C'est entendu.
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mardi 7 août 2018

Page blanche tachée # 1


auteurs : Elie "le grand" Bloop
art par (partie artistique du truc) : Joann Sfurs (Handsome Sfar)



"Variet'ouch, culture française dans le zouk, quid des beattlles ?" ou Pourquoi :-S



Causons variet'ouch, la frenche varietouch'



Gosse de star, mythe ou réalité ? Thomas Dutronc, Henri Laurent Voulzy, Jean Thomas Alain Souchon, ils sont tous des stars actuelles de la microsphère de la musique française, et ils portent le même nom que leur papa, Jacques Dutronc (curieux nom !!!), Laurent Voulzy et Alain Souchon, appelés les Soulgy, eux-mêmes parents de Thomas James Dutronc, sosie officiel de Michel Boujéna. Cet article a des chances de ne pas paraître. Il ne s'inscrit pas dans la "ligne éditoriale" de l'été. Or ce blog n'est pas un blog empirique bicéphale. Adamo Chouchon s'est tiré Laurent Tirard Voulgy. C'est le coeur de ce papier, le scoop du blog. Mes chansons préférées de Chouchon, on en a tous, au moins trois, c'est "Maman la chetron que tu m'as fait", "Parole, parole" et "9 Fabregras". Je suis sûr que Souch' a Barique Obama dans ses potes blackbook. En tout cas si Jack Black vous a enseigné l'histoire du rock dans un film de Klapisch (Chacun cherche son chat academy), je vais ici vous enseigner la variet. La variet c'est quoi ? C'est une QUESTION qu'on s'est tous putain de posé. Plutôt péjoratif d'emblée, ce terme apparu en l'an mil avant Jésus-Christ pour mieux désigner les saloperies que les troubadours et les oiseaux de mauvais augure déblatéraient sur le forum public. La Respublic : la chose publique, chose forcément variée puisque toute la population était amener à dégueuler ses tripes sur le forum dans un gloubi-boulga infâme. De nos jours, la variété désigne ce type de musique qui nous accompagnent pendant les courses. A ce propos : si vous pouviez choisir UNE denrée que vous pourriez avoir gratos et en quantité illimitée jusqu'à la fin de votre vie, ça serait quoi ? Moi le yop, l'autre PQ, l'autre les trous de balles des meufs.


Le gars a pas bougé de tronche depuis 50 ans. Pas une ride. A sa naissance par contre : 30 000 000 000 de rides au compteur.

En 1986, Alain Clébard explosait la baraque avec "Jenny boit du gin dans son chrysler / Oups là oups, oups holala oups là houps / Jenny s'envoie sa bouteille de gin dans sa bagnole / Oups choubadou da oups chouda boudi ! / Jenny s'envoie de la gnole derrière la cravate dans... sa bagnole / Oups ouhla oups là ou-lalala-la ! / Jenny se torche la tronche dans sa bagnole / advitam" : avec ces paroles en or, Alain Clébard réinventait un genre : la variétoche de merde, celle qui passe par une oreille, te grille la tronche à jamais, et ressort par l'autre. "C'est des paroles de malades que tu tiens là ! Un tube en or massif ! T'as un disque de platine dans ta besace de merde sans que tu le saches !" se serait écrié Lolo Voulzard à l'écoute de la petite chansonette poussée par son pote lezbdo. "Ok j'enchaîne !" aurait répondu Clébard. Puis Clébard a enchaîné avec "Bobo mal au bobo", qui a également fait un gros carton...


Denis Barthez-Bellivien dit "Denis Souchon". La main toujours dans le froc, control freak de sa queue. Bob Sinclar en est le père caché mais biologique.

Comme Voulzon, je suis un enfant du rock, sauf qu'aujourd'hui le genre a pris un essor nouveau. Je ne m'habille plus qu'en tweed, en jeff tweedy. C'est l'étape après la variété. La variété française on la brocarde souvent comme quoi c'est de la merde et que quand on écoutait Cloclo de l'autre côté du rhin ils avaient les Beatles. Mais les Beatles c'est ni plus ni moins qu'un clone des Zombies, eux même fans-reconnu, du môme, a.k.a Charlie Aznavore, parole de spécialiste de la musique, qui a lu toutes les critiques de Gangsta Bangs. (Ici je dis entre parenthèses que je fais partie de ceux qui n'iront pas voir Super 8 au cinéma, et j'en suis fier, tout comme je suis fier de n'avoir pas vu Titanic même si ça me fout dans la merde à certains repas).



Or, qui de plus représentatif de la France que Charlot, inventeur du cinéma, et aussi grand chanteur, auteur de tubes tels que la balade des gens heureux, Paris je t'aime, et "Nul doute que mon chat est un loup", resté dans l'oubli-la faute à la grande guerre. Oui, cette page blanche, maintenant bien depucelée, est ici pour vous dire que, la France est plus qu'une enfant du rock : La France est le parent (pauvre, certes) de LA musique actuelle.


Auriez-vous aimé les Beatles s'ils s'étaient appelés les Waikashul Chakouli's et s'ils avaient eu les mêmes tronches de cake ? De gauche à droite et de haut en bas : Shangri-las, Barbak, Jet Lee, Mack Gillen-Hall.

