C'est entendu.
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vendredi 18 novembre 2011

[They Live] Festival Les Inrocks Black XS 2011

Comme annoncé, le festival des Inrockuptibles a continué en 2011 à étendre sa zone d'influence à de grandes villes françaises, portant à 7 le nombre de cités visitées où la bonne parole pop/rock/électro du magazine a distillé son best-of annuel face à un large public. C'est Entendu s'est déplacé à Paris et à Nantes et en a ramené souvenirs et impressions.





Nantes - 5 et 6 Novembre 2011 - Stereolux
par Maxime C.


1) Une confédération sociale incohérente

Dans sa volonté de séduction à grande échelle, le festival des Inrocks a rassemblé à Nantes un public hétérogène le samedi, et très jeune le dimanche. Samedi, la programmation bordélique (La Femme - synth punk / Cults - inidie pop Pitchfork / Laura Marling - folk/ James Blake - dubstep r'n'b) a amené quatre types de public et l'incohérence s'est faite sentir : pendant le concert de Laura Marling, on entendait le public parler, pendant Cults, les hipsters hurlaient en attendant James Blake : chacun était gêné de son voisin, en somme.

(James Blake pourrait fort bien faire la une d'OK Podium)

Lors du set de Blake, des anglaises post-adolescentes enamourées du bellâtre criaient "Marry me !" entre les morceaux, tout en continuant à piailler pendant que la musique jouait. Quel est le sens de venir à des concerts si ce n'est que pour se livrer à des batailles d'ego ? Dimanche, la programmation orientée pop sucrée dansante a attiré tous les jeunes de la ville, qui s'occupaient en alimentant un pogo triste, le regard soit vide, soit apeuré. Sous le coup de sa soif de popularité, le festival a sacrifié la qualité du concert au détriment d'un public irrespectueux et incohérent.

2) Un raté et quatre ratés

Comme à son habitude, le festival a voulu résumer avec un décalage certain ce que la hype avait produit en 2011 : on a ainsi pu voir Cults jouer la musique-type que Pitchfork classait dans "Best New Music" en 2010 - des guitares indie pop sous reverb’, une voix féminine noyée dans l'écho, des mélodies convenues, un concert qui se finit par une boucle de feedback gratuite, alors qu'il n'y avait eu aucun effet de ce genre pendant le set. Dans le même genre, en pire, citons tous les groupes de pop électro-dansante qui stagnent dans leur son vide d'idées et d'innovation depuis plusieurs années déjà : Friendly Fires, Morning Parade et Foster the People. Ces derniers jouent une pop sans risque, tranquille, pleine de ces mélopées qu'on entonne en chœur dans un stade ; Friendy Fires ont quelques bonnes idées de groove sec, mais elles sont toujours cachées derrière des sons bitchisants au possible, comme du post-disco pour boîte de nuit adolescente. Cependant, il faut noter la présence de La Femme, un groupe français que votre serviteur a raté (à regret) à cause d'une mauvaise information horaire sur le site du festival, alignés à sept derrière une flopée de synthés et des perruques blondes, débitant une superbe disco flippée aux accents punk et surf, jouée en courant dans un manoir (ça ressemble à peu près à ça).


(en photo, Friendly Fires, en musique, Foster the People, les uns pourraient remplacer les autres que l'on n'y porterait même pas attention)

L’un des artistes les plus attendus était Miles Kane (moitié des Last Shadow Puppets et leader de feu The Rascals) qui était en pleine forme et a déchaîné la foule au moyen d'un supershow très 70's, où tous les clichés étaient de la partie: l'entrée du groupe sur One of These Days de Pink Floyd (et au moment de l'explosion s'il vous plaît), un gros final pour chaque chanson, même les plus calmes, un batteur un peu con qui joue fort en secouant la tête. Dès le début, Miles s'est mis à courtiser le public, dansant tout près de lui, organisant des duels au décibel-mètre entre les parties gauche, droite, et gradins du public (pendant une minutes), répétant trois fois "This song is called ..." jusqu'à ce qu'il y ait suffisamment de bruit. Musicalement, ça ressemble aux Last Shadow Puppets en plus musclé, plus rock et moins bien ; en fait, Miles Kane lorgne vers la musique de stade : sa mégalomanie empêchera toujours sa musique d'évoluer, la contraignant à être une redite de son passé musical conforme à la demande du public.

