C'est entendu.
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vendredi 4 novembre 2011

[Quitte ou Double] Quel format pour la musique ?

Un article a paru il y a quelques jours m'a rappelé que j'avais lu quelque part l'annonce froide et précise de la date de péremption du format CD. Ainsi donc, d'ici un an environ, motivée par la mainmise d'Amazon sur les ventes, la côte de popularité en chute libre du format, et des perspectives de bénéfices liées à l'arrêt de la production d'un support physique au profit de la vente de musique digitale, l'industrie du disque va arrêter de produire des CDs.


Pour la plupart d'entre nous, qui avons grandi avec ce format "moderne", cette annonce doit faire le même effet qu'avait occasionné sur nos ainés le passage du vinyle au compact disc. On abandonne un format obsolète pour embrasser le futur. Mais alors quel effet cela nous fait-il vraiment ? Êtes-vous enthousiastes ? Nostalgiques ? Indifférents ?

Le format mp3 privilégié présente, il faut bien l'avouer, de sacrés avantages, en terme de longévité (le CD était censé durer toute une vie mais on s'est récemment penché sur sa durée de vie réelle, très limitée) comme en matière d'immatérialité. Le mp3 n'est pas physique (enfin, si, il repose sur des machines, disques durs et autres super-stockeurs, mais ça on l'occulte volontairement) et il est donc plus facile à transporter et stocker, moins coûteux à produire et beaucoup plus écologique en ce qui concerne son recyclage. L'industrie privilégierait ainsi le mp3 pour faire des économies et donc du profit, stoppant net la production de CDs et laissant les stocks s'écouler à travers la vente en ligne (Amazon faisant figure de mastodonte dans ce domaine) jusqu'à ce que tout le monde vienne au digital, une fois les stocks épuisés et les consommateurs convaincus qu'ils trouveront plus facilement tel disque rare sur leur iTunes store que chez leur revendeur privé.


Le CD avait de toute façon perdu en crédibilité avec l'arrivée du mp3, mais il reste un moyen crédible de transmettre la musique. Aux concerts par exemple. Vous imaginez un groupe vendre des clés USB ou des codes de téléchargement après un show ? Les revenus de la sphère indépendante baisseraient considérablement ! Quant aux disquaires (qui se sont récemment décidés à mettre du leur dans la revalorisation de leur statut avec par exemple l'avènement du Disquaire Day, mieux vaut tard que jamais), il apparait peu crédible qu'ils ferment tous leurs portes d'ici deux ans, faute de disques à vendre. Il semble de toute façon essentiel qu'un quelconque format physique reste "valide", quel qu'il soit. Je doute que le format physique dans son ensemble soit aussi proche de l'oubli que la date de péremption du CD ne pourrait le laisser entendre. Certes nous écoutons la musique différemment aujourd'hui, de façon plus compulsive, avec moins d'attention et une plus grande impatience, mais les véritables amateurs de musique, ceux qui, une fois l'étape des kidz-qui-s'envoient-des-tubes dépassée, achètent la musique qu'ils aiment, ceux-là auront toujours (le mot est relatif à une génération ou deux, bien entendu) besoin d'un support, d'une preuve d'achat, d'un objet prouvant que l'on n'a pas acheté du vent. Tandis que le CD vivotait encore tant bien que mal ces dernières années, c'est le vinyle qui a rempli ce rôle, et c'est bien naturel.



Quitte à conserver un support physique pour mélomanes, le vinyle à l'image séduisante, vintage (et donc parfaitement à la mode) et au cachet "authentique" était tout désigné. Les musiciens (indépendants) eux-mêmes souvent mélomanes l'ont adopté pour transmettre (vendre) plus efficacement leur musique à un public-type (les hipsters comme vous et moi) qui ne pouvait qu'être séduit.

Que va-t-il se passer ? Si le CD disparait en effet dans quelques mois ou quelques années, le vinyle lui survivra-t-il comme alternative au digital ? La prochaine génération ressuscitera-t-elle le CD comme nous l'avons fait pour le vinyle ? Verrons-nous de notre vivant une digitalisation intégrale de la musique ? Êtes-vous attristés par la disparition du CD ? Êtes-vous opposés au tout digital ? Sommes-nous de sales cons réactionnaires, de fins esthètes opposés à l'immatériel ou des futuristes accomplis ?

Autant de questions qui n'attendent que votre réponse. Participez au sondage et exprimez-vous dans les commentaires.


Joe Gonzalez

vendredi 30 septembre 2011

[Quitte ou Double] La Grande Exhibition

La question vient de germer dans mon cerveau et avant que la digestion ne me la fasse passer, j'aimerais vous la poser, à vous, habitants de civilisation festive, auditeurs passionés, humains après tout et surtout après l'ère de la Fête, telle que la concevait Philippe Muray.

Comment envisagez-vous la festivisation publique de la musique, active depuis la fin des années 90, depuis donc presque quinze ans, et qui perdure envers et contre tout en un temps où elle s'est banalisée, ringardisée peut-être, un temps où elle il convient de se demander si elle a encore un sens autre que celui d'un défilé festif que l'on pourrait qualifier de décadent ?

(L'indépen'danse vaut-elle que l'on voue un culte aveugle à la boule unique à facettes uniformes ?)


Quelle fierté reste-t-il dans la célébration de la Fête de la Musique ? Est-elle encore à vos yeux cette occasion unique et indispensable de partage sonore, de découverte, de liberté ? Ou bien n'est-elle que le pire jour de l'année pour l'art musical, 24 heures durant lesquelles tout est permis et donc le pire, durant lesquelles la liberté est le plus bafouée puisque le droit au silence est piétiné ? Avez-vous participé à la Techno Parade le 17 septembre dernier ? Qu'y avez-vous éprouvé ? Est-ce un défilé dont les technophiles profitent parce qu'il existe, sans conviction, pour fêter leur musique ? Une occasion pour les adolescents de participer à une "manifestation" sans revendication autre que celle de la liberté de bloquer des rues ? Est-elle au contraire la manifestation tangible de l'électronisation de la musique, un poing levé face au classicisme des institutions ? Quid du Disquaire Day, censé célébrer le mercantilisme de la culture ? A-t-il valeur de sauveur du marché musical ? De la Musique elle-même ? Y'a-t-il encore une notion de fierté dans ces fêtes ? Elles ne portent pas forcément le terme "pride" en leur nom mais le mot "parade" inclut à la fois le sens de la parade militaire (et non pas militante, c'est à dire une marche au pas, aux ordres de, et non pas un défilé en son propre nom pour sa propre revendication) et celui de "se pavaner". Faut-il y voir une uniformisation banalisée de la pensée culturelle ou bien est-ce bel et bien une nécessité que ce rappel annuel des acquis sociaux-culturels d'il y a quinze ans ?

