C'est entendu.
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vendredi 30 avril 2010

[45 tours] Miles Davis - Scène d'introduction d'Ascenseur pour l'échafaud

Une conversation téléphonique, plan serré. Florence parle d'abord, puis Julien. La caméra s'écarte, les plans s'allongent et les premières notes de trompette éclatent, aussitôt contenues par la contrebasse de Pierre Michelot et les rythmes lents de Kenny Clarke. Le morceau commence, le film se met en place...



Dans Ascenseur pour l'échafaud la musique de Miles Davis se fond dans l'ambiance voulue par Louis Malle, faite de tension retenue et de doutes. Les morceaux, en grande partie improvisés et enregistrés en trois heures lors d'une projection privée accentuent la portée dramatique du film sans chercher à coller à l'action. Au lieu d'appuyer les moments clés de l'intrigue, elle se superpose aux images, au grain de la pellicule. Il faut se figurer le Paris de 1957 partagé entre le jeu des automobiles parmi les immeubles et le clair obscur de la caméra.

Ascenseur pour l'échafaud occupe une place de choix dans la discographie de Miles, juste avant les sommets que seront "Milestones" et "Kind of Blue." Cet enregistrement est même considéré par certains comme fondateur du jazz modal, une variante dépouillée des structures complexes du bop et représenté avant 1960 par Charlie Parker. Davis et ses musiciens improvisent autour de phrases harmoniques simples qui correspondent à seulement trois ou quatre accords. Autant dire que sur ce format, le style délié et mélodique du trompettiste fait des merveilles. On retrouvera par la suite beaucoup de réitérations de cette démarche dans des compositions telles que le classique So What sur "Kind of Blue".

L'imaginaire particulier qu'inspirent les bandes originales de cinéma par la juxtaposition du son et de l'image modifie évidement l'écoute. De même qu'une pochette de disque fait parfois partie intégrante de la perception de la musique qui y est inscrite (que serait "London Calling" sans Paul Simonon explosant sa basse contre la scène ?), la démarche angoissée de Jeanne Moreau contamine le morceau autant que celui-ci imprègne le souvenir de ce film marquant des débuts de la Nouvelle Vague. Une troisième dimension apparait enfin dans la bande originale d'Ascenseur pour l'échafaud : ce sont les quelques images que l'on a fantasmées autour de cet enregistrement mythique et toute la légende qui entoure Miles Davis, avec notamment les fabulations de Boris Vian décrivant l'enregistrement dans Jazz Hot (alors qu'il n'y était pas présent). La musique n'est pas seulement un ensemble de sons, elle est également une représentation, un imaginaire né de la superposition des éléments les plus divers. Une insulte au concept fallacieux d'objectivité.

... un piano vient soutenir la section rythmique sur laquelle s'écrasent les assauts répétés de la trompette de Miles. Et c'est sur un status quo que Julien pose le combiné et saisit son arme.


Arthur Graffard

[Réveille Matin] Michel Legrand et Corinne Marchand - Sans toi

Bonjour à tous ! Malgré tout le foin autour des jeunes turcs et tout le bien que je pense de Jean-Luc, Claude, François et les autres, mon film préféré de toute la nouvelle vague est réalisé par une femme qui n'en fit même pas intégralement partie. Non, trop rive gauche, trop indépendante face à l'esprit Cahiers du Cinéma, Agnès Varda fut avec quelques autres (Resnais, son mari Demy et d'autres plus tardifs comme Pialat ou Eustache) en marge du mouvement, mais jamais bien loin non plus. Nouvelle vague, Cléo de 5 à 7 l'est totalement, et pas seulement par le court-métrage burlesque fictif qu'y regarde l'héroïne (deux petites minutes délicieuses mettant en scène le couple Godard/Karina) : le film a la spontanéité de ces premiers longs métrages insolents, emplis d'idées de cinéma à ras bord et pourtant amoureux de la culture populaire et de Paris, ville qui regarde le spectateur autant que lui la regarde vivre. Cette heure et demie qui sépare Cléo, jeune chanteuse populaire oisive, du résultat de ses analyses médicales qui risquent de lui révéler un cancer est comme une parenthèse où le temps se suspend, un moment d'impuissance totale où cette enfant gâtée capricieuse doit supporter l'insouciance des autres. De la diseuse de bonne aventure à la lumière douce du parc Montsouris, de la visite de son amant négligeant à ces balades dans les rues de Paris où Cléo apprend à regarder les autres, Cléo de 5 à 7 est un film à la fois léger et très grave, et la multitude de petits détails euphoriques qui parsèment le parcours de la chanteuse ne font que le rendre plus étouffant et anxiogène.


