C'est entendu.
Affichage des articles dont le libellé est 1994. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1994. Afficher tous les articles

vendredi 28 octobre 2011

[Réveille-Matin] Blur - Girls&Boys

Dans les transports en commun, ça n'est pas comme au volant d'une voiture, on n'écoute pas la même chose pour les mêmes raisons et de la même façon. Au volant de sa voiture, on peut se laisser aller à chanter, même faux, même fort, ça n'est pas pareil. Dans les transports en commun, on a soit envie d'un écran total à opposer au bruit ambiant, aux bruyants mendiants musicaux ou aux gens qui reniflent très fort (les pires) et dans ce cas on va choisir quelque chose de neutre, ou bien de peu prenant, voire quelque chose d'ultraviolent et dans ces cas-là, j'ai personnellement tendance à prendre le temps d'explorer plus longuement (dans de très mauvaises conditions mais c'est un test intéressant) les albums dont je compte vous parler quelques jours ou semaines plus tard en ces lignes. L'autre solution, celle que je favorise ces derniers jours parce qu'elle est encore plus thérapeutique que la simple pommade mentionnée précédemment et parce qu'en ce moment j'ai besoin de quelque chose de plus costaud qu'une pommade pour me lever le matin, consiste à s'envoyer tube sur tube, des trucs qu'on connait par cœur et qu'on peut chanter en remuant les lèvres, quitte à parfois laisser un son passer, merde aux passants. Ergo Blur.



Les besoins cérébro-riculaires ne se commandent pas et ces derniers jours c'est le parfum de ce qui pour moi évoque les années 90's qui sied le mieux. Pourquoi Girls&Boys en particulier, ce matin, et pas le Stereo de Pavement ou le Boys Better des Dandys ? Eh bien ça n'est pas seulement parce que ce morceau contient l'apogée de tout Blur (le moment où le second couplet arrive, lorsque Damon chante la profession de foi de tout ado qui se respecte "Avoiding all work" en l'ancrant dans la réalité "cause there's none available" tandis que la guitare de Graham Coxon reprend sa course saccadée. Blur n'a jamais rien réussi comme ce passage et ceci vient d'un inconditionnel de chez fanatique) mais aussi et surtout parce que Girls&Boys représente les années 90 mieux que beaucoup d'autres chansons, ou bouquins ou coupes de cheveux ou films. Son clip à l'esthétique douteuse empreinte d'un laisser-aller bienheureux communicatif, son mélange douteux lui aussi et pourtant diablement efficace de guitares et de sons électroniques, son refrain iro-cynique encensant l'accouplement qu'il soit hétéro, pédé, lesbien, trans ou échangiste DU MOMENT que les gens s'aiment, et le résumé qu'Albarn fait de la classe moyenne d'alors (qui était encore dominante et qui représentait toujours l'european dream) sur les couplets, qui se trimballe en Grèce pour les vacances, qui fait la fête et ne souffre que de petits soucis, autant de raisons de voir ré-apparaitre les 90's devant vos yeux en moins de deux. Si on les a effectivement connues, s'entend. Sinon, si vous êtes nés trop tard, sachez que cette chanson apparaissait sur l'album "Parklife", en 1994, l'une des dernières grandes œuvres populaires à présenter la société de ses auteurs dans son ensemble (pour Blur, la classe moyenne anglaise des 90's) d'une façon que l'on pourrait presque qualifier d'anthropologique si Albarn n'était pas un fin critique. Ce genre d’œuvre, dans la lignée des Kinks, du "Dubliners" de Joyce, de Lou Reed et de quelques autres grands auteurs populaires, on n'en trouve plus des masses depuis dix ans. Elles vont de pair avec des artistes qui vivent leur temps, qui content le présent de l'Histoire. Or, depuis que l'An 2000 est venu et ne nous a pas tués, nous ne vivons semble-t-il plus qu'Après l'Histoire et nos artistes vivent de leur temps et pas pour lui, ne créant plus que des oeuvres intemporelles ou, plus souvent, dénuées entièrement de la notion de temporalité. Je me demande bien ce que j'écouterai dans les transports en commun, en 2034, pour me remémorer les années 2000 ou 2010...


