C'est entendu.
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jeudi 27 janvier 2011

[Quitte ou Double] Election de la POPsonnalité de l'Année 2010

Il parait qu'on a jusqu'à la fin du mois de Janvier pour souhaiter la bonne année et du coup je me permets une certaine translation de cette tradition vers quelque chose d'un peu plus glamour et de davantage lié à ce qui nous intéresse ici : l'élection de la POPsonnalité de l'année 2010. Les nommés sont :


Kanye West

Franchement, ai-je vraiment besoin de vous faire la liste ? Tout a commencé en 2009, de toute façon, lorsque Michael Jackson a laissé le trône de King of Pop vacant, puis avec les déclarations de Jay-Z à propos du hip hop sur le déclin et du futur représenté par des artistes indépendants tels que Grizzly Bear ou Dirty Projectors. Kanye n'a pas inventé la poudre, mais c'est un homme d'affaires et il a fait le lien : s'il voulait devenir le roi de la pop, il fallait copiner avec les indépendants et abandonner le hip hop pur et dur (son album de 2008 était déjà une tentative en ce sens, d'ailleurs). Ergo "My beautiful dark twisted fantasy" qui, même en paraissant si tard (le 22 Novembre), a remporté suffisamment de suffrages pour être élu album de l'année par tout un tas de blogs, de magazines et de journaux, récoltant des notes ahurissantes et un accueil très largement favorable. S'il rappe sur l'album, il y chante beaucoup, et en samplant majoritairement des dinosaures de "l'autre monde" (King Crimson, Aphex Twin...), il s'attire un nouveau public, et sa conversion en Roi est accomplie, mais en bon businessman il n'a pas attendu de savoir si son coup de dé serait fructueux. L'année durant, on n'a fait qu'entendre parler de lui. Inutile de vous rappeler son coup de maître en Septembre 2009 aux MTV Awards lorsqu'il vola la vedette à Taylor Swift en l'interrompant pour déclarer que le clip de Beyonce méritait de gagner (le président Obama l'a d'ailleurs traité de "jackass" à ce sujet). Avez-vous par contre suivi le chassé-croisé de déclarations vis à vis de l'attitude de George Bush après l'ouragan Katrina ? Suivez-vous le compte Twitter de Kanye ? Si oui, vous aurez remarqué les mini-buzz autour de la photo de son pénis... Vous avez peut-être vu le clip/court-métrage de 35 minutes réalisé autour du single Runaway ? Saviez-vous qu'il était apparu sur une dizaine d'albums autres que le sien en 2010 (notamment chez Kid Cudi, T.I. ou GLC) et que la pochette de son album avait été sujette à controverse (on y voit une caricature d'homme noir effrayant surmonté d'une femme sans bras, munies d'ailes et nue de surcroit) et que les grandes chaines de magasins culturels américains l'avaient obligé à choisir une pochette alternative sous peine de ne pas proposer l'album aux clients ? Kanye a posé un pied dans le Palais de la Noblesse Pop et il ne compte pas en rester là puisque sont déjà prévus un album avec Jay-Z pour Mars et un autre album solo pour cet été. Il part largement favori de cette élection et va être difficile à battre.




Michael Gira

Leader de l'emblématique formation américaine Swans, Gira a prouvé en 2010 qu'une bande de dinosaures pouvait revenir sur le devant de la scène avec du bagage. Pas de re-formation au programme mais bien une réunion, avec les membres originaux du groupe de post punk et de no wave. Gira a démarré l'année en enregistrant et publiant un CD/DVD solo ("I am not insane") dont les ventes ont permis le financement d'un nouvel album de Swans, l'excellent "My father will guide me up a rope to the sky", emmené en tournée à travers le monde durant les mois qui suivirent. Pour l'anecdote, Gira, dont le charisme sur scène s'approche du monolithe mystique, a pour habitude de retrouver les spectateurs après le concert au stand de merchandising où il dédicace tout ce que vous voulez et discute avec le sourire aux lèvres. Un modèle d'intégrité, en somme.





M.I.A.

