C'est entendu.
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lundi 27 juin 2011

[Fallait que ça sorte] Mott the Hoople ou le lumpenprolétariat du glam

Début des années soixante-dix. Ca sent déjà le roussi pour Mott the Hoople.
Petit retour en arrière.

Originaire d’un coin paumé du nord du Pays de Galles, le jeune Ian Hunter, que rien ne prédisposait à porter un jour des vestes lamées argent, fut un adolescent difficile subissant la férule d’un père sévère, d’où une échappée précoce vers les clubs de rock du coin où le futur Mott se frottera au skiffle et au blues-rock, tout en commençant à pointer à l’usine. Car non, Ian Hunter n’est jamais passé par une art school où il aurait croisé, par exemple, Bryan Ferry. Hunter sera, a priori, l’erreur de casting dans la fabuleuse histoire du glam. A priori seulement.

(Ian Hunter, second en partant de la gauche, avec ses bouclettes et ses shades)

C’est à la fin des années soixante que Guy Stevens, qui produira les Clash sur "London Calling", amène Hunter à rencontrer ses quatre futurs collègues, qui font alors vivoter un groupe du num de Silence (sic). Repéré comme futur frontman, Hunter s’appliquera pourtant à considérer le groupe, devenu entretemps Mott the Hoople, comme une véritable équipe solidaire. De toutes les façons, au vu des contributions importantes du guitariste Mike Ralphs au répertoire du groupe, on imagine mal une formation du genre Ian Hunter et ses Mott ou un truc du style. Tout est alors paré pour glisser comme sur du velours pour le quintet, sauf que pas du tout. Malgré un carré d’albums de bonne tenue, le succès ne vient pas, les tournées minables passant par l’Autriche s’enchaînent, les musiciens se marchent sur les pieds sur les scènes minuscules qui veulent bien les accueillir (quand il y a une scène !), et Hunter annonce qu’il jette l’éponge et qu’il retourne, non pas bosser à l’usine, mais à ses premières intentions, celles de devenir un songwriter respecté, comme Dylan, qui l’obsède.

Et Bowie vint….

Au fait, qui est Bowie en 72 ? Peut-être pas encore LE Bowie que les magazines de mode s’arracheront. Entre deux mutations génétiques, le beau David s’est déjà réincarné en Ziggy Stardust avant le virage glam définitif sur "Aladdin Sane". Le coup de veine de Mott est que si le groupe n’a pas beaucoup de fans à l’époque, Bowie en fait partie. Parti proposer ses services aux Spiders from Mars, le bassiste Overend Watts se voit offrir, à la place du job, une nouvelle chance pour Mott en la matière d’un titre que Bowie offre gracieusement au groupe. Ian Hunter ayant repoussé dédaigneusement Suffragette City (l’ingrat !), ce sera, comme chacun sait, All the Young Dudes, titre qui, en plus de relancer la carrière de Mott, deviendra ironiquement l’étalon glam absolu en matière de single.


(All the young dudes)

Alors que Mott s’était jusqu'alors vu repousser par toutes les bonnes boîtes, le groupe signe chez CBS et peut enfin enregistrer son LP de référence. A la réécoute, "All the Young Dudes" ne sonne pas si glam que ça, à l’exception du titre éponyme, sur lequel la patte de Bowie est si manifeste… qu’on dirait du Bowie, lequel s’égosille sur son sax à plusieurs reprises. Le reste du disque est constitué d’une solide collection de rocks francs du collier, souvent stoniens (One of The Boys). L’album est carré, réussi d’un bout à l’autre et produit au poil, dans la rudesse, réservant sa meilleure part à la guitare grasseyante de Mick Ralphs. Pour filer la métaphore stonienne, on est un peu entre "Beggar’s Banquet" et "Sticky Fingers". Mais All the Young Dudes (la chanson) annonce le tournant à venir…

Good morning America !

1972 marque pour Mott the Hoople le commencement des brèves années fastes. Afin de défendre l’album, Tony de Fries, le manager de Bowie, qui prend un peu le groupe en mains, décide d’une tournée américaine en plein hiver. Mott, plutôt habitué aux salles de bals de Croydon, découvre le grand large.

Le témoignage émerveillé de cette tournée par Ian Hunter constitue la matière du désormais fameux "Diary of a Rock Star", paru en 74, et enfin publié chez nous sous le titre "USA 72, à travers l’Amérique avec Mott the Hoople". Qu’il ait fallu attendre trente-cinq ans pour voir éditer ce classique en France en dit long sur l’estime que l’Hexagone concède à ce groupe…

Parcourir les Etats-Unis avec Mott, c’est se joindre à une bande de braves OS du binaire qui, pour un rien, s’émerveillent des commodités qu’offre l’Amérique (description méticuleuse des équipements d’hôtels, de la diversité des programmes sur les chaînes de télé en couleurs et des services fournis par les compagnies aériennes). C’est à croire que c’est la première fois que Hunter et sa bande prennent l’avion (dans lequel, soit dit en passant, Mick Ralphs, pas habitué, flippe systématiquement, ce qui constitue un autre point commun avec Bowie). L’attention aux détails, chez Hunter, ne s’arrête d'ailleurs pas à la trivialité, comme en témoignent de multiples allusions à ses embarras intestinaux. La vie en tournée, c’est en principe le morceau de bravoure du groupe de rock n’roll qui se respecte. Or ceux qui seraient tentés de prêter une réputation sulfureuse aux Mott en seront pour leurs frais. Ces hommes sont de braves garçons. Pas une destruction de chambre d’hôtel à déplorer, c’est tout juste s’ils emportent le shampoing de temps en temps.