On a tous aimé les Beatles, sauf moi. Les Beatles c'est des couples au bol, des guitares blanches, des paroles de sous-sol, des mélodies qui sentent le trottoir, trois accords et des têtes de noeuds. Les mêmes Beatles avec, les mêmes ! J'y tiens, les mêmes trait pour trait, costume pour costard, chanson pour lyrics, mais juste avec un détail en plus, la courte moustache d'Hitler, celle qui s'arrête au niveau des arrêtes nasales, la stachmou d'Hitler sur les quatre beatles, et ma parole que ça marche moins bien leur affaire. Je doute que ça aurait aussi bien pris. A talent égal je suis pas sûr sûr qu'on en aurait parlé de la même façon. Méditons=là dessus. Alors qu'à contrario Jean Ferrat ou Georges Brasseurs sans leurs moustaches, c'est pas pareil, on n'écoute plus, parce que c'est dans la moustache que tient toute leur fraîcheur de ces vieillards morts en tant que tels.


(laisse pisser Lolo ----->)


Quand on me demande qui a marqué le zouk du dernier siècle (1901-2000), mon sang ne fait qu'un tour, je l'avoue, et je réponds, un peu honteux de moi, mais avec la certitude de dire la vérité : Das Beatles. Les Beattles. Ils sont influencé du monde...




La Dream Team des Hackers

vendredi 3 février 2012

[Réveille-Matin] Elliott Smith - King's Crossing

Certains pleurent devant la beauté, d'autres devant la laideur, pour certains ce sont les chansons d'amour ou de cœurs brisés, pour d'autres des histoires de grandeur ou simplement le son et rien que le son mais, in fine, peu importe, du moment que la musique nous émeut encore suffisamment pour nous titiller les glandes lacrymales. Je ne me considère pas du tout audiophile (vous savez ces gens qui peuvent entendre la différence entre un amplificateur Phillips à 300€ et un Yamaha à 679€), je ne suis pas un amateur de qualité sonore, je suis un ami du Son. Pourtant, je remarque chaque jour à quel point notre façon d'écouter la musique change et de quelle façon nous privilégions la quantité de sons reçus à la qualité de l'écoute. J'écoute moi-même beaucoup de musique dans les transports en commun, dans la rue, pendant que je surfe sur le net ou que je rencontre des amis, sur un matériel souvent techniquement limité, entouré par du bruit parasite et déconcentré par l'activité. Je me suis posé la question : est-ce un mal ? En écoutant énormément de musique, toujours plus, je satisfais mes propres pulsions maniaques, certes, je défriche l'univers en perpétuelle expansion des sons et chansons enregistrés par l'être humain et c'est là l'un des propos de mon existence, certes, alors tant mieux d'une certaine façon. Mais ne suis-je pas perdant au bout du compte ? Ne reçois-je que de l'information propre à être stockée, critiquée et théorisée ? Où est le sentiment, le réel plaisir de l'écoute, l'amour véritable de l'art musical dans cette frénésie ? La réponse est simple : tant qu'il existera des chansons ou des compositions qui parviendront à me faire pleurer, la question ne se posera pas. Voici une preuve de mes dires.




Cette chanson d'Elliott Smith (sur l'album paru en 2003 après sa mort, "From a Basement on a Hill") est la synthèse de ce qui me fait défaillir dans son écriture. A coups de phrases choc ("I can't prepare for Death any more than I already have", "Dominoes falling in a chain reaction"...), il raconte une histoire proche de la sienne car sans doute proche de la caricature du californien entre deux âges dont la midlife crisis le confine à la folie. Entre allusions étrangement prémonitoires ("Because I took my own insides out", "Ain't life great? / Give me one good reason not to do it") - pour rappel, Smith a été retrouvé mort chez lui, un couteau dans le ventre - et appels à l'aide à peine déguisés d'un garçon profondément mélancolique ("Frustrated fireworks inside your head / Are going to stand and deliver talk instead"), on a l'impression de suivre le torrent de pensées acerbes d'un homme sur le point de sombrer dans la dépression nerveuse. Smith habille ses mots avec une sorte de pop poignante, très rentre-dedans, sans en faire des caisses, avec surtout cette batterie très simple qui accompagne les mots tandis que des chœurs lointains font grimper les enjeux. Sa guitare et son piano, d'habitude si présents, ne sont ici que des fantômes mélodiques et lorsque surviennent les derniers mots, il y a de quoi rester dubitatif quant à leur sens :
"This is the place where time reverses
Dead men talk to all the pretty nurses
Instruments shine on a silver tray
Don't let me get carried away
Don't let me get carried away
Don't let me be carried away"

Si je m'identifie profondément à ce personnage, sans pour autant je vous rassure ressentir la même détresse que lui, ça n'est pas seulement parce que la chanson est bien écrite ou parce qu'elle m'évoque des sentiments très personnels, mais surtout parce que l'interprétation de Smith est remarquable par son authenticité. Après tout, si Brel provoquait autant d'émotions chez son public (et chez nous), c'est parce qu'il vivait ses textes. Les larmes me viennent régulièrement à l'écoute de cette chanson, et je n'ai pas besoin pour ça de l'écouter avec attention, mais bien sûr, ça peut aider.