(Sans toi, composée par Legrand et chantée par Corinne Marchand)

Au milieu du film, Cléo reçoit son parolier et compositeur, joué par un tout jeune Michel Legrand qui compose effectivement la musique du film. Après quelques morceaux légers, et alors que la jeune femme cache sa crainte de la maladie, ils interprètent Sans toi, chanson mortuaire d'une tristesse infinie, et bientôt le piano de Legrand est rejoint par un orchestre sorti de nulle part alors qu'un lent travelling isole Cléo face à la caméra sur un fond noir macabre, fixant le spectateur de ses yeux plein de larmes. Et quand après une montée désespérée à faire frissonner un khmer rouge elle chante d'une voix éteinte les derniers vers du morceau, "Seule, laide, et livide, sans toi, sans toi..." c'est tellement déchirant que c'en est presque insoutenable. C'est très certainement le plus grand moment de la carrière de Corinne Marchand, l'une des plus belles compositions de Michel Legrand et l'une des scènes les plus fortes de ce chef d'œuvre d'Agnès Varda.


Thelonius H.

jeudi 29 avril 2010

[Réveille Matin] Chantal Goya - Tu M'as Trop Menti

Jean-Luc Godard est un un homme de talent ! Je ne parle même pas ici de son sens de l'image, de sa perversion surprenante des codes, de son audace, rien de tout ça ! J.-L. G. est un homme de talent car il a réussi à porter avec brio Chantal Goya à l'écran. Le résultat : elle y est comme on ne l'a jamais imaginée... jolie ! Je me souviens encore de la première fois que j'ai vu "Maculin, Feminin" (1966), je n'en croyais simplement pas mes yeux. Cette jolie jeune fille au regard naïf, dont j'étais un peu amoureux, allait devenir la chanteuse de Bécassine ...



Ce matin je vous propose donc de vous réveiller avec Chantal Goya. Ne partez pas tout de suite... Essayez ! Voyez, à l'instant où les premières cordes de la basse frissonnent, un parfum des années 60 envahit la pièce où l'on se trouve. Il suffit d'un riff de basse, d'une batterie et de deux, trois chœurs pour donner envie de danser frénétiquement. Et puis il y a cette joie simple et tellement naïve, cette joie si communicative.

Tu M'as Trop Menti est la chanson phare du film (on peut d'ailleurs l'entendre pendant la bande annonce du film, qui vaut le coup d'œil) et figure bien évidemment sur la bande originale aux cotés de cinq autre chansons de Goya. Je ne peux que vous recommander l'écoute de cet album. On y découvre la facette méconnue d'une personne qu'on ne pensait capable de chanter que des niaiseries telles que Pandi-Panda. La surprise y est agréable. Et si vous n'avez jamais visionné le film, faites le : si vous n'y trouvez pas Goya si belle que ça, vous prendrez peut-être conscience si ce n'est déjà fait que Jean-Luc Godard a du talent.


