C'est entendu.
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mardi 31 janvier 2012

[Réveille-Matin] John Lee Hooker - Burning Hell

Il est prévu des températures très très basses cette semaine, des qui font peur, qui intiment à la "VIGILANCE" alors soyez prudents ! Surtout toi, chère minorité (vous êtes deux) qui lis C'est Entendu sur ta tablette adroitement fixée à portée du tableau de bord de ton véhicule motorisé : attention au verglas, prévois les chaines ! Quant aux autres, surtout vous, mes concitoyens panaméens, mettez une doudoune et qu'on n'en parle plus. On ne va pas en faire un fromage non plus : qu'il neige ! Certains d'entre nous n'ont pas eu les moyens cette année de louer des skis, pas même des luges, et ceux-là seront bien heureux de voir Tonton Flocon cogner à leur porte. Ne nous faisons pas martyrs d'une semaine d'Hiver (la seule de la saison) qui est, quelque part, un signe que tout n'est pas encore définitivement détraqué et qu'il nous reste une chance d'emmener nos gamins faire de la luge un jour, ou de ne pas lutter au corps à corps avec des immigrés espagnols dans dix ans quand leur pays à eux sera trop brûlant pour qu'ils n'y restent.



Être opposé au froid de l'Hiver, voilà le meilleur moyen de brûler en Enfer. Tout slam mis à part, le meilleur moyen d'oublier nos angoisses écologiques et nos glaglas thermométriques, ça reste de s'envoyer un bon vieux blues à dimension humaine et empreint de peurs mystiques. Dans les années 60, la Fin du Monde, on n'y pensait pas souvent, me dirait-on, et John Lee Hooker ne déroge pas à la règle.


Joe Gonzalez

mardi 29 novembre 2011

[Réveille-Matin] Pussy Galore - Eat me

On connait bien les dauphins, vous et moi ! On en a tous vu énormément à la télévision, au zoo, à l'aqualand, dans l'eau, dans des pubs, dans les faits divers. Mais les regarde-t-on vraiment ? J'ai l'impression de savoir exactement à quoi ressemble un dauphin et pourtant je me demande si j'ai déjà regardé attentivement le visage de l'un de ces gros poiscailles. A quel point leur bouche est étrange, toute allongée lorsqu'elle s'ouvre, et figée en un perpétuel sourire lorsqu'elle est fermée (la raison sans doute pour laquelle on aime tant ces bestiaux), le trou de trépané qu'ils ont sur le front, leur bec (un poisson avec un bec !) et puis cette couleur, ni bleu ni gris, une couleur de carrosserie, pas d'animal et que dire de leur texture sans écaille et sans une éraflure qui leur donne d'air à un gros conduit en acier... En les regardant bien, j'ai découvert que je ne les connaissais pas vraiment, je les utilisais tout au plus comme une idée, un concept. La même chose m'est déjà arrivée pour des mots, d'ailleurs. Des mots d'usage courant que l'on prononce sans y réfléchir des tas de fois jusqu'au jour où on s'arrête sur le signe et on ne le comprend plus, on se rend compte que les lettres sont agencées dans un ordre qui semble neuf, étrange, et le mot nous échappe un instant, avant que l'on ne parvienne à le "rattraper", en lui ayant ajouté une dimension supplémentaire, une compréhension plus complète.


Visez-moi ce bestiau !

Peut-être est-ce quelque chose que je suis le seul à vivre, n'hésitez pas alors à me détromper et à m'envoyer illico en HP sur HDT (*1). Mais punaise ça m'est encore arrivé pas plus tard qu'il y a deux jours alors que je réécoutais un disque qui est pour moi un classique, ou pour être plus exact, un disque qui fait partie des meubles. Ça n'est pas que je l'utilise comme table basse, c'est plutôt que je le connais tellement bien (ou du moins c'est ce que je croyais) que je ne l'écoute plus depuis des lustres. Je parle de Pussy Galore et de leur album "Dial M for Motherfucker" de 1989. A l'origine je préférais écouter l'EP "Groovy Hate Fuck" de 86 parce que je le trouvais plus authentique, plus cradingue et moins blues mais je respectais "M" et l'appréciais en remuant le talon, le genou et les yeux à chaque break. Lorsque je l'ai réécouté l'autre jour, j'ai compris qu'il y avait bien plus dans cette musique que du bon rock'n roll démesuré. Si j'intellectualisais, je dirais qu'il y a aussi beaucoup d'humour (dans le pastiche surf qu'est Dick Johnson par exemple) et des idées (DWDA/ADWD#2). Mais la vérité c'est qu'en le réécoutant, j'ai ré-appris quel point ce disque était un hymne à la bêtise, à l'énergie relâchée en rafales et au rock'n roll. Ne me parlez même pas des disques enregistrés par Jon Spencer (le leader de Pussy Galore) avec son Blues Explosion et ne me dites plus jamais que les années 80 sont celles du synthé et que le rock n'y a pas existé. Si vous ne me croyez pas, trouvez-vous un dauphin et regardez-le en face.


Murray


(*1) : Si vous ne savez pas que ça signifie "hospitalisation à la demande d'un tiers", estimez-vous heureux d'avoir des tiers plus sympas que les miens.

lundi 4 avril 2011

[Réveille Matin] Abner Jay - My Middle Name Is The Blues

"My natural-born name is Trouble,
My middle name is The Blues."

