C'est entendu.
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mercredi 4 janvier 2012

[Vise un peu] Réflexes et Réflexions, une cartographie de la musique électronique et électroacoustique en 2011, Troisième Partie

James Ferraro - Far Side Virtual

Le moins étonnant de la part de cet ex-membre du duo The Skaters (spécialiste des drones et bruits en tous genres), c'est qu'il ait aisément déniché un public de niche (*) pour sa musique, parce qu'en dehors de ça, il eut été balaise d'anticiper le style qui serait le sien avec ce nouvel album. "Far Side Virtual" repose sur l'idée selon laquelle il est possible de créer une musique viable à partir de samples exclusivement tirés de bandes sonores de logiciels d'usage commun (Skype, Windows, etc) et surtout de la franchise vidéoludique The Sims. Le résultat est un objet kitsch à la limite du tangible, une pièce pour laquelle le metteur en scène n'aurait pas dirigé des acteurs mais des cartes Panini, des idées, des sons imaginaires, un objet virtuel post-moderne.




(Écoutez l'intégralité de "Far Side Virtual")

Outre l'évidence de la critique (ou plutôt constatation) du tout-digital/tout-virtuel, on hésite entre interpréter la musique résultante (une chaine de collages plus ou moins réussis) comme une bonne blague ou plutôt comme une sérieuse tentative de dépasser le concept et d'atteindre une respectabilité new-new-age. Tout bisounours que soient les morceaux, il leur arrive de toucher à quelque chose d'étonnamment palpable, compréhensible, voire de vivant. Une invraisemblable chimie concrétisée à partir de trois fois rien, et qui à elle seule vaut que l'on ne traite pas Ferraro comme un simple publicitaire en quête de reconnaissance. Raisonnablement, cet élan compositionnel ne déchainera pourtant aucune foule, même une foule de niche, tant on a l'impression passées quelques pistes de tourner en rond (ce qui fait probablement partie du dessein conceptuel de Ferraro). On se prend alors à repenser aux compositions d'il y a quelques semaines de Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), dont la visée était analogue mais qui se révélaient bien plus émouvantes, complexes et travaillées. De la différence entre un compositeur et un petit malin.


Joe Gonzalez










Rustie - Glass Swords

Une chose est sûre, Warp ne se laisse pas vieillir. Le label anglais ne manque jamais de nous servir de belles sorties mais cette année, il aura proposé, avec Rustie, un étalon de la musique électronique à tendance populaire. Oubliez le concept d'intelligent dance music (ou "idm", un terme qui a plus ou moins été défini par les premières sorties du label, il y a plus de vingt ans), il n'y a rien d'intelligent dans la dance électronique de Rustie, c'est un amas de couches plutôt grasses de sons plutôt gras, un bouillon de culture dont la recette barbare avait déjà été testée par d'autres (Hudson Mohawke, en 2009 sur le même label, par exemple) et que certains critiques (Simon Reynolds le premier) ont définie comme du "maximalisme digital". Le terme est approprié pour décrire cette tambouille sonore faite de bric et de broc synthétiques empilés jusqu'à plus soif comme dans une bataille sans relâche contre le silence.


(Ultra Thizz)

Saluer le mouvement (quelle que soit sa direction) n'exclut pas d'en critiquer les atours et force m'est de constater que le maximalisme (en général) fait rarement bon ménage avec l'idée de violence qui me semble nécessaire pour qu'un mouvement ne soit pas qu'une mode. La critique par la surenchère du monde digital nous entourant (telle que peut la proposer James Ferraro) ne semble pas être ce qui sous-tend "Glass Swords" et le premier degré de cette avalanche de sons tous plus écoeurants les uns que les autres, toute tournée vers l'avant qu'elle soit, m'apparait davantage comme un exercice de style intéressant que comme une passionnante direction à suivre. Une fois l'intérêt clinique dissipé, il ne reste malheureusement plus qu'un monstre sonique en perpétuelle mutation, dont la durée de vie ne dépassera pas le stade de l'éphémère curiosité.


