C'est entendu.
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vendredi 2 décembre 2011

[Réveille-Matin] Anal Cunt — Kyle from Incantation Has a Mustache

Parfois, je doute.

Notre société se dirige-t-elle vers la catastrophe et l'effondrement ? Se rebeller, oui, mais comment ? Et que proposer ? Devrais-je suivre des principes moraux stricts ? Vais-je finir sous les ponts ou exploité jusqu'à la moelle pour un salaire de misère ? Combien de temps un pot de sauce tomate ouverte se conserve-t-il au frigo ? Pourquoi ai-je tellement de mal à comprendre ce qui cause les bouchons sur les autoroutes alors que c'est tout simple ? Pourquoi ai-je tout autant de mal à comprendre ce qu'est exactement l'idée du Surhomme selon Nietzsche ? Dois-je m'efforcer de critiquer avec une part d'objectivité les disques que je note ou devrais-je plutôt assumer ma subjectivité à fond ? Pourquoi ai-je toujours envie de couper les cheveux en quatre et de donner des 3.25 ou des 3.75 ? Est-il d'ailleurs possible de juger de quoi que ce soit objectivement ? Dieu a-t-il une moustache ? Dieu est-il capable de se laisser pousser une moustache si longue que même lui ne puisse la couper ? Ai-je bien mis le réveil à 06:15 demain matin ? Pourquoi la société nous inflige-t-elle des horaires de merde qui m'obligent à me lever à 06:15 alors que le soleil est encore couché bien confortablement sous ses nuages ? Kierkegaard avait-il raison quand il disait "Putain, c'est chiant Coldplay quand même" ? Comment dit-on "Putain, c'est chiant Coldplay quand même" en danois ? Suis-je bien sûr d'avoir mis mon réveil à 06:15 ? Pourquoi suis-je seul à trouver Born This Way nettement plus plaisante que l'insupportable Poker Face, et pourquoi me fais-je cette réflexion vu que de toute façon je n'écoute jamais volontairement Lady Gaga ? Suis-je absolument sûr d'avoir mis mon réveil à 06:15 ? Et si mon réveil se met soudain à tomber en panne ? Pourquoi le stress de ne pas réussir à me réveiller demain matin m'empêche-t-il de m'endormir ? Pourquoi stresse-je tant, d'ailleurs ? Ça se dit, "stresse-je" ? Pourquoi le mot heavy dans le domaine du sludge rock est-il si pénible à traduire en français ? Où est le quoi si le quoi est en pourquoi ? Pourquoi le combat contre le démon Capra dans Dark Souls est-il si frustrant et mal foutu alors que le reste du jeu est excellent ? Quand aurai-je l'occasion d'écouter le "Strobo Trip" des Flaming Lips en entier ? Qu'adviendra-t-il du "printemps arabe" ? Que faire contre la crise économique actuelle ? Pourquoi n'ai-je pas réussi une seule fois à écouter "Let England Shake" en entier alors que d'habitude j'aime PJ Harvey ? Pourquoi ai-je soudain très envie de voir Søren Kierkegaard prononcer "Rødgrød med fløde" tout en mangeant du rødgrød med fløde ? Écrit-on "existentielles" ou "existencielles" ?

Bien sûr, la musique n'offre que rarement des réponses aux questions existen_ielles que l'on peut se poser. Aucun disque n'a jamais réussi à me convaincre durablement de l'existence de Dieu, d'une politique juste ou de l'Amour fou et éternel au premier regard (l'illusion peut marcher un temps, parfois…).

Et pourtant, il y a bien une chose que la musique m'a appris avec certitude, une chose à laquelle je crois, une vérité en laquelle j'ai une foi inébranlable.

C'est le fait que Kyle Severn, du groupe Incantation, a une moustache.






— lamuya-zimina



P.S. Ce réveille-matin ne comporte aucune référence gratuite et sans intérêt à La Moustache d'Emmanuel Carrère, sauf que maintenant si.

P.P.S. Je n'ai jamais lu ni vu La Moustache d'Emmanuel Carrère.

samedi 27 août 2011

[Fallait que ça sorte] Psychobilly #4 (1989-2011)



(The Reverend Horton Heat - Wiggle Stick, sur "The Full-Custom Sounds of", 1993)

Dans la droite lignée d'Elvis Hitler, de nombreux groupes américains se mirent en tête d'arpenter les années 90 en ne conservant du psychobilly originel qu'une vague idée de mauvais goût et d'humour noir et une perversion bruitiste de la tradition américaine. Parmi eux, le texan Jim Heath, alias le Reverend Horton Heat, et son groupe se donnaient comme ambition de prêcher leur propre Gospel, cru et alcoolisé. Irrévérencieux sur le papier, le concept n'était qu'une actualisation musclée du rock du bayou inventé par Creedence Clearwater Revival à la fin des années 60. Leur meilleur album, "The full-custom Gospel sounds of the Reverend Horton Heat" parut en 1996 chez Sub Pop, LE label indépendant du grunge et s'il n'était en rien un mauvais album de rock'n roll énergique, il était aussi l'indicateur du déclin inévitable du style psychobilly et de sa mutation en un rock sudiste cradingue pendant les vingt années à venir.




(Tito & Tarantula - Angry Cockroaches, une autre chanson jouée pendant l'une des scènes d'Une nuit en Enfer)

Quelques années plus tard, cette forme nouvelle de classicisme très américain devait se voir adoubée par le grand Hollywood lorsque Tito & Tarantula, le groupe de Tito Larriva (qui avait joué de la guitare chez les Flesh Eaters), se vit offrir par Robert Rodriguez de jouer dans From Dusk till Dawn (Une Nuit en Enfer, de ce côte-ci de l'Atlantique), un road movie ultra-violent agrémenté de vampires. Les Tarantulas jouaient le rôle du groupe programmé cette fameuse nuit dans le rade fréquenté par George Clooney, Harvey Keitel et Quentin Tarantino, et se révélaient d'ailleurs être eux aussi des vampires. La scène la plus mémorable du film était une sorte de lapdance donné par la reine-vampire (Salma Hayek) à Tarantino, pendant que les Tarantulas jouaient After Dark, tirée de leur album "Tarantism" de 1997. Leur musique n'était pas vraiment du psychobilly mais elle découlait directement de cette standardisation d'un rock moite et sale, un rock des bars, que Jim Heath, Elvis Hitler et quelques autres avaient contribué à créer.




(Nashville Pussy - Go Motherfucker Go, au Trabendo en 1998)

L'année suivante, un coup de pied dans les côtes d'un psychobilly sur le déclin portait l'empreinte de Nashville Pussy, un groupe de très mauvais goût venu non pas de Nashville mais d'Athens, en Georgie. Ces gens-là n'étaient pas non plus des puristes : leur musique descendait certes du rockabilly et leur univers pouvait s'apparenter à une version white trash de ce que les Flesh Eaters avaient pu être dix ans plus tôt, mais l'énergie déployée et le son des guitares les rapprochaient davantage du hard rock d'un Mötörhead et la durée des chansons (la plupart ne dépassait pas les deux minutes) rappelait le garage punk dans l'esprit. Tout était dit avec leur premier album ("Let them eat pussy", 1998). Vulgarité, violence, filles grossières et guitares qui tâchent, tel était leur univers. Les pochettes de leurs disques ne devaient jamais faire dans la subtilité mais aucune ne pouvait rivaliser avec celle de ce premier album, et le pire c'est que les filles à l'image n'étaient pas des faire-valoir ou des groupies mais bien des membres du groupe.




