C'est entendu.
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lundi 23 janvier 2012

[Vise un peu] Chercher le Futur dans le Passé : UK garage #2

Si le dubstep a vraiment dit son dernier mot significatif et underground il y a quelques mois, et si des dérivés ont assez rapidement fait surface, qui ont amené le genre vers une accessibilité nouvelle (que ce soit le brostep de Skrillex, le r&b teinté de future garage de The Weeknd ou bien une quelconque variante pop, comme nous l'avons vu avec SBTRKT et James Blake dans le premier numéro de cette rubrique), qu'en est-il alors de ceux qui en ont été les acteurs pendant ses années de vache maigre et malgré tout bienheureuse ? Jamie Teasdale et Roly Porter se sont rencontré à Londres et ont formé Vex'd à Bristol aux alentours de 2005 et dans la mesure où ils ont écumé (ensemble ou bien sous les alias Jamie et Roly Vex'd) ce que le genre a pu faire comme remous, ils représentent un sujet d'étude particulièrement intéressant dans l'optique de délimiter ce que des vieux de la vieille du dubstep peuvent avoir comme avenir en s'extrayant du genre.



#2 : En finir avec le dubstep, oui, mais pour aller où ?


Vex'd a effectivement accouché de deux écoles. Le duo donnera-t-il suite à "Cloud Seed" (son dernier album, paru en 2010), rien n'est moins sûr. Ce qui était il y a encore quelques mois un duo travaillant activement à rendre le dubstep plus "intelligent" (*) a subi une mitose particulièrement visible en 2011 puisque chacun des deux musiciens s'est engagé dans une voie nouvelle, faisant l'un et l'autre un le choix de publier, sous un patronyme inusité, des albums très différents.

Signé sur le label Planet Mu, Jamie Teasdale est ainsi devenu Kuedo et a publié en Octobre dernier l'album "Severant", une nette prise de distance vis à vis du dubstep. En lieu et place des sursauts intenses et des basses dansantes et futuristes de ses précédents travaux en solitaire, Teasdale/Kuedo s'est ainsi donné pour cahier des charges d'organiser la rencontre entre les rythmes (et sons associés) du footwork et les synthétiseurs des années 70. Un pari risqué tant les deux éléments ont pu être décriés.



(Flight Path)


Le footwork est un sous-genre musical issu de la ghetto-house de Chicago, et qui est surtout reconnaissable à son utilisation massive de riffs et de breaks rythmiques tout en caisses claires, handclaps et autres toms. A ne pas confondre avec le juke (dont le footwork est une variante et qui s'en démarque essentiellement par sa signature rythmique en 4/4), le footwork est aussi marqué par l'utilisation de courts samples vocaux. Ce style a particulièrement connu un gain d'intérêt en 2011, d'ailleurs, et a traversé l'Atlantique grâce notamment à la compilation "Bangs & Works Vol. 1: A Chicago Footwork Compilation", parue en 2010 chez Planet Mu, justement. Mis en avant par quelques DJ's (Machine Drum et DJ Rashad, essentiellement), le footwork n'est pas vraiment devenu en quelques mois un successeur tangible du dubstep (même si le juke tend à se démocratiser Outre-Manche) et il est plutôt à envisager comme une application un brin snob et un maximum poseuse des principes de la ghetto house. On pourrait certes laisser le bénéfice du doute à Teasdale, mais le choix de coupler footwork et synthétiseurs à un moment où les synthétiseurs vintage (et particulièrement ceux de Tangerine Dream, dont semble raffoler Kuedo) sont on ne peut plus tendance, voilà qui a de quoi agacer, même les plus tenaces. Et pourtant, la question n'est pas qu'il s'agisse ou non d'un disque de hipster snobinard pour hipsters snobinards et le problème n'est même pas que la rencontre des deux éléments soit ratée. Il y a quelques idées dans "Severant" et un peu de diversité (Flight Path ressemble à un rip off de Vangelis sous acide, tandis que Onset (Escapism) est tout ce qu'il y a de plus moderne - et laid). Le véritable problème est que rien de véritablement intéressant ne surgit, à aucun moment, de la tambouille rétro-futuriste un peu vaine de Kuedo. Personne ne dansera sur son semi-footwork trop cérébral, tout comme personne ne pourra laisser son esprit divaguer et se perdre entre les notes de ses synthétiseurs parasités par des handclaps assommants. Le courage nécessaire pour fomenter un tel projet est louable mais parfois foncer dans la mêlée vous amène à vous empaler sur un sabre et si Kuedo a le mérite d'avoir surpris son monde (et d'avoir, malgré tout, conquis une certaine frange de la presse musicale et quelques autres), n'était-ce pas là qu'une façon détournée de caresser la tendance dans le sens du poil ?



