant de mal à comprendre ce qu'est exactement l'idée du Surhomme selon Nietzsche ? Dois-je m'efforcer de critiquer avec une part d'objectivité les disques que je note ou devrais-je plutôt assumer ma subjectivité à fond ? Pourquoi ai-je toujours envie de couper les cheveux en quatre et de donner des 3.25 ou des 3.75 ? Est-il d'ailleurs possible de juger de quoi que ce soit objectivement ? Dieu a-t-il une moustache ? Dieu est-il capable de se laisser pousser une moustache si longue que même lui ne puisse la couper ? Ai-je bien mis le réveil à 06:15 demain matin ? Pourquoi la société nous inflige-t-elle des horaires de merde qui m'obligent à me lever à 06:15 alors que le soleil est encore couché bien confortablement sous ses nuages ? Kierkegaard avait-il raison quand il disait "Putain, c'est chiant Coldplay quand même" ? Comment dit-on "Putain, c'est chiant Coldplay quand même" en danois ? Suis-je bien sûr d'avoir mis mon réveil à 06:15 ? Pourquoi suis-je seul à trouver Born This Way nettement plus plaisante que l'insupportable Poker Face, et pourquoi me fais-je cette réflexion vu que de toute façon je n'écoute jamais volontairement Lady Gaga ? Suis-je absolument sûr d'avoir mis mon réveil à 06:15 ? Et si mon réveil se met soudain à tomber en panne ? Pourquoi le stress de ne pas réussir à me réveiller demain matin m'empêche-t-il de m'endormir ? Pourquoi stresse-je tant, d'ailleurs ? Ça se dit, "stresse-je" ? Pourquoi le mot heavy dans le domaine du sludge rock est-il si pénible à traduire en français ? Où est le quoi si le quoi est en pourquoi ? Pourquoi le combat contre le démon Capra dans Dark Souls est-il si frustrant et mal foutu alors que le reste du jeu est excellent ? Quand aurai-je l'occasion d'écouter le "Strobo Trip" des Flaming Lips en entier ? Qu'adviendra-t-il du "printemps arabe" ? Que faire contre la crise économique actuelle ? Pourquoi n'ai-je pas réussi une seule fois à écouter "Let England Shake" en entier alors que d'habitude j'aime PJ Harvey ? Pourquoi ai-je soudain très envie de voir Søren Kierkegaard prononcer "Rødgrød med fløde" tout en mangeant du rødgrød med fløde ? Écrit-on "existentielles" ou "existencielles" ?

Bien sûr, la musique n'offre que rarement des réponses aux questions existen_ielles que l'on peut se poser. Aucun disque n'a jamais réussi à me convaincre durablement de l'existence de Dieu, d'une politique juste ou de l'Amour fou et éternel au premier regard (l'illusion peut marcher un temps, parfois…).

Et pourtant, il y a bien une chose que la musique m'a appris avec certitude, une chose à laquelle je crois, une vérité en laquelle j'ai une foi inébranlable.

C'est le fait que Kyle Severn, du groupe Incantation, a une moustache.






— lamuya-zimina



P.S. Ce réveille-matin ne comporte aucune référence gratuite et sans intérêt à La Moustache d'Emmanuel Carrère, sauf que maintenant si.

P.P.S. Je n'ai jamais lu ni vu La Moustache d'Emmanuel Carrère.

dimanche 20 mars 2011

[Gueule de bois] Jean-Pierre Mader - Les Bandes Dessinées

La semaine de la honte ? Pff… Même pas peur ! J’ai rencontré mon premier véritable ami à 17 ans, et c'était un chien, plus précisément un yorkshire. Et ces animaux-là ça grogne et ça aboie. C’est tout. Moi il me mordait en plus. Aujourd’hui, maintenant que cette sale bête au petit bout constamment rouge est crevée, je doute des véritables liens qui ont pu nous unir (sauf à considérer que se frotter contre ma jambe jusqu’à jouissance dénotait une belle amitié virile). Alors oui, mon adolescence se résumait à refuser les avances sexuelles de mon animal de compagnie tout en continuant d’espérer – en vain – que ma jolie voisine de classe, Stéphanie S., dont j’étais tombé follement amoureux, puisse enfin "entendre ce murmure d’amour élevé sur ses pas" (*1). Autant vous le dire, la honte ça me connaît et dévoiler mon mauvais gout à la planète entière est pour moi chose aisée.


Mon meilleur ami.

Mais l’humilité étant, je me dois de reconnaître le travail exceptionnel de mes confrères. Je propose alors, de la façon la plus sérieuse possible de nommer Thelonius H. chevalier de la blogosphère, lui qui a trouvé avec Daniel Bouldoire ce que nous cherchions tous cette semaine… Le saint Graal du mauvais goût. A côté, le pull en mohair avec aigles brodés dessus c’est du Galliano et la demande en mariage à Hippopotamus le plus bel acte d’amour pour commencer une nouvelle vie commune.

Bref parlons de Jean-Pierre Mader. Pas grand chose à en dire en réalité de l’auteur de deux tubes que vous connaissez forcément, Disparue en 1984 et Macumba en 1985. Deux titres faussement new wave formatés pour la FM. Aucun intérêt. Si je vous parle de JP c’est pour ce qu’il a fait avant, un morceau pop datant de 1978, Les bandes dessinées, chef d’œuvre mélodique, bande son parfaite d’un film de Sofia Coppola.