(Th' Legendary Shack Shakers - Pinetree Boogie, sur "Cockadoodledon't", 2003)

Mais ça n'était qu'une exception car la plupart des descendants du psychobilly l'avaient fait muter pour de bon. De fortes doses de country et de boogie aidant, les réminiscences de séries Z se dissipèrent et laissèrent place à des jeux de mots ruraux, une habitude pour Th' Legendary Shack Shakers, qui eux, venaient vraiment de Nashville, dans le Tennessee. 10 ans avant que la série True Blood ne rende "cool" l'ambiance chaude du Sud des Etats Unis (les Shack Shakers auront d'ailleurs droit à leur apparition sur la bande originale de la série), notamment à travers son générique (Bad Things, par Jace Everett, un guitariste country dont tout le monde se fout mais qui signa là un hit mondial que personne n'aura jamais acheté dans un autre format que digital - et encore...), les Shakers, les Tarantulas et bien d'autres jouaient un rock sudiste nouvelle façon, énergisé par le psychobilly mais dépourvu de ses particularités (le look destroy de vampires des bas fonds, les références au fantastique, etc). Les Shakers, tout comme le Reverend (*) avant eux, avaient démocratisé une approche en power trio : un chanteur/guitariste tatoué, un contrebassiste bourru et un batteur pas commode. Ils trimballaient (et continuent de trimballer) un certain charisme sur scène mais l'impression est à mille lieues de celles laissées par Lux Interior ou Jeffrey Lee Pierce. Sans danger. Comme de voir sur scène des ex-taulards un peu péquenots reconvertis en prêcheurs du "bon vieux rock".




(Dirty Beaches - A hundred highways, sur "Badlands")

Et puis il y a les cas particuliers, comme Alex Zhang Hungtai, alias Dirty Beaches, un canadien d'origine taïwanaise fanatique de Suicide fraichement débarqué sous les yeux du public dès la fin des 2000's. Rompant formellement avec la tradition psychobilly (pas de zombies chez lui), à des années lumière de toute ressemblance avec le rock sudiste contemporain et même en porte-à-faux avec son idole Alan Vega, Hungtai ne se contente pas de reproduire la formule de Suicide (soit une boite à rythme, un synthé minimaliste et un crooner des bas fonds pour tout bagage) mais ajoute à la recette une dose de DIY et d'expérimentation toutes neuves. Les chansons de son récent "Badlands" (2011) sont des brûlots lo-fi construits sur des samples (The Ronettes, Françoise Hardy, Les Rallizes Dénudés) sur lesquels sa voix se fait tantôt inquiétante (rappelant alors Lux Interior), tantôt lascive (on pense à Vega), et il chante parfois même comme un bellâtre post-moderne (True Blue) en ne quittant jamais la route hantée qu'il s'est tracée et qu'il suit, de nuit, de préférence, à travers les Etats Unis fantasmés des années 50, pas loin de rappeler en cela un certain David Lynch (Lord knows best). En apportant une dose de retromania forcément lo-fi à l'édifice branlant de l'après psychobilly, Hungtai n'aura certes pas ramené à la vie le genre (sa musique est de toute façon trop métissée) mais avec ce dernier sursaut néo-conservateur qui tente l'expérimentation sans s'y perdre, Dirty Beaches a le mérite de refermer le cercueil d'un psychobilly depuis longtemps condamné de façon intéressante, en nous filant la frousse juste ce qu'il faut.


Joe Gonzalez


(*) : Jim Heath a d'ailleurs joué de la guitare avec les Shack Shakers. Ce fut aussi le cas, et c'est plus étonnant, de Duane Denison, qui avait auparavant joué au sein de The Jesus Lizard, le groupe de noise rock de Chicago.

lundi 1 août 2011

[Réveille Matin] Squarepusher — Coopers World

La tête remplie de jazz, armé de sa basse et de sa batterie (et pas seulement de son ordinateur), Tom Jenkinson alias Squarepusher fut le fer de lance le plus groovy — et pas le moins taré — du label Warp dans les années 90. (Soit l'un des musiciens incontournables de ce qu'on aura appelé IDM ou "intelligent dance music", nom de genre débile et prétentieux s'il en est ; et il en est.)

Tout comme ses confrères, Jenkinson aura su développer un son distinctif, chez lui une idée simple mais pertinente : un mélange parfois m'as-tu-vu mais classieux de drum and bass et de jazz (prog, fusion), des pistes aux (break)beats frénétiques donnant du piquant à des mélodies et lignes de basse particulièrement cool.


Coopers World

Pour découvrir Squarepusher, le mieux est sans doute de commencer par son deuxième album, "Hard Normal Daddy", qui présente parfaitement le son de notre ami Tom (du moins dans son premier style). Si Coopers World, qui ouvre l'album avec sa mélodie instantanément prenante et dansante aux accents rétro (qui m'ont fait me demander au début s'il ne s'agissait pas d'une reprise pimentée d'un générique de film ou de vieille série que je ne connaîtrais pas) ne vous séduit pas instantanément, je ne sais pas ce qu'il vous faut !

Si vous aimez, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer l'album — et si vous voulez un topo rapide et subjectif sur la discographie de Squarepusher, il suffit de demander : "Feed Me Weird Things", le premier album de Jenkinson, était un peu le brouillon de "Hard Normal Daddy" (mêmes bonnes idées quoiqu'un peu moins bien développées, quelques bijoux, quelques faux pas) ; Squarepusher décide ensuite de changer de styles et sort son meilleur disque (voire son chef-d'œuvre) : "Music Is Rotted One Note", fortement inspiré par Miles Davis et qui se trouve plus proche du jazz que de l'électronique — avant de suivre le chemin inverse sur "Go Plastic", disque que l'on pourrait taxer de masturbatoire et prétentieux (voire puéril dans les paroles de My Red Hot Car) s'il n'était aussi remarquable, avec ses enchevêtrements fascinants et complexes de sons et de rythmes que l'on peut presque toucher. Tous les morceaux ne sont pas de la même trempe (on pourra notamment se passer de Come on My Selector et d'à peu près tout "Big Loada" aujourd'hui, tant l'abus de boîte à rythmes a mal vieilli, et "Burningn'n'Tree" est à réserver aux fans), mais si vous vous sentez brave, vous pourrez encore écouter "Ultravisitor", faux album live composé uniquement d'inédites, particulièrement long et dense mais aussi très abouti. Enfin, ne passez pas à côté d'Iambic 5 Poetry (sur l'EP "Budakhan Mindphone"), d'Iambic 9 Poetry (sur "Ultravisitor" — peut-être sa meilleure piste) et de Port Rhombus, trois des plus belles réussites de l'artiste… de quoi faire danser ses méninges tout l'été !


— lamuya-zimina




Une version live en bonus.

jeudi 2 juin 2011

[Réveille Matin] Takako Minekawa - Cat House






— (=^.^=)




Proposition de lecture (facultative) :

Case 2 :
Chat de droite : “Salutations, cher camarade ! Comment allez-vous en cette agréable journée ?”

