C'est entendu.
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mercredi 23 novembre 2011

[Parallèles] THX 1138

Aussi unique soit-elle, aucune musique n'est entièrement dénuée d'influences extérieures — et quand plusieurs artistes semblent suivre les mêmes traces, il peut être intéressant de voir là où ils divergent, voir comment ils interprètent une même source d'inspiration ou un même matériau. Cette nouvelle rubrique, intitulée [Parallèles], est donc consacrée à l'étude comparative de plusieurs pistes ou albums ayant à chaque fois un point commun — que ce soit un thème, un son, une même composition ou autre chose encore ! Ce premier numéro est consacré au sampling, avec pour source sonore commune un film que vous connaissez tous (au moins de nom)…

“What's wrong?”


L'univers clinique, aseptisé et immaculé de THX 1138 reste à ce jour (quarante ans après la sortie du film) non seulement une référence, mais une vision qui n'a rien perdu de son actualité. Sans vouloir tomber dans la paranoïa classique qui consiste à considérer comme prophétiques toutes les œuvres majeures présentant des futurs dystopiques (même s'il est vrai que les designs blancs et minimalistes, les numéros ou codes associés à chaque personne, les voix électroniques aimables qui nous assistent, sont de plus en plus nombreuses ces dernières années), sans vouloir insinuer qu'on s'approcherait d'un tel univers aujourd'hui à moins de rentrer dans un Apple Store, le futur de THX 1138 paraît toujours, quelque part, en partie crédible (*). Et nous parle toujours autant, si ce n'est de plus en plus.

Le minimalisme de ce long métrage en rend chaque détail signifiant — et certains éléments ont acquis un statut culte, renvoyant immanquablement au film et à ce qu'il (re)présente. Ainsi, dès l'ouverture du film, le fameux "What's wrong?" synthétique, faussement aimable et inquisiteur, de l'armoire à pharmacie est une fantastique métonymie pour son univers — ou tout futur dystopique, ou tout monde où nous serions assistés par des machines pour masquer la solitude et le mal-être que ce même monde nous inflige. Une mine d'or pour les musiciens amateurs de sampling.

Je n'ai pas cherché volontairement les utilisations de ce sample en musique à l'origine : je suis tombé dessus par hasard, sur une piste, puis deux, puis trois… La curiosité s'installant, j'ai commencé à vouloir toutes les dénicher et à en faire un petit inventaire afin de comparer l'effet obtenu à chaque fois. Voici le résultat (merci au bon vieux site ésotérico-informatif techno-psychédélique fUSION Anomaly, qui contenait pour le coup plus de références que Wikipedia ou même que les sites spécialisés !). Sept pistes, sept artistes, sept sens différents, et toujours la même voix qui hante. Peut-être pas de quoi en tirer une thèse ou une conclusion irrévocable sur l'évolution du sens de cette voix (même si on peut dégager certaines tendances), mais au moins de quoi entendre à quel point un matériau sonore aussi lourd de sens peut être remodelé, réutilisé et réinterprété par les artistes…

(*) Si l'on excepte le fait que le sexe puisse devenir illégal, peut-être.






Artiste : Front 242
Piste : GVDT
Album : "Geography"
Date : 1982

Sur ce premier album des pionniers de l'EBM (Electronic Body Music : un genre basé sur un croisement de dance music et d'industriel, on vous en a parlé il y a quelques jours), la fameuse phrase était utilisée de manière presque ironique : le groove frénétique et les sons presque amusants de cette piste subvertissent le sens du sample. Ici, on se réapproprie tout ce qui est mécanique et froid, on danse dessus, on se gausse presque. Il paraît d'ailleurs que la chanson fut inspirée, tout bêtement, par l'attente interminable d'un journaliste qui devait interviewer le groupe et qui n'arrivait pas ! Même si la froideur du son et la référence au film peuvent faire poindre quelque humour noir (l'influence de la musique industrielle est bien là, après tout), c'est presque un tube léger que l'on a là…






