C'est entendu.
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vendredi 13 janvier 2012

[45 Tours] Bedhead - The Present

Cette semaine, j'ai essayé, un peu pour vous et beaucoup pour moi, de ralentir le tempo, d'arrêter le Temps pour nous éviter de nous éveiller, de nous confronter aux autres, par angoisse et refus d'obtempérer. Aujourd'hui encore, alors que la journée de travail est avancée et que chacun d'entre nous aimerait que tout s'accélère, permettez-moi de mettre mon holà. Voici une fois de plus une longue et nonchalante tentative de ralentir l'arrivée du weekend et ainsi, peut-être, repousser son terme.




Bedhead était un quintet de Dallas, Texas, mené par les frères Matt et Bubba Kadane et dont le troisième album ("Transaction de Novo") fut en 1998 le chant du cygne. Leur parcours en plein cœur des années 90 les amena à tricoter autour de la naissance du post-rock sur les flammes de ce que l'on avait appelé au début de la décennie slowcore. Ce rock indie neurasthénique, très lent et très sec, défendu bien vite par des groupes très influents tels que Codeine ou Low, devait infecter une partie des musiciens américains indépendants de l'époque (comme Cat Power, The Black Heart Procession ou Smog). Ceux qui comme Bedhead avaient déjà un pied dans les downers et qui écoutaient Galaxie 500, Slint, Tortoise ou même, de l'autre côté de l'Atlantique, les deux derniers albums de Talk Talk, ceux-là devaient même pousser le slowcore vers une rationalisation de sa vitesse et une normalisation en terme de son. Quoi que l'on pense de cette dernière, laquelle me semble directement responsable de l'automatisation (et donc de la mort) du post-rock, je ne peux me résoudre à blâmer les frères Kadane. Comme ces derniers l'ont démontré par la suite avec leur avatar The New Year, ce qu'ils jouaient alors n'était rien d'autre que de l'indie-rock. Au ralenti, certes, mais dans une démarche indie telle que l'envisageaient les musiciens américains dans les années 90 : vers un cool désabusé voire désœuvré. Il s'agissait pas de se prendre pour des compositeurs, des romantiques tire-larmes ou, pire, pour des bêtes de scène à la Mogwai.


Joe Gonzalez

jeudi 5 janvier 2012

[45 Tours] The Weeknd - Initiation

En plus d'un goût certain pour sélectionner et arranger l'artwork de ses disques (ou en tout cas pour trouver quelqu'un d'assez compétent pour le faire), le canadien Abel Tesfaye a su imposer ses premières mixtapes (publiées en 2011, la dernière en date, "Echoes of Silence", date du 21 décembre) au public à travers son amitié avec la nouvelle superstar du r&b moderne, j'ai nommé Drake. L'aide de ce compatriote (qui n'est pas vraiment en odeur de sainteté par chez nous) n'est pourtant pas la seule raison du succès grandissant de The Weeknd ces derniers mois. Avant toute chose, Tesfaye est plutôt malin. Un remix de Gaga par-ci, un featuring (chez Drake) par-là et surtout un choix rigoureux pour les bandes-sons de ses mixtapes. C'est ainsi que l'on retrouve Siouxsie & The Banshees, Beach House ou Cocteau Twins sur "House of Balloons" (la première partie de sa trilogie de mixtapes), Martina Topley-Bird et Thieves Like Us sur "Thursday" (la seconde partie) et Michael Jackson et France Gall sur "Echoes of Silence". De quoi renforcer la nature populaire référentielle de la musique de Tesfaye et lui offrir, en attendant un premier album original, un potentiel de séduction accru vis à vis de ceux que le r&b moderne ne comble pas d'emblée.



Je n'avais pas été si convaincu que ça par les deux premiers essais de The Weeknd mais avec "Echoes of Silence", la chimie s'est produite aussi rapidement qu'avec la "Nostalgia, Ultra" de l'autre petit génie du r&b moderne, Frank Ocean. Sa réinterprétation du Roi de la Pop (à travers le titre épique Dirty Diana) d'entrée de jeu donne le ton et expose son énorme travail de production (vocoders bien choisis, synthétiseurs glacés et boites à rythme inattendues). Il se dégage une ambiance très particulière des titres présentés ici (et que vous pouvez bien entendu télécharger gratuitement), quelque chose entre la profonde mélancolie (le "Laisse Tomber les Filles" de Gall sonne sur Montreal comme un triste constat), une épique conquête du terrain de jeu de ses concurrents à la force de la voix, jusqu'au climax The Fall et la lente et glaciale descente émotionnelle qui termine le disque. Tout comme Ocean, Tesfaye a encore beaucoup à prouver, mais si l'on doit parier sur des canassons dans les prochains mois de la course à la popularité, on a déjà en tête deux noms pleins de promesses.


Joe Gonzalez

mardi 27 décembre 2011

[45 Tours] Yo la Tengo - Emulsified

Je n'ai jamais su ce que signifiait "émulsifié" alors l'esprit vagabonde, vous savez, et l'imagination gagne la bataille, ce qui fait que pour ma pomme, "émulsifier" signifie "donner ou avoir une consistance proche de celle de la purée Mousline". Ca n'a peut-être pas du tout ce sens-là et si j'avais pris le temps d'ouvrir mon Robert, j'aurais peut-être évité de dire une bêtise. Du coup, lorsque le chanteur de Yo La Tengo annonce qu'il veut être émulsifié, je me dis qu'il utilise une métaphore pour signifier son désir de "chercher la merde au point de se faire ratatiner par plus costaud que lui". A chaque fois que je passe cette chanson, je me prends donc à imaginer Ira Kaplan dans les pires situations : demandant à Nick Oliveiri (Kyuss Lives !, Kyuss, Queens of the Stone Age, Pénitenciers en tous genres) s'il frappe sa femme parce qu'il en a une toute petite, improvisant un stage diving après avoir gueulé au public qu'il était "pas tout à fait en désaccord avec la politique internationale d'Ahmadinejad", essayant d'arracher le slip de David Douillet... C'est une chanson qui aiguise mon imaginaire !




Pourtant, si Ira, sa femme et son gros bassiste se sont bel et bien confrontés à plus forts qu'eux avec cette chanson-là, c'était plutôt aux Beatles des débuts (dont ils sont depuis toujours gagas), ceux de I Saw Her Standing There ou Twist and Shout. Demander à être émulsifié, en ce sens, c'est avoir une sacrée paire de cojones. Pourtant, j'ai toujours pensé que la demande de Kaplan n'avait jamais été satisfaite tant le pastiche de rock'n roll de la vieille école qui est déployé ici n'a rien à envier aux Papes de la Pop. C'est un peu le cas avec tout l'album, d'ailleurs ("Fakebook", 1990), qui est à l'image de ce que Yo La Tengo a de meilleur : un infaillible amour pour la musique pop (que l'on a souvent pu retrouver à travers leur "Yo La Tengo is Murdering the Classics", ou encore leur long show radio il y a un an ou deux où ils proposaient aux auditeurs de leur demander N'IMPORTE QUELLE reprise et s'exécutaient en direct). Voilà des activistes sous-estimés, voilà des mous-du-genou qui savent envoyer la purée... Voilà l'explication ! Yo La Tengo a émulsifié les Beatles et vous sert un hachis Parmentier bien chaud en guise d'hommage. Belle !