Je ne me pose pas ces questions, je vous les pose à vous. J'ai ma propre idée sur le sujet mais qu'en est-il de la vôtre ? Vous étiez-vous même posé ces questions ? Elles me semblent primordiales pour quiconque s'intéresse à la vie culturelle de sa société. Laisser reposer des idées sur une étagère sans jamais les remettre sur la table, sans jamais les confronter à un ré-examen, voilà qui me parait laxiste, bête et anti-progressiste. J'attends de vous que vous m'aidiez à ré-examiner le status quo entourant la Grande Exhibition musicale qui semble faire consensus chez nous. Un sondage vous attend sur votre gauche, la boite de commentaires ci-dessous est prête à recevoir vos opinions. Allez y de bon coeur, citoyens !


Joe Gonzalez

jeudi 7 avril 2011

[Quitte ou Double] Odd Future tout tracé ?

Le hip hop se vend toujours très bien. En France, La Fouine (photo ci-contre) est n°1 des ventes et aux Etats Unis, Jay Z et Kanye West sont toujours aussi riches et influents. Cependant, le hip hop a vieilli et tout le monde le sait, de Jay Z, qui en 2009 assistait avec Beyonce à des concerts de Grizzly Bear en prétendant que l'indie rock était un exemple d'originalité, de diversité et d'expérimentation à suivre, à Kanye (qui ne s'est pas privé d'écouter Jay et a récolté en 2010 la 1ère place de nombreux tops albums en piochant allègrement dans les autres genres musicaux) en passant par La Fouine dont le nouvel album est double : un disque idiot, trash et vulgaire pour la crédibilité et un autre plus soft, variétisant, pour convaincre les parents. Dans ce marasme bling bling de plus en plus déconnecté de toute réalité sociétale et de moins en moins culturellement intéressant, nous étions nombreux (même si je crois que personne ne l'avait expressément formulé) à attendre un sursaut... Autre chose. Shazam, voilà donc Odd Future.



(Yonkers)


Actif depuis 2007, le collectif avait déjà publié quelques disques et autres mixtapes mais c'est le clip de Yonkers (le single annonçant "Goblin", le second LP de Tyler, The Creator, qui sortira le 10 Mai) qui a véritablement créé le buzz et donné à Odd Future une visibilité. Parue sur la toile le 11 Février 2011, cette vidéo a projeté au visage des médias branchés l'information selon laquelle un jeune noir bouffait un cafard dans un clip travaillé et scénarisé et qu'entre les couplets d'une psychothérapie publique à l'instru minimale, on le voyait vomir le-dit cafard. C'est à dire que venait d'apparaitre (ou de ré-apparaitre) l'exact opposé du single hip hop tel qu'il est aujourd'hui conçu par tout un chacun (et dans le clip duquel apparait presque nécessairement Kanye dans un feu d'artifice de couleurs) et ce buzz tout chaud, branché parce que d'origine underground, cool parce que d'origine noire, s'est répandu très vite partout, de Pitchfork à MagicRPM en passant par le plateau de Jimmy Fallon et la bouche de Tania Bruna-Rosso.

Tyler pourrait tout aussi bien faire caca là où se termine la phrase précédente.


La question alors n'est pas de savoir s'il est bon ou pas que hype se fasse, ni si le collectif amène(ra) vraiment un renouveau au hip hop, ni même si cet enchainement un peu rapide dans l'escalade de la célébrité de ces très jeunes gens (Tyler n'a que 20 ans - il en parait 15) n'est pas un risque pour eux (d'attraper le melon, de se brouiller...). Ce qui est en question aujourd'hui, c'est l'intégrité d'Odd Future. Mais remettons-nous en contexte :




Le 16 Février, Odd Future faisait sa première télé américaine, chez Jimmy Fallon, où Hodgy Beats et Tyler, entourés par The Roots et une sorte de zombie féminin foutaient un gros dawa très prometteur, entre dark metal et hip hop hardcore. Une ambiance pas étonnante lorsque l'on sait que Tyler a écouté Slipknot quand il était gamin (il n'y a pas si longtemps, donc). Après avoir joué (c'est le mot) Sandwitches, Tyler revenait sauter au cou de Fallon, excité et mignon, tel un minot ravi de son nouveau jouet.





Un peu plus tard, début Mars, l'ensemble du collectif était invité à participer à un sketch sur le site internet "Funny or Die !" mettant en scène la signature fictive d'Odd Future sur un label quelconque et dans lequel ces braves jeunes gens "jouaient" les méchants rappeurs, grossiers, agressifs, violents et caricaturaux. Le sketch n'est pas follement drôle (mis à part peut-être la toute fin) mais tout le monde s'est alors réjoui de (re)voir Odd Future aussi vite "à la téloche".




Le 16 Mars, Odd Future faisait une nouvelle apparition TV à l'occasion des Woodie Awards, une cérémonie organisée par la radio mtvU, destinée aux adolescents. A cette occasion, en plus d'amuser le public avec leur habituelle énergie négative communicative, leurs masques, la casquette verte de Tyler et... un nain, les rappeurs acceptaient à la fois de combiner Sandwitches et Yonkers en un medley ET de se laisser censurer (ce qui donne pour qui écoute les paroles l'équivalent d'un texte à trous).





Et puis fin Mars, pendant le festival South by SouthWest à Austin (où le groupe jouait), un dénommé Nardwuar a décidé d'interviewer Tyler et Hodgy Beats en leur montrant bien qu'il connaissait leurs moindres goûts et en leur offrant des tas de cadeaux (LPs, savon au bacon, casquettes, sacs à merde, etc). Ce qu'il en ressort, outre l'aspect sympatoche de l'approche, c'est à la fois l'attention démesurée portée envers Tyler (vis à vis des autres membres du groupe) et l'attitude de Nardwuar face à eux/lui consistant à les/le couvrir de présents. Comme si gâter Tyler avait du sens parce que Yonkers. Comme s'il le méritait.


Je ne dis pas qu'il ne mérite pas l'attention qu'on lui porte ou qu'il ne satisfera pas les attentes que l'on place en lui. Je ne dis pas grand chose, en fait, je vous tends le micro. C'est quitte ou double :

Faites-vous partie de ceux qui croient dur comme fer en l'avènement d'un hip hop nouveau, d'un retour aux racines de la dimension sociétale de cette musique ?

Trouvez-vous au contraire un brin simpliste cette hype momentanée dont les héros n'ont pas vraiment l'air de partager la supposée et utopiste intégrité ?


Tyler succombera-t-il lui aussi aux sirènes du bling² ?

Pour vous donner un élément de réponse supplémentaire avant de vous laisser répondre (via les commentaires, le forum et le sondage), voici un élément de réponse supplémentaire à ces questions, offert par le site internet The Drone qui a interviewé Tyler de façon plus intéressante et profonde que Nardwuar :




Je vous laisse juges. Convaincus ? Rien à fiche ? Déjà déçus ? Tyler n'est-il "qu'une" popstar de plus en devenir ou l'imaginez-vous en prophète du renouveau ? Le sondage sur votre gauche (dans la barre latérale) n'attend que votre vote. La boite des commentaires ne demande que vos avis détaillés. Et le forum est là pour les grands débats houleux idéolo-philosophico-hiphopistes.