Artiste : Ryoji Ikeda
Piste : What's Wrong?
Album : "Channel X" ; "1000 Fragments"
Date : Inconnue (entre 1985 et 1995)

Les univers cliniques, Ikeda connaît. C'est même un spécialiste du genre. Les pochettes de ses disques sont toutes blanches et ultra-minimalistes, avec des règles, des croix, des code-barres disposés de façon parfaitement régulière (les deux photos présentes sur celle-ci ont disparu lors de la réédition de l'album) — et les sons que contiennent sa musique sont "parfaits", méticuleusement disposés de manière à produire le maximum d'effet avec le minimum de sons et une présence humaine proche de zéro. Des travaux impressionnants sur l'espace, des fréquences glaciales qui forment des espaces abstraits… ou bien qui — contre toute attente— peuvent être follement dansants dans certains cas. Mais sa première série d'enregistrements, "Channel X" (incluse sur l'album "1000 Fragments"), était bien plus frénétique et chaotique, juxtaposition de courtes pistes présentant de nombreux instantanés de diverses visions de la famille d'univers dans lequel il entrera par la suite. Une piste très peu représentative de l'esthétique de l'artiste, mais un document intéressant. Ce sample introduit le premier rythme réellement techno de la série…






Artiste : Doubting Thomas
Piste : F862
Album : "The Infidel"
Date : 1991

L'un des tous meilleurs disques que j'ai pu entendre de la part du cercle des membres de Skinny Puppy (Download, ohGr, The Tear Garden…), "The Infidel" de Doubting Thomas (soit cEvin Key et Dwayne Goettel) est un album instrumental aux sonorités sombres mais chaudes, travaillé comme une cathédrale à la beauté complexe et inquiétante, construite sur des ruines industrielles. F862 semble décrire une scène d'une histoire qui se passerait justement dans un monde dystopique, un monde dont une certaine héroïne tenterait de s'échapper — il ne faut pas grand chose pour évoquer cela, juste quelques samples qui décrivent la situation (le "What's wrong?" lointain, que l'on pourrait presque rater, évoque la fuite) et une progression qui la fait ressentir, en progressant d'un début plutôt froid et hostile à une montée en puissance de plus en plus chaude, mélancolique et de plus en plus humaine…






Artiste : Laibach
Piste : Regime of Coincidence, State of Gravity
Album : "Kapital"
Date : 1992

Laibach, groupe slovène lui aussi axé industriel (il semble que seuls des groupes électroniques ou industriels aient fait usage du sample — à moins que quelqu'un ne connaisse un exemple de son utilisation dans un autre genre ?), est surtout connu pour ses reprises de chansons pop (genre Life is Life ou The Final Countdown), plutôt comiques et aussi subtiles qu'un bulldozer… Il est ici aussi question d'humour, mais d'un humour grinçant. La pochette de l'album, le nom, le titre de la piste et surtout les sonorités sont sans appel : c'est un monde futuriste martial et totalitaire que Laibach nous présente, et son caractère grandiloquent et grotesque (avec la superposition de certains sons) ne le rend pas moins inquiétant. Pas plus que sa fin abrupte, qui conclut d'ailleurs l'oeuvre, et que l'on pourra interpréter de diverses manières.






Artiste : F.U.S.E.
Piste : Theychx
Album : "Dimension Intrusion"
Date : 1993

Cette piste de F.U.S.E. (= Further Underground Sound Experiments), premier alias de Richard Michael Hawtin avant qu'il ne prenne le nom Plastikman, présente une utilisation sensiblement différente et d'autant plus mémorable du sample. Étonnamment apaisante et agréable, Theychx est une piste d'(ambient) techno à progression très lente, qui s'étale sur treize minutes presque hypnotiques… Qu'est-ce qui ne va pas ici ? Rien, tout va bien, tout est immuable, identique à lui-même, peut-être engourdissant mais si rassurant. On se croirait dans un univers technologique futuriste parfait, dans un hôpital qui fait réellement du bien. L'image de ce monde (version idéale de THX 1138 ?) est du coup immanquablement présente à l'esprit de l'auditeur — plus que dans n'importe quelle autre piste présentée ici. Et si vous ressentez malgré tout un certain malaise, une envie de vous échapper de cet univers sonore (ça n'est pas mon cas), cela ne viendrait-il pas que de vous ?






