C'est entendu.
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mardi 11 mai 2010

[Fallait que ça sorte] Sixto Rodriguez - Coming From Reality


On vous l'avait déjà laissé entendre courant décembre 2009, Sixto Rodriguez revient de très loin. En effet, le natif de Détroit n'a jamais enregistré que deux albums studio et depuis le début des années 70, c'était le calme plat. Pourtant, son travail méritait bien mieux que ça et c'est pourquoi, après la ré-actualisation de son premier album "Cold Fact" sorti en 1970, c'est au tour du second d'être remis au goût du jour.

(Climb Up On My Music, avec un son laissant à désirer, faute de mieux)


"Coming From Reality" (1971) et "Cold Fact" sont sculptés dans le même bois , et le second est une suite des plus logiques puisque Sixto persévère dans cette musique qu'il maitrise allègrement, remplie d'émotions, où l'on retrouve ce timbre de voix aérien, armé de lueurs plaintives, caractéristique de son travail. Tout comme sur son premier-né, Rodriguez modèle la folk à son goût, et livre des compositions diversifiées. Le premier morceau de l'album, Climb Up On My Music (que vous êtes en train d'écouter) est une réussite, entraînant avec sa basse profonde et noyé dans cette fine réverbération récurrente : le premier contact avec l'album est saisissant. Pourtant, bien que principalement arrangée comme de la pop, sa musique débouche parfois sur quelque chose de plus épuré, de plus axé sur le calme jeu de guitare, sans trop d'ornements (A Most Disgusting Song). C'est une folk parlée, plus que chantée et Sixto raconte une histoire à l'auditeur.

(Heikki's Suburbia Bus Tour)

Même si par la suite, on a l'occasion de revenir à des tubes vrombissants, tels que Heikki's Suburbia Bus Tour, la plupart des chansons propose une ambiance cosy, feutrée, davantage sur le ton de la ballade folk (Sandrevan Lullaby - Lifestyles, ou encore It Started Out So Nice). On retrouve le même schéma que sur "Cold Fact," c'est à dire une folk personnalisée et habitée, sans décorations inutiles, une folk essentielle. Petite entorse, Halfway Up The Stairs, qui est une perle d'orchestrations et qui vient colorer encore un peu plus l'album sans rien lui enlever de son authenticité.


(Cause)

Avec ses temps forts et ses passages délicats, "Coming from Reality" est un album équilibré auquel Sixto Rodriguez insuffle une grande part d'individualité, et c'est sans doute ce qui rend ses deux albums si attachants. Le processus d'arrangement joue bien sûr, et entretient ce charme de l'imprécision dans les sons, ce charme du flou qui sied si bien aux morceaux. Penser qu'il commence enfin à rencontrer le succès qu'il a depuis longtemps mérité suffit à me mettre de bonne humeur, et j'espère bien ne pas être le seul dans ce cas là !


Hugo Tessier

mardi 15 décembre 2009

[Fallait que ça sorte] Rodriguez, le Sugar Man

Si il y en a un qu'il ne fallait pas louper cette année aux Transmusicales de Rennes c'est Sixto Rodriguez, parce qu'il revient de loin et de très loin même. 1970 à Detroit USA, Sixto a 28 ans et sort modestement son premier album : "Cold Fact."Il est bien cet album, il est même très bien sauf que tout le monde s'en fout parce qu'à l'époque ce qui fait bander les jeunes de Detroit ce sont les Stooges et le Mc5. Tous les projecteurs sont braqués sur cette ville présentée comme le vivier de la révolution musicale du début des années 70 et pourtant Rodriguez reste dans l'ombre. Il faut croire que sa musique était trop à contre courant pour son époque : le latino hippie à la guitare folk n'est pas pris au sérieux. Trop calme, trop mignon, trop gentil ? Ou pas assez énervé, couillu et transpirant ? Il persistera l'année suivante en allant enregistrer son deuxième album "Coming from reality" à Londres, lequel connaitra... le même insuccès.

Dépité il abandonnera alors sa guitare pour retourner travailler à l'usine et nourrir sa famille.


L'histoire aurait pu s'arrêter là mais le destin en a décidé autrement et c'est vers la fin des années 70 que le succès de Rodriguez surgit dans un pays où il ne l'attendait pas : L'Afrique du Sud. Les échos de cette reconnaissance iront même jusqu'à retentir en Australie. Bien plus qu'un succès d'estime chez des Sud-Africains en plein apartheid, "Cold Fact" sonne comme un manifeste et Sugar Man devient un tube. C'est aussi le cas de I wonder dont les paroles ambigües choquent et font polémique. Rodriguez assume alors cette reconnaissance, se lance dans une mini tournée à guichets fermés et devient une star nationale dans un pays qui n'est pas le sien avant de retourner chez lui, aussi humble qu'à l'aller.

