C'est entendu.
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vendredi 18 novembre 2011

[They Live] Festival Les Inrocks Black XS 2011

Comme annoncé, le festival des Inrockuptibles a continué en 2011 à étendre sa zone d'influence à de grandes villes françaises, portant à 7 le nombre de cités visitées où la bonne parole pop/rock/électro du magazine a distillé son best-of annuel face à un large public. C'est Entendu s'est déplacé à Paris et à Nantes et en a ramené souvenirs et impressions.





Nantes - 5 et 6 Novembre 2011 - Stereolux
par Maxime C.


1) Une confédération sociale incohérente

Dans sa volonté de séduction à grande échelle, le festival des Inrocks a rassemblé à Nantes un public hétérogène le samedi, et très jeune le dimanche. Samedi, la programmation bordélique (La Femme - synth punk / Cults - inidie pop Pitchfork / Laura Marling - folk/ James Blake - dubstep r'n'b) a amené quatre types de public et l'incohérence s'est faite sentir : pendant le concert de Laura Marling, on entendait le public parler, pendant Cults, les hipsters hurlaient en attendant James Blake : chacun était gêné de son voisin, en somme.

(James Blake pourrait fort bien faire la une d'OK Podium)

Lors du set de Blake, des anglaises post-adolescentes enamourées du bellâtre criaient "Marry me !" entre les morceaux, tout en continuant à piailler pendant que la musique jouait. Quel est le sens de venir à des concerts si ce n'est que pour se livrer à des batailles d'ego ? Dimanche, la programmation orientée pop sucrée dansante a attiré tous les jeunes de la ville, qui s'occupaient en alimentant un pogo triste, le regard soit vide, soit apeuré. Sous le coup de sa soif de popularité, le festival a sacrifié la qualité du concert au détriment d'un public irrespectueux et incohérent.

2) Un raté et quatre ratés

Comme à son habitude, le festival a voulu résumer avec un décalage certain ce que la hype avait produit en 2011 : on a ainsi pu voir Cults jouer la musique-type que Pitchfork classait dans "Best New Music" en 2010 - des guitares indie pop sous reverb’, une voix féminine noyée dans l'écho, des mélodies convenues, un concert qui se finit par une boucle de feedback gratuite, alors qu'il n'y avait eu aucun effet de ce genre pendant le set. Dans le même genre, en pire, citons tous les groupes de pop électro-dansante qui stagnent dans leur son vide d'idées et d'innovation depuis plusieurs années déjà : Friendly Fires, Morning Parade et Foster the People. Ces derniers jouent une pop sans risque, tranquille, pleine de ces mélopées qu'on entonne en chœur dans un stade ; Friendy Fires ont quelques bonnes idées de groove sec, mais elles sont toujours cachées derrière des sons bitchisants au possible, comme du post-disco pour boîte de nuit adolescente. Cependant, il faut noter la présence de La Femme, un groupe français que votre serviteur a raté (à regret) à cause d'une mauvaise information horaire sur le site du festival, alignés à sept derrière une flopée de synthés et des perruques blondes, débitant une superbe disco flippée aux accents punk et surf, jouée en courant dans un manoir (ça ressemble à peu près à ça).


(en photo, Friendly Fires, en musique, Foster the People, les uns pourraient remplacer les autres que l'on n'y porterait même pas attention)

L’un des artistes les plus attendus était Miles Kane (moitié des Last Shadow Puppets et leader de feu The Rascals) qui était en pleine forme et a déchaîné la foule au moyen d'un supershow très 70's, où tous les clichés étaient de la partie: l'entrée du groupe sur One of These Days de Pink Floyd (et au moment de l'explosion s'il vous plaît), un gros final pour chaque chanson, même les plus calmes, un batteur un peu con qui joue fort en secouant la tête. Dès le début, Miles s'est mis à courtiser le public, dansant tout près de lui, organisant des duels au décibel-mètre entre les parties gauche, droite, et gradins du public (pendant une minutes), répétant trois fois "This song is called ..." jusqu'à ce qu'il y ait suffisamment de bruit. Musicalement, ça ressemble aux Last Shadow Puppets en plus musclé, plus rock et moins bien ; en fait, Miles Kane lorgne vers la musique de stade : sa mégalomanie empêchera toujours sa musique d'évoluer, la contraignant à être une redite de son passé musical conforme à la demande du public.