Artiste : Orbital
Piste : Out There Somewhere? (Part One)
Album : "In Sides"
Date : 1996

Orbital, fameux groupe de musique électronique des années 90, aura enregistré son chef-d'œuvre sans l'avoir entièrement voulu. "In Sides" était censé être un album de dance music, mais l'humeur des membres n'étant pas au rendez-vous lors des sessions d'enregistrement, le disque a fini par devenir un album à thèmes, aux pistes longues et remplies de tensions et d'une tristesse sous-jacente… Out There Somewhere?, final de l'album en deux parties (24 minutes au total et pas une de trop), est la partie la plus personnelle de l'album, les moments où ces sentiments se ressentent le plus. L'angoisse transparaît, tout semble tourner de travers, et la piste ne se "libère" qu'au bout de longues minutes… Rarement une musique électronique aura été aussi humaine.






Artiste : UNKLE
Piste : I Need Something Stronger
Album : "Never, Never, Land"
Date : 2003

Ah, UNKLE… Beaucoup penseront que le projet aurait dû s'arrêter après le superbe "Psyence Fiction" et le départ de DJ Shadow, tant il est vrai que James Lavelle n'aura jamais atteint les sommets touchés par ce premier album. "Never, Never, Land" sort ainsi après l'un des disques qui exprimait le mieux l'angoisse de fin de siècle qui imprégnait tout le genre ; mais avec un membre important en moins, cinq ans après, autant dire considérablement affaibli. "Never, Never, Land", c'est presque l'équivalent de retourner voir le prédicateur défait qui avait annoncé la fin du monde il y a trois ans — et que plus personne n'écoute. C'est un disque imparfait, larmoyant, parfois maladroit, sans doute dispensable pour qui n'est pas fan du genre… et pourtant, il reste touchant. I Need Something Stronger se repose presque entièrement sur le sample de THX 1138 (dont plus personne ne semble avoir envie de rire aujourd'hui). C'est une piste mineure de l'album, mais elle reste représentative et symptomatique : inquiétante au début, elle devient douce quelques moments puis repart dans cette angoisse de début de millénaire digital, aseptisé, qui n'a à offrir qu'une voix synthétique pour s'occuper du mal-être. Un sédatif, une pilule pour se sentir bien, pendant une courte durée. Et qui ne guérit rien des causes profondes.






— lamuya-zimina

lundi 29 août 2011

[Fallait que ça sorte] Déclin et mutation du trip hop ; Orelha Negra

Qu'est-il arrivé au trip hop ? C'est la question que je me posais il y a quelques semaines en parlant avec Joe (notre rédac'chef)… Ça fait déjà un bout de temps que les grands noms de genre, et pas mal d'artistes de hip-hop instrumental de l'époque, ont changé de style et/ou décliné en même temps que l'intérêt du public. Le dernier Massive Attack est sorti au moins cinq (si ce n'est dix) ans trop tard dans une indifférence quasi-générale, DJ Shadow s'est mis ses fans à dos (moi y compris) en sortant son disque de hyphy en 2006 — et ce que j'ai entendu de son prochain disque ne s'annonce pas comme un grand retour en force —, Rjd2 s'est mis au songwriting pop avec des résultats plus que mitigés, Portishead n'a plus grand'chose à voir avec le genre, GusGus a tourné la page depuis plus de dix ans… J'avais aimé "Knowle West Boy" de Tricky en 2008 mais j'étais dans la minorité, et je dois bien avouer que les derniers albums de ces ex-grands groupes ne m'intéressent plus tant que ça. Et surtout, presque aucun nom (à part Wax Tailor) n'est apparu dans le genre depuis longtemps.