Joe Gonzalez

mercredi 1 février 2012

[Réveille-Matin] The Cure - The Lovecats

Un ami me disait encore l'autre jour ne rien connaitre d'autre que la première trilogie des Cure, c'est à dire "Seventeen Seconds", "Faith" et "Pornography", trois albums parus entre 1980 et 1982, aussi profondément mélancoliques que durablement réussis. En général, tous ceux qui viennent aux Cure par voie gothique (Siouxsie and the Banshees, Bauhaus, que sais-je) ou post-punk s'arrêtent là et c'est naturel. Avant ça, Robert Smith écrivait de la pop pour gens cultivés et légèrement dépressifs et tout le monde connait les tubes des débuts, mais c'est l'après qui bloque, pour mon ami comme pour beaucoup d'autres. Dès la boucle pornographique bouclée, les Cure ne furent plus jamais les mêmes, assurément et ils entrèrent alors de-plain-pied dans les années 80, la new-wave et tout le tintouin. Certes ils avaient déjà flirté avec des esthétiques caricaturales ou un peu just' avec le single Charlotte Sometimes mais le milieu des années 80, l'éclatement du groupe (resserré autour de Robert Smith et Laurence 'Lol" Tolhurst") les obligerait à faire de la musique différemment, et différemment, c'est par exemple ça :


(Je prie le petit Jésus tous les dimanche soirs de bien vouloir m'offrir dans la semaine qui s'annonce des clips aussi sensationnels que celui-là pour remplir mes vidéodimanche si désespérément tristes ces dernières semaines)

Je ne peux évidemment m'empêcher de plaindre quiconque s'arrête au spleen de Smith et ne se laisse pas tenter par ses (quelques) réussites ultérieures sur des terrains pop entièrement décomplexés (*). Il n'y a certes pas eu que du bon mais si l'on sait apprécier les réinventions artistiques, alors la publication successive (mais en la seule année 1982) de One Hundred Years et Let's Go to Bed ne peut que laisser perplexe et admiratif tout à la fois.


Joe Gonzalez


(*) : Le secret des charts eighties est tout simple : les tubes avaient vocation à la décomplexion la plus entière, qu'il s'agisse de hair-metal, de synth-pop ou d'incongruïtés, de la même façon que celles des sixties visaient le psychédélisme.

jeudi 19 janvier 2012

[Réveille-Matin] The Legendary Pink Dots - Princess Coldheart / Green Gang

Je prends le pari que d'ici quelques mois ou quelques années, vous entendrez parler des Legendary Pink Dots. Comme c'est arrivée à tant d'autres avant eux, l'un ou l'autre des grand manitous de l'organisation de festivals finira par tomber sur l'un de leurs disques et il les invitera au BBMix, à Hyères ou au Lieu Unique, ou bien ce sera un gourou des médias musicaux (Jean Vic Chapus, sans doute, Jean-François Le Puil, peut-être) qui leur consacrera un dossier entier sous prétexte de "reformation". Façon de parler, bien entendu puisque le groupe mené par Edward Ka-Spel n'a jamais cessé de s'activer depuis le début des années 80. Les Pink Dots doivent avoir une quarantaine de disques à leur actif et pourtant la meilleure chose qui pourrait leur arriver serait de se séparer quelques années, pour mieux annoncer, après une pause suffisante, leur "reformation". C'est en général le signal qu'attendent les re-découvreurs sus-cités (ça ou bien la mort d'un musicien) pour s'imposer comme des sauveurs de la Grande Mémoire des Oubliés de la Pop. Oh ne me prêtez pas de fausses intentions, je m'inclus bien volontiers dans le lot des opportunistes ! Seulement voilà, les Legendary Pink Dots n'ont pas splitté et si j'ai récemment fait l'acquisition de leur dernier album (paru en 2010) je n'ai pas pris le temps de l'écouter. L’œuvre pléthorique de Ka-Spel et consorts est d'une certaine façon difficile à aborder et encore plus ardue à digérer. Nous y viendrons un jour et nous ferons l'inventaire de tout ce grand bazar mais en attendant que les Pink Dots ne suivent l'exemple de Blur (2009), Pavement (en 2010), My Bloody Valentine (2011), Happy Mondays, Van Halen, At the Drive-In, Refused, Black Tambourine, Codeine (tous reformés entre le 1er et le 15 janvier 2012) ou LCD Soundsystem (la reformation arrivera sans doute en 2013), célébrons leur passé sans autre raison que celle de mentionner une princesse.





La Princesse Coeurdeglace est une caricature de la beauté parfaite que mille prétendants tous mieux armés les uns que les autres ne peuvent déloger de sa tour et que l'idiot du village épouse et ils vécurent heureux pour toujours. Une charmante métaphore du loser magnifique que l'on comprend chère à un Ka-Spel dont la passionnante discographie n'a jamais intéressé grand monde... à tort ! "The Crushed Velvet Apocalypse", paru en 1990, était déjà le dixième LP du groupe en moins de dix ans et pourtant il regorge d'autant de passion que de souci du détail dans une dynamique de popsongs et de psychédélisme ornementé de touches électroniques. Sans jamais s'embarrasser d'une conscience trop précieuse (certains arrangements sont osés et quelques autres donneront l'impression d'avoir pris la poussière mais qu'importe s'ils servent une cause), le groupe ne sonne comme personne d'autre et Ka-Spel chante ses petits contes étranges et paranoïaques avec des voix diverses et un sens aigu de ce qui peut, en termes "pop", favoriser la connivence (malgré une nette tendance à la noirceur) : explosions de sons, montées en puissance, et surtout codas parfaitement fédératrices, comme c'est le cas avec l'histoire de la Princesse Coeurdeglace.