3) Le cas James Blake et le double public

De nombreuses chroniques du premier LP de James Blake restaient dubitatives vis-à-vis de son talent et sa réputation oscillait de génie à usurpateur. Les concerts, dit-on, lui permettent de révéler son génie à la face du monde. Pour ma part, je suis toujours indécis : le beau gosse semble tout autant tenir du r&b moderne mièvre et supersensible que de la musique électronique abstraite et cela se traduit par des chansons instables destinées on ne sait trop à quel public : s'agit-il d'un compromis entre des perspectives intéressantes et la recherche d'un public plus large - qui était matérialisé ce soir-là par les minettes décrites plus haut - ou bien d'une application sincère d'une approche particulière de la musique - le r&b - à une esthétique particulière ?


(The Wilhelm Scream, ce soir-là)

Le fait est que par moments, les deux ingrédients sont parfaitement dosés. C'était le cas pour Limit to Your Love, qui a eu droit à une longue interprétation pleine de vide et de tension, pendant laquelle une rythmique de dub numérique - où la batterie s’armait d’un son dub à quelques bits près sans en conserver les clichés rythmiques, si bien que c'était à la fois dub et dubstep : du dubst - se frottait aux échos vaporeux de la voix de James, reflet gazeux d'un crooner fragile de synthèse, tandis que le piano laisse échapper sporadiquement des clusters presque free-jazz. L’un des rares moments réellement profonds du concert, en termes d'émotion et de transe, qui sont allés crescendo puis decrescendo au fil du show jusqu'à se terminer par un morceau bourrin et gratuit qui relâchait toute sa tension avant de l'avoir construite. Moment de grâce cependant : au milieu d'une chanson, tout s'arrête sauf la batterie qui reste seule, stoïque, froide dans sa duplication, et laisse espérer de longues heures de transe, corps suintant et cerveau liquide. (Ça n'est pas arrivé mais c'est l'intention qui compte comme on dit.)



Paris - 5 et 6 Novembre 2011 - La Boule Noire
par Arthur Graffard et Joe Gonzalez


1) Le style avant tout

Pour qui a gardé un émerveillement intact pour ces choses là, l’intérêt de voir trois groupes le même soir dans une salle exigüe comme celle de la Boule Noire tient dans l’embouteillage d’instruments sur la scène dès l’ouverture. Avec déjà des indications sur les concerts à venir ; deux Fender Jaguar (elles serviront à Yuck), un violon (légère appréhension), des fils et des amplis de partout. A l’extérieur c’est la cohue entre les deux salles voisines – La Cigale accueille elle aussi le festival ce soir-là avec Miles Kane en vedette – et le public de hipsters tant redouté est bien là, toujours aussi insupportable au premier abord et d’autant plus haïssable que l’on sait bien qu’au fond on en fait aussi partie. A cet égard la salle est parfaitement conçue pour se trouver beau quelle que soit sa place, avec ces bancs tout le long d’une salle étroite faisant front à une rangée de miroirs parcourant tout le mur opposé. Puisque les concerts indie-rock sont de plus en plus en plus des concours de style, on peut apprécier à loisir son niveau de cool comparé à celui des autres. Par ailleurs de la musique rock est prévue plus tard en soirée.

2) Les anglais se suivent et ne se ressemblent pas

Venus de Newcastle, Lanterns on the Lake est le premier à investir la scène. Correct sur le coup, mais pas assez pour donner envie de les écouter chez soi : un son trop riche, avec un violon, instrument honni tout à fait rédhibitoire dans ce type de formation. Laissons cette chose à des génies tels Owen Pallett, le monde ne s’en portera que mieux. L’ensemble reste honnête mais ne décolle pas malgré un public attentif qui en dépit de tout le mal que j’en pense sait apprécier la musique, et c’est le principal. Comme en championnat anglais, les Magpies squattent la troisième marche du podium.


