C'est entendu.
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vendredi 6 août 2010

[Réveille Matin] The Velvet Underground - Louise

Je déteste les gens. Ils sont horribles. Tous. Ils ont l'air gentils comme ça, ils ont l'air un peu innocent, mais ils sont capables de choses vraiment infâmes. Il y a une part de sadisme chez nous tous qui parfois me donne envie de me trancher la jugulaire, ce qui n'entrainerait pas ma mort puisqu'on ne peut pas mourir de ça, mais qui exprimerait assez bien mon opinion sur le sujet. Je veux dire, OK, d'accord, le Velvet Underground n'était plus du tout le même groupe une fois que John Cale, Sterling Morrisson et Lou Reed étaient partis, laissant à bord de ce vaisseau fantôme une Maureen Tucker qui n'allait pas tarder à retourner à son métier de comptable et un Doug Yule un peu paumé. Mais tout de même, il y a une de ces haines modernes contre le cinquième album maudit du groupe, ou plutôt le premier album solo de Doug Yule, "Squeeze" que ça me fout le bourdon. Il voulait pas ça Doug. Il voulait sortir ça sous son nom, mais la maison de production, ayant pu enfin se faire un peu d'argent sur le dos du Velvet après les singles Rock & Roll et Sweet Jane, lui a dit non, lui a dit tais-toi idiot, lui a dit d'utiliser toujours la même appellation alors que c'est lui qui composait tout et jouait de quasiment tous les instruments. Et voilà ce pauvre album, oublié, maudit, rejeté, conchié par tous, jamais réédité. Pas que ce soit grave, c'est pas un chef d'œuvre. Mais bon sang, ce matin, j'ai envie de le consoler cet album, de lui dire que c'est pas grave, que c'est pas sa faute, qu'il a pas eu de chance.


"Squeeze" est un album passable, mais surement pas nul. Il est juste bancal, gauche, un peu stupide, un peu inutile, et n'arrive jamais à la hauteur du pied de la cheville du talon du moindre album précédent du groupe, évidemment. Et puis dans le genre de la pop 70's un peu niaise, mielleuse et plaisante qui s'écoute d'une oreille distraite, on a entendu bien pire, laissez-moi vous le dire. Pour vous le prouver, autant écouter le dernier morceau de ce pauvre naufrage, Louise. Tout est un peu raté ici : les paroles qui traitent d'une fille qui a vieilli (parfois, à la place de Louise, j'ai l'impression d'entendre "Lou Reeeeeed") et qui ne peut plus danser le "hoochie-coo" ("Can't shake it like you used to do," ahem), le piano qui semble pompé sur Remember de Lennon, la descente harmonique clichée, la fin baroque pop un peu risible, la basse en pompe, les falsetto sans conviction. Mais il y a une espèce de charme idiot qui mérite une profonde indulgence, un je-ne-sais-quoi qui est pas mal et qui fait que quand on me parle de cet album, je peux pas m'empêcher de le défendre un peu, pas beaucoup, rien qu'un peu, face au grand froid du monde extérieur. Et puis il y a cette pochette, cette main qui tient l'Empire State Building comme un grand phallus. Rien que pour ça, Doug Yule, toi le paria, toi l'oublié, toi le type qui n'a même pas été invité quand le Velvet a été intronisé dans le ridicule Rock & Roll Hall of Fame, toi qui chantais de ta voix si douce Candy Says ou O Sweet Nothing, je te tends la main, je te tire vers moi, je te claque une bise sur les deux joues et je te dis merci, ouais, mec, merci.


Emilien Villeroy

mercredi 2 juin 2010

[They Live] Lou Reed - High-Frequency Concert

Cet article est dédié à Matthew Bellamy à qui je conseille de ne plus faire que de la musique en hautes-fréquences.