Joe Gonzalez

vendredi 23 septembre 2011

[Tip Top] Riot Grrrl #2 : Une brochette de filles pendant les années 90

Dans la foulée de Babes in Toyland ou Hole (le groupe de Courtney Love), des tas de filles se sont réunies, entre la fin des années 80 et le début des années 90, majoritairement dans le Nord Ouest des Etats Unis, pour crier leur rage face au sexisme. Le mouvement riot grrrl, c'était entre autres :



(L7 - Pretend we're dead, sur "Bricks are heavy", 1992)

Il y avait L7, de Los Angeles, dont la bassiste avait d'abord joué avec Love et Kat Bjelland de Babes in Toyland, qui jouait un heavy rock presque FM, dont le spectre sonore s'étendait du metal de Black Sabbath ou Danzig jusqu'aux guitares heavy pop du premier album de Blur.




(The Gits - Here's to your fuck, sur "Frenching the Bully", 1992)

The Gits, de Seattle, étaient pile entre le punk hardcore des Misfits et le thrash metal des premiers Metallica. Leur chanteuse, Mia Zapata, avait une voix rocailleuse rappelant Kim Deal (mais alors après trois mois passés sans permission de minuit enfermée dans un bar à s'envoyer des shots et des clopes sans filtre). Le groupe splitta après seulement deux albums lorsque Zapata fut retrouvée violée et assassinée en 1993, une fin tragique et terriblement à propos.




(Team Drensch - Fagetarian and dyke, sur "Personal best", 1994)

Team Drensch, de Portland, étaient des représentantes du queercore, une branche du punk hardcore valorisant le Do It Yourself et l'homosexualité assumée et non-conformiste. Leur musique avait quelque chose de plus déchainé, d'incontrôlable et sur scène elles montraient aux filles dans le public comment se défendre face à des agresseurs.




(Bikini Kill - New Radio, single paru en 1993)

La charismatique et meneuse Kathleen Hanna chantait dans Bikini Kill, à Olympia. La musique du groupe pré-datait l'indie rock qui devait s'imposer comme une évidence une décennie plus tard, lorsque des groupes comme No Age bâtiraient leur son tout entier dessus. Très engagée politiquement, Hanna allait se révéler comme une militante féministe de premier ordre et une artiste capable de se renouveler (ce qui ne fut pas le cas de beaucoup de membres du mouvement riot grrrl). Son attitude sur scène, où elle retirait des vêtements et prenait des poses provocantes, inspira grandement une certaine Peaches.




(Sleater-Kinney - I wanna be your Joey Ramone, sur "Call the Doctor", 1996)

Très proches de l'esthétique sonore de Bikini Kill, le trio Sleater-Kinney, de Seattle, plus tardif, était aussi nettement moins radical même si Corin Tucker, Carrie Brownstein et Janet Weiss étaient et restent aujourd'hui des porte-parole hargneuses de la cause des femmes. Leur musique laissait déjà entendre leurs velléités pop, lesquelles devaient aboutir à l'orée des 00's. Au moment où Sleater-Kinney débarquait, le mouvement riot grrrl tel qu'il avait émergé quelques années plus tôt battait déjà de l'aile, notamment parce qu'il tournait en rond stylistiquement parlant. Tous ces groupes de filles avaient ouvert une brèche dans laquelle beaucoup d'autres s'engouffreraient, et ce faisant, elles avaient contribué à écrire l'histoire continue du rock et de la musique. Une fois les cris des guitares étouffés, le silence n'a pas duré très longtemps avant qu'une voix ne s'élève à nouveau, celle de Kathleen Hanna, encore elle...


Suite et fin la semaine prochaine !


Joe Gonzalez

mardi 19 avril 2011

[Réveille-Matin] Kyuss - Gardenia

En 1994, le rock avait pris un sacré poids. Finies les légères seventies, adios le minimalisme post-punk, Nirvana, les Pixies et Steve Albini avaient changé la donne et insufflé du heavy et du hard dans tout ça. A l'époque, le hard rock ça n'existait plus, ou bien il fallait demander à des dinosaures comme AC/DC ou Ozzy Osbourne de le jouer et bonjour les ringards. C'est alors que des gaillards sortis du désert Californien sont arrivés et ont inventé le stoner.