Joe Gonzalez

vendredi 19 novembre 2010

[Quitte ou Double] Les années teuhon

Le mythe des années 80 a eu la vie dure mais il faut désormais utiliser un temps du passé pour en parler. Pendant dix ou quinze ans, il semblait acquis que cette décennie avait abrité tout ce qui était depuis considéré comme esthétiquement "de mauvais goût". Pensez à Wham!, au visage éblouissant de Michel Drucker sur ses Champs Elysées, à Boy George et aux mullets, au kitsch vestimentaire et à la coupe de cheveux d'Annie Lennox et au générique du Club Dorothée, tous ces signes qui durant la période de dix ou quinze ans qui s'est achevée il y a deux ou trois ans (cerner avec exactitude le passage d'une mentalité dominante à une autre relève de l'impossible) portaient en eux une quasi-anonyme tare morale. Le "goût" commun était ailleurs... mais c'est du passé. Il est bien connu que l'influence des années 80 sur les musiciens s'est faite de plus en plus pressante au fil des mois entre 2007 et 2009 mais ce qui est désormais en mouvement (sous nos yeux) est plus inquiétant : l'esthétique dite "de mauvais goût" est de retour.

Il n'est pas tant question ici de musique que d'esthétique visuelle à proprement parler : looks, artworks et surtout, surtout, clips :




Zach Hill, batteur épileptique, fait venir Devendra Banhart, pape folk lo-fi de mes couilles, sur un morceau intitulé avec goût "Second Life". Et le clip, c'est la simulation d'une Nintendo 64 dans laquelle on aurait glissé une cartouche pleine d'acide. Trooooop frais.






Lazer Sword — rien que leur nom sarieux...— livre un manifeste chill trop posé (regardez donc le coin supérieur droit... le chill vous y dévisage) qui accumule les clichés de la pop indé actuelle au point qu'il ne sera pas nécessaire d'attendre une décennie pour se moquer de ces années-là, les nôtres. Vous êtes en 2010, ayez honte tout de suite.





Comme sur la pochette de leur dernier disque, Ratatat ont mis dans le clip de Neckbrace... des oiseaux. Sauf que là, c'est plus Wolfgang Petersen qu'Alfred Hitchcock. Difficile de considérer ça comme du second degré (et quand bien même ça n'y changerait pas grand chose) quand de telles kitscheries sont désormais la norme.





Le clip de Round & Round, d'Ariel Pink, filmé sur l'iPhone de Wayne Coyne (leader des Flaming Lips), propose une vision trouble (forcément, un iPhone) de Pink faisant trempette (les pieds !) dans un bac de lait maternel gracieusement fourni par des donatrices anonymes. Où s'arrête le lo-fi et où commence le ridicule ?

Rassurez-vous, nous ne sommes pas dupes, nous savons bien que ce revival touche tous les secteurs et depuis des mois. Cela concerne aussi la musique (The Drums au sommet de la hype, tout de même), le cinéma (ils remakent Karate Kid, l'Agence Tout Risque et Wall Street) et la télévision (Champs Elysées va recommencer). Franchement, ça vous va vous ? Ça vous emmerde ou bien vous pensez que le mauvais goût s'infiltre de toute manière dans toutes les époques et que ce n'est pas bien grave ? Vous aussi vous avez pleuré à la mort de MJ ?


Thelonius H. et Joe Gonzalez

vendredi 21 mai 2010

[Quitte ou Double] Tous Gagas, tous fadas ?

J'en entends déjà se fendre la poire. Vous vous dites "C'est Entendu cède au chant des sirènes du mainstream" ou bien "et s'ils arrêtaient de nous lourder avec les hypes du moment ?" ou encore "OK donc ils vont descendre Lady Gaga en flèche, comme tout ce qui vend plus de dix exemplaires et qui est relayé par les médias" et j'en vois même un ou deux parmi vous qui pensent "à quand un papelard sur Justien Bieber ?" mais ceux-là sont à côté de leurs pompes, comme toujours. La raison d'un tel article est toute simple, je m'interroge véritablement et sincèrement quant à votre avis concernant cette personne qu'est Lady Gaga.


(Bad Romance)

Madonna n'est plus qu'une vieille peau, Marilyn Manson a laissé un créneau libre lorsqu'il n'a plus trouvé qui voler et cette jeune femme, Stefani Germanotta n'avait qu'à se baisser pour ramasser le costume de la pop star travestie, du freak sans foi ni loi, de la bête de foire épanouie, de l'égérie des couturiers les plus zarbs. J'avoue avoir totalement laissé filer la hype lorsqu'elle a démarré il y a environ deux ans, tant il est vrai que je n'ai pas que ça à faire de m'intéresser à chaque nouvelle starlette mal habillée (je préfère juger celles qui durent), et, encore aujourd'hui, si vous me demandez de vous marmonner Poker Face, attendez-vous à faire face à un mur. Je ne vais pas vous mener en bateau, j'ai écouté quelques uns de ses singles, et - n'en déplaise aux quelques uns parmi vous dont le goût diffèrera - il ne fait aucun doute que les chansons de Lady Gaga ne marqueront pas l'Histoire de la Musique Moderne comme des chefs d'œuvre de composition, d'arrangement, ou même d'originalité. Ces popsongs pré-mâchées, voire pré-digérées n'ont qu'une fin : efficacement mettre en valeur l'aspect visuel de Lady Gaga, qui est, tout le monde le sait, la raison de sa célébrité, mais qui n'aurait pas raison d'être si elle n'avait un support - le public n'aime pas ses freaks aussi passionnément lorsqu'ils n'ont rien "fait" et il faut au minimum avoir eu un "rôle" de potiche à la téloche (Kim Kardashian), une série ou une porn tape (Paris Hilton) ou encore un internet meme (Boxxy) pour être à ce point aimé du grand public. Que Stefani Gaga ait été musicienne avant sa transformation a naturellement désigné le mode de transmission. Et ne me dites pas qu'elle s'est travestie PARCE QU'elle voulait faire entendre sa musique et qu'aujourd'hui c'est le seul moyen de se faire entendre efficacement. Si c'est votre argument, essayez de jeter une oreille à la musique que produisait Gaga avant d'être une Lady, et vous aurez bien du mal à débouter mon argumentaire selon lequel la seule chose que veut Lady Gaga est la célébrité (ses deux albums étant d'ailleurs fort justement nommés "The Fame" et "The Fame Monster").