Case 3 :
Chat de gauche : “Hélas, cher confrère, je suis d'humeur chagrine ! Entre la catastrophe nucléaire de Fukushima, la situation actuelle en Syrie, l'inculpation de Dominique Strauss-Kahn, l'affaire des concombres allemands contaminés et la semaine ‘Sans sous-entendu’ sur C'est Entendu avec ces artistes vulgaires et tourmentés, la vie me paraît bien morose ces temps-ci.”
Chat de droite : “N'y pensez plus, l'ami ! J'ai sous la patte précisément ce qu'il vous faut pour vous faire momentanément oublier tous ces vilains tracas et vous redonner le sourire !”

Case 4 :
Chat de droite : “Ce disque compact, signé par l'artiste japonaise Takako Minekawa et intitulé ‘Cloudy Cloud Calculator’, est rempli de gaîté et de légèreté ! Gageons qu'il saura vous ravigoter en un clin d'œil !”

Case 5 :
Chat de gauche : “Takako Minekawa ? Ce nom me dit quelque chose… Ne serait-ce point la compagne du dénommé Cornelius ?”
Chat de droite : “Celle-là même, très cher !”

Case 6 :
Chat de gauche : “Oh ! Que ces sons sont doux à mes oreilles !”
Chat de droite : “Cher ami, j'en suis fort aise et vous savez à quel point j'apprécie votre aimable compagnie ; néanmoins, je vous saurai gré de bien vouloir vous éloigner quelque peu, de peur que les lecteurs de ce blog nous prennent pour de vulgaires sodomites.”

Case 7 :
Chat de gauche : “Mille excuses, très cher. Mais au fait, ne craignez-vous point que ces lecteurs se sentent lésés par cet article affligeant, dessiné par un enfant myope de cinq ans avec des feutres aux couleurs criardes dénuées de toute vraisemblance et un mépris scandaleux des proportions, du détail et même des lignes droites ?”
Chat de droite : “Ne vous inquiétez pas, mon brave ! Peu de gens s'intéressent encore aux longs articles sur la musique de nos jours ; en revanche, les images de félins tels que nous jouissent d'une renommée florissante sur la toile virtuelle des autoroutes de l'information ! Nous sommes donc au cœur de l'esprit de notre temps ; dansons pour manifester notre joie !”

vendredi 11 février 2011

[Fallait que ça sorte] L'inventaire


Des vieilleries. Toujours plus de vieilleries. C'est un peu comme cela que je fonctionne, en ce moment, je n'écoute pour ainsi dire presque que du vieux, du poussiéreux, et ça me plait. J'avais envie de vous faire partager quelques unes de ces reliques du passé, parce que sans déconner, dans le temps, on savait quand même faire de la vachement bonne musique, et c'est pas des foutaises, mais comme on n'est pas chez Rock & Folk, on s'en tiendra plutôt à une formule du genre : parce que ressortir des vieux disques de derrière les fagots, ça fait prendre son pied à mon âme de mec qui aime les photos en sépia tapissées de grain avec des vieilles chaises en bois et des guitares d'un autre âge dans les coins. Mon âme de vieux folkeux barbu en chemise à carreaux. Mon âme de mec vieux par anticipation quoi. M'en fiche, moi ça me va !

On commence par les États-Unis, forcément. Los Angeles, fin des années 60, bubblegum pop et sunshine pop battent leur plein sur les ondes comme sur les platines. Un groupe à la frontière des deux styles émerge alors ; Strawberry Alarm Clock, six hippies consommateurs avertis de marijuana et LSD, et dont le nom est un hommage (très) explicite aux Beatles, une fameuse idée de leur maison de disque. Le résultat est au rendez-vous.
"Wake Up... It's Tomorrow" est un petit joyau pop oublié. L'instrumentation demeure très narrative du début à la fin, les morceaux rebondissent, dévient, c'est une réelle expérience qui plonge nos oreilles au plus profond d'une production ultra sixties, certes, mais dont le charme est si fort qu'il écrase assez bien le stéréotype. "Wake Up... It's Tomorrow", le deuxième album du groupe (1967), est dans l'absolu plus psychédélique et moins purement pop que le précédent, sur lequel on trouve néanmoins Incense & Pepermint, le tube qui les a révélé. En définitive, c'est une œuvre mûre et peaufinée. Pénétrez-la, et elle saura vous pénétrer en retour, à coup sûr et sans mauvais jeu de mots, à l'image de la méditation suggérée ci-dessous, en compagnie d'un hypothétique gourou. Vous venez de trouver de quoi occuper votre après-midi.

(Sit With The Guru, version Youtube pas propre)



On continue avec Agincourt, un groupe anglais aux multiples visages : à chaque nouvel album, un nouveau patronyme pour la formation. Ainsi, Agincourt, c'est aussi Ithaca, Alice Through The Looking Glass, ou encore Tomorrow Come Someday. Sans "s" à "Come", ouep, c'est comme ça que ça marche.
Agincourt, c'est léger, c'est pop avec parfois une touche psyché et ça se rapproche, à l'occasion, de la folk. "Fly Away" (1970) se déguste même sans faim, et on revisite assez bien l'Angleterre et son premier âge d'or populaire, mais comme à travers un filtre rural. Cet album fait preuve d'un retranchement certain et assumé, sûrement la cause de son absence de succès à l'époque et de sa disparition de la mémoire collective de nos jours. S'il y est jamais apparu, remarquez. C'est un des petits plaisirs de l'internaute qui, au cours de ses recherches sans but vraiment établi, serait par le plus pur des hasards tombé dessus. Par chance donc, puisque c'est devenu désormais le seul moyen de découverte ou presque, quand il s'agit des choses d'avant.

(Going Home)



Novos Baianos à présent. On s'éloigne un peu des british pour aller faire un tour du côté du Brésil, parce qu'en Amérique Latine, ils savent y faire aussi, et pas qu'un peu. "Acabou Chorare" (1972), l'album phare du groupe, est, tout comme l’intégralité de leur œuvre, autant l'héritage musical de la formation alors la plus réputée de l'État de Bahia (nord du Brésil) que son témoignage moral. Novos Baianos est accompagné par les musiciens d'un autre groupe, A Cor do Som, à la guitare, à la basse, à la batterie et aux percussions, ce qui créé une sorte de super-groupe où se mélangent des influences extrêmement variées ; bossa, rock, samba, MPB (pour Musique Populaire Brésilienne) et j'en passe. Leurs travaux esquissent le portrait de la vie qu'ils ont menée : la communauté, avec bien sûr tout ce que cela implique durant les seventies. Pourquoi ne pas faire cohabiter rock et bossa nova, après tout ? Pour eux, la réponse est une évidence. Un style venant en enrichir un autre, ils dressent ainsi un échafaudage hétéroclite qui n'a pour limite que leurs goûts et références propres, et en l'occurrence, le spectre est vaste. Très vaste.

(Brasil Pandeiro)



Poursuivons avec John Fahey. Retour en 1967, aux USA. Le pionnier de la "primitive guitar" signe un chef d'œuvre intemporel ; "Days Have Gone By, vol. 6". Avec ses arpèges et son finger-picking, il dessine l'Amérique des grands espaces, des trains de marchandises. Une Amérique pas si éloignée de la beat generation mue par Kerouac ou Ginsberg, à bien y réfléchir, mais différente quand même. Ici, c'est de son essence-même dont il est question. C'est l'Amérique folklorique sans artifices, sans prise de position autre qu'un lyrisme débordant. C'est une source intarissable d'émotions, d'endroits, de mots, d'idées, de souvenirs. Le tout de la plus simple manière qui soit : six cordes, un micro, une chaise, et dix doigts. Et une barbe, mais plutôt sur la fin, alors.