D'ailleurs je ne résiste pas à vous offrir l'opportunité d'écouter une autre chanson issue du même album, afin de vous offrir un (tout petit) aperçu du domaine d'action de ces musiciens de l'ombre pour vendre les disques desquels votre disquaire ne possède aucun rayon dédié.


(Green Gang)


Joe Gonzalez


P.S. : Je vous conseille de consulter le site internet du groupe et de lire l'auto-présentation absolument tordue qu'ils produisent. Vous y trouverez aussi plus d'informations sur leur discographie et leurs récents projets.

lundi 9 janvier 2012

Microcosme #15 - Janvier 2012

par Joseph Karloff
art par Jarvis Glasses

Microcosme fait peau neuve en 2012, et troque son habillage de mini-magazine contre une formule plus concise, plus immédiate. A la manière d'un Vidéodimanche, l'idée de cette rubrique est de faire le tri parmi les oeuvres qui nous sont envoyées via centendu@gmail.com, afin de vous en livrer la substantifique moelle.





Oliveray voit l'association de deux musiciens pas vraiment inconnus : Nils Frahm d'un coté, Peter Broderick de l'autre. On pouvait s'attendre à une collaboration 100% ambient, mais "Wonders" est aussi l'occasion de savourer quelques ballades folk délicates dans la veine de You Don't Love. S'il n'en atteint jamais les sommets, l'album n'est pas sans rappeler le "Diamond Mine" de Jon Hopkins et King Creosote, récemment chroniqué par nos soins.



Souvenirs, souvenirs : il y a un an et demi naissait la rubrique Microcosme, dont le premier numéro vantait les mérites du EP d'un groupe dénommé... Yeti Lane. Avec un membre en moins mais toujours chez Clapping Music, le groupe s'apprête aujourd'hui à sortir son deuxième album, intitulé "The Echo Show" et prévu pour le mois de mars. Le moins que l'on puisse dire est que ce premier single sonne rudement bien et ravira les amateurs de pop ET de kraut-rock.




"Hi there. I stumbled upon your blog searching Jandek albums and wanted to share an unreleased track with you. I hope you enjoy it. :) Marc". Voilà comment s'y prendre pour figurer en bonne place dans notre listing indie mensuel. Un mot gentil, une référence bien chtarbée, et le tour est joué. Accessoirement, si le morceau en question, extrait d'un album à paraitre le 17 janvier (mais déjà dispo en téléchargement libre) qui s'appellerait, par exemple, "NREM", se trouve être un bon shoegaze des familles, avec ce fameux son lourd/léger qui plaisait tant au siècle dernier, ça aide aussi.



Un petit plaisir coupable pour conclure ce numéro. Spécial dédicace à toutes les bécasses pour qui on se décarcasse, toutes les câtins qui ne nous veulent rien, toutes les pintades qui nous laissent en rade, bref, à toutes les biches dont on s'entiche. C'est pour vous, les filles.



(le groupe s'appelle Câlin, émanation loufoque des formidable RiEN, et Black Chinese II est leur deuxième album, toujours à télécharger, gratuitement ou pas, sur le site de l'Amicale Underground)

vendredi 6 janvier 2012

[Réveille-Matin] Theophilus London - Flying Overseas

Depuis la parution du clip (très chouette, et certainement la plus ingénieuse utilisation du datamoshing qui me soit passée devant les yeux) de Flying Overseas il y a de très longs mois, je me suis retenu de vous parler de Theophilus London en espérant avoir quelque chose de plus consistant à vous proposer mais il faut bien avouer que ni l'EP dont est extrait ce single ("Lovers Holiday", Février 2011) ni l'album subséquent ("Timez are Weird these Days", Juillet 2011) ne se sont révélés convaincants. A vrai dire, j'ai même bien peur que les influences trop variées de Theophilus, ses amis parfois douteux (Dave Sitek, Selah Sue, et des gens gravitant autour de la chillwave) et son goût pour les chapeaux de cozboys et les hymnes de stades ne l'entrainent inévitablement sur une mauvaise pente. Cependant, si la discographie de ce rappeur fashionista ne renifle pas bien meilleur que les canalisations qui remontent depuis ma cuvette de toilettes, il reste qu'il a produit un sacré bon single, et c'est déjà pas mal. Certains ont fait toute une carrière avec un seul bon single.



Avec un tel refrain, les chœurs de Solange Knowles, et cette basse si smooth, on se rêverait au soleil et loin des turpitudes du retour aux affaires d'après fêtes. Parfois, légèreté et oisiveté faites musique suffisent, et de toute façon écrire sur ces sujets-là revient à manier des courants d'air. Bonne écoute et bon éveil.