(Mechanical Bride - Colour of Fire, ce soir-là)

Le set de Mechanical Bride constitue assurément une amélioration. Emmenés par Lauren Doss, le groupe de Brighton assure une prestation assez réussie pour qui supporte avec foi le style Bat For Lashes. Pris un à un les morceaux sont plutôt bons et le groupe prouve encore une fois que le plus simple est toujours le mieux : leur chanson la plus marquante est sans conteste une ritournelle de deux minutes construite sur le seul accord de mi majeur. Pas vraiment dans mes cordes, trop égo-centré et répétitif à mon goût mais la salle accroche. Un type derrière moi voit en elle "la nouvelle Joni Mitchell". Mouais. C’est enfin au tour de Yuck de brancher ses amplis. Si les deux premiers groupes ne mobilisaient que partiellement l’attention, le public se fait compact et tendu dans l’attente des anglais installés désormais dans le new-Jersey – une soirée décidément squattée par les formations d’outre-manche.

3) Indie-rock et tradition font parfois bon ménage

Et le miracle s’accomplit : A peine les quatre musiciens sont-ils arrivés et l’on sent que la soirée sera réussie. Le concert commence par un très long larsen qui donne immédiatement le ton : sans fioriture au niveau du son ou du style (un non-jeu scénique). Pas de ces simulacres de rebel-attitude désormais insupportable alors que le rock semble être devenu une mode vide plus qu’une musique dans l’esprit de beaucoup. Ce qui pose la question cruciale de l’impact culturel et politique que peut encore avoir cette musique fatiguée et rattrapée par un conformisme omniprésent. Passons, je ne veux pas vous pousser au désespoir, le concert de ce soir a au moins l’avantage de démontrer que tout n’est pas perdu. Le set est efficace, visuellement classe – Pour le coup l'une des plus belles frontline de la Premier League 2011 avec son alignement de fender et de musiciens coolos. Avec une mention spéciale au chanteur-guitariste Daniel Blumberg (ou plutôt co-chanteur-guitariste) qui porte à la scène une désinvolture à la Dylan du plus bel effet, autant dans ses riffs que dans son chant trainant et paresseux. Un branleur quoi, tout ce qu’on aime.

(l'indie rock en 2011 tourne le dos à son passé pour mieux faire cracher les amplis)

Bien sûr Yuck ne fait que ramasser le son là où des grands groupes 90’s l’avaient déposé (Dinosaur Jr….). Excellents dans les passages les plus durs, le groupe souffre de lourdeurs lorsque les mélodies se font trop lisibles. Un défaut qui explique aussi que le disque n’arrive pas à la cheville de leur prestation scénique et qui est renforcé par des paroles trop auto-émo-centrées. Loin du néo-shoegazing d’il y a déjà deux ou trois ans, Yuck convainc au moins sur scène. Les voix sont certes voilées et les guitares pastichent le vieux son de Seatle mais au final l’ensemble est juste et parfaitement jouissif dans une petite salle à la chaleur suffocante comme la Boule Noire. Et il y a surtout cette merveilleuse sensation éprouvée devant un groupe qui ne semble souffrir d’aucune déférence envers ses glorieux ancêtres là où nombre de revivals rock ne sont justement rien d’autres que de pâles erzats des frissons passés. Daniel avait prévenu : pas de rappel et Yuck s’y tient. Pourtant bien après la sortie du groupe les amplis continuent d’agoniser longtemps et nous offrent la situation surréaliste et magnifique de l’intégralité du public écoutant trois longues minutes de bruit saturé en fixant une scène vide.

4) Je vous laisse le choix dans la langue

Le lendemain, il n'y a rien à retenir si ce n'est le superbe concert donné par Frànçois & the Atlas Mountains, probablement le groupe le moins décevant du festival tel que nous l'avons vécu puisque comme lors de la Route du Rock, le set proposé était à la mesure du talent de ceux qui sont, rappelons-le la toute première signature française sur le label Domino. Dansant en permanence, chorégraphiant simplement ses mélodies et communiquant au public de la Boule Noire une irrésistible bonne humeur, née de la rencontre entre la langue française, les rythmes africains et le psychédélisme américain, le groupe a ainsi offert une prestation encore plus enthousiasmante qu'en Bretagne, malgré un son moins propre et un décor moins glamour que la plage de St Malo.


