C'est entendu.
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jeudi 20 octobre 2011

[45 Tours] Spiritualized - If I were with Her now

Chez Spacemen 3, trio anglais majeur dans le renouveau psychédélique médicamenteux de la fin des années 80 (aux côtés de Jesus&Mary Chain et autres Flaming Lips et Stone Roses, ce renouveau a notamment permis l'existence des Dandy Warhols, Brian Jonestown Massacre et autres - plus récents - Wooden Shjips, Black Angels et compagnie), l'élément le plus instable était Peter 'Sonic Boom" Kember, tout le monde le sait, et ses sorties suivantes (sous cet avatar ou en tant que Spectrum) ont prouvé que le bruit, le DIY et l'esprit adolescent du trio étaient son tribut (*). De l'autre côté du spectre, c'est Jason "Spaceman" Pierce, alias Spiritualized qui semblait dépositaire des velléités psycho-spatiales du groupe. En clair, s'ils étaient tous deux des enfants légitimes de Lou Reed, l'un était un dealer de crack pour junkies dégueulasses et l'autre préférait fournir la haute société avec des pilules qui vous entourent de coton. Beaucoup considèrent "Ladies & Gentlemen we are floating in space" comme le meilleur disque de Spiritualized, et ils ne sont pas à côté de la plaque. Sorti en 1997, c'était un parfait compagnon de route pour "OK Computer", un autre antidépresseur à s'envoyer massivement pour combattre la tension pré-millénaire. Cependant, l'album le plus abouti de Jason m'a toujours paru être "Lazer Guided Melodies", le premier album de Spiritualized, paru en 1992.





Cinq avant son breakthrough, Spaceman avait déjà tous les éléments en main : un savant dosage de ballades dream-pop, un brin d'ambient mollement rêveur, un tambourin de temps à autres et des guitares qui savent créer une transe psychédélique bruyante, à la façon du shoegaze mais avec un impact plus direct, plus pop. Si en prime la basse peut créer du groove et si les mélodies universelles sont au rendez-vous, que demander de plus à du rock psychédélique en 1992 ? Le succès était assuré, même si Pierce ne devait toucher un public plus large que cinq années plus tard, "Lazer Guided Melodies" amena tout un tas de passionnés de shoegaze vers un disque au son plus élégant, où les arrangements de cordes habillaient les allusions à la drogue, où les douzes morceaux étaient réunis en quatre imposantes suites immersives à souhait, et le shoegaze mourrait d'une belle mort tandis que la musique de Spiritualized illustrait à la télévision anglaise une publicité pour les barres sucrées Toffee Crisp.



Joe Gonzalez


(*) : Je triche un peu parce que les sorties de Peter Kember sous l'alias Experimental Audio Research (E.A.R.) sont d'une toute autre trempe : expérimentales, électroniques et plutôt réussies d'ailleurs.

vendredi 23 septembre 2011

[Tip Top] Riot Grrrl #2 : Une brochette de filles pendant les années 90

Dans la foulée de Babes in Toyland ou Hole (le groupe de Courtney Love), des tas de filles se sont réunies, entre la fin des années 80 et le début des années 90, majoritairement dans le Nord Ouest des Etats Unis, pour crier leur rage face au sexisme. Le mouvement riot grrrl, c'était entre autres :



(L7 - Pretend we're dead, sur "Bricks are heavy", 1992)

Il y avait L7, de Los Angeles, dont la bassiste avait d'abord joué avec Love et Kat Bjelland de Babes in Toyland, qui jouait un heavy rock presque FM, dont le spectre sonore s'étendait du metal de Black Sabbath ou Danzig jusqu'aux guitares heavy pop du premier album de Blur.




(The Gits - Here's to your fuck, sur "Frenching the Bully", 1992)

The Gits, de Seattle, étaient pile entre le punk hardcore des Misfits et le thrash metal des premiers Metallica. Leur chanteuse, Mia Zapata, avait une voix rocailleuse rappelant Kim Deal (mais alors après trois mois passés sans permission de minuit enfermée dans un bar à s'envoyer des shots et des clopes sans filtre). Le groupe splitta après seulement deux albums lorsque Zapata fut retrouvée violée et assassinée en 1993, une fin tragique et terriblement à propos.