Joe Gonzalez

jeudi 10 novembre 2011

[Vise un peu] Castle Face Records presents: Group Flex

Vous vous rappelez de cette époque bénie où vous étiez encore un marmot joyeux et insouciant ? Quand vous passiez votre temps à jouer et à rire avec vos copains-copines, à courir dans l'herbe, à faire des châteaux dans un bac à sable, à découvrir des merveilles dans le grenier de vos grand-parents, à échanger des Pokémon à la récré, à vous amuser d'un rien (au point que vous aimiez même parfois découvrir les gadgets en plastique offerts dans les paquets de céréales (*)) ?

Oui ? Tant mieux ! Pas tout à fait ? Bon, OK, moi non plus. Je me rappelle aussi et surtout de l'instit' tarée qui ligotait les gosses sur leurs chaises et me faisait peur au point que je n'osais même pas la regarder en face ; du gros redoublant trois fois plus musclé que moi qui me rackettait mes Lila Pause et mes Kinder Délice à la récré ; je me souviens qu'en fait, je détestais l'école, y compris la récré, que je n'avais aucune envie d'être avec les autres que je ne connaissais pas vu que je venais de déménager, et que je voulais juste être en vacances et jouer à la Super Nintendo. Ou à la Megadrive chez un de mes copains, ou à toutes les consoles qu'avait mon cousin. Non, en vrai je n'aurais aucune envie de retourner *vraiment* en enfance.

Mais jouons un peu le jeu, idéalisons et conservons surtout les bons souvenirs : la facilité avec laquelle les enfants peuvent déborder d'énergie, d'excitation à l'idée de recevoir un nouveau jouet, voir tout endroit comme un terrain de jeu, etc. Vous y êtes ? Hé bien voilà : si vous aimez la pop noisy et le rock psychédélique, et si vous avez un petit côté mélomane collectionneur-fétichiste, "Group Flex" (édité par Castle Face Records) vous fera le même effet qu'une Zuckertüte remplie de bonbons et de jouets variés ! (Si vous ne savez pas ce que c'est qu'une Zuckertüte, regardez à gauche et si vous ne comprenez pas, tant pis : vous n'aviez qu'à être allemands.)


Aussi vite écouté qu'on avale un sachet de confiseries (le disque dure une demi-heure), "Group Flex" est un assortiment de chansons variées qu'on écoute en enfilade (les parfums s'appellent ici Blasted Canyons, Bare Wires, The Fresh & Onlys, Thee Oh Sees, Ty Segall and Mikal Cronin et Here Comes The Here Comes pour la piste cachée sur la première édition mais chut, faut pas le dire, c'est un secret !) et qui procurent un plaisir aussi immédiat que les bidules colorés en illustration ci-dessus, un goût aussi agréable qu'addictif, qui donne envie d'en avoir toujours plus. Sérieusement, le taux de mélodies accrocheuses à la minute sur cet album est impressionnant, et même si le disque ne contient que ça (de courtes chansons de garage rock psychédélique), c'est largement suffisant pour en faire plus qu'une simple compile sympatoche. (Toutes les pistes sont d'ailleurs exclusives.)

Et puis il y a le "jouet" : l'objet même, qui n'est autre qu'un carnet à spirales contenant de grosses pages cartonnées aux bords arrondis, et d'autres pages translucides, multicolores, à motifs métallisés… qui ne sont rien moins que des flexidiscs contenant chacun la musique de l'un des groupes ! (Si vous n'avez pas de platine vinyle ou que vous avez peur d'abîmer le bidule, l'album contient aussi un code pour télécharger les pistes. En 160 kbps, certes, mais c'est du garage rock lo-fi — pas du Ben Frost.)


(Blasted Canyons — Ice Cream Man)

Ce qui me tient lieu de conscience professionnelle me dit que je devrais sans doute présenter chacun des groupes inclus sur la compilation : mais que ce soit la (très relative) lenteur psychédélique des Blasted Canyons (et leurs chœurs inoubliables sur le refrain d'Ice Cream Man), la simplicité et l'immédiateté totale des chansons des Bare Wires, le son plus distant des Fresh & Onlys, celui, quasi-instrumental, aussi "trippé" des Thee Oh Sees ou celui, très rock, de Ty Segall et Mikal Cronin sans oublier la comptine moqueuse de Here Comes The Here Comes, chantée par une enfant sur une mélodie 8-bit, peu importe : le mélange fonctionne à merveille, les sons sont tous assez similaires (et juste assez différents pour ne pas lasser… comme si on pouvait en avoir le temps), avec presque à chaque fois un son rock lo-fi, des mélodies évidentes, une voix masculine et des chœurs mixtes. Court mais rien à jeter. Non, franchement, si vous aimez le genre et que vous pouvez vous procurer le disque, faites-vous plaisir : une petite douceur comme ça, ça ne révolutionne pas le monde mais ça ne se refuse pas.


— lamuya-zimina


(*) J'avoue avoir gardé deux ou trois mini sabres-laser rétractables en plastique qui servent aussi de sifflet. Leur absurdité me fascinerait presque. J'aime imaginer Darth "Benoît XVI" Sidious en train de souffler dans un mini sabre-laser rétractable pour faire un "wiiiiiii !" ou Dark Vador et Luke Skywalker se lancer dans un duel de sifflets et Luke perdre parce que le laser de son sabre-laser ne peut pas se fixer et vient de se rétracter.