Julien Masure

mercredi 28 avril 2010

[Réveille Matin] Jeanne Moreau - India Song, de Carlos D'Alessio

Ah, ce thème. Cette mélodie. Ce piano. Il lui suffit de quelques secondes, et soudain, le film qui joue dans la tête, chaque image indéfiniment liée à chaque note. Ce soleil qui disparait lentement pendant que les voix venues de nulle part se répondent. Puis les longs plans sur les robes. Delphine Seyrig et ses cheveux châtains, en robe de soirée dans un salon suranné. Michael Lonsdale qui marche près des terrains de tennis, dans le grand parc avec son smoking blanc. Les silences interminables, étouffants dans cette grande maison fantomatique. "India Song." 1974. On a beaucoup ri des films de Marguerite Duras. Il y a sans doute de la matière. Mais ce sont finalement, avec toutes leurs maladresses, de très beaux moments de cinéma, très libres. Les images y sont aussi vaporeuses et hors du temps que peuvent l'être les mots, imprimés sur le papier lourd et doux des Éditions de Minuit dans des romans comme Détruire Dit-Elle ou Le Vice-Consul. Et c'est l'oublié Carlos D'Alessio qui s'est chargé de lier le tout avec sa musique omniprésente, mélancolique, plus qu'une simple bande originale, une émanation sonore mélancolique. Il fera la musique de tous ses films ensuite, avec toujours cette même manière de se lier de façon unique à la réalisation, comme dans "Baxter, Vera Baxter," avec sa fanfare de flutes primitives jamais interrompues. Mais c'est le thème d'India Song qui reste le plus envoutant, le plus fort.

"Je lui ai demandé de faire la musique pour un film, il a dit oui, j’ai dit sans argent, et il a dit oui, et moi j’ai fait les images et les paroles en raison du blanc que je lui laissais pour sa musique à lui et je lui ai expliqué que ce film se passait dans un pays qui nous était inconnu, aussi bien à lui qu’à moi, les Indes coloniales, l’étendue crépusculaire, de lèpre et de faim des amants de Calcutta, et que nous devions les inventer tous les deux en entier. Nous l’avons fait."
- Marguerite Duras

Un peu plus tard, Duras a mis des mots sur cette mélodie. Et c'est Jeanne Moreau, celle qui avait joué dans l'adaptation de "Moderato Cantabile" en 1960 et avait déjà tourné dans "Natalie Granger" de Duras en 1973, qui a chanté ces mots. C'est ce que je vous propose d'écouter ce matin. Sa voix déjà grave qui lance "Chanson/De ma terre lointaine/Toi qui parleras d'elle/Maintenant disparue" sur des violons à pleurer. Ce pont, plus léger, "toi qui me parle d'elle," presque rêveur, mais dont la timide douceur vient se perdre dans une descente harmonique tragique s'achevant inéluctablement par la dureté du ton de Moreau lorsqu'elle chante le mot "mort," presque faux. Et puis finalement la manière sensuelle et froide qu'elle a de conclure le morceau avec son "et toi qui me dit tout" pendant que le piano s'éteint sur un dernier accord mineur, une flute solitaire achevant lentement une dernière note.


Emilien Villeroy

mardi 27 avril 2010

[Réveille Matin] Bruce Willis et Danny Aielo - Swinging on a Star

Bonjour à tous ! La question est là : qui peut dire non à Bruce Willis ? Certainement pas nous. S'il est un parrain à C'est Entendu qui ne soit pas principalement issu "de la musique" c'est bien cet homme, dont nous vous avions déjà indirectement parlé lors de la dernière semaine consacrée au cinoche. En 1991 le bel homme jouait l'un de ses meilleurs rôles, à savoir celui de Hudson Hawk, gentleman cambrioleur, dans le film du même nom. Cette comédie, qui n'a pas exactement fait date face à la concurrence de la série Die Hard et autres Pulp Fiction, est restée pour moi l'un des sommets de la carrière de Willis, qui y interprétait une caricature de son personnage de type entre deux âges, sympa, doué dans son domaine et toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Embarqué dès sa sortie de prison dans un sale coup, il était sensé dérober un artefact afin que la mafia locale daigne lui lâcher les baskets, et c'est avec son copain Tommy (Danny Aielo en roues libres) que Hudson s'attaquait au musée visé.