Alors posez-vous quelques secondes. Dans la langueur estivale, vous sirotez un Mojito, vous sucez un ou deux acides. Imaginez-vous simplement au bord d’une piscine qui aurait déjà vécu un peu trop longtemps, c’est un peu décrépi, c’est plus très frais, quelques traces tenaces de moisissures ici et là (un peu comme Madonna par exemple vous voyez ?) mais on l’aime bien quand même, elle a du vécu, elle raconte des souvenirs, des nostalgies. Et puis dans cette piscine flotte, au gré des mouvements presque imperceptibles de l’eau, une bouée usée et fatiguée sur laquelle repose une jeune femme endormie ou peut-être morte d’ailleurs. Le doute plane mais on s’en fout. Autour de cette merveilleuse piscine vous êtes entourés de jeunes obèses. La chaleur faisant son effet, ils cuisent dans leur propre gras comme de beaux cochons de laits, croustillants et gourmands.

Même sous acide, je n'en ai que pour les canidés.

Et vous voilà, vous, dans ce décor idyllique, tout droit tiré du film Somewhere, continuant de boire au milieu de ces jolis garçons et sous une lumière vaporeuse aux teintes pastelles. Un soleil dessiné à l’aquarelle renferme dans l’air de multiples couleurs, vous touchez un bleu ciel et là un joli carmin, puis vous croquez dans un superbe rouge cerise et vous avalez nonchalamment un bleu de Prusse. Bon ne l’oublions pas vous avez déjà pris deux acides à cette heure-ci. De là à dire que Jean-Pierre Mader était dans le même état que vous quand il a écrit en 1978 ces jolis vers "Tintin vient juste de se marier / Pour fuir sa prison de papier/ Tarzan a voulu s'égarer / Dans l'affaire du collier" il n’y a qu’un pas que j’ai bien envie de franchir. Et puis ce texte c’est beau comme du René Char me direz vous ? Bah non c’est une énorme daube sortie tout droit d’un cerveau illuminé qui, tout heureux de sa prise d’acide, se met à voir Tintin et Tarzan en train de copiner et de sniffer tout ce qui passe. "Dans le monde des bandes dessinées / Tu verras tout est vrai / Tu apprendras à voyager." Ah ça pour voyager il va voyager le gamin sous LSD.

C’est une belle chanson hédoniste qui vante la perte de contrôle, l’explosion des sens, elle prône la nonchalance, son rythme-même invite à la détente, au délassement, une chanson désenchantée mais utopique. Foutons le bordel merde ! Dans ce monde du travailler plus pour gagner plus, le Jean-Pierre Mader de 1978 nous invite à résister, à nous prélasser au son des hippies, à refuser les obligations en s’adonnant à tous les plaisirs, en jouissant de tout les corps, en goûtant à toutes les drogues. En 1978, Jean-Pierre Mader était anarchiste. En 2011, nous avons besoins d’anarchistes.

Ah oui, j’oubliais. J’aime aussi Justice, Benjamin Biolay, regarder Top Chef sur M6, Julien Clerc et les morceaux pourris de Ed Banger qui me font danser, je trouve que parfois le NME n'a pas tort ; pire, tout dans le Grand journal n'est pas à jeter et je lis Pitchfork régulièrement. Je pense sincèrement que je serais plus à mon aise en chroniquant des films pornos plutôt que des albums obscurs que trois pèlerins vont écouter pour pouvoir se la péter en soirée branchouille au Baron. Ah comme ça fait du bien, enfin, de faire son coming out !


Kevin Varin

(*) : d'après le sonnet de Felix Arvers (poète français 1806-1850)

vendredi 18 mars 2011

[Réveille Matin] Daniel Bouldoires chante Sernam

Et c'est reparti comme en '40 que je vais encore une fois devoir redéfinir le honteux musical et ainsi enterrer les tentatives naïves de mes petits camarades de vous faire croire qu'ils ont atteint le fond de la barrique en exhibant des chansons pour enfants, de la musique pour jeux vidéos, de la pop 80's ou encore des japonais qui se marrent entre deux albums de bip-bip de portable à côté d'une chaîne hi-fi. Tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant, c'est que le SERNAM (acronyme de Service national de messagerie) est une société française de transport de bagages et de colis, filiale de la SNCF jusqu'en 2002.


(La pochette du mythique 45T du SERNAM.)


(SERNAM)

(Ça c'est le SERNAM (face-B))

Voilà. Quand vous aurez fini d'écouter cet hymne ferroviaire et son indispensable face-B éducative, quand vous aurez vu de vos yeux fiévreux votre corps se déformer, se tordre et fondre en une transe lysergique sur les rythmes de cette procession de chamane, il ne vous restera plus que cette question qui ne vous quittera plus jamais : Pourquoi ? A part les joyeux drilles du service compta du SERNAM, qui a bien pu se rendre chez son disquaire acheter un truc pareil ? Qui est ce Daniel Bouldoires et n'aurait-il pas quelques comptes à régler avec sa conscience ? Serez-vous capable de passer une soirée arrosée supplémentaire sans l'appui de cet atout précieux, rare, de ceux pour qui votre ferveur ne tarira jamais ?