Joe Gonzalez








Tenkah - Feddy EP

Tout a commencé avec le duo The Noizy Kids (deux jeunes du Sud de la France) qui s’est finalement séparé fin 2009 pour donner naissance à Tenkah, autour du membre restant Joan Laudric. Cela fait quelque temps déjà que Tenkah a commencé à faire parler de lui sur la toile, en particulier grâce à des remixes de Radiohead ou Mondkopf. Après "Stalingrad" et "The Walk", il démontre à nouveau son talent avec "Freddy", un nouvel EP dont le bel artwork est signé LeBureau92.

Disons-le tout de suite, Nocturne est le morceau essentiel de l’EP. Violons et piano offrent un préambule orchestral du plus bel effet, avant que les beats ne viennent frapper avec force et explosent en éclats de verre. Tenkah cisèle et martèle une électronica puissante et céleste, glitchée, flirtant souvent avec l’IDM.


(Nocturne (Original Mix))

Vient ensuite Freddy avec le chanteur Loris, un morceau abouti, qui ajoute une tonalité hip-hop à l’ensemble. Après une version instrumentale de Freddy ce sont cinq remixes bien ficelés qui achèvent l’EP. L’un sort clairement du lot, le dernier, par le bordelais Mindthings, qui s’empare du morceau éponyme pour le transporter vers une electronica profondément onirique. Tenkah offre ses morceaux en téléchargement libre, qui plus est. Allez jeter une oreille sur son Soundcloud, et arrêtez-vous par exemple sur Harmonie, petit bijou urgent et bouillonnant taillé pour la piste de danse.


Aurélie Scouarnec







BONUS : Le sixième et dernier volet des compilations Origami Sound est en téléchargement libre depuis novembre dernier. Le premier morceau de Borealis (Jesse Somfay) est un diamant d’électronica glacée et rythmée par les résonances d’un électrocardiogramme. Magie.



(*) : nommément les amateurs de neuf à tout prix, et par exemple la rédaction de The Wire.

mercredi 21 décembre 2011

[Vise un peu] Réflexes et Réflexions, une cartographie de la musique électronique et électroacoustique en 2011, Deuxième Partie

Compilation - "Nothing Left for us"

Amoureux d’IDM, d’indus ou d’ambient, des pépites vous attendent sur cette compilation du jeune netlabel argentin Abstrakt Reflections. A la tête de cette écurie se trouve Pablo Benjamin, et toutes les sorties du label sont proposées en téléchargement libre et gratuit, en format compressé ou non. Aucune raison de se priver donc. Abondant, "Nothing Left for us" comprend pas moins de vingt pistes, comme autant de découvertes possibles. Après une introduction par SE (Perfect Scrapyard), mélancolique et transporteuse, des friches sonores plus hostiles font leur apparition. La patte d’Access to Arasaka, jeune prodige new-yorkais de l’IDM, est aisément reconnaissable sur le quatrième morceau, Carrier. Les rythmes indisciplinés creusent un terrain futuriste glitché à souhait, batissant une atmosphère dantesque. A l’image de illustration de l’album, vous êtes invités à déambuler dans les débris, les ruines et le chaos, là où l’humain tend à disparaître, pour vous laisser happer par la beauté lyrique des machines.


L’ambient se diffuse également en nappes pénétrantes, avec des morceaux tels que celui du français Aairial (le somptueux Feel), ou du grec Miktek (Lovely Beams), sur une compilation grandiose, qui laisse à entendre des horizons multiples, et qui se termine sur un titre de Tapage (Losing A Thought), véritable montée en puissance habitée par la nécessité des cordes, du souffle, des sonorités tintinnabulantes, et qui finit par entrouvrir sur une clarté mélancolique.


Aurélie Scouarnec







Azari & III - Azari & III

Grand bruit a-t-il fait ce duo de Toronto rassemblant Alixander III et Dinamo Azari, deux jeunes DJ's dont le premier EP, il y a un an, sous le pseudonyme Azari & III annonçait de façon assez incomplète ce qu'allait être leur album, si l'on ne prenait pas en compte leur single de 2009, Reckless with your love. En effet, taillé pour les clubs, ce premier LP mêle adroitement des sons et des rythmes propres à la house de Chicago tout en se donnant l'attrait des grands jours par des touches et des motifs disco. Majoritairement instrumental, le duo fait de son disque un tas de cartes à danser dans lequel la pioche peut offrir de quoi remuer son popotin en se plaçant à la fin des années 70 (Change of Heart ou le très mutant-disco Lost in Time) ou à la fin des années 80. Les déhanchés façon house étant les plus fréquemment tirés, c'est pour le meilleur que l'alternative survient et que de véritables singles (Reckless with your love, évidemment, mais aussi plusieurs choix de second simple sur la face B).


