C'est entendu.
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vendredi 23 décembre 2011

[Tip Top] Le fin du fin : les chouchous de la Rédaction en 2011

Vous avez pu vérifier votre taux de compatibilité avec le Top 2011 des Lecteurs de C'est Entendu. Voici le moment venu de vous signifier nos chouchous ultimes toutes catégories confondues, puis de préciser aux plus curieux d'entre vous le détail de nos choix, afin que vous puissiez nous cerner individuellement. Découvrez aussi les artistes que nous avons trouvés les plus convaincants sur les scènes de France et d'ailleurs, nos chansons et nos vidéos préférées.



Nous avons choisi


Les Meilleurs Albums de 2011, le vote de la Rédaction :



#1 Ex Æquo
PJ Harvey - Let England Shake
Duck Feeling - Die Ewigkeit Lieder




#3 Tim Hecker - Ravedeath, 1972





#4 Ex Æquo
Bill Callahan - Apocalypse
EMA - Past Life Martyred Saints


Attendez jusqu'à Janvier pour lire nos sentiments vis à vis de l'"Apocalypse"
Lisez le coup de poing dans le plexus reçu par Joe Gonzalez à l'écoute de "Past Life Martyred Saints"





#7 Ex Æquo
Handsome Furs - Sound Kapital
Radiohead - The King of Limbs





#9 St Vincent - Strange Mercy


Encore quelques jours avant la parution d'une critique de "Strange Mercy"



#10 Master Musicians of Bukkake – Totem III


Lisez l'étude clinique de l'aspect "populaire" de "Totem 3" par Joe Gonzalez



Avec l'installation à des postes stratégiques de fins gourmets du bruit, du silence, de l'expérimentation et de la désolation chez C'est Entendu, la Rédaction a naturellement développé une symbiose surprenante entre les sons agréables des sirènes pop et les tortures sonores de l'intellect ou des entrailles par des artistes peut-être plus en phase avec leur temps, que nous appelions de nos vœux depuis des mois déjà, et qui se partagent sans surprise les belles places de ce classement avec les attendus coups de cœur(s) de l'année. Ne soyons pas pour autant réducteurs car rien n'est bien léger de ceux que l'on rangerait dans les rayons pop/rock du mégastore : EMA nous a tiraillé et tiré des larmes, PJ, Bill et le duo Handsome Furs ont vivement teinté leurs disques d'une saveur politique et Annie, oh, Annie, on sait tous fort bien que sous le vernis blanc de sa pochette se cachent les crocs d'une guitariste au propos mordant et aux notes qui caressent à rebrousse-poil. Pas de Metronomy, pas de Gaga et en dehors du plaisir coupable de Radiohead, l'année 2011 a produit exactement ce que nous en attendions : critique, réflexions et hypertension.



Les Meilleurs Albums de 2011 selon chacun :
(et les pires choses survenues, tant qu'on y est)

Certains membres de la rédaction ont tenu à exprimer dans le détail leur point de vue sur l'année écoulée, de façon à vous aider à mieux les cerner. Avec des tops albums regroupant 5 disques qui nous ont particulièrement touchés (ce ne sont pas forcément les 5 pour lesquels nous avons votés pour le top général) et un état des pires trucs de l'année, voici à quoi ressemble la rédaction, dans le détail !


  1. Rome - Die Aesthetik der Herrschaftsfreiheit
  2. Grails - Deep Politics
  3. Nick Storring - Rife
  4. Yu Miyashita - Noble Niche
  5. Rain Drinkers - Springtide
Les Rain Drinkers (n°11 de mon top) m'ont séduit avec leur musique belle, secrète, inclassable et intemporelle… Inspirée par des esprits et des fantômes ? J'y croirais presque. Par des rêves, des souvenirs et des environnements loin des villes ? Je n'en doute pas une seconde. Yu Miyashita (n°5), c'est par son équilibre parfait entre sons électroniques "sauvages" et maîtrisés, ses nappes et formes musicales belles, nouvelles, étonnantes et séduisantes qu'il m'a conquis. Nick Storring (n°4) m'a convaincu par son travail fascinant sur des sons agressifs, tactiles et cristallins, et ses mélodies inattendues venues des quatre coins du monde musical.
J'ai aimé Grails (
n°3) pour leur pot-pourri de genres et d'influences rétro assumées, leur son qui va au-delà de tout ce que le post-rock avait en réserve, et surtout leurs mélodies qui font de l'album un "classique immédiat". Enfin, Rome est mon n°1 parce que c'est le seul album de l'année qui peut vraiment prétendre au titre de chef-d'œuvre ; une odyssée en trois volumes qui va au-delà de ce que tous les autres disques de 2011 ont proposé en termes d'ambition, à la fois très politique et très personnelle, superbe que ce soit dans les chansons ou les "scènes" plus abstraites.

