C'est entendu.
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mardi 29 novembre 2011

[Réveille-Matin] Pussy Galore - Eat me

On connait bien les dauphins, vous et moi ! On en a tous vu énormément à la télévision, au zoo, à l'aqualand, dans l'eau, dans des pubs, dans les faits divers. Mais les regarde-t-on vraiment ? J'ai l'impression de savoir exactement à quoi ressemble un dauphin et pourtant je me demande si j'ai déjà regardé attentivement le visage de l'un de ces gros poiscailles. A quel point leur bouche est étrange, toute allongée lorsqu'elle s'ouvre, et figée en un perpétuel sourire lorsqu'elle est fermée (la raison sans doute pour laquelle on aime tant ces bestiaux), le trou de trépané qu'ils ont sur le front, leur bec (un poisson avec un bec !) et puis cette couleur, ni bleu ni gris, une couleur de carrosserie, pas d'animal et que dire de leur texture sans écaille et sans une éraflure qui leur donne d'air à un gros conduit en acier... En les regardant bien, j'ai découvert que je ne les connaissais pas vraiment, je les utilisais tout au plus comme une idée, un concept. La même chose m'est déjà arrivée pour des mots, d'ailleurs. Des mots d'usage courant que l'on prononce sans y réfléchir des tas de fois jusqu'au jour où on s'arrête sur le signe et on ne le comprend plus, on se rend compte que les lettres sont agencées dans un ordre qui semble neuf, étrange, et le mot nous échappe un instant, avant que l'on ne parvienne à le "rattraper", en lui ayant ajouté une dimension supplémentaire, une compréhension plus complète.


Visez-moi ce bestiau !

Peut-être est-ce quelque chose que je suis le seul à vivre, n'hésitez pas alors à me détromper et à m'envoyer illico en HP sur HDT (*1). Mais punaise ça m'est encore arrivé pas plus tard qu'il y a deux jours alors que je réécoutais un disque qui est pour moi un classique, ou pour être plus exact, un disque qui fait partie des meubles. Ça n'est pas que je l'utilise comme table basse, c'est plutôt que je le connais tellement bien (ou du moins c'est ce que je croyais) que je ne l'écoute plus depuis des lustres. Je parle de Pussy Galore et de leur album "Dial M for Motherfucker" de 1989. A l'origine je préférais écouter l'EP "Groovy Hate Fuck" de 86 parce que je le trouvais plus authentique, plus cradingue et moins blues mais je respectais "M" et l'appréciais en remuant le talon, le genou et les yeux à chaque break. Lorsque je l'ai réécouté l'autre jour, j'ai compris qu'il y avait bien plus dans cette musique que du bon rock'n roll démesuré. Si j'intellectualisais, je dirais qu'il y a aussi beaucoup d'humour (dans le pastiche surf qu'est Dick Johnson par exemple) et des idées (DWDA/ADWD#2). Mais la vérité c'est qu'en le réécoutant, j'ai ré-appris quel point ce disque était un hymne à la bêtise, à l'énergie relâchée en rafales et au rock'n roll. Ne me parlez même pas des disques enregistrés par Jon Spencer (le leader de Pussy Galore) avec son Blues Explosion et ne me dites plus jamais que les années 80 sont celles du synthé et que le rock n'y a pas existé. Si vous ne me croyez pas, trouvez-vous un dauphin et regardez-le en face.


Murray


(*1) : Si vous ne savez pas que ça signifie "hospitalisation à la demande d'un tiers", estimez-vous heureux d'avoir des tiers plus sympas que les miens.