(The Portland Cement Factory at Monolith, California)



On met le cap sur du rock progressif, désormais. Il y a un bout de temps, je vous avais parlé d'un groupe britannique, T2, et vous avais présenté son premier album. Il était temps de vous causer du second (dans l'absolu, pas dans les faits). Intitulé "Fantasy", mais également reconnu sous le nom de "T2", il regroupe les versions démos des morceaux qui devaient figurer sur l'album définitif qui ne vit hélas jamais le jour pour cause de split. Toute la qualité d'écriture et tout le talent des trois hommes sont donc intacts, mais le matériel n'est pas aussi performant que sur le premier-né. Pourtant, au lieu d’être affaiblie, l'œuvre en ressort au contraire renforcée. Quand le prog rock se met à devenir intimiste, émouvant, c'est une sorte d'aboutissement, la boucle est bouclée. "Fantasy" est d'une remarquable beauté, relève d'une interprétation et d'une composition géniale, et possède le charme des travaux inachevés, laissant libre cour à l'imagination de celui qui écoute. L'échange se créé, la magie s'opère, et le souffle est devenu un élément à part entière, à prendre en compte, venant rappeler que cela commence sérieusement à dater ; ce n'est qu'en 1997 que Decca Records se décida à dévoiler ces "archives" de T2, témoins indirectes de la séparation du groupe, reformé depuis, mais jamais avec son line-up original.

(Careful Sam)



Enfin, concluons ce petit inventaire par une touche moins underground : David Crosby. En 1971, il décide de sortir son premier album solo, "If I Could Only Remember My Name", mais comme de juste, pendant les seventies sur la côte ouest, on est rarement tout seul, vous en conviendrez, il y a toujours un ou deux potes qui traînent de-ci de-là et avec qui vous déjà écumé pas mal de scènes et de studios. Pour Crosby, au final, c'est une petite quinzaine de personnes, dont Graham Nash, les membres de Grateful Dead et de Jefferson Airplane, qui vont venir offrir leur huile de coude au labeur désormais commun. Leur travail est soigné, ça respire l'Amérique en train de traverser sa glorieuse décennie culturelle (et culturelle seulement, n'oublions pas le Vietnam quand même), et ça demande du temps, certains morceaux sont assez longs, mais cela vaut franchement le coup. Au calme, plongez-vous dans Traction In The Rain ci dessous, et faites-en l'expérience. De vous à moi, nous savons très bien que la bonne folk pourrait ne jamais s'arrêter, pas vrai ?

(Traction In The Rain)


C'est tout pour l'instant, les amis, et en espérant qu'au moins l'un de ces albums vous plaise, je retourne dépoussiérer mes vinyles. Histoire vraie.


Hugo Tessier

mardi 2 novembre 2010

[Nuit blanche] Download — Flight of Luminous Insects


Download est l'un des nombreux side-projects des membres de Skinny Puppy, et à mon avis l'un des plus intéressants (au point de surpasser le groupe original par bien des aspects). Mené par cEvin Key et Phil Western, ainsi que feu Dwayne Goettel et Mark Spybey (*) sur les premiers albums, Download s'éloigne du fameux rock/indus de son groupe-parent pour explorer de nouveaux territoires ; là où Skinny Puppy a souvent utilisé, au meilleur de sa carrière, un son agressif dirigé par la voix de Nivek Ogre sur des pistes-choc souvent très accrocheuses une fois apprivoisées, Download propose une musique électronique instrumentale, contemplative et exploratoire, chaque album un flux sonore en métamorphose.

Flight of Luminous Insects est issu de l'album “III”, un disque riche et hybride, dont l'univers se situe entre les sons encore industriels, rêches et abrasifs de “The Eyes of Stanley Pain” et l'électronique plus classique, rythmée et dansante d’“Effector” ; la piste débute avec des boucles quasi-ambient qui rappelleraient presque les paysages électro-organiques de The Future Sound of London, de quoi faire rêver les un(e)s et endormir les autres...



— puis un rythme industriel s'introduit et change le son radicalement — on dirait qu'un parasite vient de pénétrer brusquement la musique. La piste se met à muter, semble presque lutter entre les deux sons, avant de finir par rejeter la symbiose pour se fondre dans la piste suivante (qui, elle, arrive à une synthèse entre les deux éléments). Flight of Luminous Insects est un morceau tour à tour beau et violent, électronique et organique.

La pochette de l'album, signée Dave McKean.

La musique de Download est souvent comme ça : des univers sonores étonnants, beaux, étranges et très détaillés, plutôt que des mélodies accrocheuses et des structures évidentes.

cEvin, Dwayne, Phil et Mark, rejoints parfois par Anthony Valcic (sur “III”, justement), Ken Marshall ou encore Genesis P-Orridge, forment un groupe de créateurs et de manipulateurs du son particulièrement doués. L'évolution du groupe autour de “III” est assez importante, “The Eyes of Stanley Pain” étant fascinant de bout en bout sans pourtant fournir de mélodie accrocheuse alors qu'“Effector”, bien plus accessible, peut très agréablement s'écouter en musique de fond. La seule chose que l'on peut reprocher à Download avant “Effector”, je crois, est justement un manque de structures immédiatement accrocheuses, ce qui peut rebuter l'auditeur (-trice) qui attendrait une piste-tube à écouter en boucle. À l'inverse, pour être tout à fait honnête, on pourra reprocher à “Effector” de perdre un peu de l'originalité des albums précédents. Ce qui n'enlève rien aux autres qualités de ces trois excellents albums, qui méritent amplement qu'on leur accorde un peu de temps !

Bonne nuit et bonne écoute !


— lamuya-zimina


(*) : Une liste non exhaustive de leurs autres projets et groupes respectifs : cEvin Key : The Tear Garden (avec notamment Edward Ka-Spel des Legendary Pink Dots), Hilt, Pigface, etc ; Dwayne Goettel : aDuck (solo) ; Mark Spybey : :zoviet*france:, Reformed Faction, Dead Voices on Air (solo), Spasm, etc ; Phil Western : Philth (solo) ; cEvin Key + Dwayne Goettel : Doubting Thomas, Cyberaktif, etc ; Mark Spybey + Phil Western : Beehatch ; cEvin Key + Phil Western : platEAU, etc. Tous ces artistes n'ont pas arrêté de collaborer entre eux, souvent avec de très bons résultats d'ailleurs.

jeudi 19 août 2010

[Réveille Matin] The Beta Band - Dry the Rain

S'il est bien une chose que ce mois d'Août 2010 plus grisonnant que George Clooney à 26 ans (et le bonhomme était déjà "poivre et sel" à l'époque, croyez-moi) m'aura appris, c'est que la recherche frénétique d'une bande son estivale était un chemin sinueux dont chaque escale pouvait être une nouvelle source d'inspiration. Souvenez-vous, il y a eu cette fixette sur Beck et son insupportable absence que j'ai eue pendant un temps et puis ces retrouvailles chaleureuses avec les Dandy Warhols qui m'auront occupées deux semaines supplémentaires, alors qu'en toile de fond le triple album de bluettes des Magnetic Fields ne me quittait jamais bien longtemps. Le fait est qu'à force de tourner autour du pot de miel d'une pop music artisanale sans grandes prétentions, navigant entre Beck, Eels et Sparklehorse, je me suis retrouvé à réécouter mes disques du Beta Band.

