C'est entendu.
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lundi 12 décembre 2011

[Réveille-Matin] Grouper - Alien Observer / Dragging the streets

On a pris l'habitude, depuis quelques mois que la dream-pop a adopté une esthétique marquée par l'ambient, de séparer le clair de l'obscur, les ténèbres du lumineux, en deux catégories disjointes : dark-ambient et ce que j'ai fini par appeler pour clarifier la situation light-ambient. Cette scission est avant tout une affaire de simplification pratique de la sémantique mais elle est aussi révélatrice de notre besoin de diviser même la plus simple cellule et si possible suivant un manichéisme zoroastrien. Car la dream-pop en question, ou ambient-pop si vous préférez, ne repose pas sur de complexes assises et son existence-même ne dépend que de son esthétique. Pas de structures symboliques, pas de propos affirmé, seule l'ambiance dégagée compte et c'est sans doute pourquoi l'on est si prompts à apposer une couleur à cette robe.

(Elizabeth Harris)

Justement, Liz Harris, alias Grouper, une jeune femme de Portland dont le "Dragging a dead deer up a hill" (2008) avait déjà connu un sacré succès d'estime (et auprès d'un public restreint amateur de ballades enveloppées dans un voile de sons mystérieux), a publié cette année un magnum opus encore plus ambitieux. Intitulé "A I A", ce double-album entérine la théorie séparatiste de l'ambient-pop tout en rapprochant les deux extrêmes plus qu'elles ne l'avaient jamais été. En effet, le premier disque ("Dream Loss") est à proprement parler du dark-ambient. Une sorte de brume dronée entoure les errements fantomatiques et incertains de la voix de l'artiste, tandis que des notes éparses, sombres comblent tout l'espace. Sur certains morceaux, la brume devient orage statique et le bruit s'empare du décor.



(Dragging the streets)


A ceci près que la voix de Liz Harris entonne ses inquiétantes suppliques, on baigne dans une atmosphère que ne renieraient pas Deaf Center, Demdike Stare, ou Witxes...

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... et cependant, sur le second disque, "Alien Observer", Harris reprend l'esthétique et les pseudo-codes du light-ambient tels qu'ils furent portés le plus souvent par des femmes, comme Julianna Barwick, Sea Oleena, voire Maria Minerva, si l'on tire un peu sur la corde.



(Alien Observer)

De fait, le temps de nous conter la perte de son rêve, Elizabeth adopte la "posture" mélancolique de ces artistes qui semblent avoir trouvé dans des sons lointains, moelleux, engourdis et hypnagogiques une façon nouvelle d'exprimer leur peine. En d'autres temps, d'autres femmes le faisaient différemment, mais loin de la folk émotive de Cat Power, par exemple, ce qu'exprime le light-ambient n'est pas qu'une plainte, c'est une sorte d'ode désabusée et un peu lasse qui passe par des notes de guitare claires enfouies sous des couches de réverbération et par une voix démultipliée, vers un infini romantique, un baume léger pour les cœurs lourds.


Joe Gonzalez

mardi 22 novembre 2011

[Réveille-Matin] Maria Minerva - Ruff Trade

La musique estonienne ne se résume donc pas à du black metal et de la folk datée, une conception avouons-le d'emblée réductrice mais la position est facile à camper quand la culture d'un pays aussi peu avenant ou charismatique est si mystérieuse. Maria Minerva (de son vrai nom Maria Juur) est une estonienne de 23 balais qui a publié des tas de disques en 2011, sauf que la quantité, même si la qualité suit, ça ne suffit pas à vous ouvrir les portes du grand public quand vous jouez dans la cour du lo-fi à tout prix. Être estonienne (exotisme (?)) et avoir des airs de Bella (dans Twilight) ne change rien à l'affaire : en dehors de quelques malins dans la presse spécialisée et d'une part de la blogosphère, personne n'a entendu parler de Maria. Son second LP vient pourtant de paraitre sous l'intitulé "Cabaret Cixous", et sa conclusion, Ruff Trade, est même affublée d'un clip :