Je dois au moins ça à ce vieux Lou. Grâce à lui j'ai appris quelque chose sur mon anatomie. Non, je n'ai pas eu de coït avec le chanteur du vénéré Velvet Underground, même s'il y a toujours une part de sexe dans sa musique. Hier soir, j'étais à Sydney pour le voir présenter son "high-frequency concert" ou "concert pour chien." Un gig composé uniquement de hautes-fréquences que seuls les chiens peuvent entendre. Il s'est avéré que le "petit bonhomme vert" (comme aiment m'appeler mes conquêtes lors de ces soirées où les noms importent peu) que je suis possède également les capacités auditives requises. Je l'ignorais et l'apprendre m'a rempli de joie (du coup, j'en ai rempli les filles du même nom).

Lou et Laurie, quand ch'rai vieux, ch'rai comme eux

Pour la petite histoire, l'idée de ce concert assez atypique est née des petites chansons privées que jouaient Lou Reed et sa femme à leur chien, Lollabelle, avec qui j'ai pu discuter et qui, comme vous pouvez l'imaginer, était complètement sous l'effet d'une descente de méthylène-dioxy-méthylamphétamine et n'a pu répondre à mes questions que par de maigres et peu soutenus "waf waf lou." Je suppose qu'être l'animal de compagnie de Lou Reed n'a pas que de bons cotés. Qu'importe l'interview, je m'empressai de me rendre à la salle de concert.

Lou, Lollabelle et Alaia, le plus petit bulldog français du monde.

Il faut dire ce qui est, ces chevaucheurs de kangourous ont le sens de l'architecture ! Le prestigieux Opéra de Sydney où se jouait le concert avait de quoi rentabiliser à lui seul le billet d'avion. Malgré ce magnifique décor, nous (c'est-à-dire des centaines de canidés et moi-même) n'attendions qu'un homme. Le Lou arriva sur scène et avec lui la cacophonie d'aboiements de toute la Nation Chien, fan jusqu'au bout des griffes. Voir cet être mythique en face de moi m'a vite fait perdre tous mes repères. Mon cœur explosa littéralement lorsqu'il me reconnut et me fit un signe discret de la main (ndlr : Lou Reed est le parrain de C'est Entendu et l'un de ses lecteurs les plus fidèles). Je m'enfile vite mon whisky coke et en commande deux autres, il va falloir tenir le coup face à un tel génie.

Les harmonies enveloppent la salle. Les notes du premier morceau sont des clins d'yeux à tous ses vieux tubes. La mélodie de Heroin et le piano de Lady Day (exemple parmi d'autres) forment un mash-up aussi improbable que magnifique ! Les chiens deviennent fous. Lou laisse alors planer quelques enveloppes bruitistes, rappelant ainsi son "Metal Machine Music." Mes oreilles vertes s'ouvrent à un univers sonore dont j'ignorais la totale existence. Tous les chiens restent gueules bées, assommés par ces sons ! J'en suis à la fin de mon deuxième whisky et je commence a touiller dans le troisième. La fin du concert se fera sous l'emprise d'une noise-high-pitch music des plus subtiles.

Il n'y a pas de boule quiès qui tienne au Royaume des Canidés

Le silence vient enfin reprendre sa place après plus d'une heure de magnificence musicale. Un instant seulement, le temps de laisser le public reprendre ses esprits. Les applaudissements deviennent des aboiements et les aboiements des hurlements. Le public en redemande, en cœur et en ultra-sons. Histoire de nous achever totalement, il revient sur scène. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est une magnifique reprise de Miss America (de Blur) que proposera Lou Reed : le sommet de ce concert ! Une beauté innommable se dégage des enceintes. Tout le monde se met a s'embrasser. Pas le temps d'arriver au refrain, une orgie générale prend place. Je m'empresse de culbuter avec amour ma voisine qui n'attend que ça. Se mêlent aux accords mielleux de cette ballade les bruits des peaux qui se frottent, des chairs que l'on mordille, des langues qui se lèchent. La chanson prend fin. Petit à petit les canidés rejoignent les sorties, encore sous le choc d'une telle expérience. J'ignorais qu'autant d'amour était possible. Vous auriez du entendre ça !




