C'est entendu.
Affichage des articles dont le libellé est 1971. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1971. Afficher tous les articles

samedi 10 septembre 2011

[Alors quoi ?] La bande son estivale de Hugo Tessier






Ya no estoy des vacaciones, volví a la vida habitual ! Alors que le mois d'août s'achève tout juste et que le pénible retour sur la capitale et son périphérique saturé est relégué au stade de dernier souvenir de vacances (ou premiers symptômes de rentrée, selon la logique adoptée), j'ai envie de faire le point sur ma petite bande-son aoutienne bien à moi. Quel album, quel morceau fera mélancoliquement revivre à ma mémoire teintée de surexposition et de grain épais, ces chaudes journées oisives et tant regrettées d'août 2011 passées aux quatre coins de la France ? De quel bois était faite la malle à CDs et vinyles que je me trimballais alors, prenant la forme d'un petit rectangle d'environ onze centimètres sur six ? Sans plus attendre, sans vraie logique conductrice et en toute simplicité, voici ce qui a résonné dans mes oreilles tout au long de l'été.





~





Tokimonsta - "Creature Dreams" (2011)










(Bright Shadow)


Le dernier EP en date de Jennyfer Lee, alias Tokimonsta, qui officie chez Brainfeeder (le label de Flying Lotus) ! Sept morceaux, soit un peu moins d'une demie heure d'écoute en somme, mais quelle demie heure ! Entre les basses vrombissantes, les claviers planant haut, très haut et le chant tout aussi aérien de la charmante coréenne, "Creature Dreams" esquisse une bienheureuse parenthèse au milieu de tout l'embrouillamini du quotidien, du prosaïque, du routinier, du pré-mâché et vous fait léviter au gré de son travail fouillé sur la rythmique hip-hop archi-structurée qu'elle a désormais pour habitude de composer. Je ne vous cache pas que j'ai énormément bloqué sur Bright Shadow, morceau d'ouverture que je trouve éblouissant, tant dans le choix des sonorités que dans l'atmosphère qu'il dégage.





~






Pastor T.L. Barett & The Youth for Christ Choir - "Like A Ship (Without A Sail)" (1971)




(Like A Ship...(Without A Sail))






Vous avez bien lu, ce gars-là est un pasteur. Un pasteur noir américain avec du coffre, une voix, et un réel talent de compositeur. Il semble que tout l'album ait été enregistré dans une église (la sienne ?), ou du moins est-ce ce que j'en déduis, car l'ensemble des huit morceaux baigne dans une réverbération assez atypique, et puis, quoi de mieux que d'enregistrer des chœurs gospel là où ils résonnent de la manière la plus authentique ? Gageons donc que cet album provienne directement d'un lieu saint. Une grosse basse groovy, des paumes claquant dans l'air et beaucoup de tambourin : bien que je ne sois pas un grand fan de gospel en temps normal, je dois dire que j'ai été conquis par cette vigueur, par ce pasteur crooner et convaincu, par sa jeune chorale enthousiaste et par ce piano tout simple et très beau.





~






Bibio - K is For Kelson EP (2011)




(Don't Summerize My Summer Eyes)






Bibio qu'on ne vous présente désormais plus cumule pour l'instant un album et un EP en 2011. Ici, cinq morceaux, pas de déchet (mais une mention spéciale pour Don't Summerize My Summer Eyes que je trouve absolument brillante). Stephen James Wilkinson reste fidèle à lui même et on retrouve avec plaisir les sonorités folk qui lui sont chères, ses soupçons de hip-hop et son chant haut perché. Bibio transforme l'essai et confirme qu'il est dans une très bonne année.







~






Declaime - Andsoitisaid (2001)




(2MC Or Not 2MC)










On y vient nécessairement, au gros hip-hop west-coast, doucement mais surement. Declaime est californien, donc cool, et en plus d'autres talents il est doté d'une voix et d'un flow inimitables (un de ces types que l'on ne peut pas manquer de reconnaitre instantanément) qui, alliés à des instrumentations assez épurées, débouche sur un hip-hop marquant, agréable et peu répétitif. De nombreux featurings plus tard, on a entre les mains un album qui respire la bonne ambiance détendue de la côte ouest des États-Unis. Par contre, pour se faire "Andsoitisaid" d'une traite, il faut avoir une grosse faim : ce ne sont pas moins de trente morceaux qui vous attendent. Et ça ne se refuse clairement pas.






~




Raashan Ahmad - For What You've Lost (2010)





(Pain On Black)





Toujours dans le hip hop californien, si vous cherchez du son chaleureux, tout en détente et que vous voulez aussi de la qualité, Raashan Ahmad, originaire de Pasadena, est l'homme qu'il vous faut. Plus sérieusement, "For What You've Lost" est bourré de featurings, de passages instrumentaux à la cool et très joyeux dans l'ensemble. Une de ces œuvres qui ne connait pas le succès qu'elle mérite. Personnellement, cet album me met dans de très très bonnes dispositions, je ne vous en dit pas plus.