Sex ? Les membres du groupe sont fidèles à leurs régulières (Ian Hunter a déjà deux mômes à l’époque) et fuient les groupies comme la peste (il faut dire qu’ils ont le chic pour attirer les moches). Drugs ? Vous n’y êtes pas du tout. Juste quelques mandies pour récupérer du décalage horaire et une ou deux petites cuites pour faire bonne mesure. Rock n’roll ? Ah là, oui, du reste on est venu pour ça, mais on ne dira pas non plus, à la lecture de ces pages, que Mott donne l’impression de vénérer fanatiquement le genre. Il y a chez eux quelque chose d'artisans consciencieux, régleurs méticuleux de balances, qui s’appliquent, chaque soir, à délivrer le meilleur set possible, mais jamais dans la folie. Précisons que lors de cette tournée, Mott n’est jamais tête d’affiche, ce qui limite les débordements. On voit du reste le quintet partager le programme avec des groupes improbables, à mille lieues de son style, comme Dr Hook ou, carrément, les countrysants New Riders of The Purple Sage, dont le guitariste émerveille un Ian Hunter connaisseur par son jeu de slide. A l’époque, on voit bien que ce que l’on appelle grossièrement le rock n’est pas forcément subdivisé en multiples chapelles qui s’ignorent et que, du moment que des amplis sont branchés sur scène, le public y trouvera son compte, peu importe la différence des styles. Mott the Hoople, groupe qui n’a jamais défendu un unique genre, et ce en dépit de quelques exubérances vestimentaires, ne jure jamais dans le tableau. Le groupe fait donc son boulot et le fait bien, mais pas comme des fonctionnaires non plus, avec le sentiment d’une intense satisfaction une fois sorti de scène. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Mott the Hoople apparaît dans ce livre comme un groupe mesuré et exigeant, qui n’hésite pas à annuler si les conditions de concert dépassent les bornes.

(En 1972, Hunter avait déjà 33 ans et avait passé l'âge des conneries)

En revanche, là où le groupe semble plus fidèle à sa réputation, c’est dans le goût des beaux objets. Les fringues, certes, mais pas tant que ça. Dès qu'ils ont un instant de libre, ils se retrouvent à fureter chez les prêteurs sur gages, à la recherche d’une énième pédale d’effets ou de l’une de ces fameuses guitares vintage que Hunter aimait arborer sur scène (ah, la gratte en forme de croix de malte !), risquant l’excédent de bagages au retour.

Mott the Hoople, groupe glam ?

C’est triste à dire, mais Mott ne fera quasiment pas mieux que la tournée américaine de 72. Pourtant, c’est dans la foulée que la réputation glam du groupe s’affirmera en Europe, avec deux albums beaucoup plus baroques et arrangés que "All The Young Dudes". "Mott" en 73 puis "The Hoople" en 74 (pourquoi pas "Led", puis "Zeppelin" ?), sortent précisément au moment des grandes années du genre, une époque chronologiquement très courte qui s’est imposée à la force d’un poignet gourmetté entre les derniers feux du prog et les premiers assauts des punks, ce qui nous met entre 1972 et 1975, pas une éternité, on en conviendra.



(All the way to Memphis)

Là, Mott va se lâcher complètement et si on veut entendre du glam, c’est sur ces deux albums qu’il faut se précipiter : arrangements de cordes pompiers, piano Rachmaninov (je cite) sur Hymn for the Dudes, tentations symphoniques, chœurs en fusion, et surtout, Ian Hunter qui force sa voix au-delà du raisonnable, comme sur le grandiloquent Marionette où les garçons annoncent carrément Bohemian Rhapsody avec deux ans avant que Queen n'y songe ! Mott the Hoople joue ces deux albums sur le fil, toujours entre franche réussite (à titre personnel, "Mott" est mon favori) et foirades grandioses. Car derrière les affèteries du glam, que Mott ne maîtrisera toujours que moyennement, subsiste ce côté prolo et viril qui rend l’entreprise tout de même hasardeuse. Mott, c’est la tache de cambouis sur la chemise en soie ouverte sur un poitrail poilu. Du reste, Ian Hunter est trop gros, il l’a toujours dit.


(Marionette)

Personnellement, j’ai toujours considéré Mott avant tout comme un fichu groupe de rock et secondairement comme un représentant du glam. Et du reste, c’est quoi le glam exactement ? Parce que si c’est juste une question de platform-boots en faux serpent, Deep Purple n’est pas loin d’être glam (mais il est vrai que les leurs ne remontaient pas jusqu’aux cuisses…). La vérité, c’est que le genre, même si on en souligne la simplicité, est musicalement indéfinissable. Qui est glam ? Roxy Music ? C’est du dandysme progressif. Slade ? C’est du bon vieux rock des stades. Sweet ? C’est de la merde. Lou Reed ? Hors-sujet. Nous restent donc Marc Bolan et Bowie. Et Mott.

(Hunter en grande conversation avec Freddy Mercury)

On va dire que le glam est une question d’attitude, mais on a vu que l’attitude en question, les Mott l’ont adoptée par surcroît, parce que c’était le meilleur moyen de continuer à turbiner ce précieux rock n’roll que le groupe a toujours su jouer à la perfection.

