C'est entendu.
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vendredi 6 janvier 2012

[45 Tours] Thrill Jockey Records, Bilan 2011

Thrill Jockey s'est montré hyperactif en 2011 avec des sorties somme toute dans la tradition artistique du label, d'autres concentrées sur les extrémités de la musique folk, et d'autres encore plus inhabituelles et (du coup) beaucoup plus empreintes de hype. Cependant, si l'on ne devait se souvenir que d'une signature, ce serait de celle de The Skull Defekts. Ce groupe suédois, dont nous avons exploré les mystères et découvert les origines et les projets à travers une récente interview lors du festival BBMix 2011, a en effet publié deux disques de rock psychédélique de très grande qualité. Le premier, l'album "Peer Amid" a été une véritable surprise et l'occasion de découvrir ces prolixes créateurs de transes grâce à leur collaboration avec l'un des vieux de la vieille du label chicagoan, Daniel Higgs, le chanteur de Lungfish. Avec Higgs au chant, les guitares percussives et les rythmes envoûtants du quintet avaient trouvé le parfait parangon de leur message mystique, une sorte de réponse post-techno au Bauhaus des débuts, avec en rab' une énergie électrique digne des grands moments du noise-rock au début des années 90 (What Knives, What Birds). Donner envie de remuer de façon brutale, typiquement "rock", voilà de quoi il s'agit ici (et sur scène, d'ailleurs !), et pour ce faire, The Skull Defekts inventent des cercles concentriques de riffs simplissimes pour une efficacité magnifiée par les textes mystérieux de Higgs, qu'il psalmodie parfois comme un véritable gourou (Join the True).



(What Knives, What Birds)


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(Un mix de Children of the Skull Defekts et de son image miroir)

Plus tard dans l'année, le disque que le groupe nous avait mis entre les mains pendant l'interview au BBMix a paru sans faire grand bruit, un très bel EP de six titres intitulé "2013-3012" dont la seconde face consistait en des versions miroirs (comprendre : passées à l'envers) des trois chansons de la première. Cette fois-ci, le groupe (dont Higgs faisait partie intégrante) était rejoint par Asa Osborne (guitariste de Lungfish et officiant sur le même label sous le pseudonyme Zomes), qui n'est sans doute pas étranger à la présence en plein cœur de l'EP d'une composition minimaliste et plus ou moins dronée. Évidemment, l'exercice de style est bien moins passionnant que "Peer Amid" et les morceaux tête-bêche n'apportent pas plus qu'un galet à l'édifice (autant dire qu'on s'en cogne), mais l'existence-même de ce bel objet est une manifestation de l'existence prolongée de ce nouveau groupe agrandi qui continuera sans doute à produire à un rythme soutenu des pépites de noise-rock psychédélique dans les mois qui viennent. De quoi alimenter encore et encore le carnet de sorties d'un label qui ne se laisse pas vieillir et c'est tant mieux !


Joe Gonzalez

mercredi 14 décembre 2011

[Réveille-Matin] Alexander Tucker - His arm has grown long // Glenn Jones - Of its own kind

Si Thrill Jockey est avant tout un label connu pour la rencontre de l'indie-rock, du post-rock et de l'électronique dans la musique de ses artistes (Tortoise, Trans Am, Pit Er Pat, The Fiery Furnaces, The Sea and Cake...), la porte n'est pas fermée à des genres musicaux extérieurs à ces codes. Qu'ils soient black-metalleux épiques ou bien amateurs de grands espaces naturels et de folk gambadeuse. Voyez plutôt à quoi ressemblent les verts pâturages sponsorisés par le label chicagoan.



(Alexander Tucker - His arm has grown long)

A la fin des années 60 et pendant quelques années, le Royaume Uni a débordé de folkeux progressistes (Robert Wyatt, Fairport Convention, Comus, Keith Cross & Peter Ross et pléthore d'autres). Il n'y avait que ça. Depuis, le centre d'intérêt des artistes anglais a invariablement changé et l'on aurait bien du mal à trouver en plein âge punk, house, techno, dubstep, footwork, un représentant en recherche d'absolu par voie d'instruments acoustiques, de sublime naturel et de raffinement. Alexander Tucker débarque alors à point nommé pour chasser ces idées reçues et imposer avec "Dorwytch", son quatrième LP, comme une sérieuse proposition de ne pas borner la jeunesse anglaise à la stupide pop pour adolescents ou aux danses électroniques incessantes. Tout n'est pas digne de votre attention, certes, mais une bonne moitié du disque abrite d'intéressantes variations sur l'idée du mélange de violons (en guise de cerf-volants à l'ombre oppressante), d'une batterie imposant le rythme d'un voyage par monts et par vaux, et d'une voix désireuse de communiquer la quête de grandeur de l'artiste. Comme dans tout voyage, il arrive à Tucker d'arrêter de courir la campagne et de regarder les choses interagir autour de lui (Matter), ou d'envisager leur magie (l'électronique surgit sur Half Vast ou Dark Rift / Black Road) et c'est dans ces moments-là que la recherche est la plus intéressante et que l'on reconnait en Tucker un folkeux certes bien loin du niveau de subtilité de ses ainés (ou de leurs codes stylistiques) mais tout de même valeureux de s'être imposé (certes sur un label américain) comme un digne descendant de cette belle époque.