Joe Gonzalez

samedi 10 décembre 2011

[45 Tours] Sacred Bones Records, bilan 2011

Si vous pensez avoir en tête un bel échantillon de ce qu'a publié le label Sacred Bones en 2011, vous n'avez pas tort, certes, mais il vous manque encore des clés. Il est vrai qu'une bonne partie des artistes signés sur le label officient d'une façon ou d'une autre dans un registre de rock psychédélique à guitares et outre The Men, Moon Duo, Föllakzoid ou Religious Knives, il y a encore Crystal Stilts (dont on vous avait déjà parlé et qui ont publié un EP de garage-pop à la Phil Spector cette année) et Psychic Ills (leur rock psychédélique a tendance à changer à chaque album et cette année, il était teinté d'americana et un brin fatigué) ou Naked on the Vague (des australiens habitués à un no(ise) rock assez violent et qui cette fois-ci proposent un rock psychédélique à tendance gothique, ou l'inverse). Surtout, il y a Human Eye, un combo de Detroit formé autour de Timmy Vulgar, un ahuri passionné par les aliens, et qui joue un rock psychédélique complètement débile, imprévisible et qui vous explosera les synapses à vitesse grand V. Comme si le noise rock tel qu'on l'aime (à tendance synth-punk, précisons-le) s'acoquinait à la fois de l'école Zappa/Patton et du stoner-rock de Kyuss. C'est un grand n'importe quoi que ce quatrième album ("They came from the sky", encore une fois ça parle essentiellement d'aliens) et je vous le recommande chaudement.


(Human Eye - Junkyard Heart)


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(Cult of Youth - The New West)


Sachez aussi qu'un autre pan du label tend à se rapprocher d'artistes un brin plus torturés ou mous du genou. Jesse Lortz, ex The Dutchess and the Duke, a lancé son nouveau groupe (Case Studies) sous les auspices du label et force est de constater que sa country alternative manque sacrément d'énergie et se défait de toutes les influences (Dylan, Stones) que son premier groupe avait. Il y aussi le groupe de neofolk (comprendre folk torturée) de Sean Ragon, alias Cult of Youth, beaucoup plus réussi mais pour lequel il faudra être préparé à se laisser immerger dans les paroles et les beaux arrangements typiques du genre. Et enfin, Sacred Bones a aussi hébergé la musique d'une fille qui côtoie davantage que quiconque sur le label les paillettes des médias indés depuis maintenant presque deux ans : Zola Jesus. Pour l'avoir vue arpenter la scène de l'Olympia de long en large, sans charisme ni bonnes chansons en 2010, j'ai sans doute un point de vue biaisé, mais je dois avouer que sa musique ne m'a pas plus convaincu avec "Conatus", son nouveau disque de darkwave (de l'électropop sombre à souhait et un brin poseuse). A vous de voir où vous vous situez. Vous savez à présent à quoi vous attendre et n'avez plus qu'à faire votre marché dans la production pléthorique d'un label émergent parmi les plus intéressants à avoir surgi ces dernières années du marasme de l'indésphère post-90's. Bonne pèche.


Joe Gonzalez

vendredi 11 novembre 2011

[45 Tours] Blur - Best Days

La chanson a maintenant plus de quinze ans et chacun de nous, ou en tout cas chacun de ceux qui l'ont écoutée et interprétée à l'époque ("The Great Escape", le quatrième album de Blur, le dernier de leur trilogie britpop, a paru en 1995), peut désormais réécouter Best Days et établir un constat. Damon Albarn chantait alors le quotidien peu glamour d'un chauffeur de taxi, d'un type inhibé titubant chez lui et de l'Angleterre prenant le train vers la campagne en concluant que même si personne ne voudrait l'admettre, c'étaient là les plus beaux jours de nos vies. Une drôle d'affirmation et l'on peut comprendre le besoin d'Albarn de préciser l'évidente désapprobation générale de son idée. Et pourtant...





N'avait-il pas raison ? Qu'il ait chanté ça de façon très personnelle (Albarn devait se séparer de Justine Frischmann quelques mois plus tard et enchainer avec deux albums bien moins enthousiastes), en pensant à la scène britpop (qui ne survécut pas vraiment à l'année 1997) ou à toute l’Angleterre (moyenne) et par là, à la classe moyenne internationale qui prospérait au milieu des années 90 et n'avait semble-t-il prévu ni le 11 Septembre ni le Moyen Orient ni la Dette et qui nonchalamment prospérait, j'ai l'impression que Damon avait vu juste et je réécoute souvent cette chanson en me souvenant de ma propre enfance, de ma chance d'avoir vécu la fin des années 80 et le début des années 90 dans une parfaite insouciance (jusqu'en 1997, la fin du rêve familial à titre personnel et le début de la Gauche-En-Eau-De-Boudin en France et en Angleterre). Il y a quelque chose de très nostalgique dans le chant et la guitare d'Albarn sur cette chanson qui appelle "Blur" (1997) de ses vœux, et pourtant, on entend encore des violons au loin, la basse d'Alex James, penaude sur les couplets, prend du poil de la bête et monte et descend les marches de la joie sur les refrains, tout comme la guitare de Graham Coxon qui semble faire de la descente une profession de foi après le premier refrain, comme si elle s'enfonçait au plus bas d'une cave. Le symbole de ces "Meilleurs jours de nos vies", c'est ce piano, à la fin, qui se lance dans un solo qui rappellerait presque les Kinks s'il n'était aussi peu grandiloquent. Ce bonheur représenté, ce piano agréable, beau mais sans superbe, et c'est là tout le dilemme du problème posé en réalité par Albarn, (si ces jours-là étaient bien les meilleurs, étant donné ce à quoi ils ressemblaient, la routine, le quotidien d'une classe m o y e n n e, devons-nous vraiment les regretter, et n'y'a-t-il pas des raisons d'espérer mieux ?), ce piano est l'une des plus belles et des plus insidieuses questions posées à sa société par un songwriter pop dont la perspicacité et le talent continuent de m'épater.


Joe Gonzalez

vendredi 21 octobre 2011

[45 Tours] Silver Apples - Program

Si vous avez aimé passer la semaine à dodeliner de la tête au son de grooves d'un autre temps, vous allez aimer Silver Apples. Ce duo américain, pionnier de la musique électronique, précurseur de Suicide, Portishead, et de l'acid house, d'une certaine façon, est arrivé pile au bon moment : en 1968, année psychédélique et avant-gardiste par excellence, paraissait "Silver Apples", un premier album coup-de-poing-dans-le-plexus où s'enchainaient sans temps mort les grooves psychédéliques - et limite proto-krautrock, à vrai dire ! - portés par la batterie de Danny Taylor, comme une charpente immatérielle supportant les structures circulaires des riffs des synthétiseurs de Simeon Coxe, dont la voix funambule semblait à la fois survoler la mêlée et appuyer violemment sur les mots.