Post-coïtum

Bizarrement, Mott the Hoople n’a pas survécu à la disparition prématurée du glam. Pour assurer la transition avec l’époque qui venait, il fallait s’appeler les New York Dolls. Pour Hunter et sa bande, les choses vont se dégrader rapidement avec une application confondante. Pas parce que le groupe serait subitement devenu démodé. Il y avait chez Mott des ressources insoupçonnées et une formidable capacité d’adaptation, comme il l’avait montré en 72. Le glam n’était qu’une passade qui avait permis à Hunter de sortir de l’ornière, l’essentiel était clairement ailleurs.


Le problème est que la solidarité au sein du groupe va se défaire. Passe encore que l’organiste Verden Allen ait plié les gaules après la tournée américaine. Mais c’en est trop quand Mick Ralphs attrape la grosse tête et abandonne ce vaisseau merveilleux pour aller former le médiocre Bad Company (avec l'ex-chanteur de Free). Avant d’atteindre la mort clinique, Mott va tout de même tenter de survivre en opérant des changements de personnel, recrutant à la guitare l’incompétent Luther Grosvenor, rebaptisé pour l’occasion Ariel Bender (on se croirait chez Kiss !) remplacé à son tour par Mick Ronson (ex-acolyte de Bowie), et puis sombrer corps et biens, autorisant Ian Hunter à commencer enfin, à plus de trente cinq ans, sa carrière de Dylan frisotté.


AGM

jeudi 14 avril 2011

[Réveille-Matin] Todd Rundgren - I Went to the Mirror

Le monde n'est pas tendre avec nos rythmes de sommeil, à nous les couche-tard et gros dormeurs. Quand les jeunes cadres dynamiques des publicités sautent du lit déjà rayonnants et prêts à se la donner à 100% en prenant leur petit-déjeuner, c'est souvent (même sans gueule de bois préalable) la tête en vrac, le moral entre résignation, frustration et abattement, voire la bouche pâteuse que nous émergeons la plupart du temps et que nous nous préparons à passer une journée qui paraît déjà trop longue. (Si vous vous reconnaissez là, vous avez toute ma sympathie ; si vous êtes plutôt du genre lève-tôt-toujours-prêt et que vous pensez que je devrais arrêter de me plaindre pour si peu, mon œil morne et jaloux a envie de vous dire merde mais n'est pas assez réveillé pour avoir la moindre envie de parler et s'exprime donc plutôt par un "Rngm" approximatif. "Rmgn", donc).

Mais trêve de morosité : le réveille-matin que je vous propose aujourd'hui est plutôt enjoué, et si c'est encore bien la tête dans les vapes que Todd Rundgren commence cette chanson, l'instrumentation très cool de la piste laisse imaginer une belle journée qui se profile…


… jusqu'à ce que la chanson se mette soudain à ralentir, à tituber et à poser des questions étranges, à ce moment où notre esprit est encore moins éveillé que notre corps, quand on flanque le verre à dents par terre ou que le bol de céréales nous échappe des mains. À ce moment-là, Todd Rundgren se regarde dans la glace et ne se reconnaît pas lui-même. (Ça m'est déjà arrivé, durant une ou deux secondes, après avoir rêvé être une autre personne).

L'esprit ainsi embrumé, difficile de savoir s'il s'agit d'un moment d'égarement ("The first thing to come into focus / Was a face wrapped all around my head […] I just don't recognize those eyes / All these years I've been watching from the other side") ou de lucidité ("If you went crazy, would you know it ?")… (Au fait, vous connaissez l'anecdote de la personne qui avait pris du LSD, eu une idée qui lui semblait géniale, mais l'avait oubliée une fois le trip fini ? Il avait ensuite tenté de reproduire l'expérience, en prenant soin de tripper près d'un papier et d'un crayon cette fois, afin d'y noter l'idée géniale au cas où elle lui reviendrait… Le résultat fut la phrase suivante : "Tout a une odeur de pétrole". Là où tout le monde aurait ri, notre homme s'est demandé si cette phrase était simplement stupide ou si elle était réellement géniale mais nécessitant l'ingestion de LSD pour que l'on s'en rende compte).

Toujours est-il que, tergiversations postmorphéennes mises de côté (je barbarise si je veux), les restes de cette réflexion noixelfér ettec ed setser sel ,(xuev ej is esirabrab ej) étôc ed sesim senneéhpromtsop snoitasrevigret ,euq li-tse sruojuoT

.(etpmoc edner ne's no'l euq ruop DSL ed noitsegni'l tnatissecén siam elainég tnemelleér tiaté elle is uo ediputs tnemelpmis tiaté esarhp ettec is édnamed tse's emmoh erton ,ir tiarua ednom el tuot ùo àL ."elortép ed ruedo enu a tuoT" : etnavius esarhp al tuf tatlusér el …tiardneiver iul elle ùo sac ua elainég eédi'l reton y'd nifa ,siof ettec noyarc nu'd te reipap nu'd sèrp reppirt ed nios tnanerp ne ,ecneirépxe'l eriudorper ed étnet etiusne tiava lI ? inif pirt el siof enu eéilbuo tiava'l siam ,elainég tialbmes iul iuq eédi enu ue ,DSL ud sirp tiava iuq ennosrep al ed etodcena'l zessiannoc suov ,tiaf uA) …("?ti wonk uoy dluow ,yzarc tnew uoy fI") étidicul ed uo ("edis rehto eht morf gnihctaw neeb ev'I sraey eseht llA / seye esoht ezingocer t'nod tsuj I […] daeh ym dnuora lla depparw ecaf a saW / sucof otni emoc ot gniht tsrif ehT") tnemeragé'd tnemom nu'd tiga's li's riovas ed eliciffid ,émurbme isnia tirpse'L