Pas vraiment n'importe quel voleur, Hudson Hawk a une particularité étonnante : il peut donner la durée exacte de n'importe quel standard américain, cela lui permet de se chronométrer sans utiliser de montre lorsqu'un délai lui est imposé par le détournement d'un système de sécurité et c'est avec Swinging on a Star, popularisée par Bing Crosby en 1944 (dans un autre film, Going my Way) que les deux acolytes mesurent leur acte.

Je n'ai jamais été chapardeur, promis, je n'ai jamais rien volé d'autre qu'une poignée de bonbons (des schtroumfs, j'étais gosse, foutez-moi la paix) et un ou deux futals (des jeans, j'étais sous-payé, n'appelez pas les keufs), mais j'avoue que ce film m'a donné envie de combiner ma passion (la musique) avec une occupation lucrative (le vol à l'étalage). Bruce Willis est mon "role model" et c'est pas toujours facile à gérer.


Joe Gonzalez

lundi 26 avril 2010

[Réveille Matin] Faces - Glad and Sorry

On ne présente plus vraiment les Faces, mais le groupe semble avoir été un peu oublié, depuis quelques temps. Pourtant, ce matin, j’ai eu très envie de vous proposer Glad and Sorry (groovesharké dans le lecteur de gauche) que l'on trouve sur leur quatrième et dernier album, sorti en 1973, intitulé "Ooh La La", et dont l'immonde pochette vous est gracieusement proposée plus bas.

Glad and Sorry est une ballade pop tout à fait charmante et qui, en y réfléchissant, possède tous les ingrédients nécessaires pour être un "tube" : la durée adéquate, le chant aérien, le piano cajoleur, le rythme posé, le solo de guitare placé sous une fine couche de reverb, et la basse confortable. Et bien entendu le petit tambourin impeccable. L’ensemble sonne quelque peu mélancolique, et les overdubs au tout début, achèvent de donner à Glad and Sorry une douce sympathie. Et puis tout de même, il y a une particularité assez cruciale à noter au niveau du chant. Passez-vous un album des Faces, et vous serez à coup sûr interpelés par la voix enrouée de Rod Stewart, cette voix si spéciale qui fait qu'on aime ou pas. Eh bien avec Glad and Sorry le chant est amplement adouci, ce qui, selon moi, est fort judicieux.


Dernière chose. Souvenez-vous du 45 Tours de Joe, concernant The Marshall Tucker Band, publié courant juillet 2009. Le rapport est simple : les deux titres figurent sur la (très chouette) BO du film "Blow", de Ted Demme, sorti en 2002, et que j'ai vraiment beaucoup aimé.

Hugo Tessier.

jeudi 11 février 2010

[Réveille Matin] The Byrds – Wasn’t Born To Follow

Bonjour à tous! Ce matin, on vous propose un réveil en douceur, comme on les aime. Un réveil avec les Byrds, qui plus est. En 1968, la clique de McGuinn sort "The Notorious Byrd Brothers", son cinquième album, sur lequel on trouve Wasn’t Born To Follow, interprété par les Byrds mais composé par Carole King et Gerry Goffin, deux songwriters américains mariés, pleinement versés dans la pop. Un an plus tard, en 1969, on retrouve le morceau dans la BO du fameux "Easy Rider" de Dennis Hopper (qui lutte actuellement contre son cancer généralisé dans un hôpital de Los Angeles), aux côtés de titres de Steppenwolf, d’Hendrix, ou encore de Smith.