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(Glenn Jones - Of its own kind)

Ex-guitariste au sein de feu Cul de Sac, un groupe de rock expérimental de la région de Boston actif entre 91 et 2006, Glenn Jones n'en est pas à son premier essai en solo. "The Wanting" est son quatrième album mais il est le premier à paraitre sur un label de la taille de Thrill Jockey. Depuis ses débuts en 2004, ses motivations n'ont pas bougé d'un pouce : suivre la voie dessinée par John Fahey et digresser, guitare ou banjo en main, sur le thème du primitivisme américain dans son plus simple appareil (ou presque, quelques percussions se font entendre ici et là). On ne peut pas reprocher grand chose à Jones, qui fait montre de bien moins de clairvoyance que son maître (avec lequel il a joué à la fin des années 90, lorsqu'il était dans Cul de Sac) mais ne se laisse pas pour autant aller à se perdre dans ses motifs, qui expriment des tableaux précis et qui séduiront les amateurs de synesthésie géo-touristique autant que les amoureux de la corde sonnante qui ne trébuche jamais.


Joe Gonzalez

mardi 13 décembre 2011

[Réveille-Matin] Wolves in the Throne Room - Thuja Magnus Imperium // Liturgy - Returner

Je vous ai parlé déjà du label Thrill Jockey, bien connu des amateurs de musique indépendante et qui a déjà produit un paquet d'artistes intéressants durant les premiers mois de 2011. Cet été, on a aussi eu droit à l'épisode de la Famille Friedberger (dont je vous conterai la seconde partie, celle qui concerne Thrill Jockey, au début de l'année prochaine, lorsque le grand frère aura achevé - ou pas - son aventure discographique). Tout comme Sacred Bones, 4AD (Zomby, St Vincent, Gang Gang Dance, tUnE yArDs), Sub Pop (Low, Handsome Furs, Obits, Shabazz Palaces, J Mascis) ou Constellation (Colin Stetson, Matana Roberts, Evangelista), le label s'est encore taillé une part non négligeable dans le panel des artistes les plus passionnants de l'année, et vous n'avez encore rien vu. Trois matins durant, nous allons vous proposer de découvrir deux disques à mettre en parallèle, dont un au moins sera paru chez Thrill Jockey en 2011 et qui valent le déplacement, à commencer dès aujourd'hui par deux des albums qui auront le plus fait de bruit (c'est le cas de le dire) dans le petit monde du black-metal indépendant, chacun à leur façon.


(Wolves in the Throne Room - Thuja Magnus Imperium)


"Celestial Lineage" (paru sur le label Southern Lord) est le sixième album des américains de Wolves in the Throne Room, deux frères (et leur entourage) vivant en autarcie dans une ferme de l'état de Washington et entourés pour le coup par la chanteuse Jessika Kenney (qui a collaboré avec Sunn o))) ou Sun City Girls par le passé). Le groupe a acquis une notoriété remarquable auprès des médias indépendants et de l'indémonde en général avec cet album pour la bonne raison qu'au grand dam des puristes du black-metal, "Celestial Lineage" est novateur et potentiellement plus à même de tenter des indie-kids que les disques des artistes qui l'ont inspiré (à commencer par Ulver). Ne me demandez pas en quoi il est novateur ni en quoi il se différencie des précédents albums du groupe, je n'en sais rien. La raison est simple : je n'y connais rien en black-metal. Je ne suis pas là pour vous parler de ce genre musical (mes confrères s'en chargeront en temps voulu et vous diront ce que signifie "kvlt") mais bien pour porter témoignage vis à vis de la théorie selon laquelle il serait "la profession de foi définitive de la scène (black-metal) américaine contemporaine" (cf la chronique de Brandon Stosuy, chez Pitchfork). M'est avis que la déclaration est un brin imprécise : je n'ai pas l'impression que le groupe redéfinisse le genre tout entier. C'est plutôt son pan le plus atmosphérique (on a même déniché le terme blackgaze pour décrire les murs de sons étouffants qui enveloppent les envolées épiques et les chœurs surnaturels propres à cette musique) qui semble trouver là sa redéfinition, laquelle par certains aspects (les accalmies, les structures brisant les thèmes répétitifs pour amener une scénarisation...) peut en effet attirer l'oreille du profane (vous aussi peut-être !), à condition qu'elle ne soit pas hostile aux hurlements de chiens égorgés (mais des hurlements enfouis dans un vacarme ambiant, ce qui les rend moins horribles) et aux cavalcades vrombissantes. Apparemment, cet album pas-si-black-que-ça (rien de sataniste dans les paroles, c'est limite du metal hippie) sera d'ailleurs le chant du cygne de Wolves in the Throne Room.