mercredi 12 octobre 2011

[Réveille-Matin] Julee Cruise - I remember

On a beaucoup fait cas des jeunes femmes qui depuis quelques mois enchantent l'imaginaire des auditeurs parmi les plus patients avec des atmosphères vaporeuses, de lentes mélodies évanescentes et des chants de sirènes enjôleuses. Souvenez-vous des Julianna Barwick, Sea Oleena, Grouper et j'en passe. Tout ce beau monde regroupé derrière l'étiquette "dream pop" ou, comme je préfère le dire "light ambient" a fait valser (au ralenti) bien des cœurs rêveurs en mal de sérénité et de fantasme froid. Il est bien entendu que cette musique-là n'est pas née d'hier et que comme la plupart des genres musicaux centrés sur la réverbération et l'écho (pensez au shoegaze), elle est née à la fin des années 80. Sa plus fière représentante n'est pas vraiment célèbre puisque nous sommes peu à nous souvenir de son nom, mais sa musique, elle, vous la connaissez sans doute, puisque le single Falling, issu de "Floating into the night" (1989) devait illustrer quelques mois plus tard l'une des séries télévisuelles parmi les plus révérées depuis que le petit écran nous accompagne : Twin Peaks.




Plusieurs extraits de l'album devaient accompagner les pérégrinations de l'agent Dale Cooper et des habitants de la ville de Twin Peaks (Into the night, Rockin' back inside my heart...) et ça n'est pas un hasard puisque David Lynch lui-même a composé les ambiances sobrement jazzy, mollement rétro et véritablement séduisantes de ce qui devait être la bande-son d'une ville perdue dans les bois et dont la forêt environnante cachait bien des secrets tordus. Angelo Badalamenti, compositeur fidèle à Lynch, est aussi de la partie et ses synthés fantomatiques donnent tout son sens au titre d'un album qui ne tombe jamais vraiment dans le kitsch new age, ni ne plonge jamais dans l'ennui. Il en ressort plutôt, à dessein, une atmosphère à la fois décontractée et angoissante, que Julee Cruise habille d'une voix qui semble elle-même flotter au gré des brises émotionnelles tantôt naïves ou romantiques et parfois plombées par un désespoir profond. La dualité de ces ambiances, l'ambiguité malsaine de Twin Peaks, est notamment développée dans le morceau de ce matin, avec un saxophone rassurant au début, un piano effrayant qui casse le rythme et les "choo bop" naïfs et légers de la fin qui rappellent le motif du fantasme 50's cher à Lynch.


Joe Gonzalez

mercredi 22 juin 2011

[Réveille Matin] Clock DVA — The Hacker

Sony, Gmail, CitiGroup, Nintendo, la CIA, le FMI, Bethesda, Sega, RSA Security… je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a eu une belle quantité de cyber-attaques ces derniers temps. Bien sûr, entre les catastrophes nucléaires, les révolutions, scandales, crises et autres bactéries tueuses, tout ça est passé un peu à l'arrière-plan, et je doute fort que les hackers soient votre première préoccupation aujourd'hui (à moins de travailler dans le milieu). Mais on commence à en parler. Ou plutôt, on commence à s'en inquiéter plus sérieusement.

La figure du hacker dans la culture populaire a souvent bénéficié d'un certain charisme, entre la figure-archétype du petit génie qui fait tomber des organisations énormes grâce à son seul ordinateur et quelques véritables pirates emblématiques (Kevin Mitnick, vous vous rappelez ?), on en viendrait presque à les considérer comme des Arsène Lupin de l'ère numérique (le charme du gentleman en moins). Le cyberpunk, les romans de William Gibson (notamment la trilogie Neuromancer/Count Zero/Mona Lisa Overdrive) et autres Ghost in the Shell de Masamune Shirow ont dû aider aussi ; dès qu'on se met à imaginer un futur souvent hyperdigitalisé et où le mot "réalité virtuelle" prend une toute autre dimension, le hacker devient une figure quasi-incontournable, soit celui qui prend le pouvoir, soit celui qui se bat contre.


(Attention à la migraine ou à la crise d'épilepsie.)

C'est un peu cet univers-là que le groupe de post-punk/EBM britannique Clock DVA évoque avec The Hacker, piste finale de l'album "Buried Dreams", sorti en 1989. L'esthétique a en partie vieilli aujourd'hui, et le groupe en a même peut-être toujours fait un peu trop (avec cette voix menaçante et ces arrangements grandiloquents), mais l'idée de la menace du piratage dans un monde informatisé à l'extrême est toujours pertinente et présente aujourd'hui dans l'imaginaire collectif — et surtout, la chanson est toujours aussi réussie, avec ses sons à la fois électroniques, agressifs mais aussi très cinématographiques (tout l'album "Buried Dreams" pourrait faire office de bande son pour un film qui se passerait dans un futur dystopique), culmination d'un album à ambiance unique, évocatrice d'un univers noir et artificiel ; un disque peut-être un peu surchargé par moments, mais qui mérite largement le détour.


