C'est entendu.
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vendredi 18 mars 2011

[Réveille Matin] Daniel Bouldoires chante Sernam

Et c'est reparti comme en '40 que je vais encore une fois devoir redéfinir le honteux musical et ainsi enterrer les tentatives naïves de mes petits camarades de vous faire croire qu'ils ont atteint le fond de la barrique en exhibant des chansons pour enfants, de la musique pour jeux vidéos, de la pop 80's ou encore des japonais qui se marrent entre deux albums de bip-bip de portable à côté d'une chaîne hi-fi. Tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant, c'est que le SERNAM (acronyme de Service national de messagerie) est une société française de transport de bagages et de colis, filiale de la SNCF jusqu'en 2002.


(La pochette du mythique 45T du SERNAM.)


(SERNAM)

(Ça c'est le SERNAM (face-B))

Voilà. Quand vous aurez fini d'écouter cet hymne ferroviaire et son indispensable face-B éducative, quand vous aurez vu de vos yeux fiévreux votre corps se déformer, se tordre et fondre en une transe lysergique sur les rythmes de cette procession de chamane, il ne vous restera plus que cette question qui ne vous quittera plus jamais : Pourquoi ? A part les joyeux drilles du service compta du SERNAM, qui a bien pu se rendre chez son disquaire acheter un truc pareil ? Qui est ce Daniel Bouldoires et n'aurait-il pas quelques comptes à régler avec sa conscience ? Serez-vous capable de passer une soirée arrosée supplémentaire sans l'appui de cet atout précieux, rare, de ceux pour qui votre ferveur ne tarira jamais ?

Je vous laisse vous démerder avec tout ça. C'est plus mon affaire. Je repars m'époumoner une fois de plus sur ce refrain aux scansions jubilatoires, m'oublier sur ce dancefloor où le SERNAM résout tous les problèmes tant qu'on ne coupe pas le mode "lecture en boucle".


Thelonius H.


P.S. : Ce groove matinal improbable est dédié à Alice, Charles et Isabelle.

vendredi 19 novembre 2010

[Quitte ou Double] Les années teuhon

Le mythe des années 80 a eu la vie dure mais il faut désormais utiliser un temps du passé pour en parler. Pendant dix ou quinze ans, il semblait acquis que cette décennie avait abrité tout ce qui était depuis considéré comme esthétiquement "de mauvais goût". Pensez à Wham!, au visage éblouissant de Michel Drucker sur ses Champs Elysées, à Boy George et aux mullets, au kitsch vestimentaire et à la coupe de cheveux d'Annie Lennox et au générique du Club Dorothée, tous ces signes qui durant la période de dix ou quinze ans qui s'est achevée il y a deux ou trois ans (cerner avec exactitude le passage d'une mentalité dominante à une autre relève de l'impossible) portaient en eux une quasi-anonyme tare morale. Le "goût" commun était ailleurs... mais c'est du passé. Il est bien connu que l'influence des années 80 sur les musiciens s'est faite de plus en plus pressante au fil des mois entre 2007 et 2009 mais ce qui est désormais en mouvement (sous nos yeux) est plus inquiétant : l'esthétique dite "de mauvais goût" est de retour.

Il n'est pas tant question ici de musique que d'esthétique visuelle à proprement parler : looks, artworks et surtout, surtout, clips :




Zach Hill, batteur épileptique, fait venir Devendra Banhart, pape folk lo-fi de mes couilles, sur un morceau intitulé avec goût "Second Life". Et le clip, c'est la simulation d'une Nintendo 64 dans laquelle on aurait glissé une cartouche pleine d'acide. Trooooop frais.






Lazer Sword — rien que leur nom sarieux...— livre un manifeste chill trop posé (regardez donc le coin supérieur droit... le chill vous y dévisage) qui accumule les clichés de la pop indé actuelle au point qu'il ne sera pas nécessaire d'attendre une décennie pour se moquer de ces années-là, les nôtres. Vous êtes en 2010, ayez honte tout de suite.





Comme sur la pochette de leur dernier disque, Ratatat ont mis dans le clip de Neckbrace... des oiseaux. Sauf que là, c'est plus Wolfgang Petersen qu'Alfred Hitchcock. Difficile de considérer ça comme du second degré (et quand bien même ça n'y changerait pas grand chose) quand de telles kitscheries sont désormais la norme.





Le clip de Round & Round, d'Ariel Pink, filmé sur l'iPhone de Wayne Coyne (leader des Flaming Lips), propose une vision trouble (forcément, un iPhone) de Pink faisant trempette (les pieds !) dans un bac de lait maternel gracieusement fourni par des donatrices anonymes. Où s'arrête le lo-fi et où commence le ridicule ?

Rassurez-vous, nous ne sommes pas dupes, nous savons bien que ce revival touche tous les secteurs et depuis des mois. Cela concerne aussi la musique (The Drums au sommet de la hype, tout de même), le cinéma (ils remakent Karate Kid, l'Agence Tout Risque et Wall Street) et la télévision (Champs Elysées va recommencer). Franchement, ça vous va vous ? Ça vous emmerde ou bien vous pensez que le mauvais goût s'infiltre de toute manière dans toutes les époques et que ce n'est pas bien grave ? Vous aussi vous avez pleuré à la mort de MJ ?


Thelonius H. et Joe Gonzalez