(Liturgy - Returner)



Si Wolves in the Throne Room a connu la critique des metalleux et les éloges des indie-kids, ça n'est rien à côté de Liturgy. Le groupe de Hunter Hunt-Hendrix a défrayé la chronique en étant le premier groupe de black-metal à partager la scène avec des favoris des hipsters et en se voyant traiter de tous les noms par le reste des acteurs du genre, lesquels leur reprochaient à peu près tout, et surtout de dévier des codes du black-metal (un genre fondamentalement conservateur et underground) afin de séduire un public plus large. Je vous laisse juger. Pour ma part, peu convaincu par leurs structures et leurs attaques rappelant le math-rock et par le chant idiot de Hunt-Hendrix, je ne peux que comprendre d'une part les critiques et d'autre part les louanges : le black-metal de Liturgy ne me semble pas très bon mais ses poses ne pouvaient que convaincre les indé-curieux qu'ils avaient trouvé là une porte d'entrée valide... Mais vers quoi ? Si quelques groupes (dont Krallice) partagent cette esthétique un brin plus user-friendly et pourront séduire le même public d'aventureux hipsters, je doute que le reste du black-metal les convainque. Toujours est-il que si d'habitude le black est une musique religieuse par essence (même si elle tend vers le satanisme la plupart du temps), et donc assez profonde (pour ne pas dire sacrée), avec Liturgy cette dimension fond comme neige au soleil, pour le meilleur puisqu'il en résulte qu'une fois dénudé de ses robes longues et de ses regards ténébreux, le black-metal se révèle... foutrement comique ! Je vous défie, vous qui n'êtes pas metalleux dans l'âme, de ne pas éclater de rire lorsque le "chant" de Hunt-Hendrix arrive. C'est à se tordre, vraiment.


Joe Gonzalez

lundi 14 novembre 2011

[Alors quoi ?] Interview de The Skull Defekts, BBMix 2011, Troisième

The Skull Defekts est un collectif à géométrie variable originaire de Göteborg, en Suède. Depuis leurs débuts en 2005, ils ont publié un nombre impressionnant d’albums, tout d’abord sur de petites structures, et plus récemment sur le label américain Thrill Jockey, lorsqu'ils ont été rejoints par Daniel Higgs, leader du groupe de post-hardcore Lungfish. C'est Entendu a rencontré les quatre membres principaux du groupe lors du festival BBMix 2011. Nous avons cherché à comprendre comment fonctionne un groupe de noise-rock qui vient de l'univers de la musique électronique et quelle place il peut avoir sur la scène internationale en 2011.



(The Skull Defekts - Peer Amid, sur "Peer Amid")


C’est Entendu – J’ai lu quelque part que votre nouvel album, "Peer Amid" (qui a paru en 2011 NDLR) avait été enregistré en 2009… Comment expliquer ce délai ?

Joachim Nordwall (guitar, vocals) – Pour faire simple, c’est à cause de complications techniques, vis à vis du label. Nous voulions trouver le bon endroit pour le publier et il a fini chez Thrill Jockey, où Daniel Higgs avait déjà publié des disques. Daniel s’entendait bien avec ces gens-là.
Daniel Fagerström (guitar) – Il nous a fallu du temps pour définir quelles chansons nous allions utiliser. Nous avions enregistré quelque chose comme seize chansons et nous devions choisir lesquelles seraient sur l’album. Ce processus fut… long.
JN – Probablement toute une année…

CE – Avant ça, vous aviez enregistré de nombreux albums et il arrivait que plusieurs d’entre eux paraissent la même année, comme en 2007 il me semble. Était-ce plus simple de publier lorsque votre label n’était pas aussi important que Thrill Jockey ?

JN – Oui, le processus est plus lourd en même temps qu’il est plus réfléchi en termes marketing, bien entendu. Si l’on souhaite publier quelque chose sur un petit label, avec des amis, on ne produira que 200 copies et tout ira plus vite.

CE – Avez-vous modifié vos habitudes pendant l’enregistrement du fait de la notoriété de votre nouveau chanteur ? Avez-vous composé différemment ?

JN – Non… Pas vraiment.
DF – Nous avons simplement décidé que nous devions bâtir cet album avec Daniel (Higgs), qui est notre ami et un excellent musicien. Nous lui avons demandé de travailler avec nous et nous ne savions pas ce que nous allions publier ni quand. Nous ressentions seulement le besoin d’enregistrer cette musique que nous n’avons pas créée dans un but précis mais plutôt pour le simple propos de la créer. Façon de parler. L’album en est le résultat.

CE – Mais l’enregistrer avec Daniel Higgs l’a rendu bien plus visible, y compris pour nous, en France. Diriez-vous que c’est votre breakthrough et qu’il vous offre et vous offrira une bien plus grande attention de la part du public et des medias ?

JN – Espérons-le ! On n’y a pas beaucoup pensé.
DF – Bien entendu, nous avons gagné en visibilité en enregistrant avec Daniel Higgs et en faisant distribuer l’album bien mieux que nos anciens disques par un plus gros label.


(la pochette de l'EP "2013-3012")

CE – Votre prochain disque paraitra-t-il sur le même label ?

DF – Justement nous avons un nouveau disque avec nous (il nous tend un exemplaire du maxi "2013-3012")?
JN – Nous avons tourné aux États Unis en Avril de cette année avec Daniel Higgs et comme nous avions un jour de relâche, nous en avons profité pour enregistrer ces trois chansons.

CE – Avec Daniel ?

