C'est entendu.
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mardi 18 octobre 2011

[Réveille-Matin] Tim Buckley - Nobody walkin'

Quand rien ne va plus, quand tout semble vain, quand vous saturez, quand ce que vous entendez vous pèse sur les épaules toute la journée, quand les collages interminables qui fomentent votre quotidien dans votre dos vous tapent sur le système, il faut passer à l'acte. A moins bien sûr que la situation n'exige un remède plus radical, la solution se trouve dans l'oubli, le brouillard, l'abandon de soi et donc du Monde, c'est à dire dans les années 70 et ses jams psychédéliques interminables, mono-thématiques et au groove circulaire protectionniste et réactionnaire. Voilà ce qu'il vous faut. Un bon vieux "Larks' tongue in Aspic" monté en neige, non mieux, un "Soon over Babaluma" d'ambiance, ou plus rétro encore un "Mirror Man" lo-fi, un "Lorca" nocturne. Les digressions para-hippies old school ne sont plus vraiment à la mode. Même s'il reste quelques irréductibles de talent convaincus qu'il n'est pas nécessaire de se lancer dans l'électronique pure et dure pour explorer la psyché de l'auditeur (Wooden Shijps, Flaming Lips, The Feeling of Love, Acid Mothers Temple, etc), le temps de la Conquête Spatiale est révolu. C'est justement pour cela qu'il faut vous tourner vers le programme Gemini d'antan et trouver de quoi flotter en orbite autour d'une Terre que l'on a de plus en plus de mal à quitter ces jours-ci.




Et puisque tout est si brutal dehors, je vous propose d'enchainer une série de réveille-matin dans cette lignée, qui nous rappelleront à nos rêves d'éternité, à nos naïfs espoirs d'envol et qui nous réveilleront avec entrain, sans contrainte, dans une étreinte langoureuse, longue et longitudinale, à travers les terres du commuting et jusqu'au bureau du réel. Tim Buckley était un spécialiste de ce genre de voyage. Vocalement bien plus intéressant que son rejeton, moins intéressé par le manche de sa guitare que par la quantité de variations qu'il pouvait inclure dans le terme "folk" (score final : a lot), il avait accouché en 1970 de ce qui restera probablement son album le plus expérimental et osé. Sur la chanson-titre, sa voix de caoutchouc obéit à tous ses caprices, du plus grave au plus aigu dans une cavalcade angoissante, dissonante et progressive (au sens de "rock progressif"), et à l'autre bout du disque, une jam où sa guitare acoustique semble battre des ailes comme un papillon tandis que le clavier de Lee Underwood tisse une toile où l'espace est l'essentiel. On n'en fait plus des jams comme ça et "folk d'avant-garde", ça ne veut plus dire grand chose, c'est une conception de la musique qui est ancienne, désormais. Mais pas obsolète.


Joe Gonzalez

vendredi 11 février 2011

[Fallait que ça sorte] L'inventaire


Des vieilleries. Toujours plus de vieilleries. C'est un peu comme cela que je fonctionne, en ce moment, je n'écoute pour ainsi dire presque que du vieux, du poussiéreux, et ça me plait. J'avais envie de vous faire partager quelques unes de ces reliques du passé, parce que sans déconner, dans le temps, on savait quand même faire de la vachement bonne musique, et c'est pas des foutaises, mais comme on n'est pas chez Rock & Folk, on s'en tiendra plutôt à une formule du genre : parce que ressortir des vieux disques de derrière les fagots, ça fait prendre son pied à mon âme de mec qui aime les photos en sépia tapissées de grain avec des vieilles chaises en bois et des guitares d'un autre âge dans les coins. Mon âme de vieux folkeux barbu en chemise à carreaux. Mon âme de mec vieux par anticipation quoi. M'en fiche, moi ça me va !

On commence par les États-Unis, forcément. Los Angeles, fin des années 60, bubblegum pop et sunshine pop battent leur plein sur les ondes comme sur les platines. Un groupe à la frontière des deux styles émerge alors ; Strawberry Alarm Clock, six hippies consommateurs avertis de marijuana et LSD, et dont le nom est un hommage (très) explicite aux Beatles, une fameuse idée de leur maison de disque. Le résultat est au rendez-vous.
"Wake Up... It's Tomorrow" est un petit joyau pop oublié. L'instrumentation demeure très narrative du début à la fin, les morceaux rebondissent, dévient, c'est une réelle expérience qui plonge nos oreilles au plus profond d'une production ultra sixties, certes, mais dont le charme est si fort qu'il écrase assez bien le stéréotype. "Wake Up... It's Tomorrow", le deuxième album du groupe (1967), est dans l'absolu plus psychédélique et moins purement pop que le précédent, sur lequel on trouve néanmoins Incense & Pepermint, le tube qui les a révélé. En définitive, c'est une œuvre mûre et peaufinée. Pénétrez-la, et elle saura vous pénétrer en retour, à coup sûr et sans mauvais jeu de mots, à l'image de la méditation suggérée ci-dessous, en compagnie d'un hypothétique gourou. Vous venez de trouver de quoi occuper votre après-midi.

(Sit With The Guru, version Youtube pas propre)



On continue avec Agincourt, un groupe anglais aux multiples visages : à chaque nouvel album, un nouveau patronyme pour la formation. Ainsi, Agincourt, c'est aussi Ithaca, Alice Through The Looking Glass, ou encore Tomorrow Come Someday. Sans "s" à "Come", ouep, c'est comme ça que ça marche.
Agincourt, c'est léger, c'est pop avec parfois une touche psyché et ça se rapproche, à l'occasion, de la folk. "Fly Away" (1970) se déguste même sans faim, et on revisite assez bien l'Angleterre et son premier âge d'or populaire, mais comme à travers un filtre rural. Cet album fait preuve d'un retranchement certain et assumé, sûrement la cause de son absence de succès à l'époque et de sa disparition de la mémoire collective de nos jours. S'il y est jamais apparu, remarquez. C'est un des petits plaisirs de l'internaute qui, au cours de ses recherches sans but vraiment établi, serait par le plus pur des hasards tombé dessus. Par chance donc, puisque c'est devenu désormais le seul moyen de découverte ou presque, quand il s'agit des choses d'avant.