(.ennosrep ertua enu ertê évêr riova sèrpa ,sednoces xued uo enu tnarud,évirra àjéd tse'm aÇ) .emêm-iul sap tîannocer es en te ecalg al snad edrager es nergdnuR ddoT ,àl-tnemom ec À .sniam sed eppahcé suon selaéréc ed lob el euq uo erret rap stned à errev el euqnalf no dnauq ,suon euq éllievér sniom erocne tse tirpse erton ùo tnemom ec à ,segnarté snoitseuq sed resop à te rebutit à ,ritnelar à niaduos ettem es nosnahc al euq ec à'uqsuj…


…eliforp es iuq eénruoj elleb enu renigami essial etsip al ed looc sèrt noitatnemurtsni'l ,nosnahc ettec ecnemmoc nergdnuR ddoT euq sepav sel snad etêt al neib erocne tse'c is te ,éuojne tôtulp tse iuh'druojua esoporp suov ej euq nitam-ellievér el : étisorom ed evêrt siaM

(.cnod ,"ngmR" .fitamixorppa "mgnR" nu rap tôtulp cnod emirpxe's te relrap ed eivne erdniom al riova ruop éllievér zessa sap tse'n siam edrem erid suov ed eivne a xuolaj te enrom liœ nom ,uep is ruop erdnialp em ed retêrra siarved ej euq zesnep suov euq te têrp-sruojuot-tôt-evèl erneg ud tôtulp setê suov is ; eihtapmys am etuot zeva suov ,àl zessiannocer suov suov iS) .eugnol port àjéd tîarap iuq eénruoj enu ressap à snorapérp suon suon euq te spmet ud trapulp al snoegremé suon euq esuetâp ehcuob al eriov ,tnemettaba te noitartsurf ,noitangisér ertne larom el ,carv ne etêt al (elbalaérp siob ed elueug snas emêm) tnevuos tse'c ,renûejéd-titep ruel tnanerp ne 1 à rennod al es à stêrp te stnannoyar àjéd til ud tnetuas séticilbup sed seuqimanyd serdac senuej sel ùo àL .sruemrod sorg te drat-ehcuoc sel suon à ,liemmos ed semhtyr son ceva erdnet sap tse'n ednom eL


— lamuya-zimina

vendredi 11 février 2011

[Fallait que ça sorte] L'inventaire


Des vieilleries. Toujours plus de vieilleries. C'est un peu comme cela que je fonctionne, en ce moment, je n'écoute pour ainsi dire presque que du vieux, du poussiéreux, et ça me plait. J'avais envie de vous faire partager quelques unes de ces reliques du passé, parce que sans déconner, dans le temps, on savait quand même faire de la vachement bonne musique, et c'est pas des foutaises, mais comme on n'est pas chez Rock & Folk, on s'en tiendra plutôt à une formule du genre : parce que ressortir des vieux disques de derrière les fagots, ça fait prendre son pied à mon âme de mec qui aime les photos en sépia tapissées de grain avec des vieilles chaises en bois et des guitares d'un autre âge dans les coins. Mon âme de vieux folkeux barbu en chemise à carreaux. Mon âme de mec vieux par anticipation quoi. M'en fiche, moi ça me va !

On commence par les États-Unis, forcément. Los Angeles, fin des années 60, bubblegum pop et sunshine pop battent leur plein sur les ondes comme sur les platines. Un groupe à la frontière des deux styles émerge alors ; Strawberry Alarm Clock, six hippies consommateurs avertis de marijuana et LSD, et dont le nom est un hommage (très) explicite aux Beatles, une fameuse idée de leur maison de disque. Le résultat est au rendez-vous.
"Wake Up... It's Tomorrow" est un petit joyau pop oublié. L'instrumentation demeure très narrative du début à la fin, les morceaux rebondissent, dévient, c'est une réelle expérience qui plonge nos oreilles au plus profond d'une production ultra sixties, certes, mais dont le charme est si fort qu'il écrase assez bien le stéréotype. "Wake Up... It's Tomorrow", le deuxième album du groupe (1967), est dans l'absolu plus psychédélique et moins purement pop que le précédent, sur lequel on trouve néanmoins Incense & Pepermint, le tube qui les a révélé. En définitive, c'est une œuvre mûre et peaufinée. Pénétrez-la, et elle saura vous pénétrer en retour, à coup sûr et sans mauvais jeu de mots, à l'image de la méditation suggérée ci-dessous, en compagnie d'un hypothétique gourou. Vous venez de trouver de quoi occuper votre après-midi.

(Sit With The Guru, version Youtube pas propre)



On continue avec Agincourt, un groupe anglais aux multiples visages : à chaque nouvel album, un nouveau patronyme pour la formation. Ainsi, Agincourt, c'est aussi Ithaca, Alice Through The Looking Glass, ou encore Tomorrow Come Someday. Sans "s" à "Come", ouep, c'est comme ça que ça marche.
Agincourt, c'est léger, c'est pop avec parfois une touche psyché et ça se rapproche, à l'occasion, de la folk. "Fly Away" (1970) se déguste même sans faim, et on revisite assez bien l'Angleterre et son premier âge d'or populaire, mais comme à travers un filtre rural. Cet album fait preuve d'un retranchement certain et assumé, sûrement la cause de son absence de succès à l'époque et de sa disparition de la mémoire collective de nos jours. S'il y est jamais apparu, remarquez. C'est un des petits plaisirs de l'internaute qui, au cours de ses recherches sans but vraiment établi, serait par le plus pur des hasards tombé dessus. Par chance donc, puisque c'est devenu désormais le seul moyen de découverte ou presque, quand il s'agit des choses d'avant.