Voilà, vous avez un aperçu de ce qui a accompagné mes pérégrinations aoutiennes cette année. J'espère que vous y trouverez de quoi aborder la rentrée de la façon la plus posée possible, si c'est, comme moi, ce que vous recherchez !

lundi 14 février 2011

[Réveille Matin] Can - Mushroom

On me demande de vous signaler ce matin que le Comité Interne Décisionnel de la Recherche et de l'Ecoute (C.I.D.R.E.) de C'est Entendu s'est réuni ce weekend en réunion extraordinaire et qu'il en était ressorti que cette nouvelle semaine serait placée sous le signe d'un thème cher à nos cœurs, eu au vôtre, nous l'espérons : le krautrock. Tout au long de la semaine, nous écumerons donc les classiques du genre, les récentes sorties influencées par les œuvres majeures qui ont éclos au sein de ce mouvement, et nous tenterons de vous faire partager notre amour pour cette musique-là, avec notamment l'interview d'un membre du groupe de krautrock le plus connu, car possiblement le plus symbolique, et dont nous vous avons d'ailleurs déjà parlé à plusieurs reprises, je parle bien sûr de Can.





Et pour se mettre dans le bain, rien de mieux que le plus grand "tube" de Can, ou plutôt la chanson par laquelle la majorité d'entre nous avons découvert le groupe. Si vous n'avez aucune idée de ce dont je vous parle, Mushroom est issue de "Tago Mago" (1971), l'album dont vos copains auront le plus de chances d'avoir entendu parler, et c'est une ode au psychédélisme né de l'usage de champignons hallucinogènes ; ode ou mise en garde, c'est selon car si la chanson est bel et bien vouée à vous faire ressentir l'effet psychotrope sans ingestion aucune, la guitare inquiétante et la basse qui semble vaciller sur ses appuis pourraient vous amener à "badder" méchamment si vous n'y preniez pas garde. Le krautrock, c'est un peu ça : du rock psychédélique allemand, pendant les années 70, de l'expérimentation et un groove pas possible. Mais ça n'est pas que ça, loin de là, et nous comptons bien vous le démontrer.


Joe Gonzalez


P.S. : Lisez ou relisez l'article de Thelonius H. sur l'album "Monster Movie", c'est important !

P.P.S. : Si vous passez cette chanson à l'élu(e) de votre cœur pendant le sacro-saint repas de la Saint Valentin, vous êtes notre héros.

vendredi 11 février 2011

[Fallait que ça sorte] L'inventaire


Des vieilleries. Toujours plus de vieilleries. C'est un peu comme cela que je fonctionne, en ce moment, je n'écoute pour ainsi dire presque que du vieux, du poussiéreux, et ça me plait. J'avais envie de vous faire partager quelques unes de ces reliques du passé, parce que sans déconner, dans le temps, on savait quand même faire de la vachement bonne musique, et c'est pas des foutaises, mais comme on n'est pas chez Rock & Folk, on s'en tiendra plutôt à une formule du genre : parce que ressortir des vieux disques de derrière les fagots, ça fait prendre son pied à mon âme de mec qui aime les photos en sépia tapissées de grain avec des vieilles chaises en bois et des guitares d'un autre âge dans les coins. Mon âme de vieux folkeux barbu en chemise à carreaux. Mon âme de mec vieux par anticipation quoi. M'en fiche, moi ça me va !

On commence par les États-Unis, forcément. Los Angeles, fin des années 60, bubblegum pop et sunshine pop battent leur plein sur les ondes comme sur les platines. Un groupe à la frontière des deux styles émerge alors ; Strawberry Alarm Clock, six hippies consommateurs avertis de marijuana et LSD, et dont le nom est un hommage (très) explicite aux Beatles, une fameuse idée de leur maison de disque. Le résultat est au rendez-vous.
"Wake Up... It's Tomorrow" est un petit joyau pop oublié. L'instrumentation demeure très narrative du début à la fin, les morceaux rebondissent, dévient, c'est une réelle expérience qui plonge nos oreilles au plus profond d'une production ultra sixties, certes, mais dont le charme est si fort qu'il écrase assez bien le stéréotype. "Wake Up... It's Tomorrow", le deuxième album du groupe (1967), est dans l'absolu plus psychédélique et moins purement pop que le précédent, sur lequel on trouve néanmoins Incense & Pepermint, le tube qui les a révélé. En définitive, c'est une œuvre mûre et peaufinée. Pénétrez-la, et elle saura vous pénétrer en retour, à coup sûr et sans mauvais jeu de mots, à l'image de la méditation suggérée ci-dessous, en compagnie d'un hypothétique gourou. Vous venez de trouver de quoi occuper votre après-midi.

(Sit With The Guru, version Youtube pas propre)



On continue avec Agincourt, un groupe anglais aux multiples visages : à chaque nouvel album, un nouveau patronyme pour la formation. Ainsi, Agincourt, c'est aussi Ithaca, Alice Through The Looking Glass, ou encore Tomorrow Come Someday. Sans "s" à "Come", ouep, c'est comme ça que ça marche.
Agincourt, c'est léger, c'est pop avec parfois une touche psyché et ça se rapproche, à l'occasion, de la folk. "Fly Away" (1970) se déguste même sans faim, et on revisite assez bien l'Angleterre et son premier âge d'or populaire, mais comme à travers un filtre rural. Cet album fait preuve d'un retranchement certain et assumé, sûrement la cause de son absence de succès à l'époque et de sa disparition de la mémoire collective de nos jours. S'il y est jamais apparu, remarquez. C'est un des petits plaisirs de l'internaute qui, au cours de ses recherches sans but vraiment établi, serait par le plus pur des hasards tombé dessus. Par chance donc, puisque c'est devenu désormais le seul moyen de découverte ou presque, quand il s'agit des choses d'avant.