(Going Home)



Novos Baianos à présent. On s'éloigne un peu des british pour aller faire un tour du côté du Brésil, parce qu'en Amérique Latine, ils savent y faire aussi, et pas qu'un peu. "Acabou Chorare" (1972), l'album phare du groupe, est, tout comme l’intégralité de leur œuvre, autant l'héritage musical de la formation alors la plus réputée de l'État de Bahia (nord du Brésil) que son témoignage moral. Novos Baianos est accompagné par les musiciens d'un autre groupe, A Cor do Som, à la guitare, à la basse, à la batterie et aux percussions, ce qui créé une sorte de super-groupe où se mélangent des influences extrêmement variées ; bossa, rock, samba, MPB (pour Musique Populaire Brésilienne) et j'en passe. Leurs travaux esquissent le portrait de la vie qu'ils ont menée : la communauté, avec bien sûr tout ce que cela implique durant les seventies. Pourquoi ne pas faire cohabiter rock et bossa nova, après tout ? Pour eux, la réponse est une évidence. Un style venant en enrichir un autre, ils dressent ainsi un échafaudage hétéroclite qui n'a pour limite que leurs goûts et références propres, et en l'occurrence, le spectre est vaste. Très vaste.

(Brasil Pandeiro)



Poursuivons avec John Fahey. Retour en 1967, aux USA. Le pionnier de la "primitive guitar" signe un chef d'œuvre intemporel ; "Days Have Gone By, vol. 6". Avec ses arpèges et son finger-picking, il dessine l'Amérique des grands espaces, des trains de marchandises. Une Amérique pas si éloignée de la beat generation mue par Kerouac ou Ginsberg, à bien y réfléchir, mais différente quand même. Ici, c'est de son essence-même dont il est question. C'est l'Amérique folklorique sans artifices, sans prise de position autre qu'un lyrisme débordant. C'est une source intarissable d'émotions, d'endroits, de mots, d'idées, de souvenirs. Le tout de la plus simple manière qui soit : six cordes, un micro, une chaise, et dix doigts. Et une barbe, mais plutôt sur la fin, alors.

(The Portland Cement Factory at Monolith, California)



On met le cap sur du rock progressif, désormais. Il y a un bout de temps, je vous avais parlé d'un groupe britannique, T2, et vous avais présenté son premier album. Il était temps de vous causer du second (dans l'absolu, pas dans les faits). Intitulé "Fantasy", mais également reconnu sous le nom de "T2", il regroupe les versions démos des morceaux qui devaient figurer sur l'album définitif qui ne vit hélas jamais le jour pour cause de split. Toute la qualité d'écriture et tout le talent des trois hommes sont donc intacts, mais le matériel n'est pas aussi performant que sur le premier-né. Pourtant, au lieu d’être affaiblie, l'œuvre en ressort au contraire renforcée. Quand le prog rock se met à devenir intimiste, émouvant, c'est une sorte d'aboutissement, la boucle est bouclée. "Fantasy" est d'une remarquable beauté, relève d'une interprétation et d'une composition géniale, et possède le charme des travaux inachevés, laissant libre cour à l'imagination de celui qui écoute. L'échange se créé, la magie s'opère, et le souffle est devenu un élément à part entière, à prendre en compte, venant rappeler que cela commence sérieusement à dater ; ce n'est qu'en 1997 que Decca Records se décida à dévoiler ces "archives" de T2, témoins indirectes de la séparation du groupe, reformé depuis, mais jamais avec son line-up original.

(Careful Sam)



Enfin, concluons ce petit inventaire par une touche moins underground : David Crosby. En 1971, il décide de sortir son premier album solo, "If I Could Only Remember My Name", mais comme de juste, pendant les seventies sur la côte ouest, on est rarement tout seul, vous en conviendrez, il y a toujours un ou deux potes qui traînent de-ci de-là et avec qui vous déjà écumé pas mal de scènes et de studios. Pour Crosby, au final, c'est une petite quinzaine de personnes, dont Graham Nash, les membres de Grateful Dead et de Jefferson Airplane, qui vont venir offrir leur huile de coude au labeur désormais commun. Leur travail est soigné, ça respire l'Amérique en train de traverser sa glorieuse décennie culturelle (et culturelle seulement, n'oublions pas le Vietnam quand même), et ça demande du temps, certains morceaux sont assez longs, mais cela vaut franchement le coup. Au calme, plongez-vous dans Traction In The Rain ci dessous, et faites-en l'expérience. De vous à moi, nous savons très bien que la bonne folk pourrait ne jamais s'arrêter, pas vrai ?

(Traction In The Rain)


C'est tout pour l'instant, les amis, et en espérant qu'au moins l'un de ces albums vous plaise, je retourne dépoussiérer mes vinyles. Histoire vraie.


Hugo Tessier

samedi 8 janvier 2011

[Grasse Mat'] Jean-Pierre Ferland - God is an American

Nous entrons dans une nouvelle année. Un "zéro" transformé en un "un", symbole de l'évolution de l'humain, l'upgrade superbe du village planétaire. Et pourtant, à cette époque où l'on croit tout savoir sur tout, tout comprendre sur tout, tout maîtriser, des questions restent insolubles. En 1970 Jean-Pierre Ferland se posait déjà la question, métaphysico-comique : "Quelle est la nationalité de Dieu ?"