Attention, malgré l'esthétique très irritante de ces images, il serait erroné de classer la musique de Maria Minerva dans la catégorie chillwave tant il manque, d'une part, trop d'éléments pour en faire une représentation de la chill,et tant on a affaire ici à de la véritable musique lo-fi. Disons que Minerva s'attaque au synthétisme par le même biais (que certains appellent hypnagogisme) qu'une grande sœur américaine, Nite Jewel. Entre ambiances électro-disco sous-marines et dream-pop à la limite de flirter avec les cieux, "Cabaret Cixous" est pile poil dans la tendance qui fait bander les hipsters mous du genoux dont je ne me considère pas membre, mais il faut bien reconnaitre qu'avec des chansons plutôt bien écrites comme celle-ci, Minerva a sans doute de l'avenir à moyen terme. Peut-être se défera-t-elle de son ethos lo-fi et ira-t-elle vers une électro-pop que les masses comprendraient mieux et qui pourrait passer au Festival des Inrocks. Ce serait sa meilleure chance de placer l'Estonie sur la carte car en attendant, les chercheurs d'or mélodique sont rarement attirés par son coin de paradis, que cette métaphore délimite son pays ou son cadre musical.


Joe Gonzalez

jeudi 20 octobre 2011

[45 Tours] Spiritualized - If I were with Her now

Chez Spacemen 3, trio anglais majeur dans le renouveau psychédélique médicamenteux de la fin des années 80 (aux côtés de Jesus&Mary Chain et autres Flaming Lips et Stone Roses, ce renouveau a notamment permis l'existence des Dandy Warhols, Brian Jonestown Massacre et autres - plus récents - Wooden Shjips, Black Angels et compagnie), l'élément le plus instable était Peter 'Sonic Boom" Kember, tout le monde le sait, et ses sorties suivantes (sous cet avatar ou en tant que Spectrum) ont prouvé que le bruit, le DIY et l'esprit adolescent du trio étaient son tribut (*). De l'autre côté du spectre, c'est Jason "Spaceman" Pierce, alias Spiritualized qui semblait dépositaire des velléités psycho-spatiales du groupe. En clair, s'ils étaient tous deux des enfants légitimes de Lou Reed, l'un était un dealer de crack pour junkies dégueulasses et l'autre préférait fournir la haute société avec des pilules qui vous entourent de coton. Beaucoup considèrent "Ladies & Gentlemen we are floating in space" comme le meilleur disque de Spiritualized, et ils ne sont pas à côté de la plaque. Sorti en 1997, c'était un parfait compagnon de route pour "OK Computer", un autre antidépresseur à s'envoyer massivement pour combattre la tension pré-millénaire. Cependant, l'album le plus abouti de Jason m'a toujours paru être "Lazer Guided Melodies", le premier album de Spiritualized, paru en 1992.





Cinq avant son breakthrough, Spaceman avait déjà tous les éléments en main : un savant dosage de ballades dream-pop, un brin d'ambient mollement rêveur, un tambourin de temps à autres et des guitares qui savent créer une transe psychédélique bruyante, à la façon du shoegaze mais avec un impact plus direct, plus pop. Si en prime la basse peut créer du groove et si les mélodies universelles sont au rendez-vous, que demander de plus à du rock psychédélique en 1992 ? Le succès était assuré, même si Pierce ne devait toucher un public plus large que cinq années plus tard, "Lazer Guided Melodies" amena tout un tas de passionnés de shoegaze vers un disque au son plus élégant, où les arrangements de cordes habillaient les allusions à la drogue, où les douzes morceaux étaient réunis en quatre imposantes suites immersives à souhait, et le shoegaze mourrait d'une belle mort tandis que la musique de Spiritualized illustrait à la télévision anglaise une publicité pour les barres sucrées Toffee Crisp.



Joe Gonzalez


(*) : Je triche un peu parce que les sorties de Peter Kember sous l'alias Experimental Audio Research (E.A.R.) sont d'une toute autre trempe : expérimentales, électroniques et plutôt réussies d'ailleurs.