(Infiniti)

Formellement, ce sont peut-être les singularités de cet album qui l'empêchent de tenir (toute) la longueur. Divers sont les moyens utilisés afin de parvenir jusqu'au dancefloor et sur la face B, certaines de ces méthodes n'aboutissent malheureusement pas (la bruyante et presque effrayante Undecided a le mérite de dépareiller mais elle entache la démarche générale, tandis que Hungry for the Power se révèle tout simplement plus faible au niveau de ses textures sonores et de son beat). Cependant, c'est par la qualité de ses beats et des sons qui les accompagnent que l'album se démarque, plutôt qu'à travers sa méthode, et de ce côté-là, des tracks comme Infiniti (proche d'un synth-wave progressif) ou Tunnel Vision (un habile jeu de rythmes synthétique) font l'affaire de celui qui recherche dans la house un peu plus que "juste" de la danse.


Joe Gonzalez







Un remix à ne pas rater :



Dominik Eulberg - Der Tanz der Gluehwuermchen (Rone Remix).

Artiste techno de la scène allemande, Dominik Eulberg a publié un album, "Diorama", inspiré par la nature, en avril dernier sur le label Traum. Un deuxième album de remixes est sorti ce mois-ci, et compte dans ses rangs la merveilleuse reprise de la française Rone. Attention au décollage.


Aurélie Scouarnec

lundi 12 décembre 2011

[Vise un peu] King Creosote & Jon Hopkins - Diamond Mine

Discrètement sorti en début d'année, "Diamond Mine" avait de quoi piquer la curiosité de l'amateur de folk et d'electro ; et si j'emploie ici le singulier ce n'est pas seulement une figure de rhétorique, les ponts entre ces deux genres étant à ma connaissance fermés à la circulation. Les fans de King Creosote, folkeux terriblement gentil et consensuel (*), menant une carrière plus pépère qu'un épisode des Barbapapa, allaient-ils se risquer à écouter ces nouveaux titres composés avec un geek qui si ça se trouve ne sait même pas jouer de la guitare ? Les adorateurs de Jon Hopkins, qui, avant un "Insides" très réussi, faisait lui aussi un downtempo balourd comme on n'en entendait plus que dans ces documentaires scolaires qu'on nous diffusait en SVT ou en physique/chimie, ces adorateurs allaient-ils suivre leur Jon vers les sentiers de l'épure ? Voilà les questionnements qui traversaient donc l'amateur de folk et d'electro, un sacré branleur pour se prendre la tête sur des choses aussi futiles en pleine période de crise économique et politique, si vous voulez mon avis.



(John Taylor's Month Away)


Le résultat de cette alliance bizarroïde s'avère salutaire pour les deux musiciens, chacun se mettant le plus possible en retrait pour laisser l'autre s'exprimer, et c'est donc le silence qui l'emporte le plus souvent : une denrée rare. King Creosote met en veilleuse ses hooks à la Eagle Eye Cherry et s'en tient à deux ou trois accords par chanson, pendant qu'Hopkins distille quelques nappes ambient dans le lointain, un beat par-ci, un beat par-là. Pendant à peine une demi-heure, deux artistes dont on ne mesurait pas bien le talent prennent leur temps, et nous pondent l'album le plus apaisant de l'année.


(Bubble)

"Diamond Mine". Mine de diamant. J'aime à penser que c'est le concept de cet album : que se passe-t-il dans la tête de celui qui détient une mine de diamant ? Je m'explique. Imaginez : vous recevez une lettre d'un notaire US vous expliquant que votre arrière-grand-oncle vient de passer l'arme à gauche, et que vous êtes le seul héritier d'un immense terrain au fin fond du Texas. Vous vous rendez sur les lieux perplexe, et là, au fond du canyon à droite, vous tombez sur ce qui s'avère être une mine de diamant. Cet album illustre ce qui se passe dans votre tête l'instant d'après, un mélange d'extrême soulagement devant l'idée de ne plus être contraint de travailler, de pouvoir fuir l'inéluctabilité de la société, mêlé à une écrasante lassitude : "Qu'est ce que je vais bien pouvoir foutre de tout ce diamant ?"




