C'est entendu.
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vendredi 4 février 2011

[Tip Top] Popsonnalité de l'année 2010

Et le gagnant est...


SUFJAN "SOU-FI-ANNE" STEVENS


Passons sur les critiques vis à vis du mode de nomination et sur les caractéristiques recherchées pour une Popsonnalité, nous en avons déjà débattu et l'année prochaine, les choses seront plus claire, c'est promis. Le résultat du sondage porte aux nues non pas mon favori (Kanye, bon deuxième) ni le challenger polémique (Gaga, pas loin derrière) ni même Owen Pallett, mais bien Sufjan, qui a su combler les attentes de ses fans et s'en rallier de nouveau en passant un grand coup de balais sur son style, en déposant ses roustons sur la table et en offrant un EP avant de publier un chef d'œuvre. Bravo ! Et on se retrouve dans un an pour décider de qui aura dominé les propos dans les mois qui viennent.


Joe Gonzalez

jeudi 27 janvier 2011

[Quitte ou Double] Election de la POPsonnalité de l'Année 2010

Il parait qu'on a jusqu'à la fin du mois de Janvier pour souhaiter la bonne année et du coup je me permets une certaine translation de cette tradition vers quelque chose d'un peu plus glamour et de davantage lié à ce qui nous intéresse ici : l'élection de la POPsonnalité de l'année 2010. Les nommés sont :


Kanye West

Franchement, ai-je vraiment besoin de vous faire la liste ? Tout a commencé en 2009, de toute façon, lorsque Michael Jackson a laissé le trône de King of Pop vacant, puis avec les déclarations de Jay-Z à propos du hip hop sur le déclin et du futur représenté par des artistes indépendants tels que Grizzly Bear ou Dirty Projectors. Kanye n'a pas inventé la poudre, mais c'est un homme d'affaires et il a fait le lien : s'il voulait devenir le roi de la pop, il fallait copiner avec les indépendants et abandonner le hip hop pur et dur (son album de 2008 était déjà une tentative en ce sens, d'ailleurs). Ergo "My beautiful dark twisted fantasy" qui, même en paraissant si tard (le 22 Novembre), a remporté suffisamment de suffrages pour être élu album de l'année par tout un tas de blogs, de magazines et de journaux, récoltant des notes ahurissantes et un accueil très largement favorable. S'il rappe sur l'album, il y chante beaucoup, et en samplant majoritairement des dinosaures de "l'autre monde" (King Crimson, Aphex Twin...), il s'attire un nouveau public, et sa conversion en Roi est accomplie, mais en bon businessman il n'a pas attendu de savoir si son coup de dé serait fructueux. L'année durant, on n'a fait qu'entendre parler de lui. Inutile de vous rappeler son coup de maître en Septembre 2009 aux MTV Awards lorsqu'il vola la vedette à Taylor Swift en l'interrompant pour déclarer que le clip de Beyonce méritait de gagner (le président Obama l'a d'ailleurs traité de "jackass" à ce sujet). Avez-vous par contre suivi le chassé-croisé de déclarations vis à vis de l'attitude de George Bush après l'ouragan Katrina ? Suivez-vous le compte Twitter de Kanye ? Si oui, vous aurez remarqué les mini-buzz autour de la photo de son pénis... Vous avez peut-être vu le clip/court-métrage de 35 minutes réalisé autour du single Runaway ? Saviez-vous qu'il était apparu sur une dizaine d'albums autres que le sien en 2010 (notamment chez Kid Cudi, T.I. ou GLC) et que la pochette de son album avait été sujette à controverse (on y voit une caricature d'homme noir effrayant surmonté d'une femme sans bras, munies d'ailes et nue de surcroit) et que les grandes chaines de magasins culturels américains l'avaient obligé à choisir une pochette alternative sous peine de ne pas proposer l'album aux clients ? Kanye a posé un pied dans le Palais de la Noblesse Pop et il ne compte pas en rester là puisque sont déjà prévus un album avec Jay-Z pour Mars et un autre album solo pour cet été. Il part largement favori de cette élection et va être difficile à battre.