Si l'élection concernait uniquement "L'artiste le mieux adapté à Internet en 2010", il n'y aurait de toute façon que M.I.A. pour s'opposer à Kanye. Une autre machine de guerre douée pour garder vive la flamme du feu de camp médiatique. Dans les faits, en Avril paraissait le controversé clip de Born Free, dans lequel des rouquins étaient massacrés devant la caméra de Romain Gavras. En Mai, alors que paraissait le single XXXO et son clip, un article du New York Times, écrit par une rouquine, faisait péter les plombs à M.I.A. qui, usant de son compte Twitter (très actif toute l'année) lançait une mini-flamewar des familles. En Juin, "/\/\/\Y/\", son troisième album, paraissait au Japon, d'abord, puis partout ailleurs, et en Juillet, un album de remixes sortait. Dans les mois qui suivirent, M.I.A. fit aussi des apparitions sur les disques d'autres artistes, et notamment sa protégée, Rye Rye, et le clip de Sunshine. Enfin, le 31 Décembre, une mixtape (sa seconde), "Vicki Leekx", partiellement inspirée par le buzz autour de Julian Assange et Wikileaks, était annoncée et publiée via son compte Twitter. Fatiguée en début d'année de ne pas avoir autant de succès médiatique que Lady Gaga, M.I.A. a remué ciel et web pour se refaire une place à l'avant-scène du monde artistico-bling bling, et elle a réussi.





Sufjan Stevens

Plus ou moins porté disparu depuis cinq ans (soyons sérieux, combien de personnes avaient écouté/regardé "The BQE" ? Pas plus de cinq cents à tout casser...), 2010 fut l'occasion d'un retour fracassant puisqu'outre une apparition (peu remarquée) sur le dernier disque de Clogs, Sufjan s'est débrouillé pour en finir avec son ancienne image en publiant gratuitement l'EP (aussi long qu'un album) "All delighted people" avant de sortir son chef d'œuvre post-moderne à lui, le fourmillant "The Age of Adz", l'occasion pour lui de dévoiler son goût pour les garçons, de critiquer la société présente tout en réinventant son chant et sa musique. Et puis vous en connaissez-beaucoup des "artistes folk" qui oseraient utiliser de l'autotune sur une chanson de plus de 25 minutes... sans se planter ?





Laetitia Sadier

Elle a certainement connu des années plus fastes mais 2010 fut celle de sa libération. Fini Monade, tout comme Owen Pallett, Lætitia n'a plus besoin d'avatar pour s'exprimer et son premier album, personnel, touchant, est une réussite. La sortie quasi simultanée d'une nouvelle collection de chansons de Stereolab (un album qui, avec le temps, gagne des points dans nos cœurs) n'aura pas voilé la sortie publique de Lætitia et ses concerts timides n'auront fait qu'augmenter le quotient de sympathie que nous avions déjà pour elle. Si Stereolab venait à mourir (souhaitons que non !), nous savons au moins que la relève serait assurée.





Bradford Cox

Lui aurait pu se contenter du succès du petit dernier de son groupe, Deerhunter, l'inégal-mais-réussi-quand-même "Halcyon Digest" qui fut l'occasion pour les plus réticents de finalement tendre l'oreille. Mais non, outre son remix pour l'album de Stereolab, il lui en fallait plus, alors c'est tout naturellement que vers la fin du mois de Novembre il a publié dans la foulée, à quelques jours d'intervalle, pas moins de quatre albums d'Atlas Sound, son alias, et ce gratuitement, via internet. Que l'on aime ou pas le bonhomme, sa musique ou celle de son groupe (et j'avoue avoir encore un pied dans le camps des réticents), il faut admettre que Cox est l'un des piliers de rock indépendant actuel, sans lequel le monde musical que nous aimons n'aurait pas exactement la même gueule (de traviole) et qui donne énormément de sa personne POUR la musique.





Owen Pallett

Il était déjà productif avec le pseudonyme Final Fantasy mais c'est comme si retrouver sa véritable identité l'avait rendu d'autant plus sûr de lui. Les puristes critiqueront sa transition vers une popmusic plus grandiloquente et moins à fleur de peau, mais il faut reconnaitre qu'avec "Heartland", Owen a enregistré un grand album, reconnu par une majorité des amateurs (il figurait au sommet d'énormément de tops de fin d'année) et que l'on écoutera encore longtemps. Et puis le bougre ne s'est pas arrêté là puisque dès le Printemps, il passait en studio pour enregistrer les violons de l'album d'Arcade Fire (soit les parties les plus réussies du disque) avant de publier à la rentrée un EP loin d'être inintéressant. Il est actuellement en tournée, encore et toujours, et on se demande s'il compte se reposer en 2011 ou bien nous en remettre une couche.





