C'est entendu.

vendredi 29 janvier 2010

[Vise un peu] The Magnetic Fields - Realism

J'avoue qu'il est bluffant, Stephin Merritt. Si l'on compte ses albums solo, les projets parallèles The Gothic Archies, The 6ths et (surtout) le très bon projet synth-pop Future Bible Heroes, en plus du travail des Magnetic Fields, le total s'élève à une vingtaine d'albums (dont un triple) en vingt ans.
Pas mal pour un type dont la renommée ne dépasse pas les cercles de connaisseurs, et qui, contrairement à beaucoup de ceux qui vendent encore beaucoup après vingt années de carrière, n'a pas paumé une once de son savoir-faire. J'en connais peu qui peuvent se vanter d'en faire autant.

Comme chaque album de Merritt, "Realism" est une collection de petites étiquettes colorées, rangée dans un cahier portant le titre qui selon le groupe est sensé représenter non seulement le contenu mais aussi l'élément qui a le plus de chance de recueillir la critique des auditeurs. Je vous laisse deviner à quoi ressemblait le précédent album, sorti en 2008, et qui était titré "Distortion"... Les plus studieux parmi vous auront d'ailleurs remarqué une gémellité entre la pochette de "Realism" et celle de son prédécesseur, ça n'est pas innocent puisque les LP's ont été imaginés comme deux faces d'une même pièce, le monolithe bruyant étant naturellement suivi par une collection hétérogène de balades.


Le premier single, We are having a Hootenanny

Ce nouvel opus est, de la bouche de Merritt, l'album folk des Magnetic Fields, et pas seulement parce qu'il est essentiellement acoustique mais aussi et surtout parce qu'il fonctionne sur le principe de la réappropriation chère aux artistes folks américains (pensez Woody Guthrie, John Jacob Niles, voire Bob Dylan tant qu'à faire), lorsque le terme avait encore un sens et que l'émulation entre les musiciens faisait avancer les choses de façon naturelle. Le mode d'écriture de Merritt a toujours été plus ou moins le même : ses chansons sont courtes (rarement plus de trois minutes), très proches de la formule indie pop originale (pensez aux courants twee et do it yourself du début des années 80), et les textes naviguent entre un terre-à-terre empreint de cynisme et un humour noir livré sous une enveloppe de naïveté et de tendre mélancolie. C'est plus ou moins toujours la même chose, certes, et il faut donc s'intéresser aux détails pour comprendre ce qui différencie cet album d'un autre et c'est ici que l'aspect folk de "Realism" est intéressant puisque c'est dans les arrangements qu'est toute la subtilité.

Sans dénaturer leur style ni avoir l'air de partir avec la caisse, le groupe chante ainsi la polka (The Dada Polka, en écoute sur votre gauche), introduit une chorale teutonne sur un morceau qui ne s'y attendait vraiment pas (Everything is one big Christmas Tree), barde les compositions de banjos, accordéons, et de très beaux arrangements de cordes (From a sinking boat). Claudia Gonson (pianiste et chanteuse attitrée) va même jusqu'à jouer d'un kinderklavier (piano-jouet) sur une chanson-dinette que l'on imaginerait aisément comme la bande-son idéale pour la lecture d'un recueil de nouvelles de Katherine Mansfield (The Doll's Tea Party). De la culture folk américaine (We are having a Hootenanny) au classicisme européen pré-Révolutionnaire (Seduced and Abandoned) en passant par le bagage colonial ramené jadis par les Beatles (Walk a lonely Road), les Magnetic Fields se réapproprient un large héritage et en profitent pour écrire quelques classiques supplémentaires.

Sur le refrain de The Dada Polka, Merrit et Gonson chantent "Do something - anything. Do something, please." On peut choisir d'y voir une façon d'exhorter l'auditeur à faire quelque chose, lui aussi, s'il ne daigne pas danser avec eux la polka, plutôt que de s'embourber dans une écoute passive (pourquoi ne pas saisir une guitare par exemple ?), mais cette phrase est avant tout le leitmotiv d'un groupe qui n'a jamais cessé de travailler la musique au corps et qui reviendra très vite avec de nouvelles chansons, pas de doute là-dessus.


Joe

jeudi 28 janvier 2010

[C'est Ma Came] El Michels Affair - Enter the 37th Chamber

Formation New-Yorkaise de la mouvance retro-funk, El Michels Affair consacre son dernier album à reprendre les meilleurs sons du Wu Tang Clan à sa façon. Ce n'est pas un hasard : après tout ils avaient déjà collaboré avec les bad boys de Staten Island puis les avaient accompagnés en tournée. Et on se souvient aussi que RZA avait déjà manifesté son intérêt pour créer des beats avec de vrais musiciens comme support, comme on a pu l'entendre sur "Chamber Music," sorte de projet à part dans la discographie du Wu.

Refaire du funk à partir du hip hop, c'est un peu l'arroseur arrosé tant le genre a pillé le funk à coup de sampling intempestif dès le début des années 90. Mais c'est aussi un défi pour le moins difficile de par la nature répétitive des beats et le minimalisme de RZA, qui offrent un espace d'expression très limité. Heureusement El Michels Affair compte parmi ses rangs des musiciens expérimentés puisqu'on y retrouve notamment des membres du Menahan Street Band.