Les pires trucs de l'année :
J'ignore facilement tous les trucs qui me gonflent dans l'actualité. Ce qui m'a le plus déplu au niveau musical cette année, je crois que c'est les horreurs qui passent au supermarché quand j'achète mes paquets de céréales… En 2012, si on garde cette question je répondrai peut-être "la décision qu'ont pris les majors d'arrêter de produire des CD". Mais ils ont encore le temps de revenir dessus.

lamuya-zimina
Comité Rédactionnel



  1. Mondkopf - Rising Doom
  2. Hauschka & Hildur Gudnadottir - Pan Tone
  3. Landscape - Landscape
  4. Stendeck - Scintilla
  5. Active Child - You are all I see

L'album de Mondkopf est celui qui m'a laissé le plus bel hématome de l'année. Construits autour de montées en tension, d'une rage inouïe puisant dans le métal, les titres se succèdent et écorchent le corps pris au piège dans cette noirceur. J'ai aussi trouvé mon bonheur dans la rencontre entre la violloncelliste islandaise Hildur Gudnadottir et le pianiste allemand Volker Bertelmann (Hauschka) qui improvisaient autour du thème de l'eau. Les albums que j'ai aimés m'ont accompagné toute l'année pour leur douceur et/ou les improbables rencontres des genres qu'ils ont occasionnées.

Les pires trucs de l'année : Le décès de Dj Mehdi.


Aurélie Scouarnec
la petite nouvelle spécialiste en électronique



  1. Little Dragon- Ritual Union
  2. DuckFeeling - Die Ewigkeit Lieder
  3. St Vincent - Strange Mercy
  4. EMA - Past Life Martyred Saints
  5. Handsome Furs - Sound Kapital
Année Orgasmique.

Les pires trucs de l'année : La disparition de Trish Keenan.

MLE
graphiste



  1. Radiohead - The King Of Limbs
  2. Sea Oleena - Sleeplessness
  3. Shabazz Palaces - Black Up
  4. Grouper - A I A
  5. The Dø - Both Ways Open Jaws
J'ai écouté du hip hop pour indie kidz avec Shabazz Palaces, dormi (ça n'est pas péjoratif) et accompagné mes trajets de bus avec Grouper, j'ai été estomaqué que cet EP de Sea Oleena n'ait pas suscité autant d'attention que le premier, car il le surpasse en tous points, j'ai VRAIMENT aimé cet album de The Dø et quant au Radiohead, aaaaah... Le Radiohead est un numéro un obligatoire parce que quoi que j'en dise ou que j'en pense, c'est l'album que j'ai le plus écouté cette année sous toutes ses formes. Pas vraiment réussi, avec un gros goût d'inachevé c'est vrai, mais au moins Radiohead sait encore faire ça, pondre un album qui ne satisfait personne. Cela prouve à mes yeux qu'ils sont encore dans la course, que leur U2isation n'est pas pour demain. (Cela dit, quand Björk fait la même chose, ma réaction est tout autre).

Les pires choses de l'année :
La sénilité. Lou Reed, David Lynch.