(Poker Face)

On pourrait croire que j'ai une dent contre elle, mais ça n'est même pas le cas, je vous l'ai dit, je m'interroge. Cette fille a vendu plus de dix millions de disque en plein Armageddon entre le Marché du Disque et l'Internet, et pourtant, lorsque vous entendez parler d'elle, c'est toujours vis à vis de son look. A vrai dire, la phrase que j'ai le plus souvent entendue en réponse à ma sempiternelle enquête d'opinion est "je trouve que c'est une artiste." Vous remarquerez l'utilisation du mot "artiste" et pas "musicienne" et encore moins "chanteuse." Remarquez aussi l'absence d'adjectif qualificatif devant "artiste" : est-elle douée ? Ne mérite-t-elle que mépris ? Pas d'indice là-dessus, et cette réponse-là, je l'ai reçue de la part de tas de gens différents, hommes femmes et enfants de tous bords, à croire que Lady Gaga rassemble l'opinion publique sous un étendard d'indécision et de respect inconscient. Avant de juger de son apparence, de sa musique ou de son discours, nous (l'auteur de ses lignes y compris) jaugeons son succès : elle a réussi, à la sueur des cuisses, à la force de son fard à paupières, à raison d'une tenue par demi-journée, à se faire un nom (et quel nom), à devenir l'une des personnalités les plus connues à travers le Monde. C'est un sacré boulot, et pour cet accomplissement-là, elle mérite(rait) notre chapeau bas.

Les pommettes saillantes de Gaga.

Dans une interview donnée au Guardian, Joanna Newsom (notre égérie-maison) disait à propos de Lady Gaga :
Je suis déconcertée par la fainéantise des gens qui regardent la façon qu'elle a de se présenter, et qui, d'une certaine façon, supposent que cela implique un haut niveau d'intelligence dans son songwriting. Son approche de l'image est vraiment intéressante, mais vous écoutez la musique, et vous n'entendez que des glowsticks. [...] Il se trouve simplement qu'elle porte des tenues un brin plus bizarres que celles de Britney Spears. Mais elles ne sont pas non plus si bizarres - la plupart sont simplement plus courtes. [...] Sa sexualité n'est pas vraiment dégoûtante, pas vraiment torride, dans le sens où, disons, Peaches, ou même Grace Jones, ont pu en avoir [...] et dans le même temps, elle semble se prendre si bizarrement au sérieux, la façon qu'elle a de parler de sa musique à la troisième personne, comme si elle était Brecht ou quoi. Elle me fait juste regretter Cindy Lauper.
Est-il même besoin de débattre autour des chansons ? Lady Gaga est-elle une artiste ? Vous la trouvez sexy ? Répugnante ? Est-elle une artiste ou tout juste une business-woman de talent ? Écoutez vous ses disques ? Sarieux ? Donnez-nous votre opinion, régalez-nous de vos commentaires passionnés, nous ne vivons que pour ça.


Joe Gonzalez

vendredi 9 avril 2010

[Quitte ou Double] Ces hypes que l'on tait

Je me demandais : est-ce que, parfois, vous vous dites "c'est tout de même BIZARRE que C'est Entendu ne parle pas d'untel ou de machin, alors que TOUT le monde en cause de part et d'autre de la blogosphère, et jusque dans le quotidien gratuit que l'on me distribue tous les matins à la sortie du métro..." ? Est-ce que cela vous intrigue ou alors vous dites-vous "encore un groupe à côté duquel CE est totalement passé, peuchère, je les aime bien mais ils ne sont vraiment pas à la page..." ?

Si de telles questions vous bousillent les méninges à intervalle régulier, vous serez d'autant plus ravis d'apprendre enfin que non, nous ne sommes pas "à la traine" et que si nous n'en parlons pas, c'est probablement que nous n'en avons rien à fiche. Vous l'aurez pigé, tous les Get Well Soon, The Morning Benders, The Besnard Lakes, Portugal. The Man, Ted Leo, Delphic, jj et consorts qui firent les beaux jours des newsfeeds indés ces dernières semaines, nous n'en avons cure. N'allez pas croire que nous avons une dent contre tous ces valeureux musiciens ou leurs disques, il y en a même parmi eux à qui, non content de ne pas jeter de pierre, je pourrais aisément envoyer une invitation à boire un pot en ma compagnie. Je pense notamment à Teddy Leo et sa descente bien célèbre (à force de s'envoyer des bonbonnes d'alcool à 90° il a acquis le surnom de "pharmacien"). C'est plutôt une histoire de rendez-vous manqués. Certains ont choisi pour leur groupe un nom rivalisant de laideur avec la pochette des albums des autres. D'autres encore se sont une fois de plus "manqués" (on pense à Get Well Soon, éternels ratés de la musique teutonne à tendance anglophile).

Cependant, nous n'en restons pas moins curieux de votre avis, et c'est pourquoi nous soumettons à votre appréciation éclairée et, espérons-le, dénuée des préjugés qui ulcèrent notre jugement, trois des plus blogués et twittés des phénomènes pop du moment.



I - She&Him, rien que pour ses yeux :

Rien de mieux qu'un cimetière pour faire des photos promo

She&Him c'est Zooey Deschanel (vue à la télé et sœur de Bones) et M Ward (l'un des monstres autoproclamés de la "folk"). En 2008, tout le monde pensait que ce "superduo" formait un couple à la vie comme au studio, rumeur démentie depuis par Benjamin Gibbard himself, poing levé en direction de la nuque de Ward, et qui a depuis officialisé son union d'avec Zooey en lui passant la bague au doigt (ceux qui suivent la carrière du groupe de Gibbard - Death Cab For Cutie - auront alors compris que l'inspiration du songwriter se fut un brin épuisée ces dernières années : il avait de quoi s'occuper à la maison). Après un "Volume One" en demi-teinte qui déçut autant les fanas de M Ward (dont les auteurs de ces lignes, qui croient dur comme fer que le trublion folkeux serait bien avisé d'abandonner toute idée de projet non-solo) que les badauds espérant trouver là des clips olé olé (Zooey étant devenue une icône sexuelle alternative avec ses rôles pourtant bien prudes dans des feel good movies tels que H2G2 ou encore 500 Days of Summer), le duo revient en 2010 avec un "Volume 2" tous publics, manifeste d'un duo cherchant à tout prix à exceller dans la simplicité et dont le premier single, In the Sun, a déjà fait trois ou quatre fois le tour du Globe. Le voici, joué à la télévision l'autre soir :



Est-ce que comme moi vous avez regardé le clip sans le son ? Pensez-vous que Zooey fixe Benjamin Gibbard, assis dans le public ? Est-elle plus talentueuse que Scarlett Johansson ? Un tel "duo" est-il voué à foutre en l'air le mariage de B. Gibbard ? M Ward plait-il autant aux femmes que Zooey terrasse les hommes ? Une musique aussi simple n'est-elle pas un nivellement par le bas de la pop ?