DF – Oui et avec Asa (Osborne, qui est aussi le guitariste de Lungfish, le groupe principal de Daniel Higgs et qui publie en solo sous le pseudo Zomes NDLR)
JN – On était tous ensemble, les six Skulls (les six membres du groupe sont répertoriés à l’arrière du 33 tours de "2013-3012", par ordre d’arrivée ans le groupe, NDLR).


(Zomes - Stark Reality, sur "Earth Grid")

CE – J’ai écouté le dernier album de Zomes ("Earth Grid", cf le numéro de Mai 2011 de C’est Entendu, NDLR), qui n’était pas mal.

JN – Il a ouvert pour nous sur notre tournée américaine d’Avril.

CE – J’allais justement vous demander si un nouvel album était prévu mais vous m’avez pris de court !

Henrik Rylander (drums, feedback) – Ce n’est pas un véritable album.
JN – Ce sont trois nouvelles chansons, sur la face A et les mêmes chansons jouées à l’envers sur la face B.
DF – Mais nous allons continuer d’enregistrer avec Daniel et Asa.

CE – Et publierez-vous d’autres disques sans eux ?

DF – Je pense que oui.
JN – Bien sûr.

CE – Vous serez les Skull Defekts avec eux comme sans eux ?

JN – Oui.

CE – Ils font partie du groupe mais…

JN – Les Skull Defekts ont toujours été comme… une amibe qui passe d’une forme à une autre. Parfois ça n’a été que Henrik et moi, parfois autrement, ça a toujours été très ouvert.

CE – J’ai écouté certains de vos premiers disques et il me semble qu’à vos débuts vous donniez davantage dans l’électronique et le drone. Avez-vous changé avec le temps pour devenir plus rock ? Est-ce quelque chose dont vous aviez envie ?

JN – En fait, nous faisons les deux, de façon conjointe et sous le même nom, mais ce sont deux aspects totalement différents des Skull Defekts.
DF – Lorsque nous avons débuté, nous avions déjà ces deux aspects en nous. Il s’est simplement trouvé que nous avons commencé par publier beaucoup de trucs électroniques.
JN – C’est plus facile à faire, plus rapide, voilà pourquoi…
DF – Nous avons du enregistrer 3 albums rock et… 15 albums de drone.
HR – Cependant, nous jouons surtout du rock, sur scène.

CE – Pourquoi ? Est-ce que cela fonctionne mieux avec le public ?

HR – Oui, c’est du rock alors c’est de la musique facile (rires)
JN – Nous préférons dans la mesure où c’est quelque chose de plus social.

CE – Avez-vous aussi donné des concerts électroniques ?

DF – Oui, certains organisateurs nous bookent comme les Skull Defekts rock et d’autres veulent faire jouer les Skull Defekts drone. Je trouve ça… marrant que l’on puisse offrir un choix, de sorte que l’on peut convenir en toute occasion.

CE – Et ce soir, à quoi devons-nous nous attendre ?..

DF – Vous verrez vous verrez (rires)

CE – Avec quels groupes avez-vous l’habitude de tourner ? Ceux pour qui vous ouvrez comme ceux qui le font pour vous.

JN – Zomes ! (rires) …il n’y en a pas tant que ça.
HR – On a déjà ouvert pour Sonic Youth.
DF – Nous sommes depuis toujours lies à une scène expérimentale, noise…
JN – Il y a certains groupes avec qui nous jouons toujours dans les mêmes festivals, comme Circle.
DF – Avec eux, je nous sens une certaine similarité, une sorte de rock primitif et… ouvert d’esprit. Vous connaissez Circle ?

CE – De nom, seulement.



(Circle - Stimulance, sur "Prospekt", 2000)

HR - Sur certains albums, ils jouent du piano, et sur le suivant c’est du rock ou autre chose, avec des voix haut perchées. Ils sont très diversifiés, un peu comme nous.
DF – On a aussi tourné avec Neil Young.

CE – Et quels groupes suédois nous conseilleriez-vous d’écouter ?



(Altar of Flies - Untitled, sur "Permanent Cavity", 2010)

JN - Altar of Flies, qui ont tourné avec nous. De grosses explosions noise, ce genre de choses.
DF – Il y a un très bon groupe de Stockholm qui s’appelle Ectoplasm Girls. Ce sont deux sœurs qui ont créé ce groupe pour… entrer en contact avec leur mère décédée. Elles essaient de communiquer avec elle à travers leur musique.
JN – C’est une musique très belle, je trouve.

CE – Est-ce qu’elles ont réussi à contacter leur mère ?

DF – (rires) Je ne crois pas, pas encore !
JN – C’est pour ça qu’elles continuent d’essayer. (rires)

CE – On entend souvent parler de scènes intéressantes en Suède mais en général cela concerne plutôt… l’art-pop ou l’electro-pop (The Knife, etc NDLR). On a l’impression qu’il y a beaucoup de groupes intéressants chez vous mais nous n’en connaissons pas beaucoup qui joueraient dans les cours de l’expérimentation ou du noise-rock.

JN – En fait il n’y a pas vraiment de scène pour ce genre musique, chez nous…

CE – En France, c’est la même chose. Quelques bons groupes mais aucune scène stable.