(Team Drensch - Fagetarian and dyke, sur "Personal best", 1994)

Team Drensch, de Portland, étaient des représentantes du queercore, une branche du punk hardcore valorisant le Do It Yourself et l'homosexualité assumée et non-conformiste. Leur musique avait quelque chose de plus déchainé, d'incontrôlable et sur scène elles montraient aux filles dans le public comment se défendre face à des agresseurs.




(Bikini Kill - New Radio, single paru en 1993)

La charismatique et meneuse Kathleen Hanna chantait dans Bikini Kill, à Olympia. La musique du groupe pré-datait l'indie rock qui devait s'imposer comme une évidence une décennie plus tard, lorsque des groupes comme No Age bâtiraient leur son tout entier dessus. Très engagée politiquement, Hanna allait se révéler comme une militante féministe de premier ordre et une artiste capable de se renouveler (ce qui ne fut pas le cas de beaucoup de membres du mouvement riot grrrl). Son attitude sur scène, où elle retirait des vêtements et prenait des poses provocantes, inspira grandement une certaine Peaches.




(Sleater-Kinney - I wanna be your Joey Ramone, sur "Call the Doctor", 1996)

Très proches de l'esthétique sonore de Bikini Kill, le trio Sleater-Kinney, de Seattle, plus tardif, était aussi nettement moins radical même si Corin Tucker, Carrie Brownstein et Janet Weiss étaient et restent aujourd'hui des porte-parole hargneuses de la cause des femmes. Leur musique laissait déjà entendre leurs velléités pop, lesquelles devaient aboutir à l'orée des 00's. Au moment où Sleater-Kinney débarquait, le mouvement riot grrrl tel qu'il avait émergé quelques années plus tôt battait déjà de l'aile, notamment parce qu'il tournait en rond stylistiquement parlant. Tous ces groupes de filles avaient ouvert une brèche dans laquelle beaucoup d'autres s'engouffreraient, et ce faisant, elles avaient contribué à écrire l'histoire continue du rock et de la musique. Une fois les cris des guitares étouffés, le silence n'a pas duré très longtemps avant qu'une voix ne s'élève à nouveau, celle de Kathleen Hanna, encore elle...


Suite et fin la semaine prochaine !


Joe Gonzalez

mardi 20 septembre 2011

[Réveille-Matin] Riot Grrrl #1 : Babes in Toyland - Bluebell

En l'espace de quelques chansons, je vous propose de redécouvrir le son de la scène montée par des filles autour d'Olympia (dans l'état américain de Washington), c'est à dire le son du mouvement riot grrrl. Parce que je ne suis pas une femme et encore moins féministe et parce que sur C'est Entendu il n'y a en ce moment aucune rédactrice (*), ces articles se contenteront d'aborder en surface le contexte qui a vu naitre cette rage-là. Ne me jetez pas la pierre, je ne me sens tout simplement pas suffisamment concerné par le problème qui agitait ces jeunes femmes pour le traiter avec toute la passion qui lui serait due. Tout simplement parce que si le mouvement riot grrrl n'a pas duré, c'est bien pour deux raisons : d'abord, c'était une idée, et pas un style. Les mots contestant le machisme, les viols et l'inégalité des sexes qui pullulaient alors étaient certes propulsés avec une énergie folle mais ça n'était musicalement qu'un mélange de punk rock (parfois noisy) et d'indie rock américain. Aucune caractéristique singulière ne démarquait de façon évidente la musique de Babes in Toyland de celles de Big'n ou The Jesus Lizard, si ce ne sont les paroles.