Je vous laisse vous démerder avec tout ça. C'est plus mon affaire. Je repars m'époumoner une fois de plus sur ce refrain aux scansions jubilatoires, m'oublier sur ce dancefloor où le SERNAM résout tous les problèmes tant qu'on ne coupe pas le mode "lecture en boucle".


Thelonius H.


P.S. : Ce groove matinal improbable est dédié à Alice, Charles et Isabelle.

mercredi 16 mars 2011

[Passages secrets] La musique du mini-jeu "Anaconda" dans TimeSplitters 2




On a tous des musiques de j… enfin non, peut-être pas tous, mais on doit quand même être pas mal à avoir des musiques de jeux vidéo qui nous tiennent à cœur, qui nous rappellent des bons souvenirs, et qu'on prend toujours plaisir à écouter en jouant. Non ?

En tout cas moi oui, et si je ne suis pas en général geek au point d'écouter des pistes de jeux vidéo sans y jouer, j'avoue que j'aime franchement les sons 8-bit et 16-bit, les bips et les mélodies des jeux des anciennes générations (ainsi que certaines bandes son plus récentes, signées Akira Yamaoka pour Silent Hill, Hitomi Shimizu pour Forbidden Siren ou Yu Miyake pour Katamari Damacy entre autres, mais bon, là on sort du sujet).

TimeSplitters est une série de FPS (first-person shooters, ou "doom-like" si ça fait plus de dix ans que vos jeux prennent la poussière) sortis sur consoles de sixième génération. On y voyage dans le temps et les époques et on peut y incarner des personnages aussi joyeusement divers que "Harry les bons tuyaux", "Chaton céleste", un bonhomme en pain d'épices, un calamar géant, un robot-poisson, un singe-ninja, un singe-cyborg, une carcasse ou un robot qui dit "Mange mon laser ! Mange-le !" pour s'atomiser la tronche au "flingue à singes" sur de la musique disco.



Et dans le mode histoire, au cours d'une mission tout ce qu'il y a de plus sérieux en Sibérie, on peut trouver sur une étagère un mini-jeu qui s'appelle "Anaconda" et n'est autre que le jeu du serpent auquel vous avez déjà dû jouer une fois dans votre vie. La musique qui accompagne ce mini-jeu est un thème rétro complètement éhonté, joyeux, débile et funky à souhait, et j'avais envie de vous la faire écouter :


Non, franchement, ce thème est parfait. Je ne sais même pas pourquoi je poste ça dans la semaine de la honte. (Ah, si : le manque de crédibilité.)


Oh, et puis tant que vous êtes là, un petit cheat code : pour jouer au jeu du serpent sur Youtube, ouvrez n'importe quelle vidéo, mettez-la sur pause à 0:00, laissez la touche "gauche" de votre clavier enfoncée puis appuyez sur la touche "haut". (C'est un peu capricieux mais si, parfois, ça marche.) Et voilà, vive la baisse de productivité !

Je vous souhaite une joyeuse journée sous le signe de la honte !

— lamuya-zimina

[Réveille-matin] Gérard Lenorman - Gentil Dauphin Triste

L'enfance. Le temps béni où tout n'est que découverte et émerveillement : oh que le monde est beau, oh j'ai des pouces opposables, oh qu'est-ce que je me sens bien quand je secoue mon zizi, oh qu'est-ce que j'aime écouter ce 45 tours sur la platine de Mamie, etc. Heureusement, plus tard, les choses rentrent dans l'ordre, on se mange 20 ans de réalité dans la face, on est déprimé, on a une vie de merde et Sarkozy est président. Mais pour l'heure, car j'espère bien que cet article vous volera littéralement une heure de votre vie, revenons-en au sujet initial.

C'est durant l'enfance que l'on connait ses plus grands chocs émotionnels, parce que ce sont les premiers. Si je n'avais pas été percuté par des albums comme "OK Computer" ou "Mellon Collie" durant mon adolescence, je ne serais probablement pas en train de vous causer là maintenant. Ils m'ont construit, ont érigé les fondations de mes goûts musicaux pour les décennies à venir. Mais quouide des chocs d'enfance, de la vraie enfance, candide et pré-acnéique ? De ces chocs que l'on a tenté de refouler au plus profond de soi pour un jour, et je ne désespère pas d'y arriver avant d'avoir résolu mon premier Rubik's Cube, devenir un adulte ?



(l'originale, jamais égalée. Jamais imitée cela dit.)


La réponse, vous l'avez en vous. On n'en sort jamais. Ils n'ont rien construit et ne construiront jamais rien : ce sont des bombes à retardement terrées dans votre subconscient, un tas de merdes entassées comme pour préparer un vide-grenier du Sou des écoles, et qui ressurgissent telles quelles, sans prévenir. Montrez-moi un Amstrad CPC 6128 avec Fruity Frank et je pleure. Mettez-moi le sketch de Fernand Raynaud sur les timbres et je hurle de rire. Faites-moi réécouter Gentil dauphin triste de Gérard Lenorman, je suis étendu sur le sable de Port-Barcarès (le summum de l'exotisme en milieu rural).

Ainsi, je suis aujourd'hui capable de soutenir que Gérard Lenorman vaut largement un Michel Polnareff, et en plus je me trouve convaincant. Les arrangements sont naïfs, certes, mais pas plus que ceux de Michmuche. Le pont, particulièrement, me serre le cœur de par son ouverture inattendue, introduisant une tension qui, heureusement, sera résolue quelques mesures plus tard, une fois que Gérard, se laissant flotter sur des frises de steel drum (*), aura transmis toute sa tristesse à l'auditeur de 7 à 77 ans. Notez également le saxophone introduit à partir du deuxième couplet, subtil comme une pomme de terre dans le slip de bain d'un nouveau-né.