Bâti sur une sélection classiciste mais de bon goût qui réunit parmi les meilleures productions de RZA pour le Clan et les albums solo de ses MC's, l'album a forcement le mérite d'offrir un net contraste avec le caractère sombre et étouffé des morceaux originaux. Même si le groupe s'efforce de reproduire avec exactitude les boucles de RZA, il est aussi question d'y ajouter quelques arrangements, et là les résultats varient. Au menu des réussites, Protect Ya Neck qui gagne en dynamique, Glaciers of Ice dont la première partie remplace avec brio l'introduction originale ou encore Can It All Be So Simple qui perd son sample vocal ainsi que le caractère presque atonal de sa basse percussive pour devenir une ballade groovy. Par contre on s'ennuie ferme sur un Shimmy Shimmy Ya sans la folie d'ODB ou sur un Bring Da Ruckus toujours aussi spartiate.

Pour résumer, plus la chanson est construite à partir de petits riens et moins il est facile pour El Michels Affair d'en faire un morceau de soul. Souvent, quand il est question de beats, un détail sonore complètement abstrait fait la différence, ce qui n'est pas si étonnant quand ce détail est répété tout au long de la chanson. On peut difficilement reprocher à El Michels Affair de ne pas égaler la minutie de RZA, mais c'est pourtant ce qui limite l'album à être une collection d'instrumentaux sympathiques là où les originaux conservent leur caractère exceptionnel après bien des années.

Soyons clairs, cet album n'est pas là pour remplacer les originaux, c'est un hommage de qualité, rien de plus. Et à vrai dire je suis pas mécontent que cet album existe, d'une part histoire de boucler la boucle du sample, d'autre part parce que je prends du plaisir à l'écouter malgré les quelques fausses notes.




Protect Ya Neck

El Michels Affair - Enter the 37th Chamber [Fat Beats], sortie Avril 2009.




Thomas.

[Réveille Matin] Gorillaz - Stylo

Joanna Newsom, Liars, Radiohead... Il y a beaucoup de groupes très attendus cette année, mais je mets ma main à couper que le troisième album de Gorillaz est celui qui occasionne le plus de sécrétions salivaires au sein de la communauté des amateurs de pop music. Car nul n'est besoin de révérer Damon Albarn (C'est Entendu s'en charge pour vous), Jamie Hewlett ou Dan the Automator pour attendre de Gorillaz de quoi vous plaire. Le nombre impressionnant de featurings sur chaque album (et sa diversité) et l'attente entre chaque nouveau disque suffiraient à appâter le quidam à priori peu disposé à s'incliner devant des images de synthèse animées (l'auteur de ces lignes y compris).



Ce premier extrait surprend. On a pris cette habitude avec Gorillaz de s'attendre à des singles particulièrement efficaces, voire fracassants (Clint Eastwood, Dare et Feel Good Inc. passent toujours très régulièrement en radio) alors qu'on a ici une chanson qui n'aurait pu passer sur les ondes qu'aux alentours de 1986 et exclusivement à Miami, ou bien dans le jeu vidéo GTA : Vice City. Sur un beat et une basse électroniques, old school et répétitifs, Damon Albarn s'invite dans le domaine synthétique du synth-funk west coast post-kitsch de Dâm FunK, et... ça marche. Il faut dire que cela aide d'avoir la caution "hood" de Bobby Womack (pour le refrain soul) ET Mos Def pour le solo rappé habituel et quasi-obligatoire.
Je ne peux qu'approuver le choix, même s'il est certain que d'une part, c'est probablement un mauvais choix de single (à confirmer après écoute des autres morceaux sur l'album) qui ne plaira pas à tous et qui n'aura pas une diffusion aussi simple que Clint Eastwood, et même si, finalement, la prise de risque n'est pas gigantesque, tant il est vrai que "Demon Days" n'est pas si loin.


Joe

mercredi 27 janvier 2010

[Réveille Matin] Thao with The Get Down Stay Down - Easy (+ quelques mots En Attendant Les Femmes s'en Mêlent)

Elle est signée sur le label culte Kill Rock Stars et elle fait de l'indie pop rock un peu déprimée mais pas trop, c'est Thao Nguyen et son Get Down Stay Down, dont on a complètement oublié de vous parler l'année dernière alors qu'elle a pourtant sorti un nouvel album très chouette, "Know Better Learn Faster", en octobre, rempli de petits tubes sensibles autant qu'ils sont funs. Pour preuve, ce matin, Easy, qui clôture l'album, un morceau qui commence par une phrase simple, vraie, vitale, biblique : "Sad people dance too". Que dire de plus après une phrase pareille? Eh bien, plus grand chose, alors autant laisser parler une grosse basse qui groove à mort et des chœurs légers en "pa pa pa" qui respirent la joie, tout simplement. Si ça c'est pas de la musique pour le matin, je sais pas ce qu'il vous faut.