(Soyons les plus beaux, l'une des meilleures chansons du nouvel album, dont la seule faute de goût sur scène réside dans les choeurs indie lyriques à la Shearwater qui polluent sa naïveté)

Un constat s'impose cependant : la plupart des chansons jouées ce soir-là sont chantées en français par un Frànçois au sommet de son art. D'excellentes compositions qui amènent la langue de Molière là où personne à ma connaissance ne l'avait fait : sur les terres d'un psychédélisme teinté d'afrobeat mais conservant on ne sait comment ce parfum de Côte Atlantique qui poursuit le groupe (et c'est tant mieux, une telle caractéristique synesthétique "à la Proust" est une indéniable valeur ajoutée). Pourtant, sur le nouvel album du groupe, "E Volo Love", la majorité des chansons est chantée dans la langue de Shakespeare, ou pour reprendre la métaphore filée précédente, dans celle d'Alex Ferguson. Faut-il y voir une ingérence de Domino du type "pour que le disque se vende bien il faut qu'il se vende ailleurs qu'en France, alors on va mettre en avant vos chansons anglophoniques, deal ?" ou un choix du groupe ? J'ai tendance à opter pour le premier choix et à déplorer ce dernier. J'ai eu envie d'acheter le disque après ce concert et, voyant la setlist, n'y retrouvant plus cette fameuse chanson dont les couplets s'entament sur des "Considères-tu qu'il faille...", j'ai hésité. Et préféré attendre de la part de Domino la parution d'un EP ou d'un autre LP qui fasse de ces chansons un bien de consommation plus courante que lors des concerts des Atlas Mountains qui, apparemment, savent qu'ils sont meilleurs dans leur langue d'origine lorsque Frànçois joue avec elle et qu'eux transportent l'indie pop autour d'un feu de camp africain ou dans un club anglais (le final de Piscine était à ce titre encore plus prenant cette fois-ci).

(photo : Mauro Melis @ Le Transistor)



Epilogue

Le festival des Inrocks ça n'était pas que ça. Il y a eu notamment le 7 novembre une soirée très attendue à laquelle nous n'étions malheureusement pas présents mais où trois générations de hypes féminines labellisées 2011 se succédaient par ordre de valeur médiatique (Le Prince Miiaou, Anna Calvi, EMA) et le festival a sillonné la France en amenant sur un plateau sa conception d'un best-of annuel à ceux qui n'ont pas forcément l'occasion de l'apprécier au jour le jour (pensons aux indie kidz de Caen et Toulouse, par exemple). L'édition de cette année était certes un brin bordélique (avec des plateaux parfois très hétéroclites) et on y a certes vu beaucoup de fonds de tiroir, mais comme chaque année, le festival est l'une des meilleures chances que nous ayons de juger comparativement des hauts et des bas de douze mois de charts indés et de hypes incompréhensibles. On y sera bien entendu en 2012 pour y voir Lana Del Rey et ses grosses lèvres, Factory Floor en full DFA et peut-être Chairlift en tête d'affiche.

mardi 27 septembre 2011

Festival Les Inrocks Black XS 2011

Plus les années passent et moins le "festoche des Inrocks" est en décalage avec l'actualité. Cette année, vous pourrez vous délecter en nombre encore plus grand d'une sélection pop, folk et électronique des artistes qui ont marqué 2011, en bien ou en moins bien, puisque le festival se dote de nouveaux points de passage. Du 2 au 8 Novembre 2011, en plus des habituels Paris, Nantes, Lille et Toulouse, le festival se déplacera aussi à Marseille, Lyon et Caen !



Cette année, vous pourrez rattraper votre retard si vous avez manqué EMA lors de son premier passage en France, au Printemps. Vous pourrez aussi confronter nos dires vis à vis de la Route du Rock où nous avions trouvé Frànçois & The Atlas Mountains particulièrement bons et Cults drôlement surcotés. Nous vous conseillons aussi de donner leur chance aux talents montants de ces derniers mois parmi lesquels La Femme, Timber Timbre et Le Prince Miiaou (vus aux Femmes s'en Mèlent) et de profiter de l'occasion pour tester la solidité des hypes entourant les rejetons d'Arcade Fire (WY LYF), l'homme qui amena le dubstep dans la lumière (James Blake) et "la nouvelle PJ Harvey" (Anna Calvi). La liste des participants est encore longue et nous vous encourageons à la consulter en détail afin de composer votre propre sandwich musical, comme chez Subway, pour un maximum de plaisir !