Wasn’t Born To Follow témoigne d’une décontraction fabuleuse, armée d’un son clair et limpide. L’intonation du chant, la diction tranquille, tout comme le filtre sur la batterie vers le milieu, ainsi que les guitares moelleuses s’entremêlant dans une tendre réverbération, tout cet ensemble donne au morceau ce côté hippie, serein, qui fait sa force. On survole les grands espaces, les cours d’eau, on évoque d’improbables forêts, l’écume de l’eau des cascades, une "sacred mountain" et même une "legendary fountain". La photographie d’une nature à l’état sauvage est sublimée par d’agréables arrangements et par un rythme entraînant, tout en étant posé. Le report aux paroles semble inévitable si l’on veut se faire une meilleure représentation de l’amplitude des images utilisées, c’est pourquoi on vous fournira la première strophe, qui parle d’elle-même :

"Oh I'd rather go and journey where the diamond crest is flowing and
Run across the valley beneath the sacred mountain and
Wander through the forest
Where the trees have leaves of prisms and break the light in colors
That no one knows the names of"


On ne se limitera d'ailleurs qu’à la première strophe. On ne va pas tout vous apporter rôti sur un plateau ! Allez, au boulot, cherchez la suite, si vous avez aimé le morceau ! En espérant vous avoir proposé un chouette morceau qui vous fera vous lever du bon pied, à la prochaine !


Hugo

vendredi 27 novembre 2009

[Fallait que ça sorte] Prince - Batman OST (1989)

Vous faites quoi ce soir ? On m'a proposé une soirée funky à l'autre bout de la ville, je crois bien que je vais y aller. Après tout, si je dois choisir entre ça ou maronner devant Facebook en écoutant Grizzly Bear et poster des statuts du genre "trouve que son job cr1 trop !!!" ou bien mon classique "ne rêve que de scaloppine al limone," je ne vois pas pourquoi j'hésite. Ne le prenez pas mal si c'est le programme que vous vous étiez fixé, mais "Why so ssssserious ?" Non ?

Quoi que vous choisissiez, vous planquer sous une couette ou aller remuer du fion, laissez moi vous parler de ce disque ô combien mésestimé de l'Artiste Jadis Appelé Prince, qui est aussi selon moi son meilleur album, parce qu'il faut bien reconnaître que, tubes ou pas tubes, ses autres disques ont toujours été plus ou moins inégaux, j'en veux pour preuve celui qui est considéré comme son chef d'œuvre, "Sign O' The times," et qui aurait pu être fantastique s'il n'avait pas été aussi long. (La phrase à laquelle vous venez d'assister est, en théorie, à considérer comme une "phrase coup-de-boule" mais je suis certain que la majorité d'entre vous n'a cure de Prince et ne m'en tiendra aucunement rigueur, ce qui fait que c'est un coup pour rien. Comme quand on était petits et qu'on jouait au ballon. Parfois on tirait trop fort et le ballon passait derrière le grillage du voisin et on criait "C'est un coup pour rien !").

Enfin bref, vous l'avez vu au moins Batman ? Le premier, hein, pas Batman 2 : le Défi, pas Batman Forever ni celui avec Clooney et encore moins ceux avec Christian Bale, non, je cause du premier film, réalisé par Tim Burton, avec Micheal Keaton qui joue Batman et Jack "Big Balls" Nicholson dans le rôle du Joker. Attention, je n'ai rien contre Chris Walken et le Pingouin, ni ne nie la super prestation de "feu" Heath Ledger de l'année dernière, mais le film de 89 est loin devant le reste pour moi. Peut-être parce que tu peux pas battre Jack Nicholson, peut-être parce que c'est le plus proche de l'esprit du comic book (entre film noir et pop art), et puis peut-être aussi parce que Prince en a fait la Bande Originale.
Rien n'aurait mieux collé à l'esprit bédé du film, m'est avis, que le patchwork funky de Prince. Je veux dire, il y a deux scènes particulièrement mémorables pour la musique, et si elles ne vous ont pas fait remuer quand vous avez vu le film, vous n'avez rien à fiche sur cette URL (si vous n'avez pas vu le film, je vous file un sursis, mais déconnez pas avec moi) ! Les deux scènes en question sont évidemment celle de la Parade aux Ballons à la fin, sur laquelle Prince chante Trust, et la seconde, la meilleure, la quintessence de ce movie, c'est évidemment la scène au Restaurant/Musée, lorsque les lascars du Joker ont endormi tout le monde sauf Vicki et qu'ils débarquent avec l'intention de tout saloper. Là-dessus, prince chante Partyman, et le Man en question, c'est un mélange du Joker, de Nicholson et de Prince lui-même, cet espèce de freak à trois faces qui met à sac les tableaux et qui danse jusqu'à Vicki tout en lâchant des petits commentaires bien vus sur les tableaux. Tout à fait mon type d'homme, je ne vous le cache pas :