Madlib

Nous n'avons pas pris le temps de tout traiter, mea culpa, mais on vous avait prévenus. Madlib avait annoncé qu'il publierait un album par mois en 2010. Si sa collection de mixtapes "Madlib Medicine Show", dont les numéros pairs étaient des mixes de genres musicaux divers (reggae, jazz, funk...) et les impairs des créations originales plus personnelles, n'a connu que 10 numéros cette année-là (excusez du peu, et ça n'est pas fini, le numéro 11 est sorti en Janvier 2011), il a plus que moins tenu parole puisqu'on a pu le retrouver sur le second LP de Strong Arm Steady aux manettes de producteur, mais aussi en duo avec Guilty Simpson sur le très bon album publié sous l'avatar OJ Simpson, ou encore planqué derrière son alias jazz (Young Jazz Rebels) avec lequel il a sorti un album ("Slave Riot"). Si vous comptez bien on est à treize disques, et j'en oublie certainement. Vous n'avez peut-être pas énormément entendu parler d'Otis Jackson (son véritable nom) cette année, certainement moins que vous n'avez entendu parler de Kanye, mais cet homme de l'ombre a sans doute fait plus pour le hip hop en une année que beaucoup en une entière vie. Il est toujours temps de découvrir son œuvre et de l'élire homme de l'année.





Bethany Cosentino (Best Coast)

Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, il faut reconnaitre qu'on n'avait pas DU TOUT vu venir Bethany Cosentino, une fille qui avait commencé par officier au sein du groupe expérimental Pocahuanted, avant de publier en 2009 une série de singles et d'EPs proches de la vague shitgaze, sales et rock'n roll et qui, en 2010 est devenue... la nouvelle égérie de MTV. Son premier album, le très simple et ensoleillé "Crazy for You" lui aura ouvert les portes du mainstream américain, de tournées intercontinentales et d'une palanquée de clips démontrant par l'absurde que MTV n'a pas dépassé le stade "post-grunge" et n'est jamais sorti des années 90. Ajoutez à cela quelques collaborations (un single avec Jeans Wilder, notamment) et deux ou trois "trucs médiatiques" (ses copinages avec Wavves), et la voilà en une du Net toutes les deux semaines depuis un an. L'a-t-elle cherché depuis le début ? Est-ce un choix tardif pour la célébrité ? Aucune idée mais le résultat est là : vous pouvez entendre Best Coast, entre Shakira et Cocoon, sortir des hauts-parleurs de H&M alors que vous pratiquez "les soldes".





Quelqu'un d'autre

Si aucun des artistes proposés ci-dessus ne vous semble être la POPsonnalité de l'année, c'est peut-être qu'un candidat a échappé à notre œil et alors, je vous encourage à nous signaler qui est selon vous cette usine médiatico-artistique et à nous expliquer pourquoi vous l'avez choisie.






Les votes sont ouverts et vous êtes invités à donner votre opinion, via le sondage présent dans la barre latérale, sur votre gauche, mais aussi en détaillant votre point de vue à travers les commentaires. Dites nous qui et pourquoi a dominé l'année 2010 et filons-lui un trophée virtuel qui clôturera définitivement la période des tops et l'année 2010. J'attends vos avis !


Joe Gonzalez

vendredi 16 juillet 2010

[Alors Quoi ?] C'est une bien jolie coupe de cheveux, ou La Mort du Shitgaze (pt. 2)

[Dans un épisode précédent : "Gna gna, le shitgaze - ce truc qui existe même pas et qui n'est qu'un mot nul - est mort, il est devenu propre, il est plus comme avant et l'album de Wavves, bah il est vraiment d'une inutilité terrifiante, WOW, j'aime vraiment que dalle !"]

En parlant de chats qui se mordent la queue, c'est drôle, il y en a un aussi sur la pochette de l'album de Best Coast. A croire que les gens un peu faignants qui font du rock de plage en 2010 ont tous voulu montrer qui ils seront dans 30 ans : des vieux ridés dans un appart pourri entourés de chats pour combler le vide de leur existence après que leur énième album chiant soit dézingué dans l'édition papier de Pitchfork, qui sera devenu d'ici là un truc aussi ringard que le NME aujourd'hui. J'exagère. Je vais d'ailleurs vraiment exagérer en parlant de ce "Crazy For You" étant donné que j'étais le premier à défendre la musique de Bethany Cosentino il y a de cela huit mois, mais peu importe, il faut vivre avec ses contradictions. Résumé rapide : une fille qui quitte son groupe expérimental (qui depuis est devenu vraiment wtf, faudra qu'on vous en parle un de ces jours...) pour se mettre à faire de la surf music toute seule chez elle en Californie, qui sort des premiers e.p. vraiment très sympathiques et funs, qui devient hype, très hype, dont on attend beaucoup trop l'album qui, lorsqu'il sort, fait l'effet d'un soufflé qui tombe, qui tombe, qui n'arrête plus de tomber. L'histoire classique, oui, mais aurait-elle pu être évitée ? J'en doute un peu, trop habitués que nous étions à des doses légères et thérapeutiques de surf moderne qu'ont été tous les petits vinyles que Bethany a sortis depuis l'année dernière. Quand arrive finalement la grosse rasade, 31 minutes non stop de sucreries fondues dopées à la mélanine, on est paumé dès le milieu de l'album et on se demande où sont passés les charmes d'autrefois, alors qu'ils sont là, juste dilués n'importe comment.