Pour Nietzsche il est mort, pour Ferland il n'est ni mort, ni américain, ni allemand, ni même français. Après tout, c'est vrai, comme le dit Dieu (par le biais de la voix du chanteur) : "Vous pensez que c'est facile de choisir avec vos grand' gueules !"




Cette chanson est issue du superbe album "Jaune" de 1970, dont nous vous avions parlé il y a quelques temps déjà. On ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire en coin sur ce God is an American. L'instrumentation, les paroles, les chœurs en anglais, en allemand ou en français ont de quoi doter cette chanson de quelques drôleries absurdes et kitsch (il faut tout de même remettre la chanson dans son époque) et pourtant, je vous le dis, derrière le nez rouge se cache un message (enfin... "se cache", si vous ne le voyez pas tout de suite, bon...), un vrai. Un message qui est sans doute plus percutant et moins prétentieux que la plupart des "chansons à textes" de ces dernières décennies. "Coupe !"


Julien Masure

jeudi 26 août 2010

[Réveille Matin] Bobby Byrd - You Got To Have A Job

Vous ne le savez peut-être pas, mais vous connaissez tous la voix de Robert Howard Byrd. Et il n'y a aucun doute possible tant son iconique "Get on up !" en réponse au "Get up !" de James Brown est gravé dans votre mémoire auditive et comme tout le monde, vous aussi avez tenté d'adapter cet énigmatique cri en un fameux yaourt des plus inavouables.



Proche collaborateur de James Brown depuis 1956, date à laquelle ce dernier réussit à l'intégrer à son groupe plutôt que de subir sa concurrence (de son propre aveu), il est certes resté dans l'ombre du Godfather of Soul. Tantôt choriste, compositeur et producteur, il a toujours fait partie de l'entourage de JB, ce dernier ne lui devant rien de moins que sa sortie du centre de détention juvénile dans lequel ils se sont rencontrés.

Mais trêve de potins, je suis là pour vous offrir une bonne de tranche de funk pour accompagner votre petit déjeuner. Oui bon je vous entends déjà "du funk ? Mais je suis un garçon romantique moi !" Allons, allons, le funk est un style formidable mon cher, la fondation sur laquelle s'est bâti le hip hop (entre autres), et puis je n'entends que rarement du rock aussi riche en conseils pratiques que ce You Got To Have A Job (judicieusement sous-titré If You Don't Work, You Can't Eat) en ces temps d'incertitudes économiques. Alors si comme moi, vos matinées consistent à consulter des offres d'emplois, quoi de mieux comme fond sonore pour vos démarches qu'une section de cuivres parfaite et une batterie qui fait taper du pied à en réveiller vos voisins ? Croyez-moi, c'est l'assurance du succès.


Thomas Goo

mardi 6 juillet 2010

[Réveille Matin] Emitt Rhodes - With My face On The Floor

Ça vous est forcément déjà arrivé. Avoir envie d'imaginer l'histoire de la musique différemment. Qu'est ce qui se serait passé par exemple si les Beatles n'avaient pas splitté ? Oh, certes, sur ce sujet-là, j'ai des visions d'horreurs, j'imagine le groupe au cœur des 70's, devenu chiant à mourir, sortant des albums complètement moisis avec une production horrible et des claviers venus de l'enfer. Mais ça n'empêche pas de rêver un peu parfois, en vain, comme ça, pour rien, pour rire, et puis se rassurer en se disant que, Dieu merci, tout s'est fini en 1970, ce qui laissa à McCartney le soin de poursuivre une horrible carrière solo. Mais justement, rêvons un peu là dessus : essayez d'imaginer avec moi Paul McCartney qui aurait sorti un bon album solo. Je veux dire, pas "Ram" quoi, même si c'est une chouette tentative pour s'amuser avec Linda à la campagne, ni même les albums des Wings qui... existent, et c'est déjà trop. Non, un vrai bon album solo, et qui aurait été enregistré par lui tout seul en plus, un peu comme son tout premier "McCartney" mais en bien quoi. Ça vous semble fou ? Et bien non, ça existe. Sauf que cet album que Paul n'a jamais sorti, c'est un jeune américain de 20 ans qui s'est chargé de le faire en 1970, et il s'appelle Emitt Rhodes.

"Allo Paul? C'est Emitt! C'est bon, tu peux faire du muzak jusqu'à ta mort maintenant !"

Né en Illinois au début des 50's, le jeune Emitt était dans un groupe de rock, The Merry-Go-Round, qui avait sorti un album en 1967 avant de se séparer tristement et sans bruit deux ans après, laissant derrière lui un contrat avec un label inutilisé, et surtout notre pauvre Emitt fort dépourvu puisqu'il n'avait même pas réussi à convaincre le label de le laisser sortir un essai solo à la place. Suite à cette terrible déconvenue, notre multi-instrumentiste qui avait de la suite dans les idées s'est décidé à enregistrer ses morceaux tout seul chez lui, en jouant tous les instruments sur son petit 4 pistes avant de tout transférer sur un 8 pistes histoire de rajouter du chant. Le résultat ? Un premier album éponyme absolument fascinant tant il sonne comme un pastiche parfait du style de Paul McCartney, avec les mêmes mélodies légères, les mêmes rythmiques binaires un peu pataudes et surtout le même grain de voix. Écoutez donc sur l'ouverture de ce premier essai en forme de coup de maitre, With My Face On The Floor. Tout est là. Et soudain, un jeune gars qui avait beaucoup trop écouté les Fab Four devient l'un d'entre eux, comme par magie. Si ça ne vous donne pas envie de vous bâtir un home studio dans la demi-heure, je sais pas ce qu'il vous faut.