— lamuya-zimina

mardi 5 octobre 2010

[Réveille Matin] The Young Gods - Rue des Tempêtes (et son guide discographique intégré)

Bonjour! Ce matin, pour vous réveiller, je vous emmène en Suisse. Dans la Suisse de la fin des années 80. N’ayez pas peur, je ne vais pas essayer de vous infliger du synth-yodel (*) à vous faire recracher votre chocolat chaud sur l'écran, et non, je ne vais pas non plus vous parler de Stephan Eicher — aujourd’hui, je voudrais vous faire écouter un groupe de rock/indus en avance sur son temps, qui n’utilise des guitares que sous forme de samples (et qui inspira notamment David Bowie pour son album "Outside").

En plus de faire sonner les claviers comme des guitares, les Young Gods jouent autant avec les genres (rock, industriel, chanson, électronique, ambient, presque toujours hybridés les uns avec les autres) qu’avec les langues (français, anglais, là encore souvent mélangés). Mais The Young Gods est aussi et surtout un groupe qui décoiffe. La piste que je vous propose aujourd’hui, issue de leur deuxième album ("L’Eau Rouge", 1989), présente leur facette la plus rock et la plus directe ; je vous laisse écouter:



Certes, il faut peut-être s’habituer à la voix rocailleuse de Franz Treichler, mais je trouve qu’elle colle parfaitement à la musique, ici une décharge électrique après l’introduction/montée en puissance changeante et unique de La Fille de la Mort (que vous pourrez écouter si vous vous procurez l’album, ce que je vous conseille vivement). De plus, l’accent (fribourgeois ? genevois ?) de Franz fait entendre une autre version du français que celle(s) que l'on connaît habituellement dans le rock francophone, ce qui dépoussière pas mal l’idée qu’on peut avoir de la langue et de ses sonorités (j’aime autant l’accent de Treichler ici que celui de Phil Daniels chez Blur ou de David Tibet (Current 93).

Toute la discographie des Young Gods est (plus que) recommandable, à l’exception de "Knock on Wood", un disque de reprises et versions acoustiques dispensable et très peu représentatif du groupe ; histoire de vous guider un peu quand même, je vous conseille tout particulièrement :

- "L’Eau Rouge" : un monument de la musique francophone ? C’est beaucoup dire, mais pour moi c’est le cas.
- "T.V. Sky" : du rock anglophone qui va à fond la caisse et se finit par une très bonne piste expérimentale de vingt minutes. Plus classique dans l’ensemble mais excellent.
- "Only Heaven" : le disque qui présente tous les aspects du groupe, violents, poétiques et oniriques, de l’électro-indus déchaînée de Strangel à la ballade Child in the Tree en passant par les plages électro-éthérées que sont The Dreamhouse et Lointaine et l’épique de quinze minutes Moon Revolutions.

Si vous en voulez encore plus, je vous aime et je vous conseille aussi "Second Nature", qui va encore plus loin dans les trips électroniques et le mélange de langues, "Music for Artificial Clouds" qui donne dans l’ambient pur, "Heaven Deconstruction" qui transforme "Only Heaven" en électronique expérimentale, sans oublier un très bon album de reprises de Kurt Weill. Un nouvel album devrait aussi sortir en Novembre, mais d’ici là, vous aurez largement de quoi écouter !


lamuya-zimina


(*) Je ne sais pas si ça existe, d’ailleurs, le synth-yodel... Google me dit que oui mais que c’est Jessica Simpson qui en aurait fait sans le vouloir. L’honneur de la Suisse est sauf.

lundi 31 mai 2010

[45 tours] Beat Happening - Black Candy

Encore aujourd’hui il arrive que la plus innocente chanson du Velvet Underground provoque chez certains une incompréhension totale pouvant aller jusqu’au dégout. Prenez Sunday Morning par exemple. Ou plus téméraire encore, The Gift. Ces derniers mois j’ai ainsi du subir des réactions du type « c’est du bruit » « eh il est hyper désaccordé leur truc là ! » et le toujours si savoureux « c’est nul. » Fort heureusement il existe aussi énormément de personnes qui lui vouent un culte démesuré. Parmi eux, quelques-uns avaient des instruments à disposition pour perpétuer la mission de Lou Reed & Co. C’est le cas du groupe qui nous intéresse aujourd’hui.