Le concept était simple, jouer du heavy rock à en faire tomber le ciel, et continuer jusqu'à ce que mort de tout s'en suive. Le stoner rock peut se définir ainsi : une grosse cylindrée lancée à pleine puissance droit, tout droit, sur l'une de ces longues routes ensoleillées traversant l'un des déserts américains, et ne ralentissant jamais d'un pouce, quitte à défoncer deux ou trois obstacles. Le son de Kyuss est tel l'enfant du hard rock à qui l'on aurait donné à apprendre le Grand Livre du Psychédélisme et qui n'en aurait jamais lu que les deux premiers chapitres. Certes, c'est une musique pour "gros bourrin", ou en tout cas ça en a l'air, mais il y a bien plus derrière ce préjugé qu'une simple envie de décaniller la concurrence, la preuve, le guitariste du groupe, un certain Josh Homme, finirait par récupérer des membres du groupe (Nick Oliveiri à la basse, Alfredo Hernandez à la batterie, tous les deux absents de l'album "Welcome to Sky Valley", dont est issue la chanson de ce matin) pour former les Queens of the Stone Age, un brin plus subtils dans la méthode même si terriblement plus violents dans le fond et le son.

Josh Homme, à droite, déjà roux, pas encore leader.

Si la reconversion J-Pop de Boris (un autre grand talent du stoner rock dans un genre plus radical) vous a foutu le moral à zéro, il est encore temps de sortir de chez vous avec des cojones en ébène massif, les cheveux gominés en arrière, et l'envie de foncer, peu importe où.


Joe Gonzalez

jeudi 10 septembre 2009

[Réveille Matin] Blur - Magpie

Pour moi, parler de la basse dans la musique rock sans évoquer une seule fois Alex James, ce serait comme causer de littérature française du XXème siècle sans évoquer Georges Perec : ça peut être compréhensible, mais sûrement pas excusable. En dehors d'avoir été peut-être le plus beau garçon des années 90 avec sa mèche devant les yeux que les garçons copiaient (ah, le jour où ma mère m'a dit "ah mais en fait, tu veux ressembler au garçon du groupe que t'aimes là, c'est ça?" après avoir vu une photo de James circa 94) et qui faisait fondre les filles, Alex James est probablement l'un des meilleurs bassistes de rock qu'on n'ait jamais entendu, et je dis ça toute fan attitude mise à part, plutôt comme un constat évident que je me dois de répéter dans un objectif plus informatif qu'évangélique. Faites un jour l'expérience simple d'écouter un album de Blur en vous concentrant sur la basse. C'est à tomber par terre. Alex James, c'est le maître de la basse qui groove, de la basse qui ne se contente pas simplement de marquer les harmonies ou d'accentuer le rythme : non, une basse avec lui, ce sont d'abord des mélodies, des tas de mélodies, des petits riffs de partout. Comme s'il ne supportait pas la simplicité, il est toujours en mouvement, sa basse bouge plus que tout, mais sans jamais en faire trop, parce qu'elle se fond avec un naturel époustouflant dans la musique. On est sur une note grave simple, et puis soudain, juste pour occuper une mesure ou deux, il vous lance un arpège dans l'aigu aussi efficace qu'inattendu. On est sur une suite d'accords débiles et rock (cf. le morceau "Movin' On" sur l'album Blur en 1997), mais lui, il fait pas juste "doo-doo-doo-doo" avec des croches toutes régulières, non non, il se lance dans un quasi-solo permanent, mais complètement noyé dans le mixage parce qu'il sait rester à sa place. Des exemples de son génie? Il y en a tant qu'il faudrait plus qu'un Réveille Matin pour en faire le tour. Il faudrait un sujet spécial, voir même un blog entier rien que pour lui (on en reparlera évidemment dans le "alors quoi?" consacré aux bassistes qui viendra en fin de semaine).