Allo, Maman ? Je Beta bande.



A la fin des années 90 et jusqu'à leur séparation en 2004, ce groupe écossais produisait un véritable patchwork musical, à l'image des travaux de Beck, en mêlant des guitares acoustiques et des slide guitars à des samples et du deejaying. Leurs chansons bâtissaient sur les cendres de la britpop 90's en s'inspirant du hip hop et du trip hop naissant mais en n'oubliant jamais de conserver de solides bases mélodiques, avec notamment des refrains faciles à retenir et d'épiques outros. Cela leur valut notamment de représenter les produits laitiers ou d'être cités par John Cusack dans l'adaptation ciné du roman de Nick Hornby, "High Fidelity," lorsque Rob Gordon prévient son collègue Dick qu'il va "vendre 5 exemplaires des 3 EP's du Beta Band" rien qu'en passant Dry the rain dans le magasin de disque bondé.

Ce qui allait devenir le meilleur album du Beta Band une fois assemblé et renommé "The Three EP's" (1998) était, en fait, bel et bien une série de trois EP's sortis entre Juillet 97 et Juillet 98 et dont le premier volume, "Champion Versions," s'ouvrait avec une invitation bien écossaise à faire sécher un bonhomme trempé jusqu'à l'os en le laissant entrer, que l'on peut évidemment prendre comme une anecdote amoureuse mais que je préfère interpréter comme la profession de foi d'un alors jeune groupe s'invitant à la table d'une pop britannique au faîte de sa réussite, et qui avait pour ligne directrice un slogan à reprendre en chœur chez vous car il est un descendant direct du "Now it's your turn !" des Desperate Bicycles : "If there's something inside that you wanna say / Say it out loud it will be okay / I will be your light" (ie : S'il y a quelque chose au fond de toi que tu as envie de dire, dis le haut et fort, ce sera okay, je serai ton guide).


Joe Gonzalez




P.S. : N'hésitez pas à monter le son, et procurez-vous vite les trois EP's

mardi 15 juin 2010

[Réveille Matin] Blur - All Your Life

Il n'y a qu'une seule chanson au Monde et c'est celle-ci. Le simple fait qu'elle existe suffit à ma joie. Je sais que, dispersés aux quatre coins du globe, il y a des bouts de plastique sur lesquels elle est matérialisée, pour prouver au monde qu'elle a existé, qu'on la enregistrée, et qu'elle sera toujours là pour moi, comme une amie, une vraie amie, quelqu'un sur qui je pourrai compter, oui, comme une personne et à la fin de la journée, quand toute la musique existante aura perdu son sens, quand il ne restera plus rien qu'une vague fatigue qui ne se dissipera pas, il y aura toujours ce morceau, le dernier rempart, le dernier vestige, celui dont je me lasserais après tous les autres, si jamais ça arrive un jour, et si c'est le cas, ce sera simplement le signe que je serai devenu vieux dans ma tête. J'aimerais ne jamais avoir à rendre ce que je suis en train d'écrire en ce moment-même caduque, j'aimerais ne jamais avoir un mot à changer, parce que ce serait le signe déchirant d'un adieu à une partie de moi-même, ce serait une fin, une petite mort, le couteau dans la plaie qui se retourne à nouveau. J'ai presque peur en fait quand j'écoute ce morceau tant il est important, tant il est le symbole de tout un tas de choses depuis la première fois que je l'ai entendu, en 2003, après l'avoir récupéré sur un vieux ftp pourri rempli de faces-b et de lives de Blur que je téléchargeais avidement et écoutais de traviole de toute façon, mais peu importe, parce qu'au milieu de ce bordel, il y avait All Your Life, ce morceau si parfait, tiré du single de Beetlebum, et je me suis longtemps demandé pourquoi il n'avait pas été sur l'album du groupe, avant qu'on ne me dise que les couplets ressemblaient un peu à Oh ! You Pretty Things de Bowie et que Blur avaient déjà plus ou moins plagié ce dernier sur M.O.R. et que ça allait faire trop et je dis "bof, si vous voulez," je m'en fous, je resterai un des happy few à savoir que ce morceau est là, avec son poids, sa force, sa grosse batterie et ses claps, et la manière dont le refrain fait vibrer un désespoir heureux lorsque Damon Albarn, sur des chœurs bordéliques et des synthétiseurs vrillés, lance "I need someone to tell me everything will be alright/I need someone to hold me when the days turns to night/I need someone who loves me more than you do/Oh please say, that's not true." Le sens ? Je ne sais pas. Peu importe. Je veux dire, il y a ces mots, ils sont là et ils signifient quelque chose, et si plus personne ne me lit, ce n'est pas grave, parce qu'à la fin, il y a la coda, encore une coda, mais celle-là appuie quelque chose en moi, me détruit pour me reconstruire l'instant d'après, la guitare de Graham Coxon qui siffle, et la sentence définitive : "Days will be like this, all your life, and days will be like this, all your life." J'ai peur de cette phrase. J'ai peur de ce morceau. Je l'aime de tout mon cœur parce qu'il est moi. Je crois que je ne suis qu'une version mouvante et bruyante de All Your Life, une version incomplète aussi, mais j'imagine qu'elle sera complète quand tout sera fini, brutalement, à l'issue de l'impossible répétition des deux accords déchirants, en un dernier accord de piano brutal et sec qui n'est suivi que par le silence redevenu total. Et j'écris, j'écris, j'écris juste car je cherche une excuse pour ne pas avoir à dormir et ne pas arrêter d'écouter ce morceau. Chaque note restera dans ma tête puis se dissipera, m'obligeant à y revenir. Y revenir. Y revenir. Parce que la musique m'a détruit et me détruit encore. Parce que je suis en lambeau et que les choses sont ok. Et les jours seront comme ça. Toute ma vie.


Emilien Villeroy

mardi 25 mai 2010

[Tip Top] 4 Disques Inécoutables - Vos étalons pour les semaines à venir





1) The Shaggs - Philosophy of the World (1968)

Tout le monde aime The Shaggs. Frank Zappa ("Un des meilleurs groupes du monde!"), Lester Bangs ("Better than the Beatles and DNA too" disait-il), Kurt Cobain, Deerhoof. Tout le monde. Et c'est normal. Parce que trois adolescentes qui montent un groupe de rock sous l'impulsion de leur papa autoritaire à qui l'on avait dit quand il était jeune en lui lisant les lignes de la main "vous aurez des filles et elles formeront un groupe de musique populaire" et sortent un album en 1968 complètement inécoutable, c'est forcément merveilleux. Les sœurs Wiggin ne savaient pas jouer de leurs instruments, il vous faudra 20 secondes pour vous en rendre compte. Tout l'album est hors-rythme, avec des harmonies vocales un peu fausses et des guitares accordées et jouées très sommairement. Mais ça, The Shaggs ne le ressentaient pas. Pour elles, tout allait bien, elles faisaient ça avec soin, c'était leur manière de jouer : en chantant qu'il faut aimer ses parents ou que c'est bientôt Halloween et ça donne ce chef d'œuvre de pur amateurisme qui, après une première écoute atterrée, devient finalement un naufrage terriblement attachant, original et brut, la version la plus primaire du rock&roll mais aussi peut-être la plus douce, un beau massacre dans son ultime naïveté.