(Le clip vraiment très rigolo, oh ça oui, dites-donc, de When I'm With You, morceau qui n'est pas ironique hein, c'est vrai, c'est juste sur une fille qui s'amuse quand elle est avec un garçon, yahou)

L'ironie magnifique de ce commentaire tiré d'une interview : "Je crois profondément qu'un album ne devrait pas être une succession de chansons qui sont toutes les mêmes." Mais là encore, observez la différence magnifique entre ce que l'on croit et ce que l'on fait, étant donné que ce que nous avons ici est une répétition ad nauseam de la même recette trop de fois, exactement ce qu'on pouvait craindre d'un premier album. Ce qui avait toujours différencié Best Coast du reste de la masse, c'était l'absence chez elle, ou du moins l'utilisation un peu moins marquée et systématique, de ces tics post-modernes qui plagiaient sans vergogne les girls bands 60's et que l'on retrouvait à outrance chez des filles comme Dum Dum Girls ou encore les Vivian Girls : la réverbération étouffante certes, mais aussi une production assez plate, à la distorsion trop terne, trop enveloppante. Écouté au casque, l'album de Best Coast forme comme un cocon lourd qui s'étouffe lui-même, qui se noie dans un verre d'eau chaude au milieu duquel la voix évoque une espèce de Peggy Lee moderne complètement ennuyeuse. Où diable est passé le temps de The Sun Was High (And So Was I), où un simple mur du son home-made n'avait besoin de rien pour prendre l'auditeur, et surement pas de cette pseudo propreté surf complètement neutre ? Jadis, le crépitement naturel de guitares mal enregistrées créait une sorte d'infini sonore où il n'y avait pas d'espace, pas de creux, juste un imperméable océan de distorsion. Maintenant, tout est trop ample, trop large, la musique si simple et naïve de Best Coast n'arrivant pas à trouver ses marques dans cette production qui laisse trop de place à du rien du tout. Et de l'ennui un peu désespéré de chambre à coucher, on est passé à la simple surf music qui ne fait rien de spécial à part réciter sans talent ce qui a déjà été trop chanté. C'est un peu comme si Best Coast, qui semblait avoir si bien digéré ses influences venues à la fois des années 60 et 90, avait finalement tout régurgité n'importe comment pour le garder dans ses bajoues, façon hamster, avant de délivrer ces exemples flagrants de manque d'inspiration. Parce que ce n'est pas un problème de talent, certains morceaux ici ne sont vraiment pas mauvais (même si, ô ironie, le meilleur reste When I'm With You), mais ce qui ne peut que peiner ceux qui ont cru en elle, c'est à quel point tout cela semble profondément inutile, prêt-à-écouter, prêt-à-oublier, un peu comme les cartes postales portent déjà en elles le signe de la fin des vacances et de l'oubli sans fard qui les attendra inéluctablement. On rêvait d'une musique qui aurait su, comme d'autres avant elle, tenir en elle tout un absolu adolescent cherchant désespérément à ne pas mourir ni vieillir, et l'on a eu seulement la bande-son d'un été qui va crever, qui crève, qui est déjà fini.

Et oui, je sais très bien que j'en ai attendu trop de ces deux albums et que toute la bile tiède que je déverse devant vos yeux ennuyés est annulée par ce qui a toujours été le propos de ces albums : la futilité, l'insouciance, un je-m'en--foutisme qui excuse tout. Qu'on se proclame "roi de la plage" ou qu'on répète "I don't care, I am happy" plein de fois, c'est la même chose, voilà des albums dont la seule ambition est de ne pas en avoir, et l'on passe forcément pour un idiot à y chercher plus que ça. Mais que voulez-vous, il y a toujours en moi ce secret espoir que je vois pâlir au fil des ans, dont les contours deviennent troubles, dont je ne distingue plus vraiment les traits : celui d'un véritable album insouciant, qui décrirait un sentiment adolescent et branleur en parfaite adéquation avec la musique, un album pour notre époque qui sentirait l'ennui mais aurait une durée de vie plus longue qu'un été. Un album qui parlerait lui aussi d'histoires d'amour pourries au bord de la mer, mais sur lequel on aimerait revenir, oubliant un instant qu'on connait ces histoires par cœur et que le temps a passé. Je ne sais pas si un album pareil à déjà existé. Je ne sais pas s'il existera un jour. Je ne sais même pas si je l'attend d'ailleurs. Mais j'avais espéré pendant un instant que c'est au sein du shitgaze qu'il aurait pu éclore. C'est un échec. Encore un. D'ici là, vous pourrez pourrir vos tympans avec ces saloperies circa 2010, mais un peu moins qu'avant, Dieu merci, car ça a du bon de prendre soin de soi et de s'autoriser de jolies productions. Ça fatigue moins l'oreille. On peut être encore plus confortable en écoutant sa soupe indie. L'été s'annonce merveilleux, vraiment.