Le truc avec cet album (car c'en est un), c'est que si on doit se fader deux balades mielleuses façon R&B mielleux des familles (le duo avec Sheena Easton sur The Arms of Orion ressemble à du Mariah Carey), les deux tubes funk dont j'ai causé plus haut ne sont pas les seuls bons moments du disque, et il y a de fameux beats sur des morceaux comme Batdance (qui n'est pas si éloigné que ça du premier album de Nine Inch Nails, sorti la même année, si on y regarde de plus près, ça vous embouche un coin !) ou The Future qui mélangent électro, rock, funk et prémices de hip hop, mais mon coup de cœur va au très pop Vicki Waiting, qui fait le pont entre Partyman et Trust, sans temps mort.

A vous de voir si vous préférez danser seuls ou accompagnés, du moment que vous vous décidez à donner sa chance à ce disque. Moi je me tire à l'autre bout de la ville où une amie s'est apparemment grimée en Bat Girl. Buona Sera.


Joe










SUPER BAT BONUS :

Le Joker est heureux de vous offrir la seule chanson valable issue des 3 albums sortis par Prince en 2009 :



jeudi 26 novembre 2009

[Réveille Matin] AC/DC - It's a long way to the top (If you wanna rock'n'roll)

Bonjour à tous. Ce matin je vais vous parler d'AC/DC et de Jack Black et je sais que ces gens-là ne font pas souvent l'unanimité, mais je vais vous demander de me suivre une seconde et de me laisser une chance de vous convaincre. Vous voulez bien ? Chouette.

Tout commence en 76 avec l'explosion du groupe Australien le plus connu de tous les temps, le meilleur groupe de hard rock (arrivé cinq ans après la vague hard américaine de 70-71) à vrai dire, qui ressortait alors son premier album avec une setlist presqu'entièrement différente (les nouvelles chansons sont des tubes).

A cette époque, It's a long way to the top (If you wanna rock'n'roll) était déjà géante. Bon Scott donnait un cours de Rock au monde, s'insinuant fastoche dans les godasses délaissées par un Mick Jagger boîteux, pendant que les frêres Young résumaient le concept de "power chords" et que des cornemuses rappelaient bruyamment que les descendants émigrés de William Wallace savaient encore partir en guerre. Pour rappel :



Difficile de faire oublier un truc pareil. D'ailleurs c'est bien la seule chanson avec laquelle j'ai pu par le passé tirer autre chose que du mépris de la part de Païens. En général les cornemuses laissent un peu d'admiration filtrer sur le visage du profane sans voix.
Pourtant, en 2003, le très inégal Jack Black (d'ailleurs, s'il vous venait à l'esprit de vous targuer d'un sobriquet du style "Jack RandomCouleur," je vous conseille de renoncer, à moins d'avoir pour projet d'être mi-figue mi-raisin, comme tous les autres types qui ont fait ce choix – voir "Jack White") se lançait dans une nouvelle comédie plus que moins liée au Rock (il a aussi participé à High Fidelity, et évidemment à Tenacious D & the Pick of Destiny : c'est un peu son fond de commerce), et probablement dans son meilleur film, à savoir School of Rock (en français Rock Academy). Le film est très chouette, drôle, et en tant que "professeur de rock," Black en fait des caisses, mais est souvent très juste lorsqu'il touche à l'apprentissage de l'Histoire du Rock et surtout à la transmission du fardeau. Ce movie est un gros "Do it Yourself" lancé tambour battant par un personnage pas mal autobiographique si vous voulez mon avis. Et rien que pour ça, vous devriez le voir.