En 1989 Beat Happening sort l’album "Black Candy" chez Sub Pop, un label qui s’apprête alors à conquérir le monde. Entamée en 1982, la croisade post-Velvetienne de Beat Happening s’apparente clairement à un grand bras d’honneur salvateur adressé à une décennie putride et pour ceux qui s’offusquent, songez qu’à l’époque un type comme Prince était considéré comme crédible. L’intérêt de produire une musique à ce point influencée par un groupe dont les premiers faits d’armes remontent à vingt trois ans est bien entendu limité. Seulement voilà, trois accords appuyés par une batterie minimale, ça me parle. Je ne vais pas prétendre qu'écouter cette chanson changera votre vie mais ne boudons pas plaisir de nous replonger un moment dans une époque à laquelle le rock indépendant méritait encore totalement son nom.

Ça ressemble au Velvet, ça sonne comme le Velvet, c’était Beat Happening.


Arthur Graffard


P.S. : Et pour vous chers lecteurs voici une version du morceau présente sur la compilation "Covers" par Sonic Youth. Beaucoup plus bruyant, forcément.

mercredi 26 mai 2010

[Réveille Matin] The Frogs - Hot Cock Annie

Il y a des gens qui ont envie de détruire tout ce qu'ils font, juste pour le plaisir. Des gens qui se sacrifient sur l'autel de la puérilité et du potache pour rire. The Frogs étaient comme ça. Ils l'ont presque pas fait exprès. Les frères Flemion faisaient de la musique pop entre eux, des morceaux rigolos, avaient sorti un album tous seuls, et puis au moment d'être signés sur un label, au lieu de rééditer ce premier essai, le patron de la maison de disque a dit "hé, les gars, j'ai entendu vos morceaux un peu improvisés que vous faites chez vous avec des paroles complètement hardcore sur l'homosexualité. Vous voulez pas faire un album avec ça ?" Le reste appartient à l'histoire. Les tournées en première partie des Smashing Pumpkins, les lives avec des déguisements, les attaques de groupes conservateurs chrétiens expliquant que The Frogs pervertissait la jeunesse. Oui, l'Histoire se souvient de "It's Only Right And Natural," sorti en 1989.

Cet album est la tentative la plus brillante d'auto-sabotage musical au monde. Sur les 14 morceaux qu'on peut y entendre, on a des types qui improvisent de la pop/folk mignonne, assez douce, mais qui décident de tout réduire en bouillie en écrivant des paroles d'une stupidité sans nom à prendre au second degré sinon rien. Le thème ? L'homosexualité dans ses clichés les plus osés, avec beaucoup d'évocations d'orgies, de coïts passés et de foutre. The Frogs sont des types qui composent un morceau qui pourrait être un joli petit truc déprimant avec plein d'accords mineurs, et qui décident de chanter dessus "start by kissing my ass/i'll start by rubbing your balls/what will we do later on when the butter runs out ?" avec des voix ultra sérieuses. Est-ce que le but est de faire rire, de choquer, de dénoter des clichés ou tout ça à la fois ? On n'en sait rien, mais reste au final ce disque étrange, cet hybride débile dans lequel on trouve des tubes bancals samplés par Beck (I Don't Care It U Disrespect Me et ses paroles du genre "Lots of juicy asses hanging out !"), des petits mélodies tristes qui racontent l'histoire d'un bébé de trois mois qui suce un pénis en costume de cuir et avale une testicule (Baby Greaser George, sic, sic, sick) ou alors l'ironie délicieuse de (Thank God I Died In) The Car Crash avec ses violons dissonants et crasseux qui se dissipent au moment de l'arrivée au paradis (ou la morgue) malgré le regret éternel du narrateur "oh, i didn't wear my best clothes to my death..." Dans le morceau que je vous propose d'écouter ce matin (dans le player à gauche), on part pour les tropiques avec des guitares à l'envers. Dans un premier temps, notre narrateur nous raconte qu'il se fait huiler le corps par de beaux jeunes hommes, ajoutant "I can't remember when I've been so hard," avant d'évoquer ensuite Hot Cock Annie, une femme possédant un pénis et un vagin combinés, et nous donnant ce conseil de sage : "get her from behind." Puis, après un petit paragraphe sur Big Fat George et son gros cul que tout le monde pelote, la chanson se termine abruptement sur ces paroles définitives : "This is a crazy faggy town we live in, but it doesn't matter to me, I've changed my ways, people say I'm gay."