Je profite de ce réveille matin pour d'ailleurs vous causer ici d'un concert à venir qui implique Thao et qui aura lieu bientôt à Paris, à savoir la soirée En attendant "les Femmes s'en mêlent", le 29 janvier (donc vendredi) à la Maroquinerie. On y trouvera Basia Bulat, Sydney Wayser et Thao donc. Et devinez qui sera sur place pour faire un compte-rendu? Oui, C'est Entendu. Le flyer ci-dessous.


Cette soirée sert de préliminaire fort avenu avant la prochaine édition du formidable festival Les Femmes s'en Mêlent, festival qui est donc axé sur les artistes feminines, et qui, en ce qui me concerne, a été l'occasion de voir en 2007 le groupe Electrelane sur scène, ce qui a été l'une de mes plus grandes expériences lives (oh la la, rien que d'y repenser, j'ai des frissons...). Pour sa 13ème édition, Les Femmes s'en Mêlent se tiendra du 18 mars au 3 avril, un peu partout en France (Paris certes, mais aussi Marseille, Strasbourg, Brest, etc) et mettra en scène des artistes dont le talent est totalement affirmé (John & Jehn ou la géniale Tender Forever par exemple), ou qui sont parfois très prometteurs (Men, le groupe avec JD Samson de Le Tigre, ou encore Trash Kit, trio britannique façon The Slits avec Ros Murray à la basse dont on vous reparlera forcement). Mais en attendant, voir l'amie Thao sur scène sera déjà un très bon moyen de patienter. (Plus d'infos via ce lien hypertexte.)


Emilien.

mardi 26 janvier 2010

[Fallait que ça sorte] Laurie Anderson : sons, paroles et vestiges de "United States"

Quand O Superman (For Massenet) est arrivée en deuxième position des charts singles britanniques en 1981, le grand public ne connaissait pas Laurie Anderson, ne voyait pas comment elle avait atterri là, ni très bien où elle voulait en venir. On peut très bien les comprendre tant cela reste une étrangeté de l'histoire : que faisait ce long morceau minimaliste, répétitif à l'excès, sans refrain ni mélodie accrocheuse, plutôt axé spoken-word sous vocoder, dédié au compositeur français Jules Massenet et son opéra Le Cid bref cet essai complètement incompréhensible de 8 minutes au milieu de morceaux pop dans le top des meilleures ventes de singles ? Certes, il avait eu droit à des diffusions obstinées de la part de John Peel et offrait une imagerie plus qu'intrigante, mais rien n'expliquait un tel engouement. C'est le genre de bizarreries sur lesquelles les majors se jettent pour essayer de les exploiter, sans comprendre pourquoi - mais tant pis, du moment que ça semble fonctionner - et Laurie Anderson de signer grâce à cela un contrat pour 6 albums avec Warner Bros la même année. Mais il fallait bien voir que Laurie Anderson n'était pas une musicienne; en tout cas, pas seulement. Il fallait envisager ce morceau dans un ensemble plus grand, trop grand encore pour qu'on puisse le concevoir clairement cette année-là. Car Laurie Anderson était plutôt connue dans le milieu arty new-yorkais pour ses performances expérimentales que ses morceaux pop, et avait travaillé tout au long des 70's avec des gens comme John Giorno ou William Burroughs. On voyait bien que ce morceau n'était qu'un avant-gout, la première réalisation concrète d'une vision plus large.


Ce contrat avec Warner lui donnera les moyens de sortir l'année suivante l'immense "Big Science" sur lequel on trouvera O Superman et qui assurera son statut d'originale passionnante. Neuf morceaux étranges et d'une modernité curieuse pour un album qui deviendra rapidement culte, et à raison. A l'écouter aujourd'hui, cet album semble être marqué par les stigmates des expérimentations synthétiques des années 80 (malgré la présence d'une cornemuse ou d'une chanteuse d'opéra par moment...), avec sa masse de claviers et de vocoder qui semblent si dépassés, si laids, ayant mal vieillis, et ses morceaux si bêtement intellos qui semblent risibles. Mais peu à peu, "Big Science" devient un album hypnotisant, fascinant, dans lequel la force de la narration (toujours ce spoken word omniprésent, dès le premier morceau, le fascinant From The Air, en écoute dans le player à gauche) et les ambiances vous hantent peu à peu et vous forcent à y revenir, encore et encore. Car finalement, cet album est toujours d'actualité, que ce soit dans ses idées ou ses thèmes, qui dépeignent un monde futuriste gris et aseptisé où l'être humain ne semble plus vivre que par automatismes. Et ces instrumentations qui semblent si poussiéreuses au premier abord rendent finalement l'album absolument unique, créant avec des sonorités électriques une espèce d'univers rétro-futuriste, comme quand on regarde comment les gens des 60's envisageaient l'an 2000 ; un futur dépassé qu'on a jamais connu, une modernité rêvée qui n'aura jamais été la notre. Dans Let X=X, elle dit "I can see the future, and it's a place about 70 miles east of here". Aujourd'hui, c'est comme si nous n'y étions jamais allés dans ce futur, que nous avions bifurqué, et "Big Science" d'apparaitre comme une voie alternative, qui touche justement par son futurisme utopique.