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Moins tapageur que son confrère, Roly Porter a choisi de conserver son patronyme et de publier, sans trop de remous, son album "Aftertime", sur le label Subtext (celui de Vex'd) en Septembre. Plus réaliste, plus conventionnelle et moins ambitieuse que celle de son (ex) confrère, la musique de Porter est aussi beaucoup moins casse-gueule.


(Tleilax)


En faisant le choix de combiner drone et noise dans un mix dark-ambient, Porter suit la voie de camarades musiciens de plus en plus nombreux et dont la sourde cacophonie est le bruit de fond de la tension pré-21/12/12 qui fait écho celle du pré-millénaire dernier (souvenez-vous de Tricky, Unkle, et tous ces avatars des scènes électroniques et hip hop britanniques à l'aube de l'an 2000 qui ne voyaient pas le futur d'un œil serein) et dont vous avez pu entendre un aperçu effrayant sur le second disque du dernier volume du Peu Importe, la mixtape gratuite de fin d'année de C'est Entendu. Tantôt proche du rapprochement technoise qui a tant convaincu ces derniers mois (Andy Stott, Emptyset, Pete Swanson) comme sur Corrin, où les aléas mécaniques schizophrènes amènent in fine vers une rédemption synthétique, la musique de Porter est majoritairement noire, sourde, striée de samples angoissants et parasitée par des grésillements lourds (Tleilax). Pourtant, on sent la tension prête à se relâcher par moments, comme une volonté de Porter de trouver refuge dans des pensées rassurantes ou en tout cas dans des chimères évacuant la réalité (Caladan, le nom de la planète d'origine de la dynastie des Atréides, dans l'univers de Dune). Je serais le premier ravi d'associer "Aftertime" à cette tendance générale du dark-ambient prophétique et à lui prêter des intentions mystico-sociologiques qui en feraient une pierre supplémentaire apportée à un édifice bien différent du dubstep et bien plus concret que la pose de Kuedo, mais il n'en est rien. En réalité, "Aftertime" est tout entier consacré à l'univers de Dune, créé par Frank Herbert et peut ainsi être pris comme un album-concept ou une bande-son imaginaire. Un objet pop-culturel détaché du réel en quelques sorte. De ce point de vue, c'est un album réussi, d'ailleurs, alors que s'il avait eu des prétentions critiques ou prophétiques, son minimalisme l'aurait peut-être desservi. Je ne peux m'empêcher de penser que Porter pourrait cependant créer un objet plus tangible, quelque chose de plus complet, de plus fort et de plus réel.

Je ne crois pas qu'il y ait de voix royale pour s'extraire du dubstep. Les directions prises par Porter et Teasdale ont le mérite de ne pas trop leur donner la facilité de conserver un pied dans le passé, mais il y en a d'autres. En règle générale, j'imagine que la danse (footwork, juke et dérivés) ou les charts (les dérives populaires de SBTRKT ou même Wiley, même si ce dernier n'a jamais été un dubstepper) seront les solutions les plus prisées par les ex-activistes underground du dubstep, car après une décennie souterraine auront sans doute envie de toucher un plus large public et de gagner un plus important pécule. Les plus intéressants seront cependant les musiciens et DJ's qui chercheront à aller de l'avant et Kuedo et Roly Porter, malgré leurs défauts respectifs, empruntent en effet des chemins dignes d'intérêt.


Joe Gonzalez


(*) : Selon le sens du terme IDM.