(Hot Cock Annie, version live plus rock and roll en 1988, extrait de la cassette vidéo Toy Porno que le groupe avait produite en guise de cadeau pour Kurt Cobain qui était fan)


Oser sortir tout un album comme ça me rend admiratif.


Emilien Villeroy

vendredi 26 février 2010

[45 Tours] The Field Mice - Sensitive

A une époque j'ai été une sorte de fanatique de la vague shoegaze. Je ne pensais qu'à ça, j'écoutais tous les disques qui me passaient sous la main, mon pseudo sur le net était à cette image, et je portais des chaussettes de toutes les couleurs pour pas m'ennuyer en "matant mes pompes." Cette attitude m'a très vite passé, et j'en suis presque venu à dégommer toute tentative morbide de résurgence d'un genre que j'ai fini par trouver limité et auto-caricatural.

Cependant, croyez-le ou pas, j'ai gardé une nostalgie un brin neuneu et très critiquable vis à vis des groupes indie pop de la fin de la période 87-93 qui avaient intégré à leur musique des éléments shoegaze sans jamais sauter à pieds joints la tête la première dans le puits sans fond que représentait le cloisonnement de ces groupes-là (ne parle-t-on pas de "mur" de son ?). Entre autres exemple je peux ainsi citer le premier album de Blur ("Leisure") ou bien les premiers disques de Luna et le premier album de Radiohead, "Pablo Honey," qui, je vous l'accorde, n'est pas très bon, mais me fait vachement plus d'effet que l'affreux fourre-tout "Hail to The Thief." Question de remindal, je suppose.

Toujours est-il que c'est aussi le cas des anglais de The Field Mice, qui en 1989 sortaient l'un de leurs premiers singles (en écoute dans le lecteur sur votre gauche) sur le légendaire label Sarah Records (là où est née la Twee Pop). Ces jeunes gens n'étaient pas des rockeurs, ils étaient gentils, mais ils n'étaient pas non plus là pour balancer de grandes vagues de boucan sans se soucier du public. En vérité leur musique ne présente pas de grande différence avec celle des Pains of Being Pure At Heart (si ce n'est qu'ils ont vingt ans d'avance) : ils poussent les guitares mais pas au point de couvrir la voix et les mélodies. Je trouve tout simplement qu'ils le font mieux. Ils ne donnent pas seulement l'impression d'être là pour proposer leurs chansons : leur romantisme adolescent sonne juste. Est-ce que cela fait de moi un "vieux" con ?


Joe

lundi 21 décembre 2009

[Réveille Matin] Maureen Tucker & Daniel Johnston - Do It Right

Qui aurait osé rêver d'un duo pareil ? D'un côté, Maureen Tucker, légende vivante, batteuse du Velvet Underground, capable de marteler le même rythme sans variation pendant 5 minutes, et qui n'entacha pas une seule fois la musique du groupe mythique avec des breaks ronflants ou des rythmiques déjà vues. De l'autre, le plus saint des songwriters, l'immense et troublé Daniel Johnston, roi du lo-fi sur cassette, fils oublié des Beatles, a qui l'on doit les morceaux les plus poignants jamais écrits dans les 40 dernières années. Comment ces deux monstres sacrés ont pu se rencontrer et faire un morceau ensemble ? Oh, le hasard des relations.