(Going Home)



Novos Baianos à présent. On s'éloigne un peu des british pour aller faire un tour du côté du Brésil, parce qu'en Amérique Latine, ils savent y faire aussi, et pas qu'un peu. "Acabou Chorare" (1972), l'album phare du groupe, est, tout comme l’intégralité de leur œuvre, autant l'héritage musical de la formation alors la plus réputée de l'État de Bahia (nord du Brésil) que son témoignage moral. Novos Baianos est accompagné par les musiciens d'un autre groupe, A Cor do Som, à la guitare, à la basse, à la batterie et aux percussions, ce qui créé une sorte de super-groupe où se mélangent des influences extrêmement variées ; bossa, rock, samba, MPB (pour Musique Populaire Brésilienne) et j'en passe. Leurs travaux esquissent le portrait de la vie qu'ils ont menée : la communauté, avec bien sûr tout ce que cela implique durant les seventies. Pourquoi ne pas faire cohabiter rock et bossa nova, après tout ? Pour eux, la réponse est une évidence. Un style venant en enrichir un autre, ils dressent ainsi un échafaudage hétéroclite qui n'a pour limite que leurs goûts et références propres, et en l'occurrence, le spectre est vaste. Très vaste.

(Brasil Pandeiro)



Poursuivons avec John Fahey. Retour en 1967, aux USA. Le pionnier de la "primitive guitar" signe un chef d'œuvre intemporel ; "Days Have Gone By, vol. 6". Avec ses arpèges et son finger-picking, il dessine l'Amérique des grands espaces, des trains de marchandises. Une Amérique pas si éloignée de la beat generation mue par Kerouac ou Ginsberg, à bien y réfléchir, mais différente quand même. Ici, c'est de son essence-même dont il est question. C'est l'Amérique folklorique sans artifices, sans prise de position autre qu'un lyrisme débordant. C'est une source intarissable d'émotions, d'endroits, de mots, d'idées, de souvenirs. Le tout de la plus simple manière qui soit : six cordes, un micro, une chaise, et dix doigts. Et une barbe, mais plutôt sur la fin, alors.

(The Portland Cement Factory at Monolith, California)



On met le cap sur du rock progressif, désormais. Il y a un bout de temps, je vous avais parlé d'un groupe britannique, T2, et vous avais présenté son premier album. Il était temps de vous causer du second (dans l'absolu, pas dans les faits). Intitulé "Fantasy", mais également reconnu sous le nom de "T2", il regroupe les versions démos des morceaux qui devaient figurer sur l'album définitif qui ne vit hélas jamais le jour pour cause de split. Toute la qualité d'écriture et tout le talent des trois hommes sont donc intacts, mais le matériel n'est pas aussi performant que sur le premier-né. Pourtant, au lieu d’être affaiblie, l'œuvre en ressort au contraire renforcée. Quand le prog rock se met à devenir intimiste, émouvant, c'est une sorte d'aboutissement, la boucle est bouclée. "Fantasy" est d'une remarquable beauté, relève d'une interprétation et d'une composition géniale, et possède le charme des travaux inachevés, laissant libre cour à l'imagination de celui qui écoute. L'échange se créé, la magie s'opère, et le souffle est devenu un élément à part entière, à prendre en compte, venant rappeler que cela commence sérieusement à dater ; ce n'est qu'en 1997 que Decca Records se décida à dévoiler ces "archives" de T2, témoins indirectes de la séparation du groupe, reformé depuis, mais jamais avec son line-up original.

(Careful Sam)



Enfin, concluons ce petit inventaire par une touche moins underground : David Crosby. En 1971, il décide de sortir son premier album solo, "If I Could Only Remember My Name", mais comme de juste, pendant les seventies sur la côte ouest, on est rarement tout seul, vous en conviendrez, il y a toujours un ou deux potes qui traînent de-ci de-là et avec qui vous déjà écumé pas mal de scènes et de studios. Pour Crosby, au final, c'est une petite quinzaine de personnes, dont Graham Nash, les membres de Grateful Dead et de Jefferson Airplane, qui vont venir offrir leur huile de coude au labeur désormais commun. Leur travail est soigné, ça respire l'Amérique en train de traverser sa glorieuse décennie culturelle (et culturelle seulement, n'oublions pas le Vietnam quand même), et ça demande du temps, certains morceaux sont assez longs, mais cela vaut franchement le coup. Au calme, plongez-vous dans Traction In The Rain ci dessous, et faites-en l'expérience. De vous à moi, nous savons très bien que la bonne folk pourrait ne jamais s'arrêter, pas vrai ?

(Traction In The Rain)


C'est tout pour l'instant, les amis, et en espérant qu'au moins l'un de ces albums vous plaise, je retourne dépoussiérer mes vinyles. Histoire vraie.


Hugo Tessier

[Réveille Matin] Gene Clark - Because of You

Le saviez-vous : de la dissolution des Byrds, ces californiens aussi fans des Beatles que de Bob Dylan, diffuseurs à grande échelle d'une pop psychédélique west coast pendant deux ou trois riches années (de 65 à 68 disons) sont nés certains des meilleurs disques de... country music du début des années 70.