(My Pal Foot Foot)








2) Lou Reed - The Bells (1979)

La carrière discographique de Lou Reed n'est pas une ligne droite, et si "The Bells" devait être qualifié vis à vis de la psyché de Lou, il serait un trouble bipolaire aigu. Imaginez un peu le chanteur maniéré de Walk on the Wild Side produire son disque le plus écrit (et probablement celui qui descend le moins directement du Velvet Underground), y chanter faux sur la moitié des chansons et s'inspirer autant d'Edgar Poe que des Stranglers, des Bowie/Iggy berlinois que du rock gothique anglais, tout en ayant la jugeotte nécessaire pour SAVOIR que vous bondirez de dégoût dès les premiers mots chantés, qui, en conséquence ne pouvaient être que "Stupid Man."


(Stupid Man)








3) Muslimgauze - Jaal Ab Dullah (1997)

Bryn Jones était originaire de Manchester, et de 83 jusqu'à sa mort en 99 (puis par voie posthume) il a publié une infinie quantité de musique aux antipodes de ce que le nord de l'Angleterre est habitué à produire. Jones n'est, je crois, jamais sorti du pays, et pourtant ses disques semblent tous avoir été enregistrés aux quatre coins du Moyen Orient par un illuminé vaguement politisé. Sur cet album-là (et pourquoi pas un autre - parce que c'est celui par lequel j'ai découvert Muslimgauze, et merci à Mark Richardson), Jones propose à qui ose l'entendre (et parvient à se la procurer) une musique instrumentale faite de beats électroniques saturés lorgnant parfois vers le hip hop, de sonorités orientales (on entend des instruments traditionnels et notamment de nombreuses percussions et du sitar, mais aussi des samples de voix, comme captées sur un marché à Kaboul) profondément encrassées par de violentes distorsions, parfois aux limites de la nosie music, et tout ça porte des titres du genre Extreme Anti-Arab Zionist, Ultra Orthodox and No Cheating, ou encore Kabul is free under a veil, dont je vous propose d'écouter la jumelle :


(Kabul isn't free under a veil)








4) Syzygys - Eyes on Green (Syzygys Live at Roppongi Inkstick 1988)

Un peu de solfège : dans la gamme chromatique, qui va de demi-tons en demi-tons, il y a normalement 12 notes. Tout le monde les utilise. Mais cette division arbitraire des hauteurs n'est pas suffisante pour les deux japonaises de Syzygys, duo existant depuis 1985. Elles utilisent donc les règles de la microtonalité, c'est à dire qu'entre Do et Do#, il y a encore des notes impossibles à nommer, se basant sur les intervalles d'Harry Partch, avec des quarts de tons. Le groupe a créé pour l'occasion un clavier modifié qui couvre un octave (d'un Do à un autre) non pas sur 13 touches mais sur 43. Si tout cela peut sembler bien complexe et ennuyeux (je suis sur que j'ai perdu la moitié des lecteurs), ne partez pas tout de suite : Syzygys est un groupe POP. Ainsi, ce live si bien enregistré qu'on dirait un enregistrement studio est une suite de morceaux qui mêlent des mélodies efficaces sur une pop synthétique réjouissante, tout en offrant une certaine recherche avant gardiste qui, si elle peut ne pas frapper les oreilles du néophyte, donne tout de même une "impression" de décalage, de fausseté non-usuelle qui est passionnante.


(Eyes on Green)


Ne restez pas sur vos acquis ! Bousillez-vous les tympans ! Flinguez-vous les neurones sciemment ! La musique n'est pas une commodité, elle est une bataille ! Procurez-vous l'un de ces étalons et écoutez-le en entier, plus d'une fois, jusqu'à ce que du sang vous coule par les narines, jusqu'à ce que vous fassiez un pas conscient hors de votre carré de gazon, jusqu'à ce que vous ayez envie de vous en procurer un autre !


Emilien Villeroy & Joe Gonzalez

mercredi 19 mai 2010

"tw;dl" #2

par Emilien Villeroy
art par Jarvis Glasses

Depuis sa démocratisation à l'usage des musiques populaires au début des années 80, on a fait à peu près tout et n'importe quoi avec le concept de sampling. Dans ces pages, on a déjà évoqué des grands mash-up bordéliques ou des excursions hip-hop maniaques, mais ce n'est qu'une petite portion des milliers de morceaux se basant ainsi sur des bouts de musique (mélodies, riffs, breaks de batterie) pré-existante, pour le meilleur comme pour le tiède et le pire. Et puis il y a les à-côtés. Les gens qui voient ça de manière différente. Qui utilisent les samples à leur manière. Otomo Yoshihide, par exemple, un type ayant une idée particulière de ce qu'il faut faire avec des samples : du pur raffut. Et dieu sait qu'il en a fait.

Aujourd'hui donc :
Ground-Zero - Revolutionnary Pekinese Opera & Consume Red
(ou, comment j'ai été tué par des samples de flute coréenne et de télévision chinoise).


En 1990, le jeune Otomo Yoshihide (ici au centre), un trentenaire qui faisait seul la tournée des salles expérimentales de Tokyo pour y improviser du bruit après avoir étudié l'ethnomusicologie et pris des cours de guitare avec Masayuki Takayanagi, décida de former un genre de groupe/collectif à géométrie variable dont il serait le leader, le chef d'orchestre. La musique jouée par ce qui deviendra Ground-Zero s'axait sur plusieurs tendances qui fascinaient Yoshihide à l'époque et qui marqueront toute sa carrière : le bruit, l'improvisation et les samples. Cette formation où se mêlaient samplers, guitares électriques et saxophones free évolua au fil des ans et devait agir dans la plus grande violence jusqu'en 1998, parsemant la décennie avec des albums difficiles et une série de concerts mémorables auxquels participèrent des personnalités de la scène noise japonaise comme le hurleur Yamatsuka eYe des Boredoms ou l'autiste électronique Sachiko M, avant que Ground-Zero ne finisse par taper dans l'oeil d'un John Zorn qui sortira l'un de leurs albums ("Null & Void") avant de collaborer encore plus tard avec Otomo. Mais de ces huit années de terrorisme musical, deux albums en particulier émergent en tant que petits chefs d'œuvre de noise music improvisée et destructrice au milieu desquels les samples sont autant de parasites structurants : "Revolutionnary Pekinese Opera" (1996) et "Consume Red" (1997).