On est en 1989. Maureen a passé des années à travailler chez Wall Mart après la mort clinique du Velvet Underground en 1971 pour s'occuper de sa famille. En guise de retour aux affaires, elle a sorti un petit album en 1984, "Playin' Possum," qu'elle avait entièrement enregistré chez elle - un album en guise d'ode enthousiasmante à l'amateurisme et au rock & roll. Grâce à ses amis du groupe bruyant et bordélique Half Japanese (composé des frères Jad et David Fair), elle plaque enfin son boulot et part même en tournée avec eux en Europe. Après quoi, elle décide de travailler sur un nouvel album à New York. Dans le même temps, Daniel Johnston, après une série de cassettes cultes dont le parfait "Hi, How Are You," est en plein délire mystique contre Satan depuis un bad trip au LSD et ses troubles bipolaires s'aggravent. Grâce à son ami manager qui a lié des contacts prestigieux par courrier, c'est Steve Shelley de Sonic Youth qui lui propose de venir à New York, pour enregistrer un peu de musique pour un prochain album principalement (cela donnera le destructeur et déprimant "1990") mais aussi d'aller faire quelques enregistrements avec Maureen Tucker, puisque Steve et tout le groupe y faisaient des apparitions (mais aussi Lou Reed et, évidemment, Half Japanese).


(Do It Right)

De ces sessions, resteront des backing vocals de Daniel sur une reprise de Bo Didley, une rencontre entre Daniel et Jad Fair (qui donnera plus tard l'album "It's Spooky"), et puis un morceau de Daniel qu'il chante avec Maureen et qui clôturera l'album "Life In Exile After Abdication" de cette dernière, le magnifique Do It Right. Maureen Tucker : "Jad m’a écrit les paroles. Il me les a écrites parce que j’avais dit que toutes les paroles seraient les bienvenues pourvu que je puisse me débrouiller avec elles. Il me les a données dans le studio. Mais puisque je ne peux pas réagir avec une telle rapidité, j’ai dit "Oh, j’aime beaucoup les paroles, mais je ne peux pas en tirer quelque chose aussi vite. " Comme Daniel Johnston était là, Jad lui a demandé s’il aimerait essayer et il a trouvé la mélodie en deux minutes. Et elle est formidable !".

Un morceau au piano composé par Daniel qu'ils chantent ensemble, doucement. Soudain, il semble tout à fait naturel de les entendre ne former qu'une seule voix, Maureen et son timbre timide, Daniel et ses petits tremblements. Et ça donne un morceau mélancolique magnifique, dans la plus pure tradition Johnstonienne, une petite douceur pop noyée dans un écho délicat qui brille au sortir d'un album totalement sous-estimé, bruyant et fun.

mercredi 2 décembre 2009

[Réveille Matin] Beastie Boys - Johnny Ryall

"Three idiots creating a masterpiece". Oui, aujourd'hui, il est grand temps de se demander si certaines franches réussites ne sont pas surtout de belles impostures. Vous n'avez jamais pensé à propos d'un morceau, d'un album, d'un groupe, qu'il ne s'agissait peut-être que de quelques types lambda qui, en tâtonnant un peu au hasard sans trop se poser de questions, arrivaient miraculeusement à créer quelque chose de forcément un peu particulier, mais avec des fulgurances de génie ? Et bien c'est ce que j'ai pensé la première fois que j'ai écouté les Beastie Boys et je vous avoue que ce doute ne m'a jamais quitté. Et ce titre du magazine Rolling Stone pour la sortie de leur premier album "Licensed to Ill", celui-là même que j'ai placé au tout début de mon article pour t'appâter, toi, lecteur, me trotte dans le crâne à chaque écoute de n'importe quel tube du groupe.

