C'est entendu.
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lundi 3 janvier 2011

[Réveille-Matin] DM Stith - Braid of Voices

DM Stith est sans conteste l'un des singer/songwriters avec qui il faudra compter dans la décennie à venir. Je dis cela avec aplomb alors que je suis le premier à reconnaitre que son premier album "Heavy Ghost" est bourré de lourdeurs, quand il ne se noie pas carrément dans son ambition d'être le plus gros album folk de tous les temps.




Mais au milieu de toutes ces chansons imparfaites, il y a cette perle nommée Braid of Voices qui déchire le cœur. Oh, celle-là non plus n'est pas parfaite, elle finit en eau de boudin, avec un encore qui sonne comme une liaison mal-à-propos avec le morceau suivant (alors qu'il est pourtant ÉVIDENT que Braid of Voices aurait dû être la chanson finale). DM Stith a dû se dire qu'il cédait à la facilité avec toute cette émotion qui nous submerge au moment des "From the back of my head, tied, to the back of my head, tied" ; il a dû se dire que ce n'était pas honnête de faire ça. Alors il a essayé de saboter sa propre chanson, pour qu'elle ait l'air prétentieuse comme le reste de l'album, mais il n'y est jamais vraiment arrivé.

Pardon de vous réveiller avec ça, c'est vrai qu'il reste une journée à affronter après. Mes excuses.


Joseph Karloff

jeudi 23 décembre 2010

[Nuit Blanche] Sufjan Stevens - You Are The Blood

You Are The Blood est salutaire à plus d'un titre. Parue en 2009 au sein de la compilation "Dark Was The Night" (raillée avec force mauvaise foi par le camarade Joe Gonzalez voilà quelques mois), la chanson de Sufjan Stevens était d'assez loin le highlight de cette accumulation de faces B plus ou moins réussies, et annonçait sa mutation à venir : un hybride entre ses débuts expérimentaux et le chamber folk des "Michigan/Illinois", mutation confirmée à la sortie de "The Age of Adz".

Et à la lumière (fluorescente) de ce dernier album, You Are The Blood nous rappelle que Sufjan Stevens sait (savait ?) faire des morceaux de plus de dix minutes sans forcément plonger l'auditeur dans la consternation, comme ce fut mon cas en écoutant le bien nommé Impossible Soul, expérimentation pas expérimentale qui ponctue de fort laide manière "The Age Of Adz".


Si la chanson sonne comme du Sufjan 100% pur jus, il s'agit pourtant bien d'une reprise d'un groupe qui s'appelle Castanets, groupe qui est sur le même label que Sufjan Stevens (Asmathic Kitty). Les deux versions sont très proches (bien que l'originale fasse 6mn de moins !), mais Stevens s'approprie complètement le morceau et y développe tout ce qu'il sait faire de mieux. On y trouve pèle-mêle des cuivres agressifs, de l'electronica digressive, des choeurs progressifs, le tout ponctué de tout un tas de petites bizarreries de composition, entre génie et dilettantisme, qui font qu'on aime ou qu'on hait Sufjan.


Joseph Karloff

jeudi 28 octobre 2010

[Vise un peu] Antony And The Johnsons - Swanlights

Il y a une dualité chez Antony. Non, sans blague ? Oui, sans blague. Au niveau humain bien sûr, le personnage se définissant comme "transgenre", coincé quelque part entre le masculin et le féminin ; mais aussi sur le plan musical. Antony est toujours entre deux eaux, et comme pour son histoire de zizi (ou de Moi profond, c'est comme vous préférez), il a un peu de mal à distinguer la limite entre le profondément émouvant et le terriblement ridicule.

Dès l'album précédent, "The Crying Light", on a pu entrevoir les prémices de cette mutation vers un kitsch grossier avec l'abominable Kiss my Name, la chanson de grande folle par excellence, une véritable incitation à l'homophobie, avec ses violons dégoulinants qui viennent vous lécher l'oreille, dansant la bourrée auvergnate au rythme des meuglements pathétiques d'Antony. Mais cette erreur de parcours était entourée de titres poignants qui pouvaient laisser penser que c'était juste ça, une erreur de parcours.


(I'm In Love)

Horreur : ça a plu. Cette posture gay, aussi sincère qu'un militant UNEF, a amusé la presse musicale et généraliste, qui y a vu (avec toute la bienveillance qui la caractérise) l'affirmation d'un électron libre au-delà de l'humain, alors qu'il ne s'agit que de cabotinage pur et simple. Du coup, Antony remet ça par trois fois sur "Swanlights" : trois godemichés fluorescents dans une boîte à bijoux.

Autant l'avouer, j'avais prévu de démolir ce disque, pour l'exemple ; cela supposait de passer sous silence le reste de l'album, où l'on retrouve ce qu'Antony sait faire de mieux : jouer avec cette mélancolie jaune, une mélancolie dont il feint d'être détaché, mais qui s'impose malgré tout à lui. (Vous me dites si je deviens gay)


(Flétta)

Le comble : la meilleure partie de l'album commence avec la chanson que l'on redoutait le plus, le duo avec la dernièrement crispante Björk (Flétta), où les deux icônes mettent de coté leurs facettes les plus épuisantes pour se mettre au service du morceau. Le final, Christina's Farm (qui répond au très bon premier titre, Everything is New) est sans conteste l'une des plus belles chansons d'Antony, exactement le genre de titre que l'on n'attendait plus après s'être farci les terrifiants Ghost, I'm In Love et Thank You For Your Love (note pour plus tard : fuir les titres d'Antony contenant les mots Love ou Kiss). Entretemps, un titre comme Swanlights montre qu'Antony est capable de s'affranchir de sa formule habituelle chant + piano pour lorgner sur une sorte d'ambient inquiétant... Je croise les doigts pour que sa carrière prenne cette direction, plutôt que celle de successeur officiel de Zizi Jeanmaire.


Joseph Karloff