Des violons froids de Born, Never Asked aux claviers s'étendant à perte de vue du très drôle Let X = X, "Big Science" est un véritable voyage avec des morceaux de bravoure qui n'ont pas perdu de leur force. En tête O Superman, qui est peut-être l'un des morceaux les plus touchants de Laurie Anderson. Avec son vocoder qui rend la voix humaine étrangère et sa boucle de voix bizarre qui se répète à l'infini comme une respiration saccadée, il y a dans ce morceau une désolation moderne désarmante qui en fait l'un des morceaux les plus profonds et les plus émouvants des années 80. Seulement deux accords qui se répètent, mais au final un véritable chef d'œuvre, unique en son genre et dont les paroles sont d'une beauté troublante. Des mots banals qui peuplent les répondeurs ("Hi. I'm not home right now. But if you want to leave a message, just start talking at the sound of the tone") jusqu'aux prophéties cryptiques qui semblent faire encore plus sens aujourd'hui ("Here come the planes. They're American planes. Made in America. Smoking or non-smoking ?"), Laurie Anderson dépeint les relations humaines brouillées dans une modernité où l'on se parle de machine à machine, et tout se suit dans une obscurité à la fois mélancolique et effrayante où il ne reste plus qu'à appeler la figure de la mère, du père, du retour à l'enfance protectrice qui n'est plus qu'électronique : "So hold me mom, in your long arms, in your automatic arms, your electronic arms, your petrochemical arms".

Mais là encore, son ambition était plus grande, son propos était plus large, tout était écrit dans le livret de l'album : les morceaux de Big Science n'étaient eux-mêmes que des extraits, des bribes d'un work-in-progress gigantesque auquel les succès du single et de l'album donnèrent un élan formidable et sur lequel elle travaillait depuis 1979 (bien qu'on peut faire remonter la généalogie du projet encore plus loin). Et après 4 ans de travail, en février 1983, "United States", spectacle multimédia de 7 heures environ fût enfin présenté au public


(Let X = X, version United States Live)

Ce gargantuesque "United States" se déroulait en 4 parties sur deux soirs et mêlait musique, vidéo, longs passages en spoken word et travail poussé sur la scénographie - lumières, gestuelle, décors, etc. Les thèmes étaient multiples : la modernité, la déshumanisation, la solitude, l'être humain et la machine, tout cela en même temps et dans une œuvre mastodonte qui cherchait à aller partout. Le titre préliminaire de la première partie de l'œuvre, "Americans on the Move," résumait finalement en quelques mots cette peinture étrange et ironique d'une civilisation américaine moderne perdue dans son époque et sa technologie, parlant, vivant par clichés. Le tout guidé par la présence omniprésente de Laurie, parlant plus souvent qu'elle ne chantait, mêlant art de la narration et musique expérimentales sur des projections multiples. Bref une œuvre forcément un peu agaçante par moments et trop indulgente sans doute rien que par sa durée, mais qui semblait passionnante et d'une richesse incroyable. Et dont il ne reste finalement rien. Le spectacle n'a jamais été filmé. Et de la densité de ce spectacle qui se voulait total, il ne nous reste que des vestiges : les textes, via un livre qui sert de descriptif du spectacle, et le son, sous la forme d'un live de 4h30 (5 vinyles à l'époque, en 1984), "United States Live," les passages purement visuels étant donc balayés et les morceaux parfois un peu écourtés. Certes, il y a déjà énormément de matière dans les 78 morceaux de l'album pour occuper n'importe qui pendant un bon bout de temps. Certes, on peut reconstituer une idée de ce qu'à été le spectacle en lisant ou écoutant ces fragments, voire en regardant le clip de O Superman ou différentes apparitions d'Anderson à la télévision à l'époque. Mais quel regret amer de ne pas avoir le contexte global de certains morceaux. De rester sur l'impression d'avoir affaire à un ensemble incomplet, amputé. De ne pas pouvoir saisir totalement ce tour de force créatif.

(O Superman)