(Going Home)



Novos Baianos à présent. On s'éloigne un peu des british pour aller faire un tour du côté du Brésil, parce qu'en Amérique Latine, ils savent y faire aussi, et pas qu'un peu. "Acabou Chorare" (1972), l'album phare du groupe, est, tout comme l’intégralité de leur œuvre, autant l'héritage musical de la formation alors la plus réputée de l'État de Bahia (nord du Brésil) que son témoignage moral. Novos Baianos est accompagné par les musiciens d'un autre groupe, A Cor do Som, à la guitare, à la basse, à la batterie et aux percussions, ce qui créé une sorte de super-groupe où se mélangent des influences extrêmement variées ; bossa, rock, samba, MPB (pour Musique Populaire Brésilienne) et j'en passe. Leurs travaux esquissent le portrait de la vie qu'ils ont menée : la communauté, avec bien sûr tout ce que cela implique durant les seventies. Pourquoi ne pas faire cohabiter rock et bossa nova, après tout ? Pour eux, la réponse est une évidence. Un style venant en enrichir un autre, ils dressent ainsi un échafaudage hétéroclite qui n'a pour limite que leurs goûts et références propres, et en l'occurrence, le spectre est vaste. Très vaste.

(Brasil Pandeiro)



Poursuivons avec John Fahey. Retour en 1967, aux USA. Le pionnier de la "primitive guitar" signe un chef d'œuvre intemporel ; "Days Have Gone By, vol. 6". Avec ses arpèges et son finger-picking, il dessine l'Amérique des grands espaces, des trains de marchandises. Une Amérique pas si éloignée de la beat generation mue par Kerouac ou Ginsberg, à bien y réfléchir, mais différente quand même. Ici, c'est de son essence-même dont il est question. C'est l'Amérique folklorique sans artifices, sans prise de position autre qu'un lyrisme débordant. C'est une source intarissable d'émotions, d'endroits, de mots, d'idées, de souvenirs. Le tout de la plus simple manière qui soit : six cordes, un micro, une chaise, et dix doigts. Et une barbe, mais plutôt sur la fin, alors.

(The Portland Cement Factory at Monolith, California)



On met le cap sur du rock progressif, désormais. Il y a un bout de temps, je vous avais parlé d'un groupe britannique, T2, et vous avais présenté son premier album. Il était temps de vous causer du second (dans l'absolu, pas dans les faits). Intitulé "Fantasy", mais également reconnu sous le nom de "T2", il regroupe les versions démos des morceaux qui devaient figurer sur l'album définitif qui ne vit hélas jamais le jour pour cause de split. Toute la qualité d'écriture et tout le talent des trois hommes sont donc intacts, mais le matériel n'est pas aussi performant que sur le premier-né. Pourtant, au lieu d’être affaiblie, l'œuvre en ressort au contraire renforcée. Quand le prog rock se met à devenir intimiste, émouvant, c'est une sorte d'aboutissement, la boucle est bouclée. "Fantasy" est d'une remarquable beauté, relève d'une interprétation et d'une composition géniale, et possède le charme des travaux inachevés, laissant libre cour à l'imagination de celui qui écoute. L'échange se créé, la magie s'opère, et le souffle est devenu un élément à part entière, à prendre en compte, venant rappeler que cela commence sérieusement à dater ; ce n'est qu'en 1997 que Decca Records se décida à dévoiler ces "archives" de T2, témoins indirectes de la séparation du groupe, reformé depuis, mais jamais avec son line-up original.

(Careful Sam)



Enfin, concluons ce petit inventaire par une touche moins underground : David Crosby. En 1971, il décide de sortir son premier album solo, "If I Could Only Remember My Name", mais comme de juste, pendant les seventies sur la côte ouest, on est rarement tout seul, vous en conviendrez, il y a toujours un ou deux potes qui traînent de-ci de-là et avec qui vous déjà écumé pas mal de scènes et de studios. Pour Crosby, au final, c'est une petite quinzaine de personnes, dont Graham Nash, les membres de Grateful Dead et de Jefferson Airplane, qui vont venir offrir leur huile de coude au labeur désormais commun. Leur travail est soigné, ça respire l'Amérique en train de traverser sa glorieuse décennie culturelle (et culturelle seulement, n'oublions pas le Vietnam quand même), et ça demande du temps, certains morceaux sont assez longs, mais cela vaut franchement le coup. Au calme, plongez-vous dans Traction In The Rain ci dessous, et faites-en l'expérience. De vous à moi, nous savons très bien que la bonne folk pourrait ne jamais s'arrêter, pas vrai ?

(Traction In The Rain)


C'est tout pour l'instant, les amis, et en espérant qu'au moins l'un de ces albums vous plaise, je retourne dépoussiérer mes vinyles. Histoire vraie.


Hugo Tessier

lundi 28 juin 2010

[Réveille Matin] Elton John - Rocket Man (I think it's gonna be a long long time)

Bonjour à tous ! Pour vous faire décoller ce matin, je me suis dit qu'il serait bon de réhabiliter auprès de ceux d'entre vous qui verraient encore en lui une grande folle sirupeuse pour mamans l'un de ces types qui, à son échelle, a tout de même fait bouger les mœurs, j'ai nommé Elton.