C'est vrai quoi, Roger McGuinn (que l'on entendait sur la bande originale d'Easy Rider) s'est lancé la tête dans le guidon vers une carrière solo très "americana" (il a même fait partie du grand show itinérant de Dylan, la Rolling Thunder Revue, au milieu des années 70), et puis David Crosby s'est vite acoquiné de Stephen Stills, Graham Nash et Neil Young (inventant plus ou moins au passage le soft rock ultra chiant qui aura pourri les ondes pendant des années) avant de jouer une folk américaine bien terre-à-terre. Mais c'est surtout avec les deux autres piliers du groupe que la suite est devenue intéressante. Gram Parsons, qui était encore là pour le dernier grand album des Byrds, "Sweetheart of the Rodeo" (1968), un classique de la country alternative des années 60, a publié dans la foulée deux chefs d'œuvre ("GP" et "Grievous Angels") du genre, dont je vous parlerai peut-être un jour parce qu'aujourd'hui on s'intéresse à Gene Clark, dont vous venez d'écouter l'une des plus belles chansons d'amour, parue en 1971 sur "White light", sa première vraie réussite (avant l'ambitieux "No Other", l'un des plus intelligents et originaux disques de musique country jamais enregistrés).

Très proche de Neil Young (celui de "Harvest" et "On the Beach") en ce qui concerne le jeu de guitare, Clark se démarque du canadien par son chant, semi-crooné, pile entre Merle Haggard et Gram Parsons, justement. Pas loin plus du folkeux ultra nul James Taylor (vu au volant de plein de voitures dans Macadam à deux voies, meilleur acteur que chanteur c'est un fait), Clark parvient néanmoins à éveiller des sentiments de sa voix douce, comme une caresse de cowboy et ça n'est pas parce qu'on habite tout seul dans un ranch et qu'on porte des pantalons en cuir qu'on n'a pas le droit à un peu de tendresse.


Joe Gonzalez

samedi 14 août 2010

[Grasse mat'] America - Ventura Highway

Bien le bonjour ! En 1971, le premier album d'America fit forte impression et le gros gros single radiophonique A Horse With No Name (que vous connaissez sans doute sans le savoir, à moins que vous ne sachiez déjà que vous la connaissez auquel cas oubliez ce que je viens de dire) n'y fut pas pour rien. Fort de ce premier succès, le groupe sortit l'année suivante "Homecoming" et eut l'ingénieuse idée de faire débuter l'album par Ventura Highway, ode à la fameuse autoroute quittant Los Angeles, et lorsque l'on y réfléchit bien, c'est d'une logique imparable. Une autoroute, c'est la liberté. On peut décider de son chemin, s'interrompre à l'envi et, quelles que soient les circonstances, elle sera là, inflexible mais prévisible, agréable mais sinueuse à ses heures, offrant toujours des réponses identiques, armées de sagesse et d'expérience. Elle vous accompagne autant qu'elle sert et qu'elle est nécessaire à votre désir de mouvement, de changement. Grande altruiste, elle offre ses plaisirs à qui veut bien en profiter. Et ses mœurs, si tendrement libertins, seront néanmoins empreints d'une impeccable neutralité. C'est prodigieux. La femme idéale, ou presque.




Si cette thèse semble difficilement à défendre, le morceau qu'elle concerne, lui, vous fera l'effet d'une ballade en Mustang décapotable sous le soleil couchant, glissant délicatement sur un bitume habillé des premières lueurs du soir, et où les distances se comptent en miles infiniment.Vous en ayant déjà bien trop dit, je vous laisse à ce bijou mélangeant de manière succulente la folk et la pop, à ce tube entraînant et émouvant à la fois. Vous ne prendrez plus jamais la route de la même façon, à présent.


Hugo Tessier

jeudi 27 mai 2010

Sunny Roads Session #2

par Hugo tessier
art par Jarvis Glasses

Avant toute chose, je tiens à apporter une petite rectification à ce que j'ai pu vous raconter en Avril, à la toute fin de la Sunny Roads Session #1. Il ne sera pas question, comme je vous l'avais annoncé alors, d'un groupe en particulier ce mois-ci, ni les mois prochains, d'ailleurs. J'en ai décidé autrement et pour l'heure, il s'agira plutôt d'une étude ciblée sur les bandes-originales de certains films, qui, vous l'aurez peut-être deviné, seront en majorité des road movies américains. Je vous propose en fait une série spéciale pour cet été, en quatre numéros, qui sondera l'utilisation de la musique par les cinéastes des grandes routes ensoleillées et des grands espaces de l'Amérique que j'aime tant. Vous voyez sans doute de quels films je veux parler, ils sont sûrement dans un coin de votre esprit, peut-être rangés dans le tiroir "vieilleries clichées," ou peut-être pas, mais en tout cas, ce mois-ci, on dépoussière.

Autoradio #1 : Two-Lane Blacktop, de Monte Hellman


"Two-Lane Blacktop" ("Macadam à deux voies" par chez nous), sorti en 1971, est représentatif d'une catégorie bien particulière au sein du grand ensemble des road movies. Il met en lumière la route à sa manière propre, comme une nécessité, comme un besoin, et il induit dans la conduite un caractère hautement obsessionnel, tout en entretenant un rapport très particulier avec sa bande son. C'est ce qui fait, entre autres, sa singularité. Replaçons-nous dans le contexte.