II - Jónsi, ou quand le plus déprimé des Islandais essaie de briser la glace :

Le jour où Sigur Ros a pris le bus pour se rendre d'un point A (Reykjavik) à un point B (un volcan...) pour enchainer deux dates d'une tournée au lieu d'y aller "à pattes," Jónsi a cessé d'être le petit lutin triste qui faisait pleurer tout l'Occident pour enfin embrasser une joie de vivre qui n'allait avoir de cesse que de s'amplifier. C'était en 2005, et d'ailleurs, Sigur Ros ne se priva pas de remercier l'inventeur de l'autocar en appelant son quatrième album "Takk" (Merci).

Jónsi, sosie de Bénabar, ici grimé à la façon de Bjork habillée par Camille* et décoré avec le maquillage de Fever Ray

Après un dernier LP quasiment hédoniste avec Sigur Ros et une pause café chez Alex l'année dernière, Jónsi propose en 2010 son premier album solo, "Go," et surprend son monde en arrêtant de chanter en hopelandais (ce yaourt labellisé que d'aucuns appelaient "nawak") et troque son islandais natal pour susurrer en langue anglaise. Voici le clip de Boy Lilikoi :



Vous que Sigur Ros avait aidés à trouver le sommeil pendant des années, venez-vous de trouver votre classique "du matin" ? Préfériez-vous Jónsi quand il avait le cafard ? Vous en connaissez beaucoup vous des villes en Islande ?



III - Émigrés clandestins, la sympathique histoire des ibériques Delorean :

Ou quand une demi-douzaine de mp3s savamment balancés ouvrent les portes les mieux gardées à une bande de jeunes espagnols peu soucieux de leur origine géographique. Il leur aura pourtant fallu le temps de percer : formé en 2000, le quinté gagnant du Pays Basque aura sorti quatre albums sans faire frémir une seule seconde la pilosité des blogueurs les plus aventureux.

Delorean et des miroirs sur un caillou

Pourtant, forts d'un pseudonyme tout droit venu des heures dorées d'un certain cinéma Hollywoodien piloté par le duo infernal Spielberg/Zemeckis (qui aura bercé notre jeunesse avec une autre qualité que celle inhérente à ces Transformers et autres Pirates des Caraïbes qui polluent l'imaginaire de nos neveux et nièces), Delorean avait mis toutes les chances de son côté afin d'échapper au cloisonnement espagno-espagnol auquel leurs parents les avaient destinés. Ce n'est qu'avec l'EP "Ayrton Senna" (qui aura malheureusement connu chez moi le même sort que le regretté pilote du même nom) que le Monde découvrit le groupe, en 2009. Depuis, par la force des choses, Delorean a fait table rase de son passé, et sort donc ces jours-ci son "premier" album, "Subiza," electro-pop à vocation dansante sur laquelle, en 2009, Ekhi Lopetegui aimait à répéter à qui voulait l'entendre qu'il avait apprécié le temps passé avec une fille, dont le nom nous était tu (in Deli). Voici de quoi il retourne :



Dansez-vous sur Delorean ? Est-ce à vous que Lopetegui adresse sa supplique endiablée ? Y a-t-il une "scène" basque ? Pensez-vous que Delorean sera bientôt choisi par Denisot pour illustrer le "jingle" du Grand Journal ? Delphic/Delorean, même combat ?


Donnez-nous votre avis sur ces hypes qui nous dépassent. Votez au sondage (sur votre gauche) et commz'ez à mort.


Joe Gonzalez (avec la participation remarquée de Félix Félaga)




ERRATUM : Pour que les choses soient bien claires, il nous paraissait important de préciser que l'absence dans nos colonnes et dans les lignes, plus haut, du déjà-culte album de Doom Metal, "Eparistera Daimones," signé par les bleu-bites de Triptykon, n'est en aucun cas due à un oubli, ni à une auto-censure éhontée dictée par une pochette des plus sordides (qui invite l'auditeur à insérer quelque objet de son choix dans un orifice savamment creusé dans le carré inférieur gauche. Faites vous une opinion, possiblement un fond d'écran, et notez l'influence de H.R. Giger), mais bien à un total désintérêt de notre part pour ce genre mal famé qu'est le Thrash Metal.




* Camille, j'attends toujours que tu me prennes ma douleur, j'ai ULTRA mal.

lundi 9 novembre 2009

[Quitte ou Double] Falsetter n'est pas jouer, le Barock adolescent est-il pandémique ?

Il est grand temps de débattre !

Cette fois-ci je vous propose de vous pencher sur le cas de deux groupes très différents mais dont les chanteurs partagent la même ascendance et le même goût pour une certaine grandiloquence baroque et usent et abusent de leurs voix de fausset*.
Ce genre de chose ne sort pas de nulle part, bien évidemment, et l'on en a vu d'autres jouer le même jeu (risqué) et parvenir néanmoins à se trouver un public, je pense bien sûr à Muse, mais aussi pourquoi pas à Joanna Newsom et on peut même remonter jusqu'à Tim Buckley, père de, qui entre 1967 et 1971 était en quelque sorte le champion incontesté de cette catégorie, mais tous ceux là agissaient en sous-marin et dans leur coin.


Tim Buckley - Goodbye and Hello

Ils n'étaient pas plusieurs sur le même bisteak au même moment, ce qui n'est pas le cas de ceux dont je vais vous entretenir, et c'est pourquoi j'aimerais que vous me disiez, tout d'abord, ce que vous pensez de chacun d'entre eux, et ensuite, si vous pensez que ça ne fait pas un peu trop de manières en trop peu de temps. Votre coupe est-elle pleine ou est-ce que vous avez encore de quoi offrir le gîte à deux ou trois autres de ces types-là ? Car il y en a d'autres. Découvrons ensemble ...


I - Un circuit de Montagnes Russes sur le dancefloor, une certaine idée de la pop conçue par les Wild Beasts :

Ils viennent de sortir leur deuxième album ("Two Dancers") en deux ans, Wild Beasts, malgré ce nom, ne sont que quatre anglais qui ne font peur à personne, ni avec leurs bouilles de braves gars ni avec leurs voix qui montent et qui descendent, et dont la musique n'a pas vraiment pour vocation de vous agresser, mais plutôt de faire parvenir à vos corps (vos jambes si possible) l'énergie qui habite leurs textes. Si en lisant cela vous vous attendez à quelque chose de véritablement dansant, détrompez-vous ! Seuls les plus agités ou défoncés au speed parmi vous pourrait remuer suffisamment sur la musique des Wild Beasts pour appeler ça de la danse.



Non, réellement, leur pop autant inspirée par Kate Bush que par Arcade Fire n'est "dansante" que par rapport à leur album précédent "Limbo, Panto" et aussi parce que les morceaux reposent le plus souvent sur la batterie, laquelle habillée de guitares légères et claires, n'est pas sans évoquer à la fois la musique africaine et la pop anglaise telles qu'on les connaissait dans les années 80 (comme s'ils avaient à la fois écouté les Bhundu Boys et Echo and the Bunnymen).