Emilien Villeroy

lundi 28 juin 2010

[Fallait que ça sorte] T2 - It'll All Work Out In Boomland

En février, je vous avais parlé de Messieurs Keith Cross & Peter Ross. Laissez-moi vous révéler, amis lecteurs, que rien n'avait alors été laissé au hasard, puisqu' en vous causant de "Bored Civilians," j'avais déjà pour projet d'attirer votre attention sur T2, le groupe précédent (et moins populaire) de Keith Cross. La dernière fois, je vous avais fait mirer le travail sur la folk et la pop de Cross, mais aujourd'hui, faisons table rase et parlons de son incursion dans le domaine du rock progressif. Celui des débuts, avant que King Crimson ne se mette à déraper, et avant que Genesis ne fasse des siennes.

(No More White Horses)

Qu'on se le dise, personne ou presque aujourd'hui ne connaît T2. Pour l'expérience, entrez les deux caractères dans votre moteur de recherche favori, ou mieux, demandez autour de vous et les plus chanceux de vos proches seront ceux qui auront compris (on ne sait comment) que votre question touchait à la musique. Étant donné le désert médiatique autour du trio, c'est dans l'ordre des choses...

En 1970, T2 était cette formation un peu obscure dont les mélomanes à cheveux longs amateurs de la scène progressive naissante et les gens "du milieu" pouvaient se targuer d'avoir eu vent. Aujourd'hui, c'est un groupe qui a finalement cédé le peu de place qu'il occupait dans la mémoire collective, et qui a sombré dans un oubli aussi vaste que ne l'était son talent. Car T2 était armé d'un grand potentiel, qui ne demandait qu'à exploser au grand jour. Au lieu de cela, un seul album studio fut mené à terme, en 1970 : "It'll All Work Out In Boomland." Peu de promotion, relatif échec commercial, les chiffres ne furent pas au rendez-vous. Du moins pas suffisamment pour que l'album ne parvienne à s'extirper du carcan de l'album de genre. Et pourtant, le premier né de T2 est une pièce maitresse du rock progressif car malgré son attachement aux codes du genre, il arrive à sublimer ce dernier. Malgré les solos furieux du jeune Keith Cross, alors âgé de 17 ans, la puissance de T2 se trouve contrebalancée par une délicatesse et une précision d'interprétation ahurissantes. Le chant si particulier de Peter Dunton, également batteur, apporte une unicité et une sagesse dans les compositions, et donne l'impression d'une longue plainte aérienne, si douce que l'on pourrait s'y plonger durant de longues minutes sans jamais en déprécier l'écoute.

Les trois hommes n'en étant pas à leur coup d'essai (Dunton avait mené Neon Pearl, où il travaillait déjà avec Bernard Jinks, le bassiste de T2, et aussi fondé par la suite Bulldog Bread, une formation garage rock dont Cross fit partie), leur musique se montra d'emblée empreinte d'une certaine richesse : les titres sont armés d'une narration puissante, à l'image de In Circles, ou encore No More White Horses. Les constructions sont plutôt complexes, et pourtant tout semble couler de source, tout semble venir naturellement à l'auditeur, le plus simplement du monde. Même sur Morning (21 minutes et quelques), tout s'enchaîne de manière si fluide que la durée se retrouve être un point fort du morceau. Les multiples changements de rythme rendus possibles par un jeu de batterie touchant au divin, les différents solos humides de réverbération, les gros accords plaqués et les mélodies vocales plus qu'accrocheuses font clairement perdre la notion du temps.

(J.L.T)

J.L.T, dans un sens, pourrait être le tube de l'album. N'ayant pas grand chose à voir, au niveau instrumental, avec le reste de la tracklist, c'est également le titre le plus court de l'album. Cependant, avec le temps, j'en suis arrivé à me convaincre que J.L.T possède au contraire de nombreux points communs avec les autres chansons et qu'elle apporte un argument de poids à l'album. En effet, avec le trio Dunton, Cross et Jinks, il n'y a pas de frontières fermes et définitives mais plutôt la possibilité de créer quelque chose de riche, sur une base progressive, et qui s'édifie au gré d'une pop nacrée, d'un soupçon de musique ambiante (on y retrouve cette lenteur, cette sérénité si particulières, et en même temps, de l'émotion à foison - il n'y a qu'à se laisser bercer par les violons finaux, pour ne citer qu'eux). Il s'en dégage par ailleurs un grand lyrisme, qui en plus d'être contemplatif, sollicite l'imagination. La mélodie du refrain, jouée successivement au piano puis à la guitare sèche, le jeu de batterie de Peter Dunton, que les mots ne suffisent désormais plus à décrire, les violons tout à l'arrière du morceau et cette basse si humble forment un très très grand moment musical, avec ses passages linéaires, ses moments de tension épiques, et son final enivrant. On atteint une plénitude béate d'admiration, et, en temps normal, on replace le disque sur la platine sitôt le sillon entièrement parcouru. Toutefois, je ne vous dirai pas combien de fois j'ai repassé le morceau, ni combien de temps je suis resté bloqué dessus sans trop pouvoir écouter autre chose.


Hugo Tessier


P.S. : Vous aurez très bientôt l'opportunité de lire un second FQCS concernant T2, et notamment leur deuxième album éponyme.

dimanche 30 mai 2010

[45 tours] The Velvet Underground - Rock'n'Roll


Bonjour à tous ! J'ai le plaisir d'inaugurer le thème qui va animer C'est Entendu la semaine prochaine, à savoir l'influence du Velvet Underground. Nous nous pencherons sur tous ces groupes nourris par la bande de Reed, Cage, Morrison et Tucker (voire Nico et... Yule ?), qu'ils fassent du krautrock ou du post-punk, même de la dream pop ou tout simplement du foutu rock'n'roll. Rassurez-vous, ce petit 45 tours préliminaire à la semaine chargée qui va suivre n'a pas pour but de vous présenter le Velvet (je n'oserais jamais vous faire cet affront !) mais plutôt de servir de préambule pour se mettre dans le bain.