Bien sûr, les modes passent, et on pourrait se faire la même réflexion au sujet de nombreux autres genres, mais s'agit-il ici uniquement d'une question de style ? Les genres dont est issu le mélange — ou les mélanges — que l'on a appelé(s) "trip hop" ont toujours la cote, et l'hybridation n'est pas tombée en désuétude non plus. Peut-être est-ce l'air du temps qui a changé. Il y avait cette atmosphère à la fin des années 90, une certaine angoisse indéfinissable en partie liée à l'urbanité qui peut dépasser l'humain et à la perte de confiance en l'avenir (plus personne ne pouvait raisonnablement imaginer "l'an 2000" comme l'avènement d'un futur radieux), qui englobait entièrement des albums tels que "Mezzanine", "Psyence Fiction", "Becoming X" ou "Dummy", les menant parfois du côté du cocooning, parfois dans le mélancolique jusqu'à la déprime. Rien que le titre du deuxième album de Tricky était symptomatique : "Pre-Millennium Tension". (Ce sentiment n'était d'ailleurs pas limité au trip hop : "OK Computer" aussi était rempli de cette anxiété et de ce blues de la vie moderne.) Il semble que cette impression ait en partie disparu aujourd'hui. Le métro allégorique et angoissant — terrifiant — de la vidéo de Be There d'UNKLE a fait place (dans un autre genre) à la violence laide et insoutenable de Stress de Justice, les peurs d'aujourd'hui ne sont plus floues ni existentielles mais bien concrètes, l'heure n'est plus aux atmosphères feutrées. Ou bien plus dans le même domaine. (Si on cherche un peu, on peut encore trouver des disques qui expriment cette atmosphère noire, embrumée, de panique et de mal-être urbain, mais dans d'autres genres : c'était l'un des thèmes du superbe "Silent Shout" de The Knife…)

Le trip hop a-t-il définitivement "quitté le bâtiment" ? J'ai quand même voulu chercher pour voir s'il n'y avait pas, quelque part, un bon groupe de trip hop récent qui serait passé sous le radar. Bingo : je suis tombé sur Orelha Negra.


(A Força da Razão)

Bingo… ou presque, selon ce que vous attendez d'un disque de trip hop ! Certains pourront débattre du bienfondé de classer (comme l'ont fait la plupart des auditeurs) le quintette lusophone dans ce genre hybride : Orelha Negra s'inspire bien de hip hop, d'électronique et de rock pour produire une musique à ambiance posée et feutrée qui évoque instantanément le genre, mais le groupe puise aussi dans la musique portugaise, et beaucoup dans le funk et la soul — avec pour résultat un son nettement plus chaud, gai et rythmé que les ambiances urbaines et claustrophobiques auxquelles Tricky, Massive Attack et Portishead nous ont habitués. (Cela dit, tout le trip hop des années 90 n'était pas dépressif : n'oublions pas Morcheeba… encore que, Almost Done…). Orelha Negra est l'équivalent latin et enjoué du mouvement hybride né en Grande-Bretagne, ce que le trip hop aurait pu donner si tout avait été au beau fixe à l'époque, doublé d'un hommage à toutes ces branches de ce que l'on peut appeler la "musique noire" (le nom du groupe, "oreille noire", colle parfaitement à la musique).