HR - Il y a une scène mais la musique est très diversifiée, à Stockholm où la vit la plupart d'entre nous. Ça peut aller du jazz au noise en passant par le rock, mais c'est une sorte d'underground. C'est déjà pas mal et ça devient de mieux en mieux avec beaucoup de petits labels et de gens impliqués, ça évolue.

CE - Pensez vous que ces scènes font partie de vos racines ?


(Union Carbide Productions - Be myself again)


(The Soundtrack of our lives - Tonight)

HR - Nous n'avons pas tous les mêmes racines. J'ai joué dans un groupe appelé Union Carbide Productions. Le guitariste et le chanteur de The Soundtrack of our lives jouaient dans ce groupe. C'était un rock à la Stooges. Voilà mon background.
Jean-Louis Huhta (percussion, electronics) – Henrik et moi avons aussi joué ensemble dans un groupe qui s’appelait Audio Laboratory, avec le chanteur de The Soundtrack of our lives, et on y jouait… une sorte de noise.

CE – Et en quoi consiste votre dimension électronique ?

JN – Je crois qu’il y a toujours eu comme un mélange de différents styles musicaux en nous, à travers les disques que nous achetons et les différents projets dans lesquels nous sommes investis. Il y a quelques années, je jouais dans un groupe de punk-rock et puis j’ai migré vers un groupe de funk et avant ça j’étais plutôt dans l’électro, le rhythm’n bass, et puis je suis passé à la techno.
DF – Mais vous savez, je crois que c’est toujours la même chose, nous allons vers ce qui nous semble le plus intéressant et amusant à faire. J’ai écouté beaucoup de musique électronique quand j’étais ado et j’ai ensuite fait partie d’un groupe punk pendant des années mais la musique électronique a toujours été importante. Je me vois davantage comme un musicien électronique que comme un guitariste.

CE – En fait, votre version du noise-rock a un caractère psychédélique, une sorte de transe et je peux voir un lien avec l’électronique.

JL – Pour ma part, je suis très intéressé par la musique tribale, et aussi par la techno. J’aime la techno et je crois qu’elle se ressent dans notre musique, que je vois comme une… version rock de la techno.
JN – Et puis nous aimons que les gens dansent, mais ce soir, ce sera probablement difficile (le Carré Bellefeuille est un auditorium de places assises, sans fosse, NDLR)

CE – Vous seriez surpris ! Hier, des jeunes femmes ont dansé frénétiquement sur la musique de Silver Apples, dans les allées. Peut-être que ce soir…

DF – Parfait ! Peut-être demanderons-nous aux gens de se lever.

CE – Vous devriez le faire !

JN – Il nous est arrivé de le faire, en Chine. Il devait y avoir 1500 personnes, bien plus que ce soir, et nous leur avons demandé de se lever et de danser et ils étaient genre "OK…" (rires)
HR – C’était la dernière chanson. Ils avaient passé tout le show assis.
JN – Et puis la police a débarqué.

CE – Je ne pense pas qu’ils viendront ce soir.

JN – Chouette. (rires)

CE – Vous semblez tous si impliqués dans votre son et votre musique, on en vient à se demander si vous créez les chansons ensemble ou si les idées viennent individuellement, chacun de votre côté...

DF – Un peu des deux. Parfois l’un d’entre nous écrit toute la chanson avec le rythme et le riff puisque c’est la base de la plupart de chansons, et parfois quelqu’un a une idée d’instrumentation et nous construisons la chanson ensemble à partir de là. Il y a beaucoup d’improvisation dans notre travail, nous essayons de faire vivre les chansons. Elles partent d’un rythme et nous improvisons les arrangements. Les morceaux sont toujours différents sur scène.
JN – Parfois cela peut être très rapide. Par exemple, nous étions backstage l’autre fois et nous nous sommes dit "on joue quoi ?". L’un de nous a dit "Partons d’un bam-bam-bam" et c’est ce que nous avons joué pendant 40 minutes. Il est très intéressant de se rendre compte que ça peut effectivement fonctionner ! (rires)
HR – Nous l’avons jouée hier, celle-ci.
JN – Nous les jouerons ce soir, ces "bam-bam-bam"

CE – Vos chansons ont quelque chose de très simple. Certaines sont répétitives et... ça fonctionne. Ça fait partie de l'essence de votre travail de mon point de vue. Il est donc logique que vous deviez les écrire aussi efficacement et aussi rapidement. C'est votre capacité à travailler sur des riffs pour en faire des chansons qui fait de vous un groupe.

JN – Merci de dire ça !
DF – Oui c’est très sympa !
JN – Peut-on réutiliser ça ?

CE – Bien sûr !

JN - Plus j'y pense et plus je comprends notre musique et à quoi elle ressemble vraiment. Ces derniers temps nous essayons de répéter avant les concerts, alors que lors de notre concert à Cardiff il y a deux soirs, nous ne l'avions pas fait et nous sommes allés sur scène comme ça, et ça nous venait quand même.
DF - Nous avions quand même répété un peu dans le train, on avait juste écouté nos chansons et on s'était demandé "est-ce que je joue bom-bom ou bom-bom-bom ?" (rires)


(De gauche à droite : Joachim, Henryk, Jean-Louis, Daniel et Daniel Higgs)

CE - Je trouve que vous avez des liens de parenté avec l'écurie Thrill Jockey. Je sais que vous ne venez pas de Chicago mais... vous mixez noise-rock et, disons des éléments d'avant-garde et vous les amenez en des endroits inexplorés. Vous n'êtes pas formellement proches de Tortoise ou de l'image que l'on se fait des groupes de TJ mais je vous trouve néanmoins à votre place sur ce label. Vous ne donnez pas l'impression d'être une pièce rapportée, comme si Daniel Higgs vous avez ramené dans son sillage. Pensez vous que vous pourriez rester TJ et y prospérer ?