(Non, Jonny Greenwood n'a pas inventé le sampling de radios locales comme entame de morceau)

Tout l'album est de cette trempe et le suivant ("Contact") est presque aussi bon et on y trouve du banjo à gogo dans une sorte de revisite de l'americana façon hallucinée. Malgré ça, la carrière de Silver Apples n'a pas été ce qu'elle aurait pu être. Lâchés par leur label au début des 70's, les deux musiciens n'enregistreront plus avant les années 90 (le troisième album paraitra même en 1998, soit presque trente ans après sa date prévue de sortie, en 1970). Simeon Coxe se brise le cou en 1998 à la suite d'un accident de la route et Danny Taylor meurt en 2005... oui mais le groupe existe encore ! Après des années de rééducation, Simeon a relancé Silver Apples et il sera ce soir en tête d'affiche au festival BBMix à Boulogne-Billancourt. Il est encore temps de prendre votre place (c'est donné !) et d'apprécier le psychédélisme de Silver Apples, tanqué dans un bon fauteuil du Carré Bellefeuille, face à un musicien qui aurait l'âge d'être votre pépé et qui pourtant vous donnera envie de remuer vos fesses et de jouer avec des synthétiseurs analogiques et des séquenceurs comme avec autant de jouets magiques.


Joe Gonzalez

jeudi 20 octobre 2011

[45 Tours] Spiritualized - If I were with Her now

Chez Spacemen 3, trio anglais majeur dans le renouveau psychédélique médicamenteux de la fin des années 80 (aux côtés de Jesus&Mary Chain et autres Flaming Lips et Stone Roses, ce renouveau a notamment permis l'existence des Dandy Warhols, Brian Jonestown Massacre et autres - plus récents - Wooden Shjips, Black Angels et compagnie), l'élément le plus instable était Peter 'Sonic Boom" Kember, tout le monde le sait, et ses sorties suivantes (sous cet avatar ou en tant que Spectrum) ont prouvé que le bruit, le DIY et l'esprit adolescent du trio étaient son tribut (*). De l'autre côté du spectre, c'est Jason "Spaceman" Pierce, alias Spiritualized qui semblait dépositaire des velléités psycho-spatiales du groupe. En clair, s'ils étaient tous deux des enfants légitimes de Lou Reed, l'un était un dealer de crack pour junkies dégueulasses et l'autre préférait fournir la haute société avec des pilules qui vous entourent de coton. Beaucoup considèrent "Ladies & Gentlemen we are floating in space" comme le meilleur disque de Spiritualized, et ils ne sont pas à côté de la plaque. Sorti en 1997, c'était un parfait compagnon de route pour "OK Computer", un autre antidépresseur à s'envoyer massivement pour combattre la tension pré-millénaire. Cependant, l'album le plus abouti de Jason m'a toujours paru être "Lazer Guided Melodies", le premier album de Spiritualized, paru en 1992.





Cinq avant son breakthrough, Spaceman avait déjà tous les éléments en main : un savant dosage de ballades dream-pop, un brin d'ambient mollement rêveur, un tambourin de temps à autres et des guitares qui savent créer une transe psychédélique bruyante, à la façon du shoegaze mais avec un impact plus direct, plus pop. Si en prime la basse peut créer du groove et si les mélodies universelles sont au rendez-vous, que demander de plus à du rock psychédélique en 1992 ? Le succès était assuré, même si Pierce ne devait toucher un public plus large que cinq années plus tard, "Lazer Guided Melodies" amena tout un tas de passionnés de shoegaze vers un disque au son plus élégant, où les arrangements de cordes habillaient les allusions à la drogue, où les douzes morceaux étaient réunis en quatre imposantes suites immersives à souhait, et le shoegaze mourrait d'une belle mort tandis que la musique de Spiritualized illustrait à la télévision anglaise une publicité pour les barres sucrées Toffee Crisp.



Joe Gonzalez


(*) : Je triche un peu parce que les sorties de Peter Kember sous l'alias Experimental Audio Research (E.A.R.) sont d'une toute autre trempe : expérimentales, électroniques et plutôt réussies d'ailleurs.

samedi 24 septembre 2011

[45 Tours] Riot Grrrl #3 : Le Tigre - Deceptacon

Après presque une décennie de hurlements féministes et de guitares rageuses, l'énergie du mouvement riot grrrl s'essoufflait. Le punk-rock joué par ces groupes de filles d'un bout à l'autre des nineties tournait forcément en rond tandis que certaines, comme Sleater-Kinney, s'éloignaient de la contestation ouverte pour avancer dans leur propre direction, souvent vers un indie rock plus sage ou plus arty. Il faut dire qu'en 1999, les filles n'étaient plus des parias dans le monde du rock'n roll. PJ Harvey avait démontré en Angleterre que les femmes à grandes gueules pouvaient se faire entendre en dehors des États Unis et des tas de groupes se formaient où l'homme n'entrait même pas en ligne de compte. En 2000 devait paraitre le premier album d'Electrelane, et avec lui l'un des meilleurs groupes de rock de la décennie naissante naissait, qui n'était composé que de filles. Cependant, il restait des activistes convaincues que le combat ne devait pas cesser. Les femmes avaient certes gagné leur place dans un milieu d'hommes, leurs voix étaient entendues, mais l'égalité ? On n'y était pas encore. Kathleen Hanna, la hurleuse de Bikini Kill, était de ceux-là.





En 1999, comprenant sans doute l'impasse dans laquelle se trouvaient les riot grrrls à guitares et l'obligation pour un groupe désirant se faire entendre de ne pas être trop statiques, Hanna monta Le Tigre, un trio de punk synthétique. Avant que l'androgyne moustachue JD Samson ne remplace Sadie Benning l'année suivante, Le Tigre publia un premier album qui devait devenir le manifeste de ce que l'on appela (brièvement et sans grand fondement) l'electroclash. Un sous-genre musical auquel fut rattaché tout et n'importe quoi au début des 00's, de Peaches (pourquoi pas) à Miss Kittin en passant par Ladytron (n'importe quoi), des groupes utilisant en général des synthétiseurs à des fins plus ou moins remuantes, que ce soit pour faire danser en club ou, dans le cas de Le Tigre, pour faire remuer des filles remontées, des lesbiennes ou des garçons attirés par les lesbiennes. Les paroles étaient toujours aussi chicaneuses mais en faisant danser l'auditeur, Hanna tuait le mouvement riot-grrrl originel et offrait à de futures nanas revendicatrices d'amener le combat sur des terrains différents et le féminisme musical pouvait devenir une perpétuelle guérilla, sans ancrage et donc sans fin.


Joe Gonzalez

samedi 17 septembre 2011

[45 Tours] I Break Horses - Hearts

Parfois il fait chaud mais on ne voit pas l'ombre du soleil. C'est un peu le cas aujourd'hui, là où je me trouve. Le ciel est blanc. Pas gris, blanc, lumineux, étouffant. Je n'ai jamais aimé voir un ciel blanc, j'ai toujours trouvé que ça manquait de couleurs. Quand j'étais gosse, la pire chose qui pouvait m'arriver était de rentrer chez mes parents après les cours du mercredi matin, manger un bon repas (de préférence des frites et de la saule parsemée de citron avec un grand verre d'eau fraiche), puis tourner les yeux vers la fenêtre et voir un ciel blanc. Ça avait le don de me refiler une migraine instantanée. Quand on est gosse et qu'on a une après-midi pour soi, on a envie de sortir faire du vélo sous un ciel bleu, pas vrai ? J'éprouve toujours cette douleur sourde au niveau du cervelet quand je vois ce monochrome, surtout un samedi après-midi. Alors imaginez-vous des suédois ? Pour eux ça doit être le cancer du cerveau assuré à force de ne voir que ça chaque jour. On dit que notre destin est lié à notre naissance et je suppose qu'en naissant suédois, on est en grande partie prédestiné à mourir comme ça, et à passer sa vie à lutter contre l'écrasant vide du ciel, et que l'on est condamné à écouter beaucoup beaucoup beaucoup de dream pop, la musique de l'ennui oppressant, de l'immobilisme lourd...