Parce que découvrir une mine de diamant, ce n'est pas comme gagner au Loto. Il ne suffit pas de rester chez soi en attendant le virement du pactole net d'impôts. Il faut l'exploiter. Organiser cette exploitation. Créer une entreprise, ou confier la mine à une entreprise, qu'il faudra surveiller. Négocier. Entreposer. Vendre. Gérer. Stocker. Négocier. Accumuler. Perdre ses amis. Négocier. Ne plus avoir confiance en personne. Négocier. Ne plus prendre le temps. Anticiper. Négocier. Ne plus perdre son temps. Se projeter dans le futur. Négocier. Ne plus écouter de musique.



Joseph Karloff



(*) Enfin c'est ce que je croyais avant que notre cher lecteur Mmarsupilami ne nous précise dans les commentaires combien je me suis fourvoyé sur la carrière de King Creosote.

lundi 1 août 2011

[Réveille Matin] Squarepusher — Coopers World

La tête remplie de jazz, armé de sa basse et de sa batterie (et pas seulement de son ordinateur), Tom Jenkinson alias Squarepusher fut le fer de lance le plus groovy — et pas le moins taré — du label Warp dans les années 90. (Soit l'un des musiciens incontournables de ce qu'on aura appelé IDM ou "intelligent dance music", nom de genre débile et prétentieux s'il en est ; et il en est.)

Tout comme ses confrères, Jenkinson aura su développer un son distinctif, chez lui une idée simple mais pertinente : un mélange parfois m'as-tu-vu mais classieux de drum and bass et de jazz (prog, fusion), des pistes aux (break)beats frénétiques donnant du piquant à des mélodies et lignes de basse particulièrement cool.


Coopers World

Pour découvrir Squarepusher, le mieux est sans doute de commencer par son deuxième album, "Hard Normal Daddy", qui présente parfaitement le son de notre ami Tom (du moins dans son premier style). Si Coopers World, qui ouvre l'album avec sa mélodie instantanément prenante et dansante aux accents rétro (qui m'ont fait me demander au début s'il ne s'agissait pas d'une reprise pimentée d'un générique de film ou de vieille série que je ne connaîtrais pas) ne vous séduit pas instantanément, je ne sais pas ce qu'il vous faut !

Si vous aimez, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer l'album — et si vous voulez un topo rapide et subjectif sur la discographie de Squarepusher, il suffit de demander : "Feed Me Weird Things", le premier album de Jenkinson, était un peu le brouillon de "Hard Normal Daddy" (mêmes bonnes idées quoiqu'un peu moins bien développées, quelques bijoux, quelques faux pas) ; Squarepusher décide ensuite de changer de styles et sort son meilleur disque (voire son chef-d'œuvre) : "Music Is Rotted One Note", fortement inspiré par Miles Davis et qui se trouve plus proche du jazz que de l'électronique — avant de suivre le chemin inverse sur "Go Plastic", disque que l'on pourrait taxer de masturbatoire et prétentieux (voire puéril dans les paroles de My Red Hot Car) s'il n'était aussi remarquable, avec ses enchevêtrements fascinants et complexes de sons et de rythmes que l'on peut presque toucher. Tous les morceaux ne sont pas de la même trempe (on pourra notamment se passer de Come on My Selector et d'à peu près tout "Big Loada" aujourd'hui, tant l'abus de boîte à rythmes a mal vieilli, et "Burningn'n'Tree" est à réserver aux fans), mais si vous vous sentez brave, vous pourrez encore écouter "Ultravisitor", faux album live composé uniquement d'inédites, particulièrement long et dense mais aussi très abouti. Enfin, ne passez pas à côté d'Iambic 5 Poetry (sur l'EP "Budakhan Mindphone"), d'Iambic 9 Poetry (sur "Ultravisitor" — peut-être sa meilleure piste) et de Port Rhombus, trois des plus belles réussites de l'artiste… de quoi faire danser ses méninges tout l'été !