(Cliquez et réservez vos places pour la soirée de votre choix dans la ville de votre choix)


Nous espérons vous croiser dans l'une des villes concernées (sachez d'emblée que nous squatterons plus particulièrement les éditions parisiennes et nantaises du festival) mais si vous loupez le coche, n'ayez crainte ! Comme chaque année, nous tirerons de ce rendez-vous culturel les enseignements d'une année de hypes, de phénomènes et de découvertes, pour le pire et pour le meilleur.


On se retrouve en Novembre !


Joe Gonzalez

vendredi 10 décembre 2010

[They Live] Festival Les Inrocks 2010, Partie 2

Avant de vous raconter comment ça s'est passé, j'aimerais remercier encore une fois les Inrockuptibles (et leurs partenaires-gros-sous) sans qui nous ne pourrions tous les douze mois voir résumée un peu partout en France l'année écoulée avec ce que cela implique de bons et de mauvais groupes de scène. Ce festival a cela de particulier qu'il a valeur de compte rendu. Vous avez déjà pu lire les pros et cons de la soirée où l'on pouvait voir Midlake et Beach House, voici un bref rappel de ce qu'il s'est passé quelques jours plus tard, au Zénith de Paris, lorsque LCD Soundsystem est monté sur scène.


Seconde partie : Remuons nos pieds dans la neige fondue !


Ne me laissez pas commencer par une critique en règle des salles aussi grandes que le Zenith, je n'ai pas le temps pour ça, alors trouvez le frein, stoppez le train, et oublions que LCD n'a rien à foutre dans un stade ni dans une salle si grande où la moitié du public est assis. Ce qu'il est important de vous rapporter n'est pas dans le contexte, cela touche directement à l'interprétation, ou plutôt au manque d'interprétation. Blâmez l'acoustique de la salle, blâmez l'ingénieur du son, à la vôtre ! Je préfère m'en prendre au groupe.

Vous le savez, nous avons adoré "This is happening" et c'est donc en tant que gros gros fanatique de James Murphy que je vais vous dire deux mots à son sujet. Dans la chronique de l'album, nous défendions l'attitude omnivore de Murphy face à ses ainés (Bowie, Velvet Underground, Iggy, Numan) à qui il piquait gimmicks, mélodies, idées et poses, sans vergogne certes, mais selon nous dans une logique "pop" où l'influence et la ré-interprétation sont des principes fondamentaux. Jusque là, tout va bien, et on a droit à de nouveaux tubes qui rappellent les anciens. J'ajoute que James Murphy est un type que l'on aime bien : avec sa perpétuelle barbe de douze jours, ses cheveux grisonnants et sa bedaine de bon homme, il nous "ressemble", c'est un type comme nous, pas une star, qui chante les chansons qu'on aime et l'on se sent permis de rêver à un destin similaire. Sauf qu'à force d'ingurgiter tout ce qui lui passe sous les yeux, Murphy en est venu à aller trop vite et à dévorer non plus les airs de ses idoles mais leurs attitudes et c'est ainsi que l'on se retrouve au Zénith de Paris, ce soir-là, avec l'impression de voir jouer une superstar : ça n'est pas un concert, c'est un show.


(I can change, telle qu'elle est jouée sur le disque live "London Sessions")