I Break Horses est un duo de Stockholm, qui n'a pas su user de discernement ou d'imagination au moment de se trouver un nom et une pochette, qui n'a aucun avenir dans votre discothèque à moins que vous ne fassiez partie des gagas de My Bloody Valentine et Galaxie 500 ou de ces gens qui collectionnent chaque sortie de Jesus&Mary Chain. Un single et puis suffit, pas besoin d'en rajouter, tout est dit. Avec ce single, Grand Blanc est résumé et combattu avec ses propres armes, une grande oppression sous la forme d'un mur de son et la mélancolie de quelques notes de piano. Boudons les éléments et envoyons-nous de la grosse dream-pop en faisant un doigt aux nuages.


Joe Gonzalez

lundi 28 mars 2011

[45 Tours] Tyler, The Creator - Seven / Assmilk feat. Earl Sweatshirt






Il fallait absolument que je vous parle du collectif Odd Future Wolf Gang Kill Them All Don't Give A Fuck, abrégé OFWGKTA. Je vous la fais courte : une bande de potes de Los Angeles, de l'herbe, du skateboard, des conneries, des beats et un flow énorme. Emmené par Tyler, The Creator, leader qui ne cache pas son hostilité à la blogosphère et dont le deuxième album devrait sortir le 10 mai, mais aussi par Hodgy Beats ou encore Earl Sweatshirt dont on connait très mal l'actualité (la théorie/rumeur dominante dit qu'il serait forcé par sa charmante mère à suivre des cours dans un internat), ce groupuscule est hyper productif, et on peut le dire, vraiment bourré de talent.

Odd Future, c'est aussi un peu la famille. Tous les artistes collaborent aux divers projets, aux clips, à des multitudes de featurings, et il s'en dégage un esprit fraternel puissant. Parce que pour eux il n'y a rien de formel. Sans se prendre au sérieux, ces gars là arrivent à des résultats stupéfiants, et ouvrent une réelle brèche dans le mur du hip-hop indépendant américain. Brèche sublimée par la voix grave et sombre de Tyler que vous avez forcément déjà du entendre, et dont je vais vous reparler séance tenante.

- FACE A: Tyler, The Creator - Seven -


(Seven)

Voilà donc le deuxième morceau de "Bastard", premier album de Tyler sorti en 2009 (le rappeur est alors âgé de 18 ans). Musicalement, c'est extrêmement simple me direz-vous, le morceau tient sur une boucle ou se croisent deux parties distinctes, et cela tout du long. Sauf que pour qu'une telle structure ne soit pas lassante à la longue, il lui faut le petit quelque chose en plus qui va rendre nos oreilles accros. En l'occurrence, pour moi ce sont clairement les claviers ultra soft derrière la voix rugueuse et agressive du créateur. Le contraste est saisissant et colore l'ensemble d'une touche glauque d'incertitude et d'ombre : des éléments qui semblent constituer la ligne directrice du travail du leader sur la musicalité de ses propres compositions. Il y a dans la grande majorité des morceaux une violence verbale parfaitement maîtrisée grâce à cette voix, qui cohabite avec des instrumentations pesantes, comme torturées, et à grand renforts de beats ultra lourds. On ne fait plus du rap pour les mêmes raisons qu'avant, chez Odd Future. Ici, la volonté est de tâcher l'auditeur au marqueur indélébile, pour qu'il prenne conscience de lui-même et qu'il ressorte changé de l'écoute, et si dans le fond, ce concept peut ne pas être révolutionnaire, dans la forme, la façon de le matérialiser est à mon sens vraiment nouvelle. Et unique.

-FACE B: Tyler, The Creator - Assmilk feat. Earl Sweatshirt -


(Assmilk feat. Earl Sweatshirt)


(Tyler & Earl)

Assmilk, lui aussi tiré de "Bastard", est à mes yeux son titre le plus abouti. C'est à dire qu'il brasse un peu plus large. Je m'explique : on retrouve cette structure tylerienne de la boucle contenant deux éléments, à la différence qu'ici, chacun d'eux a sa propre voix. Les claviers cool vont à Earl Sweatshirt, autre maître d'armes absolu du collectif, tandis que les grosses basses et l'inquiétude reviennent une fois de plus au créateur. L'interaction entre les deux est savoureuse, surtout lorsque Tyler décide, pour casser un peu l'écoute, d'insérer un enregistrement de lui-même frappant Earl pour plaisanter en lui demandant de dire "pardon", ce que ce dernier finira par faire, suscitant le rire des autres membres. Dans l'ensemble, cela donne un titre mouvant et sérieux mais pas dépourvu d'humour. Un petit joyaux du rap US à l'heure ou Snoop Dogg commence à réaliser des featurings avec David Guetta. Ça ne peut nous faire que du bien...

Sur Assmilk, en plus du talent des deux artistes et de cette idée de communauté, il y a surtout une aura de jeunesse, qui est fortement revendiquée par les deux cadors du collectif. Au final, même s'ils veulent se donner des airs sérieux, ils sont là avant tout pour déconner. Pourtant, quand ils décident de s'en payer une tranche, c'est une rigolade digne de ce nom, visez plutôt:



(Un skatepark, des niggas en veux-tu en voilà tous plus cool les uns que les autres, et un objectif fisheye)


Hugo Tessier

dimanche 20 mars 2011

[Gueule de bois] Jean-Pierre Mader - Les Bandes Dessinées

La semaine de la honte ? Pff… Même pas peur ! J’ai rencontré mon premier véritable ami à 17 ans, et c'était un chien, plus précisément un yorkshire. Et ces animaux-là ça grogne et ça aboie. C’est tout. Moi il me mordait en plus. Aujourd’hui, maintenant que cette sale bête au petit bout constamment rouge est crevée, je doute des véritables liens qui ont pu nous unir (sauf à considérer que se frotter contre ma jambe jusqu’à jouissance dénotait une belle amitié virile). Alors oui, mon adolescence se résumait à refuser les avances sexuelles de mon animal de compagnie tout en continuant d’espérer – en vain – que ma jolie voisine de classe, Stéphanie S., dont j’étais tombé follement amoureux, puisse enfin "entendre ce murmure d’amour élevé sur ses pas" (*1). Autant vous le dire, la honte ça me connaît et dévoiler mon mauvais gout à la planète entière est pour moi chose aisée.


Mon meilleur ami.

Mais l’humilité étant, je me dois de reconnaître le travail exceptionnel de mes confrères. Je propose alors, de la façon la plus sérieuse possible de nommer Thelonius H. chevalier de la blogosphère, lui qui a trouvé avec Daniel Bouldoire ce que nous cherchions tous cette semaine… Le saint Graal du mauvais goût. A côté, le pull en mohair avec aigles brodés dessus c’est du Galliano et la demande en mariage à Hippopotamus le plus bel acte d’amour pour commencer une nouvelle vie commune.