DF - Je ne sais pas, mais il est vrai que musicalement nous nous démarquons peut-être trop.

CE – Sur Thrill Jockey ?



(Liturgy - Veins of God, 2011)

DF – Oui.
JN - Mais c'est vrai que je ressens une sorte de lien... Il y a des groupes que j'aime beaucoup sur TJ, avec lesquels je ressens une connexion. Je ne veux pas citer de noms mais...
DF - J'aime aussi beaucoup le black metal de Liturgy et Wooden Shjips bien sûr (ils acquiescent tous, NDLR). Je pense que ça serait un beau foyer pour notre musique.

CE – Avant l’arrivée de Daniel Higgs vous (Joachim et Daniel) vous occupiez du chant…

JN – Tous les deux, oui.

CE – Travaillez-vous toujours sur des paroles et des mélodies pour le chant ?

JN – Non. Et toi ?
DF – Oui, ça m’arrive.
JN – Vous voulez dire pour de futures chansons ?

CE – Oui.

JN - Quand je joue un nouveau riff, j'entends toujours la voix de Daniel Higgs. Nous faisons de belles choses avec lui et je suis impatient d'enregistrer à nouveau avec lui l'année prochaine. Je ne ressens pas le besoin de m'exprimer autrement en ce moment.

CE – Donc pour l’étape suivante vous travaillerez encore avec Daniel Higgs ?

JN – Oui, il est en quelque sorte le sixième membre (en comptant Asa Osbourne comme cinquième, NDLR)

CE – Avez-vous des plans pour l’avenir, ou continuerez-vous sur votre lancée ?

DF – On aime notre façon de faire les choses et je crois que le prochain album que nous publierons sera la meilleure chose que nous ayons jamais réalisée.




Propos recueillis le 23 octobre 2011 au Carré Bellefeuille par Arthur Graffard et Joe Gonzalez. Interview préparée par Arthur Graffard et Joe Gonzalez.

mercredi 12 octobre 2011

[Alors quoi ?] L'étrange cas de la famille Friedberger, 1ère Partie

Il y a deux ans, les Fiery Furnaces étaient à une croisée des chemins. Leur dernier véritable LP en date, "I'm going away" leur offrait ENFIN un minimum d'exposition médiatique (en dehors de la blogosphère, dont ils ne semblaient jusqu'alors pas capables de s'extraire) et on commençait à les voir faire des télés et leurs fans n'en étaient pas mécontents (pour eux). Pourtant, au même moment, Matthew Friedberger, grand frère, compositeur, multi-instrumentiste et parfois chanteur, se fendait de sorties étranges dans la presse, taxant Radiohead d'opportunistes de merde prêts à reprendre un obscur compositeur (Harry Partch) pour paraitre plus expérimentaux que de raison (alors que Radiohead n'avait fait qu'écrire une chanson sur... Harry Patch, un ancien de la Première Guerre Mondiale), prétendant avoir écrit un nouvel album et se préparer à le publier sous la forme de partitions afin de passer à l'étape supérieure (le partage de la musique est tel que c'est désormais au public de jouer l'album composé)... Pendant quelques semaines, Matthew Friedberger donna l'impression de se prendre pour Noel Gallagher en ouvrant sa grande gueule pour pas un rond sur les sujets les plus improbables.

Les mains sur le piano, les yeux prêts à dégommer tout ce qui passe.

Après un concert donné par le groupe à Paris, toujours en 2009, notre correspondant (Emilien Villeroy) était ressorti avec un drôle de goût dans la bouche de la séance de questions organisée après le concert ; avec le sentiment que le duo allait splitter. Villeroy avait même dans l'intention de publier un article là-dessus ("[Alors quoi ?] La fin des Fiery Furnaces") mais se ravisa en pensant avoir été pessimiste. Les choses se tassèrent effectivement, mais quelques mois plus tard, les Furnaces publiaient un album de reprises... de leurs propres chansons, "Take me round again". Des réinterprétations des chansons de "I'm going away", par chacun des deux musiciens, chacun de son côté.

En 2011, la séparation n'est toujours pas prononcée mais l'union est définitivement libre. Eleanor Friedberger a publié son premier album solo en Juillet, enregistré pendant l'été 2010 tandis que Matthew a décidé de publier la bagatelle de huit albums en 2011, dans le cadre d'une série intitulée (fort à propos) "Solos".