3) Le cas James Blake et le double public

De nombreuses chroniques du premier LP de James Blake restaient dubitatives vis-à-vis de son talent et sa réputation oscillait de génie à usurpateur. Les concerts, dit-on, lui permettent de révéler son génie à la face du monde. Pour ma part, je suis toujours indécis : le beau gosse semble tout autant tenir du r&b moderne mièvre et supersensible que de la musique électronique abstraite et cela se traduit par des chansons instables destinées on ne sait trop à quel public : s'agit-il d'un compromis entre des perspectives intéressantes et la recherche d'un public plus large - qui était matérialisé ce soir-là par les minettes décrites plus haut - ou bien d'une application sincère d'une approche particulière de la musique - le r&b - à une esthétique particulière ?


(The Wilhelm Scream, ce soir-là)

Le fait est que par moments, les deux ingrédients sont parfaitement dosés. C'était le cas pour Limit to Your Love, qui a eu droit à une longue interprétation pleine de vide et de tension, pendant laquelle une rythmique de dub numérique - où la batterie s’armait d’un son dub à quelques bits près sans en conserver les clichés rythmiques, si bien que c'était à la fois dub et dubstep : du dubst - se frottait aux échos vaporeux de la voix de James, reflet gazeux d'un crooner fragile de synthèse, tandis que le piano laisse échapper sporadiquement des clusters presque free-jazz. L’un des rares moments réellement profonds du concert, en termes d'émotion et de transe, qui sont allés crescendo puis decrescendo au fil du show jusqu'à se terminer par un morceau bourrin et gratuit qui relâchait toute sa tension avant de l'avoir construite. Moment de grâce cependant : au milieu d'une chanson, tout s'arrête sauf la batterie qui reste seule, stoïque, froide dans sa duplication, et laisse espérer de longues heures de transe, corps suintant et cerveau liquide. (Ça n'est pas arrivé mais c'est l'intention qui compte comme on dit.)



Paris - 5 et 6 Novembre 2011 - La Boule Noire
par Arthur Graffard et Joe Gonzalez


1) Le style avant tout

Pour qui a gardé un émerveillement intact pour ces choses là, l’intérêt de voir trois groupes le même soir dans une salle exigüe comme celle de la Boule Noire tient dans l’embouteillage d’instruments sur la scène dès l’ouverture. Avec déjà des indications sur les concerts à venir ; deux Fender Jaguar (elles serviront à Yuck), un violon (légère appréhension), des fils et des amplis de partout. A l’extérieur c’est la cohue entre les deux salles voisines – La Cigale accueille elle aussi le festival ce soir-là avec Miles Kane en vedette – et le public de hipsters tant redouté est bien là, toujours aussi insupportable au premier abord et d’autant plus haïssable que l’on sait bien qu’au fond on en fait aussi partie. A cet égard la salle est parfaitement conçue pour se trouver beau quelle que soit sa place, avec ces bancs tout le long d’une salle étroite faisant front à une rangée de miroirs parcourant tout le mur opposé. Puisque les concerts indie-rock sont de plus en plus en plus des concours de style, on peut apprécier à loisir son niveau de cool comparé à celui des autres. Par ailleurs de la musique rock est prévue plus tard en soirée.

2) Les anglais se suivent et ne se ressemblent pas

Venus de Newcastle, Lanterns on the Lake est le premier à investir la scène. Correct sur le coup, mais pas assez pour donner envie de les écouter chez soi : un son trop riche, avec un violon, instrument honni tout à fait rédhibitoire dans ce type de formation. Laissons cette chose à des génies tels Owen Pallett, le monde ne s’en portera que mieux. L’ensemble reste honnête mais ne décolle pas malgré un public attentif qui en dépit de tout le mal que j’en pense sait apprécier la musique, et c’est le principal. Comme en championnat anglais, les Magpies squattent la troisième marche du podium.