(Graham, Alex, Dave, Damon : Blur)

Alors, allez, un peu au hasard, prenons une très bonne face-b de 1994, qu'on trouvait sur le single de Girls & Boys (ce tube qui marche encore tellement bien en soirée et qui avait lui aussi une ligne de basse disco à pleurer) : Magpie. Un morceau méconnu, forcément, et à tort puisque Blur est peut être le groupe dont les faces-b sont au dessus de la moitié des "faces-a" des groupes concurrents à l'époque. Magpie, c'est Blur à mi-chemin entre la pop universelle plus riche qu'elle en a l'air de "Parklife," le côté psychédélique de leurs premières années et un sens si aigu du riff énergique (ah, si un jour on doit causer guitare électrique, Graham Coxon méritera une très gros paragraphe), le tout avec humour. En un mot comme en cent, c'est un chef d'œuvre de pop des années 90. Damon Albarn est égal à lui même : il chante des paroles idiotes (refrain : "and sometimes I.... see magpies!") sur des mélodies qui collent aux tympans. Et au milieu de tout ça, écoutez moi ces lignes de basses d'Alex James. Sur les couplets, c'est à tomber raide de groove. J'entend ça, je danse. Imaginez moi là, tout seul devant mon ordinateur à écouter ça. Et bah je danse sur mon siège. Comment peut-on résister à une ligne de basse pareille ? C'est le genre de détail de second plan qui distingue, pour moi, un très bon d'un excellent morceau. 4 minutes et 15 secondes de génie qui n'ont même pas vieilli ? C'est dans le player ci dessous, et y'a pas mieux pour commencer la journée.




Emilien.

lundi 24 août 2009

[Réveille Matin] Silver Jews - Trains across the sea

Bonjour à tous ! Ce matin, je vous propose la première chanson du premier album ("Starlite Walker," 1994) de Silver Jews, le groupe de David Berman, dont le dernier album était si chouette, et était aussi probablement le dernier, vu que David a annoncé il y a quelques mois qu'il mettait un terme à sa carrière pour se lancer dans le dessin et la politique.

Rien de tel qu'une balade à bicyclette pour lancer ma carrière de politicien !




Quoiqu'il en soit, je voulais dire à ceux qui trouveraient ce morceau insipide que si je l'aime tant, c'est parce qu'il est bancal : la batterie semble parfois perdre le rythme, le piano au début est un peu lâche, et le chant de Berman (faux, la moitié du temps) ne tient qu'à un bout de ficelle usagé. C'est le genre de morceau qui me parle parce qu'il me semble réaliste, c'est à la fois comme si n'importe qui pouvait le jouer et comme si c'était moins le résultat d'une session d'enregistrement que le déroulement en temps réel de la création du morceau dans le cerveau déglingué de son auteur, lequel, sentant venir la mélodie au fur et à mesure qu'elle lui vient, fredonne sans conviction les paroles qui trainent dans les recoins de son subconscient adjacents au T1bis accueillant cette mélodie nouvelle. En cela, ce morceau bancal m'en rappelle trois autres, que j'aime énormément : DJ, par David Bowie (sur "Lodger," 1979), Dirt, par Lou Reed (sur "Street Hassle," 1978) et Titanic, par Katerine (sur "Robots, après tout," 2005), et je trouve que ce genre de chanson sied parfaitement à une matinée difficile, comme j'envisage que celles de cette semaine le seront (je parle pour moi, en tout cas). D'ailleurs, il y a des chances pour que je vous passe les trois autres morceaux dans les jours qui viennent. Ou peut-être pas.
En tout cas, pour les fanatiques du groupe, ou juste ceux qui auraient aimé cette chanson, la voici jouée en Janvier dernier, lors du concert d'adieu du groupe, avec un son très moyen, cependant :





Joe

mercredi 5 août 2009

[Réveille Matin] Pavement - Fillmore Jive

Bonjour à tous ! Ce matin, la seconde partie du diptyque de l'extrême lassitude entamé hier, avec cette chanson de Pavement (le groupe de rock indé américain le plus cool du monde des années 90), issue de l'album Crooked Rain, Crooked Rain (1994), et qui met en scène un Stephen Malkmus embrumé, dans les vappes, en chemin vers son pieu et qui n'en peut tellement plus qu'il finit par hurler sa complainte : "I need to sleep."

J'aiii b'soin d'dormiiiiiiir !



Je vous enjoins à retenir ces paroles et à les hurler de temps à autres, lorsque vous vous sentirez au bout du rouleau. C'est mon mot d'ordre quotidien, mon crédo, mon drapeau.