Alors il faut faire avec ce qu'il reste, c'est à dire déjà pas mal. L'éprouvante écoute d'un pareil enregistrement au son d'une propreté chirurgicale est une épreuve musicale aussi excitante que passionnante pour l'auditeur qui peut se plonger dedans comme on lit un grand livre en plusieurs tomes, l'album se partageant entre passages narratifs parfaitement maitrisés et bizarreries pop avec homogénéité. Décrire par le menu tout ce qui se trouve dans cette enregistrement reviendrait à tout prendre morceau par morceau et rendrait le processus bien laborieux. Mais cette version orale de "United States" est composée de constantes et en premier lieu, l'utilisation du vocoder, très présent, mais dans une optique très différente que sur "Big Science" : Laurie Anderson cherche plutôt à changer sa voix, en la rendant sur-aiguë (Walk The Dog et sa parodie de Dolly Parton) ou alors très grave (sur beaucoup de morceaux...), répondant même parfois à sa vraie voix pour créer des dialogues absurdes qui parlent autant du quotidien bavard du monde artistique, d'avions qui s'écrasent, de gens perdus, de Tesla, bref de mille et une histoires curieuses, tordues. Souvent, le résultat est très drôle, comme sur le génial Yankee See, où elle n'hésite pas à lire la description de son propre spectacle, expliquant "In this brochure that they are handing out in the lobby, it says everything I wanted to say, only better", ou encore New Jersey Turnpike qui aligne des situations absurdes et des idées bêtes (exemple : "To be really safe, you should always carry a bomb on an airplane. Because the chances of there being one bomb are pretty small, but the chances of two bombs are almost miniscule."). Il y a parfois aussi, brusquement, une profondeur incroyable et très simple qui apparait, et qui montre un monde vraiment froid, vraiment triste, vraiment sombre, et qui fait passer le spectacle de la simple démonstration ironique à une véritable démarche touchante de dépeindre un monde toujours en mouvement qui ne sait pas bien où il va et où il est (Say Hello). Musicalement, Laurie Anderson tord les sons, multiplie les boucles, superpose des couches sonores, crée des orchestrations inédites, curieuses, qui offrent au spectacle des ambiances uniques, à la fois très arty et libérées de toute barrière artistique, mais toujours accessibles. Elle se lance parfois dans des morceaux instrumentaux, dans l'ensemble assez réussis bien que semblant venir de nulle part sans les images, tout en n'hésitant pas à se lancer dans les territoires de la pop music avec pas mal de talent (Langage Is A Virus) et tout se suit ainsi pendant 4 heures durant lesquelles la musique n'est qu'une partie de l'œuvre. Il est difficile ici de réfléchir en termes de morceaux, tant l'œuvre fait bloc et est imperméable à toute tentative de critique purement musicale.

(Performance télévisuelle de Mach 20, extrait de "United States")

Car en effet, que juge-t-on en écoutant ce live ? Les fragments d'un spectacle total ? Ce serait bien difficile. La simple qualité musicale de la chose ? Vue l'abondance du spoken-word, ce serait un peu passer à côté de la chose. Les longs textes ? Les ambiances ? Tout ça à la fois ? Évidemment, tout n'est pas de qualité équivalente, mais le simple fait d'assembler autant d'idées - souvent brillantes - au sein d'un même projet, autant de mélodies, autant de matière est déjà une réalisation telle que l'on ne peut qu'être admiratif de ce projet. "United States Live" déconcerte autant qu'il fascine, seule mémoire plus ou moins concrète d'un spectacle disparu sur lequel on ne peut vraiment se faire un avis. Restent des suppositions. Trouverait-t-on ce spectacle vieillot aujourd'hui ? Certainement, vue la période. Aurait-il perdu de sa pertinence ? Sans doute pas. Ce qu'il reste de ce spectacle perdu dans le temps, ce sont des documents sonores passionnants, que ce soit sous une forme purement musicale avec "Big Science," ou bien plus large et représentative de la volonté de narration avec "United States Live." Dans les deux cas, "United States" apparait comme un spectacle-somme qui consacre au moins Laurie Anderson comme l'une des artistes les plus douées de sa génération, et qui aura synthétisé avec humour, intelligence et originalité nos sociétés occidentales, technologiques, froides et paumées au sein desquelles nous nous agitons sans bouger.


Emilien.

nb : Si le sujet vous passionne réellement (j'en doute mais espérons-le), la lecture de cette étude critique très très poussée pourrait vous intéresser. J'ajoute que Laurie Anderson présentera son nouveau spectacle "Illusion," un "opéra en solo", les 30 et 31 mars 2010 à la cité de la musique de Paris.

[Réveille Matin] Pit Er Pat - Water

Bonjour à tous ! Ce matin, je vous propose une reconversion, celle du trio de Chicago, Pit Er Pat. Le groupe est né aux alentours de 2003 et dont le premier EP, "Emergency," (2004) était une réussite dans son genre : une sorte de pop expérimentale centrée autour d'un clavier et de la voix à demi juste de la chanteuse, Fay Davis-Jeffers, dont la section rythmique était marquée par des influences math rock et free jazz. Pour vous faire une idée, écoutez Time Monster, sur leur Myspace.



Six ans et trois albums plus tard, on a un peu oublié ce groupe, ni très hype ni très glamour, dont les LPs souvent inégaux nous ont soit lassés ("Shakey") soit carrément pas intéressés ("Pyramids" et "High Time," peut-être à tort, d'ailleurs).
Cependant, aujourd'hui sort un quatrième album, "The Flexible Entertainer," dont le premier single, Water, est un virage inattendu vers le boulevard pimpant du R&B tel qu'on le pratique du côté de chez Beyoncé et consorts. Bye bye math rock, hello boîtes à rythme et électronique flirtant avec le kitsch (les gouttes d'eau numériques doublées par les "Drip drip drip drop drop" chantés par Fay). Surprenant et tout de même au-dessus de ce que le genre nous réserve habituellement, on pourra néanmoins se demander si la formule tient la longueur d'un album.


Joe

lundi 25 janvier 2010

[Vise un peu] Retribution Gospel Choir - 2

Il y a des choses pires dans la vie que la masturbation. Pourtant, nous avons tous mieux à faire (vous en conviendrez, je l'espère) que d'assister à la masturbation d'autrui. C'est la raison pour laquelle le second album de Retribution Gospel Choir n'est pas bon.