(Mechanical Bride - Colour of Fire, ce soir-là)

Le set de Mechanical Bride constitue assurément une amélioration. Emmenés par Lauren Doss, le groupe de Brighton assure une prestation assez réussie pour qui supporte avec foi le style Bat For Lashes. Pris un à un les morceaux sont plutôt bons et le groupe prouve encore une fois que le plus simple est toujours le mieux : leur chanson la plus marquante est sans conteste une ritournelle de deux minutes construite sur le seul accord de mi majeur. Pas vraiment dans mes cordes, trop égo-centré et répétitif à mon goût mais la salle accroche. Un type derrière moi voit en elle "la nouvelle Joni Mitchell". Mouais. C’est enfin au tour de Yuck de brancher ses amplis. Si les deux premiers groupes ne mobilisaient que partiellement l’attention, le public se fait compact et tendu dans l’attente des anglais installés désormais dans le new-Jersey – une soirée décidément squattée par les formations d’outre-manche.

3) Indie-rock et tradition font parfois bon ménage

Et le miracle s’accomplit : A peine les quatre musiciens sont-ils arrivés et l’on sent que la soirée sera réussie. Le concert commence par un très long larsen qui donne immédiatement le ton : sans fioriture au niveau du son ou du style (un non-jeu scénique). Pas de ces simulacres de rebel-attitude désormais insupportable alors que le rock semble être devenu une mode vide plus qu’une musique dans l’esprit de beaucoup. Ce qui pose la question cruciale de l’impact culturel et politique que peut encore avoir cette musique fatiguée et rattrapée par un conformisme omniprésent. Passons, je ne veux pas vous pousser au désespoir, le concert de ce soir a au moins l’avantage de démontrer que tout n’est pas perdu. Le set est efficace, visuellement classe – Pour le coup l'une des plus belles frontline de la Premier League 2011 avec son alignement de fender et de musiciens coolos. Avec une mention spéciale au chanteur-guitariste Daniel Blumberg (ou plutôt co-chanteur-guitariste) qui porte à la scène une désinvolture à la Dylan du plus bel effet, autant dans ses riffs que dans son chant trainant et paresseux. Un branleur quoi, tout ce qu’on aime.

(l'indie rock en 2011 tourne le dos à son passé pour mieux faire cracher les amplis)

Bien sûr Yuck ne fait que ramasser le son là où des grands groupes 90’s l’avaient déposé (Dinosaur Jr….). Excellents dans les passages les plus durs, le groupe souffre de lourdeurs lorsque les mélodies se font trop lisibles. Un défaut qui explique aussi que le disque n’arrive pas à la cheville de leur prestation scénique et qui est renforcé par des paroles trop auto-émo-centrées. Loin du néo-shoegazing d’il y a déjà deux ou trois ans, Yuck convainc au moins sur scène. Les voix sont certes voilées et les guitares pastichent le vieux son de Seatle mais au final l’ensemble est juste et parfaitement jouissif dans une petite salle à la chaleur suffocante comme la Boule Noire. Et il y a surtout cette merveilleuse sensation éprouvée devant un groupe qui ne semble souffrir d’aucune déférence envers ses glorieux ancêtres là où nombre de revivals rock ne sont justement rien d’autres que de pâles erzats des frissons passés. Daniel avait prévenu : pas de rappel et Yuck s’y tient. Pourtant bien après la sortie du groupe les amplis continuent d’agoniser longtemps et nous offrent la situation surréaliste et magnifique de l’intégralité du public écoutant trois longues minutes de bruit saturé en fixant une scène vide.

4) Je vous laisse le choix dans la langue

Le lendemain, il n'y a rien à retenir si ce n'est le superbe concert donné par Frànçois & the Atlas Mountains, probablement le groupe le moins décevant du festival tel que nous l'avons vécu puisque comme lors de la Route du Rock, le set proposé était à la mesure du talent de ceux qui sont, rappelons-le la toute première signature française sur le label Domino. Dansant en permanence, chorégraphiant simplement ses mélodies et communiquant au public de la Boule Noire une irrésistible bonne humeur, née de la rencontre entre la langue française, les rythmes africains et le psychédélisme américain, le groupe a ainsi offert une prestation encore plus enthousiasmante qu'en Bretagne, malgré un son moins propre et un décor moins glamour que la plage de St Malo.