Sorti d'abord au Japon en 1995, c'est par sa version 1.28 (!?!), c'est à dire remixée par Otomo un an plus tard, qu'est principalement connu le grand bordel appelé "Revolutionnary Pekinese Opera." Une phrase dans les notes de pochette dit à peu près tout sur la manière dont a été construit l'ensemble : "All music by Otomo Yoshihide, the performers, and the sampled guests." Otomo, derrière ses platines et entre deux explosions sonores à la guitare, balance en vrac des sons venus de partout, trompettes, bruits de télévisions et de radios, publicités, cris, marches militaires et surtout des chœurs sortis d'opéras pékinois sur lesquels il travaillait lorsqu'il était encore à l'université. Dans cette orgie de sons cosmopolites, Otomo est d'ailleurs aidé par Sachiko M et DJ-MAO (sic) qui, d'un morceau à l'autre, se chargent avec lui de faire surgir des voix de partout. Sauf qu'à ce flot continu se greffe un groupe, le cœur de Ground-Zero, avec des guitares et des percussions, jouant (improvisant ? qui sait ?) non pas sur les samples, mais avec eux, l'auditeur ne sachant pas toujours si l'étrange son qui vient de lui violer l'oreille droite était ou non issu d'un sampler.

(Consume Mao et Rush Capture Of The Revolutionary Opera 1)

Mais vous savez ce qui est le plus impressionnant avec cet album ? Finalement, ce n'est pas le flot immense de samples balancés en vrac. Ce ne sont pas non plus les coupures rythmiques permanentes d'une partie à l'autre. Ce n'est pas non plus ce mélange des genres qui fait passer du jazz à la noise, du rock à l'expérimentation pure et dure, avec même des parties légères et rêveuses. Ni même la multiplication des instruments et des mélodies qui donnent à l'ensemble une richesse folle. On pourrait croire que c'est le fait que cet album est la chose la plus hétérogène au monde et que l'auditeur est baladé partout de manière jouissive, mais non plus. La chose la plus impressionnante, c'est que cet édifice sonore délirant qui semble pourtant si casse-gueule tient miraculeusement debout. Il y a des milliers de samples dans cette grande fanfare bordélique et dadaïste, mais ils sont tous exactement à la bonne place, au bon moment. Tout est sans queue ni tête mais cela ne semble jamais mal foutu ou forcé, non, tout fait sens à la fin. Il y a un équilibre qui tient du miracle sur toute la longueur, et qui empêche "Revolutionary Pekinese Opera" de n'être qu'un grand bazar. Il y a une fluidité dans ces 49 minutes passionnantes de collage façon pop-art destructeur qui est la marque des grand albums sur lesquels on ne pourra jamais rien écrire qui retranscrive avec assez de puissance l'expérience d'une première écoute.


Mais ce n'était pas fini. Dans la série "grandes fresques qui détruisent le tympan," Otomo Yoshihide n'avait pas tout dit et son groupe non plus. Un an plus tard, ils revenaient avec deux albums sortis simultanément. Le premier "Plays Standards" était une habile perversion de la musique jazz. Mais le second, celui qui nous intéresse ici, est peut être l'autre magnum opus du groupe, en tout cas celui où il est allé le plus loin : "Consume Red." Monstrueux, totalement infernal, c'est une œuvre gargantuesque dont Ground-Zero a accouché en 1997, encore plus étouffante que son prédécesseur, pourtant déjà immonde par moments. Oh, ça, soyez en sûrs, vous n'écouterez pas "Consume Red" tous les jours, à part si vous êtes en période de purge auditive. Sinon, vous n'en aurez pas la force. Repoussant encore plus loin l'utilisation des samples et leur répétition frénétique, ce que l'on a ici est une sorte de Boléro de Ravel ultra hardcore, un long crescendo assourdissant basé sur une seule mélodie, simple à crever, un sample répété ad nauseam reposant sur trois notes ultra aiguës jouées par le musicien traditionnel Kim Suk Chul sur un Hojok, instrument à vent coréen (dont la particularité est d'être plutôt strident). Une mélodie hypnotiseuse et tendue autour de laquelle tout est construit, déconstruit, reconstruit, détruit, éparpillé tout au long des 57 minutes intenables de cette œuvre qui s'apparente à une véritable torture. La noise parasitaire se mêle au shamisen (entre tradition et modernité, une thématique chère à Yoshihide) qui se joint à la batterie brutale qui s'associe aux synthétiseurs sales qui se marient aux guitares distordues et la tension ne redescend jamais. Chaque note jouée est un pieu dans le cœur, quelque chose qui peut rendre fou tout en vidant totalement l'esprit ; et pourtant on en redemanderait. Et non, on ne peut pas écouter "Consume Red" autrement que d'une seule traite jusqu'aux terrifiantes douze dernières minutes, d'une violence inouïe, de destruction sonore et de carnage auditif.

(Consume Red, de 24:43 à 35:42. Attention cet extrait a valeur de spoiler. Pour ceux qui veulent une première écoute parfaite, procurez-vous l'album et envoyez-le vous en entier).

On est quelque part entre de l'ambient, de la musique traditionnelle, un collage dadaïste et du harshnoise impitoyable. On est surtout dans quelque chose d'immense et de dévastateur qui laisse l'auditeur entièrement vidé lorsque le silence se fait. Un peu trop lent ? Un peu trop répétitif ? Si vous voulez, mais tout le but de la manœuvre est là. Cet enregistrement est long afin de pouvoir vous terrasser, pas pour vous laisser passif... Au contraire, c'est plutôt pour vous faire ressentir quelque chose d'intime, de physique, que ce foutu pipeau nasillard vous résonne dans les tripes, qu'il vous achève, qu'il vous hache menu, qu'il vous oblige à suivre une cure de silence absolu après utilisation. On n'a pas vraiment écouté de musique expérimentale et répétitive tant que l'on a pas été agressé violemment par "Consume Red." On n'a peut être même pas vraiment écouté de musique du tout.

Après cela, le groupe se sépara très vite en donnant l'opportunité à Otomo d'explorer de nouvelles pistes, ce qu'il fit en laissant derrière lui tout le boucan produit par Ground-Zero pour, au contraire, se diriger vers le minimalisme extrémiste au sein de Filament où il travailla avec Sachiko M sur des sons électroniques minimaux et les "tous petits bruits." Comme une réponse, une antidote. Depuis, Otomo Yoshihide s'est penché avec encore plus d'insistance sur un free jazz qui a bercé ses années d'étudiant en fondant l'Otomo Yoshihide New Jazz Orchestra et d'autres ensembles où il excelle à la guitare - comme ce trio avec lequel il a tourné en Europe en 2008, et notamment à la Maison de la Culture du Japon à Paris pour ce qui a été l'une de mes meilleures expériences musicales live. Mais ça, je vous en parlerai une autre fois.

Voilà.
C'est tout.
Je voulais que vous sachiez que ça existe.



(Dans une prochaine édition !!! La même chose que j'avais prévue la dernière fois sauf que je ne l'ai pas finie parce que je suis naze !!! Donc des chorales punks ! Des légumes instruments ! Des tupperwares noisy !)

mercredi 21 octobre 2009

[Fallait que ça sorte] Jim O'Rourke - Happy Days

Bien avant d'être pop et écoutable par les gens normaux, Jim O'Rourke a toujours été un artiste avant-gardiste sans concession, aux albums longs, difficiles, très intellectuels. Et pour celui qui voudrait connaitre mieux cette facette de Jim après avoir été doucement bercé par "Eureka", c'est un véritable casse-tête. Par où commencer ? Certes, un album comme "I'm happy, and I'm singing, and a 1, 2, 3, 4" peut être objectivement un excellent début pour comprendre, et même aimer cet autre O'Rourke. Mais mon cœur aura toujours une préférence pour un autre album expérimental sorti en 1997 : l'hypnotisant Happy Days.