(Kat Bjelland, au centre, l'une des premières représentantes du style vestimentaire que certains ont appelé kinderwhore)

Deuxio, si les riot grrrl ont disparu c'est aussi par le biais d'une intégration progressive. Les femmes n'étaient certes pas monnaie courante dans le monde du rock à guitares avant le début des années 90, même si quelques irréductibles avaient gagné quelques batailles préalables (Patti Smith, les Slits, les Raincoats, Kim Deal...) mais grâce à des guerrières comme Kathleen Hannah, Corin Tucker, Kat Bjelland ou même cette garce de Courtney Love, après une demi-décennie de lutte, plus personne ne pouvait s'étonner de voir dans un groupe de punk rock la guitare, la batterie, le chant, tenus par des filles, des tatouées, des gueulardes, des sexy quand même. Si le punk-hardcore underground avait été presqu'essentiellement masculin, tandis que le heavy metal FM propageait une image machiste de la femme-objet, la donne changea pour de bon dans le monde du rock avec ces activistes que je vous propose de découvrir à travers l'une de leurs chansons, à commencer par Babes in Toyland.



Lien
En 1990, alors que le groupe de Kat Bjelland, une ancienne compagnonne de jeu de Courtney Love, entamait sa carrière avec un premier album toutes griffes dehors ("Spanking Machine", soit "la machine à fessées"), Sonic Youth les choisit pour ouvrir certains de leurs concerts et leur ouvrit ainsi des portes inespérées jusqu'à la signature sur une major de "Fontanelle", le second LP, publié en 92 et supervisé par Lee Ranaldo. L'occasion pour elles de produire quinze furies entre noise rock à la Big Black, grunge façon Sonic Youth et relents de riffs metal inspirés par Danzig (pas étonnant au passage qu'en tant que fanatique de Danzig, EMA cite Babes in Toyland comme source d'inspiration guitaristique de premier choix). Sur "Fontanelle", les hurlements de Bjelland ne cessent qu'en de rares occasions et alors elle déborde d'un cool Kim-Deal-ien qui détonne tellement aux côtés de ses aboiements éraillés qu'il en ressort presque plus violent que ces derniers. Sur Bluebell, Bjelland aborde avec ironie et métaphores insectoïdes le mâle primaire pour finir par exploser en un "You don't try to rape a goddess" déchirant de colère. Tout bien réfléchi, je n'ai pas entendu une fille crier comme ça depuis longtemps, il serait peut-être temps qu'une quatrième vague féministe voie le jour, non ?


Joe Gonzalez


(*) : Nous avons eu des femmes au sein de la rédaction mais ces jours-ci nous sommes entre mecs et si vous trouvez ça pas normal - ça ne l'est pas ! - alors rejoignez-nous mesdames et exprimez ici un point de vue féminin !

mardi 26 octobre 2010

[Réveille-Matin] Alice Cooper - Feed My Frankenstein

Alice Cooper, Steve Vai et Joe Satriani réunis dans un seul article pour C'est Entendu : il fallait bien une semaine à thème comme excuse minable pour s'autoriser pareil outrage.

Reprenons depuis le début : comment le grand-père spirituel de Marylin Manson, ex-star du glam rock des 70's devenu complètement ringard à l'orée des années 90, est parvenu à retrouver un second souffle ?



La réponse, vous la connaissez sûrement : grâce à l'essor soudain d'un petit show TV local dans l'Illinois qui, en 1992, allait parler à toute une génération - la mienne - à grands renforts de répliques stupides et de gags potaches. Mais pourquoi aller repêcher le vieil Alice, me direz-vous, en plein essor du grunge, alors que des groupes comme Sonic Youth ou les Pixies sont les nouvelles références ? C'est là qu'Alice est un sacré petit veinard.


