C'est entendu.
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mardi 27 décembre 2011

[45 Tours] Yo la Tengo - Emulsified

Je n'ai jamais su ce que signifiait "émulsifié" alors l'esprit vagabonde, vous savez, et l'imagination gagne la bataille, ce qui fait que pour ma pomme, "émulsifier" signifie "donner ou avoir une consistance proche de celle de la purée Mousline". Ca n'a peut-être pas du tout ce sens-là et si j'avais pris le temps d'ouvrir mon Robert, j'aurais peut-être évité de dire une bêtise. Du coup, lorsque le chanteur de Yo La Tengo annonce qu'il veut être émulsifié, je me dis qu'il utilise une métaphore pour signifier son désir de "chercher la merde au point de se faire ratatiner par plus costaud que lui". A chaque fois que je passe cette chanson, je me prends donc à imaginer Ira Kaplan dans les pires situations : demandant à Nick Oliveiri (Kyuss Lives !, Kyuss, Queens of the Stone Age, Pénitenciers en tous genres) s'il frappe sa femme parce qu'il en a une toute petite, improvisant un stage diving après avoir gueulé au public qu'il était "pas tout à fait en désaccord avec la politique internationale d'Ahmadinejad", essayant d'arracher le slip de David Douillet... C'est une chanson qui aiguise mon imaginaire !




Pourtant, si Ira, sa femme et son gros bassiste se sont bel et bien confrontés à plus forts qu'eux avec cette chanson-là, c'était plutôt aux Beatles des débuts (dont ils sont depuis toujours gagas), ceux de I Saw Her Standing There ou Twist and Shout. Demander à être émulsifié, en ce sens, c'est avoir une sacrée paire de cojones. Pourtant, j'ai toujours pensé que la demande de Kaplan n'avait jamais été satisfaite tant le pastiche de rock'n roll de la vieille école qui est déployé ici n'a rien à envier aux Papes de la Pop. C'est un peu le cas avec tout l'album, d'ailleurs ("Fakebook", 1990), qui est à l'image de ce que Yo La Tengo a de meilleur : un infaillible amour pour la musique pop (que l'on a souvent pu retrouver à travers leur "Yo La Tengo is Murdering the Classics", ou encore leur long show radio il y a un an ou deux où ils proposaient aux auditeurs de leur demander N'IMPORTE QUELLE reprise et s'exécutaient en direct). Voilà des activistes sous-estimés, voilà des mous-du-genou qui savent envoyer la purée... Voilà l'explication ! Yo La Tengo a émulsifié les Beatles et vous sert un hachis Parmentier bien chaud en guise d'hommage. Belle !


Joe Gonzalez

mardi 1 juin 2010

[Réveille Matin] Yo La Tengo - Mushroom Cloud of Hiss

J'ai perdu le compte, je ne sais vraiment plus combien de générations de musiciens ont été influencés par les quatre albums du Velvet Underground, depuis les Stooges (eux-mêmes contemporains du Velvet) jusqu'au Drunk Girls de LCD Soundsystem paru le mois dernier en passant par le fanatisme de Jonathan Richman, ils ont été des centaines à puiser à la source, dans l'un ou l'autre des quatre LPs, tous différents, pour produire au choix une pop métamphétaminée, un boucan salement raffiné, une élégance sombrement déviante ou un rock'n roll décomplexé pariodant le métissage américano-américain au crépuscule des années 60.


(MONTEZ LE SON)

Le truc c'est que certains n'ont pas voulu choisir. Dès leurs débuts au milieu des années 80, Yo La Tengo affichaient un amour profond pour la musique populaire avec laquelle ils avaient grandi, des Beatles au doo-wop en passant par Richie Valens, Sonic Youth, Ornette Coleman... et le Velvet, mais sans jamais s'arrêter à une seule interprétation des leçons apprises. En 1992, le groupe sortait "May I sing with Me ?" et on y trouvait, côte à côte, de longues et lentes chansons neurasthéniques (Sleeping Pill), des popsongs guitareuses (Upside Down) et un monument de barouf nihilisto-overdrivesque beuglé par un Ira Kaplan à bouts de nerfs (Mushroom Cloud of Hiss, la chanson du jour), descendante indirecte d'un I heard her call my name (qui bousillait la face B de "White Light White Heat" en 1968) passé à la moulinette des Brother James de Sonic Youth et autres To Hell with Poverty de Gang of Four.

Ira Kaplan, marié, cinq ans d'âge mental une fois sur scène. Derrière lui, Georgia veille au grain.

Certes c'est une épreuve sonore de plus de neuf minutes que je vous impose comme son de cloche ce matin, mais soyons sérieux deux minutes : qui arrive à se réveiller chaque matin avec du coton ouaté dans les conduits auditifs ? Il faut parfois mettre du foutu sans plomb 95 dans son vin, et pas de bol c'est ce matin.


Joe Gonzalez