(The Velvet Underground - Rock'n'Roll)


Évoquer l'influence du Velvet en proposant un morceau de "Loaded," album mal-aimé, pas loin d'être renié par Lou Reed et sur lequel le groupe commence à s'effacer derrière Doug Yule, c'est un peu osé alors que le "...and Nico" et son légendaire "il n'y eut peut-être que mille personnes à l'avoir acheté à sa sortie, mais elles ont toutes formé un groupe le lendemain" paraissait désigné d'office. Et si en plus vous saviez que je trouve déjà "The Velvet Underground," le troisième album, globalement beaucoup plus inoffensif que ses deux illustres prédécesseurs... Oui sauf que Rock'n'Roll, en plus d'avoir un son et un groove impeccables, un chant impérial et des soli classic rock tour à tour aériens et enragés, porte un message tellement naïf et passionné envers cette bénédiction qu'est la musique pop (comment une fillette a sauvé sa vie de l'ennui grâce au rock'n'roll, oui.), qu'on ne pouvait pas trouver mieux pour expliquer pourquoi ce groupe a toujours donné envie de se réveiller, de reprendre le flambeau et d'aller répandre la bonne nouvelle à grands coups de saturation incontrôlable.


Thelonius H.

vendredi 5 mars 2010

[Réveille Matin] Johnny Hallyday - Poème sur la 7ème

Vous l'avez compris, depuis quelque jours, on côtoie la honte. On s'en délecte même ! Ce matin, afin de finir cette semaine en beauté, je vous propose le duo le plus improbable du siècle dernier : Johnny Hallyday et Ludwig Van Beethoven. Featuring avant l'heure, que j'ai un peu honte de trouver profondément beau.

"Ah queu c'est beau Beethoven !"
(Johnny Hallyday, probablement)

Il y a des choses qui, à priori, ne se font pas, un point c'est tout. Produire de mauvais remake de grands films par exemple ou encore utiliser le thème de Love Will Tear Us Apart pour rapper, et surtout, surtout... chanter sur Beethoven ! On se souvient de Michel Sardou qui avait osé poser sa voix de baltringue sur les quelques thèmes qui ont fait la réputation de Ludwig Van. C'était pompeux, prétentieux et mauvais. Je ne vous ferai d'ailleurs même pas l'affront de vous proposer un lien vers cette chanson qui, elle, va bien au-delà de la honte. Mais on connaît bien peu Johnny chantant (déclamant) un poème sur la 7ème du compositeur allemand.



Cette chanson est tiré de l'album "Vie," datant de 1970 (ce qui explique sa voix plus douce et fraîche). Alors oui, c'est niais, c'est un peu ridicule, c'est un peu sur-joué (sur ce point la version Live à Bercy en 92 est encore pire) mais je ne peux m'empêcher de voir dans ce poème une beauté simple. Là où Sardou hurle des bêtises sur un pastiche nauséeux, Johnny laisse les mots se faire porter par les délicieux violons de ce thème magnifique. Oui, il en fait un peu trop, ce qu'il dit n'a pas la force des chants des violons, certes ! Mais il le fait avec une certaine retenue envers la symphonie, laquelle ne s'en trouve pas dénaturée (vous l'avez compris, je déteste Sardou pour ce qu'il a fait à Beethoven).


L'album "Vie"

On ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur sur l'envol de ce poème : "CA A VRAIMENT EXISTE ? VRAIMENT ?!" mais je n'y peux rien, il se dégage de cette rencontre impossible un je-ne-sais-quoi magnifique (et l'allemand n'en est pas seul responsable).

"Allons, ne vous moquez pas de moi."


Julien

mercredi 24 février 2010

[Réveille Matin] Syd Barrett - Octopus

Bonjour à tous ! Ce matin, on se réveille avec une histoire bien connue. En fait, une histoire bien trop connue, qu'on finit par romancer à grands coups de génie maudit de 23 ans qui emmène son groupe toucher les étoiles avant de disjoncter une dernière fois et de se retirer de la circulation à tout jamais. Ouaip, on parle bien ici de Syd Barrett, et si ce garçon tout de même un brin jeté a porté sur ses épaules ce qui est à nos yeux le meilleur (et tout premier) album de Pink Floyd, "The Piper at the Gates of Dawn" en 67, ses faits d'arme ne s'arrêtent pas là. De 66 à 68, Syd compose frénétiquement, et toujours avec la même méthode désinvolte et allumée : balancer des accords un peu au hasard, terminer les mesures quand ça l'amuse et surtout se laisser emporter par ce chant qui semble toujours avoir une longueur d'avance sur l'auditeur en éructant des paroles cryptiques avec un naturel et une évidence pas croyable. Alors quand il se retrouve, disons, évincé de son propre groupe, il aura de quoi enregistrer deux albums, "The Madcap Laughs" et "Barrett", tous deux sortis en 1970, et un bon tas de morceaux restés inédits jusqu'à la compilation "Opel" en 1988.



(Syd Barrett - Octopus)


Si "Barrett" est un album rock assez arrangé, au son plutôt riche, "The Madcap Laughs" en revanche a dû bien surprendre l'auditeur de Pink Floyd de l'époque : pas de gros effets enfumés, de sons à l'envers, de fuzz/reverb en veux-tu en voilà, mais un album de folk au psychédélisme très pur, réduit la plupart du temps à une guitare acoustique, une basse et une batterie. Octopus est le single tiré de cet album, et c'est un peu une leçon de composition en terme de tube bancal : le morceau semble s'écrire devant nous en tapant un peu n'importe où mais en visant juste à chaque changement d'accord. Il trébuche sans arrêt sur un chant imprévisible et se rattrape au dernier moment avant de repartir comme si de rien n'était. Un monument complètement tordu mais surtout sacrément addictif.