P.S. Si vous en voulez plus, plusieurs des groupes présents sur la compilation ont sorti des albums cette année ; je ne les ai pas encore tous écoutés mais je vous conseille notamment le dernier de Thee Oh Sees, "Carrion Crawler/The Dream", qui vient tout juste de sortir et est très sympa !

vendredi 28 octobre 2011

[Réveille-Matin] Blur - Girls&Boys

Dans les transports en commun, ça n'est pas comme au volant d'une voiture, on n'écoute pas la même chose pour les mêmes raisons et de la même façon. Au volant de sa voiture, on peut se laisser aller à chanter, même faux, même fort, ça n'est pas pareil. Dans les transports en commun, on a soit envie d'un écran total à opposer au bruit ambiant, aux bruyants mendiants musicaux ou aux gens qui reniflent très fort (les pires) et dans ce cas on va choisir quelque chose de neutre, ou bien de peu prenant, voire quelque chose d'ultraviolent et dans ces cas-là, j'ai personnellement tendance à prendre le temps d'explorer plus longuement (dans de très mauvaises conditions mais c'est un test intéressant) les albums dont je compte vous parler quelques jours ou semaines plus tard en ces lignes. L'autre solution, celle que je favorise ces derniers jours parce qu'elle est encore plus thérapeutique que la simple pommade mentionnée précédemment et parce qu'en ce moment j'ai besoin de quelque chose de plus costaud qu'une pommade pour me lever le matin, consiste à s'envoyer tube sur tube, des trucs qu'on connait par cœur et qu'on peut chanter en remuant les lèvres, quitte à parfois laisser un son passer, merde aux passants. Ergo Blur.



Les besoins cérébro-riculaires ne se commandent pas et ces derniers jours c'est le parfum de ce qui pour moi évoque les années 90's qui sied le mieux. Pourquoi Girls&Boys en particulier, ce matin, et pas le Stereo de Pavement ou le Boys Better des Dandys ? Eh bien ça n'est pas seulement parce que ce morceau contient l'apogée de tout Blur (le moment où le second couplet arrive, lorsque Damon chante la profession de foi de tout ado qui se respecte "Avoiding all work" en l'ancrant dans la réalité "cause there's none available" tandis que la guitare de Graham Coxon reprend sa course saccadée. Blur n'a jamais rien réussi comme ce passage et ceci vient d'un inconditionnel de chez fanatique) mais aussi et surtout parce que Girls&Boys représente les années 90 mieux que beaucoup d'autres chansons, ou bouquins ou coupes de cheveux ou films. Son clip à l'esthétique douteuse empreinte d'un laisser-aller bienheureux communicatif, son mélange douteux lui aussi et pourtant diablement efficace de guitares et de sons électroniques, son refrain iro-cynique encensant l'accouplement qu'il soit hétéro, pédé, lesbien, trans ou échangiste DU MOMENT que les gens s'aiment, et le résumé qu'Albarn fait de la classe moyenne d'alors (qui était encore dominante et qui représentait toujours l'european dream) sur les couplets, qui se trimballe en Grèce pour les vacances, qui fait la fête et ne souffre que de petits soucis, autant de raisons de voir ré-apparaitre les 90's devant vos yeux en moins de deux. Si on les a effectivement connues, s'entend. Sinon, si vous êtes nés trop tard, sachez que cette chanson apparaissait sur l'album "Parklife", en 1994, l'une des dernières grandes œuvres populaires à présenter la société de ses auteurs dans son ensemble (pour Blur, la classe moyenne anglaise des 90's) d'une façon que l'on pourrait presque qualifier d'anthropologique si Albarn n'était pas un fin critique. Ce genre d’œuvre, dans la lignée des Kinks, du "Dubliners" de Joyce, de Lou Reed et de quelques autres grands auteurs populaires, on n'en trouve plus des masses depuis dix ans. Elles vont de pair avec des artistes qui vivent leur temps, qui content le présent de l'Histoire. Or, depuis que l'An 2000 est venu et ne nous a pas tués, nous ne vivons semble-t-il plus qu'Après l'Histoire et nos artistes vivent de leur temps et pas pour lui, ne créant plus que des oeuvres intemporelles ou, plus souvent, dénuées entièrement de la notion de temporalité. Je me demande bien ce que j'écouterai dans les transports en commun, en 2034, pour me remémorer les années 2000 ou 2010...


Joe Gonzalez

mardi 25 octobre 2011

[Comptez pas sur moi] Coldplay - Mylo Xyloto

On n'est pas sortis de l'auberge du beau sentiment mélancolique inoffensif et justiréférencé, voilà une certitude. Vous en avez goûté du lyrisme kitsch de Coldplay, et moi aussi, mais remettons-ça encore une fois, une dernière fois, si vous le voulez bien, ne serait-ce que pour en tirer une brève leçon de morale façon comptoir de bistro.