(Gérard et son inoubliable visage d'échappé de l'asile)


Quoi, les dauphins. Deerhoof écrit bien sur les pandas et le basket. Croyez-le ou non, Gentil Dauphin Triste est une féroce diatribe anti-Hollywoodienne. "Vous allez chercher quoi au cinéma ?" demande Gérard, avant de répondre lui-même avec toute la perspicacité qu'on lui connait : "Du sang et du malheur, des larmes et de la peur, vous feriez mieux d'apprendre à être heureux". Quel est le fumier qui oserait dire le contraire ? En première ligne dans le collimateur de Gérard, Les Dents de la mer : "Tu n'oses plus te baigner dans la mer à cause de ce requin que les Américains ont inventé pour faire peur à ton père". Ce petit salopard de Spielberg a ruiné les vacances de milliers de petits Gérards pour se faire une montagne de fric, et Lenorman n'est pas dupe. En plus il sait que le requin, c'est pour de faux. Alors saisissez la main qu'il vous tend et courez avec lui contre les vagues, ça lui ferait tellement plaisir.


Joseph Karloff


(*) N'importe quoi moi, ça doit plutôt être du marimba. Pardon aux mélomanes.

mardi 15 mars 2011

[Fallait que ça sorte] Michel Houellebecq - Présence Humaine

La poésie et la musique ont toujours entretenu un lien ténu, une complicité parfois caricaturée par l'idée que la poésie c'est "de la musique avant toute chose" ainsi que le disait Paul Verlaine en 1884. Il suffit de relire les plus beaux vers de Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire dans lesquels les mots aiment à siffloter dans l'air avec la beauté d'un cuivre mélancolique. Cette musicalité des vers, Michel Houellebecq l'a comprise et a réalisé, en 2001, un objet atypique dans le paysage musical français : "Présence Humaine". Cette pièce est un mélange audacieux de mauvais gout, de poésie troubadour, de grandiloquence postmoderniste et de spleen adolescent, bref, une œuvre affreusement belle.

Cet album vieux de dix ans donne l'impression d'être millénaire. Le terme "rock" est difficile à accepter mais semble être ce qui convient le mieux pour décrire ces guitares méphitiques. Véritable cliché kitch, les mélodies sont grotesques. Quant à la basse qui vomit ses lignes gâtées, on ne peut que s'émerveiller devant une dose aussi disproportionnée de mauvais gout. Au final, on a l'impression d'entendre l'étron de quelques amis enivrés qui, sur un coup de bouffonneries alcoolisées, ont attrapé leurs guitares, sans gène et sans prétention. C'est comme de se retrouver devant le regard naïf d'une belle fille ingénue, on ne peut s'empêcher de trouver du charme à ces mélodies candides.

Le talent littéraire de Houellebecq, symbole du postmodernisme français - que vous l'aduliez ou le détestiez, n'est pas en question ici. Son chant (apparenté à un sprechgesang bashungnien, toutes proportions gardées) est imagé et se développe en aphorismes :


Nous sommes réunis, nos derniers mots s'éteignent
La mer a disparu
Une dernière fois, quelques amants s'étreignent,
Le paysage est nu

(La chanson Présence Humaine)


La voix de Houellebecq, presque amusicale, donne l'impression déroutante d'entendre une lecture publique accompagnée inopinément par un orchestre intrus, lequel se fatiguerait vainement à créer une présence musicale rapidement oubliable.

Michel Houellebecq n'a pas la prétention d'être mélomane (du moins il me le semble) et encore moins d'être musicien (du moins je l'espère). "Présence Humaine" est pareil à ces architectures délabrées, ratées dont la laideur donne à nos villes leur essence. Cet album est mauvais, terriblement mauvais, et c'est précisément ce qui lui donne sa légitimité, sa place et sa valeur...


Julien Masure


P.S. : voyez cette "très belle" interprétation de Présence Humaine sur le plateau de Michel Drucker.

[Réveille Matin] MC Hellshit & DJ Carhouse — ( ? )







lundi 14 mars 2011

[Réveille Matin] Tears For Fears - Everybody Wants To Rule The World

Certaines choses ne sont pas à crier sur tous les toits, je le conçois. Et si C'est Entendu décidait quand bien même de s'en foutre royalement et de revendiquer à nouveau ses petits coups de cœur intimes et honteux ? Sans plus attendre, voici le mien : Tears For Fears. Je ne vous ménage vraiment pas, pour cette deuxième édition de la Semaine de la Honte, et rassurez-vous, ce n'est pas non plus un cadeau que je me fais, mais bon, ce coup-ci je ne vous causerai pas de folk lyrique et de pop sucrée mais bien de musique qui suinte la production super marquée et la composition à la limite du risible. Alors autant donner le maximum de soi-même et taper dans l'ultra cliché, l'ultra kitsch, l'ultra has been sympathique à nos oreilles (et aux nôtres seulement, ou presque).