Et puis, de toute façon, j'en ai rien à foutre.


Emilien Villeroy

mercredi 14 juillet 2010

[Alors Quoi?] C'est une bien jolie coupe de cheveux, ou La Mort du Shitgaze (pt. 1)

Je me souviens encore de toutes ces conneries. C'était il y a un an, déjà un an, vous vous rendez compte. Je me souviens du deuxième album de Wavves, et du son dégueulasse qu'il se trainait, et de ses après-midi trop chaudes de l'été chiant passées à écouter So Bored en me trouvant monstrueusement cliché et naze d'aimer ce truc de branleur qui se faisait mousser en foutant un son tout sale. Je me souviens des Vivian Girls, vous pas, c'est pas grave, elles étaient rigolotes et inutiles avec leurs pastiches 60's. Y'avait aussi Japandroids, ils étaient mauvais, ils faisaient du punk en fait, sérieusement. Oui, c'était le shitgaze. J'en parle avec la voix de Frédéric Mitterrand mais je n'ai aucune nostalgie. J'ai tenté de manière bien vaine de le détruire, puis je l'ai excusé trop facilement (quoique j'écoute toujours Times New Viking, les meilleurs du lot, au dessus de tout ça), et puis finalement, comme prévu, il est mort tout seul puisqu'il ne pouvait pas tenir comme ça bien longtemps. Son cadavre est très drôle à voir, c'est un spectacle qui vaut le coup d'œil, oui, venez voir le shitgaze allongé par terre. Il s'est annulé. Il s'est trouvé des excuses. Il s'est acheté un nouveau micro un peu moins dégueulasse. Il a décidé d'aller un peu en studio pour agrandir son public. Il est devenu un peu plus bourgeois, un peu plus urbain, un peu plus propre sur lui. Ouvrez les yeux, même Ariel Pink a décidé d'avoir un meilleur son, si c'est pas le signe que les crépitements lo-fi sont has-been. Le shitgaze désormais, il fait où on lui dit de faire. Le shitgaze, c'est comme ce pote qui vous répétait qu'il changerait jamais ses vieilles chaussures dégueulasses, et puis qui est venu un jour à une soirée avec des pompes toutes neuves, et vous avez pas pu vous empêcher de faire une réflexion, mais il a juste dit "bah quoi ?" et vous n'avez rien pu ajouter. A l'orée de l'été, deux albums disent au revoir au son sale : le dernier Wavves (espérons-le) et le premier Best Coast. Une minute de silence après des heures de boucan. Faites un dernier bisou à cette hype qui meurt. Pendant ce temps, l'oraison funèbre.

Ce qui m'a marqué le plus en écoutant Post Acid, le premier single issu du tout récent "King Of The Beach" de Wavves, je ne crois pas que cela n'ait été que la section rythmique était moins branlante (forcément, maintenant qu'il a récupéré les musiciens de feu Jay Reatard), ni non plus que le son était léché, sorti d'un joli studio avec le producteur des Hives ou Modest Mouse, ni même qu'il était en écoute exclusive via un pseudo-label créé par la boisson Moutain Dew (oui, vraiment...) ou encore que Nathan Williams chantait des choses aussi insipides qu'avant ("Don't you understand/That I'm just having fun/With you"), non, rien de tout ça. C'était plutôt de me rendre compte que l'ensemble sonnait comme du Blink 182. Du bon vieux punk californien complètement bête qui s'était caché dans le lo-fi branleur des débuts. Et soudain, il apparait dans un refrain insupportable et un break avec des voix seules, très en avant, beaucoup trop, qui beuglent lamentablement. Si certains ont peut être eu la chance de ne pas être crédules depuis le début, je ne vais pas cacher que je me suis senti très idiot pendant un court instant, à écouter cette dose de Offspring-pour-les-hipsters, un peu comme quand on me met des extraits de "Pet Sounds" dans des blind tests et que j'ose m'exclamer "c'est pas mal ça, c'est quoi ?" Puis, je me suis ressaisi et me suis posé la vraie question : "bah alors mec ? il est où le lo-fi ?" En interview, on est un peu évasif sur le sujet : "oh, vous savez, on avait cette opportunité, moi je suis prêt ensuite à retourner enregistrer dans ma chambre jusqu'à la fin de ma vie ensuite, mais là, puisque j'avais la possibilité d'aller en studio, bon, et puis j'ai surveillé le mixage hein, pour que ça sonne comme dans ma tête enfumée !"