mercredi 12 octobre 2011

[Réveille-Matin] Julee Cruise - I remember

On a beaucoup fait cas des jeunes femmes qui depuis quelques mois enchantent l'imaginaire des auditeurs parmi les plus patients avec des atmosphères vaporeuses, de lentes mélodies évanescentes et des chants de sirènes enjôleuses. Souvenez-vous des Julianna Barwick, Sea Oleena, Grouper et j'en passe. Tout ce beau monde regroupé derrière l'étiquette "dream pop" ou, comme je préfère le dire "light ambient" a fait valser (au ralenti) bien des cœurs rêveurs en mal de sérénité et de fantasme froid. Il est bien entendu que cette musique-là n'est pas née d'hier et que comme la plupart des genres musicaux centrés sur la réverbération et l'écho (pensez au shoegaze), elle est née à la fin des années 80. Sa plus fière représentante n'est pas vraiment célèbre puisque nous sommes peu à nous souvenir de son nom, mais sa musique, elle, vous la connaissez sans doute, puisque le single Falling, issu de "Floating into the night" (1989) devait illustrer quelques mois plus tard l'une des séries télévisuelles parmi les plus révérées depuis que le petit écran nous accompagne : Twin Peaks.




Plusieurs extraits de l'album devaient accompagner les pérégrinations de l'agent Dale Cooper et des habitants de la ville de Twin Peaks (Into the night, Rockin' back inside my heart...) et ça n'est pas un hasard puisque David Lynch lui-même a composé les ambiances sobrement jazzy, mollement rétro et véritablement séduisantes de ce qui devait être la bande-son d'une ville perdue dans les bois et dont la forêt environnante cachait bien des secrets tordus. Angelo Badalamenti, compositeur fidèle à Lynch, est aussi de la partie et ses synthés fantomatiques donnent tout son sens au titre d'un album qui ne tombe jamais vraiment dans le kitsch new age, ni ne plonge jamais dans l'ennui. Il en ressort plutôt, à dessein, une atmosphère à la fois décontractée et angoissante, que Julee Cruise habille d'une voix qui semble elle-même flotter au gré des brises émotionnelles tantôt naïves ou romantiques et parfois plombées par un désespoir profond. La dualité de ces ambiances, l'ambiguité malsaine de Twin Peaks, est notamment développée dans le morceau de ce matin, avec un saxophone rassurant au début, un piano effrayant qui casse le rythme et les "choo bop" naïfs et légers de la fin qui rappellent le motif du fantasme 50's cher à Lynch.


Joe Gonzalez

jeudi 6 octobre 2011

[Réveille Matin] Warpaint - Shadow

Sur un thème éternel (je suis seul, je suis saoul, plaignez-moi) Warpaint à réalisé en 2010 l’une des meilleures chansons du genre. Un morceau extrêmement subtil dans sa progression qui à l’image du reste de "The Fool" doit beaucoup à la production qui submerge les compositions d’un climat lourd, mélancolique et brumeux . Ce n’est pas un hasard si la basse prend de plus en plus de place dans la pop actuelle et "The Fool"est ainsi presque entièrement construit sur une tension entre celle-ci et les guitares de Theresa Wayman et Emily Kokal, une tension qui génère dans ses meilleurs moments (Shadow donc, mais aussi Undertow, Bees,…) un fog dans lequel il ne tient qu’à l’auditeur de plonger. Mises trop vite dans le même panier que leurs concitoyens de Zola Jesus et Best Coast, ces Angelenas sont pourtant beaucoup plus proches de la noirceur de Manchester que des poncifs de la Californie.




La formule n’a pas fait l’unanimité à la rédaction l'an passé, peut-être en raison de la sortie dans les mêmes eaux des excellents "Teen Dream" de Beach House et "Transit Transit" d’Autolux qui évoluent dans un registre proche - en simplifiant les choses. Perdu dans un exercice 2010 saturé de groupes jouant sur le terrain de la mélancolie éthérée et souvent poussive, Warpaint s'est contenté d’une hype éphémère ainsi que d’un véritable plébiscite de la part de Noise Magasine, meilleure revue papier rock en activité.

Effet paradoxal de l’excès d’attention d’alors, "The Fool" est en cela un exemple parfait de hype contre-productive. Lors de sa sortie j’étais passé à côté de cet album qui est désormais l’un de mes favoris de l’année écoulée et c’est finalement à mon frère que je dois d’avoir cédé. Warpaint se déguste après la vague et il est peu dire que l’agitation ne se prête pas à son écoute. Et ce n'est absolument pas un cas isolé. Selon vous qui a réellement aimé le génial "Wonderfull Rainbow" de Lightning Bolt la première fois que ce condensé de bruit a atteint nos oreilles ? Pas grand monde. Alors réécoutons ces chansons à intervalles réguliers. En définitive le tort est réparé, mon frère est cool et Warpaint intègre le clan très fermé des groupes – Electrelane, Slits, Breeders, ... – qui prouvent si besoin était que le rock est définitivement une affaire de filles.