Il s'agit donc d'Everybody Wants To Rule The World, de l'album "Songs From The Big Chair" (1985) un morceau dont j'avais failli vous parler lors de mon premier coming out honteux mais que j'avais préféré vous garder bien au chaud pour plus tard.





Un saut de vingt-six ans en arrière, et je crois qu'on peut difficilement trouver plus représentatif que ce tube. C'est simple, tout y est. La réverb sur la batterie, le synthé eighties, le chant qui alterne entre la détente et l'explosion de sentiments à grands renforts de mains crispées (et de lunettes de soleil d'un gout certain), avec pour couronner le tout ce timbre de voix si particulier propre à Curt Smith et le solo de Roland Orzabal à la toute fin, que je trouve, sans rire, absolument parfait.

Au niveau du clip, même constat : polo couleur pastel, session de quad dans la pampa probablement californienne, moto-cross, ULM et grandes routes, tout est déployé devant nos gourmandes pupilles. Pour moi, ça fait sens. Je me lance. La photographie est tellement complète, tellement fidèle à l'idée que nous, la jeune génération, nous faisons des années 80, d'après les récits de nos ainés (et leurs photos de soirée en veste jaune canari à épaulettes), que je ne peux m'empêcher de trouver dans ce morceau et ce clip un témoignage vibrant, une compilation des plaisirs matériels qu'offrait le rêve américain durant cette décennie et dont tous les citoyens des USA rêvaient de jouir. C'est vrai... Qui n'a jamais rêvé de planer nonchalamment en ULM au dessus des immensités ricaines, de passer des coups de fil depuis des cabines téléphoniques à côtés des diners, et de voir deux afro-américains en complet noir danser dans une station service ? En tout cas, je vis dans l'espoir de connaître ça un jour, et comme ça n'arrivera pas, je vous en touche deux mots ici. C'est hilarant, et pourtant c'est tellement vrai. En fait, je suis le petit garçon déguisé en shérif du début, qui est comme absorbé par la rutilante Austin Healey 3000 décapotable de Smith. Si, si, ouvrez l'œil, c'est moi, regardez bien. Vous voyez ?


Hugo Tessier

vendredi 19 novembre 2010

[Quitte ou Double] Les années teuhon

Le mythe des années 80 a eu la vie dure mais il faut désormais utiliser un temps du passé pour en parler. Pendant dix ou quinze ans, il semblait acquis que cette décennie avait abrité tout ce qui était depuis considéré comme esthétiquement "de mauvais goût". Pensez à Wham!, au visage éblouissant de Michel Drucker sur ses Champs Elysées, à Boy George et aux mullets, au kitsch vestimentaire et à la coupe de cheveux d'Annie Lennox et au générique du Club Dorothée, tous ces signes qui durant la période de dix ou quinze ans qui s'est achevée il y a deux ou trois ans (cerner avec exactitude le passage d'une mentalité dominante à une autre relève de l'impossible) portaient en eux une quasi-anonyme tare morale. Le "goût" commun était ailleurs... mais c'est du passé. Il est bien connu que l'influence des années 80 sur les musiciens s'est faite de plus en plus pressante au fil des mois entre 2007 et 2009 mais ce qui est désormais en mouvement (sous nos yeux) est plus inquiétant : l'esthétique dite "de mauvais goût" est de retour.

Il n'est pas tant question ici de musique que d'esthétique visuelle à proprement parler : looks, artworks et surtout, surtout, clips :




Zach Hill, batteur épileptique, fait venir Devendra Banhart, pape folk lo-fi de mes couilles, sur un morceau intitulé avec goût "Second Life". Et le clip, c'est la simulation d'une Nintendo 64 dans laquelle on aurait glissé une cartouche pleine d'acide. Trooooop frais.






Lazer Sword — rien que leur nom sarieux...— livre un manifeste chill trop posé (regardez donc le coin supérieur droit... le chill vous y dévisage) qui accumule les clichés de la pop indé actuelle au point qu'il ne sera pas nécessaire d'attendre une décennie pour se moquer de ces années-là, les nôtres. Vous êtes en 2010, ayez honte tout de suite.





Comme sur la pochette de leur dernier disque, Ratatat ont mis dans le clip de Neckbrace... des oiseaux. Sauf que là, c'est plus Wolfgang Petersen qu'Alfred Hitchcock. Difficile de considérer ça comme du second degré (et quand bien même ça n'y changerait pas grand chose) quand de telles kitscheries sont désormais la norme.





Le clip de Round & Round, d'Ariel Pink, filmé sur l'iPhone de Wayne Coyne (leader des Flaming Lips), propose une vision trouble (forcément, un iPhone) de Pink faisant trempette (les pieds !) dans un bac de lait maternel gracieusement fourni par des donatrices anonymes. Où s'arrête le lo-fi et où commence le ridicule ?

Rassurez-vous, nous ne sommes pas dupes, nous savons bien que ce revival touche tous les secteurs et depuis des mois. Cela concerne aussi la musique (The Drums au sommet de la hype, tout de même), le cinéma (ils remakent Karate Kid, l'Agence Tout Risque et Wall Street) et la télévision (Champs Elysées va recommencer). Franchement, ça vous va vous ? Ça vous emmerde ou bien vous pensez que le mauvais goût s'infiltre de toute manière dans toutes les époques et que ce n'est pas bien grave ? Vous aussi vous avez pleuré à la mort de MJ ?