Ainsi donc, "Mylo Xyloto" l'a-t-on nommé et c'est précisément sur ce point que je veux m'attarder. Commençons par l'évidence : ces chansons ne sont pas bonnes, elles sont tout au plus "bien fichues", bien foutues, bien branlées comme on dit vulgairement des filles ou des garçons qui ont ce qu'il faut où il faut mais qui sont trop maquillées, trop musclés, trop vulgaires ou trop grossiers. Le genre que l'on "baise" mais qui n'éveilleront jamais la moindre étincelle de passion, d'amour.

Il y a ça et là une guitare claire à la Edge (l'album tend, plus que toute autre œuvre de Coldplay, vers un pastiche appuyé de tout ce qu'il y a de plus critiquable dans le cliché qu'est devenu U2 dans les années 90 et qu'il est resté depuis), quelques passages où la guitare acoustique fait naître l'émotion marketée, d'autres où l'absence de gimmick fera dire à certains que Brian Eno est définitivement de la partie (comme sur les derniers U2, n'est-il pas ?) et partout ailleurs, du gimmick par pelletées, comme si "Mylo" n'était qu'un gigantesque refrain facile à retenir, à entonner (dans un stade de préférence) et à oublier. Ce ne sont pas de bonnes chansons parce qu'un gimmick, un refrain, ça ne suffit pas. Mais elles fonctionneront pour le public (large) de Coldplay, qui verra là quelque chose de moins extravagant ou arty que "Viva la Vida" et y retrouvera pourtant suffisamment d'éléments supposément branchés pour s'en tirer bon compte en écoutant un disque mainstream qui se veut davantage.


(Paradise)

Brian Eno en cinquième roue du carrosse, Rihanna en guest star, et puis le decorum qui va avec, de la pochette inscrivant en caractères pop (on se croirait chez MGMT) un mot-qui-ne-signifie-rien-mais-qui-symbolise-parfaitement-la-musique (dixit Coldplay) sur fond du mur taggé le plus esthétisant possible (un graffiti dépourvu de sens, et le moins esthétiquement intéressant que l'on puisse imaginer mais cela va sans dire) jusqu'aux inévitables clips aux images ralenties, il n'y a rien à redire : Coldplay est une machine à tuer. Ils vont sans doute rafler la mise une fois de plus parce qu'ils ont le talent non pas de musiciens mais d'interprètes de la saveur extra moelleuse que Parlophone a trouvé pour contenter le goût de ses clients. Chris Martin se paie même le luxe d'être lucide sur sa condition (*).


(Every teardrop is a waterfall)

Pourquoi tirer sur l'ambulance, alors, quand la condition est connue de tous et que les remèdes seraient sans doute plus intéressants que les symptômes ? Des remèdes, on essaie chaque jour de vous en prescrire ici et ça n'est pas une analyse régulière du mal qui nous fera perdre de vue notre objectif de guérison, ou disons de mutation (on ne guérira jamais vraiment, j'en ai peur, de la maladie du kitsch, ni du syndrome de l'immobilisme). Celle-ci, d'analyse, n'avait pour but que de d'explorer les deux mots Mylo et Xyloto, deux mots qui, ensemble comme séparément ne signifient rien, un rien qui définit, lui, la musique, tout en lui offrant, par des consonances helléniques, un semblant d'ancien, de sacré, un référentiel supplémentaire. A une époque où la référence fait jurisprudence et plaidoyer, loi et juge, on n'est jamais assez bardé de renvois comme autant d'arguments plaidant une "cause" que l'on peut défendre sans se fouler, une guerre que l'on fait sans jamais tirer une balle, un art absent mais dont on suggère tant la présence qu'il apparait à tous, et ça nous suffit. Coldplay n'en est qu'un grossier exemple, dont les ficelles sont apparentes, et s'il en était le seul, ce serait presque amusant. Hélas !


Joe Gonzalez


(*) : "We’re not as good musically [as Radiohead], but we’re much more attractive" (http://consequenceofsound.net/2011/10/coldplay-hits-the-colbert-report/)

jeudi 8 septembre 2011

[Vise un peu] Shugo Tokumaru - Port Entropy + une bien bonne soirée nippone !

Shugo est un phénomène scientifique avant d'être un musicien et songwriter japonais. Je ne dis pas ça parce qu'il est né sur le site Ground Zero de Nagasaki ou parce qu'il a trois testicules. Si je le qualifie de phénomène scientifique c'est parce qu'il prouve par 9 le théorème selon lequel "à esprit sain, corps sain" ou pour être plus précis dans son cas : "à esprit jeune, corps jeune".

Cette équation, je l'avoue, j'y crois dur comme fer, m'employant moi-même depuis des années à la démontrer avec mes moyens, et notamment en bouffant des Pepito Croustichoc matin midi et soir : tout le monde me donne cinq ans de moins que je n'ai vraiment. Le côté négatif c'est que je mesure aussi cinquante centimètres de moins que la taille normale d'un type de mon âge, ce qui fait que je suis tout petit. Concernant le gain d'années de Shugo, ce serait plutôt quinze. Un peu à la manière de Smaïn, qui n'a jamais pris une ride, le bonhomme trimballe ses 31 ans comme s'il venait d'entrer en seconde et il n'a besoin d'aucun artifice, c'est naturel : quand on est jeune dans sa tête, quand on se comporte naturellement comme un adolescent, le corps n'a d'autre choix que de s'adapter.