— lamuya-zimina




Une version live en bonus.

mercredi 27 juillet 2011

[Alors quoi ?] Mundovision 2011 : Remise du trophée

Chers lecteurs, vous qui n'êtes pas partis en vacances ou qui nous suivez malgré la plage, la montagne, la campagne ou les volcans qui n'attendent que votre gentil tourisme pour prospérer, l'équipe de C'est Entendu vous remercie d'avoir participé au vote du Mundovision 2011, une cérémonie absolument improvisée il y a quelques semaines dans le but de voir confrontés une dizaine de quasi inconnus jouant dans des catégories très différentes et issus de pays inattendus et répartis aux quatre coins du globe. Malgré la période estivale propice à l'inactivité web, malgré le concept un brin exigeant (dix chansons à écouter, dont du metal, ça n'est pas simple pour tout le monde) et malgré notre organisation encore hésitante, vous avez voté en nombre suffisant pour que nous décernions le Mundar 2011 à l'un des nommés. Et le Mundar est donc attribué à.......Lien
LEILA

De son vrai nom Leila Arab, cette artiste d'origine iranienne était probablement la moins méconnue des candidats présentés cette année. Collaboratrice de Bjork pour qui elle a joué des claviers, sœur de la chanteuse que l'on entend de façon récurrente sur les albums d'Archive, découverte par Aphex Twin et Gilles Peterson, elle a été très proche de la scène trip hop de la fin des années 90 en Angleterre sans jamais vraiment en faire partie. Son style se rapproche davantage de l'expérimentation électronique et notamment de l'IDM et de l'ambient. Vous l'avez sélectionnée à travers Medicore, une piste issue de son premier album, "Like Weather", publié en 1998, que revoici :


(Medicore)

Exilée en Angleterre où il semble somme toute plus facile de créer de la musique, Leila publie ensuite chez XL (le label de Radiohead, Tyler the Creator, etc) un disque où l'IDM cotoie le glitch et s'assoit sur une base rythmique rappelant le downtempo. Certainement son album le plus proche du trip hop, "Courtesy of choice" propose aussi quelques voix féminines typiques du genre, et notamment celle de sa sœur, Roya Arab.


(Thanks Mr Jones)

Enfin, en 2008 elle fait son grand retour avec un troisième album, paru cette fois chez Warp (au passage, Leila participe en 2010 à la compilation Warp20 pour les 20 ans du label), "Blood, looms and blooms". En huit ans, le son de Leila s'est modernisé et a un peu perdu de sa naïveté. Des vocalistes sont encore une fois de la partie, dont Roya Arab et Martina Topley-Bird, collaboratrice régulière de Tricky, sur des compositions plus rythmées, et une électronique moins laidback.



(Deflect, featuring Martina Topley-Bird)


Vous en savez désormais un peu plus sur la gagnante du Mundar mais elle n'est pas la seule à avoir gagné puisque le vainqueur était destiné à offrir à son pays d'origine une exposition particulière sur C'est Entendu. De ce fait, vous aurez droit à la fin du numéro Hors Série d'été à un dossier sur la musique iranienne, traditionnelle, pop, folk, metal et électronique, la totale ! Rendez-vous début Septembre pour découvrir la musique d'un pays dont on ne parle pas si souvent lorsqu'il est question de culture. Et à tort. Pour vous en convaincre, allez voir "Une Séparation", en ce moment sur vos écrans de cinéma, et tâchez de visionner les films d'Abbas Kiarostami, que ce soit sa palme d'or ("Le goût de la cerise") ou son dernier film, daté de 2010, "Copie Conforme", qui est l'un des plus beaux films qu'il m'ait été donné de voir depuis des années.

En attendant notre petit voyage à Téhéran, soyez en sûrs, en 2012, la prochaine édition du Mundovision sera organisée à un moment plus propice, de façon plus organisée et vous aurez à nouveau l'occasion de faire votre choix et de découvrir un pays inexploré.


Joe Gonzalez

lundi 14 février 2011

[Vise un peu] Seefeel — Seefeel

Seefeel dans sa première incarnation aura été à la croisée des chemins, entre shoegaze, IDM et ambient techno ; un groupe à la fois étonnant et facilement émouvant, dont les boucles répétitives et les mélodies tour à tour aériennes ou subaquatiques, toujours enveloppantes, auront marqué leur époque malgré une carrière plutôt courte (de 1992 à 1996).