Arthur

samedi 17 septembre 2011

[45 Tours] I Break Horses - Hearts

Parfois il fait chaud mais on ne voit pas l'ombre du soleil. C'est un peu le cas aujourd'hui, là où je me trouve. Le ciel est blanc. Pas gris, blanc, lumineux, étouffant. Je n'ai jamais aimé voir un ciel blanc, j'ai toujours trouvé que ça manquait de couleurs. Quand j'étais gosse, la pire chose qui pouvait m'arriver était de rentrer chez mes parents après les cours du mercredi matin, manger un bon repas (de préférence des frites et de la saule parsemée de citron avec un grand verre d'eau fraiche), puis tourner les yeux vers la fenêtre et voir un ciel blanc. Ça avait le don de me refiler une migraine instantanée. Quand on est gosse et qu'on a une après-midi pour soi, on a envie de sortir faire du vélo sous un ciel bleu, pas vrai ? J'éprouve toujours cette douleur sourde au niveau du cervelet quand je vois ce monochrome, surtout un samedi après-midi. Alors imaginez-vous des suédois ? Pour eux ça doit être le cancer du cerveau assuré à force de ne voir que ça chaque jour. On dit que notre destin est lié à notre naissance et je suppose qu'en naissant suédois, on est en grande partie prédestiné à mourir comme ça, et à passer sa vie à lutter contre l'écrasant vide du ciel, et que l'on est condamné à écouter beaucoup beaucoup beaucoup de dream pop, la musique de l'ennui oppressant, de l'immobilisme lourd...





I Break Horses est un duo de Stockholm, qui n'a pas su user de discernement ou d'imagination au moment de se trouver un nom et une pochette, qui n'a aucun avenir dans votre discothèque à moins que vous ne fassiez partie des gagas de My Bloody Valentine et Galaxie 500 ou de ces gens qui collectionnent chaque sortie de Jesus&Mary Chain. Un single et puis suffit, pas besoin d'en rajouter, tout est dit. Avec ce single, Grand Blanc est résumé et combattu avec ses propres armes, une grande oppression sous la forme d'un mur de son et la mélancolie de quelques notes de piano. Boudons les éléments et envoyons-nous de la grosse dream-pop en faisant un doigt aux nuages.


Joe Gonzalez

mercredi 18 mai 2011

[Vise un peu] Sea Oleena - Sleeplessness

J'étais arrivé un peu en retard. Devant la machine à café, le sourire en coin, Joe m'accueille sans un mot, simplement en me tapotant l'épaule. J'aime pas trop ça, surtout sa façon de glisser légèrement sa main sur mon dos avant de la retirer ; mais il est tactile, le chef. « Je te paie un café ? » me dit-il ; puis, considérant les vingt-deux centimes au creux de sa main : « Alors... Dix, vingt, vingt-et-un... Ah voilà Lamu qui arrive, hey Lamu, t'as pas d'la monnaie ? ». Non, Lamu n'a pas de monnaie. « Bah, tu te rattraperas en nous pondant un bon p'tit article sur un de ces zicos oubliés dont tu as le secret ! »


Le silence qui suit une question de Joe Gonzalez
est encore du Joe Gonzalez


Oui, Joe parle parfois comme une petite annonce Rock&Folk. Mais Lamuya-zimina n'a pas d'article non plus. Légèrement décontenancé, et réalisant que Julien Masure était absent pour quelques jours, Joe sécréta une discrète larme de sueur au coin du front. « J'avais pensé tenter un papier sur le nouvel EP de Sea Oleena », lui dis-je.



S'interrompant en plein milieu d'une blague impliquant Dominique Strauss-Kahn et Sœur Sourire, ainsi que divers objets dont je n'ai pas saisi la nature, Thelonius me lança : « Ça y est, le gay refoulé va encore nous gonfler avec sa Norah Jones. Fallait nous le dire tout de suite, Joe, que tu voulais que C'est Entendu devienne une succursale de Têtu, j'aurais amené mes panoplies, on aurait fait un lip dub corsaire sur du Panda Bear ».