Il est primordial de savoir que le groupe se compose d'Alan Sparhawk (chant, guitare), Steve Garrington (basse) et Eric Pollard (batterie, chant), et de savoir aussi que Sparhawk est d'autre part le co-leader de Low, dont Garrington tient la basse.
Si, par ailleurs, Low est un grand groupe, ça n'est pas seulement parce que le trio sait écrire de bonnes chansons, les enregistrer et les jouer, mais aussi parce que la naissance du groupe s'est jouée sur un principe intéressant, à savoir qu'entre 1993 et 1994, alors que n'importe quel jeune groupe américain se serait tourné vers le grunge, par facilité ou par mode, Sparhawk et sa femme Mimi Parker avaient opté pour une philosophie différente, choisissant de se comporter en punks (si certains parmi vous se souviennent encore de ce que le terme signifiait avant son apogée) et d'aller à contre-courant en jouant "la musique la plus lente possible."

Je tenais à vous expliquer la raison pour laquelle j'ai longtemps respecté Sparhawk, outre son talent de songwriter. La raison pour laquelle Retribution Gospel Choir est né, je ne suis pas certain de la connaître, mais les vieux de la vieille se souviendront de l'arrêt brutal de la tournée de Low, en 2005, à cause d'une "instabilité mentale" attribuée à Sparhawk, puis des démissions successives de deux bassistes (toujours chez Low) alors que le trio était stable depuis plus de dix ans. En outre, si Low tourne toujours à l'heure actuelle, depuis 2006, Sparhawk a semblé préférer s'adonner aux plaisirs solitaires (un album solo en 2006 et le premier album de Retribution Gospel Choir en 2008). Si ça n'est pas une crise de la quarantaine, cela y ressemble énormément.

Sur le principe, pourquoi pas. Le gars vient de Duluth, dans le Minnesota. Je ne vais pas vous faire un dessin, mais disons que c'est pas le Pays du Bonheur. Il est marié, a des enfants, il est mormon et il est souvent sur la route, tournant un peu partout dans le Monde. Les occasions de se réveiller un jour en ayant envie d'autre chose ne doivent pas manquer. Il aurait pu vouloir s'acheter une grosse bagnole, ou bien se planter un coutelas dans le bas-ventre, comme tout le monde, mais non, il a fallu qu'il agisse comme un parfait adolescent abruti et qu'il forme un groupe... de grunge.


Le single, Hide it Away.

Et même si les chansons avaient été bonnes, le concept était voué à l'échec. Faire Retribution Gospel Choir revient à nier Low à grands coups de guitares. C'est un parjure qui laisse un goût amer, masturbation publique d'un type que l'on pensait valoir mieux. Une preuve sonore de la faiblesse de l'Homme. Et à ceux qui penseraient qu'en 2010, c'est justement punk d'enregistrer du grunge, je ris au nez. Il ne faut pas oublier qu'exception faite, peut-être de Bless us All, qui clôt l'album, les chansons sont faibles au mieux (Hide it Away, Your Bird), positivement ridicules au pire. A ce sujet, le solo de guitare digne d'Alice In Chains sur Poor Man's Daughter rivalise de laideur avec l'intro sous-mixée de Something's Going to Break, pendant laquelle Sparhawk miaule par-dessus un solo de batterie atroce. Pour vous donner une idée de l'ampleur du désastre, je vous épargne les huit minutes d'Electric Guitar, et vous propose d'écouter ci-après le manifeste de moins d'une minute, '68 Comeback :


'68 Comeback


Outre l'auto-désaveu personnel de son chanteur, Retribution Gospel Choir continue sur la même voie rétrogade qu'il avait emprunté avec son premier album, celle d'un revival grunge joué par des quarantenaires peu inspirés, et ce chemin n'est définitivement pas le nôtre.

Joe

[Réveille Matin] Jeffrey Lewis with Jack Lewis and Anders Griffin - If you Shoot the Head you Kill the Ghoul

On parlait d'antifolk l'autre jour, et il est impossible de citer le mouvement (sous-genre du punk incluant des éléments de la musique folk américaine) sans citer Jeffrey Lewis et l'un de ses nombreux avatars, surtout pour nous autres français que Jeffrey a pris l'habitude de visiter à raison d'une ou deux tournées nationales par an.

En 2003, accompagné de son frère et du batteur Anders Griffin, il enregistrait son deuxième LP.

Ce qui rend Jeffrey Lewis si attachant, ça n'est pas son faciès étrange mais la fascinante combinaison de ses talents de songwriter folk (dans la plus pure tradition post Dylanienne), de son amour pour la pop culture américaine (les comic books, notamment, il est d'ailleurs lui-même dessinateur et expose sur scène ses œuvres, illustrations visuelles de ses chansons) et le débit de son chant monotone, grave et le plus souvent faux.