Michael Gira

Leader de l'emblématique formation américaine Swans, Gira a prouvé en 2010 qu'une bande de dinosaures pouvait revenir sur le devant de la scène avec du bagage. Pas de re-formation au programme mais bien une réunion, avec les membres originaux du groupe de post punk et de no wave. Gira a démarré l'année en enregistrant et publiant un CD/DVD solo ("I am not insane") dont les ventes ont permis le financement d'un nouvel album de Swans, l'excellent "My father will guide me up a rope to the sky", emmené en tournée à travers le monde durant les mois qui suivirent. Pour l'anecdote, Gira, dont le charisme sur scène s'approche du monolithe mystique, a pour habitude de retrouver les spectateurs après le concert au stand de merchandising où il dédicace tout ce que vous voulez et discute avec le sourire aux lèvres. Un modèle d'intégrité, en somme.





M.I.A.

Si l'élection concernait uniquement "L'artiste le mieux adapté à Internet en 2010", il n'y aurait de toute façon que M.I.A. pour s'opposer à Kanye. Une autre machine de guerre douée pour garder vive la flamme du feu de camp médiatique. Dans les faits, en Avril paraissait le controversé clip de Born Free, dans lequel des rouquins étaient massacrés devant la caméra de Romain Gavras. En Mai, alors que paraissait le single XXXO et son clip, un article du New York Times, écrit par une rouquine, faisait péter les plombs à M.I.A. qui, usant de son compte Twitter (très actif toute l'année) lançait une mini-flamewar des familles. En Juin, "/\/\/\Y/\", son troisième album, paraissait au Japon, d'abord, puis partout ailleurs, et en Juillet, un album de remixes sortait. Dans les mois qui suivirent, M.I.A. fit aussi des apparitions sur les disques d'autres artistes, et notamment sa protégée, Rye Rye, et le clip de Sunshine. Enfin, le 31 Décembre, une mixtape (sa seconde), "Vicki Leekx", partiellement inspirée par le buzz autour de Julian Assange et Wikileaks, était annoncée et publiée via son compte Twitter. Fatiguée en début d'année de ne pas avoir autant de succès médiatique que Lady Gaga, M.I.A. a remué ciel et web pour se refaire une place à l'avant-scène du monde artistico-bling bling, et elle a réussi.





Sufjan Stevens

Plus ou moins porté disparu depuis cinq ans (soyons sérieux, combien de personnes avaient écouté/regardé "The BQE" ? Pas plus de cinq cents à tout casser...), 2010 fut l'occasion d'un retour fracassant puisqu'outre une apparition (peu remarquée) sur le dernier disque de Clogs, Sufjan s'est débrouillé pour en finir avec son ancienne image en publiant gratuitement l'EP (aussi long qu'un album) "All delighted people" avant de sortir son chef d'œuvre post-moderne à lui, le fourmillant "The Age of Adz", l'occasion pour lui de dévoiler son goût pour les garçons, de critiquer la société présente tout en réinventant son chant et sa musique. Et puis vous en connaissez-beaucoup des "artistes folk" qui oseraient utiliser de l'autotune sur une chanson de plus de 25 minutes... sans se planter ?





Laetitia Sadier

Elle a certainement connu des années plus fastes mais 2010 fut celle de sa libération. Fini Monade, tout comme Owen Pallett, Lætitia n'a plus besoin d'avatar pour s'exprimer et son premier album, personnel, touchant, est une réussite. La sortie quasi simultanée d'une nouvelle collection de chansons de Stereolab (un album qui, avec le temps, gagne des points dans nos cœurs) n'aura pas voilé la sortie publique de Lætitia et ses concerts timides n'auront fait qu'augmenter le quotient de sympathie que nous avions déjà pour elle. Si Stereolab venait à mourir (souhaitons que non !), nous savons au moins que la relève serait assurée.