Joseph Karloff
Comité rédactionnel



  1. The Sea and Cake - Moonlight Butterfly
  2. The Flaming Lips - Strobo Trip
  3. Youth Lagoon - The Year of Hibernation
  4. EMA - Past Life Martyred Saints
  5. Chad VanGaalen - Diaper Island
Tout en haut de mon top personnel trônent deux disques qui attestent de la vivacité créatrice rassurante et même rafraichissante de deux groupes vétérans. Il faut écouter avec attention le neuvième album des chicagoans menés par Sam Prekop et Archer Prewitt, peut-être le plus abouti du groupe ; et il serait fort dommage d'être seulement agacé par les nouvelles expériences de la bande à Wayne Coyne, sans y abandonner ses deux écoutilles. On retrouve ensuite l'album de Youth Lagoon dont je n'attendais rien de spécial et qui fut une agréable découverte, la meilleure de l'année en ce qui me concerne, d'où sa présence ici. Un disque un brin emo, où je suis apparemment le seul à entendre les plus beaux restes de la non-regrettée chillwave. Enfin, pour clore mon top, deux albums qui prouvent que le rock indé n'est pas tout à fait mort et que si on veut encore en trouver la preuve, il vaut mieux s'intéresser à des œuvres personnelles, d'où émanent une sincérité forte et un propos infiniment plus pertinent que chez des groupes de plagieurs opportunistes et sans saveur tels que Yuck, Cymbals Eat Guitars, WY Lyf et consorts.

Les pires trucs de l'année : Je suis pas trop du genre à être dégouté des hypes, car je sais m'en tenir éloigné, j'évoquerai donc seulement la déception suscitée par le "sophomore effort" de Real Estate, groupe sur lequel j'avais placé quelques espoirs et dont j'avais bien plus apprécié le premier album. Ils ont l'air de s'être engagé dans une bien triste voie. L'album de Girls fait partie des pires trucs que j'ai écoutés cette année, aux côtés de certains morceaux de la BO de Fifa 12.

Félix
pigiste indie



  1. Mehdi Zannad - Fugue
  2. Proper Ornaments - Who Thought?
  3. Triptides - Psychic Summer
  4. Vivian Girls - Share the Joy
  5. Dreamdate - Melody Walk
Cet album (en français) de Medhi est plus assumé, plus frais, léger et vivant, il est superbe et se conclue sur le magnifique Paresse dans lequel on ressent presque l'esprit d'un Big Star ou d'un Emitt Rhodes. Alors parfois certains morceaux ne sont pas aussi parfait que cela, mais globalement ce disque a une fière allure, et c'est comme si un rêve se réalisait pour moi : de la pop de qualité chantée en français. Un disque que je n'attendais pas, et qui m'a conquis, tout comme l'EP des Proper Orniaments, et surtout la chanson Who Thought qui va à l'essentiel sans s'encombrer de gênantes parures. Les Triptides me font l'effet de Real Estate qui s'énerverait un peu mais ce disque mérite mieux qu'une suite de comparaison, c'est un plaisir simple frais et enjoué, et dans un registre encombré (les trucs un peu surf) il tire son épingle du jeu. Les Vivian Girls, elles, ont su cette fois-ci se mettre en danger: une qualité que trop rare de nos jours. On sent qu'elles essaient des trucs, parfois ça ne passe pas, mais quand ça fonctionne ça a quelque chose de grandiose. Quant à Dreamdate, c'est un disque "indie-pop" tout ce qu'il y a de plus classique a priori, mais sans que je sache au juste pourquoi, il a quelque chose en plus, une sorte de justesse et de sincérité qui en font un beau disque tout simplement, attachant et authentique.

Les pires trucs de l'année : Il y en a eu beaucoup, mais globalement je regrette que la musique soit chaque jour plus dématérialisée. Il ne s'agit pas de faire dans le "rétro" mais simplement du plaisir d'apprécier un disque, de la quête pour le trouver, du désir que l'on peut éprouver pour la musique. La dématérialisation est une démarche pragmatique et raisonnée mais la musique a besoin de passion et de fantaisie.