Avouez, avant l'arrivée de ce type à la fin des années 60, PERSONNE ne trouvait la moindre once de glamour chez le "petit gars rondelet, pas très gracieux, efféminé et limite chauve." En se grimant toujours plus follement, ce pianiste a changé tout ça et a redonné à la ballade romantique sa place dans les charts populaires. Certes, en 1972, le glam était en plein boom en Angleterre (avec Bowie, Roxy Music, T Rex et consorts) mais l'on ne pense jamais à y associer de façon directe un homme qui, pourtant, ne sacrifiait pas, lui, à une mode de la baise sans souci avec individu du même sexe, non, Elton était homosexuel et sa musique contribua à faire sortir du placard autre chose que les pantalons slim bien repassés de Brian Eno.

Il y en a eu des tubes d'Elton John au fil de sa carrière, toujours au piano, parfois accompagné (souvenez-vous de George Michael et de Simba) et toujours écrits par son acolyte Bernie Taupin, mais c'est aux alentours de 1972 que sa carrière fut la plus intéressante, avec coup sur coup les albums "Madman Across the Water" (et le single Tiny Dancer) et "Honky Chateau" dont l'un des coups de maitre fut Rocket Man, une sorte d'écho au Space Oddity de David Bowie, sorti trois ans plus tôt.

Elton EST l'homme roquette.

Dans le texte de Taupin, le thème est plus ou moins le même : un astronaute s'envole et se sent loin de tout, là-haut. Sauf qu'en 1972, la conquête spatiale n'était plus affaire de héros modernes ou de science fiction. L'Homme avait marché sur la Lune, affaire conclue, et le personnage interprété par Elton, beaucoup plus terre à terre et réaliste ("She packed my bags last night" / "And all this science I don't understand") est beaucoup moins inspiré par des romans futuristes et ne semble être là que pour désacraliser un statut social passé de mode, en laissant au passage le soin à Taupin de glisser une ou deux allusions à l'homosexualité ("I'm not the man they think I am at home").




Maintenant, oubliez deux secondes qu'Elton a vieilli et enregistré plein de disques mous du genou et laissez-vous séduire par les chœurs astraux sur le refrain.


Joe Gonzalez



P.S. : Avec l'arrivée du mois de Juillet, nos "vacances" touchent à leur fin et le rythme va reprendre, alors REVEILLEZ-VOUS et préparez-vous à des nouveautés en tout genre, du sérieux, du moins sérieux et surtout PLEIN de musique.

samedi 6 février 2010

[Fallait que ça sorte] Keith Cross & Peter Ross - Bored Civilians

La question qui vous vient à l’esprit, c’est probablement « Mais qui sont-ils, ces deux-là? ». C’est légitime. J’y viens.

Keith Cross, guitariste, a tout d’abord fait partie, durant un an, de Bulldog Breed, un groupe vaguement psychédélique qui n’a jamais connu un franc succès, puis de T2 (photo à droite, Keith est au milieu) une formation early prog assez brillante, en compagnie de Peter Dunton et de Bernard Jinks (un membre des Breed également). Sur le premier (et fameux) album de T2 en 1970, "It Will All Work Out In Boomland," et alors qu’il n’a que 17 ans, Keith Cross apparaît déjà comme un prodige incontestable des six cordes. T2 dura deux ans pour Cross, qui s’en alla en 72 vers de nouveaux horizons. La pop avait, semble-t-il, remplacé le rock progressif dans son esprit, et il entendait déjà les longs soli au bottleneck et les violons l’appeler, pour remplacer le tapping et les triples croches. Et quand il eut définitivement décidé de s’y atteler, il le fit avec un certain monsieur Ross.

Peter Ross, très exactement. Malgré une carrière un peu méconnue, on sait qu’il chantait et jouait de l’harmonica dans Hookfoot, un groupe anglais, entre 70 et 74 dont les membres ont servi, chez DJM Records, de musiciens studio sur bon nombre d’albums du label (faisant aussi leur apparition sur certains CDs de Clapton). Ross a par ailleurs participé ultérieurement à un album réunissant pas moins de 17 musiciens, "Richard Thompson," un projet de 1976 du-dit Richard Thompson, qui après s’être éloigné de sa vie de producteur, voulait reprendre du service.

Le constat au préalable est donc qu’en 72, l’un s’était lassé de concocter ses longs et furieux soli progressifs, tandis que l’autre poursuivait sa route tranquille d’harmoniciste. La rencontre avait, comme de juste, tout pour aboutir.

C’est d’ailleurs en 1972 que la collaboration des deux hommes débutera et s’achèvera, aussitôt après la sortie de "Bored Civilians." Oui, mais quelle sortie. Qui aurait pu penser que deux hommes venant d’horizons aussi différents puissent tomber d’accord sur une musique pop si brillante, si précisément définie ? Personne, bien évidemment, pas même ces savants messieurs de Decca Records, chez qui étaient déjà sortis deux singles, plus tôt dans l’année, avant l’album parachevé. C’était chez Decca, oui, et ça se passait donc un an après que l’échec commercial de "Time Of The Last Persecution" d’un certain Bill Fay, ait permis à ces messieurs de rompre leur contrat avec ce dernier. Voilà pour l’anecdote. Deux singles donc, qui laissaient entrevoir l’ampleur du travail derrière le chef d’œuvre à venir.


(Bored Civilians)

Oui, n’ayons pas peur des mots, car c’est véritablement un chef d’œuvre de la pop anglaise des années 70 que concoctèrent les deux hommes...