Bradford Cox

Lui aurait pu se contenter du succès du petit dernier de son groupe, Deerhunter, l'inégal-mais-réussi-quand-même "Halcyon Digest" qui fut l'occasion pour les plus réticents de finalement tendre l'oreille. Mais non, outre son remix pour l'album de Stereolab, il lui en fallait plus, alors c'est tout naturellement que vers la fin du mois de Novembre il a publié dans la foulée, à quelques jours d'intervalle, pas moins de quatre albums d'Atlas Sound, son alias, et ce gratuitement, via internet. Que l'on aime ou pas le bonhomme, sa musique ou celle de son groupe (et j'avoue avoir encore un pied dans le camps des réticents), il faut admettre que Cox est l'un des piliers de rock indépendant actuel, sans lequel le monde musical que nous aimons n'aurait pas exactement la même gueule (de traviole) et qui donne énormément de sa personne POUR la musique.





Owen Pallett

Il était déjà productif avec le pseudonyme Final Fantasy mais c'est comme si retrouver sa véritable identité l'avait rendu d'autant plus sûr de lui. Les puristes critiqueront sa transition vers une popmusic plus grandiloquente et moins à fleur de peau, mais il faut reconnaitre qu'avec "Heartland", Owen a enregistré un grand album, reconnu par une majorité des amateurs (il figurait au sommet d'énormément de tops de fin d'année) et que l'on écoutera encore longtemps. Et puis le bougre ne s'est pas arrêté là puisque dès le Printemps, il passait en studio pour enregistrer les violons de l'album d'Arcade Fire (soit les parties les plus réussies du disque) avant de publier à la rentrée un EP loin d'être inintéressant. Il est actuellement en tournée, encore et toujours, et on se demande s'il compte se reposer en 2011 ou bien nous en remettre une couche.





Madlib

Nous n'avons pas pris le temps de tout traiter, mea culpa, mais on vous avait prévenus. Madlib avait annoncé qu'il publierait un album par mois en 2010. Si sa collection de mixtapes "Madlib Medicine Show", dont les numéros pairs étaient des mixes de genres musicaux divers (reggae, jazz, funk...) et les impairs des créations originales plus personnelles, n'a connu que 10 numéros cette année-là (excusez du peu, et ça n'est pas fini, le numéro 11 est sorti en Janvier 2011), il a plus que moins tenu parole puisqu'on a pu le retrouver sur le second LP de Strong Arm Steady aux manettes de producteur, mais aussi en duo avec Guilty Simpson sur le très bon album publié sous l'avatar OJ Simpson, ou encore planqué derrière son alias jazz (Young Jazz Rebels) avec lequel il a sorti un album ("Slave Riot"). Si vous comptez bien on est à treize disques, et j'en oublie certainement. Vous n'avez peut-être pas énormément entendu parler d'Otis Jackson (son véritable nom) cette année, certainement moins que vous n'avez entendu parler de Kanye, mais cet homme de l'ombre a sans doute fait plus pour le hip hop en une année que beaucoup en une entière vie. Il est toujours temps de découvrir son œuvre et de l'élire homme de l'année.





Bethany Cosentino (Best Coast)

Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, il faut reconnaitre qu'on n'avait pas DU TOUT vu venir Bethany Cosentino, une fille qui avait commencé par officier au sein du groupe expérimental Pocahuanted, avant de publier en 2009 une série de singles et d'EPs proches de la vague shitgaze, sales et rock'n roll et qui, en 2010 est devenue... la nouvelle égérie de MTV. Son premier album, le très simple et ensoleillé "Crazy for You" lui aura ouvert les portes du mainstream américain, de tournées intercontinentales et d'une palanquée de clips démontrant par l'absurde que MTV n'a pas dépassé le stade "post-grunge" et n'est jamais sorti des années 90. Ajoutez à cela quelques collaborations (un single avec Jeans Wilder, notamment) et deux ou trois "trucs médiatiques" (ses copinages avec Wavves), et la voilà en une du Net toutes les deux semaines depuis un an. L'a-t-elle cherché depuis le début ? Est-ce un choix tardif pour la célébrité ? Aucune idée mais le résultat est là : vous pouvez entendre Best Coast, entre Shakira et Cocoon, sortir des hauts-parleurs de H&M alors que vous pratiquez "les soldes".