Le passage le plus cool, outre celui où Black crée le groupe, est certainement le générique de fin, que je vous propose de regarder ci-après, et qui j'espère finira de convaincre les plus réticents :




Joe

P.S. : Ca s'écoute (très) fort.

mercredi 25 novembre 2009

[Réveille Matin] Claudine Longet - Nothing to Lose

C'est sympa deux minutes les voyages dans le temps et les explosions, mais parfois on a besoin de mélancolie délicate, de mélodies raffinées, en bref d'un peu de douceur. Et la douceur chante avec un accent français, vous saviez ça ? Bon, c'est pas vraiment une règle universelle j'en conviens, mais il faut avouer que dans The Party, Michèle Monet (oui parce que "Claudine Longet" ça faisait sûrement pas assez frenchy..?) est le personnage le moins antipathique invité volontairement à la soirée de M. Clutterbuck et forme avec Peter Sellers en indien à l'accent à couper au couteau et un serveur ivre mort le trio parfait d'une comédie parfaite, organisée et désorganisée par le parfait Blake Edwards.

"Voilà comment je suis récompensé pour avoir écrit une jolie chanson pour une comédie. On n'en entend pas une note." Forcément, on sent le compositeur Henri Mancini un peu aigri, parce qu'il ne fallait pas penser qu'une bossa nova lancinante allait passer devant les pitreries de Hrundi V. Bakshi qui se décompose en cherchant des toilettes. Et s'il ne parvient pas à se soulager la vessie durant la séquence, la mienne m'a en revanche lâché pas mal de fois devant sa tronche pas possible, puisqu'en meilleure comédie de tout l'étang qui se respecte, elle se laisse regarder encore et encore et encore sans jamais rien y perdre. Et malgré cela, le film dégage une vraie mélancolie par la gaucherie de deux étrangers perdus dans un système absurde qu'ils finiront par dynamiter dans une joyeuse anarchie sixties.





Bon maintenant vous vous situez un peu le charme de la demoiselle en question, vous êtes hypnotisés quand elle vous regarde droit dans les yeux en jouant sa douce ballade, c'est bon, ça y est ? Et bien elle a tué son petit ami d'un coup de flingue dans les années 70. Allez, bonne journée quand même.


Thelonius.

mardi 24 novembre 2009

[Réveille Matin] The Lovin' Spoonful - Summer In The City

Plan sur le pont de Brooklyn, tôt le matin. L'image est très sombre, mais rouge. On sent que c'est l'été. Bruits des voitures. Un orgue résonne soudain, étrange et sombre. Le coup de batterie fait apparaître les mots "DIE HARD" en petit à l'écran. Puis un autre coup de batterie amplifié et BAM, un grand "WITH A VENGEANCE" barre l'image. Enfin, hop, dernier coup de batterie, changement de plan, sur New York et ça démarre. La musique est détendue, groovy, un peu mélancolique au départ, le chanteur lance "Hot town ! Summer in the city !" Rapidement, on arrive sur le refrain, et là, ça devient plus lumineux, on sent les sixties et la chaleur. A l'écran, vous avez des plans sur les gens de la ville : ils sortent du métro, ils arrosent le trottoir, ils sont dans les embouteillages. Tout est parfait. Puis un plan insistant sur un grand magasin. Subitement, la musique s'arrête, et BOUM, tout explose, il y avait une bombe, un camion s'envole, un vrai raffut, beaucoup de fumée et hop, le film est lancé.