Thelonius H. et Joe Gonzalez

vendredi 5 mars 2010

[Réveille Matin] Johnny Hallyday - Poème sur la 7ème

Vous l'avez compris, depuis quelque jours, on côtoie la honte. On s'en délecte même ! Ce matin, afin de finir cette semaine en beauté, je vous propose le duo le plus improbable du siècle dernier : Johnny Hallyday et Ludwig Van Beethoven. Featuring avant l'heure, que j'ai un peu honte de trouver profondément beau.

"Ah queu c'est beau Beethoven !"
(Johnny Hallyday, probablement)

Il y a des choses qui, à priori, ne se font pas, un point c'est tout. Produire de mauvais remake de grands films par exemple ou encore utiliser le thème de Love Will Tear Us Apart pour rapper, et surtout, surtout... chanter sur Beethoven ! On se souvient de Michel Sardou qui avait osé poser sa voix de baltringue sur les quelques thèmes qui ont fait la réputation de Ludwig Van. C'était pompeux, prétentieux et mauvais. Je ne vous ferai d'ailleurs même pas l'affront de vous proposer un lien vers cette chanson qui, elle, va bien au-delà de la honte. Mais on connaît bien peu Johnny chantant (déclamant) un poème sur la 7ème du compositeur allemand.



Cette chanson est tiré de l'album "Vie," datant de 1970 (ce qui explique sa voix plus douce et fraîche). Alors oui, c'est niais, c'est un peu ridicule, c'est un peu sur-joué (sur ce point la version Live à Bercy en 92 est encore pire) mais je ne peux m'empêcher de voir dans ce poème une beauté simple. Là où Sardou hurle des bêtises sur un pastiche nauséeux, Johnny laisse les mots se faire porter par les délicieux violons de ce thème magnifique. Oui, il en fait un peu trop, ce qu'il dit n'a pas la force des chants des violons, certes ! Mais il le fait avec une certaine retenue envers la symphonie, laquelle ne s'en trouve pas dénaturée (vous l'avez compris, je déteste Sardou pour ce qu'il a fait à Beethoven).


L'album "Vie"

On ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur sur l'envol de ce poème : "CA A VRAIMENT EXISTE ? VRAIMENT ?!" mais je n'y peux rien, il se dégage de cette rencontre impossible un je-ne-sais-quoi magnifique (et l'allemand n'en est pas seul responsable).

"Allons, ne vous moquez pas de moi."


Julien

jeudi 4 mars 2010

[45 Tours] Sonseed - Jesus Is A Friend Of Mine

Au préalable :


A présent, vous allez me demander "pourquoi," n'est-ce pas ? POURQUOI ? Parce que.
Parce que les meilleures fringues. Parce que les meilleurs sons de synthé. Parce que le meilleur bassiste, la meilleure basse, les meilleurs slides, le meilleur groupe de chorale, la meilleure prestation scénique du guitariste (les meilleurs petits déhanchés), le meilleur solo de wah-wah, le meilleur refrain, les meilleurs breaks, les meilleures paroles, et la meilleure ambiance eveeeeer. Et le meilleur commentaire du présentateur, à la fin.
Voilà.
Vous pouvez maintenant remplacer les "meilleur((e)s)" par "pire(s)." Ça marche aussi. Dans le genre honteux, là, on est bien. On est dans le vrai. Je parle du morceau, hein, pas de l'ersatz de chronique.


Hugo

[Réveille Matin] Russell Watson - Faith of the Heart / Gavin DeGraw - I don't Wanna Be

Chers lecteurs, nous vous avons entendus. Certains parmi vous ont laissé entendre en début de semaine que notre évaluation du "potentiel honteux" des œuvres dont nous traitions était exagéré. Avec Jacques Chirac, hier, Thelonius a probablement mis les points sur vos i, mais je m'apprête à vous briser les côtes avec un double Réveille Matin qui ravira les amateurs de séries télévisuelles et foutra le cafard aux autres.

Commençons avec Russell Watson, inconnu au bataillon, mort au champ d'honneur pour ce qu'on en sait, qui a été choisi par des producteurs véreux/visionnaires pour composer le générique de la dernière série en date basée sur l'univers Star Trek : Enterprise. Il faut savoir que d'habitude (en sus de la série originale avec Spock, Kirk et compagnie, trois autres "spin off" avaient été créés avant l'avènement d'Enterprise) le générique d'une série estampillée Star Trek, ça donne une variation sur ce thème-là. Pour une raison que Monsieur Spock lui-même ignore, les tarés qui s'occupaient de gérer Enterprise ont pourtant confié leur générique à Russell Watson, un piètre songwriter doublé d'un rocker américain post-emo, soit la plus triste espèce de musicien imaginable à l'époque (2001, la série ayant pris fin en 2005). Lorsque, trekkie invétéré (déjà c'est un peu la honte), j'ai entendu pour la première fois cet outrage surprenant, j'ai maudit Watson et tout l'hémisphère Nord de l'Amérique de toutes mes forces.



Et pourtant, après une saison, je m'y suis fait. Mieux j'en suis venu à aimer le moment où l'introduction de l'épisode fond au noir et où les premières notes de guitare retentissent, au point de finir par chanter chaque vers issu de l'esprit malade et peu inspiré de Russell Watson. Je ne vais pas aller jusqu'à prétendre que j'avais trop vite jugé la chanson - elle est bel et bien mauvaise - mais j'aime ce générique (la chanson existe en version "longue," je vous l'épargne, une minute et vingt trois secondes étant bien suffisante) et j'en suis venu à considérer les producteurs d'Enterprise avec beaucoup de respect pour leur analyse si juste dans cette affaire.