Quelqu'un d'autre

Si aucun des artistes proposés ci-dessus ne vous semble être la POPsonnalité de l'année, c'est peut-être qu'un candidat a échappé à notre œil et alors, je vous encourage à nous signaler qui est selon vous cette usine médiatico-artistique et à nous expliquer pourquoi vous l'avez choisie.






Les votes sont ouverts et vous êtes invités à donner votre opinion, via le sondage présent dans la barre latérale, sur votre gauche, mais aussi en détaillant votre point de vue à travers les commentaires. Dites nous qui et pourquoi a dominé l'année 2010 et filons-lui un trophée virtuel qui clôturera définitivement la période des tops et l'année 2010. J'attends vos avis !


Joe Gonzalez

mardi 11 janvier 2011

[Vise un peu] Sufjan Stevens - The Age of Adz (et All Delighted People EP)

Sufjan Stevens est dépositaire d'un gigantesque potentiel d'agacement. Son statut de "génie américain" (d'après MagicRPM) hérité dès la parution en 2005 de "Come on feel the Illinoise", son album sur l'Etat de l'Illinois, avait de quoi faire blêmir ceux qui comme votre serviteur ne voyaient pas en quoi un songwriter un peu plus doué que la moyenne, certes productif et ambitieux (mais son projet de traiter chaque état d'Amérique du Nord par le biais d'un album, on espérait ne le voir avorter qu'un peu plus tard - seuls le Michigan et l'Illinois sont illustrés à l'heure où je vous écris et je ne pense pas que nous verrons naitre un autre album-concept en lien avec ce projet), certes influencé par les arrangements de Brian Wilson, John Fahey et Van Dyke Parks, pouvait être élevé au rang de "génie" aussi facilement. Bien sûr le bonhomme avait sa troupe de fanatiques, comme tout le monde, et nous aussi l'aimions bien, Sufjan, quand il chantait avec une perpétuelle et fédératrice mélancolie neurasthénique à propos de Chicago, du cancer, ou plus souvent, de choses issues de la Bible, car Sufjan croit et s'il ne souhaite pas prêcher dans ses chansons, il est tout naturel qu'il mentionne la partie spirituelle de sa vie. Ce dernier aspect, je le sais, a fait beaucoup pour le rendre agaçant auprès d'une partie de ses détracteurs, mais après tout, ça n'est qu'une des nombreuses caractéristiques rendant Sufjan gentiment insupportable pour une vaste partie du monde para-hipster depuis quelques années et vous savez quoi ? Sufjan lui-même en a eu marre. De lui, de ses chansons, de son projet géo-musical écrasant. Alors il a trouvé le frein et stoppé le train. Pendant cinq ans.

Pas tout à fait, bien sûr. Pendant ce laps de temps, il a sorti une compilation de B-Sides et de raretés ("The Avalanche"), une faste compilation de Noël ("Songs for Christmas") et la bande originale accompagnant le film sur la Brooklyn Queens Expressway qu'il a lui-même écrit et réalisé en 2009 ("The BQE"). Tout cela n'était que résidus et autres hobbies de vacances. "The BQE" n'est pas un projet musical à proprement parler mais une expérience multi-support, et en l'espace de cinq années, si Sufjan ne s'est pas arrêté d'enregistrer, il n'a pour autant proposé au public aucune chanson dans le sens où ses fans l'entendaient (et l'attendaient). Et pour cause ! L'artiste en avait plein les bottes de sa propre musique ! De sa propre gueule ! De sa voix qu'il trouvait trop douce, trop mièvre, à tel point qu'il envoya balader tout projet en cours et se lança dans autre chose : la meilleure idée de la décennie depuis la séparation de Mogwai (ah on me fait signe que non, ça n'est pas arrivé) ! Dans la mesure où je commence à me lasser de cette petite biographie, que nous arrivions à l'aube de la seconde vie de Sufjan tombe bien parce que je n'avais aucune envie de vous parler de sa maladie nerveuse, lisez les tabloïds.