Murray

dimanche 30 mai 2010

[45 tours] The Velvet Underground - Rock'n'Roll


Bonjour à tous ! J'ai le plaisir d'inaugurer le thème qui va animer C'est Entendu la semaine prochaine, à savoir l'influence du Velvet Underground. Nous nous pencherons sur tous ces groupes nourris par la bande de Reed, Cage, Morrison et Tucker (voire Nico et... Yule ?), qu'ils fassent du krautrock ou du post-punk, même de la dream pop ou tout simplement du foutu rock'n'roll. Rassurez-vous, ce petit 45 tours préliminaire à la semaine chargée qui va suivre n'a pas pour but de vous présenter le Velvet (je n'oserais jamais vous faire cet affront !) mais plutôt de servir de préambule pour se mettre dans le bain.


(The Velvet Underground - Rock'n'Roll)


Évoquer l'influence du Velvet en proposant un morceau de "Loaded," album mal-aimé, pas loin d'être renié par Lou Reed et sur lequel le groupe commence à s'effacer derrière Doug Yule, c'est un peu osé alors que le "...and Nico" et son légendaire "il n'y eut peut-être que mille personnes à l'avoir acheté à sa sortie, mais elles ont toutes formé un groupe le lendemain" paraissait désigné d'office. Et si en plus vous saviez que je trouve déjà "The Velvet Underground," le troisième album, globalement beaucoup plus inoffensif que ses deux illustres prédécesseurs... Oui sauf que Rock'n'Roll, en plus d'avoir un son et un groove impeccables, un chant impérial et des soli classic rock tour à tour aériens et enragés, porte un message tellement naïf et passionné envers cette bénédiction qu'est la musique pop (comment une fillette a sauvé sa vie de l'ennui grâce au rock'n'roll, oui.), qu'on ne pouvait pas trouver mieux pour expliquer pourquoi ce groupe a toujours donné envie de se réveiller, de reprendre le flambeau et d'aller répandre la bonne nouvelle à grands coups de saturation incontrôlable.


Thelonius H.

mercredi 21 avril 2010

[45 Tours] Jonathan Richman - Velvet Underground

C'est tous les ans la même chose pour moi : je passe tout l'hiver à m'envoyer de l'électronica, du hip hop, et tout ce qui se fait de mieux en matière de récentes envolées pop (cette fois-ci c'était le tour de la chillwave), mais, immanquablement, lorsque les premières chaleurs reviennent, le besoin d'écouter le Velvet Underground revient, et avec lui ressortent en masse de mes étagères les disques de ses membres ("The Marble Index" de Nico, "Vintage Violence" de John Cale...), de leurs contemporains ("Ptooff!" des Deviants) et de leur filiation, représentée aujourd'hui par un Jonathan Richman dans le rôle du fils caché de Lou Reed. Sachant que ce désir brûlant naît chaque année au même moment, je lutte pourtant inconsciemment pour le réfréner, pas à cause d'un désamour vis à vis du Velvet, mais plutôt parce qu'à un certain niveau de conscience, je me sens prisonnier de cette coutume contre laquelle je ne peux me prémunir, et qui me coûte, en quelque sorte, ma liberté.


(Velvet Underground, live en Italie, 1993)

Le fait est que cette année, comme à chaque fois, mon combat fut vain et, comme à chaque fois, j'ai pu farfouiller un peu plus avant dans la périphérie du Velvet et y découvrir un album solo de Jon Richman que je ne connaissais pas (je m'étais jusque là arrêté aux disques des Modern Lovers, peuchêre), "I, Jonathan" (1992) sur lequel se bousculent des perles de songwriting (I was dancin in the lesbian bar, You can't talk to the dude...) servies épurées et jouées comme des rock'n roll basiques et entrainants pour lesquels Richman se sert essentiellement d'une guitare électrique et de sa voix. Velvet Underground (en écoute sur votre gauche) y est l'hommage pas vraiment surprenant de l'un des premiers fanatiques du groupe, qui ne manquait aucun de leurs concerts lorsqu'ils passaient à Boston, dès 1967, et avait même publié un article "New York Art & The Velvet Underground" (lisible ici, notez le schéma explicatif) avec lequel il expliquait comment le groupe allait connaître un parcours sans faute avec le temps, allant jusqu'à rejoindre les Beatles au sommet de l'échiquier pop (en 1967, il n'y avait pas grand monde, critiques ou public, pour partager cet avis - à part peut-être Lou Reed lui-même). C'est aussi l'occasion pour Jonathan de reprendre un couplet de Sister Ray en plein milieu de sa chanson, comme si de rien n'était, le meilleur moyen pour lui de vous donner envie de réécouter "White Light / White Heat" puisque le beau temps est là, que la chaleur afflue, et que rien ne vaut le boucan du Velvet Underground lorsque le mercure grimpe et que les filles portent leurs jupes haut, très haut.