(Post Acid)

Ce n'est pas grave Nathan. Personne ne te juge. Tu as laissé GarageBand de côté, mais ce n'est pas une trahison. Les gosses qui ont grandi en écoutant les deux premiers Weezer peuvent se sentir blessés par ce qu'est devenu le groupe qui leur parlait dans les 90's. Pas les gosses d'aujourd'hui qui ont déjà ingurgité des giga-octets de nouvelles merdes hype. D'ailleurs, personne n'a jamais été inspiré par Wavves. Tout cela n'a été qu'un moyen de tuer le temps, un peu, le silence, beaucoup. Tout le monde s'en fout, vraiment, mais c'est tellement drôle d'écouter cet album après les deux précédents. Qui pourrait croire à ces petits vibraphones tout mignons sur Green Eyes pendant qu'il chante "I'm just not man enough" (effectivement) ou ces claviers si pop et mignons sur le très étrange Convertable Balloon ? Et puis il y a le très drôle When Will You Come qui reprend des clichés 60's tellement gros, tellement déjà vus et revus, surtout récemment, que c'est comme si le morceau n'existait pas et avait été fait en trois minutes. Il y a des morceaux plus calmes, plus réfléchis, mieux composés, ça se sent, mais c'est si vain, si inutile, ça ne sert plus à rien de faire des efforts, qui pourrait encore s'intéresser à ce type qui n'a, depuis le début, fait que copier des gens et des groupes sans y foutre aucun talent et qui n'a même plus ce côté sympathique du glandeur qui s'ennuie chez lui ? Il est plutôt ridicule d'ailleurs quand il cherche à créer des ambiances moites et tribales sur l'interminable Mickey Mouse, dont les quasi quatre minutes sont un cauchemar de pastiche 00's façon Panda Bear crétin. Et toujours ces mêmes faux-tubes semi-punks qu'on écoute d'une oreille forcément distraite, peut être un peu en boucle durant le mois de Juillet avant de les oublier. Lu dans une interview : "C'est un album de pop." Oh la belle phrase toute faite, que tout le monde aime à répéter ces temps-ci, encore et encore, à tort ou à raison, même si, dans l'absolu, on est effectivement face à du pur divertissement, le même que celui que crachent les radios, la même merde distordue. Dans le meilleur morceau de l'album, Take On The World, il y a ce moment d'ironie fascinante quand notre grand dadais nous chante "I sorta hate my music/It's all the same" alors qu'on est face à un auto-plagiat éhonté de So Bored et qu'il lance encore quelques uns de ces ooh-ooh qu'il a usés jusqu'à la moelle durant toute sa, déjà, trop longue carrière : il voit la blague, la fait, ne change rien, continue à gratter les mêmes accords, indéfiniment, satisfait par ce grand rien qui l'entoure, comme un mec à la plage qui se contente très bien de ne rien foutre sous un soleil qui brille, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf. Et une partie de moi déteste vraiment cet album, parce qu'il gâche toute une magie de pacotille qui vivait encore il y a un an pour n'être qu'un amas triste de boucan mou, un peu moins crade qu'avant, mais surtout beaucoup moins intéressant, l'ennui n'ayant généré que de l'ennui, chat qui se mord la queue sans même s'en rendre compte.

[Rendez-vous dans un temps prochain pour la suite de cette longue déblatération aigrie qui évoquera avec le même enthousiasme réconfortant le premier album de Best Coast]

Emilien Villeroy.

lundi 8 mars 2010

[Réveille Matin] Best Coast - Wish He Was You

Elle sort des vinyls plus rapidement qu'elle ne change de suites d'accords. C'est vraiment comme ça qu'on pourrait résumer ce que fait l'amie Bethany Cosentino (a.k.a. Best Coast), qui après un chouette split single y'a quelques semaines, a encore balancé sur le marché l'autre jour un bout de plastique dans une pochette en carton nommé "Something On The Way", rempli de trois morceaux qui sont invariablement lo-fi, faisant d'elle une espèce de stakhanoviste moderne de la musique surf pop 60's. Et tout ça en prévision d'un album qui est déjà enregistré et qui devrait sortir d'ici l'été, forcément. Alors, bon, quand on a, comme moi, aimé Best Coast dès le premier coup d'oeil pour la fraicheur que ses déambulations paresseuses dégageait, il est clair qu'au bout de huit autres chansons un peu similaires, quoique plus propres, égrenées mois après mois, on a l'impression de tomber sur une redite interminable, et on n'est pas loin d'une recette qu'on nous a servie, re-servie, trop servie, jusqu'à ce qu'elle nous file la nausée.