L’un des derniers morceaux enregistrés par le bluesman oublié Abner Jay sonnerait-il comme une épitaphe ? C’est en effet l’impression laissée par My Middle Name Is The Blues, véritable ode au désarroi ; celui-là même qui hante les histoires d’Abner teintées de dépression, de drogue et de misère. Tout un programme résumé ici en deux minutes et quelques quarante secondes.




Sur la route dès ses 5 ans, Abner Jay créa son numéro d’homme orchestre à seulement 14 ans et se mit à parcourir le sud des Etats-Unis avec pour uniques instruments une batterie, un harmonica ainsi qu’un banjo de 1748 hérité d’un aïeul – le tout dans un mobile-home se transformant en véritable scène à ciel ouvert au gré des représentations. Plus étonnant encore, il fut également l’un des derniers bluesmen joueurs d’ os, une pratique musicale répandue au XIXe siècle qui consistait à utiliser des os de bétail comme baguettes de percussion. De quoi, donc, alimenter le mythe autour d’un artiste dont on retrouve finalement peu de traces malgré une impressionnante longévité musicale et des amis tels que Chuck Berry, Elvis et même The Godfather of Soul himself.

Heureusement pour nos jeunes âmes, tous n’ont pas complètement oublié Abner Jay ; ainsi, le label Mississippi Records basé à Portland s’est fait un point d’honneur de faire découvrir ou redécouvrir la musique de cet homme-orchestre à travers plusieurs compilations, dont le mini-album "Last Ole Ministrel Man" documentant sa dernière session d’enregistrement en 1993 - peu de temps avant sa mort la même année - duquel est extraite la chanson dont il est question aujourd’hui.

My Middle Name is The Blues est un morceau curieux. Tout d’abord, son rythme à contretemps évoque plus le dub du fameux dreadeux au mélodica Augustus Pablo que la cadence habituelle du blues ; par ailleurs, le débit habité et le jeu de guitare tout à fait singulier du bluesman participent tout autant à faire de ce morceau une sorte d’anomalie musicale à contre-courant. Et puis il y a cette violence exposée à travers des mots sans détour ("I have never known nothing but your trouble / well, your trouble and your hate and scorn / My dad, he died in a train wreck / My momma, she was born to lose"), d’autant plus brutale qu’elle est ici synonyme de fatalisme. Portée par l'énergie du désespoir, la complainte garde néanmoins un certain éclat qui transforme une sombre énumération de malheurs en une sincère profession de foi en la musique.

C'est beau comme un arc-en-ciel en plein orage.

Et parce que le concept de l’homme orchestre ne se résume pas à notre star nationale Rémy Bricka, je vous laisse découvrir en images l'univers farfelu de cet outsider qui sera resté fidèle à sa caravane et à son banjo toute sa vie. Si ça ce n'est pas de l'obstination...

(Extrait du dernier concert d'Abner Jay au Grassroots Festival de Trumansburg, 1993)


Nina Strebelle

jeudi 18 mars 2010

[Réveille Matin] Robert Johnson - Sweet Home Chicago

En cette semaine labellisée « Street Cred », voici une chanson racontant Chicago en 1936, à l’époque où le blues débarquait en ville mais bien avant l’arrivée de Michael Jordan et des skycrapers (on ne peut pas tout avoir). Bien sûr, pour un type venu du Mississippi, ça devait quand même avoir une sacrée gueule.


Tous le monde a déjà vu cette image et croisé ce nom mythique : Robert Johnson. Ceux qui l’ont écouté sont un peu moins nombreux. En cette semaine où tout C’est Entendu descend dans la rue poser son barbecue, il est temps de rattraper cette tare. Épargnons nous les poncifs sur Johnson : comment il est né, comment il est mort, comment sa légende est trop cool. Je suis sûr que Wikipédia le fait très bien.

La première écoute peut être douloureuse tant Johnson semble être, en plus de son statut de bluesman cultissime, un pionnier du lo-fi avant l’heure mais je vous jure que cette chanson mérite de forcer la porte de vos oreilles en ce jeudi matin. Ce n’est pas tellement l’originalité de la composition qui est remarquable dans Sweet Home Chicago - le thème et une partie des paroles sont d’ailleurs empruntés à un morceau plus ancien attribué à Scrapper Blackwell, Kokomo Blues. Ce qui me touche surtout c’est l’utilisation de la guitare sur laquelle se pose la voix hantée de Robert, avec ce rythme implacable sur les cordes graves contrebalancé par des phrases précises et subtiles en aigu. Ne serait-ce que pour les arpèges d’intro et de fin et ces appels "back to the land of California to my sweet home, Chicago," cette chanson a définitivement quelque chose qui la distingue des milliers d’autres scores en 12 mesures qui peuplent la musique populaire américaine.
Enfin soyons honnêtes, à la longue la confrontation avec les "Complete Recordings" du guitariste américain (soit 19 morceaux dont certains dans plusieurs versions) peut être légèrement lassante et répétitive.

Je vous laisse avec le morceau en question, 3.02 minutes de totale intégrité blues. Enjoy !


Arthur