Alex Twist
spécialiste "rétropop à guitares"



  1. Handsome Furs - Sound Kapital
  2. PJ Harvey - Let England Shake
  3. Metronomy - The English Riviera
  4. Moon Duo - Mazes
  5. Born Bad Records (Cheveu, The Feeling of Love, Frustration, Magnetix...)
Handsome Furs mérite toute votre attention pour sa pertinence en 2011. J'ai été globalement déçu par le manque criant de lien entre la musique et la situation politique et sociale dans laquelle nous sommes plongés qu'on le veuille ou non, déçu aussi par la vacuité abyssale de ce qu'est devenu une grande partie de l'Indie-Rock. Face à ça Dan Boeckner et Alexei Perry ont la décence de s'attaquer de front à toute la merde qui nous étouffe et l'élégance de noyer le bon gout sous plusieurs couches de punk synthétique et franchement dégueulasse. La vulgarité plutôt que la reddition: enfin une vision crédible de notre époque. PJ Harvey reste dans le haut du panier avec un album exceptionnel et moderne, réappropriation de tout le folklore anglais pour une ode mélancolique à une Grande Bretagne fantasmée, vieil archipel isolé au large de l'Europe. Inégalé en 2011. Metronomy a publié un exemple rare et salvateur d'album pop intelligent parvenant à atteindre un niveau de popularité qu'auraient mérités beaucoup d'autres en leur temps. Moon Duo et son avatar Wooden Shijps ont été cette année les meilleurs représentant de l'alternative Indie-Rock psyché-heavy-shoegaze actuelle, ce qui justifie leur présence ici et enfin je tire mon chapeau au label Born Bad Records qui fut mon disquaire attitré avant de se s'affirmer comme l'un des meilleurs label de l'année avec notamment The feeling Of Love (écouté sur le tard) et les superbes Cheveu.

Les pires choses de l'année : Longtemps je voulais écrire ici "Animal Collective en 2009" (groupe que j'aime profondément) pour toute l'étendue de la médiocrité de ses suiveurs. Depuis j'ai trouvé pire: Le rayon musique de "l'espace culturel" Leclerc à Montceau-les-Mines. On ne se rend pas compte de la merde qui est encore de nos jours fourguée à nous autres masses prolétaires . Absolument affligeant.

Arthur Graffard
rédacteur



  1. Duck Feeling - Die Ewigkeit Lieder
  2. Bill Callahan - Apocalypse
  3. The Flaming Lips - Strobo Trip
  4. Handsome Furs - Sound Kapital
  5. Gang Gang Dance - Eye Contact
J'ai vécu une belle année musicale puisque tout ce que j'aspirais de mes vœux est arrivé. Des disques excitants, touchants, personnels certes, d'autres novateurs dans leur forme et leus structures (les Lips et Gang Gang Dance, notamment), et puis les musiciens se sont enfin remis à parler du Monde dans lequel ils vivent et j'ai aimé être d'accord avec certains textes, en trouver d'autres simplistes et d'autres encore complètement irritants, j'ai adoré. Et surtout, quelqu'un m'a demandé l'autre jour "mais en 2011, y'a-t-il eu des disques plus grands que nature ?" et je suis heureux de dire oui, il y en a eu. Les trois premiers de mon top sont d'ailleurs pour moi des classiques instantanés et je pense que je les écouterai toujours dans trente ans, si je ne suis pas clamsé à cause des mayas.

Les pires choses de l'année : Lana Del Rey, Bon Iver, WU LYF et le décès de Trish Keenan.

Joe Gonzalez
rédacteur en chef



  1. Jean Louis Murat - Grand Lièvre
  2. Philippe Poirier - Les Triangles Allongés
  3. Arnaud Rebotini - Someone Gave Me Religion
  4. Timber Timbre - Keep on Creeping On
  5. Daphné - Bleu Venise
La chanson française, les enfants, oui oui oui. Géométrie des sentiments, images surréalistes, envoutement des mots. C'est beau, ça nous occupe. Des merveilles, cette année. Des qui rappellent le premier album de Goldfrapp et l'essai de Beth Gibbons & Rustin Man ou les forêts sombres et immémoriales du rock, de celle dans lesquelles aime se perdrent les Laura Palmer. Bien plus qu'elles n'évoquent une chanson française familière Et puis Arnaud Rebotini, qui ne fait pas de chanson, mais qui creuse son sillon analogique et fait chanter ses vieilles machines. Techno rêveuse, mélancolique, sexuelle, menaçante, en rupture avec toute l'électro pour grosbills qui a pollué la dernière décennie. Organique (tiens donc…).