Car la BO de Wayne's World est complètement à coté de la plaque : on y trouve Eric Clapton, Black Sabbath, Queen, Jimi Hendrix, bref, autant d'artistes dont le moins que l'on puisse dire est que 1992 n'est pas exactement l'apogée de leur carrière. Les personnages de Wayne's World sont hors du temps sur le plan musical, et le père Cooper va en profiter dans la vraie vie l'instant de deux scènes : un faux live mettant en avant son single du moment Feed My Frankenstein, suivi d'un dialogue mémorable où il narre à la manière d'un gentleman pétri de connaissances les origines de Milwaukee aux deux héros (la légende veut qu'il ait eu toutes les peines du monde à retenir son texte). Cet heureux concours de circonstances lui permettra de rebondir quelques temps avant de regagner progressivement l'anonymat poli qui lui revenait de droit.



Et la chanson dans tout ça ? Un pur produit de variété heavy metal comme on en faisait dans les années 80. MAIS ELLE ETAIT DANS WAYNE'S WORLD, PUTAIN ! Alors on fait tous comme Wayne et Garth, on pogote dessus comme des oufs, puis on se prosterne devant Alice en hurlant "We're not worthy !".


Joseph Karloff

mercredi 28 juillet 2010

[Réveille Matin] Arrested Development - People Everyday

Bonjour bonjour ! Ce matin, on reste dans la tendance hip-hop et toujours en fameuse compagnie, puisqu'il s'agit d'Arrested Developement, un groupe formé aux début des années 90 aux États-Unis.

Co-existant avec le Wu-Tang Clan et Snoop Dogg alors à leurs débuts, Arrested Development, comme son nom le laisse entendre, se plaçait déjà en marge de la mouvance gangsta et prônait un retour à la simplicité, à l'humilité. L'anti-héros du hip-hop US marquait alors clairement son territoire, tournant ses clips à la campagne, entouré d'une bande de copains souriants, faisant la fête en plein air dans un cadre bucolique loin de l'aliénation des villes, bref, c'était toute l'imagerie de la joie en communauté passée au peigne fin par huit américains totalement à la cool. Ne reniant pas leurs influences soul et funk, ils eurent l'idée d'utiliser des samples d'Everyday People, de Sly and The Family Stone, pour pondre, au final, un morceau bien a eux, People Everyday.

(People Everyday)

Il en résulte un mélange savoureux, chaleureux et hippie (autant que possible lorsqu'il s'agit de hip-hop). La guitare est en parfait accord avec le gros beat posé, les "claps" abondent, tout comme les refrains chantés à tue-tête par ce petit monde au grand complet (cf les "Aaahhh" immenses), et des saxophones viennent conclure à merveille ce bijou de hip-hop décalé. C'est le genre de morceau à vous donner le sourire tout de suite, et à vous faire hocher la tête en rythme tout du long. Des arrangements à vous enterrer les désagréments quotidiens six pieds sous terre, des dégaines en déphase absolue avec les critères du moment (voyez le clip de Mr. Wendal, à l'occasion, où c'est flagrant), et le tour est joué. C'est aussi simple que ça, et pourtant, ils étaient quasiment les seuls, en 92, à tourner des clips dans des maisons de campagne reculées, avec des bigoudis dans les cheveux et des peignoirs enfilés par dessus leurs baggys. Enfin, pendant que je réfléchis à la notion de simplicité, vous, vous pouvez toujours vous repasser le morceau. La journée commence plutôt bien.


Hugo Tessier

jeudi 3 juin 2010

[Réveille Matin] Dadamah - Limbo Swing

"The Dadamah album I look back upon as an exercise in weaving tunes into cacophony. The other members of the band had the energy and enthusiasm for experimentation and I had the "hooks", to put it crudely."
- Roy Montgomery, guitariste de Dadamah

Il y a des groupes comme ça qui ont la beauté d'être éphémères. Qui ne laissent derrière eux presque rien. Onze petits morceaux enregistrés en une fois avant de disparaitre. Cela ne rend pas leur œuvre plus belle, mais lui confère cependant un je ne sais quoi d'unique, un aspect presque tragique, comme si les quelques minutes de musique créées avaient été abandonnées, témoignages d'un événement bref dont rares ont été les témoins, monolithes mystérieux d'une présence vivante dont on ne sait au final presque rien. Venu de la lointaine Nouvelle-Zélande, Dadamah répond à cette description parfaitement et a magnifié les années 90 d'un unique album sombre et puissant intitulé "This Is Not A Dream," sorti en 1994.