D'un pur point de vue chronologique, "Happy Days" est un album très intéressant dans la carrière de Jim O'Rourke : après des années de recherches sonores en solo ou dans différents groupe (parallèlement à cette époque, Jim était membre de Gastr Del Sol, à savoir le meilleur groupe de "post-rock" dans le sens non lacrymal du terme et dont les albums "Upgrade & Afterlife" et "Camoufleur" sont deux chef d'œuvres de cross-over entre l'avant-garde et la musique populaire), Jim sort cette œuvre qui fait figure de point de passage entre le passé musical à tendance expérimentale de son auteur et la nouvelle direction beaucoup plus pop et accessible qui sera la sienne jusqu'en 2001 (sur le plan de ses albums sous son nom j'entends), et il est impossible de ne pas entendre sur cet album des bribes de ce que sera le chef d'œuvre de O'Rourke, "Bad Timing", qui sortira peu de temps après, la même année.

Pour l'homme résolument pop que je suis, la première écoute de "Happy Days", long morceau instrumental de 47 minutes et orienté drone les 3/4 du temps, avait été une expérience pénible. J'avais clam(s)é après une seule écoute, avec la froideur et l'impudence de mon âge ingrat, que cet album était un gâchis car il ne s'y passait rien ou presque, et qu'après les 10 premières minutes de guitare, nous n'avions rien d'autre qu'une note, un ré, répercuté ad nauseam sans aucune variation pendant le reste de l'œuvre, et je restais sur cet avis net et sans appel de l'album ennuyeux et prétentieux qui aurait été tellement mieux s'il avait été plus développé, moins poseur, bref moins chiant. Puis, longtemps après, j'ai lu une interview de Jim dans laquelle le journaliste parlait de cet album, expliquait qu'il l'avait écouté attentivement en espérant qu'il se passe quelque chose après l'arrivée du drone (c'est à dire exactement comme moi) et, ne s'étant rien passé, il demandait a Jim O'Rourke si c'était justement l'un des aspects voulu de l'œuvre. Ce a quoi Jim répondait :

"Oops! j'ai creusé ma propre tombe. En fait, ça change beaucoup. Faut l'écouter très fort! [Gotta' play it loud!]. Je présume que l'idée, d'un point de vue théâtral, c'était une auto-annihilation audible. Je voulais présenter une situation dans laquelle le musicien est englué par quelque chose de beaucoup plus important, de beaucoup plus grand que le fait de jouer simplement de la guitare. Disons seulement que j'ai l'impression d'avoir réussi quand quelqu'un me dit que cet album l'a déprimé. J'ai joué ce morceau en live 3 fois : j'étais sur scène à jouer de la guitare tout le temps, et l'on ne m'entendait pas 99% du temps. Mais je continuais de jouer et on me voyait jouer et, heureusement, des gens se demandaient 'mais putain, pourquoi est ce qu'il continue à jouer?' "

Partant de là, j'ai réécouté l'album, au casque, fort, très fort. "Gotta' play it loud" n'est ce pas. C'est peut être là que cela prend son sens. L'introduction est toujours aussi sublime. La guitare acoustique qui ne peut évoquer personne d'autre que John Fahey pourrait jouer éternellement ses lents arpèges. Le passage entre la 7ème et la 10ème minute du disque est totalement parfait, poignant et simple. Puis le drone arrive, frémit derrière la guitare. A partir de là, aucun changement, aucun intérêt ? Stupidité. "En fait, ça change beaucoup". Effectivement, ça change énormément sur 30 minutes. Le drone se fait et se défait, les harmonies varient, la basse disparait jusqu'au maelström final. Il faut l'écouter fort, pour entendre les premiers bourdonnements qui parasitent la guitare acoustique, pour entendre celle-ci noyée dans le son, et pour croire entendre, au fond, quelques notes échappées. Il faut l'écouter fort, pour entendre les irrégularités des sonorités du drone (fait avec une vielle à roue parait-il, mais utilisée façon Tony Conrad plutôt, le héros oublié !). Il faut l'écouter fort pour distinguer un son de flanger et les kilotonnes d'effets qui s'abattent sur la note persistante. Il faut l'écouter fort pour distinguer à un moment des notes discrètes qui modifient de manière dramatique l'harmonie de l'ensemble (comme dans les 20 dernières minutes particulièrement). Il faut l'écouter fort tout simplement pour être submergé et ces mots sont écrits par quelqu'un qui pourtant baille en écoutant n'importe quel album expérimental, mais qui ici est noyé dans le son. Et quand finalement, tout explose à la fin et se dilate dans l'air, et quand finalement la guitare réapparaît derrière tout ce boucan, toujours présente, et quand le son finalement meurt, nos oreilles sont remplies du plus beau des bruits et le silence qui vient après semble être absolument abyssal.

Cela n'excuse toujours pas le fait que cet album est peut être un poil trop long et que quelques minutes en moins n'auraient pas été de refus. Cela n'excuse toujours pas non plus le fait qu'un travail plus poussé sur ce combat guitare/drone aurait pu être fait avec brio et de manière bien plus approfondie, bien que le sujet n'était pas là du tout. Mais la réécoute m'a permis de me corriger, et de me rendre compte que "Happy Days" est une œuvre réussie, belle, profonde, a la fois sombre et colorée, à la fois infiniment statique et pleine de vie.


Cependant, la question se pose toujours : qu'est ce que Fonzie vient faire là dedans?






Emilien.

dimanche 28 juin 2009

[45 Tours] Michael Jackson - Ghosts (1997)

C'est vrai, au fond, tout le monde se complait dans la célébration de la musique du dernier Roi de la Pop (qui pourrait aujourd'hui prendre le flambeau, je me le demande bien) en passant tous ses tubes, ou du moins tous ses classiques des années 80. Mais si l'on en croit la radio et la télé, MJ n'a rien produit de marquant après Dangerous (1991). Il est vrai que le dernier album (Invincible, 2001) était voué à passer à la trappe tant il était médiocre, mais ça n'a pas empêché Jackson d'enregistrer quelques chansons qui ont marché à la fin des années 90, comme Blood on the Dancefloor, Stranger in Moscow ou SCREAM. Cependant, si ma chanson favorite de la grande époque de Michael reste The way you make me feel, LA chanson par laquelle j'ai moi aussi participé de cette mythification collectivement inconsciente du personnage, c'est bel et bien Ghosts (parue sur Blood on the dancefloor, l'album de remixes et de fonds de tiroirs sorti après HIStory). Comme beaucoup de gamins de mon âge, j'avais déjà beaucoup apprécié ce qui m'était contemporain des tubes de Michael : Bad, Black or white... Mais en 1997, j'avais quatorze ans, et comme ceux avant moi qui avaient découvert Thriller par son clip en forme de court métrage, c'est par la version intégrale (considérée à l'époque comme le plus long clip jamais réalisé) dirigée par John Landis du clip de Ghosts, diffusée sur MTV, que je m'étais approprié MJ.

Outre les trucs habituels (la danse, la voix et les mélodies de Michael), c'est surtout de l'instru très dynamique de ce morceau dont je suis gaga, et j'aimerais donc vous rappeler à tous un AUTRE grand moment de pop, histoire de saluer l'évènement mondial à ma façon. Voici donc un montage du clip (la version longue est visible sur Youtube) :