1) L'étrange cas d'Eleanor Friedberger

Tout le monde le pense sans forcément se l'avouer. Ce qui rend difficile l'écoute des Fiery Furnaces au néophyte, c'est en premier lieu la voix d'Eleanor, très en avant, toute en déclamation mélodique, tantôt hachée tantôt plus abondante de mots qu'une rivière Dylanienne, et toujours avec une sorte d'accent étrange, une diction claire. Une voix sèche et délicate, grave et enfantine. On sait par ailleurs que la composition Furnacienne revient avant tout à Matthew et même après le timide essai qu'était "Take me round again", rien ne laissait présager de ce que pourrait être le style d'Eleanor.




(My mistakes)

Il suffisait pourtant de prendre le pari d'un approfondissement logique (et donc peu surprenant mais peu importe, finalement) de sa caractéristique, de sa Face de la pièce Fiery, le visage humain qui fait tant défaut à Matthew, dont le Pile n'est qu'idées et constructions. Nous voilà donc avec un premier album dont la forme est équivalente à ce qui se faisait beaucoup il y a trente, quarante ou cinquante ans, et qui se fait beaucoup moins aujourd'hui : une collection de "chansons pop écrites". Les responsables de ce type de collections étaient appelés singers/songwriters (un concept qui se perd ou dont les représentants sont aujourd'hui bien moins populaires ou talentueux qu'entre 1965 et 1975, disons) et ils proposaient des disques dont le fond n'était pas du pur divertissement, il s'agissait de mêler poésie, pop et commentaire social, à la façon d'auteurs littéraires (pour les plus accomplis) sans jamais oublier de combler l'auditeur avec des arrangements travaillés mais aisément assimilables, des mélodies, des refrains mais "pour adultes". Oui car ces disques étaient en majorité destinés à un public plus mature, à des trentenaires, des mères de famille... Ces disques, des génies comme Van Morrison ou Lou Reed les écrivaient avant de les composer et cette année encore, on a pu en écouter un de la part d'un grand cru bonifié, Bill Callahan. "Last Summer" est de cette trempe, un album de chansons pop écrites, sans grande prétention commerciale (et notamment auprès des kids), loin de chercher à s'imposer comme un descendant de "Song Cycle". Une collection personnelle de textes, écrits par une femme, dans la lignée des Helen Reddy, Carole King et Judee Sill des années 70 mais avec comme sujets des scènes urbaines plus proches des considérations de Lou Reed et une intensité vocale qui la rapproche de Patti Smith ou Joni Mitchell.


Eleanor est connue pour entretenir un verbe alambiqué et pour produire des textes aux interprétations mystérieuses, faits de mots étranges ou inhabituels, de thèmes hors du commun et énoncés avec l'aisance de celle qui ne fait que la conversation. Son expérience en solitaire n'avait aucune raison de faire varier cette donne mais si le ton est le même et les mots toujours choisis avec rigueur, force est de constater que le propos gagne cette fois en clarté, en même temps que les arrangements deviennent plus naturels. Comme l'indique le titre, "Last Summer" est un album de photographies, celles prises par Eleanor pendant l'été 2010, celui de la rupture implicite du duo familial. On y retrouve des scènes survenues à Bensonhurt (Brooklyn), au Motel du Septième Rayon (dans le Colorado) ou sur Roosevelt Island (près de Manhattan) et racontées de façon plus personnelle, directe et authentique que n'en a pris l'habitude la chanteuse des Fiery Furnaces (même s'il est arrivé au groupe d'être on ne peut plus authentiques, notamment sur l'album "Rehearsing my choir" où la grand mère donnait de la voix).



(Roosevelt Island)


Sans Matthew le niveau de complexité des compositions et des arrangements n'est forcément pas le même et c'est probablement pour le mieux puisqu'un tel album est souvent bien plus réussi lorsque toute la place nécessaire est laissée aux textes et à la voix. A l'auteur plutôt qu'à la musique. En dépit de cet aveu de "simplification", il ne s'agit pas non plus de chansons aussi brouillonnes que pouvaient l'être certaines des ré-interprétations de "Take me round again" et l'on a même droit à de super grooves de basse sur Glitter gold year et Roosevelt island, tandis que l'apparente sobriété du single My mistakes réserve la surprise de guitares charmeuses et d'un gimmick sonore imparable sur le refrain. Certes, il arrive qu'un morceau ne semble pas idéalement fignolé (les arrangements et le son de I won't fall apart), mais cela ne fait que retranscrire la marge de progression dont dispose encore une musicienne dont c'est le premier essai solo.

Que le duo ait encore un avenir ou pas, Eleanor Friedberger a prouvé qu'elle pouvait vivre sans les Fiery Furnaces. Son album n'est peut-être pas parfait, ni du niveau de ses plus illustres aïeuls, mais c'est une respectable et solide collection de textes mis en musique et chantés avec la même nonchalance convaincue qui séparer une fois de plus les amateurs des inconvaincus.