(Soyons les plus beaux, l'une des meilleures chansons du nouvel album, dont la seule faute de goût sur scène réside dans les choeurs indie lyriques à la Shearwater qui polluent sa naïveté)

Un constat s'impose cependant : la plupart des chansons jouées ce soir-là sont chantées en français par un Frànçois au sommet de son art. D'excellentes compositions qui amènent la langue de Molière là où personne à ma connaissance ne l'avait fait : sur les terres d'un psychédélisme teinté d'afrobeat mais conservant on ne sait comment ce parfum de Côte Atlantique qui poursuit le groupe (et c'est tant mieux, une telle caractéristique synesthétique "à la Proust" est une indéniable valeur ajoutée). Pourtant, sur le nouvel album du groupe, "E Volo Love", la majorité des chansons est chantée dans la langue de Shakespeare, ou pour reprendre la métaphore filée précédente, dans celle d'Alex Ferguson. Faut-il y voir une ingérence de Domino du type "pour que le disque se vende bien il faut qu'il se vende ailleurs qu'en France, alors on va mettre en avant vos chansons anglophoniques, deal ?" ou un choix du groupe ? J'ai tendance à opter pour le premier choix et à déplorer ce dernier. J'ai eu envie d'acheter le disque après ce concert et, voyant la setlist, n'y retrouvant plus cette fameuse chanson dont les couplets s'entament sur des "Considères-tu qu'il faille...", j'ai hésité. Et préféré attendre de la part de Domino la parution d'un EP ou d'un autre LP qui fasse de ces chansons un bien de consommation plus courante que lors des concerts des Atlas Mountains qui, apparemment, savent qu'ils sont meilleurs dans leur langue d'origine lorsque Frànçois joue avec elle et qu'eux transportent l'indie pop autour d'un feu de camp africain ou dans un club anglais (le final de Piscine était à ce titre encore plus prenant cette fois-ci).

(photo : Mauro Melis @ Le Transistor)



Epilogue

Le festival des Inrocks ça n'était pas que ça. Il y a eu notamment le 7 novembre une soirée très attendue à laquelle nous n'étions malheureusement pas présents mais où trois générations de hypes féminines labellisées 2011 se succédaient par ordre de valeur médiatique (Le Prince Miiaou, Anna Calvi, EMA) et le festival a sillonné la France en amenant sur un plateau sa conception d'un best-of annuel à ceux qui n'ont pas forcément l'occasion de l'apprécier au jour le jour (pensons aux indie kidz de Caen et Toulouse, par exemple). L'édition de cette année était certes un brin bordélique (avec des plateaux parfois très hétéroclites) et on y a certes vu beaucoup de fonds de tiroir, mais comme chaque année, le festival est l'une des meilleures chances que nous ayons de juger comparativement des hauts et des bas de douze mois de charts indés et de hypes incompréhensibles. On y sera bien entendu en 2012 pour y voir Lana Del Rey et ses grosses lèvres, Factory Floor en full DFA et peut-être Chairlift en tête d'affiche.

jeudi 25 août 2011

[They Live] Route du Rock 2011

Pour notre toute première virée officielle du côté de Saint Malo, nous avions assemblé une équipe de choc, préparé des K-way, affinés des looks les moins hipsters possibles et prévus des boules Quiès pour résister aux assauts sonores, sinon visuels, de la pire chienlit au Monde en dehors des esquimaux communistes partouzeurs de droites et des kaddhafistes : les jeunes cons.




Vendredi 12 Août

Un road trip (trop) long (pour être vrai), des erreurs de parcours et enfin C'est Entendu débarque sur le camping de la Route du Rock, trop tard pour voir Anika (dont Matt RucaMilda, un lecteur underage motivé et passionné, nous dira du bien plus tard dans la soirée) mais pas pour rater l'intégralité du set de Sebadoh.


(Il ne fallait pas louper cette seconde chance en moins d'un mois de rattraper le temps et de voir Electrelane)