(M.I.R.I.A.M)

Ne perdons pas de vue que le trip hop, au final, était une catégorie bâtarde (et que plusieurs artistes majeurs reniaient l'association au genre). Peut-on parler dans ce cas de revival ? Difficile à dire. Si le son de M.I.R.I.A.M a carrément des allures d'hommage et joue même sur les clichés du genre (avec bonheur), le reste de l'album est une combinaison qui atteint le trip hop davantage "par accident" que par but : ainsi la soul de Lord (mariée à une guitare quasi-western), l'accent électronique de 961 919 169, celui très synthétique (et un peu rétro) de Futurama, l'introduction progressive A Memória ajoutent-ils des nuances variées à un camaïeu de "musique noire" réorganisée et réappropriée par Orelha Negra, notamment à l'aide de nombreux samples de concerts et de paroles en portugais. Et aussi, sur A Cura, d'extraits… de Crazy Train d'Ozzy Osbourne (!), de quoi rompre assez nettement avec les attentes des auditeurs et le classicisme relatif du reste du disque. Un revival qui n'en a pas l'air ? Un album estival, posé et très réussi en tout cas ! Espérons que le disque (sorti uniquement au Portugal pour le moment) ait droit à une sortie internationale bientôt…


(A Cura)


— lamuya-zimina

mercredi 27 juillet 2011

[Alors quoi ?] Mundovision 2011 : Remise du trophée

Chers lecteurs, vous qui n'êtes pas partis en vacances ou qui nous suivez malgré la plage, la montagne, la campagne ou les volcans qui n'attendent que votre gentil tourisme pour prospérer, l'équipe de C'est Entendu vous remercie d'avoir participé au vote du Mundovision 2011, une cérémonie absolument improvisée il y a quelques semaines dans le but de voir confrontés une dizaine de quasi inconnus jouant dans des catégories très différentes et issus de pays inattendus et répartis aux quatre coins du globe. Malgré la période estivale propice à l'inactivité web, malgré le concept un brin exigeant (dix chansons à écouter, dont du metal, ça n'est pas simple pour tout le monde) et malgré notre organisation encore hésitante, vous avez voté en nombre suffisant pour que nous décernions le Mundar 2011 à l'un des nommés. Et le Mundar est donc attribué à.......Lien
LEILA

De son vrai nom Leila Arab, cette artiste d'origine iranienne était probablement la moins méconnue des candidats présentés cette année. Collaboratrice de Bjork pour qui elle a joué des claviers, sœur de la chanteuse que l'on entend de façon récurrente sur les albums d'Archive, découverte par Aphex Twin et Gilles Peterson, elle a été très proche de la scène trip hop de la fin des années 90 en Angleterre sans jamais vraiment en faire partie. Son style se rapproche davantage de l'expérimentation électronique et notamment de l'IDM et de l'ambient. Vous l'avez sélectionnée à travers Medicore, une piste issue de son premier album, "Like Weather", publié en 1998, que revoici :


(Medicore)

Exilée en Angleterre où il semble somme toute plus facile de créer de la musique, Leila publie ensuite chez XL (le label de Radiohead, Tyler the Creator, etc) un disque où l'IDM cotoie le glitch et s'assoit sur une base rythmique rappelant le downtempo. Certainement son album le plus proche du trip hop, "Courtesy of choice" propose aussi quelques voix féminines typiques du genre, et notamment celle de sa sœur, Roya Arab.


(Thanks Mr Jones)

Enfin, en 2008 elle fait son grand retour avec un troisième album, paru cette fois chez Warp (au passage, Leila participe en 2010 à la compilation Warp20 pour les 20 ans du label), "Blood, looms and blooms". En huit ans, le son de Leila s'est modernisé et a un peu perdu de sa naïveté. Des vocalistes sont encore une fois de la partie, dont Roya Arab et Martina Topley-Bird, collaboratrice régulière de Tricky, sur des compositions plus rythmées, et une électronique moins laidback.



(Deflect, featuring Martina Topley-Bird)


Vous en savez désormais un peu plus sur la gagnante du Mundar mais elle n'est pas la seule à avoir gagné puisque le vainqueur était destiné à offrir à son pays d'origine une exposition particulière sur C'est Entendu. De ce fait, vous aurez droit à la fin du numéro Hors Série d'été à un dossier sur la musique iranienne, traditionnelle, pop, folk, metal et électronique, la totale ! Rendez-vous début Septembre pour découvrir la musique d'un pays dont on ne parle pas si souvent lorsqu'il est question de culture. Et à tort. Pour vous en convaincre, allez voir "Une Séparation", en ce moment sur vos écrans de cinéma, et tâchez de visionner les films d'Abbas Kiarostami, que ce soit sa palme d'or ("Le goût de la cerise") ou son dernier film, daté de 2010, "Copie Conforme", qui est l'un des plus beaux films qu'il m'ait été donné de voir depuis des années.