Joe Gonzalez

jeudi 19 mars 2009

Page Blanche # -4

par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses


L'île déserte


Mon cumulus a rouillé par le dessus. L'eau s'en est écoulée pendant la nuit et je me suis réveillé pris au piège d'un lit humide, radeau de la méduse surnageant au centre d'une chambre (et probablement d'un appartement) envahi par les eaux. Ce genre d'évènements vous fait réfléchir sur les choses importantes en ce bas monde: le confort, les bonheurs matériels, la vie, la mort, l'amour, et surtout, surtout, ces fameux foutus cinq disques que vous amèneriez avec vous sur une île déserte.

L'île, j'y suis maintenant depuis une bonne heure, coupé du monde - frigidaire, toilettes, prises électriques, paracétamol, papier, stylos - mais toujours en possession de mon ordinateur portable, que j'avais laissé sur un tabouret, près du lit, lequel tabouret s'est retrouvé flottant, branlant, à un mètre cinquante de moi, à distance suffisante pour effectuer une mission de sauvetage, deux minutes après que mes yeux se soient ouverts, avant même de chercher à atteindre mon téléphone portable ou de penser à réveiller ma copine... Voyez, l'ordinateur portable est quasiment mon poumon gauche, mon premier geste fut donc de le sauver des eaux. J'ai appelé les secours, mais ils m'ont prévenu que la manifestation maousse prévue par les syndicats occuperait la plupart de leur temps, et qu'ils ne pourraient se déplacer avant plusieurs heures. Sans courant électrique, l'ordinateur n'a qu'une durée de vie limitée, ce qui fait que j'ai du choisir comment occuper ce temps, et ce en faisant un choix méticuleux parmi la sélection de disques convertis en mp3s sur le disque dur de ma machine.

C'est toujours un choix cornélien et c'est souvent un choix de l'instant, à savoir que l'on choisira peut-être plus aisément des disques dont on a envie sur le moment, mais qui ne sont pas un reflet parfait de l'étendue de nos goûts. Quoiqu'il en soit, j'étais pris par le temps, et mon choix fut somme tout assez rapide, à savoir:






C'est certain, c'est un peu réducteur mais on ne peut pas faire et défaire les règles à l'envi, après tout qui sommes nous pour le faire ? Nous ne sommes que des hommes (et des femmes). Toujours est-il que les quelques heures me séparant de l'instant fatidique où ma batterie lâcherait furent occupées par l'écoute religieuse de ces cinq joyaux. J'ai une méthode infaillible pour reconnaître un disque potentiellement sélectionnable pour cette catégorie: si je possède déjà un exemplaire et que j'ai quand même envie de l'acheter quand je tombe dessus, ou lorsqu'une réédition parait. Figurez vous que pour une journée passée en isolation, sur mon îlot de couvertures et de matelas, eh bien ce fut une bonne journée, parce que j'avais su bien m'entourer - et je n'insinue pas que ma copine ou le chat ne sont pas de bons compagnons.

Ma batterie est presque vide, mais laissez moi vous donner un conseil: réfléchissez à cette fameuse "discothèque idéale de l'île déserte". Réfléchissez-y car vous êtes matérialistes, égoïstes, geeks - nous le sommes tous - et vous risquez tous, un jour, un matin, en vous réveillant, de vous retrouver perdu en mer, comme c'est mon cas. Et ce jour-là, vous serez bien heureux de savoir quoi choisir, et comment le choisir. Ce jour là vous me remercierez de vous av