Leurs deux chanteurs se partagent le boulot, mais l'un comme l'autre ont tendance à régulièrement appuyer sur leur pédale à falsetto pour faire décoller leur lyrisme et cela est précisément ce qui fait leur charme et leur originalité (sans cela, on les taxerait probablement d'avoir écouté Foals entre leur premier et leur second album, et puis c'est tout), mais c'est aussi ce raffinement, qui ne colle pas forcément à leur look, et vous pourrez dire ce que vous voudrez, un tel fossé (sans jeu de mot) entre l'image et le son n'est jamais bon pour gagner un large public, c'est aussi ce raffinement donc, qui pourrait bien leur causer du souci quant à devenir ou non un groupe qui vous plaira, à vous, chers lecteurs.


II - : Une ballerine marque son territoire langagier, Parenthetical Girls et les violons de mon coeur :

Du côté de Parenthetical Girls, les choses sont sensiblement pas les même. Ils sont quatre, certes, et en sont eux aussi à leur second album, mais le leur, "Entanglements," est sorti l'année dernière, et ils sont américains. Et surtout, leur look et leur musique sont on ne peut plus accordés.

Deux garçons, une (jolie) fille et un chanteur androgyne au possible, du maquillage aux yeux en passant par la coiffure, les postures et bien entendu la voix, qui ne se contente pas de s'envoler mais insiste aussi puissamment sur les consonnes et tente tant bien que mal de faire muter les aspérités consonantiques de la langue Anglaise en autant de salves d'élégance glam, alors que derrière lui, un groupe nouvellement acquis à Michel Legrand (le précédent album était plutôt orienté machines) s'évertue à réveiller la Grandeur Olympiesque d'une Revue de Variété telle qu'on n'en avait plus vu passer depuis les années 60.


Unmentionables

Les nouveaux amours de ces filles entre parenthèses (nom que l'on sent imaginé par le chanteur Zac Pennington, qui nage décidément dans des eaux vieilles de 50 ans depuis quelques années, déjà) sont peut-être vieillots – reprendre Les Moulins de mon Coeur de Michel Legrand (en écoute dans le lecteur) est quelque peu osé, tout comme sortir un single en hommage à Ellie Greenwich, dont les kids n'ont jamais entendu parler, avouons-le (à moins qu'ils n'aient lu ce qu'il fallait) – il n'en reste pas moins que l'on peut se demander combien s'en seraient tiré aussi bien avec un postulat de départ si flageolant.



C'est à vous de vous exprimer. Quid de ces deux groupes ? Quid de cette tendance un brin passéiste ? Votez au sondage, exprimez vous dans les commentaires, faites entendre votre voix.


Joe


* La voix de fausset, ou falsetto, est aussi appelée "voix de tête" et chez l'homme représente la voix aigüe, non naturelle, que les plus bêtes parmi nous appellent à l'occasion "voix de tata."

mardi 20 octobre 2009

[Quitte ou Double] Warp, 20 ans d'avance... ?

Cher tout le monde, c'est l'heure du Grand Débat Bi-Hebdomadaire que vous attendez tous, à savoir l'occasion d'en découdre autour d'une question d'actualité non des moindres et à laquelle vous ne pourrez échapper. Pourquoi ? Parce qu'elle est comme d'habitude assez osée.

Alors qu'en pensez-vous ? Warp, ce label anglais qui se fit connaitre en propulsant les géants de l'électronique (LFO, Autechre, Aphex Twin, Boards of Canada....), mais aussi pour son identité visuelle prononcée, son prosélytisme avant-gardiste et qui s'est par la suite diversifié en signant des artistes novateurs dans leur genre, comme les MCs d'Antipop Consortium il y a quelques années ou les folkeux de Grizzly Bear plus récemment, se pare d'un slogan élégant bien qu'un peu crâneur : "20 ans d'avance."
Or, Warp fête ses 20 ans cette année, et si le slogan valait probablement au début des années 90, sera-t-il toujours valable au début des 2010's ? Il est évident que beaucoup d'artistes signés chez Warp y sont davantage pour leur style (électronique), leur élégance ou leur savoir-faire, que pour une quelconque touche d'avancée sonore ou musicale. Malgré tout le bien que je pense de types comme Bibio ou Gravenhurst pour n'en citer que deux, ils sont bons dans leurs domaines mais ne grimpent pas vraiment les branches de l'arbre généalogique de la Musique, ils ne font que sauter de branche en branche, à leur hauteur. C'est déjà ça, mais afin de faire perdurer la légende et le slogan, le label parie plutôt sur d'autres sorties, à vrai dire toutes très récentes.


I - Electro, hip hop, synthés chiadés des années 80 et breaks bizarres, le territoire d'Hudson Mohawke :


Le dernier arrivant de l'écurie, DJ jeunot venu de Glasgow, n'est pas un indien, ni un sosie italien de Bruce Willis, mais bien un nerd accroc au beat, inspiré par la dance anglaise des années 90 et par le dancefloor ensoleillé des Amériques de la décennie précédente. Hudson Mohawke est le plus flashy des artistes Warp et son premier LP, "Butter," vient tout juste de sortir, tout fluo dehors, les iguanes et autres aigles de la cover étant bien plus efficaces à mon avis pour prévenir l'auditeur éventuel qu'un quelconque Parental Advisory ou autre étiquette de prévention à l'adresse des oreilles sensibles : si vous avez peur de la pochette, n'écoutez pas la musique, vous y paumeriez une jambe !

Pour ceux qui malgré tout passeraient le mur du son, le défi n'est pas moindre et vous crierez probablement à l'écoute des premiers titres. Au génie ou à l'imposture, à vous de voir, mais le pot pourri mixé par Hudson va au delà de ce que vous avez déjà entendu ailleurs. Peut-on laisser ce jeune gars faire hurler à la mort ses synthés plus longtemps ? Y'a-t-il un prix spécial pour l'invention d'un nouveau son dancefloor ? A vous de me le dire.





II - Fantômes errants, pop froide et langueurs, les méandres enchantés de Broadcast and the Focus Group :


Broadcast, oui, eux qui avaient volé le cœur de pas mal d'amateurs d'électro pop rêveuse en trois albums, et que l'on avait plus revus depuis 2005, reviennent avec Julian House, Focus Group à lui tout seul, pour un mini album de courtes mélodies hantées. Ceux qui s'attendraient à des "chansons" seront étonnés ou déçus, tant l'expérimentation sonore est ici la seule bille dans la tête du Super-Groupe, vous feriez mieux de vous préparer à de drôles d'échos, à du bruit et à des entremêlements étranges de sons doux, un peu sales et lo-fi, au-dessus desquels flotte la voix démultipliée de Trish Keenan.