mercredi 7 septembre 2011

[Vise un peu] Chercher le Futur dans le Passé : UK garage #1

Nous habitons en France ou en Belgique, peut-être certains d'entre vous nous lisez vous depuis l'étranger, le Canada, le Mali, je n'en sais rien, mais il est acquis qu'une majorité d'entre nous n'évoluons pas sur les terres de sa Majesté la Reine Elisabeth II et de ce fait, il est acquis qu'une majeure partie d'entre nous n'a entendu parler de dubstep qu'une fois la bise passée. A vrai dire, même les spécialistes se rejoignent pour n'accorder que peu de crédit au dubstep. Ce mot ne décrit en fait qu'une infime partie de la tendance musicale nommée UK garage et qui a dominé l'underground anglais ces dix dernières années. Pendant que vous et moi nous demandions où était la prochaine vague de britpop, des tas de DJ's malins mixaient, remixaient et se faisaient accompagner par des MC's au fort accent british des bas quartiers et tout ça sur fond de grosses basses, de tempos précis, histoire de faire danser une jeunesse post-X préférant les caves sombres aux raves en plein air. Le UK garage s'est décliné en différentes mouvances et c'est maintenant que le genre commence à sentir la viande morte qu'il convient, pour des observateurs extérieurs comme nous, outre-Manche, de disséquer ses différentes manifestations. Cette série d'article aura ainsi pour vocation de défricher les différences stylistiques entre ces différentes tendances, à en dégager quelques classiques et à proposer à ceux parmi vous qui n'associent encore ces mots qu'à autant de points d'interrogation.


#1 : SBTRKT en flagrant délit de démocratisation du dubstep

Le dubstep ne fait pas exception : comme tout style musical, il a inspiré aux musiciens qui s'en sont approchés différentes approches. Certains ont bâti sur ses fondations de solides forteresses (le label Hyperdub, notamment) et ont fait leur foyer. D'autres se sont servis de certaines de ses caractéristiques pour assembler une musique neuve, expérimentale, avec pour ambition d'aller plus loin (prenez Necro Deathmort, par exemple). D'autres encore ont fait preuve d'une ambition toute autre, inévitable et récurrente puisqu'elle a fait son lot de déçus au sein de chaque mouvement underground notable, celle de métisser le style en question avec des éléments plus communs, plus à même de faire l'unanimité, des gimmicks pop. Le premier à l'avoir fait de façon vraiment frappante, c'était James Blake, il y a quelques mois. En mêlant aux rythmiques électroniques et aux basses caractéristiques du dubstep des particularités pop (son chant crooné, même s'il le déforme à souhait, du piano, quelques accroches mélodiques et surtout des tempos en moyenne très lents), Blake s'est attiré autant d'attention que de remarques de la part des puristes ne voyant en lui que le pionnier de la démocratisation par la simplification d'un plaisir réservé aux connaisseurs, ou au moins aux personnes concernées (les natifs, qu'ils soient passionnés de musique ou, surtout, des teuffeurs). James Blake n'est pas Kurt Cobain et le UK garage n'est pas le punk. Je doute que l'impact commercial soit véritablement comparable et que le coup de couteau soit aussi meurtrier mais tout de même, je me suis dit que JUSTEMENT, quoi de mieux pour en apprendre plus sur un genre musical vivant ses derniers instants que de s'attaquer au phénomène qui semble lui avoir porté le coup fatal ?

Et ça tombe bien puisque dans le sillage de Blake, un autre DJ londonien vient de publier son premier album sous le pseudonyme SBTRKT. Si ce producteur s'est fait un nom (ou plutôt un alias) à travers de prestigieux remixes ces dernières années (pour Gorillaz, M.I.A. ou Radiohead), il a préféré conserver l'habitude de porter un masque tribal lors de ses apparitions scéniques, ce qui, avouons-le, ajoute à son charme.

Le premier album de SBTRKT a paru en grande pompe chez Young Turks et s'il a si bien été reçu par la critique comme par le public, ça n'est justement pas à cause d'une vulgarisation encore plus poussée des codes du dubstep que celle pratiquée par James Blake, mais plutôt parce qu'en dehors des judicieux choix esthétiques (la pochette de l'album représente le DJ masqué et met d'emblée un "visage", une image, sur le nom mystérieux et potentiellement hermétique qu'il arbore comme un autre masque), SBTRKT se contente moins d'artifices de bâtisseur digital que son prédécesseur direct. Les morceaux de l'album ne dépendent pas d'effets de style, de sampling étrange, de cuts ou de métissages inédits pour fonctionner, elles se contentent de fonctionner, et la plupart sont diablement réussies.