Les pires choses de l'année : Trop de hype toutes les semaines. Trop de nouveaux courants aux appellations débiles "Witch house ta mère". Trop de "rénovateurs de la pop" tous les deux mois.

D.E.L.
rédacteur



Les meilleurs vidéos musicales en 2011 :


#1 Radiohead - "The King of Limbs" Live From the Basement



Si Radiohead n'avait du donner qu'un seul concert autour de cet album, ça aurait été celui-ci. D'ailleurs, on préfèrera le visionner encore et encore que d'aller souffrir des cris fanatiques de leur horde de suiveurs dans une quelconque salle trop grande pour que s'exprime vraiment leur art.



#2 Connan Mockasin - Forever Dolphin Love



Pas de surprise, on l'a revu hier soir et les six premières minutes de cette vidéo phantasmagorique avec sa basse hypnotique et ses très belles images, est l'une des plus belles choses que l'on ait vidéodimanché en 2011.



#3 Ex Æquo
Colin Stetson en concert à emporter
"Better Than Something"
"The Ballad of Genesis and Lady Jaye"









On a découvert Colin Stetson avec ce concert à emporter de la Blogothèque et depuis, même s'il ne figure pas dans le tout haut de notre panier, on lui voue un amour sans faille, à lui, à son cuivre et à son souffle, tout comme on a appris à redécouvrir feu-Jay Reatard avec le documentaire présenté en avant-première cette année à la Gaité Lyrique et qui nous a littéralement rendus amoureux de l'artiste, qui était bien plus qu'un simple punk mort trop tôt. Tout comme Lady Jaye, dont le portrait touchant, accompagné d'une belle introduction posthume à Throbbing Gristle et Psychic TV dans ce très beau-car-laid-car-beau film de cinéma difficilement soutenable et difficile à oublier.



Les meilleures chansons/tracks/remixes de 2011, dans le désordre :

Voici les meilleurs one-shots musicaux de l'année, choisis par la rédaction et représentant donc forcément un très large panel de la musique pop, électronique, punk voire folk de cette année.

Radiohead - Separator



La Femme - Sur la planche



Ben Klock - Compression



The Sea and Cake - Inn Keeping



The War on Drugs - Best Night



The Feeling of Love - I am the Road



Thundercat - Fleer Ultra



Len Faki - Kraft und licht



Real Estate - It's real



tUnE-yArDs - Bizness



Tropic of Cancer - a color



Bill Callahan - One fine Morning



The Dø - Gonna Be Sick



Kurt Vile - Jesus Fever



Radiohead - Codex



CANT - Too late, too far



SBTRKT - Wildfire



The Field - Looping State of Mind



Chairlift - Met Before



Charlotte Gainsbourg - White Telephone



Handsome Furs - Serve the people



Martyn - Masks



Proper Ornaments - Who Thought?



Kangding Ray - Or




Nos espoirs pour 2012 :

Il y en a eu suffisamment de nouveaux groupes intéressants, cette année, pour que nous ne parvenions pas à nous mettre d'accord pour en élire un, ou deux, ou trois en particulier à qui décerner notre pouce levé en direction d'une future élévation artistique. Pour cette raison, nous vous proposons une liste des groupes ou artistes qui nous semblent les plus à même de produire du bon son en 2012 :


La Femme, Elephant (ceux qui ont publié l'EP "Assembly"), Django Django (en espérant qu'ils publient ENFIN un album), Alligator, Sandwell District (des gens qui bossent honnêtement mais qui sont lourds à ne publier que des "limited 100 vinyl edit"), EMA (dont on espère très vite un second LP), Factory Floor (s'ils évitent de se faire bouffer par leur nouveau label DFA, et qu'ils conservent un peu du danger de leurs débuts)



Les Meilleurs concerts vus en 2011 :



Les concerts qui auront le plus fait l'unanimité ont été ceux de Handsome Furs (à la Flèche d'Or puis au Point Éphémère, à Paris), tels qu'ils vous ont d'ailleurs été racontés ici. L'énergie communicative du duo, les mimiques et les jambes levées d'Alexei Perry et la sueur dégoulinante de son mari, ça nous a donné des palpitations comme pas possible, croyez-nous. En 2012, vous n'aurez aucune excuse pour rater une telle occasion de vous défouler.