(Me and Bobby McGee par Kris Kristofferson)

Le Sud des États-Unis, au début des années 70, deux hommes traversent le pays en voiture sans aucune réelle destination. Tout ce que l'on sait, c'est qu'ils ne sont pas là pour se détendre, non, ils roulent fiévreusement, faisant le moins de pauses possibles, et surtout, provoquant la course dès que faire se peut. Le film n'est pas tout à fait un huit-clos dans la fameuse Chevrolet 55, comme on peut le lire parfois, mais pas loin, il faut le reconnaitre, et l'attention du spectateur (tout comme celle des conducteurs) doit être captée par le bolide, pas par ce qui se passe à l'extérieur. La voiture est un microcosme, une bulle imperméable, et le quidam qui y pose ses yeux se sent comme happé par elle. Par conséquent, la bande son est assez restreinte (cinq morceaux crédités, seulement) et se fait plutôt discrète, mais elle explore tout de même des styles assez divers. Prenez par exemple Me and Bobby Mc Gee, de Kris Kristofferson. On visualise clairement les grands espaces américains et ces routes s'étendant à perte de vue, sans pour autant ressentir l'excitation, le bruit et la fureur. La voix s'éloignant dans la réverbération ainsi que sa prédominance au mixage appellent l'Humain (Kristofferson) et pas la Machine (le bolide), et renvoient à ces plaines à perte de vue, mais c'est un survol sans dynamisme, sans entrain. La batterie arrive alors et marque le rythme, suggérant la pénibilité du voyage, sa monotonie éprouvante. Ce qui est intéressant, c'est que dans un autre contexte, je vous aurais sans-doute attaqué, comme à mon habitude, à coups de "planant," de "cool" et de "reposant." Mais là, non, c'est différent, l'ambiance est à tout autre chose, et malgré le caractère contemplatif du morceau, allié à l'atmosphère plutôt pesante du film, celui-ci se retrouve altéré dans sa narration comme dans sa portée.

(Moonlight Drive par The Doors)

L'une des caractéristiques principales de "Two-Lane Blacktop," par ailleurs, est sa propension à l'immersion. Or, traversant les états du Sud, berceau de la country music, on ne pouvait passer à côté des guitares folk, des banjos, des harmonicas et des bottlenecks plus longtemps. Par conséquent, deux morceaux de John Hammond Jr, des reprises de Chuck Berry, furent stratégiquement choisis pour la bande son. Avec Maybelline et No Money Down, on pioche dans l'Amérique la plus profonde, celle des stetsons, des salopettes et des chemises à carreaux. Rythmique rapide et saccadée, voix rauque, tout l'attirail country est mis à profit. Mais, qui dit Amérique profonde dit également passion pour les courses de drift, de drag, et autres défis automobiles. Ainsi, de manière récurrente, nous nous asseyons aux premières loges de cet univers machiste et brutal. C'est d'ailleurs à l'occasion de la préparation nocturne de la deuxième des courses du film que l'on peut entendre Moonlight Drive, des Doors, alors que la Chevy 55 arrive au beau milieu d'un rassemblement de pilotes et qu'elle tombe nez à nez avec une Ford Coupe. Le morceau est là encore en retrait, et son rôle est d'agrémenter la scène, mais ses petits arrangements à la guitare électrique noyée dans la réverbération et son rythme simple font de lui le meilleur moyen de rapporter l'excitation et la tension qui règnent sur le parking peuplé de chauffards prêts à en découdre.

Pour l'anecdote, puisque l'on est plongé dans les films américains, vous remarquerez que la course entre la Chevrolet 55 et la Ford Coupe fut presque reprise à l'identique dans "American Graffiti" (photo de droite) par Georges Lucas. En effet, la Ford utilisée pour "Two-Lane Blacktop" est celle-là même qui fut réutilisée par John Milner (Paul Le Mat) sur le tournage d' "American Graffiti", deux ans plus tard. Parallèlement, Harrison Ford, lui, conduisait... une Chevy 55 !

A l'inverse de bon nombres de longs-métrages, jamais une édition vinyle de la bande originale de ce film n'est venue enrichir les bacs de quelque disquaire/surface de grande distribution que ce soit. C'est ainsi que l'atmosphère de cette œuvre cinématographique se construit, Monte Hellman empoigne la vie quotidienne américaine, sa culture et la relègue au second plan, lui offrant un visage éphémère, pour que l'attention du spectateur ne soit pas détournée, tout en lui laissant la possibilité de se rattacher brièvement à certaines références.

Il est intéressant de noter, enfin, que chacun des protagonistes entretient un rapport plus ou moins direct à la musique, comme une projection de sa personnalité.
Warren Oates, dit "GTO" ressort comme étant superficiel, dans les formes, lui qui prend des auto-stoppeurs à tours de bras, et apparait accompagné de mélodies intrigantes jouées par son autoradio. Il n'y a qu'à se remémorer sa réplique à l'un de ses multiples compagnons de voyage: "What kind of sound do you like ? Rock ? Soul ? Hillbilly ? Western ?" pour entrevoir son absence totale de choix. James Taylor, "The Driver," est davantage en retrait, réfractaire à la radio, renfermé sur lui-même et concentré sur la route ; "Turn that thing off" ordonnera-t-il à Dennis Wilson, "The Mechanic" qui, prenant tout comme cela vient, s'exécutera en affichant un détachement redoutable. Laurie Bird, enfin, "The Girl," hippie un tantinet plus versée dans la musique et les loisirs, sera prise à fredonner Satisfaction, tandis que Ray Charles trace sa route en fond sonore lors d'une autre scène.