Passons maintenant à Gavin DeGraw. Vous ne le connaissez certainement pas, mais il a eu sa petite carrière de rockeur bien nullard aux States, et son plus gros succès fut le générique de la série One Tree Hill (connue en France sous le titre "Les Frères Scott"). Guilty as charged d'avoir vu toutes les saisons de One Tree Hill... Bref, si vous aussi vous avez déjà posé les yeux sur cette (pas très bonne) série adolescento-basketballo-middleclasso-musico-nunuche, vous avez peut-être déjà entendu I don't wanna be, le gros gros succès de Gavin, qui illustrait à merveille l'univers de ces ricains trop jeunes pour avoir connu le punk mais fans de punk quand même et donc de Gavin DeGraw (what da ?!).



Finalement, ce qui fait que j'ai aimé cette chanson et que je l'aime encore, ça n'est pas l'incroyable bêtise déployée par Gavin dans les paroles ("All I have to do is think of me and have peace of mind (...) I don't want to be anything other than me") mais plutôt l'incroyable descente aux enfers qu'est la première phrase du refrain ("I don't wanna be anything other than what I've been trying to be lately") qui est à la fois une sorte de défi de diction (dans un genre différent de celui de Boby Lapointe) et une sorte d'improbable symétrie inversée de la montée rendue culte par Bruno Pelletier.

Pourquoi vous me regardez comme ça ?


Joe

mercredi 3 mars 2010

[Réveille Matin] Votez Jacques Chirac - Jacques Chirac, Maintenant

"What the..?" Je sais, je vous comprends lecteurs, après deux jours de morceaux au potentiel honteux assez contestable, je vous balance ici un bijou issu tout droit des tréfonds de l'horreur, une perle rare au milieu du gouffre sans fond de la culpabilité musicale, je tape sans hésiter dans l'hymne de campagne politique. Il était en effet un temps béni ou non seulement les mariages de couleurs les moins orthodoxes étaient considérés un aboutissement vestimentaire comme vous pouvez le constater ci-contre, mais où chaque grand évènement politique français était marqué par un déluge de créativité et de marketing pour mettre en avant les slogans les plus abrutissants possibles. Et si je confesse être un fan convaincu du zouk midi de "Avec Jean-Marie, je n'ai plus de peine", du pont tribal du "Un pays aux couleurs de la vie" d'Alain Madelin ou même du plus classique "Mitterand Président", il faut bien avouer que le vainqueur toutes catégories de ce genre politico-musical a toujours été et restera toujours "Jacques Chirac, Maintenant", hymne de sa campagne présidentielle de 1981 et véritable plaisir coupable qui ne se savoure qu'entre initiés depuis bien trop longtemps : aujourd'hui, C'est Entendu lui rend l'hommage qu'il mérite bien.



(Jacques Chirac, Maintenant)

Le morceau annonce la couleur d'entrée avec ses notes de violons venues de nulle part avant que la basse ne se lance dans un groove bien rond soutenu par un piano électrique discret. Jusqu'ici rien d'extraordinaire, mais un point de non-retour est franchi alors que, sur des paroles qui semblent être un infini collage ad lib. de quatre ou cinq mots ("Pour tous, Jacques Chirac / Maintenant président / Ensemble maintenant / Jacques Chirac Président", non, vraiment ?) scandées par un chœur comme si une vie en dépendait, on découvre que le morceau se transpose toujours plus vers l'aigu dans une grande envolée lyrique à grands renforts de roulements de toms. Cette montée perpétuelle est sublimée par des arrangements façon Jean-Claude Vannier cheap de cuivres et surtout de violons qui soupirent, s'élancent dans de petites arabesques complètement gratuites, et finissent par faire tout simplement n'importe quoi en donnant des coups d'archet frénétiques, offrant ainsi à ce tube immédiat une coda épique, dévastatrice, qui broie l'auditeur et ses émotions sans ménagement.

Et pensez qu'avec tout ça, Chirac n'a même pas été foutu de se faire élire en 81 ! Franchement, les français sont des veaux.


Thelonius

lundi 1 mars 2010

[45 Tours] Boby Lapointe - Ta Katie T'a Quitté

Alors, attention, je vous arrête tout de suite, vous avez beau dire "hé, c'est la semaine des trucs honteux", moi, je n'adhère pas à ça. Ce soir, je vais vous parler de Boby Lapointe, mais je vous préviens, j'aime Boby Lapointe au premier degré, j'aime Boby Lapointe de tout mon cœur et sans une seule once d'ironie, et quand on me dit "blah blah chanson française blah blah nul," j'arrête tout, je saute sur le type qui vient de dire ça, et je fais "hé, oh, Boby Lapointe!" Pour sûr, j'ai été bercé étant gosse par ma grand-mère avec La Maman des Poissons et j'ai écouté son album "Comprend Qui Peut" en boucle pendant l'école primaire. Mais quand je le passe sur ma platine aujourd'hui, tout rayé avec son livret corné, non seulement je retrouve ce qui me plaisait à l'époque, la musique plutôt drôle, les jeux de mots bêtas, mais celui que je suis devenu trouve aussi des sous-entendus douteux et des morceaux tout simplement bien foutus.