Ce succès restera confidentiel encore plusieurs années avant de remonter vers l'Europe. Invité d'honneur sur un album de David Holmes et ses Free Associations, "Come Get It I Got It" en 2002, puis relayé par des blogs bien intentionnés, jusqu'à la consécration ultime reçue de la part du magazine Mojo, l'album "Cold Fact" finit enfin par être réédité et salué unanimement par la critique fin 2008.


Alors finalement cet album c'est quoi ? Eh bien ce n'est ni plus ni moins qu'un chef d'œuvre. Décrire Rodriguez reviendrait à évoquer Dylan qui chanterait du Marvin Gaye à la sauce d'Arthur Lee de Love, à la fois acide, doux et planant. Bien plus que du folk hispanique c'est une soul psychédélique infusée d'une grande tendresse car Rodriguez est aussi un romantique qui porte un regard respectueux mais aussi un peu cynique sur la gent féminine. A propos de la chanson Sugar Man, son hit fétiche au thème plutôt nébuleux, il s'explique lors du concert des Transmusicales avec ces paroles : "This song is a description, not a prescription" ... que dire de plus ? Ce sont la sagesse et la bienveillance qui parlent. Celles d'un homme de 67 ans au crépuscule de sa vie et à l'aube de son succès. L'histoire est belle et émouvante et je suis fier de l'avoir partagée avec ce Grand Monsieur il y a quelques jours.

Alors mes chers indie-Kids de bon gout, accordons enfin à cet album le respect et la place qu'il mérite au panthéon de l'Histoire du Rock. Voilà ma messe est dite : Joyeux Noël à tous !


Djeepthejedi

samedi 1 mai 2010

Mai 2010


Couverture par Éric Dodon


A l'affiche :

Par Julien Masure

La Musique Concrète et l'électroacoustique : Concrètement, c'est quoi? En préambule au dossier qu'il consacrera lors des prochains mois à la musique concrète, Julien interviewe l'un de ses acteurs, Kid Whisky.



Par Hugo Tessier

Pour la deuxième édition de sa rubrique mensuelle, Hugo vous emmène sur les routes américaines en jetant un coup d'oeil sur le film Two-Lane Blacktop de Monte Hellman et sa bande originale.



Par Emilien Villeroy

Pour la deuxième édition de "tw;dl", c'est Otomo Yoshihide qui vient faire du raffut avec son groupe Ground-Zero et deux albums qui videront vos oreilles : Revolutionnary Pekinese Opera v. 1.26, et Consume Red



Par Joe Gonzalez

C'est Entendu vous propose un débat animé autour du mystère Lady Gaga. Artiste? Déchet de l'humanité? Les deux à la fois peut être? A vous de nous le dire.




Vise un peu :

4/5
Par Joe Gonzalez et Emilien Villeroy

Tout concourt à ce que l'on déteste cet album : il est grossier, paresseux, vide, idiot, horrible. Et, d'une certaine manière, c'est le cas. Sauf que voilà, dans le même temps, il est génial.


4/5
Par Thomas Goo

Flying Lotus ne se fera pas que des adeptes avec un album aussi dense où les couches de nappes se découvrent au fil des écoutes et qui se prête à toutes sortes d'exercices de fusion de sons et de styles


3,5/5
Par Joe Gonzalez

Le BRMC est un groupe de rock'n roll, dont la fonction est d'écrire toujours à peu près les mêmes chansons et de les jouer avec passion, alors qu'ils laissent expérimentation, réinvention et intellectualisation à d'autres conviendra à tout le monde.

3,5/5
Par Emilien Villeroy

Pill Wonder fait une musique faite de rayons UV, mélanine extravaganza, avec un son un peu lo-fi forcément rempli de sons aigus et de chœurs en "ouh" et "ahh", et une légèreté infectieuse.


3,5/5
Par Julien Masure

Si le rythme est le langage du corps, celui d'Holden bouge en finesse, caresse doucement l'air et connaît des phases hyperkinétiques.



1/5
Par Emilien Villeroy

The National est un paradoxe, quelque chose d'inexplicable. C'est un mauvais groupe qui cache sa médiocrité sous un accoutrement de professionnel. Des gens qui font tellement bien leur soupe qu'on aurait presque l'impression qu'ils sont doués.