(Moodswing, sur "Pure, Impure" ou "Polyfusia")


Seefeel aura aussi été un groupe en perpétuelle évolution : leurs premiers disques (dont le premier album, "Quique", et plusieurs EPs qui sortiront regroupés sur la non moins indispensable compilation "Polyfusia") étaient portés par la voix de Sarah Peacock et laissaient encore une grande part aux guitares et aux mélodies ; paradoxalement, ce sont aussi ces disques-là où la répétitivité des pistes se faisait le plus sentir, même si des morceaux tels que Polyfusion, Moodswing ou Time to Find Me étaient parfaites, entre mélodies ensoleillées, presque aériennes, et sentiment d'être en autarcie, en sécurité, dans une bulle de son agréable dont on voudrait ne pas sortir. Le son du groupe est par la suite devenu de plus en plus électronique, ambient et sombre au fil des albums : "Succour" avait une ambiance beaucoup plus nocturne et intérieure que "Quique", et la voix de Sarah, d'alanguie et nonchalante sur "Quique", devenait quasi-fantômatique et semblait résonner à travers de grandes machines et des paysages à moitié visibles dans le noir. ("Succour" est excellent et reste à ce jour l'un de mes albums préférés à écouter la nuit.) Le dernier disque du groupe avant sa séparation, "(CH-VOX)", supprimait quasi-totalement la voix et virait complètement vers l'ambient, au risque de sonner trop dépouillé, trop sombre, comme si le groupe n'était plus que l'ombre de lui-même ; un opus moins convaincant, qui reflétait peut-être les tensions qui ont fini par déchirer le groupe original… puis ce fut le hiatus, le silence radio pendant pas moins de douze ans. Seul un remix de Spangle par Autechre sortit en 2003 vint nous rappeler à quel point le groupe nous manquait…

Et puis, Seefeel s'est reformé en 2008 avec de nouveaux membres : le leader Mark Clifford et la chanteuse Sarah Peacock sont toujours là, mais Daren Seymour et Justin Fletcher ont été remplacés par Shigeru Ishihara (a.k.a. DJ Scotch Egg) et Iida Kazuhisa (ex-batteur des Boredoms). Après la sortie l'an dernier d'un EP ("Faults") prometteur mais un peu trop statique et qui laissait l'auditeur sur sa faim, c'est un album à la fois surprenant et dans la suite logique de son parcours que nous propose Seefeel : attendu car les éléments qui avaient fait la renommée du groupe sont là, les boucles entre guitares et électronique, la voix de Sarah, un son intérieur et prenant… et surprenant, car dès la première piste, le groupe semble avoir emprunté un chemin où on ne l'attendait pas : un son quasi-aggressif, qui semble jouer sur des "erreurs" volontaires et met plus que jamais les sons électroniques en avant.




(Dead Guitars)



Est-ce pour se renouveler ou par l'influence des nouveaux membres que le groupe a pris cette nouvelle direction ? La courte intro O-on One commence par ce qui ressemblerait presque à de la noise music, et Dead Guitars enchaîne avec un rythme sec et complexe, de fortes distortions, des sons tranchés net ou qui semblent endommagés… c'est un Seefeel teinté de glitch, qui semble tirer son inspiration des albums récents d'Autechre, que l'on entend là — même si, malgré tout cela, la musique évolue souvent vers le même schéma qui a fait le succès du groupe auparavant : une luminosité, une beauté sous-jacentes, enfouies sous un écran de bruit (cette fois décidément électronique — l'esthétique shoegaze traduite par des sons électroniques ?). Dead Guitars et Faults (qui, en contexte, apparaît nettement comme la piste la plus proche du Seefeel des débuts) sont en tout cas très réussies ; on retiendra également Rip-Run avec son rythme quasi-dansant (qui rappelle celui de Gatha sur "Succour", en plus moderne).