Parce qu'au fond, ces trois gaillards sont-ils autre chose qu'une bande de branleurs bien régressifs qui rappent à défaut d'avoir autre chose à foutre de leurs journées ? Il ne faut pas s'y tromper, les "B-Boys" sont seulement trois blancs-becs qui se rêvent en gangsta, et quand ils sortent "(You Gotta) Fight For Your Right (To Party!)" en 1986, avec son gros riff hard rock débile, son esprit adolescent attardé, sa baston de tartes à la crème, Public Enemy répond l'année suivante "Party For Your Right To Fight" et les choses sont bien claires pour tout le monde. Alors est-ce bien parce que les Beastie Boys viennent du punk qu'ils abordent le hip-hop de manière aussi décomplexée et désinvolte, prêts à faire résonner leurs geignements nasillards remplis à ras-bord de références à la pop culture sur des kilo-tonnes de samples allant de Pink Floyd à Kool & the Gang en passant par Bernard Herrmann (jusqu'à les organiser en constructions thématiques, en témoigne le Beatlemaniaque "Sound of Science") ?



Si "Paul's Boutique", leur second album, est encore une fois trop long et inégal, il n'empêche que ses plus grands moments paraissent insurpassables tant ils sont urgents, enchaînent les grosses blagues crachées à trois sur des instrus qui tout en ne tenant pas à grand chose surprennent à chaque mesure et possèdent un sens du groove dément.

Thelonius.

vendredi 27 novembre 2009

[Fallait que ça sorte] Prince - Batman OST (1989)

Vous faites quoi ce soir ? On m'a proposé une soirée funky à l'autre bout de la ville, je crois bien que je vais y aller. Après tout, si je dois choisir entre ça ou maronner devant Facebook en écoutant Grizzly Bear et poster des statuts du genre "trouve que son job cr1 trop !!!" ou bien mon classique "ne rêve que de scaloppine al limone," je ne vois pas pourquoi j'hésite. Ne le prenez pas mal si c'est le programme que vous vous étiez fixé, mais "Why so ssssserious ?" Non ?

Quoi que vous choisissiez, vous planquer sous une couette ou aller remuer du fion, laissez moi vous parler de ce disque ô combien mésestimé de l'Artiste Jadis Appelé Prince, qui est aussi selon moi son meilleur album, parce qu'il faut bien reconnaître que, tubes ou pas tubes, ses autres disques ont toujours été plus ou moins inégaux, j'en veux pour preuve celui qui est considéré comme son chef d'œuvre, "Sign O' The times," et qui aurait pu être fantastique s'il n'avait pas été aussi long. (La phrase à laquelle vous venez d'assister est, en théorie, à considérer comme une "phrase coup-de-boule" mais je suis certain que la majorité d'entre vous n'a cure de Prince et ne m'en tiendra aucunement rigueur, ce qui fait que c'est un coup pour rien. Comme quand on était petits et qu'on jouait au ballon. Parfois on tirait trop fort et le ballon passait derrière le grillage du voisin et on criait "C'est un coup pour rien !").

Enfin bref, vous l'avez vu au moins Batman ? Le premier, hein, pas Batman 2 : le Défi, pas Batman Forever ni celui avec Clooney et encore moins ceux avec Christian Bale, non, je cause du premier film, réalisé par Tim Burton, avec Micheal Keaton qui joue Batman et Jack "Big Balls" Nicholson dans le rôle du Joker. Attention, je n'ai rien contre Chris Walken et le Pingouin, ni ne nie la super prestation de "feu" Heath Ledger de l'année dernière, mais le film de 89 est loin devant le reste pour moi. Peut-être parce que tu peux pas battre Jack Nicholson, peut-être parce que c'est le plus proche de l'esprit du comic book (entre film noir et pop art), et puis peut-être aussi parce que Prince en a fait la Bande Originale.
Rien n'aurait mieux collé à l'esprit bédé du film, m'est avis, que le patchwork funky de Prince. Je veux dire, il y a deux scènes particulièrement mémorables pour la musique, et si elles ne vous ont pas fait remuer quand vous avez vu le film, vous n'avez rien à fiche sur cette URL (si vous n'avez pas vu le film, je vous file un sursis, mais déconnez pas avec moi) ! Les deux scènes en question sont évidemment celle de la Parade aux Ballons à la fin, sur laquelle Prince chante Trust, et la seconde, la meilleure, la quintessence de ce movie, c'est évidemment la scène au Restaurant/Musée, lorsque les lascars du Joker ont endormi tout le monde sauf Vicki et qu'ils débarquent avec l'intention de tout saloper. Là-dessus, prince chante Partyman, et le Man en question, c'est un mélange du Joker, de Nicholson et de Prince lui-même, cet espèce de freak à trois faces qui met à sac les tableaux et qui danse jusqu'à Vicki tout en lâchant des petits commentaires bien vus sur les tableaux. Tout à fait mon type d'homme, je ne vous le cache pas :