Sur cet album, la chanson la plus cool est celle que vous trouverez dans le lecteur sur votre gauche, et qui est la vision rock bancale et excitée d'un film de George A. Romero. L'arrivée de la basse après le premier couplet n'est pas grand chose, mais au sein d'un trio, elle me fait le même effet que si un quatuor de trombones avait joint la parade freak formée par ces trois idiots, qui nous expliquent comment se sortir de l'impossible situation que serait l'avènement des morts vivants.


Joe

dimanche 24 janvier 2010

[They Live] Instants fugaces de bonheur au Festival des Inrocks 2009

Il y a plus d'un an, Internet avait déjà découvert La Roux, Ebony Bones et Passion Pit. Six mois plus tard, Les Inrocks décidaient de lancer leur festival itinérant de fin d'année autour de ces artistes, et d'autres "nouveaux" talents. Encore trois mois plus tard, soit un an après leur émergence, ces artistes se produisaient un peu partout en France, et en particulier à Toulouse, où nous étions allés voir si les "découvertes" étaient encore fraîches. Il était donc naturel que nous rendions hommage à la rapidité avec laquelle, à l'époque de l'ADSL, les Inrocks réagissent aux vents tournants de la musique pop. C'est ainsi que le compte rendu du festival voit le jour, deux mois et demi après l'évènement. Embarquez donc avec nous dans un voyage à travers le temps, et laissez-nous vous parler de ces musiciens dont vous ne devez, à l'heure actuelle, garder qu'un souvenir ténu.

Tout avait commencé avec une lettre, un mot d'excuse de La Roux pour nous signaler qu'elle ne serait pas là, elle qui était pourtant une (la ?) tête d'affiche. Cela n'avait pas manqué d'en décourager certains et d'en amener d'autres à faire rembourser leurs billets, ce qui n'empêcha pas le Bikini d'être comble lors de la seconde des deux soirées (celle qui devait voir La Roux débarquer) et le public de snobber la première vague. C'était pourtant le premier soir qu'il fallait être présent.

Après la courte apparition de Violens, dont on reparlera probablement cette année s'ils se décident à sortir un premier album (pour situer, c'est comme si les Smiths s'étaient formés à Sydney), Little Boots installait son matériel m'as-tu-vu (un Tenori-On au centre de la scène, pas forcément mis à profit, semblait justifier à lui tout seul la présence de Chistina Hekesth au festival) avant d'entamer un set bien terne, tant il est vrai que, ni charmante ni très en voix, Little Boobs ne semblait convaincre personne avec sa vision d'une europop plus proche du Papillon de Lumière de Cindy Sander que des standards des années 90, jouée mollement et sans conviction. A vrai dire, il n'y a bien que sur Stuck on Repeat, le single, que le Tenori-On et la jeune femme se réveillèrent, bien trop tard pour intéresser quiconque n'avait pas déjà pensé que "Swedish guys do it better."

Entretemps, on n'avait pas pu s'empêcher de remarquer que Caroline Polachek (de Chairlift) était là, derrière le stand de merchandising, avec son boyfriend (accessoirement le chanteur de Violens), et l'on saisit l'occasion pour discuter un peu (en français) de l'enregistrement de leur second opus et de quelques points de détails techniques quant à la prestation de Chairlift au même endroit quelques jours plus tôt, qui semblèrent faire mouche chez la jolie chanteuse, ravie que l'on s'intéresse réellement à sa musique.

C'était ensuite au tour des Black Lips de nous intéresser. Leur garage rock bien foutu était parfaitement mis en relief par une mise en scène de rigueur : chemises à carreaux, spots en contre-plongée, laissant dans le noir les visages des musiciens, leur réputation déjà bien installée ne semblait pas volée.

Et pourtant... Un certain manque de poids et d'accroche se faisait sentir. Comme s'ils étaient en bout de course, les Lips semblaient ne pas avoir le pep's suffisant pour être aussi dingues que d'habitude (on attendait plus de hurlements) ou aussi sales que sur leurs disques. Leur prestation ne fut certes pas ridicule et le fait que Toulouse soit la dernière étape de la tournée devait être pour beaucoup dans cette semi-déception (d'ailleurs leur concert Parisien était parait-il très bon), mais après leur set, apprécié malgré tout par un public pas vraiment exigeant, on commençait à espérer enfin voir des artistes venus jouer pour le public, et pas par engagement envers leurs promoteurs. Des musiciens qui auraient envie de jouer, rien de plus...


C'est alors que débarqua la clique d'Ebony Bones pour un show à la démesure de sa coiffure, un métissage de musique accrocheuse (sorte de disco-punk stéroïdé et extravagant) et terriblement sexy.

L'ambiance électrique et l'énergie déployée ont vite fait de convaincre tous ceux qui auraient pu douter de la formule ou qui se seraient tapé le front en voyant l'accoutrement bariolé d'Ebony et de ses musiciens (dont le guitariste indo-sino-egyptien possède la classe).