Et pourtant, il y a des choses qui gênent dans ce nouvel album (homonyme, comme si ça signifiait quoi que ce soit) : tout d'abord, ces sons semi-glitch semblent un peu trop dans l'air du temps, avoir été (souvent) entendus ailleurs, et font perdre au groupe un peu de son originalité (l'hybridation avec ce genre de sons peut donner des résultats intéressants, comme sur "Year Zero" de Nine Inch Nails où les erreurs volontaires se greffaient sur des chansons pop/rock/indus, mais il s'agissait là de l'hybridation d'un son avec une écriture ; chez Seefeel, il s'agit plutôt d'un son qui semble lorgner vers un autre, et qui du coup tombe en position de faiblesse).

Ensuite, beaucoup des pistes de l'album semblent favoriser un peu trop la forme au fond, les textures aux mélodies, et finissent par se ressembler toutes et à perdre de leur âme et de leur effet. Comme si le groupe avait un problème au niveau de l'écriture et tentait de masquer cette faiblesse par un écran de bruit (le même à travers tout l'album). "Seefeel" manque de moments et de mélodies mémorables comme il y en avait sur "Polyfusia", "Quique" et "Succour", et si l'album reste honorable, s'il contient toujours de beaux éléments qui poussent à continuer l'écoute, il faut bien avouer qu'il souffre de la comparaison avec les disques précédents.



(Rip-Run)


Malgré tout cela, "Seefeel" reste un meilleur album que "(CH-VOX)" ou l'EP "Faults" ; c'est un disque imparfait mais qui vaut le coup d'être écouté, un retour bienvenu de la part d'un groupe à la réputation méritée, qui n'a pas eu peur d'avancer et de proposer un son nouveau, tout en gardant une bonne partie de ses qualités (qui n'ont à ma connaissance pas été surpassées par un autre groupe). Espérons que le groupe évoluera vers d'autres directions dans l'avenir, tout en gardant cette esthétique qui fait leur charme… on les suivra avec bonheur.


— lamuya-zimina

lundi 8 novembre 2010

[Nuit Blanche] Aphex Twin - 4

Hop hop, le chat Joe Gonzalez n'est pas là, occupé qu'il est à s'incruster au festival des Inrocks en se faisant passer pour un journaliste, tout ça pour voir LCD Soundsystem à l'oeil, le vil gredin. Du coup, à la rédac', certains se tournent les pouces, jouent à la Game Boy ou écoutent le dernier Muse en cachette ; et d'autres piratent sauvagement le site en y parlant d'ELECTRONICA, en pleine nuit pour que personne ne remarque rien car tout le monde est sur Youporn à cette heure-ci.

Tout le monde a frémi devant cette photo de Richard D. James, aka Aphex Twin, où l'intéressé essayait déjà de nous foutre les boules, peu avant son clip de malade Come To Daddy et l'imagerie dérangeante qui s'en dégageait. Pourtant, le "Richard D. James Album" s'ouvre par un titre au beat agressif certes, mais tout en rondeurs, avec des gentils pads grenouillant dans tous les sens et soutenus par des cordes paisibles.




4 est l'une des plus belles réussites d'Aphex Twin en termes d'electro pure (si tant est que cela veuille dire quelque chose) : elle ouvre son meilleur disque avec beaucoup d'audace tout en paraissant très facile, presque naïve. Le grand public ne retiendra sûrement d'Aphex Twin que ses courtes pièces au piano qui émaillent "Drukqs", et qui ont fait la joie des publicitaires du monde entier ; sans rien retirer à la beauté pure de morceaux comme April 14th, je leur préfère 4, condensé à la fois expérimental et accessible de toute l'oeuvre d'Aphex Twin, et somnifère idéal pour vivre ses plus beaux cauchemars.


Joseph Karloff

vendredi 28 mai 2010

[Vise un peu] James Holden - DJ-KICKS ou le Krautrock 2.0

A chaque fois qu'un "DJ-KICKS" sort, c'est un petit évènement en soi dans le milieu de l'électro. Cette idée du label !K7 consiste à donner carte blanche aux grands noms de l'électronique qui piochent dans leurs morceaux préférés pour réaliser une mixtape où se développe une ambiance, une couleur à chaque fois très particulière. Parmi ceux qui y sont passés, on peut citer, excusez du peu, Four Tet, Tiga, Burial ou encore Flying Lotus (le sien devrait paraître bientôt) et j'en passe.