On a aussi aimé voir : Mondkopf à l'ouverture de la Gaîté Lyrique, Kyuss Lives (Bataclan 25/06), St Vincent (au Café de la Danse), Tim Hecker, Low, l'Avènement du label l'Oeil Sourd, anbb, Patti Smith & Lenny Kaye à l'Olympia le 21 novembre, Electrelane à la Route du Rock, etc...



/////


N'hésitez pas à commenter nos choix, et à nous demander pourquoi diable tel ou tel album ne figure pas dans cette liste ou à nous dire pourquoi vous avez trouvé le concert de Handsome Furs à Tartempion-lès-Flots complètement naze. On vous donnera des raisons absurdes et des arguments indéfendables, et après on ira manger une glace, tous ensemble.


La Rédaction

vendredi 3 juin 2011

[Vise un peu] EMA - Past life martyred saints, séjour parisien et reprises notoires

C'est lorsque Gowns a splitté, que la plupart d'entre nous avons découvert l'existence d'Erika M. Anderson et de son petit ami d'alors, Ezra Buchla. En offrant un dernier enregistrement, le fantastique et cathartique Stand and Encounter, le duo arrêtait les frais après un seul véritable album ("Red State", 2007), arrivés au bout d'une relation amoureuse et artistique beaucoup trop chaotique et tendue pour perdurer.

Un an plus tard, le premier album solo d'EMA s'est bâti sur les cendres de Gowns (à la fin de Stand and Encounter, il ne reste véritablement plus grand chose) et sur celles de la vie passée d'Erika, Sainte Martyrisée de son État, non pas la Californie qu'elle envoie se faire foutre avec son premier single mais le Dakota du Sud, surplombant le Nebraska ayant inspiré de si tremblantes chansons à Bruce Springsteen et Connor Oberst. Sans surprise, depuis le folk droné bruyant et à fleur de peau de Gowns, du chemin a été parcouru, mais la constante émotionnelle n'a pas faibli.


(Marked)

Erika n'est pas une dépressive chronique, elle n'est pas une chouineuse invétérée et elle n'a certes pas l'air désespéré sur scène. Pourtant sa musique se nourrit d'un passé difficile, celui d'une adolescente probablement battue, marquée par les épreuves et c'est à travers les mots et les sons, des sons parfois plus proches du cri que de la mélodie, qu'elle tente tant bien que mal de faire sortir ce mal hors de son crâne ("I wish I had another hole to get it out" dans Marked et dans Coda). Son monde est un clair-obscur délimité par des motifs que l'on peut entendre se répéter au fil des chansons. L'usage coupable de drogues anxiogènes ("These drugs they are making me so sad and i can't stop taking them" dans Marked et Coda), les bras ressentis non comme des vecteurs d'action mais comme de translucides traitres inaptes à laisser transparaitre la marque de l'outrage, les bleus laissés par les coups donnés ("My arms they are see-through plastic / ... / I wish that every time he touched me he left a mark" dans Marked), et tout un parterre d'expériences pas jouasses, de l'ado gothique tailladée de Butterfly Knife à la rupture difficile de Red Star en passant par Breakfast, le petit-déjeuner dont je vous laisse imaginer ce qui peut être au menu ("You can be there when it comes right off / Big fat breakfast / Big fat bluebird"). Les sujets abordés sont certes plombants mais Erika ne les traite pas avec une solennité qui rendrait l'écoute insupportable. C'est plutôt avec un recul mature et une poésie nécessaire qu'elle se détache le plus possible de l'horreur des instants relatés, voguant au-dessus de ses souvenirs et les couvrant d'insouciance et de jolies images pour se convaincre elle-même de leur fin, transformant ses cicatrices en étoiles ("Like a red star / Like a blue scar" dans Red Star), ne ressentant le gros et gras petit-déjeuner forcé que comme une brise sur sa peau ("You feel just like a breeze to me" dans Breakfast)...