Fallait que ça sorte :

Par Hugo Tessier

Penser que Sixto Rodriguez, le Sugar Man, commence enfin à rencontrer le succès qu'il a depuis longtemps mérité suffit à me mettre de bonne humeur, et j'espère bien ne pas être le seul dans ce cas là !




Par Joe Gonzalez


Un double LP de blues oublié et un manuel pour l'amélioration de vos soirées à venir. A mettre entre toutes les mains.


Mais aussi :

Par Joe Gonzalez et Emilien Villeroy

Ne restez pas sur vos acquis ! Bousillez-vous les tympans ! Flinguez-vous les neurones sciemment ! La musique n'est pas une commodité, elle est une bataille !


Par Julien Masure

Julien + un grand concours de musique classique belge inconnu des Français? Deux bonnes raisons d'aimer la Belgique.




They Live :

A Silver Mt. Zion et The Brian Johnston Massacre à Toulouse
Par Joe Gonzalez

Grand papa Joe est allé voir en live A Silver Mt. Zion et le Brian Jonestown Massacre récemment, des groupes qu'il avait adoré sur scène en 2006. Chacun s'étant pris 4 ans depuis, il fait un comparatif qui ne donne pas envie de vieillir.

Par Thomas Lebègue

Midlake est un groupe de musiciens tous issus de la Texas's Jazz School et ça se ressent, tout comme le fait que la majorité de ces gaillards soient barbus.


jeudi 25 novembre 2010

[45 Tours] Oldies (The Merry Macs // Les Paul & Mary Ford)

Quand l’hiver arrive et que la morosité ambiante s'installe, la seule et unique solution, c'est notre lecteur mp3 ou notre dossier de plusieurs giga-octets de musique. Allez, personne ne fait exception à cette règle ou presque. Surtout le soir, après une éprouvante journée de travail. Mettons qu’il soit 20h, ça me semble bien. C’est à ce moment là que ce que l’on va écouter va nous faire du bien, un bien fou. C’est à ce moment là qu’on apprécie, au chaud chez soi, d’écouter parfois (souvent) jusqu’à des heures avancées de la nuit des choses toutes plus délicieuses les unes que les autres. Cela peut être le dernier Owen Pallett pour les plus lyriques, le dernier Flying Lotus pour les amateurs d’abstractions mouvantes ou le dernier LCD Soundsystem pour ceux qui se sentent de groover. Ensuite, on translate vers des vérités plus établies, plus anciennes, on va se délecter d’un Demon Days bien mérité, puis d’un disque des Avalanches tout à fait dans le propos, avec entretemps, en guise d'entracte, un saut en arrière, un petit coup de Tom Jobim millésimé, parce que la bossa nova nous fait du bien, assurément. Il est maintenant presque 23h, et une seule question rôde dans notre esprit régalé : "Qu'écoute-je ensuite ?". C’est le moment où l’on dégaine le Velvet, Bill Fay, et/ou Sixto Rodriguez, et c’est alors reparti pour d’intenses minutes de plaisir. Enfin, dans notre plongeon de plus en plus profond vers les oldies, sentant le sommeil approcher mais désirant terminer sur une note innocente, on décide de remonter encore plus loin, on se laisse tenter par Raymond Scott, allez, c’est décidé, on lance Reckless Nights & Turkish Twilights et puis ce sera l’occasion d’en célébrer la quarantième écoute selon Apple, alors ça ne se refuse certainement pas. Une fois rendu à ce stade, une fois ce point de non retour franchi, on se dit qu’on pourrait parfaitement aller dormir, il n’est pas loin d’une heure du matin, il reste tout au plus cinq ou six heures de sommeil, mais tout à coup, sans prévenir, notre âme guerrière (et mélomane) pousse un cri intérieur qui éloigne temporairement les signes préliminaires du sommeil, qui s’installaient paresseusement depuis quelques minutes, et on veut terminer sur autre chose, il nous manque ce petit détail qui peut clore à la perfection une soirée que l’on a passée dans sa chambre à écouter de la musique compressée. C’est ici, chers lecteurs et amis, que j’interviens, et que je vous propose deux petits bijoux dont l’âge ne se demande pas (de crainte de manquer de tact), deux perles à l’éclat un peu terni par le temps mais toujours parfaitement rondes de délicatesse et de bon goût. Procédons par ordre.

