C'est entendu.

dimanche 20 mars 2011

[Gueule de bois] Jean-Pierre Mader - Les Bandes Dessinées

La semaine de la honte ? Pff… Même pas peur ! J’ai rencontré mon premier véritable ami à 17 ans, et c'était un chien, plus précisément un yorkshire. Et ces animaux-là ça grogne et ça aboie. C’est tout. Moi il me mordait en plus. Aujourd’hui, maintenant que cette sale bête au petit bout constamment rouge est crevée, je doute des véritables liens qui ont pu nous unir (sauf à considérer que se frotter contre ma jambe jusqu’à jouissance dénotait une belle amitié virile). Alors oui, mon adolescence se résumait à refuser les avances sexuelles de mon animal de compagnie tout en continuant d’espérer – en vain – que ma jolie voisine de classe, Stéphanie S., dont j’étais tombé follement amoureux, puisse enfin "entendre ce murmure d’amour élevé sur ses pas" (*1). Autant vous le dire, la honte ça me connaît et dévoiler mon mauvais gout à la planète entière est pour moi chose aisée.


Mon meilleur ami.

Mais l’humilité étant, je me dois de reconnaître le travail exceptionnel de mes confrères. Je propose alors, de la façon la plus sérieuse possible de nommer Thelonius H. chevalier de la blogosphère, lui qui a trouvé avec Daniel Bouldoire ce que nous cherchions tous cette semaine… Le saint Graal du mauvais goût. A côté, le pull en mohair avec aigles brodés dessus c’est du Galliano et la demande en mariage à Hippopotamus le plus bel acte d’amour pour commencer une nouvelle vie commune.

Bref parlons de Jean-Pierre Mader. Pas grand chose à en dire en réalité de l’auteur de deux tubes que vous connaissez forcément, Disparue en 1984 et Macumba en 1985. Deux titres faussement new wave formatés pour la FM. Aucun intérêt. Si je vous parle de JP c’est pour ce qu’il a fait avant, un morceau pop datant de 1978, Les bandes dessinées, chef d’œuvre mélodique, bande son parfaite d’un film de Sofia Coppola.



Alors posez-vous quelques secondes. Dans la langueur estivale, vous sirotez un Mojito, vous sucez un ou deux acides. Imaginez-vous simplement au bord d’une piscine qui aurait déjà vécu un peu trop longtemps, c’est un peu décrépi, c’est plus très frais, quelques traces tenaces de moisissures ici et là (un peu comme Madonna par exemple vous voyez ?) mais on l’aime bien quand même, elle a du vécu, elle raconte des souvenirs, des nostalgies. Et puis dans cette piscine flotte, au gré des mouvements presque imperceptibles de l’eau, une bouée usée et fatiguée sur laquelle repose une jeune femme endormie ou peut-être morte d’ailleurs. Le doute plane mais on s’en fout. Autour de cette merveilleuse piscine vous êtes entourés de jeunes obèses. La chaleur faisant son effet, ils cuisent dans leur propre gras comme de beaux cochons de laits, croustillants et gourmands.

Même sous acide, je n'en ai que pour les canidés.

Et vous voilà, vous, dans ce décor idyllique, tout droit tiré du film Somewhere, continuant de boire au milieu de ces jolis garçons et sous une lumière vaporeuse aux teintes pastelles. Un soleil dessiné à l’aquarelle renferme dans l’air de multiples couleurs, vous touchez un bleu ciel et là un joli carmin, puis vous croquez dans un superbe rouge cerise et vous avalez nonchalamment un bleu de Prusse. Bon ne l’oublions pas vous avez déjà pris deux acides à cette heure-ci. De là à dire que Jean-Pierre Mader était dans le même état que vous quand il a écrit en 1978 ces jolis vers "Tintin vient juste de se marier / Pour fuir sa prison de papier/ Tarzan a voulu s'égarer / Dans l'affaire du collier" il n’y a qu’un pas que j’ai bien envie de franchir. Et puis ce texte c’est beau comme du René Char me direz vous ? Bah non c’est une énorme daube sortie tout droit d’un cerveau illuminé qui, tout heureux de sa prise d’acide, se met à voir Tintin et Tarzan en train de copiner et de sniffer tout ce qui passe. "Dans le monde des bandes dessinées / Tu verras tout est vrai / Tu apprendras à voyager." Ah ça pour voyager il va voyager le gamin sous LSD.

C’est une belle chanson hédoniste qui vante la perte de contrôle, l’explosion des sens, elle prône la nonchalance, son rythme-même invite à la détente, au délassement, une chanson désenchantée mais utopique. Foutons le bordel merde ! Dans ce monde du travailler plus pour gagner plus, le Jean-Pierre Mader de 1978 nous invite à résister, à nous prélasser au son des hippies, à refuser les obligations en s’adonnant à tous les plaisirs, en jouissant de tout les corps, en goûtant à toutes les drogues. En 1978, Jean-Pierre Mader était anarchiste. En 2011, nous avons besoins d’anarchistes.

Ah oui, j’oubliais. J’aime aussi Justice, Benjamin Biolay, regarder Top Chef sur M6, Julien Clerc et les morceaux pourris de Ed Banger qui me font danser, je trouve que parfois le NME n'a pas tort ; pire, tout dans le Grand journal n'est pas à jeter et je lis Pitchfork régulièrement. Je pense sincèrement que je serais plus à mon aise en chroniquant des films pornos plutôt que des albums obscurs que trois pèlerins vont écouter pour pouvoir se la péter en soirée branchouille au Baron. Ah comme ça fait du bien, enfin, de faire son coming out !


Kevin Varin

(*) : d'après le sonnet de Felix Arvers (poète français 1806-1850)

1 commentaire:

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    paxil

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