James Holden est un DJ-producteur qui offre un savant mélange d'électro, de techno minimale, de post-rock et de krautrock. Personnage assez atypique, il est le créateur du prestigieux label Border Community (sur lequel est signé le génial Nathan Fake), qui se définit comme étant un label "about dance music that doesn't fit in a category, and about providing djs with tools to inovate" (concernant une dance musique qui ne rentre dans aucun catégorie, et qui fournit à des djs des outils pour innover). Il est aussi l'auteur de l'album "Idiots Are Wining" (2006) où l'on pouvait déjà constater son attrait pour une rythmique recherchée, intelligente et surprenante.

James Holden - Triangle Folds (DJ-KICKS)

Le travail rythmique est d'ailleurs le gros point fort de ce DJ-KICKS. Il ne tombe jamais dans la vulgarité d'un gros beat trop puissant pour être catchy ou d'un rythme trop binaire, gras comme du beurre et subtil comme un sketch de Jean-Marie Bigard. Holden se tient loin de toutes ces facilités que certains pratiquent à l'excès pour la seule raison que "ça fait danser !" (oui mais qui ?). Comme tout bon minimaliste qui se respecte, Holden n'hésite d'ailleurs pas à laisser planer l'auditeur de temps à autre en rendant les basses muettes. Si le rythme est le langage du corps, le sien bouge en finesse, caresse doucement l'air et connaît des phases hyperkinétiques.


"The dance you do lying in bed or driving your car or riding the bus is still a dance"
James Holden


L'autre force de cet album réside dans le choix des chansons. En tant que DJ, Holden a toujours été intéressé par une multitude de styles musicaux (on le voyait, par exemple, ouvrir ses sets avec My Girls d'Animal Collective et les fermer avec une minimale très dense). Sur cet album, on note par exemple la présence de Mogwai avec la chanson The Sun Smells Too Loud (remixée par Holden). Holden offre ici un Krautrock 2.0 un peu comme l'avait fait Henry Smithson en 2008 sous son pseudonyme de Ein Kleine Nacht Musiek (dont je vous recommande vivement l'écoute), la musique envoûte l'auditeur par ses itérations mélodiques soutenues pas des beats hachés et répétitifs. On assiste depuis quelques temps à une renaissance du krautrock, par le biais de ces artistes qui écoutaient Neu! et Can tout en découvrant les possibilités que leur offrait leur ordinateur. Holden enfonce ici un peu plus une porte imaginée par Smithson.

Ce "DJ-KICKS" n'est pas un album facile. L'IDM (Intelligent Dance Music) y est fièrement représentée tant ce disque est écoutable en soirée (pour un public un minimum subtil ceci dit) autant que chez soi, au calme. L'écoute est d'ailleurs un peu plus enrichissante à chaque fois tant le mix de Holden est de qualité (les transitions sont pratiquement invisibles). Voilà un album que beaucoup ne comprendront pas, espérant peut-être y trouver de quoi suer facilement. Les autres saisiront le talent et l'audace de James Holden.


Julien Masure

dimanche 6 juillet 2008

La cité des tags perdus (A-M)

Salutations, cher ami lecteur ou chère amie lectrice !


Si vous êtes ici, c'est probablement que vous avez cliqué sur une branche liée à un genre musical dont nous avons parlé dans un article regroupant de multiples disques, artistes et genres — le genre d'article qui ne nous permet pas (à l'heure actuelle) de rajouter tous les tags nécessaires. Histoire de ne pas laisser totalement tomber ces tags, voici la liste des liens où trouver les articles correspondants !

>> Dark Ambient :
cf. Dead Voices on Air, "From Afar All Stars Spark and Glee"
cf. Witxes, "Scrawls #01"

>> Harsh Noise :
cf. Incapacitants, "As Loud As Possible"
cf. Merzbow, "Dharma"

>> Hip Hop Instrumental :
cf. TOKiMONSTA, "Midnight Menu"

>> IDM :
cf. Leila, Medicore

>> Italo-Disco :
cf. The Quick, Young Men Drive Fast

>> Industriel :
cf. Throbbing Gristle, "The Second Annual Report"

>> Minimalisme :
cf. Phill Niblock, "Touch Three"

>> Musique concrète :
cf. François Bayle, Eros Bleu