Mais paradoxalement, même en essayant de considérer ces trois nouveaux morceaux avec le plus de sévérité possible (j'ai voulu ! j'ai vraiment voulu !), la modestie et l'efficacité de l'ensemble fonctionnent encore, de manière plus diffuse certes, mais toujours assez pour avoir ces petits refrains (à propos d'ennui et surtout de garçons) dans la tête pendant plusieurs heures. Ce matin, je vous propose d'écouter Wish He Was You, petite douceur mélancolique où une guitare électrique qui ne joue que sur une seule corde des riffs rétros entoure une mélodie dédiée entièrement à cet "autre," ce "garçon," encore lui, ce "you" qui n'est jamais là, et surement pas dans le lit où est Bethany, l'enfoiré, vraiment, dans tous les morceaux ou presque elle l'attend. Enfin, peut être qu'il n'aime pas les pastiches girl band et les effets d'ampli sur la voix. Dans ce cas là, oui, il a raison de ne pas être là. En espérant que ce premier album à venir évoluera un peu et n'offrira pas juste une redite des e.p. mais en 4 fois plus long. Parce que sinon, on ne sera plus là non plus.


Emilien.

mardi 1 décembre 2009

[Vise Un Peu] Best Coast - S/T + Make You Mine + Black Iris 7''

Oh non. Pas encore. Y'en a marre. Je vous entends crier de l'autre côté de votre écran, mais rien ne m'arrêtera chers lecteurs. D'ailleurs, c'est déjà trop tard. Je vais encore vous parler d'un groupe qui fait de la musique rock pas originale avec un son pourri. Je vous dirais bien que c'est la dernière fois, mais j'avais déjà un peu décrété ça quand j'avais causé du dernier Times New Viking. Et c'est raté. Mais que voulez-vous, il y a toujours cette espèce de magie niaise par moments, quand un morceau vous tombe dessus et qu'il vous illumine, vous voulez en parler à tout le monde, à tous ces gens qui ne l'aimeront pas autant que vous, mais ce n'est pas très grave parce que le fait même d'en parler est la preuve ultime de votre allégeance à une centaine de secondes de musique qui en valent dix mille autres. Et si j'exagère, là, tout de suite, alors jetez moi la première pierre, balancez moi des parpaings via les commentaires si vous n'avez jamais ressenti ça, oui, occupez vos mains histoire d'oublier le fait que vous n'avez pas vécu un des meilleurs trucs possibles à vivre, pour peu que la musique ait ruiné votre vie et que vous l'assumiez parfaitement.


(In My Room - ceci n'est pas une reprise des Beach Boys)

Le mieux, c'est quand ça vous tombe dessus par surprise, mais pas totalement. Vous avez un vague historique dans votre tête : ces derniers temps, le duo américain et féminin Pocahaunted faisait de la musique improvisée expérimentale à base de drones, de voix qui psalmodient avec une réverbération qu'on qualifiera d'outrée, et sortaient au moins une cassette tous les deux mois. C'était la plupart du temps très chiant, mais par moment, miraculeusement, ça sonnait très bien. Et puis à un moment, une des deux filles, appelons là Bethany Cosentino (c'est son nom) décide de quitter le groupe qui était devenu un quintet (!) pour retourner chez elle, en Californie, et de faire de la pop music toute seule, avec des morceaux qui semblent être inspirés par la bonne vieille époque des girls bands tels que les Ronettes. Vous en savez pas plus, vous oubliez tout ça très vite même si la chose va s'enfouir quelque part dans votre mémoire branlante. Et puis, par hasard, un jour, vous tombez sur ce groupe Best Coast dans un blog américain que personne ne lit – vous vous rendrez compte, mais un peu tard, qu'en fait beaucoup de gens en parlent sur internet, mais c'est dur d'avouer qu'on est à la ramasse – et tout vous revient en mémoire, vous vous rendez compte que ça a avancé pour Bethany, alors vous cliquez au hasard sur des choses illégales sans en attendre rien, et quand la musique commence, vous vous stoppez dans vos activités, parce que, oh! C'est bien!