Thelonius.

lundi 15 février 2010

[Réveille Matin] Vashti Bunyan - Diamond Day


Bonjour à tous ! Ce matin, c’est un réveil en compagnie de Vashti Bunyan que C’est Entendu vous propose. Et ça ne se refuse pas. Songwriter britannique, elle sort son premier album, "Just Another Diamond Day " en 1970, au milieu d’une cohue de grosses sorties planétaires, et passe de ce fait parfaitement inaperçue. Bon, grâce à cela, sa musique gardera à tout jamais ce visage intimiste, chaleureux, et c’est une bonne chose, mais elle aurait sans doute mérité une plus large reconnaissance.

Quoi qu’il en soit, l’album est rempli de comptines pop et hippies tout à fait charmantes, efficaces, très épurées, dont Diamond Day, forcément, le premier morceau de l’album. C’est d’ailleurs là-dessus que l’on a choisi de s’attarder. Évidement, quoi de mieux pour accueillir l’auditeur qu’une ballade légère, une guitare et une flûte accompagnant des "lalalalala" de toute beauté, le tout couronné d'une qualité d'enregistrement lo-fi dont la saturation ne fait qu’embellir la chose ? Rien, vous l’avez dit.

Vashti l’a bien compris, et de par son chant, elle réussit à suggérer une atmosphère délicate et tamisée dont on ne peut que s’enrober. La folk coexiste avec un psychédélisme subtil, et le morceau (tout comme l’album) semble baigner dans la plus pure insouciance, dans une bulle inaccessible pour qui n’est pas disposé à une écoute paisible. Et si Diamond Day, tout comme "Just Another Diamond Day ", en bref, si Bunyan ne prône pas la simplicité et la quiétude, si elle ne compose pas de manière accessible et touchante, alors j'en perds mon latin. C'est dit.



"Just another love to give
And a diamond day."


Hugo

vendredi 18 décembre 2009

[Fallait que ça sorte] Bill Fay, un Jardinier

Des années 70, on peut tirer un constat déjà bien connu : la mémoire est sélective. Oui, si on se souvient naturellement des Beatles, des Stones, des Who et autres Pink Floyd en tout genre, qu’en est-il des artistes moins célèbres, mais non moins méritants ? Talentueux, brillants, ils enregistrent leurs chefs d’œuvre en toute discrétion, travaux d’orfèvres pratiquement voués à n’être que très peu, trop peu arborés. Ces compositeurs, que le succès a dénigré et qui n’intégrèrent bien sûr jamais le trop étroit champ de vision de la postérité, déjà bien occulté par les succès planétaires précités, ont été avec le temps minutieusement oubliés. C’est le cas de Bill Fay. Entre autres. Entre beaucoup d’autres. Dans l’ombre écrasante des grands classiques de 1970 ("Let It Be" des Beatles, "Led Zeppelin III," mais aussi "Atom Heart Mother" des Floyd ou encore "Band Of Gypsys" d’Hendrix), Bill Fay veut ajouter sa pierre à l’édifice.

«Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver son jardin.»
Bill met indirectement en pratique cette fameuse maxime. Jardinier, il se révèle être un compositeur hors pair. Voilà sans doute pourquoi il ouvre son premier album ("Bill Fay" sur la pochette duquel il marche (assurément) sur l’eau) par Garden Song, un morceau de référence (dans lequel il raconte qu’il se plante lui-même dans un jardin, oui), triste et immensément profond, accompagné d’orchestrations lumineuses et puissantes. C’est d’ailleurs la grande spécialité de Fay, qui amène souvent un lyrisme magistral dans ses œuvres, par le biais de magnifiques violons, et parfois même de saxophones. La gravité commune à tous les morceaux ou presque de l’album est soulignée par de grandes montées instrumentales, plus ou moins denses (The Sun Is Bored) mais jamais lourdes, toujours bien mesurées. La puissance évocatrice de ces passages est subtile, et les violons rejoignent, accompagnent puis couvrent habilement la petite guitare sèche omniprésente, touchante, et l’humble piano. Fay n’en fait jamais trop, il s’en tient proprement à faire ce qu’il faut.


Garden Song

Cependant, si ses compositions possèdent une dimension puissante, c’est parce qu’à l'instrumentation déjà richissime vient s’ajouter une voix des plus maîtrisées, des plus mûres sans doute, de la période.
Le timbre clair et précis fait rêver, rend triste, donne des frissons, et est d’une efficacité rare. Gentle Willie en est sans doute l’exemple le plus parfait, bien que Goodnight Stan ne soit pas en reste. Les orchestrations y sont belles à pleurer, d’une grande finesse, et le chant, magnifiquement triste, conte l’histoire d’un brave homme, Willie, qui navigue, qui apprend à voler, mais qui est à chaque fois victime de l’Homme, qui détourne(par les guerres) ces offices pourtant si purs et agréables de prime abord. La manière dont Fay conclut chacune des trois strophes, l’intonation qu’il utilise, couplée aux brillants violons, est sans doute l’un des plus beaux moments de l’album.

Bill détient aussi le moyen de créer d’édifiants morceaux avec peu de choses, peu d’instruments. C’est le cas de Sing Us One Of Your Songs May, ou encore de Down To The Bridge, merveilles de minimalisme et d’émotions. Sa voix sied aussi bien à des morceaux chargés d'instruments qu’à des choses plus épurées, et cela contribue à enrichir l’album, à lui donner un cachet unique. Cela nous rappelle aussi qu’il n’a jamais connu le succès qu’il méritait…

Par ailleurs, on trouve également des titres tels que We Want You To Stay ou Screams In The Ears qui sonnent d’avantage comme des « tubes » : puissants, rythmés, bien qu’il soit sans doute déplacé de raisonner ici en terme de tubes, chaque morceau étant à lui seul un bijou inestimable. Là encore, Fay offre une dimension supplémentaire à son album, en le pourvoyant aussi de morceaux à la pointe de l’efficacité. Il prouve sa capacité à insuffler de multiples facettes à ses créations, sans renier pour autant la base humblement pop et les orchestrations, qui font désormais sa marque de fabrique. Cerise sur ce gâteau, le choix d’achever l’album sur deux singles, Some Good Advice et Screams In The Ears, a de quoi laisser les auditeurs sur une note (plus ou moins) familière et touchante, une tonalité idéale pour conclure.