Formé autour de Roy Montgomery à l'orée de 1992, déjà actif dans la scène alternative néo-zélandaise, Dadamah affichait une formation on ne peut plus classique, où seule un orgue se substituait à la basse et dont l'objectif clairement statué par Montgomery était d'utiliser le format pop des chansons simples à trois accords qu'il composait pour y accoler ensuite une perversion noisy, offerte par les autres membres, qui se chargeraient de transformer de simples compositions rock en jams improvisées et libres. Le processus ainsi décrit rappelle alors celui qui animait le Velvet Underground des premiers albums, lorsque le groupe avait calciné l'idée du jam rock binaire avec riff con et répétitif lors de l'orgie perverse de dix-sept minutes intitulée Sister Ray, ou avait revisité à sa manière le rock & roll des débuts en le rendant brut et sourd sur I Heard Her Call My Name ou European Son. Ici, on a comme des réminiscences de ce brouhaha original quand le groupe se lance dans un espèce de Waiting For The Man à l'orgue halluciné (Papa Doc) ou finit son album par un High Tension House magistral à la détresse toute en retenue. Le même son sec et lo-fi, quoique touché parfois d'effets de trémolos plus modernes, la même volonté de se débarrasser de tout ce qui pouvait exister à l'époque pour offrir quelque chose d'autre, qui toucherait l'auditeur au plus profond de son être, tout cela a fait de Dadamah de lointains descendants qui perpétuèrent, peut être sans le savoir, une vision sans concession de la musique.

(Limbo Swing)

Limbo Swing est le premier morceau de l'album et si ce n'est celui sur lequel l'influence du quatuor New Yorkais est la plus équivoque, elle y est pourtant parfaitement comprise et réinterprétée. La voix féminine qui accueille les deux accords si Lou-Reediens sonne comme le fantôme éthéré et sombre de Nico circa 1967 qui chanterait sur une version moderne et plus éveillée d'Heroin. Et soudain, devant la mise en place inéluctable d'une rythmique binaire qui résonne comme un battement de cœur au milieu des limbes, avec cet orgue sombre et profond qui vient appuyer l'aliénante répétition harmonique de la même manière que John Cale avec son violon et un jeu de guitare sec et tendu tout droit sorti de White Light/White Heat, on retrouve une force puissante, émouvante, destructrice et nihiliste digne descendante du Velvet Underground, mais qui aurait vu la lumière, l'illumination sublime et suprême étant atteinte quand la voix féminine se jette à corps perdu dans des cris aigus déchirants, comme une sœur de Yoko Ono ou de Linda Sharrock qui viendrait ou reviendrait à la vie par la musique. Et à la fin, tout se consume dans un grand tourbillon de notes perdues et apeurées qui retournent, finalement, des cendres aux cendres, de la poussière à la poussière, à l'obscurité totale.


Emilien Villeroy

mardi 1 juin 2010

[Réveille Matin] Yo La Tengo - Mushroom Cloud of Hiss

J'ai perdu le compte, je ne sais vraiment plus combien de générations de musiciens ont été influencés par les quatre albums du Velvet Underground, depuis les Stooges (eux-mêmes contemporains du Velvet) jusqu'au Drunk Girls de LCD Soundsystem paru le mois dernier en passant par le fanatisme de Jonathan Richman, ils ont été des centaines à puiser à la source, dans l'un ou l'autre des quatre LPs, tous différents, pour produire au choix une pop métamphétaminée, un boucan salement raffiné, une élégance sombrement déviante ou un rock'n roll décomplexé pariodant le métissage américano-américain au crépuscule des années 60.