Maintenant, est-ce le psychédélisme qui nous attend dans les années à venir, empreint de lo fi (comme il est de bon ton, ces temps-ci), de collaborations et d'électronique ? Les amoureux de psychédélisme (sixties, notamment) parmi vous sont appelés à la barre.

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c'est un Super Groupe !




III - Pierre et le Loup dans une Delorean dans le ciel, la lubie post-moderne de Tyondai Braxton :

Fils d'Anthony Braxton (jazzman au goût prononcé pour le challenge sonore) et leader de Battles, le groupe qui sublima le "Math Rock" il y a deux ans (quoi que l'on pense de ce genre musical), Tyondai vient de sortir son premier album solo.

S'y côtoient le fantôme de Sergeï Prokofiev, de drôles de sons métalliques déjà croisés chez Battles et une forte tendance à brouiller les pistes avec des breaks rythmiques, un jeu de guitare de vagabond free jazz, de l'ambient et des réminiscences post punk sur la fin. Avec tout ça, Tyondai a gagné le droit de figurer dans la liste des disques les plus originaux de l'année, c'est clair.

Mais sera-t-il une influence majeure de la décennie prochaine ? Son disque n'est-il pas trop fouillé, trop néo-classique ou trop violemment arrangé (les "Wing Wahhh") pour trouver son public ? A vous de me le dire.



N'oubliez pas de voter, le sondage vous attend dans la barre latérale, et surtout, surtout, donnez nous votre avis sur ces trois groupes et artistes. Dites-nous tout, que vous ne puissiez les supporter ou que vous les trouviez über cools.

mardi 22 septembre 2009

[Quitte ou Double] Italodiscomeback, on danse bébé ?

Les puristes diront que cet article a plus de dix ans de retard. Les casse-burnes diront que parler de disco c'est so 2007. Les autres se demanderont pourquoi, juste pourquoi. Mais comme vous le savez déjà, les Quitte ou Double sont l'occasion pour vous de vous exprimer, en bien ou en mal sur le sujet traité, et si les artistes présentés ici ne vous causent pas, vous aurez tout loisir de les brûler dans vos commentaires, nous fournissons le Sans Plomb.

Un come-back disco, donc. Italodiscoïde plutôt. Mais pas que. Avec le revival eighties qui rouleau-compresse la Pop depuis quelques mois, et les explosions en 2007 de Glass Candy et Chromatics, deux groupes du label Italians do it better, il était prévisible que nous vissions tôt ou tard apparaître quelques pousses nées de ces graines mêlant électronique, disco et ambiances rétro-futuristes. Je vous propose donc trois de ces "nouveaux venus," dans des styles pas forcément contigus, que je vous propose de mettre à l'essai.

I - Le coup de la savonnette, revu à la hausse : la rentrée selon Julian Casablancas :

Il est le dernier des quatre Strokes à se lancer en solo, et a décidé de marquer le coup en allant là où l'on ne l'attendait pas du tout. En interview circa 2003, il laissait entendre qu'il n'écoutait plus que du reggae, lui qui était La voix Rock New Yorkaise de sa génération, et l'on se demandait déjà "Pourquoi ?" avant d'écouter "Room on fire" et de piger que le meilleur album des Strokes intégrait bien le reggae en tant qu'influence assumée.
Ainsi est-on en droit de se poser mille et une questions quant à ce que sera "Phrazes for the young," son premier LP patronymé, à l'écoute du premier extrait, Eleventh Dimension.



Grand succès ou grand guignol ?

Une incursion de Casablancas sur le territoire dansant et outrancier de l'italo est-il scandaleux ? Pourquoi Lou Reed n'a-t-il jamais osé ça ? Tout cela n'est-il pas poseur ? A vous de me le dire.




II - La preuve par (deux mille) neuf, c'est facile avec Music Go Music :

Si vous ne connaissez pas Music Go Music, ça n'est pas grave, parce que vous connaissez forcément le groupe qui les a le plus influencé au moment de l'écriture (et surtout de l'enregistrement du clip) de Warm in the shadows, leur nouveau single, dont voici le fameux clip (filmé "comme si" le groupe jouait dans une émission de télé fictive des années 70 et appelée Face Time) :




Vous avez tout regardé ? Vous avez tenu pendant 9 minutes ? Ça n'est pas si difficile, avouez, même si de nos jours, les chansons de plus de 7 minutes sont en général réservées aux post rockers et - je le sais fort bien - même si la plupart d'entre nous a fini, par la force du Grand Internet, coincé avec une durée moyenne de concentration inférieure à 20 secondes. Si l'on sait comment s'y prendre, tenir 9 minutes n'est pas infaisable. Les garçons peuvent se concentrer sur la chanteuse ou les choristes, les filles n'ont qu'à se poser la question fondamentale "Est-ce que je pourrais entrer dans ce justaucorps American Apparel© un jour ?" Si vous tenez 9 minutes, je vous paie à boire. Si vous restez concentrés 9 minutes sur quoi que ce soit, je suis votre pote. Si après les 9 minutes de Warm in the shadows, vous n'avez pas le refrain en tête, et que vous ne remuez pas un peu dessus, flinguez-vous, z'êtes bons à rien.

La chanson est aussi téléchargeable très gratuitement sur le site de Secretly Canadian.




III - Le rétroviseur tourné vers le capot, Desire trace sa route :

Ici vous êtes au cœur même du label Italians do it better, ce projet (éphémère ?) est en effet mené par Johnny Jewel et Chromatics, auquel s'est greffé la chanteuse Montréalaise Megan Louise, qui donne dans les deux langues, sur une base dansante posée, étirant l'italo des influences vers l'électro-pop la plus pertinente. Vous pouvez streamer Miroir Miroir, ci-dessous :




L'album "II" sera d'ailleurs très bientôt chroniqué sur C'est Entendu, alors souvenez-vous de Desire.
Vous voilà briefés, vous connaissez la suite : un sondage, vous votez, une boîte de commentaires, vous débattez. J'attends vos avis sur ces trois chansons, et sur le revival italo en général. Et en guise de bonus, je vous propose dans le lecteur une piste extraite de la fameuse compilation "After dark" du label Italians do it better, sortie en 2007. Ça s'appelle La Grotta, et c'est prescrit par le Professor Genius.


Joe

dimanche 16 août 2009

[Quitte ou double] Scarlett Johansson a encore fait des siennes

Vous l'avez peut-être su, et peut-être pas, mais l'année dernière, Scarlett Johansson, celle que l'on connait avant tout pour son ballon, celle-là même qui domine toutes les google searches (à égalité avec Jessica Alba) de type "Nom d'Actrice NUE", avait sorti un album de reprises de chansons de Tom Waits, sous le titre "Anywhere I lay my head." Une véritable horreur. Vous respectez peut-être Tom Waits autant que moi, ou peut-être pas, mais il y a des limites à ce que l'on peut et ne peut pas faire lorsque l'on rend hommage à un artiste de sa trempe. Scarlett les a toutes franchies en 2008. Un désastre produit par le fatigant Dave Sitek (de TV On The Radio) et auquel avait même vaguement participé le ALL STAR Papy, David Bowie.