Apparemment peu convaincants en début de set, on aura eu droit à un Sebadoh-de-festival surmotivé à notre arrivée. Laissant Jason Lowenstein au micro, Lou Barlow était recourbé sur sa basse, les cheveux lui fouettant le visage tandis que le trio envoyait du gros son avec les chansons qui d'après Barlow sont "celles sur lesquelles on peut le moins se planter". Avec la réédition cette année de "Bakesale", c'est tous les tubes indie de 94 qui y passent ou presque : Magnet's Coil, License to confuse, S. soup, et pour finir le set, un très grand Give up, la rencontre documentée du heavy metal et de l'indie pop, jouissive en plein soleil et on se met à espérer que le groupe sorte pour de bon un nouvel album prochainement, alors que pour Electrelane, on n'espère plus rien (le groupe est séparé entre deux continents) si ce n'est une nouvelle chance d'assister à ce qui ressemble à une tournée d'adieux supplémentaire. Comme en Juillet à Paris, les quatre anglaises jouent avec les tripes leur kraut-pop et tout le public de sauter, de "ooh ooooh"-er sur On parade, et de prendre sa dose de boucan avec U.O.R. et The Partisan, lorsque Verity Sussman sort son saxophone. Le set est plus court qu'à Paris mais il n'en a pas l'air, et donne même l'impression, public survolté aidant, que Mia Clarke est encore plus jolie et qu'Emma Gaze cogne plus fort ses futs. Pendant que ces gros nazes de Mogwai s'évertuent à faire mollement remuer les trentenaires (le post rock comme équivalent post-générationnel du heavy metal donne l'impression de voir des adulescents aux cheveux longs croire encore en Ozzy quand le mec ne vaut plus rien) et à jouer très fort leur très mauvaise musique, nous réalisons qu'un tiers du public n'a absolument rien à foutre de ce qui se passe sur scène, et attend, imperturbable que tous les rockeurs dégagent pour tripper sur AFX. Mais ça n'est pas encore l'heure. Jouer du math-kraut-post-electro-rock pépère en studio ou devant son ordi, c'est chouette. L'adapter efficacement sur scène, c'est autre chose. Alors que leur premier LP est plutôt bon (on vous en parlera bientôt), le moins que l'on puisse dire est que les quatre membres de Suuns n'arrivent pas à lui donner vie en live. Même les titres les plus accrocheurs de l'album sont assez confus : le gros riff d'Armed For Peace qui aurait dû dévaster la fosse s'est avéré mort-né, noyé dans un amas de sons trop propres pour être honnêtes. Etienne Jaumet, aperçu en train de danser devant ses machines, jouant des extraits de son "Night Music" (2009) devant les électeuffeurs commençant à s'échauffer, n'aura eu droit qu'à un court set (une bonne idée, d'ailleurs, que ces mini-sets sur la petite scène de la Tour, précédant les derniers concerts de chaque soir) avant que la foule des adorateurs (et des curieux) ne s'agglutine devant Aphex Twin, planqué dans la pénombre et ne donnant à voir que son spectacle habituel de morphing sur les visages des spectateurs, un classique indispensable mais un peu lassant à la longue, tout comme l'électronique proposée ce soir-là par Richard D. James. Un set "festival" magistralement démarré par de belles déflagrations sonores, une agression à la mesure de l'ambition du show visuel... avant que James ne fasse (sans surprise) évoluer son flot de sons vers un BOOM BOOM bête et méchant tout juste bon à contenter les nombreuses personnes venues ce soir-là pour fumer des joints et remuer leurs grands bras maigres sous des casquettes sales. Temps de rentrer au camping, bébé.

Regardez les concerts d'Anika, Sebadoh, Mogwai, Suuns et Electrelane, filmés par Arte Live Web.



Samedi 13 Août

Une visite rapide à St Malo histoire de s'acheter des bottes ne fut pas vaine : après une journée grise, la pluie commence à tomber à peu près au moment où les concerts du Fort St Père démarrent et ne s'arrêtera de tomber que le lendemain matin.

(La légende du Fort Saint Père n'est pas galvaudée : la gadoue était partout)