(Red Star)

Comme ils font pâle figure les représentants de l'emofolkcorechose face à la subtilité avec laquelle Erika étale son passé de Martyre sans en rajouter, sans aller trop loin, parvenant pourtant à faire transparaitre son malêtre, lequel explose à intervalles réguliers en des furies sonores ou se laisse aller tranquillement, sur fond d'apocalypse tranquille, comme avec le single California, une sorte de semi spoken-word très lent donnant l'occasion à Erika de se décharger un peu de poids de ces années passées et de narguer la mort ("I'm just 22 / I don't mind dying").


(California)

Dans la droite lignée des riot grrrls des années 90, dont elle dit se sentir l'héritière guitare-en-main, sa musique prend ses racines dans le rock de ces années-là, mais forte de l'apport du folk droné d'Amps for Christ ou de Gowns et représentante de la sensibilité d'une jeune femme ayant traversé les années 00 au son du hip hop des charts, du post rock underground et des crises sociétales, elle enchaine de longues et lentes symphonies en deux ou trois actes, émotionnellement chargées (ouvrir l'album avec les 7 minutes de The Grey Ship est d'ailleurs une preuve de confiance en soi), avec des tubes qui ne s'ignorent pas. Malgré son contenu, California ne ressemble à rien d'autre et s'impose comme un single évident. Quant à Milkman, il ne lui manquait qu'un clip à la mesure de son immédiateté pop (toutes proportions gardées) pour éclater au grand jour, et maintenant que c'est chose faite, il participe d'une mise en avant de la personnalité de la jeune Erika, promise à une starification underground prochaine, au même titre qu'un Tyler, the Creator. Elle en a l'étoffe.


(Milkman)

Le 9 Mai dernier, EMA faisait la première partie de Scout Niblett au Café de la Danse, et la mèche sur les yeux, elle affichait une confiance toute relative. Entourée de trois musiciens (dont, il me semble, Ezra Buchla, qui reste malgré tout un proche et qui ne jure que par "Past life martyred saints" sur lequel il a d'ailleurs joué et chanté), Erika semblait se donner des airs de rock star en invitant le public à faire du bruit, en récompense de quoi elle inviterait le plus bruyant à la rejoindre backstage. Malheureusement, la plupart des auditeurs la découvraient alors et l'accueil ne fut qu'enthousiaste, tout comme le show ne fut pas très long, empêchant une véritable décharge d'énergie ou une explosion d'émotion(s). Rien d'étonnant pour une courte première mais on a déjà pu se rendre compte de la crédibilité de cette jeune femme et s'émerveiller devant sa chorégraphie foireuse et touchante à la fois (celle de California, la même que dans la vidéo) et on sera certainement beaucoup plus nombreux à son prochain passage.



(En marge de l'album, un premier single, celui de The Grey Ship, comporte une reprise du Kind Heart de Robert Johnson en Face B - dont vous pouvez visionner l'enregistrement d'une partie de guitare ci-dessus - et un second rend hommage à Glenn Danzig avec une reprise de Soul on Fire)

D'EMA espérons de nombreux enregistrements et qu'Erika se révèle un bourreau de travail, ce que ses débuts laissent déjà entrevoir (Marked, le cœur de l'album, a été composée lors de la première prise d'enregistrement, et conservée en l'état). Écoutez les reprises ornant ses singles et procurez-vous les enregistrements de Gowns s'il vous en faut plus en attendant, déjà, la suite de ce premier chef d'œuvre adolescent, bouillonnant et brillamment orchestré. Erika a 22 ans, elle n'a pas peur de mourir. Autrement dit, elle n'a peur de rien, sinon peut-être de vivre. Espérons qu'elle ne nous fasse pas une "Cobain" (*).


Joe Gonzalez


P.S. : ALlez faire un tour sur le site d'Erika si vous êtes curieux.

(*) : Ceci vaut aussi pour Tyler.