Joe Gonzalez






Dans le second numéro des aventures de la famille Friedberger, vous saurez tout sur le projet étonnant de Matthew Friedberger qui compte publier huit albums solo en 2011, chacun n'étant enregistré qu'à l'aide d'un seul instrument (différent à chaque fois) !

jeudi 19 mai 2011

[Vise un peu] Thrill Jockey, label d'après guerre et qui fleurit au Printemps, Première partie


S'il est loin de jouir d'une renommée aussi pimpante que son voisin Chicagoan Touch & Go ou que d'autres labels nés au début des années 90 (comme Kill Rock Stars), Thrill Jockey peut mettre à son actif le prestige d'avoir signé de grands petits noms, d'avoir conservé une identité sonore et de la faire perdurer sans radoter, vingt ans bientôt après sa création (en 1992). Né en plein post-tout, le label abritera longtemps des musiciens portés vers l'avant, du post-rock-chose de Tortoise à la post-pop des Fiery Furnaces en passant par le jazz-rock de The Sea and Cake, les bizarreries de Pit Er Pat ou la post-country de The Band of Blacky Ranchette. Comme je vous l'ai dit, la donne n'a pas changé et les dernières semaines ont vu fleurir quelques disques intéressants, attentes comme surprises, dans des genres assez différents pour offrir au profane un petit panorama de Thrill Jockey (littéralement "Animateur de frisson"), qu'il conviendra certes de compléter avec les classiques de la maison. Voici de quoi il s'agit :



Mountains - Air Museum

Un duo officiant à Brooklyn depuis une dizaine d'année est-il nécessairement part d'une quelconque hype ? Pas vraiment. Loin de Dirty Projectors, GrizBear, Gang Gang Dance, Chairlift et autres égéries, Mountains est inconnu au bataillon pour la bonne raison qu'il s'agit de drone.

Par là j'entends que Mountains joue sur la répétition chronique d'une note, d'un accord, d'un son, par le biais d'instruments électroniques, principalement, et ceci dans le but de créer une transe certes monotone mais aussi rêveuse et pourquoi pas psychédélique (si vous y mettez un peu du vôtre).


(Thousand Square)

La touche Thrill Jockey (ou en tout cas, c'est une appréciation très subjective de la chose) relève d'une certaine décontraction sonore. Loin d'être de la musique d’ascenseur ou une transe méditative prescrite par la secte new age du coin, les itérations synthétiques de ce duo ont une certaine dimension rétro-futuriste sous-cutanée rappelant les cabrioles de Steve Moore et Anthony Paterra (alias Zombi) mais en moins vertigineux (Sequel, Thousand Square). Jamais vraiment bruyant, jamais ennuyeux non plus, le déploiement de souplesse ici présenté n'a jamais l'allure d'une explosion révélatrice, mais on plane suffisamment pour s'en fiche.












Zomes - Earth Grid

Zomes c'est comme ça qu'Asa Osborne (guitariste chez Lungfish) s'appelle quand il sort des disques tout seul, celui-ci étant le second à paraitre depuis 2008.

Dès la première note, on sait pertinemment où Osborne veut en venir mais ça n'est pas très grave si l'on n'a rien contre un rock instrumental lent, lourd (forcément quand on a joué vingt ans dans Lungfish...), psychédélique et absolument lo-fi. Pour vous faire une idée, pensez à la musique de Parallel Pyres et vous ne serez pas bien loin de toucher du doigt au heavy minimalisme qui est joué ici.


(Pilgrim Traveler)

Vous savez ces gens qui vendent des jouets en bois, ou des lunettes de soleil en toc, sur le marché, et que l'on regarde avec compassion sans pour autant acheter leur bibelots, Osborne est un peu comme eux. Il n'y a qu'une poignée d'entre nous qui achèterons son disque, et dans le coeur, ceux-là auront un pincement de nostalgie consumée, un fétu de joie dispersé par la chaleur du bien acquis et payé auprès d'un artisan, un vrai. Et puis ça ne change pas grand chose mais c'est agréable.












The Sea and Cake - The Moonlight Butterfly

C'est un mini-album, comme certains aiment à appeler ce format (6 chansons mais trop long pour être un Extended Play) et il a pile la bonne longueur, en vérité. Depuis la fin de leur période faste (depuis "Oui", en 2000, disons), Prekop, Prewitt et les autres ont été assez difficiles à suivre, s'aventurant dans l'électronique et livrant des disques très inégaux. Celui-ci n'a pas le temps de lasser et sera une bonne porte d'entrée pour qui n'a pas encore écouté "Nassau" puisque son mélancool tout en finesse glisse comme sur du beurre.


(Covers)

Entre deux épiques ballades où des guitares lumineuses (Lyric) dansent avec de rondes et charmeuses basses (Covers), en plein centre d'un enregistrement délicat, le morceau-titre déploie une electronica qui n'apparait pas vaine (comme lorsqu'elle n'est exploitée que par bribes, que ce soit par The Sea and Cake ou même sur un album solo d'Archer Prewitt) et qui, par le naturel de son arrivée comme un cheveu sur la soupe, rappelle l'intervention de nature kraut impensable mais bien pensée sur "A ghost is born" de Wilco. Et de Kraftwerk en Prekop, il n'y a qu'un pas et le chanteur reprend ses droits et radine sa voix trainante sur la seconde moitié avec autant d'implication que de distance dans le souffle, façon 90's. Oublions la dernière chanson, inutile, réjouissons-nous d'un retour discret mais efficace et faisons tourner le disque aux copains en mal de relax rock.









La suite, très bientôt, dans la seconde partie du dossier Thrill Jockey, où vous découvrirez The Skull Defekts, Alexander Tucker et une ou deux autres surprises !


Joe Gonzalez