(MONTEZ LE SON)

Le truc c'est que certains n'ont pas voulu choisir. Dès leurs débuts au milieu des années 80, Yo La Tengo affichaient un amour profond pour la musique populaire avec laquelle ils avaient grandi, des Beatles au doo-wop en passant par Richie Valens, Sonic Youth, Ornette Coleman... et le Velvet, mais sans jamais s'arrêter à une seule interprétation des leçons apprises. En 1992, le groupe sortait "May I sing with Me ?" et on y trouvait, côte à côte, de longues et lentes chansons neurasthéniques (Sleeping Pill), des popsongs guitareuses (Upside Down) et un monument de barouf nihilisto-overdrivesque beuglé par un Ira Kaplan à bouts de nerfs (Mushroom Cloud of Hiss, la chanson du jour), descendante indirecte d'un I heard her call my name (qui bousillait la face B de "White Light White Heat" en 1968) passé à la moulinette des Brother James de Sonic Youth et autres To Hell with Poverty de Gang of Four.

Ira Kaplan, marié, cinq ans d'âge mental une fois sur scène. Derrière lui, Georgia veille au grain.

Certes c'est une épreuve sonore de plus de neuf minutes que je vous impose comme son de cloche ce matin, mais soyons sérieux deux minutes : qui arrive à se réveiller chaque matin avec du coton ouaté dans les conduits auditifs ? Il faut parfois mettre du foutu sans plomb 95 dans son vin, et pas de bol c'est ce matin.


Joe Gonzalez

mercredi 21 avril 2010

[45 Tours] Jonathan Richman - Velvet Underground

C'est tous les ans la même chose pour moi : je passe tout l'hiver à m'envoyer de l'électronica, du hip hop, et tout ce qui se fait de mieux en matière de récentes envolées pop (cette fois-ci c'était le tour de la chillwave), mais, immanquablement, lorsque les premières chaleurs reviennent, le besoin d'écouter le Velvet Underground revient, et avec lui ressortent en masse de mes étagères les disques de ses membres ("The Marble Index" de Nico, "Vintage Violence" de John Cale...), de leurs contemporains ("Ptooff!" des Deviants) et de leur filiation, représentée aujourd'hui par un Jonathan Richman dans le rôle du fils caché de Lou Reed. Sachant que ce désir brûlant naît chaque année au même moment, je lutte pourtant inconsciemment pour le réfréner, pas à cause d'un désamour vis à vis du Velvet, mais plutôt parce qu'à un certain niveau de conscience, je me sens prisonnier de cette coutume contre laquelle je ne peux me prémunir, et qui me coûte, en quelque sorte, ma liberté.


(Velvet Underground, live en Italie, 1993)

Le fait est que cette année, comme à chaque fois, mon combat fut vain et, comme à chaque fois, j'ai pu farfouiller un peu plus avant dans la périphérie du Velvet et y découvrir un album solo de Jon Richman que je ne connaissais pas (je m'étais jusque là arrêté aux disques des Modern Lovers, peuchêre), "I, Jonathan" (1992) sur lequel se bousculent des perles de songwriting (I was dancin in the lesbian bar, You can't talk to the dude...) servies épurées et jouées comme des rock'n roll basiques et entrainants pour lesquels Richman se sert essentiellement d'une guitare électrique et de sa voix. Velvet Underground (en écoute sur votre gauche) y est l'hommage pas vraiment surprenant de l'un des premiers fanatiques du groupe, qui ne manquait aucun de leurs concerts lorsqu'ils passaient à Boston, dès 1967, et avait même publié un article "New York Art & The Velvet Underground" (lisible ici, notez le schéma explicatif) avec lequel il expliquait comment le groupe allait connaître un parcours sans faute avec le temps, allant jusqu'à rejoindre les Beatles au sommet de l'échiquier pop (en 1967, il n'y avait pas grand monde, critiques ou public, pour partager cet avis - à part peut-être Lou Reed lui-même). C'est aussi l'occasion pour Jonathan de reprendre un couplet de Sister Ray en plein milieu de sa chanson, comme si de rien n'était, le meilleur moyen pour lui de vous donner envie de réécouter "White Light / White Heat" puisque le beau temps est là, que la chaleur afflue, et que rien ne vaut le boucan du Velvet Underground lorsque le mercure grimpe et que les filles portent leurs jupes haut, très haut.