Le groupe est dans la démonstration de force, ce que je ne lui reproche pas d'ailleurs, et joue beaucoup de chansons du premier album (des hymnes remuants tels que Daft Punk, Tribulations ou On repeat, donc) qui fonctionnent à merveille sur le public du Zénith même si de mon côté, je m'interroge. Dès lors que le groupe s'attaque à quelque chose d'un peu plus "profond", l'eau ne prend pas. All my friends, par exemple, jouée trop vite, trop fort, n'était qu'une bouillie sans la moindre once de sentiment (ils n'ont même pas essayé de lancer New York I love you but you're bringing me down, c'eût été un massacre) alors qu'elle est le symbole du talent de Murphy pour cristalliser les émotions des jeunes gens de sa génération (elle amène aisément aux frissons, voire aux larmes, selon comment et quand vous la passez). I can change, la meilleure chanson de "This is Happening" est elle ralentie et l'on se demande presque si ça n'est pas fait exprès pour coller à un jeu d'éclairage (ridicule) scénique consistant à suivre la mélodie synthétique, espérons que ça ne soit pas ça et prions pour un simple "choix malheureux". La question sur toutes les lèvres cette nuit-là (enfin surtout sur les miennes, je causais tout seul) : pourquoi sept ? Pourquoi toujours plus ? Quatre ou cinq musiciens auraient largement suffi au bon déroulement du concert et ce nombre réduit aurait sans doute permis d'entendre la musique (et pas seulement l'atroce mix ambiant de "batterie/bouillie sonore" qui domina la soirée une fois la première piste terminée - Dance yourself clean, plutôt réussie). Je veux bien que Murphy ait promis à tous ses copains de visiter l'Europe avec lui, mais il aurait pu leur demander de regarder depuis les coulisses au lieu de les inviter à bousiller son concert. Pourquoi sept musiciens quand on ne sait que la grande majorité des ingés sons live ne sait pas mixer le son de quatre ? Même une tuerie comme Daft Punk is playing at my house, qui normalement se joue les yeux fermés et finger in the nose, parasitée par de nouveaux sons électroniques joyeusement poussés dans les retranchements extrêmes du volume, même celle-là était poussive. Mais c'est ma faute aussi, j'en veux toujours trop, je sais. Demander à des musiciens de faire entendre leur musique, de l'interpréter, et à des ingés sons de délivrer le son d'un concert de son donjon de boucan, c'est trop. Mea culpa.

The return of the Big White Dude, throwing darts in clubbers' hearts

Ce concert de LCD Soundsystem n'était pas à vomir, loin de là, je ne dis pas ça, mais je ne me contente plus de ce genre de show huilé, usiné pour faire danser les foules, au mépris de la musique et du sentiment. Ce genre de défouloir ne vaut pas mieux qu'un bon porno et laissez-moi vous dire qu'imaginer James Murphy à oilpé ne me refile pas la gaule. (*)


Joe Gonzalez


P.S. : Un disque live est sorti il y a peu sous le nom "London Sessions" qui documente pas trop mal ce que je raconte ici (absence de sentiment, I can change ralentie, et James Murphy qui se prend pour un crooner) sans bien sûr le volume-gadoue inhérent à un concert dans des conditions réelles (ces sessions sont enregistrées en studio). Je vous le déconseille cela dit, si vous aimez le groupe.




(*) : Nancy Whang, à la limite...

lundi 22 novembre 2010

[They Live] Festival Les Inrocks 2010, Partie 1

Première partie : Le Metal médiéval a flingué mon moral


Au début des seventies, il y avait cette insurmontable altérité réciproque qui opposait idéologico-culturo-soniquement la ville (downtown) et la campagne (country). Cela concernait les kids arrivés après les premiers hippies aux US, ceux qui n'avaient pas connu les Beatles "de leur vivant" en Angleterre ou bien les post-soixante-huitards de côté-ci de la Manche, cette génération devait faire avec ce que leur habitat social leur dictait. En ville, on portait des blousons de cuir, on écoutait le hard rock naissant (Free, Black Sabbath, etc) et les plus vieux disques que l'on passait étaient le premier Who ou les premiers Stones. Ceux que la crasse urbaine, le stress et la violence ne tentaient pas ou qui, vivant à la campagne, n'en avaient même jamais entendu parler, pouvaient se tourner vers une musique à leur image : naturelle, relaxée, proche de la Terre et des traditions, et ils s'envoyaient les folkeries de Bert Jansch, Joni Mitchell ou de la scène de Canterbury (Soft Machine, Wilde Flowers).

Angus Young (AC/DC) et James Taylor : impossible d'aimer les deux à la fois ?