Les blagues du matin de Thelonius (à droite) ne sont pas du goût de tous les collègues...
Hugo et Arthur se réfugient dans leurs gobelets tandis que Nina affiche un rictus gêné
.

« Bon, mais tu as encore des choses à dire sur Sea Oleena ? » Inclinant la tête vers l'arrière, Joe m'invita à le suivre vers son bureau pour fuir le brouhaha ; d'aucuns auraient perçu dans ce geste une proposition indécente du genre vite-fait-bien-fait, mais je n'en suis plus aux tâtonnements échaudés des premiers jours. « Parce que ça va faire ton troisième... » « Quatrième. » « ...ton quatrième article sur elle en même pas un an, c'est beaucoup. Tu n'en parlerais pas plutôt dans le prochain numéro de Microcosme ? »



« Non Joe. Par ma barbe, cet album, j'en suis fou, pire que le chocolat Lanvin. Il n'est pas qu'un album sympa de plus dans cet horizon 2011 désespérément sympa. Là où son précédent EP tremblait pour maintenir le clou, celui-ci l'enfonce petit à petit, le martelant avec assurance au rythme des cymbales de Southbound. Ce morceau d'ouverture est l'un des plus beaux de l'année, et c'est sûrement parce que derrière, c'est six autres petits bijoux qui s'ensuivent. L'inquiétant Sleepless Fever, ritournelle pour dancefloors macabres, qui porte tellement bien son nom. Insomnia Plague, l'attente interminable avant et après le sommeil. Untitled, le tube indie folk dont j'ai toujours rêvé, avec un beau texte, une belle mélodie, immédiatement suivi par son jumeau maléfique Sister, dans une ambiance rappelant parfois le précédent EP. Milk est le RNB mou que CocoRosie aurait pu écrire si les moustachues se penchaient un peu plus sur leurs chansons et moins sur leur défi de réaliser les plus moches pochettes de tous les temps. Orion's Eyes est une conclusion attendue, convenue, mais surtout une invitation à recommencer le voyage. Bien sûr, le premier EP était déjà très bon mais il était badin, anodin. "Sleeplessness" ne joue pas dans la même catégorie. C'est un concept album qui rêve de rêver, mais qui est contraint de rester dans le réel. Je vais nous chercher des cafés. »


Le service compta de C'est Entendu euphorique
après les rumeurs de rachat de la boîte par Rock Sound.


Joe me regarda partir, circonspect. Puis, tournant les yeux vers son gobelet vide, encore plus circonspect, il conclut par ces mots : « Il faut VRAIMENT qu'on se trouve des stagiaires ».


Joseph Karloff

mercredi 15 décembre 2010

[Réveille-Matin] Atlas Sound feat. Laetitia Sadier - Quick Canal

C'est une matinée mélancolique qui nous attend aujourd'hui les amis, car on va parler du syndrome du "déjà entendu" sur C'est Entendu. Vous l'avez sûrement déjà vécu, vous aussi. Je ne parle pas du sentiment irritant qui nous envahit quand on écoute Coldplay et qu'on remarque que tout cela a déjà été entendu sur "OK Computer" - non, même pas "OK Computer" en fait, juste No Surprises.

Je veux parler de l'impression étrange de déjà connaître un morceau alors qu'on l'entend bien pour la première fois. Et quand je dis "connaître", ça va plus loin que la mélodie ou les paroles : Quick Canal, j'ai l'impression de l'avoir vécu, sans pouvoir mettre le doigt sur l'évènement de ma vie que cette chanson illustre, l'image à laquelle elle est associée, l'ami qu'elle incarne, le souvenir qu'elle cristallise.




Soyons honnêtes : deux accords qui se battent en duel sur plus de 8 minutes (ça y est, vous n'avez plus envie de cliquer, HAHA TROP TARD, j'avais mis le player avant EXPRÈS), ça laisse le temps de rêver, de laisser son esprit vagabonder et de se faire un paquet de films autour de ce qu'inspire ou non une chanson, pour pouvoir faire ensuite un article bien cheesy. Il n'empêche, ça fonctionne, et me voilà tout bouleversé, plongé dans mon passé pas tellement trouble, l'air hagard, chancelant sur ma chaise comme une marionnette contrôlée par un intermittent anémié.

Ou alors c'est juste que j'écoute trop de dream pop et que je ne dors pas assez.


Joseph Karloff