Joe Gonzalez

lundi 29 mars 2010

[Réveille Matin] Blur - Popscene

Bonjour à tous ! Ce matin, pas de surprise (ou alors si c'en est une c'est encore mieux), je vous propose un classique, un vrai de vrai. Pensez bien qu'outre la dimension qu'a pris Blur depuis Gorillaz et la re-formation de 2009, Popscene, single in-vraisemblablement absent du second album de Blur ("Modern Life is Rubbish") est en quelque sorte le mur porteur sur lequel l'édifice que vous foulez en ce moment-même (ce modeste webzine) fut bâti, et même imaginé, il y a déjà bien dix ans, lorsqu'une jeune et insouciante version de votre serviteur passait ses journées H24 rivé aux images fondatrices délivrées sur le téléviseur parental par le récemment acquis DVD "Blur : The Best Of." Parfois, dans le seul but de passer le clip débilitant et enthousiasmant de Popscene. En boucle.



Il me semble qu'il n'y aura rien de plus pertinent à montrer à qui pourrait vous demander "C'est quoi C'est Entendu ?" ou encore "C'est quoi la POP, dis papa ?" Évidemment, la réponse serait simpliste, tant il est vrai que nous ne sommes pas QUE ça, mais vous aurez déjà une base d'argumentation. N'oubliez pas de passer le clip à cette personne profane, c'est important. L'effet devrait être quasi immédiat et vous saurez que vous aurez remporté une victoire lorsque cette personne convulsera.


Joe

jeudi 25 février 2010

[Fallait que ça sorte] Raymond Scott - Reckless Nights And Turkish Twilights

Raymond Scott, accompagné de son “Quintette”, pourrait bel et bien évoquer l’une des multiples formations jazzy classieuses, animant les soirées guindées au sommet des gratte-ciel New Yorkais dans les années 30. Costumes impeccables, cheveux gominés, contrebasse jouée au doigt, trompettes, saxophones et batterie aux rythmiques saccadées et complexes, voilà l’apanage des éternels crooners du soir. Cependant, Scott s’inscrit dans une toute autre dimension. Ses compères et lui-même interprètent des morceaux issus de sa propre composition, et insufflent dans ces sphères de bonne conduite et de retenue que sont les ambiances prestigieuses des mondanités, un visage d’humour et de légèreté. En effet, à défaut de pouvoir trouver la moindre lourdeur, la bonne humeur s'affiche immanquablement, avec de petites mélodies jouées à la trompette, à la clarinette, au kazoo, et j’en passe. Cependant, si les instruments à vent sont largement utilisés (ce qui tombe sous le sens), la batterie n’est pas en reste, avec une multiplicité de cymbales, de toms, et même une petite cowbell. Cependant, légèreté ne rime pas toujours avec simplicité, et c’est flagrant chez Scott. Les compositions sont extrêmement complexes, et lui et son quintette se positionnent en maîtres incontestables de la variation inattendue, du changement de rythme insoupçonné.

C'est, entre autre, ce qui fit que Scott eut une influence de premier ordre, sur la bande son des cartoons de la Warner Bros. Carl Stalling (compositeur WB) se laissa séduire par cette alliance du drôle, du loufoque, du rigoureux, et du maitrisé. Accompagnant indirectement bon nombres d’heures de gloire de la télévision américaine aux côtés de Bugs Bunny et de Daffy Duck, les six hommes connurent une relative réussite.
Le premier (et sans doute le plus grand) succès du Raymond Scott Quintette fut Powerhouse, en 1937. C’est d’ailleurs le morceau d’ouverture de la compilation dédiée à l’œuvre de Scott, "Reckless Nights And Turkish Twilights," sortie en 1992. Maintes fois repris et réinterprété, Powerhouse figure même au générique de "Chérie, j’ai rétréci les gosses", pour l’anecdote... Vous pouvez l'écouter dans le lecteur sur votre gauche.