Aux soli de guitares saturées, au volume sonore élevé des "groupes" s'opposaient les flutes et les instruments en bois des artistes (songwriter) et il était invraisemblable que d'imaginer un crossover, que cela soit pour les auditeurs (avant l'Ere Internet, les groupes sociaux, je le rappelle, avaient une notion bien plus forte d'appartenance musicale), les musiciens (si l'on excepte les illuminés du genre de Led Zeppelin, capables de sortir un album de folk juste après deux uppercuts proto-hard rock) et bien sûr les critiques (la même année, Lester Bangs écrivait "James Taylor doit mourir" et confessait s'envoyer chaque soir l'intégralité des trois premiers albums de Black Sabbath).

Cette époque est bel et bien révolue et le meilleur exemple de ce métissage nouveau, de cette hybridation contre-nature, c'est Midlake.

C'est dans le cadre du Festival Les Inrocks Black XS (dont nous vous avions parlé en 2009) que se produisaient quelques groupes qui ont marqué (le début de) l'année 2010 et nous ne pouvions pas manquer ces pointures. Parmi eux, Beach House était un gros morceau, alors laissez-moi vous proposer une parenthèse a-métallique avant de revenir à Midlake parce qu'après les avoir vus deux fois cette année (et souvenez-vous que nous aimons beaucoup leur dernier album et que nous les suivions déjà auparavant), il est aisé d'affirmer que Beach House est au top de sa forme (espérons que le prochain album confirme cet état de fait et ne soit pas une autre redite améliorée de leur formule) et que leur performance scénique atteindra difficilement un plus haut firmament.

(merci à Roberto Gil et PhotoConcerts)

Au Trabendo, en Juin, la performance de Victoria Legrand avait été enchanteresse, troublante, magique, mais dans une Cigale archi comble où la température atteignait des proportions Vernesques (pensez "Voyage au Centre de la Terre", pas "Vingt Mille Lieues sous les Mers"), le show ne pouvait être le même et avec un musicien supplémentaire, même la posture habituelle d'Alex Scally, assis sur une chaise penché sur sa guitare, ne pouvait empêcher le groupe de littéralement postillonner son talent au visage d'un public déjà trempé de sueur.



(son et image ne restituent évidemment pas la qualité de la prestation mais voici Zebra)

Legrand, définitivement débarrassée de ses timidités antérieures, était magnétique et invitait l'audience à danser par le mouvement frénétique de sa crinière au dessus d'un synthé martelé comme s'il s'était agi d'un tambour. Beach House n'a plus rien à prouver : en 2010 ils ont sorti leur meilleur album et ont acquis une stature scénique inattaquable, balançant à chaque show un crochet du gauche dans la joue flasque de tous ceux qui pensent faire revivre le shoegaze en jouant fort des mélodies mièvres. Scally et Legrand matent leurs chaussures 24/7, mais leur son (et leurs très bonnes chansons) font la différence. Si vous voulez vous retrouver face à un Mur des Lamentions un minimum respectable, vous savez désormais où vous rendre.

Revenons désormais à Midlake, qui jouait au même endroit, et attardons-nous sur leur discographie afin de nous remettre dans le bain.