Scarlett ressent une vive compréhension au niveau de la poitrine à la lecture des paroles de Falling Down.

Un an seulement après l'hécatombe (acclamée malgré tout par une bonne part de la critique - les mecs, sérieusement !), la blonde a décidé de remettre ça, accompagnée en cela par le songwriter folk Pete Yorn (dont personne n'avait jamais entendu parler avant, à part Scarlet Johansson), et compte sortir un album ("Break up") le 8 Septembre prochain.

Pour l'instant, seul le premier single est paru, et c'est autour de lui que j'aimerais que nous débattions :



A peine sorti, il passe déjà en boucle à la radio, parce que c'est FACILE quand on a un blase aussi recherché dans Google (hé, même les annonceurs et les DJs ont parfois besoin de faire dresser leurs drapeaux !), et le moins que l'on puisse dire c'est que la différence d'avec les reprises d'il y a un an est frappante : c'est audible ailleurs que dans un aquarium empli de coke, sur l'étagère de l'appartement de Dave "mords-moi" Sitek et cela est déjà un progrès. J'aimerais maintenant préciser une chose : vous aurez compris le peu de crédit que j'accorde à l'actrice, mais cet article vise le single (LA MUSIQUE donc) avant tout, et je vous invite à me laisser l'exclusivité des vannes sur la plastique de Miss Johansson et à concentrer vos critiques sur la chanson, sinon on n'en finira jamais, je vous connais.

Je vous passerais bien le clip, mais c'est impossible, alors allez le voir ici, si vous êtes curieux. Maintenant, j'attends vos avis, états d'âmes et autres insultes !

Joe



P.S. : Évidemment, si l'on a ce genre de cliché sous la main, la promotion du single peut se faire toute seule...

mardi 28 juillet 2009

[Quitte ou double] The Fiery Furnaces, vous connaissez ?

Ils sont un brin hors cadre, les Furnaces. Matthew et Eleanor Friedberger sont frère et sœur, et ont formé ce duo il y a presque dix ans, maintenant, à Brooklyn, à l'insu du grand public. Avouez, vous avez déjà entendu causer d'eux ? Et si oui, vous pouvez me fredonner l'une de leurs chansons ? Oui ? Eh bien c'est que vous êtes dignes de confiance. Et dans le cas contraire, écoutez Single Again (2004), qui reste à mon sens leur chanson la plus susceptible de plaire au commun des mortels (comprendre ceux qui n'ont pas le courage d'aller plus loin) :




En réalité, le seul élément liant les Furnaces à la célébrité est probablement la chanson Eleanor, put your boots back on, sortie en 2006 sur le second album de Franz Ferdinand, et faisant référence à la relation amoureuse entre Eleanor et Alex Kapranos (chanteur de FF).

La semaine dernière, les Fiery Furnaces ont sorti leur septième album, et c'est l'occasion pour moi de vous demander ce que vous pensez de leur musique. Je suis moi même très partagé. Outre l'urgence pop qui se dégage de leur rock bizarre, certaines mélodies, certains changements rythmiques ou même la voix d'Eleanor sont autant d'éléments qui peuvent déstabiliser ou dérouter. Cependant ce nouvel album semble renouer avec tout ce que j'aimais dans la compilation EP, sortie en 2005, à savoir un minimum de simplicité permettant de suivre le fil. A vous de me dire ce que vous en pensez. Je vous propose d'écouter I'm going away dans le lecteur et d'aller en écouter un peu plus sur le myspace du groupe. Vous avez aussi à votre disposition le clip de Charmaine Champagne :



Vous voilà avec toutes les cartes en main. Qu'en pensez-vous ?


P.S. : C'est décidément la semaine des Fiery ! L'ami Anthony Fantano leur consacre son podcast, je vous le recommande chaudement.

mercredi 15 juillet 2009

[Quitte ou double] Lily : bonne ou mauvaise Allen ?

De Lily Allen, je connaissais surtout les fesses et le nom, bien sûr, mais parce que je l'avais beaucoup entendu à l'époque de son premier album, il y a trois ans. Cela dit, je ne savais pas à quelle musique l'associer, si bien que ma caboche aussi étroite qu'un 9m² estudiantin eut tôt fait d'opérer un rapprochement douteux avec Yäël Näïm (oui, je l'écris avec huit trëmäs).
Il s'ensuit que je haïssais Lily Allen Prost de tout mon coeur, tel le profane idiot que j'étais alors.

Pendant trois ans, le Monde (et surtout l'Angleterre) savait qui elle était, et elle a certainement dû (en bonne pop star anglaise) marquer l'actualité de faits d'armes de type "les paparazzi photographient mes fesses à tout bout de champ, je dis des choses IMPORTANTES DE POP STAR qui sont répétées dans les tabloïds, etc" et je n'en savais rien. Vous ne m'avez rien dit. Je continuais de la haïr passivement. Je n'ourdissais aucun complot à son encontre, non, juste je m'en foutais.

Cependant, avec la sortie de son second album il y a quelques mois, j'ai revu mon jugement à la hausse, à l'aune de quelques (très nombreuses) écoutes du single Fuck You, largement diffusé à la TV (parce que le clip et les paroles sont si CONTESTATAIRES) et à la radio (quinze fois par jour sur Virgin Radio, par exemple).
En effet, tout concon que puissent être les paroles, elles assurent le minimum syndical que l'on peut exiger d'une popsong. Pour rappel, "Fuck You" est utilisé dans le refrain comme un "Thank You" ironique à tous ceux que la chanson interpelle (les racistes, les dirigeants méchants, les cons, etc OUI c'est FACILE TOUT CELA). Et puis surtout, c'est de la pop music efficace, disons-le clairement.

Tout le monde ne partagera pas cet avis, mais je le dis à nouveau : c'est un petit plaisir (pas "coupable") pour moi, que d'écouter Fuck You, en dodelinant des épaules.

Les arrangements sur l'album sont parfois outrageusement médiocres ou putassiers, certes, et l'écriture n'est pas toujours de très haut vol, mais ce single est au moins un bon single, et c'est ce qui fait que désormais, Lily n'est plus du tout associée à Naïm dans mon esprit, et que je la considère comme une alternative pop cheesy non honteuse.

Qu'en pensez-vous ?

Je vous propose d'écouter Fuck You dans le lecteur, et de regarder le clip tout récent de 22, afin de vous donner une idée du bazar.



Et maintenant, j'attends vos avis, et si d'aventure vous argumentiez vos votes au sondage, je vous en saurais gré !

Le flegme britannique.