"I mean you just can't stay with the same hat forever."
(W. Oates)

Figurez-vous que ni James Taylor, auteur/compositeur/interprète folk très reconnu aux US, ni Dennis Wilson, batteur des Beach Boys, ne prirent part de près ou de loin à la bande-son, qui sert pourtant le film à merveille malgré sa discrétion.

J'espère vous avoir donné envie de voir ou revoir cette pièce maitresse du cinéma américain et aurai le plaisir de vous retrouver le mois prochain pour un autre film, une autre BO, une autre SRS, bref, pour un autre pèlerinage dans cette Amérique-là.

D'ici là, bonne route!


P.S. : Ne loupez pas le troisième extrait de la bande son du film, par Arlo Guthrie, dans le lecteur vert sur votre gauche.

vendredi 21 mai 2010

[Réveille Matin] Ramases - Balloon

Bonjour tout le monde ! Je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis quelques temps je vous parle de bruit, de radio, de disques poussiéreux et je vous énonce mes théories fumeuses sans me départir d'une dialectique de gars-qui-est-là-pour-faire-son-job, et pas un seul d'entre vous ne m'a lancé un "why so serious ?" pourtant largement mérité. On n'est jamais mieux servi que par soi-même et c'est pourquoi ce matin je ne vous proposerai ni un rock'n roll poisseux ni une pop song finement élaborée, mais bien un single complètement chtarbé, fraichement (re)sorti sur un label que vous ne connaissez probablement pas très bien, puisqu'il s'agit de Mexican Summer (Marissa Nadler, Real Estate, Tallest Man on Earth... ce genre là), un petit nouveau qui grimpe.



Ce Balloon improbable est en réalité le single issu du premier des deux albums de Ramases (alias Martin Raphael), "Space Hymns," lequel est sorti en 1971 en Angleterre et ne doit être connu que des plus valeureux parmi les amateurs de rock progressif. L'album ressort donc cette année, et si vous avez un tant soit peu d'amour pour cette frasque et pour ce genre de pitreries soniques, ne pleurez pas la charnière 60's/70's (le climax du prog rock anglais) parce que, finalement, avouez-le, ce truc ne sonne pas si daté que ça et si je ne vous avais pas dit que c'était une réédition, vous auriez tout aussi bien pu croire qu'une nouvelle bande de tarés post-hippies avait enregistré ça dans le Désert de Mojave et vous attendriez la bave aux lèvres un clip mettant en scène une énième palanquée de timbrés dans le plus simple appareil.

Dans quelle époque on vit...


Joe Gonzalez

mardi 11 mai 2010

[Fallait que ça sorte] Sixto Rodriguez - Coming From Reality


On vous l'avait déjà laissé entendre courant décembre 2009, Sixto Rodriguez revient de très loin. En effet, le natif de Détroit n'a jamais enregistré que deux albums studio et depuis le début des années 70, c'était le calme plat. Pourtant, son travail méritait bien mieux que ça et c'est pourquoi, après la ré-actualisation de son premier album "Cold Fact" sorti en 1970, c'est au tour du second d'être remis au goût du jour.

(Climb Up On My Music, avec un son laissant à désirer, faute de mieux)


"Coming From Reality" (1971) et "Cold Fact" sont sculptés dans le même bois , et le second est une suite des plus logiques puisque Sixto persévère dans cette musique qu'il maitrise allègrement, remplie d'émotions, où l'on retrouve ce timbre de voix aérien, armé de lueurs plaintives, caractéristique de son travail. Tout comme sur son premier-né, Rodriguez modèle la folk à son goût, et livre des compositions diversifiées. Le premier morceau de l'album, Climb Up On My Music (que vous êtes en train d'écouter) est une réussite, entraînant avec sa basse profonde et noyé dans cette fine réverbération récurrente : le premier contact avec l'album est saisissant. Pourtant, bien que principalement arrangée comme de la pop, sa musique débouche parfois sur quelque chose de plus épuré, de plus axé sur le calme jeu de guitare, sans trop d'ornements (A Most Disgusting Song). C'est une folk parlée, plus que chantée et Sixto raconte une histoire à l'auditeur.

(Heikki's Suburbia Bus Tour)

Même si par la suite, on a l'occasion de revenir à des tubes vrombissants, tels que Heikki's Suburbia Bus Tour, la plupart des chansons propose une ambiance cosy, feutrée, davantage sur le ton de la ballade folk (Sandrevan Lullaby - Lifestyles, ou encore It Started Out So Nice). On retrouve le même schéma que sur "Cold Fact," c'est à dire une folk personnalisée et habitée, sans décorations inutiles, une folk essentielle. Petite entorse, Halfway Up The Stairs, qui est une perle d'orchestrations et qui vient colorer encore un peu plus l'album sans rien lui enlever de son authenticité.