Fay réalise ici un exercice de style, il mélange une pop belle et simple avec des orchestrations majestueuses. Le tout est ouvert, très soigneusement travaillé, et évocateur sans jamais devenir orgueilleux. L’album est complet, il est armé d’intimisme, de profondeur, d’efficacité, et l’auditeur s’y retrouve. Malgré son succès quasi inexistant, tous les éléments étaient présents pour lui donner une résonance dans le temps digne de celle d’une œuvre réputée. Tous ? Peut-être pas l’oreille du quidam lambda… Une très grande réussite malgré tout. Mais Bill ne s’arrêtera pas là...

mardi 15 décembre 2009

[Fallait que ça sorte] Rodriguez, le Sugar Man

Si il y en a un qu'il ne fallait pas louper cette année aux Transmusicales de Rennes c'est Sixto Rodriguez, parce qu'il revient de loin et de très loin même. 1970 à Detroit USA, Sixto a 28 ans et sort modestement son premier album : "Cold Fact."Il est bien cet album, il est même très bien sauf que tout le monde s'en fout parce qu'à l'époque ce qui fait bander les jeunes de Detroit ce sont les Stooges et le Mc5. Tous les projecteurs sont braqués sur cette ville présentée comme le vivier de la révolution musicale du début des années 70 et pourtant Rodriguez reste dans l'ombre. Il faut croire que sa musique était trop à contre courant pour son époque : le latino hippie à la guitare folk n'est pas pris au sérieux. Trop calme, trop mignon, trop gentil ? Ou pas assez énervé, couillu et transpirant ? Il persistera l'année suivante en allant enregistrer son deuxième album "Coming from reality" à Londres, lequel connaitra... le même insuccès.

Dépité il abandonnera alors sa guitare pour retourner travailler à l'usine et nourrir sa famille.


L'histoire aurait pu s'arrêter là mais le destin en a décidé autrement et c'est vers la fin des années 70 que le succès de Rodriguez surgit dans un pays où il ne l'attendait pas : L'Afrique du Sud. Les échos de cette reconnaissance iront même jusqu'à retentir en Australie. Bien plus qu'un succès d'estime chez des Sud-Africains en plein apartheid, "Cold Fact" sonne comme un manifeste et Sugar Man devient un tube. C'est aussi le cas de I wonder dont les paroles ambigües choquent et font polémique. Rodriguez assume alors cette reconnaissance, se lance dans une mini tournée à guichets fermés et devient une star nationale dans un pays qui n'est pas le sien avant de retourner chez lui, aussi humble qu'à l'aller.

Ce succès restera confidentiel encore plusieurs années avant de remonter vers l'Europe. Invité d'honneur sur un album de David Holmes et ses Free Associations, "Come Get It I Got It" en 2002, puis relayé par des blogs bien intentionnés, jusqu'à la consécration ultime reçue de la part du magazine Mojo, l'album "Cold Fact" finit enfin par être réédité et salué unanimement par la critique fin 2008.


Alors finalement cet album c'est quoi ? Eh bien ce n'est ni plus ni moins qu'un chef d'œuvre. Décrire Rodriguez reviendrait à évoquer Dylan qui chanterait du Marvin Gaye à la sauce d'Arthur Lee de Love, à la fois acide, doux et planant. Bien plus que du folk hispanique c'est une soul psychédélique infusée d'une grande tendresse car Rodriguez est aussi un romantique qui porte un regard respectueux mais aussi un peu cynique sur la gent féminine. A propos de la chanson Sugar Man, son hit fétiche au thème plutôt nébuleux, il s'explique lors du concert des Transmusicales avec ces paroles : "This song is a description, not a prescription" ... que dire de plus ? Ce sont la sagesse et la bienveillance qui parlent. Celles d'un homme de 67 ans au crépuscule de sa vie et à l'aube de son succès. L'histoire est belle et émouvante et je suis fier de l'avoir partagée avec ce Grand Monsieur il y a quelques jours.

Alors mes chers indie-Kids de bon gout, accordons enfin à cet album le respect et la place qu'il mérite au panthéon de l'Histoire du Rock. Voilà ma messe est dite : Joyeux Noël à tous !


Djeepthejedi

lundi 2 novembre 2009

[Réveille Matin] Jean-Pierre Ferland - Le Chat du Café des Artistes

Coucou me revoilà pour un réveille matin, et j'ai décidé d'allumer les projecteurs sur un chanteur de variété, oui oui, un chanteur pour dames, un vrai de vrai qui chante des chansons d'amour et qui de surcroit est Québécois, le must du must dans le genre en somme ! Et hop je vois là déjà toute une armée d'indie-kids de bon goût prêts à me balancer des tomates. Mais non ce n'est pas Roch, ni Robert, ni Félix, ni Garou, holà stop attention la variété c'est pas que de la daube non plus, elle peut aussi parfois être underground, il n’y a rien d’antinomique là-dedans comme le prouve l'album "Jaune" du québécois Jean-Pierre Ferland sorti en 1970.