L’album s’ouvre sur The Last Ocean Rider, un morceau de presque sept minutes, épique, d’un aboutissement rare. La première partie reste assez fidèle à une composition pop presque banale, bien que de fort bon goût, et le tout s’inscrit dans une grande oisiveté, assez onirique, très planante. Mais soudain, vers le milieu du morceau, le tout s’élève encore d’un cran, et on reste bouche bée devant le long, le très long finish instrumental, d’un cool indescriptible, d’un relâchement presque intraduisible à l’écrit. Les guitares harmonisent, les percussions s’additionnent et offrent ce petit quelque chose de plaisant, qui suscite chez l’auditeur un grand sentiment de bien être. C’est une entrée en matière des plus accrocheuses, elle définit assez lisiblement l’ambiance qui règnera tout au long de l’album. Tout de suite après, on trouve le titre éponyme, les fameux citoyens ennuyés (ou civils, choisissez) sont arrivés. Et Bored Civilians est un rubis. Il met grandement en valeur un travail sur la voix des plus soignés, se superposant délicatement à une guitare sans orgueil dont on se délecte, elle-même régulièrement rejointe par de subtils violons. Même si l’écoute pourrait nous laisser sombrer dans une agréable absence, il subsiste toujours une certaine précision qui ancre l’auditeur à la musique; c'est l'une de ces chansons prônant le doux survol sans jamais discréditer le port d’attache. On retrouve d’ailleurs plus tard dans l’album, un titre, au patronyme aérien, Fly Home, qui s’inscrit dans le même crédo. Là encore, la raffinerie Cross & Ross se surpasse. Épuré de toute percussion, le titre se trouve être léger, détaché, haut perché, apportant sa dose de calme et de sérénité à l’ensemble. La mise à profit des violons et des chœurs s’y déroule à la perfection, et ce sont ainsi encore sept minutes et quelque de bonheur auréolées d’une douce aura qui viennent s’additionner au tout.

(Can You Believe It)

Cependant, ce qui fait la force d’un long morceau envolé peut également faire celle d’un tube au sens strict. La preuve en est, sur la réédition fort appréciable de "Bored Civilians" (l’album) en 2007, par Can You Believe It, morceau absent de la tracklist à l’origine, et qui se positionne maintenant juste après la dernière piste de l'ordre original. Changement de décor, donc. Batterie, basse essentielle, et deux minutes cinquante six. Changement, certes, mais à bien y réfléchir, on retrouve le tandem chœurs + violons, déjà vainqueur, et qui dans ce cadre aussi, fonctionne à merveille. Le résultat se montre donc vigoureusement pop, plein de vie, et témoigne d’un certain prodige. On reçoit la petite claque dosée au gramme près qu’il nous faut pour redescendre de nos précédentes considérations d’horizons lointains et d’espaces vierges à perte de vue. Blind Willie Johnson, second titre ajouté sur la réédition, parachève efficacement tout cela, à sa manière, plus intimiste que le précédent, chose sans doute imputable à « l’effet » harmonica au coin du feu additionné au « fade in » initial, amorçant une chaleureuse guitare sèche. Et malgré l’excellence de l'album original, on peut dire que ces deux morceaux, préalablement sortis sous forme de single quelques mois plus tôt, trouvent leur place, et ne témoignent d’aucune rupture avec l’ensemble. Ce ne sont sûrement pas les deux titres greffés à la va-vite en fin de disque, dans un but alimentaire, pour relancer les ventes, mais bien au contraire ils démontrent une louable intention de donner aux auditeurs la possibilité de redécouvrir, 35 ans après, les débuts du duo.

L’album n’a cependant pas épuisé son stock d’efficacité. Ces messieurs Cross & Ross interprètent par exemple une sorte de All You Need Is Love, le fameux Peace In The End, chanté par Sandy Denny à l'origine, et choisi lui aussi pour être révélé au public, en qualité de second single en 72, reluisant de sympathie et de fraternité (les chœurs !), et qui constitue un morceau clef, très premier degré et vraiment accrocheur. Notons que "Peace in the End," le single, était accompagné à l’origine de Prophets Guiders, absent sur la réédition.

En sixième position, Pastels est une autre pure merveille pop. La composition simple et limpide rend la chanson paisible. Ce sont tout d’abord des guitares finement doublées à l’enregistrement qui accompagnent un chant aérien (encore un, lui aussi doublé, comme souvent sur l’album), puis le déclic, l’éblouissement, l’apparition de la batterie après plus de deux minutes sans la moindre percussion. Effet garanti : on est surpris, et pourtant cela coule de source. Et ce n’est pas fini. On peut encore s’arrêter sur une charmante ballade teintée de Far-West et de Stetsons, avec une envergure bien à elle, The Dead Salute. Sans empiéter sur le territoire de la musique country, exploration est faite de la possible frontière séparant cette dernière de la pop, et cela rend le morceau, à priori issu d’une composition plutôt courante, assez intéressant et cela lui confère un aspect cool qui l'ancre finement dans l’ensemble.