Bref parlons de Jean-Pierre Mader. Pas grand chose à en dire en réalité de l’auteur de deux tubes que vous connaissez forcément, Disparue en 1984 et Macumba en 1985. Deux titres faussement new wave formatés pour la FM. Aucun intérêt. Si je vous parle de JP c’est pour ce qu’il a fait avant, un morceau pop datant de 1978, Les bandes dessinées, chef d’œuvre mélodique, bande son parfaite d’un film de Sofia Coppola.



Alors posez-vous quelques secondes. Dans la langueur estivale, vous sirotez un Mojito, vous sucez un ou deux acides. Imaginez-vous simplement au bord d’une piscine qui aurait déjà vécu un peu trop longtemps, c’est un peu décrépi, c’est plus très frais, quelques traces tenaces de moisissures ici et là (un peu comme Madonna par exemple vous voyez ?) mais on l’aime bien quand même, elle a du vécu, elle raconte des souvenirs, des nostalgies. Et puis dans cette piscine flotte, au gré des mouvements presque imperceptibles de l’eau, une bouée usée et fatiguée sur laquelle repose une jeune femme endormie ou peut-être morte d’ailleurs. Le doute plane mais on s’en fout. Autour de cette merveilleuse piscine vous êtes entourés de jeunes obèses. La chaleur faisant son effet, ils cuisent dans leur propre gras comme de beaux cochons de laits, croustillants et gourmands.

Même sous acide, je n'en ai que pour les canidés.

Et vous voilà, vous, dans ce décor idyllique, tout droit tiré du film Somewhere, continuant de boire au milieu de ces jolis garçons et sous une lumière vaporeuse aux teintes pastelles. Un soleil dessiné à l’aquarelle renferme dans l’air de multiples couleurs, vous touchez un bleu ciel et là un joli carmin, puis vous croquez dans un superbe rouge cerise et vous avalez nonchalamment un bleu de Prusse. Bon ne l’oublions pas vous avez déjà pris deux acides à cette heure-ci. De là à dire que Jean-Pierre Mader était dans le même état que vous quand il a écrit en 1978 ces jolis vers "Tintin vient juste de se marier / Pour fuir sa prison de papier/ Tarzan a voulu s'égarer / Dans l'affaire du collier" il n’y a qu’un pas que j’ai bien envie de franchir. Et puis ce texte c’est beau comme du René Char me direz vous ? Bah non c’est une énorme daube sortie tout droit d’un cerveau illuminé qui, tout heureux de sa prise d’acide, se met à voir Tintin et Tarzan en train de copiner et de sniffer tout ce qui passe. "Dans le monde des bandes dessinées / Tu verras tout est vrai / Tu apprendras à voyager." Ah ça pour voyager il va voyager le gamin sous LSD.

C’est une belle chanson hédoniste qui vante la perte de contrôle, l’explosion des sens, elle prône la nonchalance, son rythme-même invite à la détente, au délassement, une chanson désenchantée mais utopique. Foutons le bordel merde ! Dans ce monde du travailler plus pour gagner plus, le Jean-Pierre Mader de 1978 nous invite à résister, à nous prélasser au son des hippies, à refuser les obligations en s’adonnant à tous les plaisirs, en jouissant de tout les corps, en goûtant à toutes les drogues. En 1978, Jean-Pierre Mader était anarchiste. En 2011, nous avons besoins d’anarchistes.

Ah oui, j’oubliais. J’aime aussi Justice, Benjamin Biolay, regarder Top Chef sur M6, Julien Clerc et les morceaux pourris de Ed Banger qui me font danser, je trouve que parfois le NME n'a pas tort ; pire, tout dans le Grand journal n'est pas à jeter et je lis Pitchfork régulièrement. Je pense sincèrement que je serais plus à mon aise en chroniquant des films pornos plutôt que des albums obscurs que trois pèlerins vont écouter pour pouvoir se la péter en soirée branchouille au Baron. Ah comme ça fait du bien, enfin, de faire son coming out !


Kevin Varin

(*) : d'après le sonnet de Felix Arvers (poète français 1806-1850)

mercredi 16 février 2011

[45 Tours Matinal] Les influences kraut de Geoff Barrow et Compagnie

Vous ne le savez peut-être pas, mais Geoff Barrow, c'est "ce gars dans Portishead". C'est vrai quoi, tout le monde n'en a que pour la façade, la chanteuse, parce que l'on sait reconnaitre sa voix, sa personnalité, d'emblée et si son nom ne vous dit rien non plus, il est plus probable que vous connaissiez malgré tout Beth Gibbons, ne serait-ce que parce que vous avez forcément déjà entendu Glorybox. Mais cessons de jouer à ce petit jeu, je doute que vous soyez de tels profanes, et si vous nous lisez, à moins d'être tombés là par hasard, vous êtes certainement des habitués et aujourd'hui nous sommes là pour approfondir le pourquoi du comment vous aimez et nous aimons Portishead.



(Chase the tear)

En 2009, un an après le retour fracassant de Portishead (via "Third", troisième album foutrement réussi), le groupe a enregistré un single dont les ventes furent reversés à une association caritative et ce qui est chouette, c'est qu'en plus d'être un parfait exemple de ce que j'aimerais vous démontrer, Chase the tear est aussi une très bonne chanson, qui n'aurait pas fait tâche sur "Third". Ça n'est pas seulement parce que Gibbons chante divinement bien, ni non plus parce que Portishead est le seul groupe à avoir su si efficacement décoller l'étiquette "trip hop" que certains voulaient le voir porter à ses débuts, et ça n'est pas non plus seulement parce que leur son est si précis, ambivalent et enveloppant que nous aimons Portishead. C'est aussi (je vous le donne en mille) parce que Geoff Barrow et les autres ont écouté pas mal de krautrock quand ils étaient petits. De NEU! à Kraftwerk en passant par La Düsseldorf et Cluster, la musique du groupe est telle une progéniture providentielle de la kosmische musik allemande des années 70 : elle s'étend, se déroule à une vitesse constante, hypnotique et vous fait voyager telle la répétition d'une idée mais quelle idée !



(Iron acton, par BEAK>)

Barrow a aussi monté un groupe autour de sa personne, cette année-là. BEAK> n'a sorti qu'un album ("BEAK>") mais Barrow semblait en avoir besoin, comme pour se délester de créations inachevées au sein de son groupe premier. Du coup, les morceaux de ce LP, quasi intégralement instrumentaux font parfois l'effet de compositions destinées à être accompagnées par la voix de Beth Gibbons... sauf qu'au lieu de paraitre incomplètes, de ressembler à des démos, ces pièces se tiennent et forment un tout plutôt réussi, malgré quelques errances, et là encore, les influences kraut de BEAK> ne sont pas à chercher bien loin, comme le prouve ce morceau qui après un peu moins d'une minute se lance dans un duo basse-batterie motorik comme à la grande époque et, finalement, pas besoin de guitare planante, psychédélique, pas besoin non plus de chant, le tournoiement-même de ces quatre ou cinq notes, reproduites à l'infini, sujettes à de minimes variations attendues, ce flot de pensée unique suffit à transporter l'esprit, à faire remuer le corps et à stimuler l'imagination.