Vous savez pas l'effet que m'a fait ce début quand je l'ai vu pour la première fois, avec cette musique trop cool et inconnue derrière, à 9-10 ans sur Laserdisc (oui, on avait des laserdisc à la maison, les vynils du cinéma, mais en moins cool ; je ne crois pas qu'on puisse dire que "le laserdisc rend l'image plus chaude," ou être friand du "plaisir de changer de face en plein milieu du film"). Je passais des heures à me mater ce troisième épisode de Die Hard en boucle. Bruce Willis était parfait et avait des répliques cinglantes. Il formait un duo génial avec Samuel L. Jackson. Et puis Jeremy Irons en méchant sadique qui fait des devinettes (je me souviens toujours par coeur des énigmes et de leurs réponses, et je les refaisais à des amis dans la cour de récréation), c'était parfait pour moi. Et ça l'est toujours, ce film repassant sur mon lecteur dvd au moins deux fois par an, restant le meilleur film d'action du monde.

Récemment, j'ai écouté un best-of des Lovin' Spoonful, un groupe un peu quelconque des 60's à qui on doit une poignée de morceaux convenables sur des albums oubliables qui n'ont rien révolutionnés, mais l'ont au moins fait gentiment. Et je suis tombé par hasard sur leur morceau "Summer In The City". Choc considérable. Les images qui reviennent en tête, instantanément, liées à jamais à la musique. "Mais ! Mais ! Je connais ça !" Et, soudain, le morceau en lui-même qui apparaît comme un tube ultime, léger et magique. La façon dont l'autoharpe sublime le refrain. Et surtout, la découverte du reste du morceau. Bah oui, dans le film, le morceau se coupe brutalement sur l'explosion et il n'y a pas la suite. Il se coupe quand le chanteur dit "bus stop" pour être précis. Imaginez un peu cette sensation tordue : un morceau dont on connaît le début par cœur, mais dont on n'a jamais écouté la fin. Le petit break à la rythmique rigolote avec les bruits de voitures qui klaxonnent rajoutés pour créer une atmosphère d'été dans la ville. Et qui donne sur le retour du clavier principal et sa descente harmonique délicieuse. Et oui, il manquait tout ça. Mais maintenant, c'est réparé, allez écouter ça dans le player pour commencer la journée de manière merveilleuse. Et en l'écoutant, réfléchissez à ça : vous avez un bidon de 3 gallons et un bidon de 5 gallons, les deux n'étant pas gradués. Comment faire pour avoir 4 gallons d'eau tout juste dans le bidon de 5 ? Vous avez 3 minutes.


Emilien.

lundi 23 novembre 2009

[Réveille Matin] Huey Lewis & The News - The Power of Love

En 1985, Ronald Reagan recevait dans le Bureau Ovale, Marty McFly portait une doudoune sans manches rouge sur une veste en jeans sur une chemise à carreau et Huey Lewis était une pointure (disons 45) qu'on invitait avec le gratin à participer à USA for Africa. Autres temps, autres mœurs.

Ok, cette chanson possède deux des trois qualités inhérentes à toute bonne œuvre qui se respecte, à savoir l'aspect nostalgique lié au premier volet de la saga Retour Vers le Futur et le fait que vingt cinq ans plus tard elle soit toujours aussi bien. Cela dit, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ça n'est pas une chanson ULTIME puisqu'il lui manque le troisième aspect : l'importance historique, le rôle, le sens (par ailleurs, si vous vous demandez d'où je sors cette "preuve par trois" qui fait loi, je ne viens pas de l'inventer, elle est née hier soir dans un bistrot).

Huey et son quasi-mullet en haut à gauche.

The Power of Love n'est qu'un blues assez simple, électrisé et avec d'affreux synthés sur le refrain parce que c'était la mode mais ça n'est rien de plus qu'un rock'n roll enregistré avec 30 ans de retard par un type pas tout jeune pour une Amérique Blanche de Classe Moyenne Respectable désireuse d'un blues pas trop sale. C'est une merde cette chanson, disons-le clairement.
Mais elle défonce.


Joe