La journée démarre pour nous avec le set de Low, sans surprise majeure si ce n'est l'adhésion assez massive, même si (ou justement parce que) polie et respectueuse du public, d'expérience peu séduit par les compositions très lentes du trio dans les festivals (on se souvient encore des huées reçues dans les arènes de Nîmes en 2003 de la part d'un parterre de fans idiots de Radiohead). Les extraits de "C'mon" (dont un Nothing but heart plus que convaincant, et même probablement le moment le plus tendu de tout le festival, de quoi donner envie de redonner sa chance au disque) dominent mais ne monopolisent pas un set où les bons classiques (Canada, Last snowstorm of the year, Sunflowers) côtoient les nouveaux indispensables (Murderer et un Monkey dont le chant est légèrement décalé, pour en accroitre la tension). Les néophytes apprécient poliment sans forcément adhérer (difficile dans un festival) tandis que le(s) fanatique(s) chantent les mots en chœur avec Alan Sparhawk et Mimi Parker. Après ça, le show sucré de Cults, peu professionnel et inintéressant au possible, ressemble à un cliché de musique pop (la chanteuse trop sympa entourée de mecs aux cheveux longs trop concentrés meeeec) et on attend impatiemment le retour de Blonde Redhead, dont la dernière tournée (en 2007, pour supporter "23") n'avait pas laissé un souvenir impérissable et dont le dernier album nous avait profondément déçus. Pourtant on y croit, et on a raison. Exception faite de chacun des extraits de "Penny Sparkle" joués ce soir, le groupe se montre bien plus énergique et convaincant qu'il y a quatre ans, jouant les meilleurs passages de "23", quelques beaux passages de "Misery is Butterfly" et l'inévitable In Particular. Un moment de flottement voit Kazu Makino s'asseoir et affirmer qu'elle est fatiguée et ne jouera donc plus de guitare. Qu'à cela ne tienne, sa fatigue ne l'empêche pas de se lancer dans Equus, le disco-punk abrasif tiré de "Misery". Rien, pas même la mauvaise idée de rallonger le set d'un titre (l'un des pires de "Penny Sparkle"), rien ne nous aura semblé plus épique que ce set aux deux tiers fantastique joué par nos idoles d'antan sous une pluie battante, nos K-way cédant, nos voix se brisant pour suivre celle de Kazu, laquelle ne manquait pas de remuer ses gambettes nues comme une jeune pucelle à chaque occasion. Une heure de plus à mariner dans le froid, planqués parmi les sardines pressées sous la tente du Village Labels pendant que Dirty Beaches tentait de convaincre plus courageux que nous et The Kills faisaient leur apparition tandis que nous grelottions, tenaces et curieux bien qu'épuisés. En dépit de nos craintes, aucun groupe n'accompagnait le duo et ils n'avaient d'ailleurs besoin de personne pour occuper l'espace sonore et physique de la grande scène du Fort. En dehors des nunucheries récentes (pas prépondérantes, mais il a tout de même fallu s'envoyer le heavy reggae de Satellite et la ballade piano bar The last goodbye), un show entamé par un No wow survolté ne peut qu'être un bon show, preuve qu'il n'est peut-être pas encore temps de renier les Kills. Pas tant qu'ils n'auront pas publié un second très mauvais disque d'affilée, en tout cas. Après ça, pas question d'attendre Battles pour vérifier qu'on n'en a rien à fiche et il est encore moins question de prendre une voiture embourbée direction St Malo pour voir jouer Cheveu à 3h30 du matin. L'organisation du festival est loin d'être idéale et vue la météo, rien ne peut battre le retour au camping vers une humidité limitée et les hurlements (incessants de 2h à 11h du matin) des jeunes cons imbibés préférant apparemment jouer à la balle dans un camping boueux plutôt que d'assister aux concerts. Des singes.

Regardez les concerts de Still Corners, Low, Blonde Redhead, The Kills et Battles filmés par Arte Live Web.



Dimanche 14 Août

Épuisés par les hectolitres d'eau reçus sur la figure pendant des heures la veille, dépités par les amas de boue recouvrant chaque once de terrain, nous fuyons à St Malo, histoire de faire un peu de tourisme, de manger une glace devant la Mer, et espérant croiser Frànçois Marry sur la plage.

(Frànçois & The Atlas Mountains, en plein délire dancefloor de fin de set)