Barrow et ses groupes ne sont certes pas les seuls à s'inspirer du krautrock trente cinq ans après les faits (on sait que Stereolab, Eine Kleine Natch Musik, Pas Chic Chic ou encore Sonic Youth s'en sont très bien sorti), mais au vu de leur réussite dans le domaine de la filiation post-allemande, il était de mon devoir de les rappeler à votre bon souvenir. Demain matin, on s'attaquera plutôt à un fondateur du genre, un vieux de la vieille, un groupe mythique !


Joe Gonzalez

mercredi 2 février 2011

[45 Tours] Frankie Goes to Hollywood - Relax

J'ai beau retourner le problème dans tous les sens je ne trouve pas la solution : qu'est ce que cette chanson peut bien vouloir dire et d'où vient-elle ? Si vous avez la réponse, aidez-moi.

Ne me dites pas que c'est quelque chose de générationnel, je ne vous croirai pas. Je sais qu'à l'époque des tas de gens se baladaient avec des t-shirts '"Frankie says Relax" mais je ne le comprends pas. A mes yeux, cette chanson et ce groupe sont une anomalie de l'Histoire, un non-sens paradoxalement accepté d'un commun accord par une large majorité du public alors que bon sans mais enfin QUOI ?! Je ne parle pas des sons de synthé, entendons-nous, en 84, ce genre de sons étaient même en retard sur leur temps et des gars comme The Human League ou Soft Cell avait déjà bien écoulé l'arsenal synthpop au début de la décennie, mais la VOIX du chanteur, d'où vient-elle ? Et ses espèces de vocalises au tout début, presque sexuelles (mais qui voudrait coucher avec un type aussi zarb ?), pourquoi, comment ?



(la version censurée du clip - on comprend vite pourquoi - qui fut par la suite remplacée par cette vidéo davantage MTV-approved)

Vous savez, il y a des fois où l'on sent exactement comment on est passé de telle chanson à telle autre. Par exemple, on comprend parfaitement qu'entre Sister Ray (du Velvet) et Transmission (de Joy Division), il y a eu la trilogie berlinoise de Bowie et on appréhende tout à fait le "Parklife" de Blur quand on sait que les anglais avaient dans leur collec' des disques de la scène Madchester ET d'autres des Kinks. Frankie Goes to Hollywood, je ne vois pas.

Au centre, le chanteur, Holly Johnson

C'est un groupe bâti sur la synth pop de 1980 à 82, certes, mais leur nom, leurs looks, leurs compositions et même leur album ("Welcome to the Pleasuredome", sacré titre !), une sorte de concept à une époque où il n'y avait plus beaucoup d'albums-concepts et qui a cartonné, tout ça je ne le comprends pas, ça me dépasse. Je ne dis pas que je trouve ça mauvais, hein, c'est différent, c'est tout simplement une aberration musicale selon moi, un OVNI venu de nulle part. Ou alors, je m'y prends mal et le lien entre Human League et Frankie n'est autre que les Village People... Ça doit être ça.


Joe Gonzalez

samedi 22 janvier 2011

[45 Tours] Sean Lennon - Into The Sun / The Ghost of a Saber Tooth Tiger - Lavender Road

Je suis pris d'une lubie Sean Lennon, ces temps-ci. Enfin, pour être franc, cela fait déjà un petit moment, mais allez savoir pourquoi, j'ai tardé à mettre au point l'idée d'un 45 Tours en deux faces qui concernerait dans un premier temps Sean en solo puis dans un second temps le groupe (dont le nom à dormir dehors et aux influences hypothétiquement hors de propos ne vous reste en mémoire qu'après la dixième lecture sans écorchure) qu'il forme à présent avec Charlotte Kemp-Muhl.

- FACE A : Sean Lennon - Into The Sun -



On ne vous avait pas encore parlé de Sean Lennon, ici sur C'est Entendu, de sa sensibilité à fleur de peau, de son accent nippo-américain ou de ses compositions qui sont autant de petits bijoux aux styles divers, et pourtant ce songwriter au talent fou mérite bien notre attention. Pour l'heure, c'est le titre éponyme de son premier album, "Into The Sun" (1998), qui va tenter de captiver nos tympans le temps de cette face A.

D'entrée de jeu, la mer. Le décor est planté, et comme pour confirmer, des guitares bossa sucrées et des percussions parfaitement dosées arrivent telles les Phalanges du cool et du raffinement, et transpercent, ou plutôt transportent de par leur élan le petit auditeur que nous sommes vers un lieu inconnu mais ensoleillé et isolé. C'est alors que Lennon nous accueille aux côtés de sa compagne Charlotte Kemp-Muhl (avant l'officialisation du duo, donc). Leurs voix se marient divinement bien et concrétisent cette impression naissante de paresse voluptueuse. L'écoute d'Into The Sun me donne quasi-instantanément l'envie de m'allonger et de me laisser gagner par le sommeil. J'ai pu, à ce propos, apprécier de nombreuses fois l'utilité de la touche "lecture en boucle" de mon baladeur ; sous la couette, la tête enfoncée dans l'oreiller et les oreilles vissées dans mon casque audio, je lance le morceau, règle la lecture en boucle, et me voilà parti. Et surtout, Into The Sun est loin d'être le seul bon titre de l'album.

Ainsi donc continue paresseusement le périple chaud et rayonnant qui nous mène à chaque instant un peu plus avant sur cette route gorgée de lumière et de plaisirs. Et quand la fin du chemin arrive, quand on se rend compte qu'il est temps de quitter cette gracieuse parenthèse, de magnifiques claviers apparaissent derrière les rayons du soleil couchant et jouent de belles notes d'adieux. Ce sont des adieux un peu tristes, mais ils signifient en réalité : "on veut vous revoir très vite". Croyez-moi ou pas, ça fonctionne à merveille.

- FACE B: The Ghost of a Saber Tooth Tiger - Lavender Road -


(une session acoustique de Lavender Road)


Ce coup-ci les voici donc, Charlotte et Sean, officiellement unis à des fins musicales sous le petit nom déjà mentionné ci-dessus. Règne désormais un maître-mot : intimisme.

Lavender Road est une petite merveille de douceur, un titre à prendre avec de délicates pincettes argentées; quelques percussions, un glockenspiel, une guitare, et ces voix, encore et toujours ces deux voix s'entremêlant étonnement bien, faisant de plaisir et désir d'improbables synonymes. Rien d'autre ne semble alors plus vraiment nécessaire.

Lavender Road, c'est le morceau qui pourrait faire office de tube, sur "Acoustic Sessions" (2010), le premier album du groupe. Là encore, la recherche sur les mélodies est époustouflante et on se complaît dans la simplicité apparente de l'instrumentation comme un enfant dans son bac à sable. Émerveillé par la découverte, par cette structure minimaliste, on ne demeure pas moins amusé par les petites notes du glockenspiel (magnifiquement bleu) de Mlle Kemp-Mulh.
En définitive, c'est un morceau complet, fouillé, et ce qui est fascinant, c'est qu'un chant travaillé comme celui-ci paraisse si léger, si digeste, parce que, disons les choses telles qu'elles sont, ça vous restera en tête très vite, et vous le fredonnerez. Sous la douche, en faisant la cuisine, n'importe, ce n'est pas le problème. Vous le fredonnerez, c'est certain.