(Shugo, 15 ans, lors d'un voyage scolaire au zoo)

Du coup rien de plus naturel pour lui que d'utiliser des instruments de bac à sable : tambourin et claveçin sont à l'honneur dans les meilleures compos de Shugo. En l'écoutant on a tendance à complètement oublier le 6 août 1945 ou Fukushima, on laisse tous ces problèmes de côté, on oublie même ses propres malheurs, on se vide la tronche un bon coup. Table rase pour un nouveau départ en toboggan. C'est sans doute pour oublier la radioactivité qui maintient son organisme à l'âge pré-pubère et pour tirer un trait sur les soucis écologiques de son pays que Shugo opte pour des sonorités occidentales à des lieues du groupe de The Dö et bien éloignées du jeu de Go ou du théâtre de No. Finis les sushis, les makis, le wukami, les tamagotchis ou les tsunamis. Churro Tokumaru en a assez du pays du soleil levant, il préfère se coucher là. C'est d'ailleurs ce qu'il avait dit, un jour d'Avril 2011 au Divan du Monde, entre deux chansons, en substance. Avec à peu près autant de mots mais beaucoup moins de vulgarité que ma retranscription mémorielle ne me le suggère : "There's some shit goin' on back home but, hey, I'm here sooooo..." Il est vrai qu'entouré d'un groupe aussi mignon (mais attention, pas cucul la praline non plus, pas "kawaï" comme on dit, j'entends simplement par là que l'harmonie du groupe et les grimaces du batteur étaient attendrissants), pieds nus sur son tabouret de bar, Shugo nous avait rassasiés d'une dose de mélodies nécessaire, d'arrangements malins et de quelques sourires charmeurs.



(Malerina)


Le plus dingue c'est que même la discographie de Shugo semble touchée par le phénomène de rajeunissement évoqué plus haut. Dernier exemple en date, l'album "Port Entropy" (son cinquième me semble-t-il), qui a d'abord paru au Japon en Avril 2010 (il était disponible depuis des mois sur l'internet illégal) avant d'être édité en Europe en Février 2011, ce qui fait qu'à chacune de ses apparitions, on avait l'impression qu'il "venait de paraitre" alors que les chansons ont dû être enregistrées en 2009 et qu'elles ont commencé à circuler cette année-là. Un éternel renouveau, à la manière de la voix câline et enjôleuse de Shugo qui évidemment n'est ni affublé d'une gravité gutturale empreinte de goudron ni n'est-il doté d'une quelconque mue pubère. Tel un enfant de chœur, il a le don de créer une musique que l'on croirait imaginée par des enfants mais que l'on sait irréalisable par eux (un enfant, c'est soit trop bordélique, soit trop au ras du sol, soit c'est Mozart, ou alors c'est les Poppys mais je préfère éviter le sujet).



(Rum Hee)


On pourrait croire à un effet digital de bas étage comme nous y ont habitué des artistes pratiquant l'autotune ou l'ancienne joueuse de tennis brésilienne nommée Kuerten et récemment reconvertie en chanteuse extravagante après un changement de sexe : Lady Guga, mais c'est aussi grâce à sa mutation infantile que Shugo obtient ce son si spécial, cette voix lointaine et angélique.


(Shugo cherche un remède à son affliction, parce qu'il aimerait bien avoir un jour du poil aux pattes)


Du même acabit que son prédécesseur, le déjà très bon "Exit", cet album de musique pop arrangé avec talent, empreint de culture tropicalia, chanté en anglais et en japonais sans prépondérance, est une nouvelle réussite à mettre au compteur de la jeunesse nippone, quel que soit l'âge indiqué sur ses papiers. On y trouve une candeur et une douceur que les adultes d'aujourd'hui auraient bien du mal à contrefaire ou imiter.



Joe Gonzalez
(avec la quantifiable assistance de Rémi, du blog cinéma Il a osé)

mercredi 1 décembre 2010

[Réveille-Matin] Roy Orbison - In Dreams

Ca sert à quoi de se réveiller, franchement ? L'ami Roy Orbison nous le disait déjà dès 1963 : c'est dans ses rêves qu'on est le mieux passque c'est là qu'on peut tripoter la personne avec qui on a tout le temps envie d'être, alors que dans la vraie vie, au mieux on n'arrive pas trop à lui parler à la machine à café, au pire elle est morte depuis 19 ans.

Comme beaucoup, je n'aurais jamais daigné jeter une oreille du coté du vieux Roy, avec sa tête de quiche (une quiche sympa certes) et son Pretty Woman rendu agaçant par la grâce d'Hollywood, si le père David Lynch ne lui avait pas accordé une place de choix dans Blue Velvet.


Et je dis merci David (au passage, merci pour tout le reste aussi, d'ailleurs). Car il n'y a rien qui me fasse autant chialer que cette chanson atrocement naïve et pourtant terriblement touchante. Pas de refrain, pas de deuxième chance, on ne fait que s'enfoncer, noyé sous les violons et les choeurs. "In dreams you're mine, all of the time we're together, in dreams". Tu l'as dit bouffi. Que quelqu'un fasse écouter ça aux Drums afin qu'ils se remettent pour de bon à leur CAP pâte à sel.


Joseph Karloff