Au passage, on notera une chose à propos d'Ebony Bones : si son premier album ne tourne pas (et ne tournera probablement jamais) sur nos platines, c'est probablement parce qu'il n'existe aucun intérêt à l'écouter chez soi. En voiture, je ne dis pas, ou bien en soirée, mais personne n'a envie de mettre "Bone of my Bones," de s'affaler dans un canapé et de l'écouter jusqu'au bout (ou bien détrompez-moi). Le disque n'est sorti que pour donner de la matière au groupe sur scène, et c'est très bien comme ça, puisqu'avec des chorégraphies hilarantes énergiquement communicatives, un jeu avec le public de tous les instants (Ebony est une sorte de fille spirituelle de James Brown) et le bon goût de reprendre I wanna be your dog à fond les ballons, Ebony Bones et sa cour ont été la Grande Attraction du festival, le haut du panier. Leur set aura été le seul à donner le sourire à chaque membre d'un public trimballé de part et d'autre de la salle au gré des humeurs de la chanteuse, qui aura aussi été la seule à afficher un sourire permanent et fondamentalement sincère, en voyant ses efforts récompensés. C'était ce que l'on voulait.



A l'aube du second soir, les remplaçants de La Roux, Two Door Cinema Club furent étrangement programmés non seulement en tout début de soirée, mais plus tôt que l'horaire préalablement annoncé, ce qui fait que les trois quarts des spectateurs ne virent pas le bout d'une guitare avant que Lissy Trulie ne débarque.

La jeune femme, pas vraiment équipée pour retourner la salle ne pouvait compter que sur elle-même, ses chansons un brin plan-plan mais pas dégueulasses (britpop désossée) et l'éventualité selon laquelle une partie du public aurait pu la prendre l'espace d'un instant pour La Roux en ne se basant que sur un constat capilo-visuel. Malgré tout, en jouant une reprise sympatoche du Ready for the Floor de Hot Chip, elle finit par se mettre une partie du public dans la poche.

Après une ou deux plombes, l'installation du décor Burtonien (bouquets de fleurs, tapisseries, harpe...) servant de background à Florence Welsh et sa Machine fut enfin terminée et l'ex-dame pipi vint chanter.

Ou hurler, c'est selon.

Florence a une belle voix, je le lui accorde, ou bien disons une voix "puissante," une grosse voix, quoi. Et c'est une partie du problème. L'autre partie est qu'elle a tendance à croire qu'il suffit d'en user pour que "ça marche."

Eh bien non, il faut aussi que les chansons soient bonnes. En 2009, Florence + The Machine ont sorti un EP puis un album dans la foulée, et le constat établi à leur écoute est que l'album ne présente aucun intérêt whatsoever vis à vis de l'EP ("A lot of love, a lot of blood") dont les trois premières chansons (récupérées pour l'album) sont ce que Florence a fait de plus intéressant, et sont même classées (consciemment ou pas) selon un ordre décroissant de réussite au sein de l'EP, à savoir Dog days are over, Kiss with a fist et You've got the love.

Ces trois chansons-là marchent encore mieux sur scène, et l'organe sur-développé de Florence n'y est pas étranger. Cependant, lorsque les compositions sont banales, l'effet est inversé et c'est beaucoup de bruit pour rien.
Je sais ce que vous vous dites : trois chansons sur un set, c'est peu. Et effectivement, le seul autre fait notable fut l'introduction en guise d'intermède d'une semi-reprise du If I had a Heart de Fever Ray, méconnaissable mais de fort bon goût.
En définitive, on espère que Florence + The Machine sauront démontrer avec un prochain disque qu'ils peuvent écrire plus de trois chansons, mais le résultat des courses c'est qu'on n'en a plus grand chose à fiche, contrairement au public qui semble avoir l'oreille aiguisée pour ce genre de sucreries.

Maintenant, si vous vous souvenez de la critique bien peu élogieuse du premier album de Passion Pit, parue ici même il y a quelques mois, vous devez pré-supposer de l'effet qu'aura eu sur nous le groupe, qui fermait l'édition 2009 du festoche des Inrocks.


Et pourtant, au sein d'un public dense et déchainé (j'aimerais comprendre comment autant de gens peuvent connaître et aimer Passion Pit, d'ailleurs, eux qui ne passent jamais en radio ni à la télé), les deux ou trois premiers morceaux joués, dont le single Make Light, firent bonne figure. Peut-être parce que l'on pouvait alors se rendre compte de la volonté, sur "Manners," de mettre en exergue la production lo fi et bitpop, alors que sur scène, les chansons étaient beaucoup plus classiques. Comme si Phoenix troquait ses guitares pour des claviers, se laissaient pousser la barbe, portaient des chemisettes et engageaient un castrat pour remplacer Thomas Mars. La comparaison est plus ou moins viable, voire totalement casse-gueule, mais vous voyez le genre : le groupe est énergique, et malgré leurs airs de geeks attardés sortis de The IT Crowd, ils savent faire remuer une salle.

Malgré cela, après trois chansons jouées, la bonne surprise se dissipa vite face au manque de renouvellement dans la composition. On se contentera de réécouter Make Light une fois rentré, une fois ou deux, pour se purger, et on laissera à d'autres la tâche d'avoir quelque chose à faire de ce groupe. On préféra, au retour, s'écouter l'album de Krikor (une vieillle connaissance) et son album avec The Dead Hillbillies, en espérant une prochaine édition moins mitigée et surtout moins à la bourre, pour l'année prochaine.


Joe et Bastien