Lavender Road illustre avec brio le ton de l'album, calme et intime, profond. Lorsque l'on écoute "Acoustic Sessions", on a comme l'impression de pénétrer dans la vie privée de ces deux-là, c'est comme s'ils nous livraient bien plus que leur travail couché sur CD : ils nous ouvrent leur porte, nous accueillent avec le sourire et nous invitent à prendre le thé au coin de la cheminée, avec de bons gros pulls-over et des chocolats. Les chocolats, juste parce que c'est sacrément bon, et les pulls, parce que dehors, il fait toujours un peu froid. Sans vouloir m'imposer, je crois bien que je vais rester un peu...


Hugo Tessier

jeudi 25 novembre 2010

[45 Tours] Oldies (The Merry Macs // Les Paul & Mary Ford)

Quand l’hiver arrive et que la morosité ambiante s'installe, la seule et unique solution, c'est notre lecteur mp3 ou notre dossier de plusieurs giga-octets de musique. Allez, personne ne fait exception à cette règle ou presque. Surtout le soir, après une éprouvante journée de travail. Mettons qu’il soit 20h, ça me semble bien. C’est à ce moment là que ce que l’on va écouter va nous faire du bien, un bien fou. C’est à ce moment là qu’on apprécie, au chaud chez soi, d’écouter parfois (souvent) jusqu’à des heures avancées de la nuit des choses toutes plus délicieuses les unes que les autres. Cela peut être le dernier Owen Pallett pour les plus lyriques, le dernier Flying Lotus pour les amateurs d’abstractions mouvantes ou le dernier LCD Soundsystem pour ceux qui se sentent de groover. Ensuite, on translate vers des vérités plus établies, plus anciennes, on va se délecter d’un Demon Days bien mérité, puis d’un disque des Avalanches tout à fait dans le propos, avec entretemps, en guise d'entracte, un saut en arrière, un petit coup de Tom Jobim millésimé, parce que la bossa nova nous fait du bien, assurément. Il est maintenant presque 23h, et une seule question rôde dans notre esprit régalé : "Qu'écoute-je ensuite ?". C’est le moment où l’on dégaine le Velvet, Bill Fay, et/ou Sixto Rodriguez, et c’est alors reparti pour d’intenses minutes de plaisir. Enfin, dans notre plongeon de plus en plus profond vers les oldies, sentant le sommeil approcher mais désirant terminer sur une note innocente, on décide de remonter encore plus loin, on se laisse tenter par Raymond Scott, allez, c’est décidé, on lance Reckless Nights & Turkish Twilights et puis ce sera l’occasion d’en célébrer la quarantième écoute selon Apple, alors ça ne se refuse certainement pas. Une fois rendu à ce stade, une fois ce point de non retour franchi, on se dit qu’on pourrait parfaitement aller dormir, il n’est pas loin d’une heure du matin, il reste tout au plus cinq ou six heures de sommeil, mais tout à coup, sans prévenir, notre âme guerrière (et mélomane) pousse un cri intérieur qui éloigne temporairement les signes préliminaires du sommeil, qui s’installaient paresseusement depuis quelques minutes, et on veut terminer sur autre chose, il nous manque ce petit détail qui peut clore à la perfection une soirée que l’on a passée dans sa chambre à écouter de la musique compressée. C’est ici, chers lecteurs et amis, que j’interviens, et que je vous propose deux petits bijoux dont l’âge ne se demande pas (de crainte de manquer de tact), deux perles à l’éclat un peu terni par le temps mais toujours parfaitement rondes de délicatesse et de bon goût. Procédons par ordre.

FACE A : The Merry Macs - Jingle Jangle Jingle




The Merry Macs est un quartet oublié qui était signé chez Decca Records. Laissez-vous gagner par la sensation d’atterrir sur une confortable montagne de coussins, de vous glisser sous une couverture chauffante, délicatement posée sur vos jambes fatiguées de vous soutenir dans cet effroyable embrouillamini d’obstacles et de pénibilité qui constitue votre quotidien.

Les trois frères McMichael (Judd, Joe et Ted, plus ricain tu meurs, deux ténors et un baryton) ont formé depuis les années 20 jusqu’aux sixties différents groupes, The Merry Macs étant le dernier et le plus durable. En 1942, ils enregistrent, accompagnés par Mary Lou Cook (et sa voix sublime) Jingle Jangle Jingle. Bien qu’ils reprennent le travail du compositeur Kay Kyser, ils parviennent grâce à leur approche exceptionnelle des harmonies vocales multiples à se réapproprier le morceau, avec cette voix féminine venant sublimer le tout par sa légèreté et sa justesse extrême. A travers ces trois petites minutes, c’est une grande partie de l’imagerie américaine rétro qui s’exprime. C’est le pavillon coquet, disposant du confort naissant, des premiers gros réfrigérateurs, des grilles pains imposants et même d’une pile de Saturday Evening Post illustrés par Norman Rockwell, avec la ménagère américaine type, son balai-brosse en main, ayant préparé une pleine carafe de jus d’orange maison qui attend, tout comme la tarte aux fraises en train de refroidir sur le bord de la fenêtre, le retour du mari passé après son travail faire les courses pour le repas du soir, et chercher les enfants à la sortie de leur entrainement de baseball. La chanson, tout comme le précédent cliché, dépeint relativement bien (loin de moi l’idée d'affirmer que The Merry Macs est un groupe machiste) la sérénité et l’insouciance habitant la classe moyenne aux USA, dans les années 40, dans ses codes alors établis et acceptés. Le travail sur le chant est impeccable (veuillez attentivement déguster le paresseux "Yeepee yeah" du début), et l'instrumentation, bien que simple, n'est laissée de côté, avec d'entrée de jeu ce xylophone parfait, et tout du long, des arrangements soignés. Dans un sens, "soigné" est l'un des qualificatifs indispensables pour décrire Jingle Jangle Jingle, qu'on se le dise.

Un petit bond temporel, le temps de lever le bras de la platine et de retourner le disque, hop, nous voilà neuf ans plus tard, en 1951. Changement de style, place au rock n' roll du bon vieux temps.

FACE B : Les Paul & Mary Ford - How High The Moon




Le couple, sur scène comme dans la vie, formé par Lester William Polfuss alias Les Paul (l'inventeur du magnétophone multipiste) et Colleen Summers, alias Mary Ford, connut un assez large succès sur le continent américain durant toute la décennie 50's, jusqu'à sa dissolution en 1963, une année avant leur divorce. Mais restons en 1951, quand la complicité était au beau fixe.

Gibson s'apprête à proposer un contrat à Les Paul pour la promotion de la nouvelle guitare de la marque, portant le nom de l'artiste, alors que le duo occupe très souvent la tête des classements de ventes US. Ce sera une fois de plus le cas cette année-là avec How High The Moon, single brillant, reluisant de classe et de fraîcheur. D'un côté ce chant efficace et distingué, de l'autre, cette folle guitare clean qui nous berce de ses sonorités arrondies et enivrantes. Le tout avec un sourire, séducteur pour l'une, et comme amusé par les évènements et le plaisir qu'il prend à jouer pour l'autre. Le genre de show du dimanche soir qui suffirait à redonner le sourire et du courage pour la semaine à venir à l'assureur du Minnesota comme au fermier du Texas.