  • 2004 : Ils débarquent avec "Bamnan & Silvercock", une collection indie pop rêveuse (parfois mollassonne) où quelques synthétiseurs épars et une batterie maline (Kingfish Pies) font mouche auprès des amateurs de douceurs.
  • 2006 : "The Trials of Van Occupanther" où la formule est la même mais comporte un tube indie pop inimitable en guise d'ouverture, Roscoe, où la guitare et les chœurs assurent une balade à travers l'histoire.
  • 2010 : Quatre ans de réflexion auront amené le groupe à se départir de son masque pop et à révéler sa vraie nature. "The Courage of Others" se dessinait à peine dans les motifs folk de son prédécesseur, il est tel une épiphanie : Midlake se prend pour un Ordre de Druides Ancestral et entend bien ramener la folk traditionnelle anglo-saxonne sur le devant de la scène.
C'est avec peu d'enthousiasme que l'on s'attendait à voir jouées des ballades folk dans une salle aussi comble, devant un public aussi amateur de pop et de rock'n roll et ça n'est pas le déploiement sur scène de trois ou quatre guitaristes (et autant de flutistes en demeure), installés comme s'il s'était agi d'un concert de Crosby, Stills & Nash dans la plus pure tradition du folk-rock américain des années 70, lorsqu'on avait l'impression d'assister à des jams entre amis musiciens confirmés aux chevilles énormes, ça n'est pas cette configuration-là qui allait nous rassurer. Ce qu'il s'est passé, vous l'avez désormais deviné, était autrement plus effrayant : Midlake a joué toutes ses chansons (même celles issues de ses premiers albums, même Roscoe !) comme des druides l'auraient fait... s'ils avaient bu une potion magique dans laquelle on aurait fait tremper des disques de Manowar et le manche de la guitare de Kirk Hammett (Metallica). Imaginez la scène : sur la gauche de la scène, un barbu se lance dans un solo de flute à un volume très élevé pendant qu'au centre, deux barbus, l'un assis, l'autre debout, délivrent un stakhanoviste jeu rythmique sur des guitares acoustiques noyées dans le mix. Pendant ce temps, deux autres musiciens s'évertuent à se faire entendre, plus loin sur la scène, pendant que le batteur secoue ses futs plus violemment que John Bonham afin de ne pas être entièrement couvert par le solo, non pas celui du flutiste précédemment mentionné, mais celui simultané d'un AUTRE guitariste barbu, très impliqué par sa partie digne d'Iron Maiden.



(Acts of Man, jouée en début de set, est le portail d'entrée ferrugineux dans l'univers ancestral de Midlake. Notez l'expression sur le visage du chanteur, qui rappelle à s'y méprendre celle d'un cocker - c'est une race de chien - attendant que son maitre le sorte. C'est en général après cette chanson-là que le metal débarque)

A cet instant, levant les yeux au ciel, je m'aperçus qu'un bonhomme, perché sur une rambarde, battait du poing et secouait les cheveux, manifestement comblé par le folk-métal symphonique softcore délivré par une demi douzaine d'illuminés, pendant qu'une bonne partie du public s'éloignait, petit à petit, du Trou Noir Culturel qui continuait à inspirer beaucoup de peine à ceux qui, comme moi, pensaient que, parfois, si chacun restait chez soi, les vaches seraient mieux gardées. (*)



Prochainement : Les Inrocks Black XS, Seconde Partie, avec LCD Soundsystem !


Joe Gonzalez


(*) : Ceci vaut aussi pour Jason Lytle (ex-Grandaddy) qui n'a rien trouvé de mieux à faire que de venir chanter ses propres mièvreries sur invitation de Midlake.

lundi 11 octobre 2010

Festival Les Inrocks Black XS

Les plus fidèles parmi vous s'en souviennent : le "Festoche des Inrocks" (plus officiellement devenu Festival Les Inrocks Black XS) fait partie de nos rendez-vous immanquables et ça n'est pas cette année que nous allons déroger à la règle puisque, contrairement à l'édition précédente, celle-ci n'est pas trop en décalage avec l'actu. Nous espérons bien évidemment vous y retrouver, mais vous vous doutez bien que si vous manquez ce numéro, nous vous raconterons.


A l'affiche, il y aura ceux que l'on attend la bave aux lèvres puisqu'ils ont déjà conquis 2010 et nos cœurs (LCD Soundsystem, Beach House), ceux que l'on attend au tournant (The Coral, The Drums, Midlake...) et puis ceux que l'on sera heureux de recroiser (The Bewitched Hands on top of our Heads) ou de découvrir sur scène (Warpaint, Local Natives). On annonce au passage la présence en guest de Philippe Katerine et celle des derniers lauréats du concours CQFD, Young Michelin.

(cliquez et réservez - mais consultez la programmation au préalable, les autres soirées auront peut-être vos faveurs)

Si cela ne vous suffit pas, vous pouvez toujours aller consulter le blog spécialement mis en place autour du festival, et qui vous donnera toutes les infos sur les artistes, les tarifs, les horaires et les dates de ce festival qui le bon goût d'être, je le rappelle, itinérant puisqu'il se déplace de Paris à Toulouse en passant par Lille et Nantes entre le 3 et le 9 Novembre.

On se retrouve en Novembre.


Joe Gonzalez