Pendant à peu près 15 ans, ce héros venu de l'Hérault a écrit des chansons qui tordaient le langage soit en le remplissant de calembours impossibles et de double-sens paillards, soit en étant tout bonnement idiotes mais bien ficelées, et il lâchait tout ça au micro avec son accent du Sud de manière pas tout à fait juste sur des instrumentations surannées qui pouvaient aller de petits ensembles jazzy sirupeux aux fanfares avec trompettes. Il a côtoyé les plus grands, partant en tournée avec Georges Brassens, et son air d'escogriffe un peu bourru était le complément parfait à ses morceaux qui sont parfois de véritables exercices de diction. L'ami François Truffaut le fera même apparaitre dans Tirez Pas Sur Le Pianiste pour des versions mémorables (et sous-titrées, blague de Truffaut après que le producteur ait dit "on ne comprend rien à ce qu'il dit ce type! il faudrait des sous-titres!") de Marcelle et Framboise. Et puis finalement, après des années de vache maigre, mais pendant lesquelles il créa un système de prononciation de l'hexadécimal, le système bibi-binaire (n'oubliez pas que Boby Lapointe était avant tout un garçon passionné de maths qui avait commencé des études pour rentrer à l'école centrale, et qui aurait même eu l'idée de l'embrayage automatique sur les voitures dès les années 40), il meurt finalement en 1972, à l'âge de 50 ans, laissant derrière lui des chansons absolument uniques et dont certaines touchent des sommets.

(Ta Katie T'a Quitté)

Je veux dire, des choses comme Bobo Léon, Aragon et Castille, L'Hélicon, Le Papa du papa, L'été où-est-il?, Le Tube de Toilette, si certains n'en retiennent tristement que des bêtises populaires qu'on leur a forcé à bafouiller à l'école, il serait temps de se rendre compte que ce sont les perles d'une musique à la fois entêtante, drôle et follement inventive. Pour exemple? Écoutez Ta Katie T'a Quitté. Y'a déjà ce piano de saloon, ce rythme entrainant, et puis les paroles, brillantes au possible, à propos d'un pauvre gars russe, peintre et ivre mort, qui vient de se faire larguer, et qui, dans ce bar miteux où il a échoué, imagine qu'une pendule lui parle, avec cette allitération en "k/qu/c" sur le refrain qui symbolise les "tic-tac" sans fin, et Boby Lapointe est là, sérieux, "Ta Katie t'a quitté/Ote ta toque et troque/Ton tricot tout crotté/Et ta croûte au couteau/Qu'on t'a tant attaqué/Contre un tacot coté/Quatre écus tout comptés/Et quitte ton quartier/Ta Katie t'a quitté". C'est à la fois pathétique et amusant, c'est entêtant à mourir, quasiment impossible à chanter sans entrainement, et c'est finalement l'un de mes morceaux préférés de tout les temps. Alors ce soir, un défi pour vous, chers lecteurs : essayez d'enchainer les paroles du premier couplet du premier coup. Bonne chance.


Emilien.

[Réveille Matin] Animal Collective - What Would I Want ? Sky (ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la hype)

Bonjour tout le monde. Aujourd'hui, je vous propose un article un peu spécial : le Réveille Matin de la honte ou devrais-je dire mon Réveille Matin de la honte (ce sera le thème de la semaine). Cette matinée, vos paupières vont s'ouvrir aux joyeuses mélodies des gars d'Animal Collective avec le d'ores et déjà culte What Would I want? Sky.

Oui ! Vous avez bien lu : Animal Collective! Vous vous souvenez surement que vous avez offert le prix de "Pire Truc de 2009" aux 4 freaks de Brooklyn (et C'est Entendu a plus ou moins acquiescé). Alors imaginez : demain, quand j'arriverai à la rédaction, que tout le monde aura lu cet article, j'irai à la machine prendre mon habituel petit café noir on me dira : "Ah ah ! Un café noir! Tu le bois comme ça parce que Pitchfork a dit que ça aussi c'était génial?" Qu'importe, je vous offre tout de même cette magnifique ballade.

What Would I Want ? Sky est issue du dernier EP en date du Collectif Animalier joliment intitulé "Fall Be Kind" et sorti quelques mois à peine après le fameux "Merriweather Post Pavillion." On notera également sur cet EP le très (très) surprenant Graze, qui ouvre avec brio ce disque et dont les derniers minutes laissent place à une flute de pan digne des plus joyeuses fêtes Hobbites. La fin de l'EP est, quant à elle, beaucoup plus sombre et froide. Je ne peux que vous conseiller de l'écouter. What Would I Want ? Sky s'installe avec un peu plus 3 minutes de sons atmosphériques, saupoudrés de quelques "good dreams" obscurcis (le temps de doucement quitter vos rêves justement). Ce n'est qu'au premier "Sky" lancé par Panda Bear que s'éveille la batterie. Peut alors prendre place le chant d'Avey Tare et les entremêlements vocaux entre les deux chanteurs, si familiers à ce groupe. Il suffit dès lors de se laisser porter.

Mais en fin de compte, lorsque Avey Tare nous demande "Do you get up up up ?", on ne peut que se dire que se réveiller aux cotés d'Animal Collective ce n'est pas si honteux.


Julien