On aura évidemment pu remarquer que les deux comparses excellaient dans l’art de la fabrication de popsongs, mais ils ne s’en tinrent bien sûr pas qu’à cela. D’où un morceau tel que Story To A Friend, de plus d’onze minutes, dans lequel alternent passages chantés, avec forces chœurs, et passages instrumentaux contenant de longs soli de flûte, construisant sur une rythmique enrichie par des tams-tams une ambiance assez entraînante, mais aussi très relâchée. Un succès tout de même entaché de quelques longueurs, que l’on ne ressent pas forcément aux mêmes endroits, au fil des écoutes, ce qui est saisissant. Il faut en tout cas noter la basse, discrète, mais qui remplit bien son rôle, qui groove à souhait, et on sait combien c’est essentiel. Avec ce morceau, Cross & Ross expérimentent sur la durée une composition changeante, et le résultat mérite l’attention de l’auditeur. On pourrait même y voir un petit retour aux sources progressives de Cross, mais cela reste discutable, dans l’absolu.

Enfin, le morceau le plus court de l’album, et qui de surcroît ne se trouve même pas en dernière position, Bo Radley, ne représente pas un hypothétique et interminable adieu aux auditeurs, avec un fade out d’une minute (j’exagère), mais c’est LE morceau piano-voix, rempli d’émotion, simple et beau, triste même, dans un sens et c’est aussi l’un des morceaux les plus discrets de l’ensemble.

"Bored Civilians," pour faire court, est donc strictement incontournable pour tout amateur de pop, de folk, d’orchestrations planantes, de longues embardées lyriques, de compositions riches et soutenues et de productions plus qu’abouties. Le spectre est vaste, et la liste non exhaustive, bien entendu. Tenter de quantifier les richesses de cet album s’avèrerait sans doute plus vain que d’essayer d’imaginer Jandek faire un live drums & bass & flanger. Quoi ?! Comment ça ? Il l’a fait ?!


Hmm, enfin, vous m’avez compris.


Hugo.

vendredi 18 septembre 2009

[Réveille Matin] Can - Vitamin C (et dialogue ouvert)

Hé vous ! Vous avez l'air d'avoir besoin de Vitamine C. Non mais vraiment, je sais que vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire, et pourtant le nombre de vos commentaires ne décolle pas. Montrez-nous l'amour ! Vous savez vous avez le droit de nous proposer des challenges, aussi, du style "vous voulez bien me parler de telle chanson, j'aimerais avoir votre avis là-dessus" ou bien "dites m'en plus sur tel groupe, s'il vous plait Messieurs et Dames de C'est Entendu, parce que vous en parlez souvent et ça m'intrigue" ou encore "pas cap' de chroniquer tel truc, bande de cornichons !"
Rien ne dit que nous le ferons (nous avons tous les droits), rien ne dit que nous répondrons à tout, surtout si vous sortez trop de nos frontières, mais rien ne vous empêche d'essayer.

Et puis si des choses vous gênent dans le rythme de publication actuel, vous êtes conviés à l'exprimer, histoire que l'on soit à même de vous proposer en temps réel le meilleur service possible. Oui, c'est gratis, et en plus on prend vos doléances, c'est beau, c'est frais, c'est entendu.

Ah j'oubliais ! Can est le meilleur groupe allemand de tous les temps. A votre droite, Damo Suzuki, le chanteur (le plus connu) du groupe, et qui est le meilleur chanteur asiatico-anglo-allemand de tous les temps.
Par ailleurs, constatez comme la basse de ce morceau est méga bien. Comme diraient les Inrocks "nous l'avons écoutée mille et une fois, nous l'avons aimée." C'est fastoche la critique rock.


Joe

mercredi 25 mars 2009

[45 Tours] Bill Withers - Use Me (1972)

Vous ne vous êtes jamais réveillés de mauvais poil ? Vous ouvrez les yeux et l'image de votre pire cauchemar reste imprimée pendant une poignée de secondes supplémentaires sur votre rétine irritée, vous poussant à quitter le lit d'un bond furieux en quête de lumière, et d'une image différente pour oublier celle, affreuse, qui vous a hantés pendant l'instant précédant le réveil, et qui, pour vous, a semblé durer une éternité. Vous retrouvez vos esprits, et les temps étant ce qu'ils sont, vous réalisez que vous êtes toujours au chômage, et vous grognez en vous habillant, avant de quitter votre appartement précipitamment, avec la ferme idée d'aller chercher un emploi, mais en sortant de l'ascenseur, votre œil est attiré par un ruban adhésif barrant l'entrée de l'appartement, au fond du couloir, et sur lequel vous lisez "OLICE NATIONA". Alors, vous décidez de remettre les responsabilités à plus tard et vous reprenez l'ascenseur, direction le sous-sol, et votre voiture, parce que la seule chose qui pourrait calmer vos nerfs, ce serait de glisser un CD de rock'n roll dans votre poste et de rouler à toute berzingue au mépris des radars et des amendes. Mais en approchant de votre voiture, vous vous rendez compte qu'elle a été forcée, là, dans le parking souterrain de votre résidence fermée. C'est la goutte d'eau qui ferait déborder n'importe quel vase, non ? Ca ne vous est jamais arrivé ? Si ça vous arrive un jour, et qu'en rentrant d'une longue journée passée entre le poste de police (pour signaler l'infraction), le garage (où vous avez déposé votre voiture pour réparations) et le bus (le garage lié à votre assurance étant situé à 20 bornes à vol d'oiseau de chez vous), vous ne voyez plus le bout du tunnel, alors vous saurez quoi faire. Je vais vous dire quoi faire. Servez-vous une menthe à l'eau (et ne soyez pas radins sur le sirop), installez-vous sur votre canap' favori, attrappez la télécommande de la stereo, boostez les basses, et envoyez vous Use me, de Bill Withers.
Faites moi confiance.




P.S. : Vous pouvez l'écouter dans le lecteur, à gauche.