(Cause)

Avec ses temps forts et ses passages délicats, "Coming from Reality" est un album équilibré auquel Sixto Rodriguez insuffle une grande part d'individualité, et c'est sans doute ce qui rend ses deux albums si attachants. Le processus d'arrangement joue bien sûr, et entretient ce charme de l'imprécision dans les sons, ce charme du flou qui sied si bien aux morceaux. Penser qu'il commence enfin à rencontrer le succès qu'il a depuis longtemps mérité suffit à me mettre de bonne humeur, et j'espère bien ne pas être le seul dans ce cas là !


Hugo Tessier

vendredi 19 février 2010

[Réveille Matin] Happy End – Natsu Nandesu

Bonjour à tous! Ce matin, ce sont les japonais d'Happy End qui vous réveillent, au son de Natsu Nandesu, extrait de "Kazemachi Roman," leur deuxième album sorti en 1971. Vous les connaissez surement au travers d'un autre titre, Kaze Wo Atsumete, sur le même LP, ré-actualisé par la BO de Lost In Translation en 2003. C'est donc l'occasion de se pencher sur une autre clef de voûte de l'album. Natsu Nandesu révèle une utilisation décontractée de la guitare folk alliée à un chant (celui d'Haruomi Hosono) comme gagné par une douce paresse, qui pose et appuie sagement certaines syllabes. Le timbre de la voix est caractéristique du travail des quatre nippons, et offre un côté paisible à l'ensemble, sans toutefois tomber dans l'excès de relâchement.



On y est bien, dans ce morceau, on s'y repose comme allongé en plein air, et ce n'est ni la batterie nous berçant avec sa cymbale frôlée aux moments propices, ni la basse venant enrichir le corps du morceau de par sa sonorité posée, qui nous feront dire le contraire. Happy End développe ici une dynamique qui lui est propre, et le morceau suggère un agréable halo de sérénité. Cependant, tout méditatif et apaisant qu'il soit, Natsu Nandesu résonne également comme un titre empreint d'une certaine mélancolie, témoignant de quelque malheur qui aurait laissé une hypothétique trace dans un lointain passé. Ou alors pas du tout, rien de tout cela : il s'agirait alors simplement d'un single contemplatif comme beaucoup d'autres, sans la portée qu'on pourrait lui prêter, et l'on se serait alors laissé divaguer au gré d'accords planants et de rythmes séducteurs. Mais vous en conviendrez, le doute est permis.


Hugo

mardi 12 janvier 2010

[Réveille Matin] Harry Nilsson - Gotta Get Up

On nous a demandé plusieurs fois si on se levait à 5 heures pour poster nos réveille matin. Parfois, c'était pour rire, mais parfois, pas du tout, les gens croyaient vraiment qu'on mettait une alarme chez nous pour aller publier des articles sur Internet. On va peut-être ruiner vos espérances chers lecteurs, mais en fait, pas du tout, à ces horaires là, on est tous au pieu, on a programmé Blogger pour que ça publie automatiquement et c'est tout. Désolé. Mais en ce qui me concerne, je me lève pas non plus beaucoup plus tard que ça en semaine, et chaque matin, la petite routine de la journée se met en place, et dans ces moments, je repense parfois à cette chanson du petit génie pop de l'ombre Harry Nilsson, Gotta Get Up. En deux minutes et des brouettes, l'ami Nilsson résume la routine ordinaire qui a avalé les rêves d'adolescents, et liste implacablement les choses à faire, encore et encore : il faut se lever, il faut aller travailler, il faut se dépêcher, il ne faut pas être en retard, il faut courir, vite, allez, hop, zou, vite, mince, zut, oh, et parfois, on s'arrête, et on repense au passé, les jours plus heureux - forcément, on ne penserait pas que l'avenir est comme ça, de brefs instants de répit, et puis, fichtre, le temps reprend le dessus, il faut travailler, rentrer chez soi, plus vite, ad lib.


En fait, en quelques phrases qui ont l'air rigolotes, et sur une musique pop absolument fabuleuse aux arrangements qui ont laissé des séquelles (les trombones du pont, vous les retrouvez un quart de siècle plus tard chez Blur par exemple), Harry Nilsson balance un morceau absolument déprimant et sombre, mais, hé, dieu merci, les accords majeurs et les mélodies entêtantes font avaler la pilule avec douceur et offrent au tout une ironie délicieuse. A part ça, le morceau est sur l'album "Nilsson Schmilsson" (1971), un vrai best-seller, le plus gros succès de son auteur. C'est surtout un album inégal où les chouettes morceaux côtoient des moments assez affligeants comme le pleurnichard Without You qui pollue encore les stations radio. Mais que voulez-vous, c'est ça qui est pratique avec le réveille matin : C'est Entendu ne vous garde que l'essentiel face à une opinion générale à la ramasse. A la place, on ne peut que vous conseiller d'aller écouter "Aerial Ballet" qui, lui, est un véritable chef d'oeuvre de pop 60's. Et puis allez bosser sinon vous allez être en retard, vite, VITE, VITE!


Emilien.


