C'est entendu.
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jeudi 8 septembre 2011

[Réveille-Matin] Violent Femmes - Blister in the sun

Ce que j'ai appris des Violent Femmes, de mon passage éclair dans l'armée de métier de la République, de mes dix huit mois au service d'un restaurant McDonald's franchisé et de Ferris Bueller, j'aimerais vous le transmettre ce matin. Je vous épargne un compte rendu sur l'état de mes intestins pour passer directement à l'anecdote pas franchement passionnante qui m'amènera à mon sujet. Il y a sept ou huit ans de ça, je me baladais dans la rue quand dans la vitrine d'un disquaire, je vis ceci :



J'allais demander au type derrière le comptoir quel genre de groupe se fantasmait en petite espagnole épiant depuis la fenêtre d'une hacienda délabrée un trafic de coca et quelle était donc cette musique que produisaient les Violent Femmes et d'abord pourquoi un tel nom lorsque mon très futur interlocuteur prit les devants et me demanda si j'aimais ce qu'il était en train de passer. C'était une vieille jam oubliée de tous (mais pas de lui) sur laquelle tricotaient les membres du Grateful Dead alors après avoir craché ma désapprobation, je quittai les lieux pour ne (presque) jamais y remettre les pieds. Puis, quelques semaines plus tard, j'ai écouté Blister in the sun sans faire le rapprochement, parce qu'un type sur un forum m'avait dit "écoute ça". Ce type-là, on l'appelait Derek Evans, mais son vrai nom, personne ne le connaissait. Il prétendait être un ténor du barreau mais on n'en a jamais eu la preuve. Certains disent qu'il enseigne l'anglais dans un collège burkinabé, d'autres qu'il s'est pendu en écoutant "The Idiot". Moi je crois qu'il n'a jamais existé et qu'il faut vivre avec son temps et que les buissons ardents, ça marchait bien quand on n'avait pas la téloche et le wifi, moi je crois que ce mec-là, qu'il ait existé ou pas, quand il nous disait "tu aimes Pink Floyd ? Fonce t'acheter "Closer", par ce groupe, Joy Division, tu verras ça te plaira" ou quand il nous parlait de Judee Sill en insinuant qu'elle et John Lennon n'étaient qu'une seule et même personne, quand ce type nous envoyait des exemplaires de "The Drift" par Scott Walker par la poste (à ses frais !), je crois qu'il nous donnait les préceptes, les lois, les commandements (la Table des Lois n'est-elle pas le premier TOP 10 reconnu ?), il bâtissait nos croyances et il bâtissait C'est Entendu à une époque où nos discothèques comptaient moins de disques qu'il n'y a de joueurs sur un terrain de la NFL et... où en étais-je ? Ah oui. Il m'a fait écouter Blister in the sun, et j'ai trouvé le morceau réussi mais violemment pénible et je n'ai jamais rien écouté d'autre par les Violent Femmes. La morale ? Elle est de Ferris : La vie est courte et si vous ne vous arrêtez pas de temps à autre, vous risquez de la rater. Prenez ça comme vous voudrez.


Joe Gonzalez

mercredi 24 août 2011

[Vise un peu] The War on drugs - Slave Ambient

Pour le pire ou pour le meilleur, le groupe d'Adam Granduciel s'est calmé. "TAME !" comme disait Franck Black. Paradoxalement, depuis que Kurt Vile a quitté le navire (officiellement, car en réalité il reste le meilleur ami de Granduciel et a collaboré à l'enregistrement de l'album), le son de The War on drugs semble s'être exponentiellement rapproché de celui de son ex-guitariste. En réalité c'est seulement la mise à l'écart de deux éléments parmi les trois qui faisaient la réussite de "Wagonwheel Blues" (2008) qui est responsable de ce rapprochement sonore.

Adios lo-fi pour commencer, certainement parce que le groupe s'est dégoté un meilleur matos et on n'aura donc pas droit à un nouveau Barrel of Batteries grinçant. Adios adolescence ensuite, certainement parce qu'en trois ans le groupe a eu le temps de grandir et ça implique une maturation des paroles et aucun "before we grow o o o o o o ld" lancé vers l'infini, même si quelques batteries endiablées résonnent encore (Your love is calling my name). Sans Vile, le groupe reste cependant un grand bastion de la guitare et avec un bond en avant de la qualité du son, la beauté des guitares acoustiques et électriques, parfois accompagnées d'un très beau piano (I was there) éclate au grand jour et rapproche le groupe de la trinité guitaristique de cette année (Thurston/Mascis/Vile).


(Come to the City)

Cet éloignement d'un psychédélisme folk lo-fi était déjà sensible sur l'EP paru en 2010, en même temps qu'une envie de faire muter les envolées lyriques en implosions contrôlées dans des bulles d'ambient. Cette fois-ci par contre, le titre "Slave Ambient" peut se révéler trompeur et c'est davantage dans la direction du shoegaze que les musiciens de Philadelphie ont fait évoluer leur musique. Si ambient il y avait dans l'idée de départ, le groupe en a fait son esclave, sa chienne, et l'a transformé en mur de son (Original Slave) métissé par un harmonica récurrent, toujours réminiscent de Springsteen.



(Black Water)

Les amateurs d'americana guitaristique enveloppée dans le son comme dans un duvet pour aller camper sur les hauteurs risquent d'être déçus mais même pour un amoureux des débuts lo-fi comme moi, cette évolution semble logique. La différence entre The War on Drugs et beaucoup de descendants du folk-rock ou du shoegaze tient à deux choses primordiales : Granduciel sait écrire des chansons et lui et ses comparses, dans la lignée de leur ancien guitariste, font montre d'un talent certain pour les enregistrer. Ce "Slave Ambient" est un petit bijou de guitares entrelacées et superposées, mineur certes, mais réussi.


Joe Gonzalez