(Wildfire, featuring Little Dragon)

Là où Blake semblait vouloir apporter un style au plus grand nombre, offrir une connaissance du dubstep aux non-initiés, en la rendant audible, en travaillant sa matière, avec certes de l'ambition et de la réussite, SBTRKT me semble aller encore plus loin en ne se posant même pas la question et en créant une musique qui n'a pas pour ambition d'exposer le dubstep mais qui, à la place, le transcende en l'utilisant comme un ingrédient et pas comme un modèle. C'est à un format chanson qu'il se voue et pas à un format club et ses chansons peuvent être fredonnées sans mal. Le chanteur Sampha, qui l'accompagnait déjà sur l'EP "Step in shadows" donne de la voix sur une majorité des pistes, dans un registre mélancolique à souhait et il est entouré d'un beau panel de voix (Yukimi Nagano, la chanteuse suédoise de Little Dragon, Jessie Ware et Roses Garbor) qui empêche les morceaux de se ressembler.


(Trials of the Past, featuring Sampha)

On penserait presque au trip hop de Tricky de ce point de vue-là si la musique n'était pas si stylistiquement différente du trip hop. Malgré le spleen très anglais qui déborde des mélodies et des arrangements électroniques (et qui rappelle effectivement la profonde déprime qui frappa de plein fouet la seconde moitié des années 90), c'est un mélange nouveau qui est proposé. Des années de musique électronique, dont une bonne partie consacrée au UK garage et aux basses, ont laissé une empreinte et si à une époque des artistes tels que Portishead métissaient jazz, hip hop et rock car c'était dans l'ordre naturel des choses, une évolution logiques des goûts, des mœurs et des techniques, aujourd'hui, un DJ comme SBTRKT crée sa musique selon la même logique darwinienne en jetant house (Pharaohs), wonky (Sanctuary, Go Bang) et dubstep (Heatwave, Wildfire) dans une marmite parsemée de northern soul et même d'un clin d’œil (voulu ou pas) à la pop (Right thing to do, qui somme comme du bon The XX).


"SBTRKT" n'est pas la réalisation d'un héros du dubstep, ni non plus un travail de génie. Ça n'est même pas un disque parfait de bout en bout. Pourtant, en proposant une correcte collections de chansons, ornées d'un masque séduisant, elles contribuent à rendre la musique électronique, et le dubstep en particulier, plus faciles à appréhender. Un étalon du pop-dubstep en même temps qu'un manuel de familiarisation à la musique électronique pour les débutants, en somme.


Joe Gonzalez

lundi 8 août 2011

[Fallait que ça sorte ; Vise un peu] Necro Deathmort — This Beat Is Necrotronic ; Music of Bleak Origin

Necro Deathmort ! Ce nom génial ou ridicule (selon vos goûts) ressemble à une demi-blague, ou au nom d'un groupe de death metal. Il n'en est (presque) rien : Necro Deathmort ne joue ni dans l'extrême, ni dans les riffs qui tachent, ni dans les voix caverneuses. Par contre, leur musique atmosphérique et macabre défie les classifications évidentes : le duo mentionne Autechre, Sunn O))), Neurosis, Justin K. Broadrick, Ulver, Dälek et le dubstep britannique comme influences (soit des tas de choses sans rapport les unes avec les autres), tant et si bien que le groupe a déjà été décrit comme "le chaînon manquant entre Black Sabbath et Kode9" voire comme les DJ Shadow du doom. De quoi intriguer, non ?


Le mélange n'est pas aussi fou qu'il en a l'air. Si vous voulez des noms de genres, sachez que vous pourrez entendre chez Necro Deathmort un mélange de drone metal (pensez surtout à Earth), de black metal, de dubstep, de post-rock et de dark ambient — ainsi qu'un peu de sampling et de techno par moments. Le duo joue des guitares mais forme tout le reste de sa musique sur ordinateur, avec une passion manifeste pour les genres qu'il reprend (et pas seulement une envie de tenter des combinaisons inédites) — et ça fonctionne plus que bien.


(Origami Werewolf, sur "This Beat Is Necrotronic")

Beats, nappes et guitares se mêlent de façon évidente et réussie, mais aussi avec quelques surprises : ainsi, "This Beat Is Necrotronic" (le meilleur titre d'album depuis longtemps — si vous ne saisissez pas la référence, allez voir ici) débute par une intro de collage quasi-noise avant d'enchaîner sur un tumulte dansant et déformé dans tous les sens intitulé Spilth ; la piste suivante, Hurt Me I'm Bored, a des allures de post-rock mélangé à du drone/doom et des sons électroniques, puis l'album s'enfonce dans un dark ambient désolé et presque austère avant de réveiller l'auditeur grâce aux beats de Return to Planet Atlas


(Necro Effigy, sur "This Beat Is Necrotronic")