(All delighted people)

Alors voilà, en 2010, de son propre aveu, pour repartir sur des bases saines, Stevens s'est vidé, s'est torché et a tendu le papier toilette imbibé à des fans trop heureux d'avoir un peu de fientes à grailler et c'est de là que vient le titre de l'EP "All delighted people" (Tous les gens ravis) sur lequel on put trouver GRATUITEMENT (entrer au panthéon des artistes ayant donné un de leurs disques - où figurent des pointures comme Radiohead et Nine Inch Nails - c'est déjà marquer le coup d'un retour en grande pompe) une dizaine de chansons, une majorité de folksongs sans originalité aucune et deux ou trois chansons dignes d'intérêt.


Parmi celles-là (les trois premières, si vous voulez tout savoir), il y en avait une (All delighted people), une épopée de presque douze minutes, qui annonçait le "nouveau Sufjan", lequel n'a pas mis longtemps pour sortir du placard : moins de deux moins plus tard, à la mi-Octobre, le magnum opus paraissait.


(Futile devices)

Adz se prononce Odds et c'est ainsi à la fois une ère de Pubs et de Probabilités que s'échinerait à décortiquer l'artiste avec cette œuvre qui n'est pourtant pas une critique sociale objectivomnisciente à proprement parler (ou en tout cas pas de façon directe) mais bel et bien ce que Stevens a enregistré de plus personnel à ce jour et bla et bla et bla et cet album débute par un coming out tout ce qu'il y a de plus humble et réservé et c'est très bien comme ça et je suis heureux que Sufjan se soit trouvé humainement autant que musicalement car en s'appuyant sur l'art de Royal Robertson (cf la pochette) et ses mash ups mêlant iconographie chrétienne, pitreries SF et bizarreries folkloriques, Stevens a créé un album MUSICALEMENT INTÉRESSANT, ce qui n'était jamais arrivé jusqu'alors de mon point de vue, et qui plus est, ce maelström d'objets épars assemblés tient debout sans mal et le songwriting classique (Futile Devices ou la très entrainante Get real, get right), les arrangements grandiloquents (l'introduction de The Age of Adz) et les éléments électroniques (pour une fois utilisés à bon escient par Sufjan) ne font qu'un, bâtissent ce monument pop voué à saluer l'artiste que fut Stevens et celui qu'il se veut devenir, celui qui chante en dehors de ses limites (et tant pis s'il est difficile d'atteindre les high notes sur scène !) car la facilité le frustre et parce qu'il ne veut pas s'enfermer dans les limites qui sont les siennes, celui qui assume enfin pleinement de parler de garçons ET de filles dans ses chansons, même si les mots sont des procédés inutiles et qu'il a envie d'appeler "frère" le garçon dont il est question (in Futile Devices) et bla et bla et bla car cet album si vaste et si plein est condensé comme une voiture peut l'être à la casse par un artiste auquel il aura fallu du courage (il aurait pu enregistrer un album sur l'Idaho ou l'Oregon, après tout, et tout le monde l'aurait suivi jusqu'au Nouveau Mexique) et un sacré talent pour éviter l'incompréhension, l'impasse que son projet aurait pu laisser présager. Sufjan est un talentueux songwriter et ses textes, encore une fois, méritent toute votre attention, même si cette fois-ci la musique n'est pas un simple faire-valoir : elle reflète tel un miroir le propos et à tout vous dire, vous pourriez n'écouter que la première et la dernière chanson que vous auriez devant vous le principal : l'admirable passage de flambeau d'un avatar à un autre, du songwriter américain, timide gendre idéal de l'introduction de Futile Devices (avant que la sortie du placard n'ait été remarquée) à la pop star new age prenant plus de vingt cinq minutes pour clore son album déjà pas vraiment succin avec de quoi faire pâlir à la fois Radiohead et Kanye : Impossible Soul, un mélange incongru et pourtant logique de composition progressiste, bruitiste, où les guitares piquent telles des guêpes la douce peau mélodique que des chœurs angéliques s'échinent à garder vierge, jusqu'à ce que le clou du spectacle ne se révèle être l'utilisation du pire ennemi de l'homme (l'autotune) sans que personne n'ait à s'en plaindre (je vous assure, gardez vos insultes au frais) car ça n'est pas une coïncidence si Sufjan chante à travers le filtre choyé par Kanye et Cher, mais encore faut-il se permettre de considérer l'album comme autre chose qu'une collection de popsongs et le voir comme une œuvre d'art (c'est comme ça que vous devriez AUSSI voir chaque disque, mais passons) et alors n'importe qui se rendrait compte que le patchwork réalisé par Sufjan n'eut pas été total sans cette touche-là qui termine de rappeler le Monde (musical) dans lequel nous vivons, où désormais tout est concomitant, un Monde où Kanye West sample King Crimson, où des folkeux médiévaux jouent du Metal, un Monde où le rock ressemble à la disco et où la disco n'est que techno.