Sauf que là, c'est vous lecteurs malins qui me stoppez dans mon argumentation parce que vous êtes en train d'écouter le morceau que j'ai mis dans le player au dessus et vous tirez sur ma manche en me demandant avec un rictus qui ne vous va pas du tout "mais, heu, c'est du shitgaze ça un peu non? On dirait du Vivian Girls... et plus personne n'écoute les Vivian Girls depuis au moins QUATRE MOIS". Vous avez raison (même si Best Coast a eu la bonne idée de vendre sa pédale de réverbération). Mais écoutez mieux ce morceau, "In My Room" extrait de l'e.p. "Make You Mine", sorti y'a un peu plus d'un mois. Certes, c'est deux accords au son dégoutant et à la Jesus & Mary Chains qui tournent en boucle, eux qui voulaient déjà refaire le Wall of Sound de Phil Spector mais avec des pédales de distortion. Mais ne sous-estimez jamais le pouvoir de certaines suites d'accords utilisées par à peu près tout le monde : si c'est le cas, c'est parce qu'il y a une raison. Et quand dessus, une fille lance des "Whaaaaaaaaaa" surpuissants en vous racontant qu'elle a un petit monde à elle où tous ses soucis s'en vont et où elle peut raconter ses secrets, et que ce monde, ce n'est rien d'autre que sa chambre, c'est un peu comme chez Girls il y a quelques mois, il y a un sentiment adolescent ultime, la sublimation de sentiments minables dans une musique aussi naïve que le sourire d'un pubère avec un appareil dentaire. Et si à vivre soi-même, c'était absolument affreux, à écouter, ça semble magnifique et déchirant. Peut-être que la musique dite garage de notre époque n'est finalement qu'une grande bande-son faite par des post-ados fatigués pour des post-ados fatigués et rien de plus. Quoiqu'il en soit, la musique de Best Coast, c'est celle de l'été qui ne finit jamais, mais de l'hiver qui n'est jamais vraiment loin non plus, et sur la petite discographie en constante construction de ce one-man-band à géométrie variable, il y a déjà des petites perles qui n'annoncent rien, pas même un hypothétique premier album qu'on attendrait comme le messie, non, qui n'annoncent rien d'autre qu'elles-mêmes et des écoutes en boucle.


The Sun Was High (So Was I)

Rien que sur le tout premier single éponyme déjà sold out, il y avait ce morceau The Sun Was High (And So Was I) (plus qu'un titre : un programme) qui était une petite perle de lo-fi qui pourrait durer des heures. Évidemment, les influences sixties abondent, mais paradoxalement, ce morceau ferait presque penser à du Pocahaunted dans sa répétition extrême, sa composition qui sent le soleil de la Côte Ouest et ses guitares électriques molles, et le point fort de Best Coast est là : ses morceaux ne sont pas seulement des pastiches, ils ont cet aspect de transe douce et moite qui fait qu'on a envie d'y revenir, de plonger dedans, encore et encore. Forcément, quand on tombe ensuite sur une reprise un peu plan-plan de Lesley Gore et de son terrifiant morceau That's the way boys are (circa 1964) dont les paroles donnent envie de relire Le Deuxième Sexe, ça marche moins bien, on s'ennuie même un peu. Mais les morceaux enthousiasmants le sont assez pour ne ressentir aucune déception ou lassitude. On en viendrait à se demander si les meilleures compositions ne sont pas des essais ratés de pop 60's qui auraient justement gagnés en originalité grâce à cet échec. Sur le petit e.p. au son plus propre (enfin bon...) qui a suivi, "Make You Mine", c'est les voix des Shangri-Las qui sont convoquées sur le morceau-titre, accompagnées par des petites guitares complètement rétrogrades et une profusion de "ohhh baby" qui en agacera certains mais réjouira ceux qui cherchent des petits tubes instantanés, ce que les 4 morceaux de cet e.p. - un des meilleurs de l'année - sont, assurément.

Où va Best Coast? Tout cela ne serait-il pas une hype honteuse et absurde? Aucune idée. Ce n'est pas le dernier single sorti chez Black Iris il y a un peu plus d'une semaine qui pourra nous renseigner clairement : When I'm With You en face A est une charmante chanson retro qui joue beaucoup plus sur le terrain des néo girls-band garage, mais avec non seulement plus de talent et moins de reverbération (dieu merci), mais avec un côté faussement shoegaze qui nous rappelle que finalement toute la pop se mélange, et que désormais, les musiciens pompent partout, réunissent n'importe quoi. C'est peut être un peu moins convaincant, il est encore trop tôt pour se prononcer, Best Coast n'ayant même pas un an d'existence. Best Coast, juste un énième pastiche qui ne mène vers rien ? Ce n'est pas tout de suite que l'on pourra trancher la question. En attendant une réponse dans une profusion de singles inégaux ou un probable premier album, il nous reste une bonne poignée de chansons pop et ensoleillées qui offrent à notre saison éternuante de beaux moments de bruits blancs qui réchauffent.





Emilien