… et si cette description vous fait penser à un salmigondis artificiel qui ne ferait que combiner les genres à la mode du moment, détrompez-vous : Necro Deathmort ne sacrifie pas la qualité à l'originalité et tient les écoutes répétées mieux que la plupart de ses confrères, qu'ils soient du doom, du metal ou du dubstep (qui donneraient presque l'impression de n'avoir qu'une corde à leurs arcs par comparaison). "Music of Bleak Origin", le deuxième album du groupe (oui, le titre est bien un autre jeu de mots) joue moins sur les grandes différences de genres mais possède un son plus développé (et plus électronique) que son prédécesseur ; si les pistes les plus mémorables de "This Beat Is Necrotronic" étaient aussi celles qui se démarquaient le plus des autres au niveau du style, les moments forts de "Music of Bleak Origin" se retrouvent au niveau des compositions plutôt qu'au niveau des sons nouveaux (l'album impressionne moins mais se révèle tout aussi bon au fil des écoutes). Au final, les deux albums sont très réussis et étonnamment accrocheurs pour le genre.


(Temple of Juno, sur "Music of Bleak Origin")

Projet étonnant dans le concept et accompli au niveau des sons, preuve que les mariages improbables peuvent fonctionner, Necro Deathmort est tout simplement un groupe qui regarde un peu plus loin que ses congénères, et un morceau de choix si vous cherchez quelque chose de noir, atmosphérique, "heavy" et inhabituel à vous mettre sous la dent. (Cerises sur le gâteau : les CDs sont peu chers et vous pouvez même télécharger "Music of Black Origin" gratuitement sur le site de leur label, Distraction Records !)


— lamuya-zimina

jeudi 10 février 2011

[Vise un peu] James Blake - James Blake - "Cette obscure clarté"

En moins d'un an, avec trois EP's et un premier album (dont il est question ici), James Blake (21 ans) est devenu l'une des figures incontournables d'une scène encore pourtant méconnue, à savoir le dubstep britannique. Une place de choix dans le top 50 2010 de Pitchfork ainsi qu'un live à la BBC auront permis au jeune londonien de voir briller sa sombre musique sous les feux des médias. C'est un fait, James Blake est un marchand d'émotion et Dieu sait que les médias et la blogosphère aiment ça. En caressant ses basses et frappant ses beats, il crée des remous dans le liquide cérébro-spinal de ses auditeurs et fait l'unanimité en proposant une musique sensible mais qui ne sombre pourtant jamais dans un pathos surenchéri et édulcoré.



Il y a quatre mois, cette vidéo promo du premier single de l'album, explosait sur internet. Les retombées étaient telles que la médiasphère s'empressa d'adopter ce jeune musicien. L'engouement autour de Limit To Your Love (une cover de Feist) était vif, l'écoute adhésive et l'image envoutante. Seulement voilà, cette chanson n'est pas un one shot, encore moins un tube éphémère : ce morceau révèle un talent dont l'album regorge.

Ce qui est exposé avec James Blake, c'est un clair obscur sonique qui allie à des sentiments souvent noirs une couleur plus vive, douce. Limit To You Love en est d'ailleurs le manifeste le plus flagrant. La chanson s'écoute sur deux niveaux : l'un, incarné par cette basse hypnotique, très sombre ; l'autre, personnifié par le piano et la voix, beaucoup plus haut et lumineux. Ce clair obscur ouvre à des émotions qui se disputent et se lient, une schizophrénie délicieuse.

(Whilelms scream)

Si l'on peut le ranger aux côtés des Burial, Scuba, voire Shed, James Blake fait figure d'artiste relativement à part dans le milieu du dubstep. Il balance entre une musique complexe (cette dualité qui ne convaincra pas tout le monde si facilement) et des sonorités très accessibles : le piano et la voix donnant des teintes plus humaines (limite soul) que la froideur des halls sonores de Burial, par exemple. Certains (les puristes) choisiront de voir ce crossover comme une opportuniste tentative de créer un dubstep putassier paré pour les charts, mais il n'est pas nécessaire d'envisager "James Blake" dans le strict cadre d'un genre musical auquel il n'appartient, finalement, pas beaucoup. Cet album, finement composé, original, et qui amènera peut-être justement un plus large public vers un genre musical encore obscur, parvient à offrir à la fois de l'émotion et de la réflexion, chose de plus en plus rare en musique et c'est aussi pourquoi c'est un très bon album.


Julien Masure