(la première moitié d'Impossible Soul, comprenant le fameux passage autotuné)

Sufjan Stevens a non seulement signé son meilleur album, bien loin des promesses ennuyeuses de l'Illinois d'antan, mais il a réussi à harnacher ensemble une exploration personnelle, une évolution artistique majeure et la description instrumentale de son temps, et tout cela sans avoir l'air de forcer sur les nœuds marins, sans embarrasser personne, ni lui ni nous, et en donnant enfin un peu de blé à moudre à ceux qui depuis si longtemps le considéraient, trop tôt, comme un génie.


Joe Gonzalez

jeudi 23 décembre 2010

[Nuit Blanche] Sufjan Stevens - You Are The Blood

You Are The Blood est salutaire à plus d'un titre. Parue en 2009 au sein de la compilation "Dark Was The Night" (raillée avec force mauvaise foi par le camarade Joe Gonzalez voilà quelques mois), la chanson de Sufjan Stevens était d'assez loin le highlight de cette accumulation de faces B plus ou moins réussies, et annonçait sa mutation à venir : un hybride entre ses débuts expérimentaux et le chamber folk des "Michigan/Illinois", mutation confirmée à la sortie de "The Age of Adz".

Et à la lumière (fluorescente) de ce dernier album, You Are The Blood nous rappelle que Sufjan Stevens sait (savait ?) faire des morceaux de plus de dix minutes sans forcément plonger l'auditeur dans la consternation, comme ce fut mon cas en écoutant le bien nommé Impossible Soul, expérimentation pas expérimentale qui ponctue de fort laide manière "The Age Of Adz".


Si la chanson sonne comme du Sufjan 100% pur jus, il s'agit pourtant bien d'une reprise d'un groupe qui s'appelle Castanets, groupe qui est sur le même label que Sufjan Stevens (Asmathic Kitty). Les deux versions sont très proches (bien que l'originale fasse 6mn de moins !), mais Stevens s'approprie complètement le morceau et y développe tout ce qu'il sait faire de mieux. On y trouve pèle-mêle des cuivres agressifs, de l'electronica digressive, des choeurs progressifs, le tout ponctué de tout un tas de petites bizarreries de composition, entre génie et dilettantisme, qui font qu'on aime ou qu'on hait Sufjan.


Joseph Karloff