N.B. : on nous indique qu'il a des petits soucis avec le lecteur sur le côté. Pas chez tout le monde, mais tout de même, c'est un problème. Donc, boum, une vidéo youtube en dessous pour que vous l'écoutiez quand même, hé!

samedi 26 décembre 2009

[Fallait que ça sorte] La Passion de Bill Fay

L’homme aux mains vertes n’est pas du genre à capituler après un échec commercial. Il remet ça, et sans plus attendre, car on accueillera la sortie de son deuxième album, "Time Of The Last Persecution," un an seulement après le premier, en l’an de grâce 1971. L’homme de Garden Song livre une œuvre qui dévoile en lui une grande piété, pourtant déjà évoquée par la pochette du premier né de ses disques.


En effet, les références à la religion sont multiples dans les paroles (rencontre avec le Messie dans un bar (Omega Day), intervention vocale du-dit Messie (I Hear You Calling), attente de son retour (‘Till The Christ Come Back), scène manichéenne dans Release Is In The Eye, ("Christ is in the bathroom/Look in any mirror on the wall/And Satan's in the garden shed/He' like to screw you all "), etc). Cette dimension nouvelle est sans doute la justification du ton de l’album, moins magistral, moins orchestral que le précédent. On trouve ici un Bill Fay s’ancrant dans une pop peut-être plus traditionnelle, un peu moins marquée. Le lyrisme religieux assagit quelque peu la composition de Dust Filed Room, mais il serait faux de prendre "Time Of…" pour le disque d'un Fay vidé de sa substance.

Bien au contraire, la dimension profonde et mélancolique est toujours bien présente durant l’écoute. Pour ne citer qu’elle, Tell It Like It Is est un monument d’émotions et de sentiments. Et bien que cet album puisse sembler plus épuré, les orchestrations n’en sont pas pour autant absentes. C’est une richesse dont Fay ne saurait se passer. On retrouve donc avec plaisir un certain nombre d’éléments déjà présents sur "Bill Fay," mais "Time Of…" en apporte tout de même de nouveaux.

L’album développe en effet un motif conceptuel au travers de trois morceaux : Laughing Man, Come A Day et Let All The Other Teddies Now. Il y a interaction entre eux, on retrouve des éléments de l’un dans l'autre (le piano de Laughing Man réapparaît dans la deuxième partie de Let All The Other Teddies Now, et les trois morceaux partagent un final relativement identique, expérimental, avec ces solos de guitares rapides et hachurés, en total décalage avec le reste de l’album (bien que d’une manière générale, les solos de guitares soient plus utilisés que sur "Bill Fay"). Par ces touches inattendues et radicalement différentes, Fay donne à son travail un visage moderne, et c’est en soi une grande nouveauté. La plupart de ses compositions est marquée par son époque. Clichées diront les mauvaises langues. Des témoins, en tout cas, d’un certain style, et la surprise amenée par les conclusions de ces trois morceaux brouille un peu les pistes, ce qui est également appréciable. Bill Fay a quelque peu changé, d’un album à l’autre. Oui, si en 70 il représentait l’anglais stéréotypé, avec force chaussures de ville et manteaux aux genoux, l’année 71 sera témoin d’une barbe fertile, et de longs cheveux en bataille. Mais qu’importe, Fay reste tout de même fidèle à lui-même, avec notamment ce chant,toujours maîtrisé, toujours absolument touchant et cette brillante maîtrise du piano. Même si dans la forme, sa musique et lui-même ont subi des modifications, dans le fond, la substance reste quasiment intacte.

"Time Of The Last Persecution" s’inscrit donc dans la lignée de "Bill Fay," sans pour autant être une suite logique. Le choix de Fay d’abandonner un peu de sa hauteur orchestrale stratosphérique fut sans doute motivée par l’échec de son premier album. Quoiqu’il en soit, le deuxième opus ne fut pas mieux accueilli, ni par la critique ni par le public. À tel point que Decca Records mit fin à son contrat avec l’artiste peu de temps après la sortie…

Pour la petite histoire, Jim O’ Rourke, responsable de la BO de United Red Army, le film de Koji Wakamatsu sorti en 2009, a repris Pictures Of Adolf Again, pour en faire le morceau phare du film. Cette lueur d’espoir apportée par l’américain exilé au Japon est vraiment la bienvenue. Malheureusement, "Time of The Last Persecution" devait être le dernier album de Bill Fay.



Hugo

vendredi 27 février 2009

[45 Tours] Joni Mitchell - River (1971)

Là tout de suite, j'ai envie de me la jouer gros bisounours, et pour satisfaire (éventuellement) ceux qui n'auraient pas apprécié la chanson de Magazine de l'autre jour, j'ai décidé de vous faire partager mon instant guimauve à travers l'une des chansons les plus connues de Joni Mitchell, parue sur l'album Blue, à savoir River, une folk song bâtie autour de la ligne mélodique de Jingle Bells, et qu'on qualifiera de "trop mignooooone".

J'ai du mal à me la sortir du crâne, ces jours-ci (alors que par ailleurs, je n'écoute quasiment que du post-punk).
Je n'ai pas trouvé de clip live acceptable, alors la vidéo qui suit propose la chanson dans sa version studio ainsi qu'un visuel moche de type powerpoint. Ne regardez pas les images, mais écoutez la chanson !


ERRATUM: La vidéo en question a été retirée de Youtube par Warner vis à vis d'une sombre histoire de droits d'auteurs, alors je vous propose d'écouter la chanson sur Deezer, ici:

Joni Mitchell - River