D'autre part, on remarque dans tout l’album une tendance des compositions à être fortement imagées, comme dans The Penguin, exemplaire de clarté et d’humour. Il y a le Pingouin, oui, mais pas que. En plus de renvoyer à la simple considération de ce dernier, le morceau évoque également sa démarche claudicante, ses petits battements d’ailes pour garder l’équilibre, ses trébuchements et autres quasi-chutes, et au final, l’auditeur écoute d’une manière amusée, avec un sourire, et se représente toute la petite scène. D’autres morceaux, tels que War Dance For Wooden Indians, démontrent également l’ampleur des possibilités propres à Scott, quant à la représentation d’une ambiance, d’un moment d’excitation. Vous devriez d'ailleurs regarder cette vidéo, une version alternative par le Quintette extraite du film "Happy Laughing," qui parlera d’elle-même :



Il se dégage aussi de "Reckless Nights And Turkish Twilights" un certain dynamisme. Les breaks, variations et autres changements de rythme viennent mouvementer l’écoute. Savoir ce qui pourrait bien arriver dans les prochaines secondes, quelle mélodie Scott aurait encore bien pu trouver, quel instrument inattendu pourrait venir se greffer à l’ensemble, fait partie du jeu. Mais à ce jeu, l’auditeur perd : très peu de choses s’anticipent. La surprise n’est pas permanente, certes, car les morceaux sont marqués par leur époque, et l’on y retrouve (avec plaisir) des éléments standards, mais de façon récurrente, l’embuscade de la syncope soudaine, du solo surexcité de saxophone qui avait soigneusement masqué son arrivée sont autant de menaces. Le piège est partout, et l’album n’en ressort que plus appétissant, que plus délectable…

D’un point de vue plus général, "Reckless Nights..." ne présente aucune aspérité, tout semble égal, et l’oreille constamment à l’épreuve n’est jamais déçue. Bien sûr, si l’on se dit que le Raymond Scott Quintette est une farce visant à produire de la musique humoristique, en bref, si l’on décide de ne pas prendre l’album au sérieux, chose que l’on pourrait être tenté de faire, même innocemment, alors là oui, les critiques vont pouvoir fuser. Répétitif, ennuyant à la longue, trop entêtant, trop daté… On connaît la liste par cœur. Il me semble, pourtant, que l’entreprise a tout de sérieux, qu’amusante elle n’en demeure pas moins digne d’une écoute attentive, et que si l’on se prend au jeu, on évitera d’être obnubilé tout du long par des arrangements que l’on jugerait clichés, vieillis.

Pourtant, l’œuvre de Scott, on ne saurait le nier, est avant-gardiste et novatrice. Trop frétillante pour être considérée comme jazz crooner, mais trop travaillée et soignée pour pouvoir revêtir la qualification d’easy listening, la musique de Raymond Scott se positionne où nulle autre n’a encore mis les notes. Car, malgré tout, une certaine distinction s'en dégage assurément : de la maîtrise, et le rendu est indéniablement amusant.
Voilà en quelque sorte toute la fascinante et séduisante contradiction du travail scottien.

Mort en 1994 dans un anonymat certain, le même qui l’avait accompagné durant la presque totalité de sa carrière et de son existence, il aura néanmoins apporté sa pierre à l’édifice du Septième Art, jouant dans quatre films pendant les 40’s (dont "Happy Laughing"), et réalisant les BO de cinq autres au cours du siècle.


La recherche, et plus globalement, la « nouveauté » auront donc été l’histoire de sa vie, sa ligne de conduite, comme peuvent en témoigner les cartoons américains déjà cités, qui lui doivent beaucoup, et également l’electronium (photo ci-dessus), instrument né de ses mains. Un héritage qui peut paraître bien généreux, au regard de la reconnaissance presque dérisoire qu'il a reçue.


Hugo