Le truc avec cet album (car c'en est un), c'est que si on doit se fader deux balades mielleuses façon R&B mielleux des familles (le duo avec Sheena Easton sur The Arms of Orion ressemble à du Mariah Carey), les deux tubes funk dont j'ai causé plus haut ne sont pas les seuls bons moments du disque, et il y a de fameux beats sur des morceaux comme Batdance (qui n'est pas si éloigné que ça du premier album de Nine Inch Nails, sorti la même année, si on y regarde de plus près, ça vous embouche un coin !) ou The Future qui mélangent électro, rock, funk et prémices de hip hop, mais mon coup de cœur va au très pop Vicki Waiting, qui fait le pont entre Partyman et Trust, sans temps mort.

A vous de voir si vous préférez danser seuls ou accompagnés, du moment que vous vous décidez à donner sa chance à ce disque. Moi je me tire à l'autre bout de la ville où une amie s'est apparemment grimée en Bat Girl. Buona Sera.


Joe










SUPER BAT BONUS :

Le Joker est heureux de vous offrir la seule chanson valable issue des 3 albums sortis par Prince en 2009 :



vendredi 16 octobre 2009

[Réveille Matin] Oui Oui - Les Cailloux

Bonjour à tous ! Vos Réveille-Matin ont oublié d'être remontés cette semaine et c'est la débandade, alors me voilà à la rescousse de vos matinées molles et grises d'ennui avec de la pop enfantine et absurde pour passer un petit coup de baume sur vos zygomatiques trop peu sollicités.

Laissez moi donc vous causer de Oui Oui, groupe français fondé en 1983 par deux amis de lycée autour de la personne d'Étienne Charry, et dont le principal défaut est d'être in-foutu de sortir un album sur un label qui ne va pas mettre la clef sous la porte deux semaines plus tard, ce qui rend "Chacun tout le monde" (1989) et "Formidable" (1991) particulièrement introuvables. Peu importe, l'écoute d'un morceau choisi au hasard dans leur discographie réduite convaincra quiconque que le groupe est passé maître dans l'art de la popsong frenchie naïve, sucrée, bourrée d'idées et de mélodies remuantes, en un mot : parfaite.


(Les Cailloux)

Du chant euphorique et tremblotant tout juste ce qu'il faut de Charry sur des paroles qui semblent avoir été écrites par un CE2 dont la limonade aurait été parfumée au LSD ("Les cailloux/coulent sans crier/dans les trous/où ils n'ont pas pied", gare à toi Syd Barrett) à la montée harmonique épique des chœurs durant le final qui vient sublimer cette grille d'accords forcément majeurs en passant par les sursauts imprévisibles des claviers et des trompettes, Les Cailloux est une perle pop urgente et sautillante dont la production légère mais jamais plate semble intemporelle.


Ah, et n'oublions pas que l'on doit en grande partie l'identité visuelle du groupe ainsi que sa timide réputation culte au succès de son batteur qui n'est autre que le réalisateur Michel Gondry, qui imagina bon nombre de clips pour Bjork, Beck, les White Stripes et plein d'autres avant de se lancer dans le cinéma. Et quels étaient les premiers morceaux dont Gondry a fait les clips, hmm ? Je vous le donne en mille, ceux de Oui Oui, et celui de Les Cailloux est justement un petit bijou de stop-motion absurde mettant en scène les alter ego plasticinés des membres du groupe.



Et si avec tout ça vous êtes in-foutus de vous tirer de votre torpeur quotidienne, singez donc les étirements matinaux d'Étienne, Nicolas, Michel et Gilles. Ça y est, vous pouvez sourire.


Thelonius