(un couple, une passion)

Lester était un amoureux de la guitare, et lorsqu'un accident de la route l'obligea à se faire immobiliser le bras gauche avec des broches, il insista pour que son bras soit plié à 90°, de manière à pouvoir continuer de jouer. D'ailleurs, How High The Moon n'a pas été écrite par le couple Paul/Ford, mais par Morgan Lewis et Nancy Hamilton, deux compositeurs américains méconnus. Cette ballade fut reprise de nombreuses fois au XXième siècle, notamment par Ella Fitzgerald, et a inspiré, entre autres, des artistes comme John Coltrane et Miles Davis. C'est dire.

Le bras de la platine est relevé, allez, vous n'avez plus qu'à retirer le disque et à éteindre l'appareil. Ne comptez pas sur moi pour le faire à votre place !


Hugo Tessier

lundi 31 mai 2010

[45 tours] Beat Happening - Black Candy

Encore aujourd’hui il arrive que la plus innocente chanson du Velvet Underground provoque chez certains une incompréhension totale pouvant aller jusqu’au dégout. Prenez Sunday Morning par exemple. Ou plus téméraire encore, The Gift. Ces derniers mois j’ai ainsi du subir des réactions du type « c’est du bruit » « eh il est hyper désaccordé leur truc là ! » et le toujours si savoureux « c’est nul. » Fort heureusement il existe aussi énormément de personnes qui lui vouent un culte démesuré. Parmi eux, quelques-uns avaient des instruments à disposition pour perpétuer la mission de Lou Reed & Co. C’est le cas du groupe qui nous intéresse aujourd’hui.



En 1989 Beat Happening sort l’album "Black Candy" chez Sub Pop, un label qui s’apprête alors à conquérir le monde. Entamée en 1982, la croisade post-Velvetienne de Beat Happening s’apparente clairement à un grand bras d’honneur salvateur adressé à une décennie putride et pour ceux qui s’offusquent, songez qu’à l’époque un type comme Prince était considéré comme crédible. L’intérêt de produire une musique à ce point influencée par un groupe dont les premiers faits d’armes remontent à vingt trois ans est bien entendu limité. Seulement voilà, trois accords appuyés par une batterie minimale, ça me parle. Je ne vais pas prétendre qu'écouter cette chanson changera votre vie mais ne boudons pas plaisir de nous replonger un moment dans une époque à laquelle le rock indépendant méritait encore totalement son nom.

Ça ressemble au Velvet, ça sonne comme le Velvet, c’était Beat Happening.


Arthur Graffard


P.S. : Et pour vous chers lecteurs voici une version du morceau présente sur la compilation "Covers" par Sonic Youth. Beaucoup plus bruyant, forcément.

dimanche 30 mai 2010

[45 tours] The Velvet Underground - Rock'n'Roll


Bonjour à tous ! J'ai le plaisir d'inaugurer le thème qui va animer C'est Entendu la semaine prochaine, à savoir l'influence du Velvet Underground. Nous nous pencherons sur tous ces groupes nourris par la bande de Reed, Cage, Morrison et Tucker (voire Nico et... Yule ?), qu'ils fassent du krautrock ou du post-punk, même de la dream pop ou tout simplement du foutu rock'n'roll. Rassurez-vous, ce petit 45 tours préliminaire à la semaine chargée qui va suivre n'a pas pour but de vous présenter le Velvet (je n'oserais jamais vous faire cet affront !) mais plutôt de servir de préambule pour se mettre dans le bain.


(The Velvet Underground - Rock'n'Roll)


Évoquer l'influence du Velvet en proposant un morceau de "Loaded," album mal-aimé, pas loin d'être renié par Lou Reed et sur lequel le groupe commence à s'effacer derrière Doug Yule, c'est un peu osé alors que le "...and Nico" et son légendaire "il n'y eut peut-être que mille personnes à l'avoir acheté à sa sortie, mais elles ont toutes formé un groupe le lendemain" paraissait désigné d'office. Et si en plus vous saviez que je trouve déjà "The Velvet Underground," le troisième album, globalement beaucoup plus inoffensif que ses deux illustres prédécesseurs... Oui sauf que Rock'n'Roll, en plus d'avoir un son et un groove impeccables, un chant impérial et des soli classic rock tour à tour aériens et enragés, porte un message tellement naïf et passionné envers cette bénédiction qu'est la musique pop (comment une fillette a sauvé sa vie de l'ennui grâce au rock'n'roll, oui.), qu'on ne pouvait pas trouver mieux pour expliquer pourquoi ce groupe a toujours donné envie de se réveiller, de reprendre le flambeau et d'aller répandre la bonne nouvelle à grands coups de saturation incontrôlable.


Thelonius H.

mercredi 21 avril 2010

[45 Tours] Jonathan Richman - Velvet Underground

C'est tous les ans la même chose pour moi : je passe tout l'hiver à m'envoyer de l'électronica, du hip hop, et tout ce qui se fait de mieux en matière de récentes envolées pop (cette fois-ci c'était le tour de la chillwave), mais, immanquablement, lorsque les premières chaleurs reviennent, le besoin d'écouter le Velvet Underground revient, et avec lui ressortent en masse de mes étagères les disques de ses membres ("The Marble Index" de Nico, "Vintage Violence" de John Cale...), de leurs contemporains ("Ptooff!" des Deviants) et de leur filiation, représentée aujourd'hui par un Jonathan Richman dans le rôle du fils caché de Lou Reed. Sachant que ce désir brûlant naît chaque année au même moment, je lutte pourtant inconsciemment pour le réfréner, pas à cause d'un désamour vis à vis du Velvet, mais plutôt parce qu'à un certain niveau de conscience, je me sens prisonnier de cette coutume contre laquelle je ne peux me prémunir, et qui me coûte, en quelque sorte, ma liberté.


(Velvet Underground, live en Italie, 1993)

Le fait est que cette année, comme à chaque fois, mon combat fut vain et, comme à chaque fois, j'ai pu farfouiller un peu plus avant dans la périphérie du Velvet et y découvrir un album solo de Jon Richman que je ne connaissais pas (je m'étais jusque là arrêté aux disques des Modern Lovers, peuchêre), "I, Jonathan" (1992) sur lequel se bousculent des perles de songwriting (I was dancin in the lesbian bar, You can't talk to the dude...) servies épurées et jouées comme des rock'n roll basiques et entrainants pour lesquels Richman se sert essentiellement d'une guitare électrique et de sa voix. Velvet Underground (en écoute sur votre gauche) y est l'hommage pas vraiment surprenant de l'un des premiers fanatiques du groupe, qui ne manquait aucun de leurs concerts lorsqu'ils passaient à Boston, dès 1967, et avait même publié un article "New York Art & The Velvet Underground" (lisible ici, notez le schéma explicatif) avec lequel il expliquait comment le groupe allait connaître un parcours sans faute avec le temps, allant jusqu'à rejoindre les Beatles au sommet de l'échiquier pop (en 1967, il n'y avait pas grand monde, critiques ou public, pour partager cet avis - à part peut-être Lou Reed lui-même). C'est aussi l'occasion pour Jonathan de reprendre un couplet de Sister Ray en plein milieu de sa chanson, comme si de rien n'était, le meilleur moyen pour lui de vous donner envie de réécouter "White Light / White Heat" puisque le beau temps est là, que la chaleur afflue, et que rien ne vaut le boucan du Velvet Underground lorsque le mercure grimpe et que les filles portent leurs jupes haut, très haut.


Joe Gonzalez