Et les superlatifs ne manquent pas concernant cet album que les canadiens avec leur grande modestie considèrent comme "une œuvre magistrale." Certains vont même jusqu'à dire que "Jaune" est le penchant québécois de l'album Blanc des Beatles, pourquoi pas puisque même John Lennon en son temps fut remarquablement impressionné par ce disque de pop moderne et dont les arrangements rappellent aussi étrangement ceux d'un certain Jean-Claude Vannier en 71. D'ailleurs je soupçonnerais presque Gainsbourg de s'être fortement inspiré de son cousin québécois sur son "Melody Nelson." C'est exactement le même concept avec des chansons racontant la même histoire sur des arrangements orchestraux flamboyants. Cependant il n'est pas ici question de faire le procès de qui que ce soit. Je sais que le français est très snob et supporte mal qu'on ose s’attaquer aux mythes de son patrimoine culturel.

Mais rendons à César ce qui lui appartient : non le patrimoine musical québécois ne se résume pas non plus qu'à des chèvres et des caribous qui beuglent et j'en fournis aussi pour preuve l'album de reprises et de remixes de "Jaune" sorti en 2005 et qui réunit quelques-uns des plus beaux fleurons de la jeune génération indie-rock et électro du Québec francophone pour ceux que ça intéresse.


Le Chat du Café des Artistes

Donc à la base je voulais chroniquer cette chanson de l’album "Jaune," God is an american, un morceau expérimental totalement psychédélique et renversant, et puis la semaine dernière Charlotte Gainsbourg, "la fille de... ," est passée dans le poste avec sa reprise inattendue du Chat du café des artistes, quelle étrange et bonne idée de sa part, alors je me suis dis "profitons de l'occasion pour rendre aussi hommage à son géniteur et à cette chanson qui aura bientôt 40 ans." Le texte de JP Ferland qui dépeint les angoisses d'un artiste refusant de tomber dans l'oubli est plein de lucidité et à la fois d’une telle noirceur (parfaitement sublimée par les cordes, les chœurs et les cuivres), mais au-delà des paroles avouons-le trop abstraites pour que l'on y comprenne vraiment quelque chose (les analyses de poèmes et les métaphores c’est pas trop mon fort), en fait c’est surtout l’ambiance et la dramaturgie du morceau qui prédominent avec
cette voix de crooner aux articulations méticuleuses à la manière d’un Aznavour. Il y a aussi cette rythmique presque trip-hop vraiment surprenante pour l’époque, je vous rappelle qu’on est quand même en 70 et qu’on entend déjà des samples de voix sur l’intro et le final. En réalité, Le chat du café des artistes est une chanson de variété ordinaire produite par des types complètement allumés et avant-gardistes, c’est du très grand travail de studio digne des meilleurs production de l’époque et qui surtout n’a pas pris une seule ride, le son est resté impeccable. Ça sortirait aujourd’hui que ça aurait vraiment de l’allure et la petite Charlotte ne s’y est pas trompée puisque sa reprise figurera sur son prochain album "IRM" produit par Beck et à paraitre d'ici la fin de l'année.

Alors voilà je vous propose pendant cinq minutes de laisser de coté vos à-priori sur la variétoche, de jeter une oreille à cette chanson et pourquoi pas également découvrir cet album qui a radicalement changé ma vie et mes perceptions musicales.


Djeep

jeudi 20 août 2009

[Réveille Matin] Simon & Garfunkel - The only living boy in New York

Bonjour bonjour, oui, je sais, tout le monde connait Simon & Garfunkel, oui, mais bon, enfin, vous connaissez les singles, certes, mais et les albums ? Vous les avez écoutés, les albums ? Parce que sur "Birdge over Troubled Water," il y a de fameuses perles de songwriting et cette chanson, par exemple, est pour moi la bande son d'un matin de départ (et qu'est-ce que j'aime ça, les matins de départs !), une aube grise, bagages en mains, dans un hall d'aéroport déserté, partagé entre la mélancolie du départ et l'excitation fatiguée soulevée par la pensée de la destination. C'est selon moi l'une des plus belles chansons écrites par Paul Simon, et si vous voulez un bon conseil, écoutez ce qu'il a à vous dire :




Hey, I've got nothing to do today but smile...

vendredi 7 août 2009

[Réveille Matin] Nico - Le petit chevalier

Bonjour à tous ! Le Vendredi c'est souvent un jour à la coule. Pour beaucoup d'entre vous, c'est le dernier jour de la semaine, significatif de week end proche, et donc le Vendredi matin est largement plus gai que, disons, le Lundi matin, celui où logiquement vous êtes le plus bougons, maugréant envers vos horaires épuisants, buvant votre café avec une grimace du genre de celle des pirates de l'équipage du Capitaine Red. Bon. Mais le Vendredi, c'est cool quand même, c'est mieux, quoi, c'est le jour de tous les possibles. Vous êtes limite contents de partir au taf ou au lycée parce que vous savez que dans quelques heures vous serez libres de gambader allègrement jusqu'en boite de nuit, en soirée, en vacances, ou simplement vous remettre au pieu pour une durée d'environ quarante huit heures et des béquilles. Vous avez le moral en berne tout emplis d'attentes et d'espérances, l'esprit tourné vers la libération de votre statut social, bercés par l'oubli de vos obligations, le moral primant sur la morale, déjà prêts à en découdre avec le temps qui vous sera escompté et dont chaque seconde sera une de plus que vous n'aurez pas d'autre chance de rentabiliser par un verre, un(e) fille/garçon, une écoute (au casque) du Metal Machine Music de Lou Reed, l'approfondissement de votre projet secret qui fera de vous une star, ou bien par quelque silencieuse retraite, loin de toute pollution sonore, là où aucun Réveille Matin et aucun piaf métallique, et aucun néon défectueux, aucun client mécontent, aucun voisin idiot, aucun camarade trop bavard et aucun aucun aucun poste de télévision ne viendront vous déranger. Vous êtes peinards, en général, le Vendredi matin. Vous êtes jouasses.

C'est trop facile.




Joe