FACE A : The Merry Macs - Jingle Jangle Jingle




The Merry Macs est un quartet oublié qui était signé chez Decca Records. Laissez-vous gagner par la sensation d’atterrir sur une confortable montagne de coussins, de vous glisser sous une couverture chauffante, délicatement posée sur vos jambes fatiguées de vous soutenir dans cet effroyable embrouillamini d’obstacles et de pénibilité qui constitue votre quotidien.

Les trois frères McMichael (Judd, Joe et Ted, plus ricain tu meurs, deux ténors et un baryton) ont formé depuis les années 20 jusqu’aux sixties différents groupes, The Merry Macs étant le dernier et le plus durable. En 1942, ils enregistrent, accompagnés par Mary Lou Cook (et sa voix sublime) Jingle Jangle Jingle. Bien qu’ils reprennent le travail du compositeur Kay Kyser, ils parviennent grâce à leur approche exceptionnelle des harmonies vocales multiples à se réapproprier le morceau, avec cette voix féminine venant sublimer le tout par sa légèreté et sa justesse extrême. A travers ces trois petites minutes, c’est une grande partie de l’imagerie américaine rétro qui s’exprime. C’est le pavillon coquet, disposant du confort naissant, des premiers gros réfrigérateurs, des grilles pains imposants et même d’une pile de Saturday Evening Post illustrés par Norman Rockwell, avec la ménagère américaine type, son balai-brosse en main, ayant préparé une pleine carafe de jus d’orange maison qui attend, tout comme la tarte aux fraises en train de refroidir sur le bord de la fenêtre, le retour du mari passé après son travail faire les courses pour le repas du soir, et chercher les enfants à la sortie de leur entrainement de baseball. La chanson, tout comme le précédent cliché, dépeint relativement bien (loin de moi l’idée d'affirmer que The Merry Macs est un groupe machiste) la sérénité et l’insouciance habitant la classe moyenne aux USA, dans les années 40, dans ses codes alors établis et acceptés. Le travail sur le chant est impeccable (veuillez attentivement déguster le paresseux "Yeepee yeah" du début), et l'instrumentation, bien que simple, n'est laissée de côté, avec d'entrée de jeu ce xylophone parfait, et tout du long, des arrangements soignés. Dans un sens, "soigné" est l'un des qualificatifs indispensables pour décrire Jingle Jangle Jingle, qu'on se le dise.

Un petit bond temporel, le temps de lever le bras de la platine et de retourner le disque, hop, nous voilà neuf ans plus tard, en 1951. Changement de style, place au rock n' roll du bon vieux temps.

FACE B : Les Paul & Mary Ford - How High The Moon




Le couple, sur scène comme dans la vie, formé par Lester William Polfuss alias Les Paul (l'inventeur du magnétophone multipiste) et Colleen Summers, alias Mary Ford, connut un assez large succès sur le continent américain durant toute la décennie 50's, jusqu'à sa dissolution en 1963, une année avant leur divorce. Mais restons en 1951, quand la complicité était au beau fixe.

Gibson s'apprête à proposer un contrat à Les Paul pour la promotion de la nouvelle guitare de la marque, portant le nom de l'artiste, alors que le duo occupe très souvent la tête des classements de ventes US. Ce sera une fois de plus le cas cette année-là avec How High The Moon, single brillant, reluisant de classe et de fraîcheur. D'un côté ce chant efficace et distingué, de l'autre, cette folle guitare clean qui nous berce de ses sonorités arrondies et enivrantes. Le tout avec un sourire, séducteur pour l'une, et comme amusé par les évènements et le plaisir qu'il prend à jouer pour l'autre. Le genre de show du dimanche soir qui suffirait à redonner le sourire et du courage pour la semaine à venir à l'assureur du Minnesota comme au fermier du Texas.

(un couple, une passion)

Lester était un amoureux de la guitare, et lorsqu'un accident de la route l'obligea à se faire immobiliser le bras gauche avec des broches, il insista pour que son bras soit plié à 90°, de manière à pouvoir continuer de jouer. D'ailleurs, How High The Moon n'a pas été écrite par le couple Paul/Ford, mais par Morgan Lewis et Nancy Hamilton, deux compositeurs américains méconnus. Cette ballade fut reprise de nombreuses fois au XXième siècle, notamment par Ella Fitzgerald, et a inspiré, entre autres, des artistes comme John Coltrane et Miles Davis. C'est dire.

Le bras de la platine est relevé, allez, vous n'avez plus qu'à retirer le disque et à éteindre l'appareil. Ne comptez pas sur moi pour le faire à votre place !


Hugo Tessier