Une esbalade dans les rochers de la Plage du Bon Secours de Saint Malo en plein après-midi et enfin on arrive sur le sable, face à la scène où Frànçois & The Atlas Mountains, récemment signés chez Domino, ont déjà commencé à jouer. Pas vus depuis un an et demi, le groupe a gagné en assurance et les morceaux issus de "Plaine Inondable" (2009) sont joués de façon différente, mais Frànçois est toujours pieds nus et le groupe continue à sauter en harmonie, à sourire et à donner l'impression de s'amuser. Les nouvelles chansons ne pouvaient que s'épanouir dans l'atmosphère du mois d'Août à Saint Malo et qu'elles soient en français ou en anglais, donner enfin l'envie d'attendre le très prochain nouvel album. Même le peu convaincant single, Allons à la piscine, déformé à l'extrême et transformé en mix électronique pour clore le set, s'est enfin révélé. Même si la pluie semble ne pas menacer, la nuit précédente ne nous encourage pas à assister à l'intégralité des concerts et nous zapperons donc Here We Go Magic et Okkervil River (Ces derniers étant de toute façon perdus à tout jamais, corps et biens, dans une americana post Arcade Fire de très mauvais goût. Leurs derniers sursauts datent de 2007), n'arrivant que pour voir Cat's Eyes, le groupe parallèle de Faris Badwan (The Horrors) se lancer dans une reprise bruyante du Lucifer Sam de Pink Floyd (circa Barrett). Le set le plus court du festival (une petite demie heure) et le plus mignon, aussi. Certes, même avec une reprise, le groupe n'avait pas énormément de matériau brut à nous jouer mais il faut bien comprendre que la moitié des chansons de l'album (celles chantées par Rachel Zeffira, des bluettes surannées) ne se seraient pas adaptées aisément au contexte d'un festival. On leur pardonne. On peut tout lui pardonner à Faris. Ses disques ne sont jamais fabuleux mais ils sont mignons. Ce mec avance à son rythme, il découvre les différentes branches des arbres musicaux au fil des ans, et il se dit "ah oui, c'est joli ça, je vais faire ça maintenant", et c'est totalement naïf. Il ne rend hommage à personne, il ne table pas sur les modes, il fait ça comme ça lui vient, au fur et à mesure qu'il écoute des disques. C'est mignon. Les barbus de Fleet Foxes n'ont par contre fait que confirmer tout l'ennui pressenti à l'écoute de leur deuxième album. Quelques sursauts sur Mykonos et une ou deux autres compositions, un Helplessness Blues raté (comme beaucoup d'autres morceaux) par la faute d'un groupe folk trop "heavy" et l'impression persistante que le concert eut été beaucoup plus intéressant si Robin Pecknold et J. Tillman avaient été seuls sur scène. On aurait alors mieux apprécié les harmonies vocales, mieux entendu la belle guitare de Pecknold et évité que tout ne soit que bouillie indiscernable. Maaaais on n'est plus en 63 et on n'est pas au Newport Folk Festival et la folk fonctionne certainement mieux aujourd'hui auprès du public quand elle est "lourde". Dommage. Une galette jambon fromage plus tard, Crocodiles arrive comme la véritable découverte du festival, le groupe que nous espérons super bon eeeeeet... ça n'est pas le cas. Un chanteur ridicule arborant un t-shirt à l'effigie de Rimbaud, absolument insupportable, popstar-wannabe sans aucune charisme et des chansons inintéressantes une fois sur deux, de quoi vous dégouter du premier album (publié en 2010) qui n'avait pourtant pas l'air si mal, et ce sera notre dernier concert du weekend, tant pis pour Dan Deacon et Mondkopf. On lève le camp.

Regardez les concerts de Here We Go Magic, Okkervil River et Cat's Eyes filmés par Arte Live Web.


La fournée de cette année n'était peut-être pas dignes des line-ups précédents mais suffisamment variée pour satisfaire tout le monde, de quoi confirmer de bonnes et de mauvaises impressions et quelques sets vraiment remarquables (Blonde Redhead, The Kills, Electrelane, Low ou même Sebadoh et Frànçois). L'organisation du festival, en net progrès d'après les habitués, a tout de même une marge de progression devant elle, en matière de recours face aux intempéries et surtout vis à vis des lieux concernés par la programmation (un concert d'après midi regroupait Chelsea Wolfe et Josh T. Pearson, mais il fallait payer un supplément au forfait 3 jours et se rendre à St Malo, le concert de Cheveu était lui aussi payant et se jouait hors du Fort à 3h30 du matin, autant d'artistes qu'on aura donc payés pour... ne pas voir). L'année prochaine, vous nous raconterez vos souvenirs. Nous privilégierons sans doute Barcelone, un temps sec et la meilleure programmation festivalière au Monde en nous rendant deux mois et demi plus tôt au Primavera Festival. A moins que la prog' de la Route du Rock ne soit fantastique, bien sur...


(Joseph Karloff à gauche, Joe Gonzalez à droite, à la sortie du Fort, Dimanche soir)



Texte : Joe Gonzalez & Joseph Karloff
Photos et motivation : MLE
Rumeurs et bruits de couloir : Arthur Graffard et Matt (RucaMilda)