En attendant notre petit voyage à Téhéran, soyez en sûrs, en 2012, la prochaine édition du Mundovision sera organisée à un moment plus propice, de façon plus organisée et vous aurez à nouveau l'occasion de faire votre choix et de découvrir un pays inexploré.


Joe Gonzalez

lundi 4 octobre 2010

[Réveille-Matin] Alain Bashung - Samuel Hall

"Tu f'rais mieux d'nous pondre un truc qui marche, mon garçon."

Ça y est, ce coup-ci c'est vraiment officiel : Alain Bashung est bel est bien mort (*1). On peut enfin revenir sur sa carrière avec un peu plus d'objectivité et un peu moins de larmes au coin de l'œil ; se dire, par exemple, que "Bleu Pétrole" est définitivement bien gris face aux deux albums qui l'ont précédé, et qui sont sans doute les deux plus grandes réussites de Bashung : "L'imprudence" et "Fantaisie militaire", dont est tiré l'extrait d'aujourd'hui.

"Acheté une livre et demi de viande hachée. Haricots en boîte + chips."

Alain Bashung est souvent considéré comme l'auteur principal de ses chansons. C'est complètement faux, mais paradoxalement, plus Bashung s'éloignait du processus de composition, plus il était reconnu comme étant un grand artiste qui détonnait dans le paysage français, alors même que la réalisation de ses albums se déroulait peu ou prou de la même manière que pour Johnny ou Michel Sardou : des musiciens choisis par le label travaillent sur des idées lancées par le chanteur, qui passait voir à la fin si ce qu'ils avaient pondu lui convenait (*2). Impossible de créer un chef-d'œuvre de cette manière, me direz-vous : c'est vrai que Bashung n'a rien d'un chanteur de la Motown.


"Avale, me disais-je, allez, avale."

Alors expliquez-moi, bon Dieu. Expliquez-moi comment un texte comme celui de Samuel Hall, inspiré par une chanson du XVIIIe (*3), un texte qui n'est pas de Bashung, couplé à ce jam qui devrait être de la masturbation guitaristique chiante comme la pluie mais qui ne l'est jamais, et à ce sample de batterie contre lequel DJ Shadow aurait vendu sa maman, expliquez-moi comment Bashung débarque là-dedans, lit le texte, et c'est comme s'il mettait le gâteau sous la cerise.

"Glisser le carbone + papier dans la machine, et au travail."

Car on peut tout enlever à Bashung. Même la vie. Mais ce gars-là, avec son passé de chanteur de charme devenu rockeur hésitant puis poseur élégant, ce gars-là a une voix, et il le sait. Il sait que quand il commence à déclamer "Je suis parti à 15h30. J'étais fatigué, j'avais mal", après qu'ait démarré la non-ritournelle composée par Rodolphe Burger, électron libre habitué des studios pour des artistes plus ou moins prestigieux, il sait que pour quelques minutes, il est Samuel Hall, et personne n'en doute. Absolument personne.

"Allez au diable. Je m'appelle Samuel Hall. Je vous déteste tous."


Joseph Karloff



(*1) Sisi.

(*2) Pour en apprendre plus sur cette évolution, et plus globalement sur la vie de Bashung, je vous recommande l'excellente émission qui lui a été consacré cet été sur France Inter, "Bashung, de l'aube à l'aube", et que vous pouvez réécouter ici.

(*3) La chanson originale contient les paroles "My name is Samuel Hall, and i hate you one and all", qui seront reprises dans la version de Bashung (dont le texte a été écrit par l'écrivain Olivier Cadiot).